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La Légende Atlante

La Légende Atlante

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La Légende Atlante

Longueur:
594 pages
9 heures
Sortie:
25 sept. 2015
ISBN:
9781770765474
Format:
Livre

Description

Qu’est-ce qui ne tourne pas rond sur Terra Nova ? Telle est la question que pourrait se poser Malok qui, en guise de cadeau de bienvenue, découvre que sa sœur Andalys a été bannie de Florissar, qu’une guerre menace la paix à cause d’un conflit entre les Hommes et les Furis et que son père le pousse à devenir empereur malgré son choix de renoncer au trône. Quant aux Mages, ils refusent toujours de croire en l’existence des Atlantes, même avec la découverte récente d'une cité abandonnée.

Malok part sur les routes avec Marvalat pour prouver l’existence passée de cette civilisation. L’Ordre des Sages envoie avec eux un de leur membre faisant partie des sceptiques qu’ils devront convaincre. Mais des forces agissent dans l’ombre, qui se mettent en travers de leur route et assombrissent l’avenir de Terra Nova...

Sortie:
25 sept. 2015
ISBN:
9781770765474
Format:
Livre

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La Légende Atlante - Dimitri Chiabaut

La Légende Atlante

Les Maîtres du Destin

Éditions Dédicaces

La Légende Atlante, par Dimitri Chiabaut

ÉDITIONS DÉDICACES INC

675, rue Frédéric Chopin

Montréal (Québec) H1L 6S9

Canada

www.dedicaces.ca | www.dedicaces.info

Courriel : info@dedicaces.ca

––––––––

© Copyright — tous droits réservés – Éditions Dédicaces inc.

Toute reproduction, distribution et vente interdites

sans autorisation de l’auteur et de l’éditeur.

Dimitri Chiabaut

La Légende Atlante

––––––––

Remerciements

Je remercie Aurélie Taschon pour tout le travail

effectué sur cette nouvelle carte de Terra Nova.

Depuis des années, je rêvais d’en avoir une dans

ce style et grâce à elle, le rêve est devenu réalité.

Chapitre 1   L'inquiétude de Malok

Malok faisait les cents pas sous une tente. Son visage reflétait la préoccupation qui le tiraillait. Il paraissait plus sérieux et sa courte barbe de quelques jours lui donnait un air encore plus sévère. Ses traits étaient creusés par la fatigue et par le poids des responsabilités qu’il avait dû prendre tous ces derniers mois. Ak’Baral et Alkatib le regardaient marcher de long en large.

Un coursier entra rapidement et tendit un billet à l’empereur. Il était devenu le chef de son peuple comme en témoignait sa tenue d’un style plus guerrier. Il portait des brassières renforcées, un plastron en cuir avec un dragon doré et un foulard en lin tout simple. Il s’empressa d’ouvrir la lettre mais ce n’était pas celle qu’il attendait. À peine l’avait-il lue qu’il fonça hors de la tente et se retrouva au milieu d’un campement militaire de l’armée dragane. Ce n’était pas l’armée régulière qui était autour de lui mais sa Garde Impériale.

– Mon cheval ! Vite !

– Mais, Monseigneur, intervient Ak’Baral, où allez-vous ?

Malok attrapa son cheval par la bride dès qu’il lui fut amené. Il se hissa sur son dos et se tourna vers Alkatib lorsque celui-ci lui apporta sa bure de Mage. Il regarda ensuite Ak’Baral en enfilant son manteau.

– Je vais à Florissar et je n’ai pas le temps d’attendre une escorte. Inutile de l’envoyer après moi, elle ne me rattrapera jamais. Tenez la position et gardez bien notre prisonnier tant que je ne vous aurai pas donné un ordre contraire.

Sur ces mots, il fit faire demi-tour à son cheval, galopant à toute allure vers la sortie du camp. Tout ce qui le préoccupait quelques minutes plus tôt n’avait plus d’importance. C’était à Florissar que tout se passait dès à présent. Il chevaucha aussi vite qu’il le put en ne ménageant pas sa monture. Pourtant, il aimait bien son cheval noir avec une étoile au poitrail. Il l’avait récupéré aux Gamalliens mais pour l’heure, le plus important était d’arriver au palais le plus vite possible.

Sa barbe était un peu plus longue et son visage d’autant plus marqué lorsque, tout poussiéreux, il arriva enfin aux portes de la capitale. Il continua à toute allure vers les grilles du palais qu’il franchit sans ralentir et stoppa net sa course devant l’entrée du palais impérial. Il sauta de la selle et se mit à courir dans le palais en bousculant Chilok sur son passage. Il monta quatre à quatre le grand escalier et en quelques bonds, il se trouva devant la porte entrouverte de la chambre de sa sœur. Il sentit une certaine appréhension avant d’entrer, craignant de déjà savoir ce qu’il y trouverait. La main tremblante, il poussa fébrilement la porte, les larmes lui vinrent aux yeux. Le spectacle fut une réponse à son pressentiment : plusieurs personnes se trouvaient au chevet de sa sœur. Agalès semblait horrifié par ce qu’il voyait, Padicha ne disait pas un mot et sa mère effondrée à genoux, la tête posée sur la main d’Andalys, pleurait toutes les larmes de son corps qui coulaient le long des doigts glacés de la sœur de Malok. Ce dernier regardait le visage pâle et pourtant encore angélique de cette femme morte. Il détacha son regard de ce funeste spectacle : la vision de cet être inerte lui donnait l’impression d’étouffer. Il s’aperçut de la présence de quelques serviteurs et d’un Dragan qu’il connaissait, un de sa Garde Impériale ; il l’avait laissé au palais afin de protéger sa sœur. Celui-ci s’approcha d’un air triste et se mit à genoux.

– J’ai échoué, Monseigneur. Je... je ne...

L’empereur posa sa main sur la bouche du soldat avant de s’approcher du lit, ne voulant pas entendre davantage d’excuses. Il s’assit sur le bord, près de la commode où se trouvait un poignard ensanglanté. Une haine aveuglante commença à l’envahir peu à peu, il aurait voulu tout détruire sur son passage...

Malok se réveilla en sursaut, la respiration saccadée avec l’impression d’avoir un poids pesant sur sa poitrine. Transpirant et désorienté, il mit du temps à reconnaître la chambre qu’il occupait au palais de Florissar. Machinalement, il passa sa main sur son visage imberbe, cherchant à se rassurer au contact d’une barbe inexistante. Il se leva dans la foulée pour se regarder dans un miroir afin d’ôter un dernier doute qui aurait pu subsister. Peu à peu, il se rappela ce qu’il avait fait un peu plus tôt dans la soirée en compagnie de son Maître Marvalat et de l’Ombre Noire, l’espion de son père. Il regarda l’épée d’Alknohr posée sur son bureau. La nuit était encore bien noire à l’extérieur, il n’avait pas dû dormir très longtemps. Malheureusement pour lui, aucun souffle d’air ne venait le rafraîchir et calmer cette sensation d’étouffement.

Il franchit la porte-fenêtre pour observer le jardin et écouter le faible murmure de la cascade qui l’apaisait habituellement. Un voile recouvrait les deux lunes, plongeant le parc dans l’obscurité, ne laissant plus que le son pour apporter un réconfort face aux angoisses du prince. Malgré cela, les images revenaient en boucle dans sa tête, cherchant à en comprendre le sens. Une chose le perturbait, la tenue militaire d’empereur qu’il portait alors qu’à l’heure actuelle, c’était sa sœur qui allait prendre le trône à sa place. Ce n’était pas le seul détail qui le dérangeait en dehors des images marquantes d’Andalys sur son lit de mort. Le Dragan qui escortait sa sœur lui était inconnu mais ce n’était pas la première fois qu’il le voyait. Il fit aussitôt l’association avec son cauchemar ou vision qu’il avait depuis ses onze ans. Le soldat qui l’accompagnait quelques années plus tard était celui auquel il avait donné la tâche de protéger la princesse d’Efira, en plus jeune et la cicatrice en moins. Sauf qu’il ne comprenait pas pourquoi il avait demandé à un membre de la Garde Impériale d’être son protecteur alors que les garnisons se trouvaient sur le front d’une campagne guerrière.

Il s’agenouilla et posa ses bras sur l’accoudoir avant d’y déposer sa tête. Il se concentra sur le bruit des chutes d’eau afin de calmer son esprit tourmenté, faisant le vide tout en sachant d’avance qu’il n’arriverait pas à se rendormir. Pourtant, ces dernières semaines avaient été éprouvantes et elles auraient dû le plonger dans un sommeil réparateur. Au final, il se résigna à attendre le lever du soleil, annonçant dans le même temps l’arrivée de sa sœur. Elle ne le laissait jamais dormir le premier matin de son retour, une tradition depuis sa première année de formation. Il sourit à cette pensée chassant le spectre de la vision. C’était la deuxième fois que sa sœur mourait dans ses cauchemars, devait-il y voir un signe du destin ? Il écarta ces questions sans réponses pour regarder le soleil sortir de l’obscurité et amener la lumière.

Les heures passèrent sans qu’il fût dérangé, ce qui était inhabituel et l’empêchait de chasser ses craintes nocturnes. L’astre lumineux continuait sa lente ascension vers son point culminant haut dans le ciel, révélant les beautés du jardin. Des oiseaux piaillaient près des massifs de tulipe et autres plantes qui fleurissaient encore en ce début d’été. Avec un soupir d’aise, il se tourna vers l’entrée mais il était toujours seul. Il se remémora son arrivée au palais et il s’aperçut que sa sœur ne s’était pas présentée pour l’accueillir. Une première qu’il aurait dû remarquer immédiatement, mais son esprit, à ce moment-là, se focalisait sur l’achèvement de la quête de l’épée d’Alknohr. Sans doute préparait-elle son mariage prévu dans les semaines à venir ? Il ne se souvenait pas exactement de la date et il n’était même pas certain qu’elle lui avait dit. Tant de choses s’étaient passées durant l’année écoulée. Le prince avait fini par perdre tout contact avec sa sœur au cours de son périple et il s’attendait à des reproches de la part d’Andalys en guise de salutation.

Il s’habilla dans sa chambre, revêtant une tenue des plus sommaires en lin avec peu d’ornements mais qui lui convenait très bien. Les autres pièces de ses appartements n’étant toujours pas aménagées depuis qu’à ses onze ans il les avait choisies, il ne pouvait pas prendre un bain pour se rafraîchir, à moins de descendre dans une salle commune prévue à cet effet. Son père devait encore espérer qu’il finirait par renoncer à cette chambre et à s’en choisir une autre dans le palais, n’aimant pas le choix de celle-ci dont le seul occupant avait été Elvir, un prince héritier qui refusa le pouvoir et fut banni. Il se passa la main dans les cheveux pour les discipliner et il se mit en route pour aller voir son Maître, laissant son épée sur le bureau. Il voulait voir sa sœur mais il trouvait plus urgent d’aller à la rencontre de Marvalat qui pourrait répondre à ses questions ou, du moins, qui essaierait d’y apporter une explication.

Il marchait vite en traversant les différents couloirs, sans s’occuper des personnes alentour. Il arriva devant les appartements de son Maître, une double porte en chêne brut sculpté dans la tradition mage. Sur les deux battants, neuf sages formaient un cercle, représentant leur conseil. Marvalat en sortit tout habillé, prêt à rejoindre le Conseil de la Paix qui débutait en fin de matinée. Il ne paraissait pas surpris de voir son élève.

– J’attendais Gatamor mais je crois que je vais aller le voir moi-même. Il faut que je lui parle de la cité que nous avons découverte. Maintenant que la quête de l’épée d’Alknohr est résolue, nous avons une nouvelle mission, mon jeune apprenti. Viens avec moi, nous allons le voir de ce pas.

Devant l’enthousiasme du Mage, l’élève semblait pris au dépourvu. Il hocha la tête sans avoir l’intention de bouger, ce que son Maître remarqua.

– Tu veux me parler de quelque chose en privé ?

– Pourriez-vous m’accorder quelques instants ?

Marvalat observa son élève attentivement avant d’acquiescer, connaissant suffisamment son Lichaï pour savoir que ce dernier ne partirait pas avant d’avoir obtenu satisfaction. Il posa la main sur la poignée de sa porte lorsque le général Ak’Baral arriva.

– Monseigneur ! s’exclama l’officier de la Garde Impériale. J’allais justement dans vos appartements.

Malok se tourna vers le militaire ; il pressentait que ce n’était pas bon signe. Jusqu’à ce jour, il fréquentait très peu l’ancien conseiller de son père et il ne se souvenait pas d’avoir discuté une fois avec lui. Pour la première fois, il remarquait le visage marqué de ce Dragan aux cheveux blancs. Il paraissait plus vieux que son âge véritable mais il se tenait bien droit, semblait robuste et ses yeux bleus exprimaient la vivacité.

– L’empereur désire vous avoir à ses côtés pendant la durée du Conseil de la Paix.

– Dites à mon père que je n’ai pas l’intention d’y aller.

Le prince ne comprenait pas pourquoi il était convoqué à une réunion des dirigeants de Terra Nova. L’an passé, lors de la précédente réunion annuelle, il avait exprimé son désir de ne pas devenir empereur et de renoncer au trône au profit de sa sœur aînée. Son père ne semblait pas opposé à son projet mais, tout en acceptant cette idée, il proposa à son fils un délai de réflexion d’un an avant d’officialiser cette renonciation et de désigner Andalys comme successeur. L’échéance arrivait à son terme et Malok ne comptait toujours pas prendre la place qui lui revenait de droit.

– Permettez-moi d’insister. J’ai reçu des ordres. Votre père requiert absolument votre présence, par tous les moyens, quels qu’ils soient. Il m’a aussi chargé de votre sécurité pendant la durée du séjour de nos visiteurs. Désormais, j’ai pour mission de vous escorter et tous vos déplacements s’effectueront en ma présence.

– Pourquoi ces mesures ? demanda Marvalat.

– Il y a eu quelques changements depuis votre départ que l’Empereur vous expliquera en temps voulu, répondit Ak’Baral gêné.

Le Maître et l’élève échangèrent un regard surpris, aucun des deux ne comprenait cette attitude méfiante.

– Malok, tu devrais aller te changer. Je vais aller voir Gatamor et nous parlerons plus tard.

Le prince acquiesça et suivit à contrecœur le général qui l’escorta jusqu’à ses appartements. Il avait pris son air boudeur en croisant les bras. Une fois devant la porte, Ak’Baral s’inclina.

– Je vous attends. Ne m’en veuillez pas, je ne fais qu’obéir aux ordres.

– Et vous ne pouvez pas m’expliquer ce que signifie ceci ?

– Non, Monseigneur.

– Dites-moi au moins pourquoi c’est un général de la Garde Impériale qui m’escorte ? Pourquoi n’est-ce pas votre fils, Alkatib ?

– L’Empereur voulait que ce soit un membre de la Garde Impériale et je pense que c’est sa confiance envers moi qui fait que cette tâche m’incombe. Ne m’en demandez pas davantage, j’ignore les raisons qui ont poussé votre père à me choisir.

Malok eut un rictus méprisant, montrant le mauvais côté de son caractère. Il n’avait rien contre Ak’Baral mais il n’aimait pas être escorté et encore moins d’être surveillé car c’était l’impression qu’il ressentait. Il estimait que le fait de confier la mission à ce Dragan ne relevait pas du hasard. Il commençait à se persuader que son père devait charger le général d’une mission secrète. Tout lui semblait bien étrange et si différent depuis son retour. D’abord, sa sœur qu’il n’avait toujours pas vue et dont il était sans nouvelles, ce qui commençait à l’inquiéter. Dorénavant, il ne pouvait plus se déplacer librement dans le palais sans escorte et il devait assister à la réunion annuelle du Conseil de la Paix. Quel intérêt y avait-il à ce qu’il y soit présent alors qu’il ne deviendrait pas empereur ? Une étrange sensation naissait au creux de son ventre, comme un mauvais pressentiment et l’impression de ne pas maîtriser les événements futurs...

Il ouvrit son armoire en s’interrogeant sur la tenue qui convenait aux circonstances. Il aperçut un costume de cérémonie qu’il ne connaissait pas et il comprit que ce devait être une idée de son père. Un serviteur avait dû l’apporter et la ranger dans l’armoire avant son retour au palais. L’habit était d’une couleur noire avec des broderies de fils d’or. Le dragon, emblème de la famille impériale, reluisait sous les rayons du soleil qui passaient à travers sa porte-fenêtre. Il rechigna quelques instants à la porter avant de finir par l’enfiler. Dès qu’il l’eut mise, il dut reconnaître qu’elle lui seyait parfaitement et lui apportait un surcroit de prestance en se regardant dans le miroir. Il ne comprenait pas pourquoi cette vision le déstabilisait et l’oppressait, avant de se remémorer son rêve. En cet instant, il n’aspirait qu’à un moment d’évasion, à être une personne ordinaire dont la destinée ne serait pas liée au trône impérial. Il se tourna vers la porte-fenêtre pour observer l’extérieur, les jardins, le ciel bleu, qui lui donnaient un sentiment d’impuissance alors qu’il aspirait à un irrésistible besoin de liberté. Sa sœur pouvait le calmer et il espérait qu’elle aussi devait assister au Conseil de la Paix et que c’était la raison de son absence en cette matinée. Pourtant, il fallait qu’il la voie auparavant, qu’il puisse lui parler et la serrer dans ses bras.

Il finit par franchir l’ouverture et passa par-dessus la balustrade de sa terrasse avant de tomber sur ses deux pieds. Les quelques jardiniers qui s’affairaient relevèrent à peine la tête avant de reprendre leur travail, comme si tout paraissait normal. Ces derniers savaient rester discrets en toutes circonstances et, s’ils commentaient le comportement de leurs maîtres, cela se faisait en privé. Malok courut aussitôt vers l’entrée qu’il passa d’un bond et fonça en direction de la chambre de sa sœur, sans se préoccuper des serviteurs qui n’avaient pas le temps de le saluer. Il ralentit son allure lorsqu’il arriva à proximité des appartements d’Andalys et en profita pour rajuster sa tenue avant d’atteindre la porte. Il s’attendait à la voir s’ouvrir avant même de s’y arrêter mais il n’en fut rien. Il sourit avant de frapper quelques coups dans un rythme dénotant l’impatience.

Il attendit quelques secondes avant de recommencer à toquer après avoir rajusté son col. Il entendit une porte grincer sur le côté, il se tourna dans la direction et il vit une jeune servante sortir d’un des appartements voisins. Il croisa son regard et remarqua que la jeune demoiselle paraissait inquiète, avant de presser son allure dans la direction opposée comme pour le fuir.

– Attendez ! S’il vous plaît, ne partez pas ! fit-il en s’approchant de la suivante. Sauriez-vous où se trouve la princesse Andalys ?

Elle semblait désespérée en voyant Malok devant elle ; elle comprit qu’elle ne pourrait pas échapper à cette situation. Elle gardait les yeux baissés. Son doux visage embarrassé ne diminuait pas le charme qu’elle dégageait. Machinalement, le Dragan avait croisé les bras en attendant des explications, prenant un air déterminé qui ressemblait à celui qu’il prenait lorsqu’il boudait. Il restait insensible aux charmes de la Dragane et plusieurs secondes s’écoulèrent ainsi...

– Beaucoup de choses ont changé lors de votre absence, Monseigneur, finit-elle par dire d’un ton résigné.

Malok se demandait ce qui impressionnait le plus la jeune femme. Était-ce parce qu’elle était en face du prince héritier ou connaissait-elle le mystère qu’il venait tout juste de toucher du bout des doigts ?

– Je vous écoute, informez-moi de ces changements. J’ai du mal à croire que ma sœur ait changé d’appartement, elle aimait beaucoup le sien.

La servante se tordait les mains, visiblement de plus en plus mal à l’aise, cherchant des yeux une solution salvatrice. Elle releva la tête et plongea son regard dans celui du prince, comme pour y chercher de la compassion. Le prince fut troublé par ce comportement, partagé entre le désir de savoir et celui de la laisser partir. Il sentait qu’elle savait des choses mais qu’elle n’osait pas les dire. Que craignait-elle ? Pourquoi tant de mystères et de silences semblaient-ils entourer Andalys ? Pourquoi n’était-elle pas présente la veille pour accueillir son retour comme à l’accoutumée ? Brièvement, il espérait que cette absence était liée aux préparatifs du mariage avec Karan, qui devrait avoir lieu prochainement. Pourtant, Marvalat n’avait reçu aucune invitation à ce sujet, ni par courrier ni par l’intermédiaire de Valar, la seule personne qui pouvait les contacter à tout moment grâce à un bracelet magique. Tout ceci paraissait trop étrange pour qu’il attende une minute de plus afin de comprendre.

– Parlez, je vous en prie ! J’ai besoin de savoir, vous comprenez ?

Yeux dans les yeux, la servante semblait sur le point de craquer.

– Sire ! Je vous cherchais !

La voix d’Agalès mit un terme à cet échange, elle avait le don de crisper tous les muscles de Malok et de l’énerver. Même après une année écoulée, l’inimitié qu’il portait à l’encontre du conseiller de son père, ne s’amenuisait pas et surtout pas en cet instant. Il comptait le mépriser et continuer à parler avec la jeune suivante mais celle-ci profita de cette interruption pour s’échapper. Il la suivit des yeux afin de l’attraper plus tard pour enfin tirer toute cette affaire au clair mais il vit que Ak’Baral se trouvait au bout du couloir et venait dans sa direction. Il respira un grand coup avant de se diriger devant l’appartement de sa sœur afin de taper contre la porte, en ignorant l’intervention d’Agalès dont les pas se rapprochaient.

– Cela ne vous servira à rien. Votre père vous demande d’être présent dans la salle de réception afin d’accueillir nos hôtes.

Le ton sec du conseiller montrait que lui non plus ne tenait pas Malok en haute estime. Il portait son éternelle toge grise avec des sandales marron, significatives de son rang au sein de l’empire, une tenue sobre pour soi-disant garder l’humilité malgré une fonction importante. Malok tenta d’ouvrir la porte qui resta close. Il se tourna ensuite vers le Dragan aux cheveux courts châtains et aux taches brunâtres, qu’il regarda de haut, voulant lui faire sentir qu’il le trouvait insignifiant. Le général n’était plus très loin d’eux et le prince comprit qu’il ne pourrait s’échapper de nouveau.

– Dites-moi d’abord pourquoi la porte est fermée à clef, demanda froidement le prince.

– Je suis au service de votre père, je n’ai pas à répondre à vos questions lorsque des affaires plus urgentes sont en cours. Ak’Baral va vous escorter jusqu’à la salle de réunion, ce serait dommage que vous vous égariez de nouveau.

Il eut un sourire ironique avant de s’en aller, tandis que le général posait une main sur l’épaule du jeune Dragan qui sentait la colère monter en lui. Il observait le départ du conseiller de son père et il imaginait la façon dont il lui annoncerait que sa sœur, une fois empereur, se passerait de ses services. Il voulait se faire ce petit plaisir ; même si ça pouvait paraître puéril, cela le soulagerait un temps.

– Ne m’obligez pas à vous y emmener par la force, Monseigneur.

La voix du général semblait pleine de compassion, peu autoritaire. Il devait savoir manipuler les personnes, ayant été autrefois le conseiller de l’empereur Padicha avant de redevenir un général de la Garde Impériale, une unité d’élite chargée de la sécurité de l’Empire. Récemment, Malok avait appris, lors de sa dernière aventure, que certains de ses membres se battaient parfois pour préserver les intérêts de leur hégémonie alors qu’en apparence, les Dragans ne se battaient pas et vivaient dans la paix.

– Général, où est ma sœur ?

– Je l’ignore.

– Vous me mentez. Comment pouvez-vous l’ignorer ?

– Je ne vous mens pas, Monseigneur. La princesse Andalys n’est plus au palais ni dans la cité. Je ne sais même pas si elle se trouve encore dans notre empire et, je vous en prie, ne me demandez rien d’autre qui la concerne. Je ne pourrai pas vous répondre. Maintenant, ayez l’obligeance de me suivre sans que je sois obligé de vous traîner.

Malok réfléchit quelques instants afin de savoir quelle attitude adopter. Il poussa un soupir avant d’accepter de suivre Ak’Baral : celui-ci en savait plus qu’il ne le disait mais il devait être tenu au secret. Le prince se doutait qu’il n’obtiendrait aucune réponse satisfaisante de la part de cet ancien conseiller de l’empereur et actuel général en chef de l’Empire. Il ressentait beaucoup d’estime pour ce Dragan et il se mit donc en marche à ses côtés sans faire mauvais visage. Il devait sauvegarder les apparences auprès des invités qu’il croiserait avant d’arriver dans la salle de réception.

Chapitre 2     Le Conseil de la Paix

Malok et Ak’Baral arrivèrent au bas des marches de l’escalier principal à double révolution. Le prince, pour faire bonne figure, arborait un sourire ravi en s’inclinant lorsqu’il croisait divers conseillers qui se trouvaient dans le hall d’entrée du palais, près de la porte donnant sur la salle de réception. Le ton montait entre un Homme et un Furi, tandis que deux Xenox tentaient de les calmer en parlant doucement, essayant vainement d’apaiser la situation. L’Elfe présent les regardait d’un air intrigué, ne cherchant pas à se mêler au débat pour l’instant. La discussion s’arrêta lorsqu’ils aperçurent les deux Dragans et ils s’inclinèrent sur leur passage avec respect.

– Allons, Messeigneurs, inutile de vous quereller avant le début des discussions, lança Ak’Baral sur un ton amical. Si vous utilisez toute votre salive maintenant, nous ne vous entendrons plus pendant les réunions et ce serait regrettable.

Le vieux Dragan souriait avec bienveillance aux deux querelleurs qui hochèrent la tête en signe d’acceptation. Les Xenox et l’Elfe semblaient ravis de la présence du général et ils s’approchèrent de lui, tandis que les deux autres conseillers se dirigeaient d’un pas rapide vers la salle du Conseil, face à la salle de bal.

– L’Empereur a fait un choix judicieux en vous rappelant à ses côtés, dit l’Elfe blond en s’inclinant. Une crise menace la paix et, en tant que conseiller, vous avez toujours su éviter la guerre. Je ne doute pas que vous y parviendrez de nouveau.

– Merci, pour ce compliment mais je ne mérite pas cet éloge. N’oubliez pas la sagesse de l’Empereur, Caradhras. L’Empereur Padicha a réussi à instaurer une paix sans mes services et il saura la maintenir. J’ai toute confiance en Agalès pour l’aider et je ne l’aurais jamais laissé être l’unique conseiller si je ne l’en croyais pas capable.

Malok sentait tous les poils de son corps se hérisser en entendant ce nom. L’Elfe ne semblait pas tellement d’accord et, lorsque celui-ci voulut parler, l’un des deux Xenox prit la parole.

– Nous ne doutons pas de la sagesse de votre Empereur ni des qualités de son conseiller mais reconnaissez que les décisions prises cette année n’ont pas été bien inspirées.

Il s’agissait de Lleung, le conseiller de l’Aïla Damal Kensong, le chef spirituel de leur peuple. Le prince revenait d’un voyage depuis Orlox en compagnie de la délégation xenox et de leur chef. De petits points blancs couvraient le front, le nez et le menton de leur peau bleu azur. Sur le reste du corps, des tâches noires semblaient former une sorte de dessin aléatoire qui différait entre les individus. Cette race ne possédait pas de cheveux. Les traits anguleux de leurs visages ainsi que leur forte corpulence pouvaient laisser penser qu’ils étaient un peuple agressif mais il ne fallait pas se fier aux apparences. Les Xenox vivaient en paix et ne cherchaient aucune querelle avec leurs voisins, préférant être ignorés des autres plutôt que de susciter trop d’intérêt. Le prince trouvait que les membres de cette race se ressemblaient beaucoup et la couleur de leur peau faisait d’autant plus ressortir leur tenue traditionnelle couleur safran et bordeaux.

– Les Furis et les Hommes revendiquent un territoire depuis des mois et dernièrement, les Humains l’ont pris par la force.

– Ou repris, intervint Janao. D’après nos informations, cette terre appartient bien aux Hommes et ils s’estiment logiquement dans leur droit.

Ce Xenox deviendrait le prochain Aila Damal et il l’accompagnait désormais dans tous ses déplacements pour apprendre. Son visage juvénile et ses traits amicaux adoucissaient l’apparence revêche qui se dégageait de leur visage.

– Effectivement, mais là n’est pas la question, intervint Caradhras. Pourquoi avoir attendu la réunion annuelle pour parler de ce problème ? Votre Empereur a toujours été prompt pour entamer des négociations mais apparemment sur cette affaire, rien n’a été tenté jusqu’à cette crise inopportune.

Malok ne put pas cacher sa surprise en apprenant tout ceci. Beaucoup de choses avaient changé durant son absence. Obnubilé par la quête de l’épée d’Alknohr, il avait négligé les affaires de son pays. Malgré les discussions avec Kensong, il ne s’inquiétait pas davantage de ce qui se passait sur Terra Nova et, en fait, il ne savait rien des récents événements. Aujourd’hui encore, il aspirait à reprendre la route pour aller sur les traces des Atlantes et percer ce nouveau mystère avec son Maître. Sa seule autre préoccupation concernait sa sœur : il voulait comprendre la raison de ce départ du palais. Tout lui paraissait étrange et, tout comme Caradhras, il finissait par se poser des questions sur la sagesse de son père. Andalys éloignée du palais et un conflit entre deux peuples avec une possible guerre qui menaçait la paix, rien ne semblait plus aller dans les affaires de l’empire dragan. Il se tourna vers Ak’Baral, qui continuait de sourire, gardant un calme apparent, ayant sans doute l’habitude de porter un masque dans ce genre de réunions.

– Qui vous dit que nous n’avons rien fait ? Parfois, il vaut mieux agir aux yeux de tous et parfois le faire dans l’ombre.

Le Prince afficha un petit sourire complice en se rappelant que l’invasion du Marois par les Furis était à l’origine de la quête de l’épée d’Alknohr. Les espions dragans avaient récupéré un morceau de parchemin qui les conduisait, lui et son Maître, sur la trace de la lame magique du premier empereur dragan avant qu’elle ne tombe entre les mains malintentionnées des Furis. Après quelques discussions, le père de Malok obtint d’Imrahir, le roi des Hommes, de le laisser agir, ce qui donna un délai aux deux aventuriers afin de retrouver l’épée en secret. Jamais le prince n’eût imaginé que, leur quête achevée, Padicha laisserait les Hommes reprendre par la force la terre qui leur revenait de droit. Cette situation ne pouvait que provoquer des tensions et n’aboutir qu’à une fin progressive de la paix, ce que généralement l’Empereur cherchait à éviter depuis vingt-six ans.

– Si vous avez agi, le différend entre les Hommes et les Furis ne devrait pas durer trop longtemps dans les débats, affirma l’Elfe.

– Avec les Furis, vous espérez sincèrement que l’affaire sera vite réglée, seigneur Caradhras ? fit avec ironie l’ancien conseiller de l’empereur.

Les trois conseillers se mirent à rire puis, en compagnie des deux Dragans, ils se dirigèrent vers l’entrée de la salle où se tenait le Conseil. Malok ressentait la tension qui régnait dans ce lieu majestueux. Les différents chefs d’État et leurs conseillers se trouvaient déjà sur place, discutant à voix basse tout en épiant leurs voisins. L’atmosphère qui régnait dans ce lieu l’oppressait et il se demandait comment son père pouvait la supporter. Le prince préféra s’intéresser au décor de la pièce afin de retrouver son calme. Le style dragan ainsi que l’histoire de ce peuple étaient omniprésents, alors que la neutralité dans la décoration et l’architecture aurait été plus judicieuse. Y avait-il une volonté des différents empereurs successifs de marquer leur territoire ? Malok ignorait la réponse et il se demandait si son vieux précepteur Zarès le savait. Pour la première fois, il pénétrait dans ce lieu qui, autrefois, était uniquement réservé aux réceptions des émissaires ou dirigeants des autres peuples. Dans de rares occasions, elle servait de salle du trône, se substituant à celle où Padicha réglait les affaires d’État. Le jeune Dragan se demanda si la pièce avait subi des changements avant de devenir la salle du Conseil ou si elle avait été laissée en l’état afin de montrer aux autres peuples que les Dragans étaient une race puissante.

Différentes tapisseries ornaient les murs, les fenêtres donnaient sur le jardin. Une des tapisseries racontait l’histoire de la construction du palais impérial, commençant d’abord par la donation du territoire par le peuple mage. Malok remarqua que tout ce qui concernait l’agrandissement du territoire par des faits d’armes semblait omis. Sans doute une volonté des différents empereurs d’occulter ce passé guerrier, afin d’éviter de raviver certains souvenirs qui pouvaient devenir des motifs de fâcherie. Alknohr avait conquis bien des territoires lors de services rendus en combattant aux côtés de certains peuples contre d’autres.

Derrière la table réservée à l’Empereur, face à l’entrée, le trône en bois sculpté était imposant ; les tapisseries du mur rappelaient le rôle des Dragans dans le maintien de la paix. Au centre, la plus majestueuse et la plus récente montrait les treize chefs d’État signant le traité de paix, vingt-six ans plus tôt. Elle méritait bien sa place, la première visible en pénétrant dans ce lieu, comme pour rappeler aux différents chefs la fonction de cet endroit. Jamais aucun empereur dragan avant Padicha n’avait pu maintenir une paix entre tous les peuples aussi longtemps. Son père se montrait pourtant modeste mais Malok comprit que cette tapisserie avait dû être placée récemment et l’occasion semblait idéale. Bon nombre de peuples cherchaient le conflit et souhaitaient reprendre les armes.

Malok tourna la tête sur sa gauche et découvrit la plus ancienne, qui racontait la première venue de tous les dirigeants de Terra Nova au palais afin de trouver un terrain d’entente. Le prince se souvenait de ses cours d’histoire avec Marvalat et il se rappela que cette première tentative s'était soldée par un échec et qu’une guerre avait éclaté entre Gamalliens et Furis mais, pour la toute première fois, les treize chefs s’asseyaient dans la même pièce pour parler de leurs différends. Un début prometteur qui, par la suite, fut plus ou moins couronné de succès par des paix certes éphémères, mais qui prouvaient le rôle déterminant des Dragans dans le maintien de la sérénité. Malok se remémora une déclaration d’un empereur gamallien qui, déçu de l’accord de paix obtenu malgré un avantage financier non négligeable, s'était moqué des Dragans en les appelant « Les Maîtres du Destin ». Si cette raillerie cherchait à déstabiliser les Dragans, elle obtint cependant l’effet contraire et fut prononcée à l’époque par les autres dirigeants avec respect et reconnaissance. Depuis, ce surnom sombrait dans l’oubli ; seul, Marvalat semblait s’en souvenir ; même Zarès n’en avait pas parlé à son élève.

En continuant de contempler le mur, il vit celle concernant l’empereur Efira. Pendant son règne, elle avait réussi à faire oublier celui de son père Kirok et à tisser des liens avec tous les autres dirigeants, les faisant revenir peu à peu à Florissar. D’abord séparément, puis vers la fin de sa vie, tous s’étaient réunis en ce lieu et signèrent un traité de paix qui dura jusqu’à sa mort, soit près de cinq années. Le prince de l’actuelle ville d’Efira donna en hommage son nom à la cité. Landorie, la mère de Malok venait d’Efira et en était l’unique princesse héritière. Son mariage avec Padicha donna le dernier territoire Dragan encore indépendant à l’empire.

Le mur le plus long en face des fenêtres était lui aussi couvert de tapisseries à l’exception de deux passages, l’un menant aux cuisines pour les serviteurs et l’autre donnant sur les latrines réservées aux participants du Conseil. Les tapisseries racontaient l’unification des clans dragans pour ne former qu’un seul et même peuple. Malok connaissait bien son histoire et il avait découvert certaines vérités sur Alknohr lors de la dernière quête. Très peu montraient la conquête des clans de son ancêtre par la guerre, l’histoire étant toujours écrite par les vainqueurs. La plus belle représentait le mariage entre Dolie et son ancêtre. Elle était la sœur de Garan, le chef d’un des clans les plus puissants existant à l’époque. Ce dernier semblait moins guerrier et son consentement à cette union apporta la paix et une alliance entre les deux tribus. Lui aussi rêvait d’unification pour le peuple Dragan et, dans ce but, il s'était marié avec Manore, l’unique héritière d’un autre clan puissant, celui d’Oltès. Avec ces deux alliances, les autres chefs de clan ne pouvaient que s’unir ou tenter vainement de combattre mais, avec Alknohr à leurs côtés, la bataille semblait gagnée d’avance. L’ancêtre étant invaincu jusqu’alors et même invincible avec l’épée magique confiée par les Mages, beaucoup avaient préféré s’allier. Le choix le plus logique aurait été de faire de Garan l’empereur des Dragans, moins belliqueux que les autres et portant moins de sang sur les mains. Il était le plus puissant en devenant le chef de deux des trois grandes tribus mais cette fonction incomba à Alknohr, ce qui étonnait toujours son descendant.

Le prince regarda derrière lui pour observer l’entrée et découvrir d’autres représentations. Seulement deux tableaux encadraient la double porte tandis qu’une inscription en dragan ancien, au-dessus, disait : « Étranger, toi qui viens ici emprisonné par tes peurs, brise tes chaînes et repars la tête haute, libéré de tes démons. » Cette allégorie signifiait que les dirigeants qui venaient avec des idées guerrières devaient quitter ce lieu après avoir dominé ces envies et contribué à la paix. Malheureusement, les mots et les bonnes intentions paraissaient souvent dérisoires face à ces démons. Sur la gauche, une peinture montrait une créature difforme avec une tenue d’apparat pour montrer son rang, enchaînée à son armée. Son visage exprimant la peur, elle désignait du doigt un Mage, incarnant la sagesse, entouré d’un halo de lumière, tenant une boule de feu dans une main et un livre dans l’autre. Son visage semblait calme et confiant avec un léger sourire en coin. Chez les Dragans et les Mages, cette icône symbolisait la sagesse. Un être serein avec un livre symbolisant la connaissance, une boule de feu représentant la puissance. Parfois, le personnage pouvait être porteur d’une épée mais, les Dragans étant un peuple pacifiste et aptes à résoudre les conflits, l’absence de ce détail s’expliquait. Ce tableau accentuait la première partie de l’allégorie. La guerre et les armes ne pouvaient être que les alliées de la peur et des faibles d’esprit devant la sagesse. Les chaînes montraient que les guerriers cultivaient cette peur. La peinture de droite, représentait les treize chefs d’État signant un traité de paix. Au centre se trouvait un Dragan, à sa droite un Mage, à sa gauche un Elfe et cinq autres dirigeants de chaque côté. Un halo de lumière entourait les treize. Autour de ce cercle de lumière, des êtres démoniaques portaient le masque de la peur. Un dragon, dos à la scène, la tête tournée vers eux, leur jetait des flammes mais elles se heurtaient au halo. Les loups fuyaient devant la lumière tandis que le serpent perdait sa langue, coupée par l’un des rayons. Les armes des guerriers fondaient au contact de la lumière. Le Dragan tenait le traité entre ses mains et, au-dessus de lui, la boule de feu jetait ses rayons sur le halo. Chaque chef tenait un rouleau de parchemin portant le même sceau que le traité. Dans l’autre main, ils tenaient un livre. Tous paraissaient heureux. Ce tableau représentait la deuxième partie de l’allégorie, tout en allant plus loin. Elle montrait que leur union les rendait invincibles face à leurs peurs et à l’inconnu, symbolisé par un coin noirci en hauteur sur la droite.

Malok essayait de ne pas paraître mal à l’aise devant cette assemblée. Depuis onze ans, il vivait en retrait avec son Maître plutôt que de faire face à des politiciens. Affronter les épreuves du Prophète Voyageur lui paraissait plus reposant qu’une session réunissant les treize chefs des peuples de Terra Nova. Nerveusement, il tira sur les manches de sa tunique pour s’assurer que ses avant-bras étaient bien couverts. Il voulait se montrer présentable et éviter d’être la cible de moqueries d’esprits facétieux ; d’ailleurs, son caractère emporté risquait de provoquer un incident diplomatique avec des paroles trop vives. Il chercha un visage ami dans les invités présents et il lui sembla que son Maître figurait encore parmi les absents.

Son regard se posa sur le centre de la pièce, devant les tables qui formaient un U. Sur une petite table finement sculptée se trouvait un large vase en cristal rempli de morceaux de papier. Le prince s’en approcha et observa attentivement l’objet. Un mouvement attira son attention. Il remarqua que sa surface bougeait. Des personnages avaient été polis et ceux-ci se mouvaient le long du vase, animés par magie. Certains se serraient la main ou se saluaient selon leurs traditions. En tout, treize personnages se déplaçaient le long des parois du vase, se rencontraient puis se saluaient. Parfois, deux personnages échangeaient un léger hochement de tête et, dans ces moments, un petit vase apparaissait et chacun des deux jetait un papier dedans. Puis, un autre personnage sortait du vase et tendait les mains vers eux. L’apparition paraissait neutre, aucune caractéristique ne l’identifiait. Lorsque le vase disparaissait, sous le personnage mystérieux qui surgissait comme un génie d’une lampe magique, les deux premiers personnages en froid s’approchaient l’un de l’autre et se serraient la main.

Cet objet fascinait, Malok qui n’en décrochait pas ses yeux, hésitant à caresser la surface de peur de déclencher une mauvaise réaction. Le vase paraissait fragile mais rien ne pouvait le briser grâce à un enchantement des Mages. Trarès II, un empereur Dragan peu connu, le petit-fils d’Efira, avait commandé aux Mages cet objet pour les réunions des dirigeants de Terra Nova lorsqu’ils viendraient régler les différends à Florissar plutôt que sur un champ de bataille. Malheureusement pour Trarès, son nom n'avait pas été retenu dans l’histoire comme conciliateur car aucune paix ne fut conclue pendant son règne. Faible de caractère et malgré de rares bonnes idées, il ne réussissait pas à s’imposer lors des quelques réunions qu’il organisait. Seul, le vase pouvait rappeler son nom dans l’histoire mais les gens l’appelaient communément l’Elyrium et le concepteur tomba dans l’oubli, tout comme l’œuvre qu’il avait vainement tenté de créer.

– Salut à vous, Prince Malok. J’espère que vos recherches ont été fructueuses et votre but atteint.

Kensong, l’Aïla Damal des Xenox, s’inclina devant lui, les deux mains jointes. Il arborait un sourire interrogatif, cherchant par cette remarque à connaître les résultats obtenus. Lleung et Janao se trouvaient avec lui et ils s’inclinèrent de nouveau. La peau du chef était d’une couleur plus foncée, virant au violet clair, tout comme celle de son conseiller, bien différente de celle du jeune successeur dont la couleur tendait plus vers un bleu soutenu. Au cours de ses différentes expéditions sur leur territoire, le Dragan fit le lien entre la teinte de la peau et l’âge et cela semblait être le seul moyen de différencier un jeune d’un vieux.

– Aila Damal, fit Malok avec une révérence, je dirais qu’une aventure s’est terminée et que mon Maître et moi sommes à l’aube d’un nouveau voyage. L’année écoulée nous a légué de nombreuses questions sans réponses. Une fois les réunions du Conseil de la Paix terminées, nous reprendrons la route et peut-être qu’une nouvelle fois, nous aurions besoin de votre hospitalité.

Le prince appréciait beaucoup la cité d’Orlox, malgré son climat froid et enneigé pendant une grande partie de l’année. Pour leur faire honneur, généralement il se forçait à porter leur tenue traditionnelle, qu’il trouvait bien trop légère pour supporter un tel climat. Chez les Xenox, rien dans l’habit ne différenciait le chef des autres membres de son peuple, tous portant la même.

– Ce sera avec plaisir. Pour l’instant, je préfère profiter de la vôtre. Je ne me lasserai jamais de votre palais, de la beauté de vos jardins et des paysages. Je sens dans ce lieu une énergie paisible et c’est très reposant, surtout pendant ces réunions. Ce n’est pas toujours le cas dans les autres châteaux et palais de mes confrères. À votre place, je ne quitterais pas cette sécurité et ce confort pendant presque toute l’année. Les routes peuvent être périlleuses.

– Il y a d’autres belles choses à voir et à découvrir sur Terra Nova. C’est un passe-temps dont je ne me lasse pas.

– Mais peut-être le faudra-t-il, répliqua Kensong en perdant son sourire. Votre esprit est ailleurs mais votre place est ici. Vous êtes l’héritier de l’empereur Padicha et ce sera à vous de continuer son œuvre. Votre père le prouve en vous faisant participer à ce Conseil.

Le prince prit un air grave. Bien qu’héritier du trône, il souhaitait avant tout continuer sa vie d’aventurier et il avait convaincu sa sœur de prendre sa place. Pour beaucoup de dirigeants, Malok semblait le choix le plus judicieux car il connaissait bien les différentes cultures de Terra Nova et paraissait plus à même de diriger les séances du Conseil. Pourtant, il n’en ressentait pas l’envie, il voulait continuer sa vie sur les routes avec son Maître et ne s’estimait pas à la hauteur de cette tâche que tous attendaient de lui. Il pouvait peut-être présider les réunions du Conseil de la Paix mais ne connaissait pas véritablement le fonctionnement de son empire, dont, jusqu’à présent, il ne se préoccupait pas. Son Maître ne le formait pas pour cela et il estimait qu’Andalys serait plus à même de succéder à son père. Quant à lui, il pensait aider sa sœur lors des réunions annuelles en prenant la place de conseiller et la guider au mieux pour maintenant la paix. Ce système lui paraissait bien plus efficace que sa propre accession à la dignité impériale. Pourtant, ce projet était menacé à présent compte-tenu de l’absence d’Andalys et de son père qui exigeait sa présence aux réunions.

– Je ne suis pas encore empereur.

– Pour l’instant mais peut-être le serez-vous plus tôt que prévu.

Le Xenox s’inclina de nouveau, imité par son conseiller et Janao, puis, tous trois s’éloignèrent sans laisser à Malok le temps de répondre. De toute façon, il ne pouvait pas infirmer ces propos. Son père commençait à se lasser de ces réunions et pouvait user de son privilège de donner le pouvoir à son héritier sans attendre sa mort. À son grand désarroi, Malok savait être en âge de gouverner. Il soupira, essayant de chasser cette idée de son esprit. Il voyait autour de lui les dirigeants présents, dont certains se lançaient des regards d’inimitié. L’animosité était palpable dans la pièce et il se demandait si cela se passait toujours ainsi. Il assistait pour la première fois à une réunion des dirigeants de Terra Nova et il comprenait qu’elle risquait d’être tumultueuse.

Des groupes se formaient mais certains dirigeants restaient isolés, à l’instar d’Imrahir, le roi des Hommes. Il portait une tunique bleu roi, des roses brodées avec du fil d’or étaient éparpillées sur le tissu, le symbole royal depuis des siècles. Pour cette race, ce blason représentait un cœur loyal face au danger. Ils l’avaient adopté depuis la fin de la grande guerre contre les Mages. La fleur montrait leur fragilité mais la rose possédait des épines, évoquant ainsi qu’elle pouvait faire

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