Les Veilles des chaumires

La belle canuse

10 – RÉSUMÉ : Anne-Lise a donné naissance à un beau garçon, un petit Pierre-Marie. Hélas, Joseph n’est toujours pas de retour. Pire, l’avocat lui apprend qu’il a été transféré à Paris. Le vent a tourné et il n’est pas bon d’être l’épouse d’un canut emprisonné. Les bourgeois et les gouvernants ne sont pas près de pardonner la rébellion des canuts. Il faut à présent une sentence des plus lourdes pour éviter toute récidive. Les dix mille prisonniers jugés dans le procès monstre de Paris en avril 1835 ont été condamnés à la déportation ou à de lourdes peines de prison. Joseph, lui, plus chanceux, a été condamné à dix ans de prison et est transféré à Doullens, en Picardie. La vie est devenue vraiment difficile pour Anne-Lise. Seule consolation, elle vient de recevoir une lettre de lui. (Voir Veillées nos 3467 et suivants.)

Anne-Lise a lu entre les mots, elle a compris que le courrier est ouvert et lu avant d’être distribué, elle devine à travers les lignes bien ordinaires que tout n’est pas rose. Elle n’a qu’une seule idée : se rendre au plus vite auprès de Joseph pour connaître son véritable état, l’embrasser, lui remonter le moral qu’elle pressent au plus bas depuis l’annonce de la terrible sentence.

Sa décision est prise, elle va se rendre à Doullens. Elle écrit à maître Favre :

(…) Faites le nécessaire pour obtenir une permission de visite, je dois me rendre auprès de Joseph, je vous en prie.

Sa santé m’inquiète, je crains qu’il ne résiste plus guère.

La demande ne surprend pas l’avocat, il a lui-même senti le désespoir du maître canut et a commencé les démarches. Il ne manque plus que la signature du ministre pour qu’Anne-Lise puisse partir en Picardie… Malgré sa gêne, Anne-Lise se rend chez Pierre, elle a besoin d’aide pour entreprendre ce long voyage.

Ce dernier n’hésite pas une seule seconde, il lui tend un modeste porte-escalins:

– Cela devrait suffire pour le transport, et pour les gones, on va les garder, on va bien y abonder pendant ton absence.

– J’emmène le mami car je lui donne encore et puis Joseph ne l’a encore jamais vu. Pour les autres, ce serait trop de frais. Merci pour tout.

– Pas de merci, belle-sœur,

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