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Brutalite Sous Silence

Brutalite Sous Silence

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Brutalite Sous Silence

Longueur:
505 pages
9 heures
Sortie:
5 août 2010
ISBN:
9780986740602
Format:
Livre

Description

L'histoire vraie d'une famille dont les enfants ont subi d’horribles angoisses. Les filles dans cette maison damnée subissent des années atroces d'inceste dégoutant. Dans un silence mortifiant sous la terreur quotidienne, sept enfants y ont grandi. On peut lire sur leurs visages toute la terreur vécue dans cette famille visiblement marquée par les souvenirs les plus douloureux.

Sortie:
5 août 2010
ISBN:
9780986740602
Format:
Livre

À propos de l'auteur

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Brutalite Sous Silence - Solange DeVane

PROLOGUE

Dans l’histoire du Canada, les historiens en parlant des Nord-Américains de l’époque, relatent la guerre d’Aroostook; un conflit frontalier qui opposa les États-Unis d’Amérique et la présence des Britanniques en Amérique du Nord. En 1839, le président Martin Van Buren convoqua le Général Winfield Scott ainsi que le Gouverneur Harvey du Nouveau-Brunswick à l’endroit controversé dans le but de faire cesser les hostilités et avec des plans pour un cessez-le-feu entre eux. En 1842, les Britanniques acceptèrent un compromis pour une commission sur les frontières sous le Traité de Webster-Ashburton. Le traité compromis entre Daniel Webster, Alexander Baring et Baron Ashborton, attribua selon les archives: 7015 milles carrés, aux États-Unis D’Amérique, 5012 milles carrés à la Grande-Bretagne. La partie nord de la Grande-Bretagne fut garantie l’accès sans limites en passant par les routes de Halifax Nouvelle-Écosse, pour leurs communiqués militaires avec le Bas-Canada. Plus tard, on fera référence à ce territoire frontalier appartenant d’un côté aux États-Unis et de l’autre au Canada comme étant La République du Madawaska. Ce nom vient des Indiens des Premières Nations, la tribu des Madueskaks, qui habitaient le long de la Vallée de la rivière Saint-Jean, à partir de Grand-Sault, Nouveau-Brunswick jusqu’à Sept-Îles Québec. Éventuellement, les disputes pour les droits et territoires prirent fin.

Au milieu de l’année 1850, émerge du nord de l’Amérique modérément colonisé, un village connu sous le nom de Petit-Sault (Little Falls), situé au nord-ouest de la province maritime du Nouveau-Brunswick. Lorsqu’il sera établi, on le renommera Edmundston d’après Sir Edmond Head qui était lieutenant gouverneur du Nouveau-Brunswick de 1848 à 1854 et gouverneur général du Canada de 1854 à 1861.

En 1908, le gouvernement du Canada commence le premier dénombrement de ses habitants en enregistrant chaque naissance, mariage et décès. Les statistiques furent gardées dans un ordre immaculé décrivant la population et la diversité de ses citoyens dans toutes les régions. En 2001, Statistique Canada rapporte pour Edmundston: une population de 17373 citoyens avec 7725 demeures sur une surface carrée de 106.90 carrer. On y retrouve aussi les communautés environnantes telles Saint-Joseph, Saint-Jacques, Saint-Basile, et leur population respective. Edmundston est composé de quatre-vingt-dix-huit pour cent de francophones. Au sud, de l’autre côté de la rivière Saint-Jean, se trouvent nos voisins de langue anglaise dans l’État du Maine et finalement à seize kilomètres du côté ouest, apparaît la frontière du Québec et nos voisins francophones créant ainsi une mosaïque et un mélange fascinant de cultures.

La ville d’Edmundston qui reflétait ces différentes cultures, se développa et attira les industries. Une de ces industries, le ‘ Mesobi Iron Ore’ connue comme La Rétention du Minnesota par les Britanniques de l’époque devint l’employeur, l’usine industrielle locale.

* * * * *

LA VIE ET LE TEMPS

Au milieu du dix-neuvième siècle se déroule l’histoire de deux familles dont la réputation est impénétrable. Les fantômes problématiques qui y sont entrés bruyamment, sont tombés dans le silence noir et ont sommeillé jusqu’au temps de la révélation de leurs secrets. Cette histoire horrible se passe dans la ville d’Edmundston et sa municipalité voisine de Saint-Basile au Nouveau-Brunswick où deux racines biologiques allaient s’unir au destin de mauvais augure qui les attendait.

Ma famille et mes ancêtres sont principalement originaires de Sainte-Rose-du-Dégelé Québec, Edmundston et Saint-Basile (Iroquois), Nouveau-Brunswick et les municipalités environnantes de la République du Madawaska. Initialement, ces deux familles semblent ordinaires et vivant dans un entourage domestique typique. En surface, tout paraît normal même si le regard des enfants confirme les horreurs des évènements du passé ancrés dans leur existence troublée. La détresse de la saga a commencé bien avant que les deux destinées croisent leur chemin et s’unissent dans le mariage. En 1941, la jeune fille de quatorze ans subit un accident qui la changea à jamais pour le reste de sa vie. Dans une autre famille locale, en 1940, un jeune homme de quinze ans travaillait à l’usine de pâtes et papiers Fraser limité, quand le destin lui attendait dans un miséreux avenir.

Tout près de Saint-Basile, à Iroquois qu’on appelait communément la ‘Raquoise’ habitait une famille avec quatre enfants dont les parents étaient en bonne santé et qui paraissait tout à fait normale. Henri Bouchard était bûcheron. Gertrude Lagacée, une femme de maison, était de treize ans plus vieux que son mari Henri. Des six enfants issus de cette union, deux sont décédés de maladies fatales. L’aîné des quatre enfants vivant Aldéric était surnommé ‘Blanc,’ suivi de Christie, de Patrick surnommé ‘Tinoir’ et de la dernière de la famille, Florence. Ils vivaient tous confortablement. Leur maison blanche était située sur une petite côte avec vue sur la rivière Saint-Jean bordée de beaux arbres au feuillage vert. L’usine Fraser était l’unique employeur de l’époque. La moitié de la population des environs y travaillait et pouvait ainsi soutenir leur famille. Les candidats choisis venaient de Saint-Basile, Iroquois, et d’Edmundston. Ils y ont travaillé pour des années par la suite. C’était la façon de faire vivre des familles de cette époque. Il n’était pas nécessaire d’avoir un diplôme ou de poursuivre des études postsecondaires pour obtenir du travail à l’usine Fraser puisque les employés obtenaient leur formation en cours d’emploi. C’est donc ce qui permit à Patrick Donat Bouchard, le fils d’Henri et Gertrude Bouchard, d’avoir un emploi stable et un avenir assuré pour la vie, dès l’âge de quinze ans, en demeurant à Edmundston.

A l’âge de vingt-huit ans, Émile rencontre Sémelda alors âgée de vingt-quatre ans. Après de longues fréquentations, les deux amoureux s’épousent le 9 mai 1916 à l’Église catholique du village de Sainte-Rose-du-Dégelis. Ils s’établissent dans le même village et commencent leur famille. Émile travaillait dans les chantiers à couper du bois pour les usines environnantes et soutenait ainsi sa famille. Ils élèvent donc les trois premiers enfants Imelda, Jeannette et Ludger natifs de l’endroit jusqu’au temps où ils déménageront à Edmundston pour qu’Émile trouve un meilleur emploi moins exigeant physiquement. Émile devient alors un ouvrier employé de l’usine de pâtes et papiers Fraser, du côté américain aux États-Unis, juste de l’autre côté du pont frontalier entre Edmundston et Madawaska Maine. La maison familiale était située du côté canadien de la frontière, de l’autre côté du pont qui traverse la ville d’Edmundston, sur la rue Victoria face au fameux restaurant Bélair. La vie de la famille se poursuit et avec le temps, cinq autres enfants s’ajoutent: Cécile (décédée deux mois après sa naissance), Hervé, Armand (décédé à l’âge de trois ans), Thérèse et Gertrude tous nés à Edmundston.

Émile et Sémelda élevèrent donc leurs enfants dans un environnement sain et unique. Sémelda s’occupait de sa famille alors qu’Émile travaillait la nuit. Éventuellement, Émile quitta son emploi à l’usine pour un emploi avec la ville d’Edmundston. Il prenait soin des chevaux dans les étables de la ville. À cette époque, c’est avec un attelage de chevaux qu’on assurait le transport des gros réservoirs d’eau servant à éteindre les incendies. Dans les archives canadiennes, on peut voir une photo datant de 1923, des chevaux tirant ces réservoirs pour la brigade d’incendie. Le cheval du nom de Spud était extrêmement fort et ambitieux pour courir aux incendies et servir son maître.

Un jour, l’homme qui conduisait ces chevaux est tombé gravement malade et n’a jamais pu retourner au travail. On a demandé à Émile, qui, avec enthousiasme, s’est empressé d’accepter le poste. Avec son nouveau poste et un salaire plus élevé, il se permit de déménager pour mieux accommoder sa grande famille. Il loua une grosse maison blanche avec une grande véranda située sur la rue Victoria, voisine de l’entreprise bien connue: Alcide Leger Motorcycle Shop. Je me souviens vaguement d’un grand corridor et des planchers en bois qui brillaient au soleil, alors que j’avais trois ou quatre ans. Cette grosse maison blanche fut la maison des Moreau jusqu’à ce que tous les enfants soient mariés ou partis de la maison. Émile voulait acheter cette maison, mais elle n’était pas à vendre.

Durant cette période où les enfants commençaient à faire leur vie, Thérèse, jeune adolescente, se trouva un emploi de répartitrice pour une compagnie de taxi. Par la suite, elle travailla dans un cinéma comme hôtesse et gagnait sa vie honnêtement. Comme le destin le voulait, par un bel après-midi alors que Thérèse faisait une marche, elle vit ce jeune homme aux cheveux noirs voyageant en bicyclette. Il avait le regard fixé sur les jolies jambes de la jeune fille qui marchait. Comme son attention était détournée, sa bicyclette a heurté une voiture stationnée le long de la rue et lui s’est envolé au-dessus pour atterrir de l’autre côté sans pouvoir garantir sa chute. Il avait les bras et les jambes tout égratignés. Il était mal en point, mais sans blessures graves sauf que cette belle fille avait tout vu. Cet évènement marquait pour dire, leur première chute. Après une période de fréquentation, ils se marièrent le 7 juin 1948. Thérèse Marie Moreau avait vingt-deux ans et Patrick Donat Bouchard vingt-quatre ans. Les familles, Moreau et Bouchard, étaient maintenant réunies par le mariage de leurs enfants.

Avec la fusion des deux familles, on retrouve donc de la parenté à Edmundston, Saint-Basile, Iroquois, Saint-Joseph, Nouveau-Brunswick ainsi que Sainte-Rose-du-Dégelé, Rivière-du-Loup, Sept-Îles, Sainte-Anne de Beaupré, Québec, et ensuite, Madawaska, Portland, et Waterville Maine. Il y a aussi de la parenté par alliance avec les Irlandais. Du côté paternel on retrouve dans les origines. Du côté maternel, les ancêtres de Normandie en France se sont établis dans la province de Québec en 1665. Par la suite, le Québec a été silencieusement renommé ‘Petite France’. Une partie des francophones de la région d’Edmundston a des racines acadiennes, mais pas dans ma famille. Plus vous allez vers l’est de la province du Nouveau-Brunswick, plus les racines sont acadiennes. À Moncton, on retrouve un grand nombre d’Acadiens.

Edmundston est amplement reconnu pour ses pentes de ski. Les touristes ont hâte de venir dévaler sur ces dix-neuf pentes entretenues et sculptées à perfection pour les skieurs. Le mont Farlagne, à l’ouest d’Edmundston, était connu comme Mount Far Line par les touristes anglophones. Les citoyens francophones avec leur accent ont massacré la prononciation au point que le nom Mont Farlagne est devenu une mascotte de la ville.

Dans la maisonnée d’Henri Bouchard, il se passait des choses sournoises, loin des yeux et de la pensée de l’entourage qui ne serait pas préparé lorsque la vérité sur ces moments malsains épouvantables serait dévoilée. Mémère Gertrude Bouchard, une grande femme douce, aux traits et à la structure osseuse ressemblant aux Iroquois, avec le teint noir comme les Indiens, était une bonne mère pour sa famille. La cuisine semblait immense avec des armoires à n’en plus finir et des tonnes de vaisselle. Les murs étaient d’un blanc brillant et la partie du bas des murs était d’un jaune brillant aussi. À l’autre bout de la cuisine, il y avait un immense poêle à bois sur lequel elle cuisinait et en vue, plus loin, une chaise berçante alignée à l’escalier pour monter au deuxième étage. Dans le même coin, près de cette chaise, il y avait un grand cactus à longues feuilles très impressionnant à regarder pour une fillette de ma taille. Dehors, la véranda qui faisait la longueur de la maison se prolongeait, avec sa forme en ‘L’, de la porte d’entrée du bout de la cuisine jusqu’à la porte du salon, faisant face à la route cachée par des arbres au bout de la propriété. En arrière de la maison, il y avait un garde-manger où Mémère Gertrude gardait ses tartes et ses biscuits maison pour servir aux enfants quand ils venaient la visiter. Les biscuits étaient conservés dans un baril de porcelaine avec un couvercle en bois. J’étais toujours impressionnée par le matériel de conserverie et ce qui servait à la préparation de sucrage pour les occasions spéciales ainsi que par toutes les conserves qu’il y avait dans le garde-manger. Un jour, alors que j’avais peut-être trois ans et que j’étais debout sur le baril au couvercle en bois dans le garde-manger, je fus attirée par l’arrière de la maison. J’entendais siffloter et des petits bruits qui semblaient ceux d’un groupe d’oiseaux de quelque sorte et dans la même direction, un autre son bizarre qui semblait venir d’un gros animal. La curiosité m’emporta. Il fallait que j’aille voir. À ma grande surprise, je venais de découvrir que c’était des poules qui picoraient et avec leurs simagrées très étranges, elles semblaient enragées les unes contre les autres. Peu après, je vis une monstrueuse bête blanche qui expulsait ces sons bizarres. On m’a dit plus tard que c’était un cheval. Au début, j’avais peur de cette énorme bête blanche. Ce qui me chicotait, c’était sa couleur. Je croyais que le blanc était réservé aux lapins et aux anges. Mais ma peur a disparu assez vite après lui avoir donné une carotte alors qu’il en redemandait. Cette expérience a solidifié mon amour pour les animaux et j’ai découvert en moi l’amour inconditionnel qui m’était si naturel.

Occasionnellement, Pépère Henri faisait du vin maison avec les cerises récoltées des arbres en arrière sur la propriété. Un jour, pour nous faire rire, il donna aux poules les graines de cerises du fond du baril où le vin avait déjà fermenté. Les poules ont mangé les graines et pas longtemps après, elles se sont mises à danser comme des ivrognes, culbutant les unes sur les autres, trébuchant par-dessus leur ombrage et avec le hoquet en plus. J’étais trop jeune pour comprendre que les poules étaient ivres, mais je riais tant que je ne pouvais plus arrêter, je ne pouvais plus me contrôler. Mais je n’étais jamais à l’aise autour de Pépère Henri.

Mémère Gertrude aimait toujours notre visite. On pouvait parcourir sa grande maison et la cuisine qui était toujours accessible pour nous. Pour des enfants curieux, les surprises à découvrir semblaient sans fin. Ces visites nous permettaient aussi de voir nos oncles, nos tantes et toutes nos cousines et cousins. Oncle Blanc était un peu distant, mais il aimait les enfants. Après qu’il avait bu de la boisson forte, il nous faisait rire en nous balançant sur son pied ou en nous tirant très haut; mais nous n’avions pas peur de lui. Tante Christine et oncle Rino ne venaient pas trop souvent chez les grands-parents Bouchard. On les visitait chez eux à deux miles plus loin et on préférait aller jouer dans leur maison qui était faite en brique. On ne voyait pas beaucoup la plus jeune tante Florence, parce qu’elle travaillait à l’extérieur. On l’a connu plus tard quand elle courtisait Harry, et elle l’a éventuellement marié. Elle était ma préférée, toujours très gentille et élégante comme sa mère. J’ai aussi connu mon arrière-grand-père Charles Lagacé. Nous jouions à la cachette ensemble, mais un jour, il n’était plus là; probablement qu’il était décédé, mais je n’en savais rien à l’époque.

Plusieurs fois, Mémère Bouchard nous a emmenés ramasser des fraises, des bleuets ou des framboises quand c’était la saison. On allait dans les champs, plus loin que la propriété des Bouchard. J’étais toujours émerveillée et curieuse d’apprendre comment ces petits fruits de toutes les formes et si délicieux apparaissent sur le bout d’une branche. Mémère voulait les ramasser pour faire une tarte, mais elle nous laissait les manger sans nous demander de les mettre avec les siens. Elle était si gentille et plaisante. Je n’aimais pas rester trop longtemps dans les champs, parce que je venais toute courbaturée. Les visites chez les grands-parents ont soudainement cessé. Je savais pourquoi et c’est resté gravé dans mon esprit, mais dans ce temps-là c’était plutôt dormant dans mon inconscient.

Émile Moreau était pompier permanent pour la ville d’Edmundston de 1935 à 1956. C’est en 1937 que le premier camion à incendies est apparu: le Chevrolet Maple Leaf, suivi plus tard du La France. Celui-ci était trop long et tendait à renverser sur le côté quand le conducteur faisait un virage brusque. L’eau dans les réservoirs se balançait d’un bord à l’autre et menaçait la renverse. Alors, on coupa le camion de moitié sur sa longueur pour éviter les déversements. Mon grand-père conduisait ces premiers camions avec fierté. Je me souviens d’une photo de mon grand-père Moreau assis sur le siège du conducteur et sur laquelle on voyait son coude à travers son chandail percé à la manche. Ensemble, Émile et Sémelda ont élevé six enfants dont deux sont morts de maladies infantiles. Les hôpitaux et la médecine n’étaient pas très avancés à cette époque. On ne connaissait pas l’anatomie du corps humain autant qu’aujourd’hui par exemple le fonctionnement du cerveau, la biologie, la génétique et l’hérédité. On ne connaissait pas les soins nécessaires pour les victimes d’accident causant le mauvais fonctionnement au cerveau.

La vie se poursuivait normalement dans la famille Moreau. Ils décidèrent finalement d’acheter une maison après vingt-et-une années dédiées à sa carrière de pompier pour la ville d’Edmundston. Émile était un grand homme de deux cents livres et plus. La bonne cuisine de sa femme ajoutée à la prédisposition de ses gènes, avec le temps, fera surface plus tard dans sa vie. Sémelda était une femme d’un doux tempérament, dévouée à son mari et à ses enfants. Ils élevaient leurs enfants dans la religion catholique comme eux-mêmes avaient appris de leurs parents. À cette époque, la tradition était fortement orientée vers la famille et les enfants. Il n’y avait pas de transport scolaire pour les enfants qui allaient et revenaient de l’école. Ils y marchaient tous, peu importe la distance.

Quand j’avais cinq ou six ans, Mémère Moreau me racontait souvent, par fragments, l’histoire à propos de sa fille Thérèse lorsqu’elle était jeune au début de son adolescence. Elle disait que les évènements avaient changé le caractère de sa fille et que sa personnalité était devenue provocante. Avant tout ces évènements imprévus, elle était douce, gentille, prévenante et tempérée. Depuis cet accident à l’âge de quatorze ans, elle n’était plus la même. Je ne comprenais pas pourquoi Mémère Moreau ne développait pas sa pensée davantage, et à cet âge, je n’en comprenais pas le sens. Mais j’ai retenu ces informations qu’elle me disait avec une voix tendre et remplie de passion pour que je puisse comprendre pourquoi ma mère était si brutale.

C’est durant les recherches sur ma famille que les pièces du casse-tête se sont mises en place et que j’ai compris l’histoire que personne ne voulait nous dire! Thérèse, au début d’un long hiver, avait subi un accident qui l’avait handicapée toute une saison. Ce jour de malheur, elle revenait à la maison de l’école en marchant sur le trottoir alors qu’une de ses amie l’a fait trébucher. En tombant, elle s’est frappée la tête sur le coin du bloc de ciment qui retenait l’enseigne d’arrêt. Ce traumatisme, ce coup au lobe frontal lui fit souffrir des convulsions incontrôlables tout au long de l’hiver. Elle avait des douleurs atroces pendant tout le jour, toute la nuit et tout l’hiver. Les tremblements et les convulsions constantes la gardèrent clouée au lit pendant ce long hiver interminable de 1941. Les tremblements étaient si sévères que ses frères ou ses sœurs devaient la veiller constamment pour qu’elle ne tombe pas du lit et risquer ainsi d’aggraver son état. Après un bout de temps, elle tomba dans un état de coma. Les médecins ne sachant comment traiter un tel cas ne pouvaient qu’engourdir le mal en espérant qu’il s’apaise. Le lobe frontal étant la partie du cerveau reliée aux émotions et affectant la personnalité; c’est ce qui affectera Thérèse pour le reste de ses jours. Le père de Thérèse ne savait plus comment aider sa fille à sortir de ce coma, ni les médecins d’ailleurs. Un jour de la semaine, durant sa visite, le docteur a cru que Thérèse était en train de lâcher prise et qu’elle allait mourir. Les enfants ont exigé de revenir à la maison. Les docteurs étaient sceptiques quant à la sortie du coma de Thérèse et pensaient même qu’elle ne survivrait jamais cette horreur endurée pendant tout l’hiver. Vers la fin de l’hiver, la plus jeune, Gertrude, alla chercher le courrier au couvent des sœurs comme d’habitude. Cette semaine-là, une sœur l’approcha et lui donna une médaille catholique en lui disant de la placer sur le corps de Thérèse pour qu’elle soit protégée de Dieu et pour l’aider à passer au travers de ce malheur et de ses souffrances; ce qu’elle fit. Finalement, une bonne journée vers la fin de l’hiver, on demanda aux enfants, qui étaient à l’école, de venir à la maison de toute urgence. Thérèse allait très mal, les convulsions terribles avaient repris et le docteur croyait qu’elle ne passerait pas la journée et qu’elle allait mourir. Les enfants veillaient sur elle quand soudainement Thérèse se leva dans son lit comme si de rien n'était! Un miracle! Tante Gertrude me racontait, sans méchanceté, que ses frères et sœurs étaient déçus parce qu’ils durent retourner à l’école finir leur journée. Thérèse souffrait encore, de temps en temps, de ces tremblements, mais pas aussi sévèrement qu’avant le coma. Elle avait de fréquentes migraines et des explosions d’agressivité. Thérèse était changée à jamais. Plus tard, j’ai appris que le coma lui a sauvé la vie en quelque sorte. Le corps humain est si mystérieux et merveilleux. Le coma lui a permis plus ou moins de se rétablir tout en étant inconsciente des douleurs et des souffrances qu’elle n’aurait pas pu endurer autrement, mais non sans séquelles. Thérèse n’est jamais retournée à l’école. J’ai compris ce que Mémère Moreau essayait de me dire quand j’étais petite fille. J’ai aussi découvert d’autres pièces manquantes de cette histoire que personne ne voulait nous dire. Thérèse en grandissant devenait de plus en plus agressive envers ses frères et sœurs. Ses parents l’ont protégée en excusant ses comportements et ses hurlements extravagants; ce qui fit d’elle une fille très gâtée. Sa mère disait aux autres de ne pas la bouleverser parce qu’elle était malade et excusait ses vulgarités envers eux. Elle essayait de garder la paix du mieux qu’elle pouvait croyant qu’éventuellement Thérèse redeviendrait celle qu’elle était avant cet accident de 1941.

De son vivant, Pépère était habile en construction. En 1947, il a construit un chalet en bois rond de ses mains, en utilisant des arbres qu’il avait récoltés dans l’entourage et laissé sécher jusqu’à ce qu’il puisse en enlever l’écorce comme on pèle une banane. Il a même utilisé les branches pour en faire des armoires de cuisine et des chaises pour mettre sur le perron. Mémère, elle, a confectionné les coussins. Il y avait un gros poêle noir qui servait pour cuisiner et chauffer le chalet. Cette propriété était située à Sainte-Rose-du-Dégelé sur un terrain hérité da la famille Moreau. Pépère a coupé des arbres sur la propriété, juste assez pour lui permettre d’entrer son automobile sur le terrain. L’entrée était magnifique! Je m’en souviens comme si c’était hier. En y entrant, on voyait toute cette verdure, tous ces arbres de chaque côté, tout près. Je garde de très beaux souvenirs de ce petit paradis en compagnie de mes grands-parents Moreau. Cette époque a aussi marqué mon amour pour la pêche. Avec mon grand-père, nous allions sur la rivière dans son canoë vert pour pêcher le dîner que grand-mère préparerait par la suite. Je n’avais que deux ans quand mes grands-parents m’emmenaient dans ce paradis de paix.

* * * * * *

TORT TOUCHANT DES ENFANTS INCULTE

La vie matrimoniale du couple, Thérèse et Patrick, semblait être normale durant les deux premières années. Thérèse, nouvelle mariée, devint enceinte presque tout de suite en juin 1948, à l’âge de vingt-et-un ans. L’année suivante naîtra leur premier enfant Roland, qui deviendra le centre de leur vie de couple. Pépère et Mémère Bouchard, le parrain et la marraine du garçon, étaient très heureux de la naissance de Roland Maurice, qui était le premier enfant de leur fils Patrick. Plus tard, après la naissance de Roland, Thérèse se retrouvera encore enceinte et neuf mois plus tard, ce sera la naissance de la première fille, Solange. Cette fois c’est Pépère et Mémère Moreau qui deviendraient le parrain et la marraine. Pépère était si heureux ce jour-là, qu’il a apporté à sa fille Thérèse une douzaine de roses pour célébrer la naissance de leur petite fille. Pépère adorait les petites filles et il était rempli de joie. N’étant pas très démonstratif de ses émotions, les roses représentaient sa joie de recevoir un tel cadeau. Après ma naissance, comme tous les nouveaux nés, je dormais dans la pouponnière à l’hôpital d’Edmundston. Une soirée, la parenté qui était venue visiter Thérèse a demandé de faire venir le bébé dans la chambre pour le présenter à la famille. L’infirmière est revenue avec un bébé dans ses bras et présenta le nouveau- né dans les bras de sa mère Thérèse. On entendit un cri affreux dans tout le corridor quand Thérèse s’est écriée: ‘Ce n’est pas mon bébé ça! Il est laid et en plus c’est un garçon celui-là. J’ai eu une fille, une belle aussi; va chercher ma fille!‘L’infirmière a tout de suite pris l’enfant et est retournée à la pouponnière pour se rendre compte de son erreur. Il y avait deux bébés Bouchard! Après bien des années, je me suis demandé quelle vie j’aurais vécue dans la famille de ce garçon, si personne ne s’en était aperçu, et quelle aurait été la sienne dans ma famille. Ma réponse intérieure était que même si l’erreur s’était produite, ce garçon aurait subi le même sort, mais peut-être que moi je n’aurais pas souffert dans cette famille. Après bien des années, j’ai éventuellement rencontré l’autre famille de Bouchard, qui n’avait aucun lien de parenté avec la mienne. Le garçon a eu de très bons parents, le chanceux. Ce qui s’est passé après ma naissance, en dedans des deux premières années du mariage de ce couple, changea la vie de nous tous par la suite.

Les comportements atroces du passé de Patrick commençaient à refaire surface. Patrick poursuivait dans ses tendances d’adolescent d’autrefois, alors qu’il demeurait chez ses parents à Iroquois. Sans conscience normale, alerte de ses actes, il pratiquait ses atrocités tout en étant père de famille et demeurant avec sa femme Thérèse. Il n’était pas le seul à contribuer au malheur des enfants. Cette chaîne d’évènements qui se développait de jour en jour causa des cicatrices profondes et permanentes dans nos vies. L’enfer commença tout de suite après ma naissance. À l’époque, c’était la tradition d’engager une femme de ménage quand la mère était pour accoucher de son enfant. Je me souviens du salaire du temps, versé pour cette aide, qui était de douze dollars par semaine. Cette femme commençait à faire partie de la famille quand une mère entrait à l’hôpital. Elle demeurait dans la maison des parents et de l’enfant encore quelques semaines après la naissance du bébé, ou jusqu’à ce que la mère soit rétablie. C’est ce qui s’est passé quand Roland est né, et ce fut le même rituel quand je suis née. Cette femme de ménage prenait soin du petit Roland pendant que Patrick travaillait à l’usine.

Quelques mois après ma naissance, le mariage commença à se désintégrer, non pas parce que j’étais née, mais à cause de la découverte d’un grand secret qui était pour détruire la famille entière. Un jour, la femme de ménage n’est pas venue à son travail. Comme personne ne répondait au téléphone où elle habitait, Thérèse ne comprenait pas pourquoi elle était partie si hâtivement et sans rien dire. Quelques jours plus tard, la famille de G. (la femme de ménage) porta plainte du au fait que cette femme avait subi des attouchements sexuels inappropriés par Patrick et à plusieurs reprises durant sa présence dans notre maison. Le chat était sorti du sac! Au-delà de la plainte, la famille très en colère engagea un avocat afin de poursuivre Patrick en cour et de l’envoyer en prison pendant de longues années. La guerre était prise entre les deux familles alors que Patrick et Thérèse niaient les accusations. Cette situation entraîna plusieurs visites dans les bureaux des avocats. Les avocats de la famille Bouchard voulaient offrir une compensation monétaire alors que la famille de la victime voulait voir ce pédophile en prison pour le reste de ses jours. Éventuellement, après plusieurs tentatives de persuasion, la famille S. accepta sans enthousiasme, la somme de vingt-cinq milles dollars pour la simple raison de ne pas exposer leur fille aux médias ou à aucune publicité qui pourrait lui être cruelle; malgré que Patrick lui avait déjà causé des dommages émotionnels irréparables. Une fois la décision rendue, le dossier fut scellé pour toujours. Les seules personnes au courant de cette affaire dégoûtante étaient les parents seulement des familles Bouchard et Moreau. Le grand coupable de ces actes déplorables, Patrick, était si bien caché; une cachette parfaite jusqu’à ce que la poussière soit retombée. À cette époque, un montant de vingt-cinq milles dollars était une somme énorme. Acheter une maison dans la ville d’Edmundston coûtait approximativement cinq milles dollars. Afin d’éviter la prison, Patrick du emprunter cette somme énorme en plus des frais d’avocat. Thérèse resta à ses côtés, gardant le tout sous silence, pétrifiée à la possibilité que la famille n’accepte pas cet arrangement à l’amiable. Plus tard, Patrick n’ayant pas appris sa leçon retourna à ses comportements déviants. Thérèse eut un autre bébé et ils embauchèrent une autre femme de ménage. Celle-ci, une amie de Thérèse, était plus âgée. Tout semblait dans l’ordre et Thérèse, de retour de l’hôpital, dormait avec le nouveau bébé dans la chambre. Patrick fut découvert par la femme de ménage pendant que Thérèse dormait, dans la chambre où je dormais. Madame Gabourie a surpris Patrick à me toucher de manière inappropriée, dans ma couchette, avec sa main dans ma couche, en faisant des grondements, et en se touchant lui-même, alors que je dormais. Je n’avais qu’un an! Madame Gabourie ne termina pas sa journée et partie sans rien dire. Quand Thérèse sortit de sa chambre pour se rendre compte qu’elle était partie, on imagine la suite.

Thérèse était pleinement consciente des actes de son mari et avec son propre problème des années antérieures, elle ne pouvait faire face à la situation. Elle semblait troublée avec le troisième enfant et malgré ce qu’elle vivait avec cet homme, elle est demeurée avec lui quand même. Elle était dégoûtée des comportements de Patrick, et ils vivaient plutôt comme des étrangers. Tout de même, Thérèse essayait de garder son calme, mais elle était toujours enragée d’une façon ou d’une autre. Elle a bien pensé à le quitter, mais elle était envahie par la peur de l’inconnu et comment pourrait-elle survivre, sans travail, avec la responsabilité des enfants? Elle ne voulait pas décevoir ses parents et que penseraient ses frères et sœurs si elle quittait la famille, même si la raison était inévitable? À cette époque, il n’était pas dans les mœurs pour un couple de se séparer; elle qui n’était mariée que depuis deux ans et qui semblait hautaine en surface. Révéler tous ces secrets causants l’échec ferait d’elle la honte de la famille et la proie aux critiques. Il y avait seulement ses parents qui savaient ce qui s’était passé et ce qui risquait de séparer la famille pour toujours. Ironiquement, cette séparation aurait sauvé cette famille des malheurs causés par Patrick.

Nous demeurions dans l’avenue 39 avenue lorsque Roland et moi sommes nés. J’étais trop jeune pour me souvenir de ce qui faisait sombrer ma famille. Thérèse était de plus en plus irritée avec la vie comme telle, et elle avait besoin de prendre du temps pour respirer et réfléchir à son mariage. Comme notre famille était condamnée par les actes de pédophilie de Patrick, elle ne savait plus où donner de la tête. Voila l’histoire du troisième enfant qui collectivement suivi cette circonstance des événements en ajoutais encore plus de misère. Tourmentée par les actes de Patrick, en octobre 1950, Thérèse décida de visiter sa parenté à Québec pour un temps indéterminé et sans emmener les enfants en voyage avec elle. Patrick était furieux de ne pas avoir été consulté sur cette idée de voyage, mais il n’y avait pas de discussions entre eux d’aucune façon. Thérèse prépara son voyage et elle partit pour Québec. Elle alla chez ses tantes et oncles pour visiter un des frères de son père Émile. Elle avait besoin d’être dans un environnement sain, sans bruits, sans obligations ou responsabilités. Elle est revenue soudainement de Québec à la maison plus tôt que prévu. Elle était troublée et visiblement hystérique et personne ne savait pourquoi. Elle passa la journée entière couchée dans sa chambre et Patrick n’y comprenait rien. Elle ne partagea rien de ce qui s’était passé durant son voyage à Québec et Patrick, mouton et peureux, n’osa pas lui demander quoi que ce soit. Thérèse n’était plus la même depuis le voyage. Ce qui l’attendait était pour la plonger encore plus creux dans sa douleur silencieuse. Elle apprit, à sa grande surprise, qu’elle était enceinte d’un troisième enfant. Cette grossesse ne se passait pas comme d’habitude. Indifférente à l’enfant qu’elle portait, Thérèse passait ses journées au lit et ses rages revenaient plus souvent que jamais. Elle détestait Patrick davantage et en surplus des désordres domestiques encore inconnu, l’enfant qu’elle portait allait en souffrir le plus. En juillet de cette année, la troisième de la famille est née, neuf mois après la visite à Québec. Patrick soupçonnait que cet enfant n’était pas de lui. Quelqu’un savait la vérité. Je crois que sa mère Sémelda le savait, mais tout resta secret. Après la naissance de Murielle, les séquelles de l’accident de 1941 refaisaient surface de temps à autre. Quand Thérèse faisait ses crises de rage, on aurait dit que le toit de la maison était pour lever. Elle nous menaçait tous et devenait vraiment insupportable. Le nouveau bébé était négligé quotidiennement et Thérèse ne voulait rien savoir de cet enfant. Plusieurs fois, elle l’a laissée dans sa couchette sans changer sa couche de toute la journée. Elle laissait la tâche à Patrick à son retour de l’usine. La violence devenait intolérable tout comme son appétit insatiable de domination. Elle hurlait tellement qu’on en était presque sourd; ses mains étaient gonflées de nous avoir frappés avec une telle force. Elle n’utilisait pas que ses mains pour nous frapper. Elle avait découvert une règle à mesurer en bois franc, de trois pieds de longueur, que Patrick avait apportée de l’usine, et avec laquelle elle nous battait. On détestait ces règles à mesurer qui nous faisaient si mal. Elle nous frappait sur les bras, les jambes, les cuisses et le dos. Les blessures ainsi infligées nous brûlaient la chair comme un feu énorme. Je me souviens de ces coups où la règle a cassé en deux et un morceau est passé par-dessus mes épaules alors que l’autre est resté dans sa main. Rigide et prise de peur, je n’osais pas me retourner craignant de subir encore plus de coups. Lorsqu’il ne restait plus de ces règles pour nous battre, Patrick en apportait d’autres sachant très bien que nous avions peur de maman et que cet objet servait à nous diriger sous son contrôle et ses rages. Il savait aussi qu’après un de ses épisodes d’horreur, Thérèse se renfermerait dans sa chambre pour une très grande partie du reste de la journée. Le scénario était parfait pour lui. Il n’aurait pas besoin d’endurer les bêtises affreuses et les injures sortant de la bouche de Thérèse, à son retour de l’usine. Patrick profitait de toutes les occasions lorsque Thérèse avait des rages, puisqu’elle s’enfermait dans sa chambre après et il avait ainsi l’opportunité de me brutaliser.

À plusieurs reprises, à l’occasion de la fête de Noël, nous avions reçu des cahiers à colorier, des crayons de couleur et même des livres de poupées de papier à découper. Spontanément, j’utilisais ma main gauche pour quoi que ce soit. Quand Thérèse s’est aperçue que j’utilisais ma main gauche, elle m’a crié très fort dans les oreilles pour me dire que ce n’était pas normal d’utiliser ma main gauche et a hurlé pour me dire d’utiliser ma main droite. De plus, elle me surveillait pour être certaine que j’obéisse et que je ne fasse pas à ma tête. Elle a fini par me surprendre à plusieurs occasions et m’a frappé sur les doigts de la main gauche en prenant soin de tourner la règle sur le côté pour m’administrer le plus de mal possible. Quand je revenais de l’école et qu’il était temps de faire les devoirs, il m’était inter d’écrire sans sa présence à mes côtés pour s’assurer que j’utiliserais ma main droite. Je n’avais pas le choix de me forcer à écrire avec la main droite, et c’est ainsi que je suis devenue ambidextre. À cette époque, c’était considéré comme un mal fonctionnement du cerveau d’être gaucher et plusieurs trouvaient idiot de croire en cette idée.

Vers la fin des années cinquante ou soixante, je ne suis pas certaine, une autre révélation allait voir le jour. Les comportements hypocrites de Patrick se poursuivaient constamment envers moi, avec ses avances sexuelles effroyables. Avec son insatiable appétit sexuel qui était sa raison d’être, il était toujours prêt pour assouvir ses fins, peu en importe la façon. Grande tante Anita, la sœur de Gertrude, la mère de Patrick, était devenue veuve. Elle avait demandé à Patrick pour lui faire des courses en ville pour payer ses factures et autre choses quelle avait besoin. Patrick a accepté avec enthousiasme puisque c’était sur son chemin pour se rendre au travail. Après plusieurs visites chez sa tante, il a été découvert de ses actes sexuels encore une fois. Les deux assoiffés de relations sexuelles avaient des rendez-vous clandestins qui n’avaient rien à voir avec les courses en ville. Ils durent cesser leurs rencontres avant que trop de gens soient au courant. Plus tard dans ma vie, j’ai appris que ma grande tante Anita avait fait des avances sexuelles envers ma sœur Murielle. Murielle accompagnait Patrick à ces visites chez grande tante Anita, mais elle n’était qu’un subterfuge de Patrick pour éviter les soupçons. Quand les rencontres clandestines ont cessé, Murielle n’y est jamais retournée. Dieu merci! Les deux déviants sexuels cherchaient des victimes tout en pensant ne jamais être découverts. Même lorsqu’il demeurait à Iroquois, il y avait des rumeurs qu’il avait essayé les mêmes gestes dégoûtants!

Thérèse, mère de famille mariée, n’était pas équipée pour survivre ou être responsable de ses enfants, seule, sans son mari. Le salaire de Patrick couvrait de justesse les dépenses de la famille considérant qu’il payait encore sur la somme versée à la famille S. Nous n’avons jamais souffert du manque de nourriture ou même d’abus d’alcool ou de drogue de nos parents, mais nous n’étions pas riches non plus. Patrick n’a jamais divulgué son salaire à Thérèse. Ceux qui travaillaient à l’usine Fraser étaient reconnus comme ayant des salaires plus élevés que ceux qui travaillaient en ville avec le même niveau d’éducation que Patrick. Il y avait quelque chose de louche avec le salaire de Patrick. J’ai été étonné que Thérèse, si contrôleuse, ne sache pas le salaire de Patrick. Étant donné que le salaire de Patrick couvrait le strict nécessaire, Thérèse a commencé à nous confectionner des vêtements puisque nous en avions besoin. Elle se servait de vêtements récupérés et donnés par sa famille, surtout les robes de tante Imelda. Elle est vite devenue une vraie pro, habile et précise dans son art nouvellement découvert. Je peux même dire que ses créations étaient parfaites. Elle créa notre robe de première communion avec des tissus achetés par nos mémères. Elle était fière de sa réalisation! Thérèse a toujours aimé être bien vêtue, mais le manque d’argent ne le lui permettait pas. Avec son nouveau talent, elle pouvait maintenant se faire des robes pas trop dispendieuses. Enfin, sa famille lui reconnaissait un talent exceptionnel ce qui lui plaisait au plus haut point. Elle s’habillait de façon élégante et tout était coordonné.

La fameuse règle de bois franc nous suivait partout. Je me souviens qu’après nous être fait battre et Thérèse étant partie se coucher dans sa chambre, Murielle et moi, nous comparions nos marques et nos blessures, puis avec un peu d’eau froide dans une tasse, essayions d’en calmer la douleur physique. On ne parlait à personne de ces douleurs et l’on prenait soin une de l’autre selon le cas, quand Thérèse n’était pas dans les environs. Coupable ou non de choses sans importance, on n’échappait pas aux punitions que Thérèse validait. Notre peur de Thérèse était réelle et intense. Elle nous terrifiait énormément, juste par sa présence dans cette maison-damnée, et à un tel point qu’on gardait le silence complet. Quand ses crises de rage s’accentuaient, elle développait d’autres méthodes de punition. Enceinte, ses rages étaient des plus intenses. Elle perdait le contrôle et les coups étaient accompagnés d’insultes et de vulgarités plus cruelles que jamais. Thérèse s’attaquait à Murielle davantage qu’à Roland ou moi parce qu’elle n’avait jamais eu de liens avec elle; Murielle étant le produit d’un viol lors de sa visite dans la famille, à Québec, en 1950. Murielle payait le prix de sa vie dans notre famille pour son sort malheureux dont elle n’était aucunement responsable. La main dominante de Thérèse a poursuivi Murielle toute sa vie. Murielle a été ridiculisée, insultée, battue quotidiennement, ignorée dans ses besoins physiques et psychologiques en faisant partie de notre famille. Roland et moi n’étions pas au courant et pour nous, c’était notre sœur. Même depuis que je sais la vérité, en ce qui me concerne et peu m’importe l’opinion de qui que ce soit, rien n’a changé dans mon cœur et Murielle est ma sœur un point c’est tout. Étant l’aînée des filles de la famille, j’ai vu et vécu toute cette violence et j’en ai endurée beaucoup moi-même, mais un moment donné, j’ai vu que ma sœur Murielle avait besoin de protection. Thérèse cherchait toujours à frapper ou battre quelqu’un sévèrement et Murielle était celle qui écopait. Si elle n’était pas en vue, un de nous faisait l’affaire pour venger la colère du jour. Thérèse portait les marques classiques d’une victime de viol et Murielle n’avait qu’à être dans son champ de vision, ou même vue du coin de l’œil, pour être victime de la colère perpétuelle de sa mère. Mémère Moreau a souvent pris soin des enfants dont la couche avait besoin d’être changée. Elle venait nous visiter sur l’avenue 39 et au 18 rue Cyr, consciente du caractère de sa fille et de son irresponsabilité comme mère de famille. Roland, Murielle et moi allions tous à l’école locale à Edmundston. Comme c’était toujours la bataille entre Murielle et sa mère, en grandissant elle devenait plus difficile à manipuler. Rejetée plus que jamais, elle a été envoyée à une école privée au couvent de Saint-Léonard alors que nous allions, Roland et moi, à l’école de la ville. Je me souviens lorsque Murielle venait nous visiter à la maison, essayant de montrer comment elle était bien là où elle était. Elle paradait son uniforme; un ‘jumper’ à carreaux rouge et blanc avec une blouse blanche. Elle voulait avoir sa photo de prise dans la maison où elle avait été torturée dès le jour de sa conception, et elle se sentait si spéciale d’avoir son propre uniforme que personne d’autre n’avait dans la ville. Elle savait bien pourquoi elle était au couvent avec les sœurs. En fait, on le savait tous, mais personne n’osait le dire! Murielle sentait le rejet de sa mère qui voulait s’en débarrasser pour ne pas l’avoir dans son visage tous les jours. Au moins, elle ne se faisait pas battre au couvent malgré que ses sœurs et frères lui manquent. Murielle est revenue vivre dans la famille et Thérèse n’a pas manqué de l’insulter à la première occasion. Quand je voyais venir le coup, je me préparais à venir secourir Murielle. Même si Murielle était plus calme, je savais que rien n’avait changé et que ça ne durerait pas. Murielle m’avait adoptée comme mère substitutive et j’ai toujours été celle qui prenait soin de cette maison-damnée. Je surveillais les humeurs de Thérèse et quand les étincelles survenaient, j’étais toujours prête pour intervenir et sauver celui ou celle sur qui Thérèse voulait déverser sa méchanceté du jour, et j’avais toujours Murielle à l’œil. Un jour que Thérèse était dans une de ses rages, elle a attaqué Murielle violemment comme toujours ! J’étais tout près quand elle l’a coincé. Elle avait les yeux pleins de cette colère incontrôlable comme un animal enragé. Murielle tremblait de peur. Quand j’ai vu que Thérèse allait pour la battre, j’ai premièrement ouvert la porte de dehors puis j’ai repoussé le bras de Thérèse, juste assez pour que Murielle s’échappe, et j’ai dit à Murielle de se sauver dehors au plus vite! J’ai fait la même chose pour les autres quand Thérèse battait l’un de nous dans ses rages de folle. Je me souviens d’une seule fois que Patrick nous ait aidés à nous sauver. Thérèse en avait coincé un de nous et commençait à frapper la victime si fort que Patrick s’est levé de sa chaise, a enlevé les bras de Thérèse de la victime, et lui a dit: ‘assez, c’est assez, arrête!’ Thérèse est restée bouche bée, sans bouger, Patrick a vérifié si elle était correcte, puis elle s’est retournée vers lui et très furieuse, elle lui a craché au visage. Toute la maison-damnée était dans le silence noir qui a duré un bon bout de temps. Par après, Patrick allait se cacher dans la cave pour éviter toute confrontation, même si Thérèse était en train de battre l’un de nous. La poule mouillée! Thérèse savait très bien comment nous instiller la peur horrible. On figeait sur place tellement son intimidation nous pénétrait, elle et son pouvoir artificiel. Avec les épouvantables traitements dont Murielle était victime, elle devenait encore plus difficile à contrôler. Elle mentait et faisait n’importe quoi pour gagner un sentiment d’appartenance à cette famille, pour de l’attention de la part de sa mère, mais la sorte d’attention qu’elle recevait était mieux que de ne pas en avoir du tout. Murielle savait aussi qu’elle n’était pas la seule à subir ces massacres, mais elle réagissait instantanément et négativement aux imbuvables traitements. Elle se sentait extrêmement négligée par sa mère. Même si elle essayait de plaire à sa mère, rien n’était satisfaisant pour conquérir l’amour de sa mère, ne serait-ce que pour un

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Ce que les gens pensent de Brutalite Sous Silence

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