Point de vue

UN ESPACE DE CARACTÈRE(S)

Sphinx gras, antiques effilées, allongées ou serrées, latines larges, égyptiennes… drôles d’appellations inscrites au flanc des meubles typographiques. Véritables coffres au trésor, ils recèlent les casses, casiers où sont rangées ces polices de caractères en plomb aux noms évocateurs. Et renvoient à une époque – pas si lointaine – où les textes imprimés étaient assemblés à la main, signe après signe. « Un bon typographe était capable de lever 1 500 signes à l’heure », précise, admiratif, Jean-Marc Providence, directeur de l’atelier-musée de l’Imprimerie. Situé à Malesherbes, dans le Loiret, bassin industriel lié à et du XIX siècle. Dans la foulée, l’association Artegraf voit le jour, qui défend la mémoire des métiers de l’industrie graphique et poursuit l’acquisition de presses. Elle sollicite l’aide d’un acteur majeur du secteur, Jean-Paul Maury, devenu depuis le premier imprimeur de France. « J’ai été embarqué dans une aventure invraisemblable », confesse dans un sourire le président-directeur général du groupe industriel qui porte son nom. Entre deux réunions de travail liées aux activités de ses sites de Malesherbes et de Manchecourt, à deux pas d’ici, Jean-Paul Maury évoque pour nous cette étonnante histoire. « La collection était stockée à Nonancourt, près d’Évreux, dans un bâtiment en tôle ondulée. En la découvrant, nous avons eu le souffle coupé par ses dimensions monumentales. S’en occuper demandait des moyens. Nous avons erré une dizaine d’années avec la collection sur le dos, l’équivalent tout de même de trente-cinq semi-remorques… Avec ma femme, nous avons réfléchi et reconnu qu’il serait dommage de ne rien en faire. » Le projet aboutit enfin en 2018, après sept ans de réflexion. « En discutant avec Jean-Paul Maury, nous nous sommes dit qu’un musée exclusivement technique et industriel risquait d’ennuyer le public, poursuit Jean-Marc Providence. Il était important de savoir ce que ces machines avaient produit et de se poser les questions du livre, de la presse, des arts graphiques et de la communication. » Avec ses 6 000 mètres carrés, ce véritable miracle de muséographie met autant en valeur les minuscules lettres de plomb que les rotatives de plusieurs dizaines de tonnes, débitant à des cadences infernales romans policiers, encyclopédies, catalogues, livres de poche, exemplaires de la Pléiade, magazines ou quotidiens.

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