Afrique Magazine

LES GÉANTS D’ARGILE

Au centre, il y a ce fleuve qui coule depuis la nuit des temps, le plus long du monde (6 700 km) avec l’Amazone. Le Nil tire ses eaux d’un bassin d’alimentation gigantesque, qui couvre près du dixième de la surface de l’Afrique. Un écosystème peuplé de 250 millions d’habitants et qui concerne 11 pays riverains. Le fleuve mythique prend sa première source au cœur du continent, au lac Victoria (Nil Blanc). Et sa seconde dans les contreforts montagneux éthiopiens et le lac Tana (Nil Bleu). Ces deux branches se réunissent à Khartoum, la capitale du Soudan, avant de poursuivre une course lente et puissante vers la Méditerranée. Le Nil, majestueux, associé presque exclusivement par l’histoire et par la légende à la grande Égypte, celle des pharaons, des pyramides, de Nasser, de la révolution de la place Tahrir et celle des généraux inamovibles…

Depuis dix ans, l’Éthiopie construit un imposant. Et s’apprête dans les semaines à venir à commencer à remplir les premiers bassins de rétention. Un acte symbolique (il faudra des années pour véritablement le remplir), mais les enjeux sont immenses. Pour l’Éthiopie, le barrage est un élément essentiel de sa politique de développement, la clé de l’énergie dont elle aura besoin pour les décennies à venir. Pour l’Égypte, c’est une menace existentielle à sa sécurité, un défi à sa «souveraineté» sur le fleuve, qui serait d’ailleurs un fleuve «arabe». De part et d’autre, on multiplie les rodomontades nationalistes et militaristes. Comme toujours, ces séquences de tensions s’apparentent à la fois au poker menteur, au brassage furieux de l’air qui accompagnent des processus de négociation. Mais il suffirait d’une erreur, d’une maladresse, d’une insulte de trop, et tout pourrait dégénérer, vers un conflit plus ou moins ouvert.

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