Les Veillées des chaumières

Un partenaire extraordinaire

Quand le téléphone sonna, Isabelle émergeait à peine de son sommeil. Elle tâtonna pour attraper l’engin de malheur qui la bipait alors qu’elle était en congé. Elle se redressa, marmonna un « allô » un peu étouffé par un bâillement. Au bout du fil, un éclat de rire retentit :

– Isabelle ? Ici Alexandre. Désolé de te réveiller.

– C’est pour quoi ? grommela-t-elle.

– Une enfant de quatre ans, disparue dans une forêt. Je prépare Rock, pour gagner du temps. À tout de suite.

Complètement réveillée, Isabelle se leva d’un bond, gagna la salle de bains. Elle entendit Valentin, son mari, qui la rejoignait, encore à moitié endormi. Elle anticipa la question :

– C’était le boulot. Une gamine qui s’est perdue. Je dois y aller.

Valentin hocha la tête, il avait l’habitude, depuis quinze ans qu’il partageait sa vie.

– T’inquiète. C’est Alice qui va être déçue.

– Je me doute ! Je lui avais promis une journée dans les magasins, entre filles.

Isabelle imaginait déjà la scène. À douze ans, Alice entrait dans l’âge ingrat et montrait un caractère difficile.

Elle finissait de préparer ses affaires lorsque sa fille déboula dans le salon. À son air, son père l’avait mise au courant du changement de programme.

– C’est toujours pareil avec toi, on ne peut rien organiser. Tu ne tiens jamais tes promesses.

– Écoute, Alice, crois-moi, je suis aussi désolée que toi d’annuler notre sortie. Mais je te jure que ce n’est que partie remise.

– Tu parles, répliqua-t-elle avec insolence, il n’y a que ton boulot qui compte.

– Ce n’est pas vrai et tu le sais très bien. Mais tu connais mon métier, je dois obéir aux ordres. Une petite fille a besoin d’aide.

Alice haussa les épaules et partit en claquant la porte, tout en hurlant :

– Peut-être que je devrais moi aussi disparaître pour que tu t’occupes enfin de moi !

Isabelle poussa un soupir de désespoir face à tant de mauvaise foi. Son mari la rejoignit :

– Elle se calmera et regrettera son éclat.

Elle l’embrassa et sortit rapidement. Il entendit la voiture démarrer et s’éloigner. Alice boudait dans le salon. La journée promettait d’être longue.

Isabelle atteignit dans un temps record la caserne de la gendarmerie cynophile. Dans les chenils, les aboiements retentissaient, créant une certaine cacophonie. Elle but un café avec ses collègues tandis qu’on la mettait au courant de sa mission à venir. L’hélicoptère l’attendait avec Rock, son malinois spécialisé dans la recherche des personnes. Avec son animal, elle formait un tandem fusionnel. Elle avait foi en lui, en ses capacités, et lui avait confiance en elle.

Passionnée de chiens depuis son enfance, elle aimait son métier. Ses proches le savaient. Lorsqu’elle avait rencontré Valentin, elle l’avait averti que son plus grand rival avait des poils, quatre pattes et des oreilles en pointe. À l’époque, elle travaillait avec un berger allemand. Il avait accepté la concurrence de ce drôle de partenaire avec humour et philosophie. Il lui avait avoué qu’il préférait qu’elle fasse équipe avec un compagnon incorruptible, qui veillait sur elle avec dévotion, plutôt qu’avec un beau gosse qui chercherait, peut-être, à la séduire. Il s’était donc habitué à côtoyer des canidés, car Andy, le berger allemand, avait goûté auprès d’eux à une retraite bien méritée. Son départ avait été un véritable drame pour la famille.

Le malinois l’accueillit avec un jappement joyeux et elle le gratouilla entre les deux oreilles, ce qu’il adorait. Il se dressa sur

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