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MANÈLE LABIDI ET SON DIVAN TUNISOIS

Diserte, le visage illuminé par un sourire constant, Manèle Labidi signe son premier film, Un divan à Tunis, prix du public de la Mostra de Venise. Née de parents tunisiens, elle grandit en région parisienne, en France, et passe toutes ses vacances à Tunis. Nourrie par les comédies italiennes et le cinéma des frères Coen, cette diplômée en science politique a d’abord travaillé dans la finance, avant d’écrire des fictions pour la radio, la télé ou encore le théâtre. Riche de ce regard biculturel et fine observatrice des bouleversements d’une société post-révolution, elle a imaginé les péripéties d’une psychanalyste dans la Tunisie actuelle: quittant la France pour le pays d’origine de ses parents, Selma (Golshifteh Farahani) ouvre son cabinet dans la capitale. Les patients, truculents, affluent, livrent leur désarroi, leurs fantasmes. La parole intime résonne avec celle d’un pays en questionnement. Décalages culturels, névroses, conflits familiaux, sexuels sont autant de ressorts comiques, dépeints avec justesse, entre rire et gravité.

AM : En quoi la révolution tunisienne a-t-elle déterminé votre film ?

Manèle Labidi:La parole s’est libérée. Depuis mon enfance, j’ai toujours passé mes vacances en Tunisie. Il ne fallait surtout pas parler de politique. La dictature faisait régner une vraie paranoïa, une peur des dénonciations, on croyait le pays sur écoute téléphonique… On discutait donc de choses quotidiennes. Après la révolution, le pays est devenu bavard. Une chape de plomb s’est effondrée. Les gens donnaient leur avis sur la politique à mener, sur des tas de sujets. On débattait dans les commerces, à la télévision aussi, pour la première fois. La parole se déversait en continu. Mais elle était surtout politique, sociétale. Or, la révolution sera incomplète si la parole intime demeure verrouillée.

Pourquoi l’histoire se déroule-t-elle au coeur de la classe moyenne ?

Cette classe est intéressante à explorer, car elle subit un profond conflit identitaire, elle vit dans un entre-deux. C’est une

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