Classica

Anna Netrebko Yusif Eyvazov ET LE CHARME OPÉRA

Herbert-von-Karajan-Platz, l’une des deux entrées des artistes de l’Opéra de Vienne, j’ai rendez-vous à 14 heures. Je décline mon identité et attends à l’écart. Je vois passer des jeunes, des vieux, des gros, des minces, en tentant de deviner qui ils peuvent être. Chanteurs, danseurs, techniciens? On vient me chercher. Je déambule dans des couloirs, jusqu’à une salle de réunion. Délicieux moment que celui où l’on a l’impression d’être au centre du monde. Anna Netrebko arrive, manteau fuchsia, souriante, cordiale, suivie par une équipe de télévision. La caméra ne me dérange pas? Non. « Vous allez devenir célèbre », plaisante la cantatrice. Yusif Eyvazov est en retard. « Il arrive », me dit Anna Netrebko, son épouse. On commence? D’accord. Elle a l’air légèrement boudeur d’une enfant habituée à ce que tout tourne autour d’elle. Elle est ouverte et sur ses gardes. Le rire facile. On sent aussi qu’elle a bon cœur. Elle répond naturellement. Avec sobriété. Dans les filets et la balle au centre.

La première fois avec la musique?

Anna Netrebko : La musique est dans ma vie depuis l’enfance. La musique classique est venue plus tard, quand j’ai fini le collège.

Le premier rêve de gloire?

A.N. : J’ai su que je voulais devenir chanteuse vers 15 ou 16 ans. Mais je n’ai jamais pensé atteindre des sommets. Je voulais juste être reconnue comme une bonne professionnelle et chanter dans de grandes salles.

Premier air ?

A. N. : [Elle chante.] « Voi che sapete che cosa è amor. » Cherubino !

Première rencontre avec votre mari?

A. N. : C’était à Rome dans Manon Lescaut de Puccini sous la direction de Riccardo Muti. Le voilà ! [Yusif Eyvazov entre dans la pièce.] Il n’était pas aussi expérimenté que moi, donc il était assez nerveux, mais j’ai aimé sa voix et nous sommes tombés amoureux. [Le désignant.] Voici mon mari !

La première fois avec la musique?

Yusif Eyvazov : Oh mon Dieu! C’était en 1996, j’étais un petit garçon, j’avais 18 ans. J’étudiais à l’Institut polytechnique de Bakou, en Azerbaïdjan, et mon avenir était censé être complètement différent. Personne n’était musicien dans ma famille, tout le monde était docteur ou ingénieur. À l’université, j’ai rencontré un groupe d’élèves qui préparait un spectacle. Ils cherchaient quelqu’un pour chanter une chanson et j’ai accepté. Le pianiste m’a dit : J’ai pris ça comme uneMais j’ai appris des morceaux classiques et j’ai découvert un monde merveilleux que j’ignorais totalement. J’ai voulu continuer à apprendre sans savoir où ça me mènerait. Personne ne peut savoir ce qui se passera dans dix ans. La voix, c’est fragile. On peut la perdre ou changer d’avis. Ce fut un chemin long et difficile.

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