Classica

La mort de la culture ?

Il faut s’interroger sur ce qu’elle représente d’essentiel

Le 28 avril, le Premier ministre présentait devant les députés le plan de du gouvernement.Vers la toute fin de son discours, il a évoqué les (entre la réouverture des plages et celle des lieux de culte…) pour dire que Une formule lapidaire et sans réelle empathie qui est une manière consumériste d’appréhender la culture : c’est souvent le point de vue desPour cela, il faut aussi s’interroger sur ce que représente la culture d’essentiel dans notre vie : non pas simplement une activité décorative, récréative, divertissante mais un mode de communication entre les êtres. Le monde n’existe que par la représentation que l’on s’en fait. Cette représentation peut n’être que dénotative, c’est le cas le plus fréquent. La culture apporte un regard dynamique qui renouvelle ce rapport au monde en y inscrivant l’pour en dépasser le contingent. C’est la fameuse et récurrente question : appliquée à la musique, à la peinture, à la poésie… Justement, « ça » ne à rien – mais ça sert à vivre. Parce qu’il y a dans la culture une élévation de soi, ce que l’on appelle la « conscience de soi », qui positive notre rapport au monde. Pour redonner ce de la culture que notre société contemporaine a dilué dans une « utilité » des « activités culturelles » (le décoratif, le récréatif, le divertissant), il faut qu’elle permette de se sentir du réel, dans une jouissance qui nous emporte, sollicite le plus profond de nous-mêmes, nous interroge et nous ouvre un regard au-delà du regard (c’est la peinture), une écoute au-delà de l’écoute (c’est la musique), une compréhension au-delà des mots (c’est la poésie). Seul ce désir de dépassement, de cheminement vers l’absolu, d’envol au-delà de la simple communication peut donner envie de sortir de ce confort régressif du confinement. L’emportement physique que produit une voix qui s’envole vers un aigu surhumain ; l’exaltation que produit la lecture d’un poème dont la compréhension dépasse la littéralité des mots mais enflamme l’esprit ; la transfiguration que produit l’assemblage de formes et de couleurs qui réinventent le monde, comme dans le à travers lequel Proust a la vision de ce qu’est l’écriture : tous ces aspects de la culture subsument l’essence même de l’être. C’est ce qui distingue l’homme « cultivé » non seulement de l’animal mais de celui qui se contenterait de la simple réalisation de ses besoins, comme l’érotisme distingue celui dont la sexualité n’a d’autre finalité que la reproduction de celui qui recherche une jouissance plus élaborée, qui prend en compte le plaisir partagé à deux. La culture est plus grande que nous, c’est pourquoi elle ne peut pas mourir. À travers les formes de la beauté elle nous permet de vivre, même dans un monde bouleversé, à condition que nous ne la réduisions pas à une « utilité » en en oubliant le désir.

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