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Détrousseur de vies 02
Détrousseur de vies 02
Détrousseur de vies 02
Livre électronique256 pages3 heures

Détrousseur de vies 02

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À propos de ce livre électronique

La Première Guerre mondiale. L'épisode le plus sanglant de l'histoire de l'humanité. Je n'ai pas réussi à protéger mes amis Greg et Kat. Je les ai plutôt amenés avec moi au milieu des bombes, de l'horreur et de la mort. La terrible créature orangée qui me pourchasse jusque dans mes cauchemars nous a suivis. Mon ennemi a pris les traits du général allemand Helmut Von Braun et déchaîne toute sa puissance militaire sur le camp français où je me suis réfugié. Son unique objectif : me détruire. Les cadavres s'empilent, le sang coule, notre position est précaire. Mais je ne suis plus seul. Je gagne en force et je parviens à puiser dans l'essence de mes amis pour nous défendre. Cette fois, la victoire sera mienne. Cette fois, la fuite n'est pas une option.
LangueFrançais
ÉditeurDe Mortagne
Date de sortie5 nov. 2014
ISBN9782896623594
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    Aperçu du livre

    Détrousseur de vies 02 - Jasmin Girard

    descendants.

    Prologue

    Je suis expulsé, tourbillonnant. Je flotte. Je suis libre… Quelle est cette matière qui m’entoure, gluante et fluide à la fois ? Des lumières, des forces orangées fuient à mon approche. Elles me révulsent, les atomes qui me composent s’agitent dangereusement en leur présence. Deux créatures me suivent de près, oscillant entre le blanc et le bleu. Je devrais savoir ce qu’elles sont, qui elles sont. Je devrais m’en souvenir…

    Une méduse d’énergie surréelle se tient là, devant moi, lumineuse et apaisante. Je la connais. Je suis attiré vers elle et accélère le mouvement par la seule force de mon esprit. Un éclair bleuté se forme entre la méduse et moi, une énergie familière me parcourt. Qu’est-ce que c’est ?

    – Je suis ta sœur ! me communique-t-elle.

    Une sœur ? Qu’est-ce qu’une sœur ? L’attraction se fait plus forte, je dois la toucher. Je me sens vibrer, gonfler. Enfin… Nous réunir, nous joindre, redevenir ce que nous étions, un tout, une entité unique.

    Brusquement, je suis déstabilisé, désorienté, entouré d’une immonde masse orange qui s’enroule autour de moi. Elle veut me détruire. Fuir ! Je dois fuir ! Toujours fuir. Un passage s’ouvre, mon énergie se comprime, je glisse, je disparais, entraînant avec moi les deux êtres qui me suivaient.

    - 1 -

    Loin des yeux, près du cœur

    L’affrontement a blessé l’Exéité, le monde de tous les mondes. La Pouponnière-Mère a frémi, pour la première fois de sa longue existence. L’Erreur a frôlé son Opposé, le puissant orangé, avant de disparaître. Ce bref contact a suffi à ravager une vaste zone de l’Exéité. Des milliers de Kidités ont été anéanties par l’impact des forces en présence. Des mondes parallèles peuplés d’humains, des portraits du présent, du passé et du futur, disparus à jamais.

    L’Erreur doit être détruite avant qu’elle ne gagne en puissance. La Pouponnière-Mère sait que c’est la seule chose qui pourra assurer la survie de l’Exéité. Et elle continuera à soutenir l’Opposé, la créature orangée qu’elle a créée pour supprimer l’Erreur, peu importe ce qu’il en coûtera.

    Les Chakrans, ces êtres vils, ces rebuts difformes, chassés depuis toujours par les Sykrans et réabsorbés pour la plupart par la Pouponnière-Mère, ont désormais la possibilité de circuler librement. Ils sont nécessaires à l’extermination de l’Erreur et servent le monstre orangé. Leur nombre a explosé. Ils évoluent désormais en bandes compactes massées en périphérie de la zone dévastée, telles des meutes de charognards à la recherche de restes appétissants parmi les ruines encore fumantes d’un champ de bataille abandonné.

    – 1914 à 1918. Quatre ans. Soixante millions de soldats. Neuf millions de morts et vingt millions de blessés. La Première Guerre mondiale… La monstruosité de ces chiffres cache de terribles secrets qui ont refait surface récemment, alors que des documents militaires inédits ont été retrouvés dans le grenier d’une maison, en France. Ces documents, on le sait maintenant, ont été subtilisés il y aura bientôt un siècle aux forces alliées. Ils jettent mystère et terreur sur ce qui est déjà considéré comme étant l’épisode le plus sanglant de l’histoire de l’humanité.

    L’animateur fait une pause, ses dents trop blanches esquissant un sourire machiavélique sur son visage, son regard se voulant aussi pénétrant que celui d’un hypnotiseur.

    – Avez-vous déjà entendu parler du village de Cubinvillers ? Non ? Normal, cet endroit a été complètement effacé de la mémoire populaire.

    Tandis que le journaliste poursuit son monologue, une carte du Nord de la France apparaît derrière l’homme. Un point rouge s’y dessine, d’abord minuscule tache de sang. Puis, il grossit, grossit et s’étend jusqu’à occuper la carte tout entière.

    – Pourtant, ce village a bel et bien existé. C’était un petit bourg fermier de deux cents âmes qui, aujourd’hui, a totalement disparu. Qu’a-t-il donc pu se produire de si horrible là-bas pour qu’il sombre dans l’oubli, pour que plus personne n’ose le rebâtir ?

    « La Première Guerre mondiale oppose les forces de la Triple-Entente et de la Triplice. La Triple-Entente est essentiellement composée de la France, de la Grande-Bretagne et de la Russie, ainsi que des pays d’outre-mer qui leur sont associés. La Triple-Alliance, ou Triplice, regroupe, pour sa part, les empires allemand et austro-hongrois, ainsi que l’Italie.

    « Au début de l’été 1916, les forces de la Triplice ont envahi une grande partie du territoire français, allant même jusqu’à menacer Paris. La bataille de Verdun fait rage, tentative ultime des Français de protéger leur capitale. Presque tous les soldats français et britanniques y sont envoyés. Afin d’alléger la pression exercée par la Triplice sur Verdun, les Britanniques acceptent de mener une offensive sans précédent dans l’espoir d’effectuer une percée des lignes allemandes : on la nommera la bataille de la Somme. Le « Big Push » ne devait s’étendre que sur quelques jours. Il durera plus de quatre mois et fera un million de victimes.

    « Et Cubinvillers dans tout ça ? Ce village est situé sur la ligne de front, en marge de la bataille de la Somme. Plus de trente mille soldats y perdent la vie dans les quelques jours fatidiques pendant lesquels le combat fait rage à cet endroit. Le nombre de victimes en soi n’est pas exceptionnel, me direz-vous. C’est vrai. Ce qui est exceptionnel, c’est que leur mort demeure, encore aujourd’hui, inexpliquée. Grippe fatale ? Gaz mortel ? Les familles n’ont jamais su la vérité. Suivez le cours de notre enquête alors que nous tentons de lever le voile sur le passé, dit-il pour terminer.

    Tandis qu’une publicité apparaît, Sofia, songeuse, fixe l’écran sans voir la superbe jeune femme qui étend une crème formidable sur ses jambes magnifiques. Cubinvillers… Pourquoi ce nom lui rappelle-t-il quelque chose ? Elle a l’impression qu’un souvenir gravite à la limite de sa conscience.

    Des images de vallées vertes et paisibles, sillonnées de tranchées, marquées de profondes cicatrices de boue et de terre brûlée. Le chant d’un rossignol, le roucoulement d’une colombe, puis le tonnerre des obus qui éclatent, assourdissants, qui secouent le sol, qui le blessent en y laissant de larges cratères de destruction. La peur, la douleur, l’épuisement, la folie… Sofia perçoit le silence pesant et irrespirable qui suit les bombardements, l’attente, l’angoisse dans les yeux des hommes qui respirent la fumée âcre et métallique, qui n’en peuvent plus, mais qui sont obligés d’en supporter toujours davantage.

    Un frisson parcourt le corps de la jeune fille. Elle devrait se rappeler… Pourquoi ces images, pourquoi ce sentiment d’avoir été marquée par cette époque lointaine qu’elle n’a jamais connue ? Elle n’arrive pas à saisir le fil conducteur de ces pensées, la raison de leur présence dans son esprit. Tout est trop subtil, immatériel…

    – Depuis quand tu t’intéresses à ce genre de documentaire ?

    Jo s’est approchée sans que Sofia la remarque.

    Celle-ci sursaute, la tête encore pleine de morceaux d’un casse-tête qu’elle n’arrive pas à assembler. Puis, elle s’extirpe de ses rêveries brumeuses et sourit à sa mère.

    – J’étais distraite. Les dernières semaines ont été plutôt intenses…

    – Tu ne trouves rien de mieux pour te remonter le moral ? poursuit Jo en s’assoyant près de sa fille. Si on jouait une petite partie de Scrabble ?

    – C’est gentil, mais je serai incapable de penser à autre chose tant que je ne l’aurai pas retrouvé.

    – Tu ne peux pas passer ta vie à chercher un frère qui n’existe peut-être même pas !

    – J’y arriverai.

    – Et si tu n’y parviens pas ? Combien d’années vas-tu gaspiller dans cette quête du Graal ?

    – Tu ne peux pas comprendre, répond Sofia sèchement en se levant.

    – Attends, ne pars pas ! Je suis inquiète pour toi. Depuis que tu prétends avoir rencontré ce… ce garçon dans l’au-delà, tu es différente. On dirait que tu vis dans un autre monde. Tu ne peux pas continuer comme ça ! La vie, c’est ici, maintenant.

    – Qu’est-ce que tu en sais ? Cet autre monde existe, il est aussi réel que celui-ci ! s’offusque Sofia.

    Jo soupire, à court d’arguments.

    – Je veux seulement ton bonheur. Tu en es loin en ce moment.

    – Je vais être heureuse quand j’aurai retrouvé mon frère, même si tu crois qu’il n’existe pas !

    La jeune fille sait qu’il est bien plus que son frère. Elle a compris qu’elle et lui sont deux parties d’un même tout. Elle ignore encore ce qui arrivera lorsqu’ils se rencontreront de nouveau. Mais elle ne partage pas le questionnement de sa mère, ni même celui de Thomas. Inutile de les alarmer pour le moment. Sa vie est déjà assez compliquée comme ça.

    – Je t’en prie, viens t’asseoir près de moi, supplie doucement Jo.

    Sofia aimerait cent fois mieux s’enfermer seule dans sa chambre, son précieux repaire, au milieu de ses recherches, de ses livres et de ses images sur les civilisations anciennes.

    – C’est important, poursuit Jo.

    L’adolescente résiste à la pulsion de quitter les lieux et s’installe à côté de sa mère.

    – J’ai quelque chose à te dire, lui confie celle-ci. Je voulais attendre que tu sois remise de tes émotions avant de te l’annoncer. Mais ce n’est pas possible, tout arrive trop vite.

    Un mauvais pressentiment assaille soudain Sofia. Qu’est-ce que sa mère lui réserve ?

    – On quitte la ville dans un mois.

    Jo se lance dans des explications qu’elle espère rassurantes : elles ne seront qu’à une heure de route, après tout, et Sofia aura accès à la voiture… Mais l’adolescente n’écoute plus et ne pense qu’à Thomas. Elle a besoin de lui ! Comment imaginer qu’elle ne le verra plus aussi souvent, que les week-ends ? Ce n’est pas le moment, mais vraiment pas ! Finies les escapades nocturnes pour le rejoindre ! Autant dire adieu à sa présence à ses côtés quand elle explore l’Exéité. Et les relations longue distance, tout le monde sait que ça ne fonctionne jamais.

    – Tu l’as fait exprès ! gronde-t-elle.

    – C’est une offre d’emploi qui est tombée du ciel et…

    – Arrête de me mentir ! Tu as toujours travaillé à la maison, pourquoi ça changerait maintenant ?

    Jo fixe ses mains qu’elle tortille sur ses cuisses. Des larmes emplissent ses yeux.

    – J’ai des problèmes d’argent. Ce job va vraiment tout changer.

    Ce n’est pas possible que sa mère ait pris une décision pareille sans lui en parler ! C’est vrai qu’elles se sont éloignées, toutes les deux, qu’elles ne partagent plus que leur logis et de brèves conversations sur le lavage, les repas, la météo. Mais c’est comme ça ! Jo ne peut pas s’attendre à ce que sa fille reste dans ses jupes toute sa vie ! Ce que son frère et Thomas représentent pour elle… sa mère n’est pas capable de le comprendre. Elle ne croit même pas que l’Exéité existe, elle fait seulement semblant pour lui faire plaisir ! Ce monde n’est pas une chimère, pourtant, il est bien réel.

    Sofia repense à l’autre partie d’elle-même, cet être magnifique tellement plus puissant, qui hante ses rêves depuis qu’elle l’a croisé. Le moment dramatique de leur rencontre. Ils ont failli réussir, ils se sont presque touchés. Mais l’ennemi est apparu et il a tout gâché. Sofia sait que lorsqu’ils seront enfin réunis tous les deux, son frère et elle, plus rien ne leur fera peur, ils seront plus forts que tout, plus forts que ce monstre aux tentacules gigantesques.

    Quand elle est revenue dans son monde après ce bref contact, le réveil a été brutal. Heureusement que Thomas était là ! Il l’a consolée pendant des heures, alors qu’elle n’arrêtait pas de sangloter, en proie à une peine et à une douleur insoutenables. Il l’a tenue contre lui sans exiger la moindre explication, et elle a fini par s’endormir, épuisée, dans ses bras…

    – Sofia ? Sofia ? Tu écoutes ce que je te dis ?

    La jeune femme lance un regard hostile à Jo.

    – J’ai tout compris. Tu veux me garder pour toi toute seule. Mais je n’abandonnerai jamais ni mon frère ni Thomas.

    Sans attendre de réplique, elle se lève et sort du salon. La porte de sa chambre claque brutalement.

    - 2 -

    Changement d’identité

    La vitesse à laquelle s’écoule le temps fluctue selon notre perspective. Ainsi, si nous assistons, à partir du moment présent, à une action qui se déroule dans le passé, nous aurons la perception que le temps s’y déroule plus rapidement.

    Lorsque deux mondes, passé et présent, sont en contact l’un avec l’autre, il peut s’écouler entre les connexions plusieurs mois dans le présent et seulement quelques jours dans le passé.

    – δεν είναι βρώσιμο* !¹

    Yéléna repousse son assiette violemment vers le centre de la table. Elle déteste cette nourriture française, tout goûte pareil, tout est fade et gras. L’odeur lui monte au nez, leurs sales herbes du Nord donnent un parfum et une saveur de terre à tous les plats.

    Son père dépose ses ustensiles finement ciselés, lance un coup d’œil à la servante qui se tient dans un coin comme une bête apeurée, puis secoue la tête.

    – Je te l’ai déjà dit cent fois, Yéléna : quand nous sommes en France, nous parlons en français, la sermonne-t-il dans la langue de Molière. De retour en Grèce, tu pourras t’exprimer en grec.

    La jeune femme lui jette un regard torve et croise les bras sur sa poitrine. Ils ont quitté leur pays natal au printemps 1915 et ça fait maintenant plus d’un an qu’ils vagabondent d’une contrée à l’autre. Elle en a marre de parler des langues étrangères et stupides. Et encore plus de ne pas manger à son goût. Son père leur a déjà expliqué, à son frère et à elle, que c’est la guerre, qu’il y a le rationnement. Elle sait qu’ils sont en territoire occupé, ce qui est encore pire que lorsqu’ils se trouvaient à l’ouest du front, du côté allié. Son père lui répète sans cesse que grâce à ses contacts sur le marché noir, ils mangent mieux que n’importe qui. Mais Yéléna n’en a rien à faire.

    – Si les Français veulent mourir de faim, qu’ils le fassent donc au plus vite ! Il y aura plus de nourriture pour nous.

    Théophilus, son frère, ricane.

    – Qui va nous fournir la bouffe s’ils sont tous morts ? Tu vas tordre le cou des poules toi-même ? Tu vas les plumer et les cuisiner ?

    – Bonniche ! appelle Yéléna en ignorant son frère. Apporte-moi autre chose !

    – Oui, mademoiselle.

    La petite servante s’avance d’un pas hésitant, recroquevillée, comme si elle craignait de recevoir un coup.

    – La « bonniche », comme tu dis, a un nom. Elle s’appelle Andrée, lance Théophilus sur un ton de reproche.

    – Et je devrais m’en rappeler parce que ?…

    Andrée ramasse l’assiette de Yéléna et, tandis qu’elle se retourne et s’apprête à s’éloigner, la jeune Grecque allonge le pied pour la faire trébucher. La servante s’étale de tout son long. Elle réussit à tenir l’assiette bien haut dans les airs pour éviter qu’elle se fracasse sur le sol, mais son menton heurte durement le parquet ciré avec un toc ! retentissant. Yéléna éclate de rire en l’entendant gémir.

    – Quelle idiote !

    Théophilus se précipite pour aider la bonne à se relever.

    – Laisse-la, lui ordonne son père. Tu n’as pas à lever un doigt pour la maladresse des autres.

    – Mais, papa, proteste le jeune homme, tu as bien vu que c’est Yéléna qui…

    – J’ai vu une servante inexpérimentée s’empêtrer dans ses propres pieds. Assieds-toi !

    Théo regarde Andrée d’un air désolé alors qu’elle se relève péniblement, encore sonnée. Elle s’enfuit en louvoyant comme un rat effrayé dans l’ombre du corridor, les ustensiles tintant dans l’assiette qu’elle emporte avec elle.

    Yéléna fait une moue de mépris. Son frère, la honte de la famille ! Le rêveur qui peut passer des heures à admirer le bleu du ciel. C’est peut-être l’aîné et l’héritier de la fortune de son père, mais c’est un bon à rien. Comme elle aurait voulu être un garçon ! Même si elle n’a que dix-huit ans, c’est elle qui serait allée au front présenter aux Allemands les armes de son père. Elle aurait aimé voir tous ces hommes campés dans leurs tranchées, suants, sales et blessés. Jeter un œil au no man’s land et surprendre les silhouettes des cadavres, encore étendus parmi les barbelés et les éclats d’obus.

    La jeune femme est tellement fière d’être une Zappàs, de sillonner le monde à la recherche de conflits qui pourraient profiter à sa famille et l’enrichir ! Elle sourit à la pensée que son père est responsable d’au moins une partie de toute cette destruction. Mais imaginer que son crétin de frère héritera de cet empire quand son cher papa aura disparu… c’est encore plus indigeste que la nourriture de ce pays maudit !

    – Papa, explique-moi comment doit se faire la transaction, demande Yéléna comme une enfant qui voudrait se faire raconter une histoire avant d’aller se coucher.

    Constantin sourit, visiblement touché par l’intérêt de sa fille. Celle-ci sait qu’elle est sa préférée, que c’est elle qui devrait lui succéder. Si seulement elle était un garçon !

    – Le General-Leutnant et moi sommes à la veille de conclure un marché. Si les essais s’avèrent fructueux, nous serons riches ! Nous devons encore finaliser la logistique du transport, mais les Allemands devraient nous faciliter la tâche. Les deux camps sont désespérément à court d’idées qui leur donneraient l’avantage. C’est une chance pour nous !

    – Justement, comment peux-tu vendre tes… produits à la fois aux Français et aux Allemands ? lance Théo, sombre.

    – Visiblement, mes enseignements ne te rentrent pas dans la tête. Pourquoi nous limiter à un seul marché quand un deuxième s’ouvre à nous ? Nous pourrons toujours retourner voir les Alliés par la suite et leur annoncer que les Allemands se sont munis de toutes ces armes. Ça devrait les inciter à nous en acheter encore plus !

    Yéléna tape des mains de satisfaction.

    – Tu es un génie, papa !

    – Je suis le seul à voir ce qui ne va pas

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