Les Cahiers de Science & Vie

Le grand livre de la sorcière

La figure de la sorcière telle que nous la connaissons tous – une vieille femme repoussante, juchée sur un balai volant ou penchée sur un chaudron dans lequel bouillonnent des potions aux relents nauséabonds – emprunte à des récits mythologiques très anciens, mais aussi à des rituels bien réels, attestés par les historiens. Ceux-ci ont été déformés au fil du temps par le bouche-à-oreille et surtout par l’Église, à l’origine des chasses aux sorcières de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance. Les ouvrages de démonologie, qui fleurissent alors en Europe, se sont ensuite chargés de fixer les principaux attributs de ces êtres diaboliques. Du sabbat aux maléfices, du grimoire aux crapauds, retour aux sources des pratiques magiques et des accessoires qui ont contribué à forger le mythe de la sorcière.

Le dictionnaire des pratiques magiques et sataniques

SABBAT

« Ce sont principalement des femmes, qui passent un pacte avec le démon pour détruire l’humanité avec son aide, elles s’organisent en sectes hérétiques, participent régulièrement au sabbat des sorcières présidé par le démon pendant la nuit, elles se rendent aux réunions en volant dans les airs grâce à l’aide du démon, et elles commettent des actes sexuels infâmes avec lui », décrit l’archiviste de Cologne Joseph Hansen en 1898. La débauche est en effet au cœur du sabbat, cette assemblée nocturne diabolique à laquelle, à partir du XVe siècle, on reproche aux sorcières de s’adonner. Selon les historiens, ce mythe s’inspirerait de réunions bien réelles, à commencer par les bacchanales, fêtes antiques en l’honneur du dieu de la vigne. Mais aussi des rencontres qui se tenaient dans les campagnes. Des paysannes, souvent versées en herboristerie, s’y rencontraient pour échanger des recettes de remèdes et en profitaient pour festoyer. Comme le veut la tradition des fêtes clandestines populaires, l’alcool y coulait à flots, et l’on s’y livrait à des danses jugées lubriques, telle la sarabande, « la danse la plus lubrique », selon le juge Pierre de Lancre, qui participa à une chasse aux sorcières au XVII siècle. Pire, ces rassemblements étaient le lieu de relations sexuelles libres, parfois liées à des rites de fertilité, notamment au moment de la moisson. Dans une société obsédée par la chasteté, il n’en fallait pas plus pour y voir la marque du démon…

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