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L'Histoire de France racontée par les Contemporains (Tome 1/4)
Extraits des Chroniques, des Mémoires et des Documents
originaux, avec des sommaires et des résumés chronologiques

L'Histoire de France racontée par les Contemporains (Tome 1/4) Extraits des Chroniques, des Mémoires et des Documents originaux, avec des sommaires et des résumés chronologiques

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L'Histoire de France racontée par les Contemporains (Tome 1/4) Extraits des Chroniques, des Mémoires et des Documents originaux, avec des sommaires et des résumés chronologiques

Longueur:
624 pages
8 heures
Sortie:
Nov 26, 2013
Format:
Livre

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Nov 26, 2013
Format:
Livre

À propos de l'auteur


Aperçu du livre

L'Histoire de France racontée par les Contemporains (Tome 1/4) Extraits des Chroniques, des Mémoires et des Documents originaux, avec des sommaires et des résumés chronologiques - Louis Dussieux

repris.

L'HISTOIRE

DE FRANCE

RACONTÉE PAR LES CONTEMPORAINS.

EXTRAITS

DES CHRONIQUES, DES MÉMOIRES ET DES DOCUMENTS

ORIGINAUX,

AVEC DES SOMMAIRES ET DES RÉSUMÉS CHRONOLOGIQUES,

PAR

L. DUSSIEUX,

PROFESSEUR D'HISTOIRE A L'ÉCOLE DE SAINT-CYR.


TOME PREMIER.


PARIS,

FIRMIN DIDOT FRÈRES, FILS ET Cie, LIBRAIRES,

IMPRIMEURS DE L'INSTITUT, RUE JACOB, 56

1861

Tous droits réservés.

L'HISTOIRE

DE FRANCE

RACONTÉE PAR LES CONTEMPORAINS.

TYPOGRAPHIE DE H. FIRMIN DIDOT.—MESNIL (EURE).

AVERTISSEMENT.

Depuis quelques années, le goût de lire l'histoire dans les documents originaux s'est généralement répandu; de nombreuses publications historiques ont été faites; et déjà l'ensemble de nos diverses collections de mémoires, de chroniques et de documents dépasse plusieurs centaines de volumes, que l'on ne peut rassembler qu'avec difficulté et dont la lecture demande un temps considérable.

Le but de l'ouvrage que nous publions est de réunir en quelques volumes tout ce que ces nombreux, recueils nous ont paru renfermer d'utile et de curieux sur les principaux événements de l'histoire de France, de manière à composer un abrégé de ces collections.

Pour la jeunesse studieuse, comme pour les gens du monde, il faut tenir compte du temps dont ils peuvent disposer, et ne mettre sous leurs yeux que ce qui est réellement utile à connaître. Nous avons entrepris de faire ce choix, en prenant le parti de ne nous occuper que des grands faits historiques, des grands hommes, et quelquefois de détails caractéristiques sur les mœurs. Nous avons toujours donné la préférence, entre les auteurs contemporains, à ceux qui avaient vu, et surtout à ceux qui après avoir pris part aux événements les avaient eux-mêmes racontés. Presque toujours nous avons publié plusieurs relations du même fait, afin de mettre sous les yeux du lecteur les opinions opposées, l'esprit des différents partis, les divers jugements de l'époque sur ce fait. Nous avons cherché à être d'une impartialité absolue dans le choix des pièces, parce que nous voulions donner au public une œuvre sans système, sans parti pris, dans laquelle les opinions et la manière de voir des contemporains fussent surtout en évidence.

Pour les premières époques de notre histoire, souvent les récits contemporains font défaut; les événements ne sont indiqués dans les chroniques que par une phrase courte et sèche. C'est pourquoi nous avons cru devoir reproduire, pour ces temps anciens, quelques pages savantes d'auteurs modernes, dans lesquelles ils avaient su fondre tous les éléments épars dans les chroniques.

Nous devons dire encore que ce choix a été fait de telle sorte que le père et la mère de famille pussent mettre ces volumes entre les mains de leurs enfants, pour compléter leur instruction. Nous avons voulu que ce recueil pût être donné à la jeunesse, à qui l'on ne sait quel ouvrage faire lire sur l'histoire de France, au moment où s'achèvent et où se complètent les études.

Nous avons essayé de faire un livre instructif et attrayant, qui pût permettre, selon la méthode de Rollin, d'apprendre l'histoire par la lecture, par le détail des grands événements, par le portrait des grands hommes, par la peinture des mœurs, en mettant le lecteur en face des documents originaux. Des résumés chronologiques en tête de chaque volume, et des sommaires placés au commencement de chaque récit, lient ces morceaux détachés et leur donnent l'enchaînement et la suite nécessaires.

Ces extraits d'anciens auteurs ont encore l'avantage de faire connaître les écrivains historiques, si nombreux dans notre littérature, les plus remarquables passages des chroniques et des mémoires, et de composer ainsi, en même temps qu'une histoire de France, une histoire de la littérature française, qui montre toutes les transformations de la langue.

RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE

DES PRINCIPAUX ÉVÉNEMENTS DE LA PÉRIODE DE L'HISTOIRE

DE FRANCE CONTENUE DANS CE PREMIER VOLUME.

GAULE CELTIQUE.

Les plus anciens peuples de la Gaule paraissent avoir été les Ibères, connus sous les noms d'Aquitains et de Ligures, et dont un débris existe encore, sous le nom de Basques, dans les Pyrénées occidentales.

A une époque inconnue, la Gaule est envahie et occupée par les peuples Celtes, Gaulois ou Galls au centre, Kimris ou Belges au nord. Les Ibères sont réduits en esclavage dans tout le pays conquis par les Celtes; mais ils restent indépendants dans l'Aquitaine et sur le bord de la Méditerranée (Languedoc et Provence).

XIIe siècle avant J.-C. Les Phéniciens fondent plusieurs colonies sur la côte ligurienne, dont la plus importante est Nîmes.

600 av. J.-C. Les Grecs fondent de nombreuses colonies sur la côte ligurienne, dont la plus importante est Marseille, qui devint une république considérable.

Dès le VIe siècle avant J.-C., les Gaulois envoyèrent hors de la Gaule de grandes expéditions, et envahirent successivement: l'Espagne, où ils s'établirent en Celtibérie;—la Gaule Cisalpine, en 587, où Bellovèse fonda Milan;—la Germanie;—la Macédoine, la Grèce et la Thrace, où en 279 ils furent défaits par les Grecs aux batailles des Thermopyles et de Delphes;—l'Asie Mineure, où ils fondèrent le royaume de Galatie;—l'Étrurie, où ils assiégèrent Clusium, en 391.

Le siége de Clusium fit commencer la guerre entre les Gaulois et les Romains, qui ne parvinrent à dompter les Gaulois qu'après 200 ans de luttes acharnées. Les principaux événements de cette lutte sont:

en 390, la bataille de l'Allia et la prise de Rome par les Gaulois;

en 295, la défaite des Gaulois à Sentinum;

en 283, la défaite des Gaulois au lac Vadimon;

en 222, la défaite des Gaulois à Télamone. Enfin, en 170, les Gaulois de la Gaule Cisalpine furent complétement soumis à la domination de Rome.

189. Manlius soumet les Galates ou Gaulois de l'Asie Mineure.

154. Les Romains entrent dans la Gaule Transalpine, et viennent au secours de la république de Marseille, leur alliée, attaquée par les Salyens.

124. Les Romains fondent Aix et s'établissent en Provence.

122-121. Les Romains soumettent les Allobroges, et battent Bituitus, roi des Arvernes.

118. Fondation de Narbonne. Les Romains occupent la province romaine (Roussillon, Languedoc, Dauphiné, Provence).

58-51. Jules César fait la conquête de la Gaule.—52, Grande victoire de César à Alise sur Vercingétorix.

GAULE ROMAINE.

(51 av. J.-C.—476 ap. J.-C.)

La Gaule reste soumise aux Romains depuis 51 av. J.-C. jusqu'en 476 ap. J.-C., date de la chute de l'empire d'Occident.

Pendant ce temps elle est entièrement transformée, et adopte la religion, la langue, les mœurs, les lois et les institutions de Romains.

160 ap. J.-C. Le christianisme pénètre dans la Gaule. Saint-Pothin et saint Irénée sont les premiers apôtres de la Gaule et fondent l'église de Lyon. Saint Denis (250) et saint Martin (371-400) achèvent la conversion de la Gaule au christianisme.

177. Première persécution des chrétiens à Lyon.

241. Premières invasions des Franks dans la Gaule.

285. Grande révolte des Bagaudes contre la tyrannie de l'administration romaine; 286, ils sont vaincus par Maximien Hercule.

287. Les Franks-Saliens établis dans la Toxandrie comme lètes ou mercenaires à la solde de l'Empire.

292. Les Franks-Ripuaires établis entre la Meuse et le Rhin comme mercenaires à la solde de l'Empire.

358. Guerre de Julien contre la tribu des Franks-Saliens, qui est dès lors la plus importante, et qui s'emparera sous Clovis de la domination de la Gaule.

407. Invasion des Suèves, des Alains et des Vandales.

412. Les Wisigoths sous Ataulphe s'établissent dans la Gaule méridionale.

413. Les Burgondes s'établissent dans le bassin du Rhône.

431. Clodion, roi des Franks-Saliens, est battu par Aétius à Héléna.

451. Invasion d'Attila dans la Gaule. Il est repoussé devant Orléans et vaincu dans les champs Catalauniques par Aétius, par Mérovée, roi des Franks-Saliens, et par Théodoric, roi des Wisigoths.

458. Childéric succède à Mérovée.

468. Avénement d'Euric, roi des Wisigoths, à Toulouse.—Grande puissance de ce roi.

471-475. Ecdicius défend l'Arvernie contre les Wisigoths; il est obligé de se soumettre.

476. Fin de l'empire romain d'Occident. Le dernier empereur, Romulus-Augustule, est renversé par Odoacre, roi des Hérules, qui se proclame roi d'Italie.

GAULE FRANQUE.

481. Avénement de Clovis, successeur de Childéric.

486. Le patrice Syagrius est battu par Clovis à Soissons.—Fin de la domination romaine dans la Gaule.

486-490. Clovis soumet les cités gallo-romaines de l'Armorique.

492. Clovis épouse Clotilde.

496. Défaite des Alemans à Tolbiac. Conversion de Clovis. Dès lors Clovis devient le champion de l'Église orthodoxe contre les peuples ariens qui occupent la Gaule, Burgondes et Wisigoths.

500. Clovis bat Gondebaud, roi des Burgondes, à Dijon.

507. Clovis bat les Wisigoths à Vouillé, et conquiert l'Aquitaine.

508. Les Franks sont battus au siége d'Arles par Ibbas, général de Théodoric, roi des Ostrogoths, qui envoie des secours aux Wisigoths.

509. Clovis fait assassiner plusieurs rois franks, et soumet leurs tribus à sa domination.

511. Mort de Clovis. Ses quatre fils se partagent ses États;

Thierry est roi d'Austrasie;

Clodomir est roi d'Orléans;

Childebert est roi de Paris;

Clotaire est roi de Soissons.

523. Clodomir, Childebert et Clotaire envahissent la Bourgogne.

524. Bataille de Véseronce, où Clodomir est battu et tué par les Burgondes.

528-530. Conquête de la Thuringe par Thierry.

533. Meurtre des fils de Clodomir par Childebert et Clotaire.

534. Childebert et Clotaire font la conquête de la Bourgogne.

539. Première expédition des Franks en Italie, où les Grecs et les Ostrogoths sont en guerre. Théodebert, fils de Thierry et roi d'Austrasie, bat les Grecs et les Ostrogoths, et se fait céder par les Ostrogoths la Provence, tandis que Justinien, pour avoir son alliance, renonce aux droits de l'Empire sur la Gaule.

553. Bucelin et Leutharis, généraux de Théodebald, fils de Théodebert et roi d'Austrasie, sont battus par Narsès, sur le Vulturne, à Casilinum.

558. Clotaire Ier réunit tous les royaumes des Franks.

561. Mort de Clotaire Ier. Ses quatre fils se partagent ses États;

Caribert est roi de Paris;

Gontran est roi d'Orléans et de Bourgogne;

Chilpéric est roi de Soissons ou de Neustrie;

Sigebert est roi d'Austrasie.

566. Sigebert épouse Brunehaut. Chilpéric épouse Galsuinthe, la tue, et la remplace par Frédégonde.

Première lutte de la Neustrie et de l'Austrasie, 573-613.

573. Sigebert attaque Chilpéric et assiége Tournay; il est tué par des émissaires de Frédégonde. Childebert II lui succède.

584. Chilpéric est assassiné par les ordres de Frédégonde, Clotaire II lui succède.

587. Traité d'Andelot entre Gontran et Childebert II.

593-596. Victoires de Frédégonde sur les Austrasiens à Brennac ou Droissy et à Leucofao.

593. Mort de Gontran. Childebert II lui succède.

596. Mort de Childebert II. Théodebert lui succède en Austrasie et Thierry II en Bourgogne.

597. Mort de Frédégonde.

598. Brunehaut est chassée d'Austrasie par les leudes, dont elle veut diminuer le pouvoir; elle se réfugie auprès de Thierry II, roi de Bourgogne.

600. Clotaire II battu à Dormeille par les Austrasiens.

612. Brunehaut et Thierry II battent les Austrasiens à Toul et à Tolbiac; Théodebert et ses enfants sont massacrés; Brunehaut rentre victorieuse à Metz.

613. Conjuration des leudes austrasiens, dirigés par Pépin de Landen et Warnachaire, contre Brunehaut. Ils s'allient avec Clotaire II, et lui livrent Brunehaut, qui est mise à mort.

Clotaire II réunit toutes les parties du royaume des Franks.

614. Constitution perpétuelle ou Édit de Paris, par lequel de grands priviléges sont accordés par Clotaire aux leudes et au clergé. Les royaumes de Neustrie et d'Austrasie auront chacun un maire du palais.

622. Dagobert succède à Clotaire II.

630. Caribert, frère de Dagobert, obtient le duché d'Aquitaine. Ses descendants, Eudes, Hunald et Waïfre, le possèdent jusqu'en 769.

632. Sigebert II, fils de Dagobert, est nommé roi d'Austrasie, avec Pépin de Landen pour maire du palais.

638. Clovis II succède à Dagobert en Neustrie et en Bourgogne, avec Ega et Erkinoald pour maires du palais.

656. Mort de Sigebert II. Grimoald, maire du palais d'Austrasie, cloître Dagobert fils de Sigebert II, et fait proclamer son fils roi d'Austrasie. Erkinoald renverse le fils de Grimoald, réunit l'Austrasie à la Neustrie, et réprime les leudes. L'unité de l'empire frank est rétablie pour quelque temps, grâce à la vigueur et à l'habileté d'Erkinoald.

656. Mort de Clovis II; Clotaire III lui succède. Ébroïn remplace Erkinoald, mort en 657.

660. Les Austrasiens obtiennent de former un royaume séparé. Ébroïn leur donne pour roi Childéric II, second fils de Clovis II.

670. Mort de Clotaire III. Thierry III lui succède.

Seconde lutte de la Neustrie et de l'Austrasie, 680-719.

(Triomphe de l'Austrasie.)

680. Ébroïn vainqueur de Pépin de Héristal, maire du palais d'Austrasie, à Loixy.

681. Ebroïn est assassiné.

687. Pépin de Héristal bat les Neustrieus à Testry, soumet la Neustrie à l'Austrasie, et meurt en 714. Charles Martel lui succède.

715. Rainfroy est nommé maire du palais de Neustrie; il se soulève contre l'Austrasie, et gagne la bataille de Compiègne.

717. Charles Martel bat les Neustriens à Vincy et à Soissons, en 719. La Neustrie est définitivement soumise à l'Austrasie jusqu'en 843.

Gouvernement de Charles Martel et de Pépin le Bref, sous plusieurs rois fainéants.

720-730. Charles Martel soumet les peuples germains, qui s'étaient rendus indépendants des Franks pendant les guerres civiles. Les Saxons, les Bavarois, les Alemans ou Souabes, les Frisons, sont replacés sous la domination des Austrasiens.

721. Après avoir conquis l'Espagne sur les Wisigoths, en 712, les Arabes entrent en Septimanie. L'apparition de ces barbares décide toutes les provinces de la Gaule méridionale, Vasconie, Septimanie, Provence, à se placer sous la domination d'Eudes, duc d'Aquitaine, qui, en 721, gagne sur les Arabes la grande bataille de Toulouse.

732. Eudes est battu à la bataille de Bordeaux par Abdérame, et se soumet à Charles Martel pour en avoir des secours contre les Arabes.

Bataille de Poitiers.

736. Les Arabes envahissent la Provence et la Bourgogne.

739. Charles Martel les chasse de la Bourgogne, les bat à Berre, en Septimanie, mais ne peut leur enlever Narbonne.

741. Mort de Charles Martel. Carloman et Pépin le Bref le remplacent.

Pépin le Bref, 741-768.

742. Commencement des guerres d'Aquitaine, contre les ducs mérovingiens de ce pays, qui ne seront soumis qu'en 769.—Pépin veut soumettre l'Aquitaine, gouvernée par Hunald, successeur d'Eudes. En 745, Hunald abandonne ses États à son fils Waïfre, et se retire dans un cloître.

743. Carloman, par l'influence de l'archevêque de Mayence, Boniface, commence la guerre contre les Saxons, c'est-à-dire contre les peuples du nord de la Germanie entre le Rhin, l'Elbe, la mer du Nord et le Mein, afin de détruire l'odinisme et la barbarie dans la Germanie, d'y établir la civilisation et la foi chrétiennes, et de faire cesser les ravages et les invasions de ces barbares.

747. Abdication de Carloman, qui se retire au Mont-Cassin. Pépin est seul maître du pouvoir.

752. Childéric III, le dernier Mérovingien, est déposé, et Pépin le Bref est proclamé roi.

754. Le pape Étienne II sacre Pépin.

755-757. Guerre contre Astolphe, roi des Lombards, peuple arien, qui attaquait la papauté à Rome. Les Lombards vaincus, l'exarchat de Ravenne est cédé au pape.—Fondation de la puissance temporelle des papes.

759. Narbonne enlevée aux Arabes. Les Arabes sont chassés de la Septimanie.

759-768. Guerre contre Waïfre en Aquitaine. Assassinat de Waïfre en 768 et soumission de l'Aquitaine.

768. Mort de Pépin le Bref. Ses États sont partagés entre Charlemagne et Carloman.

CHARLEMAGNE, 768-814.

769. Hunald sort du cloître et soulève l'Aquitaine. Charlemagne réprime cette dernière révolte. Hunald se réfugie chez les Lombards, et l'Aquitaine se soumet aux Franks.

771. Mort de Carloman. Charlemagne dépouille ses neveux, qui se réfugient auprès de Didier, roi des Lombards.

772. Commencement des guerres de Charlemagne contre les Saxons. La Saxe ne sera soumise qu'en 804, après soixante et un ans de luttes, en datant de 743, et après 18 campagnes de Charlemagne contre ces peuples.

773-774. Guerre contre Didier. Passage du mont Cenis et du Saint-Bernard. Prise de Vérone et de Pavie.—Fin du royaume des Lombards. Destruction de l'arianisme en Occident; augmentation des domaines de la papauté.—Charlemagne devient roi d'Italie et donne ce royaume, en 781, à son fils aîné Pépin.

778. Expédition de Charlemagne en Espagne contre les Arabes divisés en deux factions, l'une pour les Ommyades, l'autre pour les Abassides. Charlemagne soutient quelques émirs. A son retour, son arrière-garde est détruite à Roncevaux par Loup, duc de Vasconie, fils de Waïfre, qui est battu, pris et pendu. Mort de Roland dans ce désastre.

780. Création des évêchés de la Saxe.

780. Création du royaume d'Aquitaine, pour Louis le Débonnaire. Ce royaume est chargé de la guerre contre les Arabes d'Espagne. De 791 à 812, cette guerre est faite par Guillaume le Pieux, comte de Toulouse, qui conquiert la marche d'Espagne, c'est-à-dire le pays entre l'Èbre et les Pyrénées, où se formeront plus tard les royaumes chrétiens de Castille, de Navarre et d'Aragon.

782. Massacre des Saxons à Verden.

785. Wittikind, chef des Saxons, se fait baptiser à Attigny.

786. Conquête de la Bavière sur Tassilon, duc de ce pays, qui s'était allié avec les Grecs, les Avares et les Lombards de Bénévent, contre Charlemagne.

787. Le duché de Bénévent, dernière possession des Lombards en Italie, est soumis aux Franks.

788-810. Guerres contre les Slaves, entre l'Elbe et l'Oder. Soumission des Obotrites, des Wendes, des Serbes ou Sorabes et des Tchèques. La civilisation chrétienne commence à pénétrer chez ces barbares.

791-796. Guerres contre les Avares. Destruction de ce peuple sauvage.

800. Charlemagne est proclamé empereur d'Occident, à Rome, par le pape Léon III et le peuple romain.

804. Soumission de la Saxe. Transplantation et conversion de ce peuple. L'odinisme et la barbarie sont détruits dans l'Allemagne du nord, qui entre dans l'Europe civilisée. La limite de la civilisation est reculée du Rhin jusqu'à l'Elbe.—Fin des invasions des peuples germains.

804. Traité avec Irène, impératrice d'Orient, pour la fixation des limites des deux empires.

808. Première apparition des Northmans en France.

812. Bernard roi d'Italie. Il succède à Pépin, son père, mort en 810.

814. Mort de Charlemagne. Louis le Débonnaire ou le Pieux lui succède.

Pendant le règne de Charlemagne, l'ordre est rétabli; les invasions des barbares sont arrêtées; de nombreuses lois (capitulaires) sont rédigées; on crée une administration et des écoles; les études sont rétablies, les arts cultivés. Cette première renaissance est due aux efforts de Charlemagne, d'Alcuin, de Leidrade, archevêque de Lyon, de Théodulf, évêque d'Orléans, de saint Benoît, abbé d'Aniane, d'Adalhard, abbé de Corbie. Cette renaissance disparaît entièrement au milieu des désordres qui ont lieu pendant les règnes des premiers successeurs du grand empereur.

LOUIS LE DÉBONNAIRE, 814-840.

817. Louis le Débonnaire partage l'Empire entre ses trois fils, Lothaire, Pépin et Louis.

818. Bernard qui s'est révolté en Italie est vaincu, condamné et mis à mort.

822. Pénitence publique de Louis le Débonnaire à Attigny, pour expier la mort de son neveu.

826. Harold, roi ou chef danois, se soumet à Louis le Débonnaire et se fait baptiser.

830. Première révolte des fils de Louis le Débonnaire.

833. Seconde révolte des fils du Débonnaire. Il est trahi au champ du Mensonge, dégradé, déposé et remplacé par Lothaire.

834. Louis le Débonnaire est rétabli.

838-839. Nouvelles révoltes des fils du Débonnaire.

840. Mort de Louis le Débonnaire. Partage de l'Empire entre ses fils.

LISTES CHRONOLOGIQUES

DES EMPEREURS ROMAINS ET DES ROIS FRANKS, WISIGOTHS ET BURGONDES QUI ONT RÉGNÉ PENDANT CETTE PÉRIODE.

I. EMPEREURS ROMAINS.

II. ROIS DE FRANCE

de 428 à 840.

I. Mérovingiens.

428. Clodion.

448. Mérovée.

458. Childéric.

481. Clovis.

511. Le royaume est partagé entre les fils de Clovis.

538. Clotaire I, maître de toute la monarchie.

561. Le royaume est partagé entre les fils de Clotaire I.

613. Clotaire II réunit toute la monarchie. † 628.

628. Dagobert. A sa mort, 638, la monarchie est partagée en deux royaumes.

2. Carlovingiens.

752. Pépin le Bref.

768. Charlemagne et Carloman. 771, Charlemagne seul. 800, Charlemagne empereur.

814. Louis le Débonnaire, meurt en 840.

III. ROIS DES WISIGOTHS

qui ont régné en Aquitaine.

484. Alaric II, tué à Vouillé, 507. Ses successeurs ne possèdent plus en France que la Septimanie, et résident en Espagne.

IV. ROIS BURGONDES.

413. Gondicaire.

443-470. Gondioche et Chilpéric.

470. Gondebaud et Chilpéric, Godomar, Godesegil.

516. Sigismond.

524. Godemar.—En 534 le royaume des Burgondes est conquis par les Franks.

LES GRANDS FAITS

DE

L'HISTOIRE DE FRANCE

RACONTÉS PAR LES CONTEMPORAINS.

LES PEUPLES DE L'ANCIENNE GAULE.

50 ans avant J.-C.

Toute la Gaule est divisée en trois parties, dont l'une est habitée par les Belges[1], l'autre par les Aquitains[2], la troisième par ceux que nous appelons Gaulois, et qui dans leur langue se nomment Celtes. Ces nations diffèrent entre elles par le langage, les mœurs et les lois. Les Gaulois sont séparés des Aquitains par la Garonne, des Belges par la Marne et la Seine. Les Belges sont les plus braves de tous ces peuples; étrangers aux mœurs élégantes et à la civilisation de la Province romaine[3], ils ne reçoivent point du commerce extérieur ces produits du luxe qui contribuent à énerver le courage; d'ailleurs, voisins des peuples de la Germanie qui habitent au delà du Rhin, ils sont continuellement en guerre avec eux. Par la même raison, les Helvétiens[4] surpassent en valeur le reste des Gaulois; ils luttent chaque jour avec les Germains pour les repousser, et pour pénétrer eux-mêmes sur leur territoire.

César, Commentaires ou Mémoires sur la guerre des Gaules, liv. I, ch. 1. Traduction de M. Baudement.

Jules César naquit à Rome 100 av. J.-C., et fut assassiné l'an 44 av. J.-C. Il est célèbre pour avoir conquis la Gaule, renversé la république romaine et établi l'empire. César a laissé de précieux Mémoires ou Commentaires sur la guerre des Gaules et sur la guerre civile qu'il soutint contre les derniers défenseurs de la république.

DESCRIPTION DE LA GAULE.

Sous Auguste, vers le commencement de l'ère chrétienne.

Toute la Gaule est arrosée par des fleuves qui descendent des Alpes, des Pyrénées et des Cévennes et qui vont se jeter, les uns dans l'Océan, les autres dans la Méditerranée. Les lieux qu'ils traversent sont pour la plupart des plaines et des collines qui donnent naissance à des ruisseaux assez forts pour porter bateau. Les lits de tous ces fleuves sont, les uns à l'égard des autres, si heureusement disposés par la nature, qu'on peut aisément transporter les marchandises de l'Océan à la Méditerranée et réciproquement; car la plus grande partie du transport se fait par eau, en descendant ou en remontant les fleuves; et le peu de chemin qui reste à faire par terre est d'autant plus commode qu'on n'a que des plaines à traverser. Le Rhône surtout a un avantage marqué sur les autres fleuves pour le transport des marchandises, non-seulement parce que ses eaux communiquent avec celles de plusieurs autres fleuves, mais encore parce qu'il se jette dans la Méditerranée, qui l'emporte sur l'Océan[5], et parce qu'il traverse d'ailleurs les plus riches contrées de la Gaule.

Quant aux productions de la Gaule, la Narbonnaise[6] entière donne les mêmes fruits que l'Italie. Cependant, à mesure qu'on avance vers le Nord et les Cévennes, l'olivier et le figuier disparaissent, quoique tout le reste y croisse. Il en est de même de la vigne, elle réussit moins dans la partie septentrionale de la Gaule; tout le reste produit beaucoup de blé, de millet, de glands, et abonde en bétail de toute espèce. Aucun terrain n'y est en friche, si ce n'est les parties occupées par des marais ou par des bois; encore ces lieux mêmes sont-ils habités; ce qui néanmoins est l'effet de la grande population plutôt que de l'industrie des habitants; car les femmes y sont très-fécondes et excellentes nourrices. Mais les hommes sont portés à l'exercice de la guerre plutôt qu'aux travaux de la terre. Aujourd'hui cependant, forcés de mettre bas les armes[7], ils s'occupent d'agriculture.

Je l'ai déjà dit et je le répète encore: ce qui mérite surtout d'être remarqué dans cette contrée, c'est la parfaite correspondance qui règne entre ses divers cantons, par les fleuves qui les arrosent et par les deux mers[8] dans lesquelles ils versent leurs eaux; correspondance qui, si l'on y fait attention, constitue en grande partie l'excellence de ce pays, par la grande facilité qu'elle donne aux habitants de communiquer les uns avec les autres et de se procurer réciproquement tous les secours et toutes les choses nécessaires à la vie. Cet avantage devient surtout sensible en ce moment où, jouissant du loisir de la paix, ils s'appliquent à cultiver la terre avec plus de soin et se civilisent de plus en plus. Une si heureuse disposition de lieux, par cela même qu'elle semble être l'ouvrage d'un être intelligent plutôt que l'effet du hasard, suffirait pour prouver la Providence.

Strabon, Géographie, liv. IV, ch. I et 12. Trad. par Letronne.

Strabon, célèbre géographe grec, né en Asie Mineure, à Amasée, 50 ans av. J.-C.

MŒURS ET USAGES DES GAULOIS.

Dans toute la Gaule, il n'y a que deux classes d'hommes qui soient comptées pour quelque chose et qui soient honorées; car la multitude n'a guère que le rang des esclaves, n'osant rien par elle-même, et n'étant admise à aucun conseil. La plupart, accablés de dettes, d'impôts énormes et de vexations de la part des grands, se livrent eux-mêmes en servitude à des nobles qui exercent sur eux tous les droits des maîtres sur les esclaves. Des deux classes priviligiées, l'une est celle des druides, l'autre celle des chevaliers. Les premiers, ministres des choses divines, sont chargés des sacrifices publics et particuliers, et sont les interprètes des doctrines religieuses. Le désir de l'instruction attire auprès d'eux un grand nombre de jeunes gens qui les ont en grand honneur. Les druides connaissent de presque toutes les contestations publiques et privées. Si quelque crime a été commis, si un meurtre a eu lieu, s'il s'élève un débat sur un héritage ou sur des limites, ce sont eux qui statuent; ils dispensent les récompenses et les peines. Si un particulier ou un homme public ne défère point à leur décision, ils lui interdisent les sacrifices; c'est chez eux la punition la plus grave. Ceux qui encourent cette interdiction sont mis au rang des impies et des criminels, tout le monde s'éloigne d'eux, fuit leur abord et leur entretien, et craint la contagion du mal dont ils sont frappés; tout accès en justice leur est refusé; et ils n'ont part à aucun honneur. Tous ces druides n'ont qu'un seul chef, dont l'autorité est sans bornes. A sa mort, le plus éminent en dignité lui succède; ou, si plusieurs ont des titres égaux, l'élection a lieu par le suffrage des druides, et la place est quelquefois disputée par les armes. A une certaine époque de l'année, ils s'assemblent dans un lieu consacré sur la frontière du pays des Carnutes (pays Chartrain), qui passe pour le point central de toute la Gaule. Là se rendent de toutes parts ceux qui ont des différends, et ils obéissent aux jugements et aux décisions des druides. On croit que leur doctrine a pris naissance dans la Bretagne, et qu'elle fut de là transportée dans la Gaule; et aujourd'hui ceux qui veulent en avoir une connaissance plus approfondie vont ordinairement dans cette île pour s'y instruire.

Les druides ne vont point à la guerre et ne payent aucun des tributs imposés aux autres Gaulois; ils sont exempts du service militaire et de toute espèce de charges. Séduits par de si grands priviléges, beaucoup de Gaulois viennent auprès d'eux de leur propre mouvement, ou y sont envoyés par leurs parents et leurs proches. Là, dit-on, ils apprennent un grand nombre de vers, et il en est qui passent vingt années dans cet apprentissage. Il n'est pas permis de confier ces vers à l'écriture, tandis que, dans la plupart des autres affaires publiques et privées, ils se servent des lettres grecques. Il y a, ce me semble, deux raisons de cet usage: l'une est d'empêcher que leur science ne se répande dans le vulgaire; et l'autre, que leurs disciples, se reposant sur l'écriture, ne négligent leur mémoire; car il arrive presque toujours que le secours des livres fait que l'on s'applique moins à apprendre par cœur et à exercer sa mémoire. Une croyance qu'ils cherchent surtout à établir, c'est que les âmes ne périssent point, et qu'après la mort, elles passent d'un corps dans un autre, croyance qui leur paraît singulièrement propre à inspirer le courage, en éloignant la crainte de la mort. Le mouvement des astres, l'immensité de l'univers, la grandeur de la terre, la nature des choses, la force et le pouvoir des dieux immortels, tels sont en outre les sujets de leurs discussions: ils les transmettent à la jeunesse.

La seconde classe est celle des chevaliers. Quand il en est besoin et qu'il survient quelque guerre (ce qui, avant l'arrivée de César, avait lieu presque tous les ans, soit pour faire, soit pour repousser des incursions), ils prennent tous part à cette guerre, et proportionnent à l'éclat de leur naissance et de leurs richesses le nombre de serviteurs et de clients dont ils s'entourent. C'est pour eux la seule marque du crédit et de la puissance.

Toute la nation gauloise est très-superstitieuse; aussi ceux qui sont attaqués de maladies graves, ceux qui vivent au milieu de la guerre et de ses dangers, ou immolent des victimes humaines, ou font vœu d'en immoler, et ont recours pour ces sacrifices au ministère des druides. Ils pensent que la vie d'un homme est nécessaire pour racheter celle d'un homme, et que les dieux immortels ne peuvent être apaisés qu'à ce prix; ils ont même institué des sacrifices publics de ce genre. Ils ont quelquefois des mannequins d'une grandeur immense et tissus en osier, dont ils remplissent l'intérieur d'hommes vivants; ils y mettent le feu et font expirer leurs victimes dans les flammes. Ils pensent que le supplice de ceux qui sont convaincus de vol, de brigandage ou de quelque autre délit, est plus agréable aux dieux immortels; mais, quand ces hommes leur manquent, ils se rabattent sur les innocents.

Le dieu qu'ils honorent le plus est Mercure. Il a un grand nombre de statues; ils le regardent comme l'inventeur de tous les arts, comme le guide des voyageurs, et comme présidant à toutes sortes de gains et de commerce. Après lui ils adorent Apollon, Mars, Jupiter et Minerve. Ils ont de ces divinités à peu près la même idée que les autres nations. Apollon guérit les maladies; Minerve enseigne les éléments de l'industrie et des arts; Jupiter tient l'empire du ciel, Mars celui de la guerre; c'est à lui, quand ils ont résolu de combattre, qu'ils font vœu d'ordinaire de consacrer les dépouilles de l'ennemi. Ils lui sacrifient ce qui leur reste du bétail qu'ils ont pris; le surplus du butin est placé dans un dépôt public; et on peut voir, en beaucoup de villes, de ces monceaux de dépouilles entassées en des lieux consacrés. Il n'arrive guère, qu'au mépris de la religion, un Gaulois ose s'approprier clandestinement ce qu'il a pris à la guerre, ou ravir quelque chose de ces dépôts. Le plus cruel supplice et la torture sont réservés pour ce larcin.

Les Gaulois se vantent d'être issus de Pluton, tradition qu'ils disent tenir des druides. C'est pour cette raison qu'ils mesurent le temps, non par le nombre des jours, mais par celui des nuits. Ils calculent les jours de naissance, le commencement des mois et celui des années de manière que le jour suive la nuit dans leur calcul. Dans les autres usages de la vie, ils ne diffèrent guère des autres nations qu'en ce qu'ils ne permettent pas que leurs enfants les abordent en public avant d'être adolescents et en état de porter les armes. Ils regardent comme honteux pour un père d'admettre publiquement en sa présence son fils en bas âge.

Autant les maris ont reçu d'argent de leurs épouses à titre de dot, autant ils mettent de leurs propres biens, après estimation faite, en communauté avec cette dot. On dresse conjointement un état de ce capital, et l'on en réserve les intérêts. Quelque époux qui survive, c'est à lui qu'appartient la part de l'un et de l'autre, avec les intérêts des années antérieures. Les hommes ont, sur leurs femmes comme sur leurs enfants, le droit de vie et de mort. Lorsqu'un père de famille d'une haute naissance vient à mourir, ses proches s'assemblent, et s'ils ont quelque soupçon sur sa mort, les femmes sont mises à la question des esclaves; si le crime est prouvé, on les fait périr par le feu et dans les plus horribles tourments. Les funérailles, eu égard à la civilisation des Gaulois, sont magnifiques et somptueuses. Tout ce qu'on croit avoir été cher au défunt pendant sa vie, on le jette dans le bûcher, même les animaux; et il y a peu de temps encore, on brûlait avec lui les esclaves et les clients qu'on savait qu'il avait aimés, pour complément des honneurs qu'on lui rendait.

Dans les cités qui passent pour administrer le mieux les affaires de l'État, c'est une loi sacrée que celui qui apprend, soit de ses voisins, soit par le bruit public, quelque nouvelle intéressant la cité, doit en informer le magistrat, sans la communiquer à nul autre, l'expérience leur ayant fait connaître que souvent des hommes imprudents et sans lumières s'effrayent de fausses rumeurs, se portent à des crimes et prennent des partis extrêmes. Les magistrats cachent ce qu'ils jugent convenable, et révèlent à la multitude ce qu'ils croient utile. C'est dans l'assemblée seulement qu'il est permis de s'entretenir des affaires publiques.

César, Guerre des Gaules, liv. VI, ch. 13 à 21.

MÊME SUJET.

En général, tous les peuples connus aujourd'hui sous le nom de Gaulois sont belliqueux, vifs, prompts à se battre, d'ailleurs d'un naturel plein de candeur et sans malice. Aussi, pour peu qu'on les irrite, ils courent en masse aux armes; et cela sans dissimuler leurs projets, et sans y apporter la moindre circonspection. Cela fait qu'on peut aisément les vaincre en employant les ruses de la guerre; car, qui veut les provoquer au combat, quel que soit le temps ou le lieu, et sous quelque prétexte qu'il lui plaise, les trouvera toujours prêts à l'accepter, sans qu'ils y portent autre chose que leur force et leur audace. Néanmoins ces qualités n'empêchent point qu'ils ne soient dociles et qu'ils ne se laissent facilement persuader, lorsqu'il s'agit de ce qui peut leur être utile. Aussi est-on parvenu à leur faire goûter l'étude des lettres.

Leur force vient, non-seulement de l'avantage de la taille, mais encore de leur nombre. La franchise et la simplicité de leur caractère font que chacun ressent les injustices qu'on fait à son voisin, et qu'elles excitent chez eux une telle indignation qu'ils se rassemblent promptement pour les venger. Il est vrai qu'à présent, soumis aux Romains, ils sont obligés de vivre en paix et d'obéir à leurs vainqueurs.

Par ce caractère des Gaulois, on peut expliquer la facilité de leurs émigrations. Dans leurs expéditions, ils marchaient tous à la fois, ou plutôt ils se transportaient ailleurs avec leurs familles, toutes les fois qu'ils étaient chassés par des ennemis supérieurs en force. Aussi ont-ils moins coûté de peine à vaincre aux Romains que les Ibères[9]. La raison en est que les Gaulois combattant en grand nombre à la fois, leurs échecs devenaient des défaites générales, au lieu que les Ibères, pour ménager leurs forces, morcelaient pour ainsi dire la guerre en plusieurs petits combats qu'ils livraient tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, à la manière des brigands. Tous les Gaulois sont naturellement bons soldats; mais ils se battent mieux à cheval qu'à pied. Aussi les Romains tirent-ils de la Gaule leur meilleure cavalerie. Les plus vaillants d'entre les Gaulois sont ceux qui habitent vers le Nord et près de l'Océan. Les Belges, surtout, passent pour être les plus braves. Seuls ils ont soutenu les incursions des Germains, des Cimbres et des Teutons. Les Belges les plus vaillants sont les Bellovaques[10] et les Suessons[11]. La Belgique est si peuplée, qu'on y comptait autrefois[12] jusqu'à trois cent mille hommes en état de porter les armes.

Les Gaulois laissent croître leurs cheveux[13]; ils portent des saies[14] et couvrent leurs extrémités inférieures de hauts-de-chausses[15]; leurs tuniques sont fendues, descendent jusqu'au-dessous des reins et ont des manches. La laine des moutons de la Gaule est rude, mais longue; on en fabrique des saies à poils. Néanmoins on entretient, même dans les parties septentrionales, des troupeaux de moutons qui donnent une assez belle laine, par le soin qu'on a de les couvrir avec des peaux.

L'armure des Gaulois est proportionnée à leur taille. Un long sabre leur pend au côté droit; leurs boucliers aussi sont fort longs, et leurs lances à proportion. Ils portent de plus une espèce de pique qu'on nomme mataris, et quelques-uns font usage de l'arc et de la fronde. Ils se servent encore d'un trait en bois, semblable au javelot des Romains, qu'ils lancent de la main, et non par le moyen d'une courroie, à de plus longues distances que ne porterait une flèche; cette arme leur sert surtout pour la chasse des oiseaux.

La plupart des Gaulois conservent encore aujourd'hui l'usage de coucher à terre, et celui de prendre leurs repas assis sur la paille. Leur nourriture ordinaire est du lait et des viandes de toute espèce, mais particulièrement du cochon, tant frais que salé. Leurs cochons restent en pleine campagne et l'emportent sur ceux des autres pays pour la taille, la force et la vitesse; au point qu'ils sont aussi à craindre que les loups, pour les personnes qui n'ont pas coutume d'en approcher.

Les Gaulois habitent des maisons vastes, construites avec des planches et des claies, et terminées par un toit cintré et couvert d'un chaume épais. Ils possèdent un si grand nombre de troupeaux de moutons et de cochons, qu'ils fournissent non-seulement Rome, mais l'Italie presque entière de saies et de porc salé.

La plupart des peuples de la Gaule avaient autrefois un gouvernement aristocratique; tous les ans on choisissait un gouverneur et un général que le peuple nommait pour le commandement des troupes.

Dans leurs assemblées, les Gaulois observent un usage qui leur est particulier. Si quelqu'un trouble ou interrompt celui qui a la parole, un huissier s'avance, l'épée à la main, et lui ordonne avec menaces de se taire; s'il persiste à troubler l'assemblée, l'huissier répète ses menaces une seconde, puis une troisième fois, et enfin s'il n'est point obéi, il lui coupe du manteau un assez grand morceau pour que le reste ne puisse plus servir.

Quant aux occupations des deux sexes, distribuées chez les Gaulois d'une manière opposée à ce qui se fait parmi nous[16], cet usage leur est commun avec beaucoup d'autres peuples barbares.

Chez presque tous les Gaulois, il y a trois sortes de personnes qui jouissent d'une considération particulière, ce sont les bardes[17], les devins et les druides[18]. Les bardes composent et chantent des hymnes; les devins s'occupent des sacrifices et de l'étude de la nature; et les druides joignent à cette étude celle de la morale. On a si bonne opinion de la justice des druides, qu'on s'en rapporte à leur jugement sur les procès, tant particuliers que publics. Autrefois ils étaient même les arbitres des guerres, qu'ils réussissaient souvent à apaiser au moment où l'on était prêt à en venir aux mains. C'étaient surtout les accusés de meurtre qu'ils avaient à juger. Les druides croient que les âmes sont immortelles, et qu'il y aura des époques dans lesquelles le feu et l'eau prendront le dessus tour à tour.

A leur franchise et à leur vivacité naturelle, les Gaulois joignent beaucoup d'imprudence, d'ostentation et d'amour pour la parure. Tous ceux qui sont revêtus de quelque dignité portent des ornements d'or, tels que des colliers, des bracelets et des habits de couleur travaillés en or. L'inconstance de leur caractère fait qu'ils se vantent d'une manière insupportable de leurs victoires, et qu'ils tombent dans la plus grande consternation lorsqu'ils sont vaincus.

Ils ont en outre, ainsi que la plupart des peuples septentrionaux, des coutumes étranges qui annoncent leur barbarie et leur férocité. Tel est, par exemple, l'usage de suspendre au cou de leurs chevaux, en revenant de la guerre, les têtes des ennemis qu'ils ont tués, et de les exposer ensuite en spectacle attachées au-devant de leurs portes. Posidonius[19] dit avoir été témoin, en plusieurs endroits, de cette coutume qui l'avait d'abord révolté, mais à laquelle il avait fini par s'habituer. Lorsque parmi ces têtes, il s'en trouvait de quelques hommes de marque, ils les embaumaient avec de la résine de cèdre[20], les faisaient voir aux étrangers, et ils refusaient de les vendre même au poids de l'or.

Cependant les Romains les ont obligés de renoncer à cette cruauté, comme aux usages qui regardent les sacrifices et les divinations, usages absolument opposés à ce qui se pratique parmi nous. Tel était, par exemple, celui d'ouvrir d'un coup de sabre le dos d'un homme dévoué à la mort, et de tirer des prédictions de la manière dont la victime se débattait. Ils ne faisaient les sacrifices que par le ministère des

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