Classica

LES DISQUES DU MOIS

GRAZYNA BACEWICZ

(1909-1969)

★★★★

Sonates pour violon et piano nos 1 à 5. Partita pour violon et piano. Sonates pour violon seul nos 1 et 2

Annabelle Berthomé-Reynolds (violon), Ivan Donchev (piano)

Muso MU-032 (2 CD). 2018. 2h05

La musique de Grazyna Bacewicz, violoniste et compositrice polonaise, s’inscrit dans une époque, une histoire. Ainsi, sa Sonate pour violon seul n° 1, écrite et jouée lors d’un concert clandestin en 1941 dans Varsovie occupée, constitue un espace de liberté pour Bacewicz, à propos de laquelle Lutosławski a écrit : « Elle a réussi dans une vie si cruellement raccourcie à faire naître des trésors qu’aucun autre compositeur de sa stature doté d’une vie considérablement plus longue aurait pu seulement envier. »

Pour faire le choix d’un tel répertoire, la violoniste Annabelle Berthomé-Reynolds a incontestablement une relation forte à cette compositrice. On entend son engagement, et celui du pianiste Ivan Donchev, dans ces pages puissantes et bien maîtrisées. Ouvrant le disque, la Sonate pour violon et piano n° 5, écrite en 1951, présente une belle succession d’atmosphères et une vraie intensité dans le jeu, avec un archet ancré dans la corde, pour une interprétation très riche en timbres. Les pièces pour violon seul de Bacewicz – qui a écrit plus de deux cents œuvres, dont quatre symphonies, sept concertos pour violon et sept quatuors à cordes – font parfois penser, dans l’écriture, à la Sonate pour violon seul de Prokofiev. La Sonate n° 2, en particulier, saisit l’auditeur par la maîtrise de la violoniste française dans les doubles cordes du Presto final. Laure Dautriche

JOHANN SEBASTIAN BACH

(1685-1750)

★★★★

Concertos pour deux clavecins BWV 1060 à 1062. Prélude et Fugue BWV 552

Olivier Fortin, Emmanuel Frankenberg (clavecin), Ensemble Masques

Alpha 572. 2018. 1h

C’est au milieu des années 1730 que Bach adapta pour deux clavecins des concertos autrefois pensés pour hautbois et violon (BWV 1060), deux violons (le fameux BWV 1043 devenant le BWV 1062) et un duo sans accompagnement (BWV 1061). Les artistes ont eu l’heureuse idée de leur adjoindre ici le Prélude et la Fugue qui ouvrent et referment respectivement la Clavier-Übung III, destinée à l’orgue.

À la suite de Fabio Bonizzoni, Céline Frisch, Béatrice Martin, Bertrand Cuiller, Ottavio Dantone, Aapo Häkkinen, Frédérick Haas, Masaaki et Masato Suzuki, mais aussi Pierre Hantaï, Olivier Fortin et Emmanuel Frankenberg ont choisi un quintette à cordes comme partenaire, effectif instrumental supposé du Collegium Musicum que dirigeait Bach à Leipzig en ces années. Si l’histoire ne peut valider définitivement cette option, la musique lui donne raison : elle démêle en effet une polyphonie souvent complexe et fait entendre ici une partie de violon calquée sur la main droite d’une partie de clavecin, là le rythme trochaïque de la basse (mouvements lents des BWV 1060 et 1062). Malheureusement, la prise de son, qui a préféré la densité de la matière à la finesse du trait, ne permet pas de distinguer correctement les pupitres. Cela dit, elle n’empêche pas d’apprécier le jeu délié, délicat (BWV 1062/2) et enthousiaste (BWV 1062/3) des deux solistes, ni la majesté rayonnante du diptyque BWV 552.

Philippe Venturini

JOHANN SEBASTIAN BACH

(1685-1750)

★★

« Back to Bach » Toccata et Fugue dorienne. Préludes et Fugues BWV 532 et 551. An Wasserflüssen Babylon. Ein feste Burg Kei Koito (orgue)

Deutsche Harmonia Mundi 19075915582. 2019. 1h10

Le stylus phantasticus est pour Kei Koito une seconde nature. Admirés dans le très beau disque « Splendour » (Deutsche Harmonia Mundi, 2017), consacré aux ors musicaux de la ligue hanséatique, le sens de la dramaturgie, le geste impétueux et la claire virtuosité de l’organiste japonaise étaient riches de promesses pour les œuvres de jeunesse du Cantor. On les retrouve intacts dans l’impressionnant Passagio BWV 535a, un fragment printanier très rarement entendu, mais aussi dans l’excellente version du Prélude BWV 532, saisissant de verve et bondissant de joie alla breve. Mais, à pousser trop loin les limites de l’énergie, l’agitation menace, et c’est sur cet écueil que l’interprète s’est échouée.

Sa fougue, radicale, en vient à brouiller l’assise rythmique mais aussi la lisibilité contrapuntique de la grandiose Fugue dorienne, quand elle ne confère pas à la Fugue BWV 532 un maniérisme bizarre – est-ce dû aux doubles croches particulièrement inégales? L’articulation lisible de l’organiste, qui dans la Fantasia super « Jesu, meine Freude » fait merveille sur les flûtes du Schnitger de Groningen (main gauche toutefois peu audible), ne s’adapte qu’imparfaitement aux registres, qu’il importe de faire parler. Ainsi le basson de 16’, sollicité par une trop sautillante main gauche dans le choral « Ein feste Burg », se meurt d’apoplexie. Quel dommage, sous les doigts d’une telle interprète!

Aurore Leger

BÉLA BARTÓK

(1881-1945)

★★★★

Quintette avec piano + Korngold : Quintette avec piano Piers Lane (piano), Quatuor à cordes Goldner

Hyperion CDA68290. 2018. 1h13

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