Classica

L’illusionniste

Avouons-le tout de go : jamais aucun des spectacles lyriques de Krzysztof Warlikowski ne nous a convaincus. Et c’est un euphémisme.

Depuis de Gluck en 2006, nous n’avons jamais vu dans ses réalisations qu’indigence dramatique, faiblesse de la proposition, répétition confusevue et revue, on eut à observer un défilé de retraités dans un EHPAD, pendant que la fille d’Agamemnon s’efforçait de chanter, prostrée sous un lavabo. Plus tard, convoqua le magicien Mandrake le temps d’un prologue bavard, tandis qu’une scénographie ampoulée s’employait à annihiler l’extra ordinaire puissance de feu de la musique de Bartók ; l’héroïne, elle, n’échappait pas à sa vision continuellement dégradante de la femme, rabaissée à un objet sexuel, vulgaire dans l’idéal, alcoolique si possible, pute de préférence. En 2008, un indigent cachait sa misère derrière des images hors propos de Rossellini. L’année suivante, devenait la parabole d’une séance collective d’aquagym… Le sommet fut atteint avec un que le Polonais voulut : énième pétard mouillé. Bref, pas de surprise, chacune de ses productions reproduisait peu ou prou la même atmosphère indifférente à l’opéra abordé, entre diversions anecdotiques, vidéos pléonastiques et direction d’acteurs hystérique, le tout dans les décors interchangeables de Małgorzata Szczesniak. Dans ce contexte, on reconnaît avoir été surpris par la tenue de sa , tout juste donnée à l’Opéra Bastille. Débarrassé des habituelles scories, le spectacle s’impose par sa lisibilité, son tranchant, sa tension même… sans pour autant apporter de nouvel éclairage au chef-d’œuvre de Chostakovitch. André Engel, Martin Kušej ou Peter Mussbach ont, avant lui, jeté un regard autrement plus cru et dérangeant sur ce brûlot. Sobre dans sa littéralité, Warlikowski se contente là d’illus trer musique et livret : ce sont eux qui hurlent, eux qui suintent le sang, le sexe et la mort, non la vision, somme toute assez timide, de celui que le programme annonce – rien que ça – comme le

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