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L'Empire des Esclaves Couronnés

L'Empire des Esclaves Couronnés

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L'Empire des Esclaves Couronnés

Longueur:
356 pages
5 heures
Éditeur:
Sortie:
29 juin 2015
ISBN:
9781507884201
Format:
Livre

Description

Roukn al-Din Baybars naît en 1223. Il est capturé par des mongols et vendu à l’émir de la ville d’Alep. Adulte, il intègre la garde de l’émir avant d’intégrer la garde mamelouke du sultan As-Salih Ayyub au Caire.
Le sultan meurt. Son épouse assure la régence et épouse l’émir Aybak et le nomme sultan. Elle assassine Aybak avant de subir le même sort. Les émirs désignent alors Kutuz comme sultan.
En 1259, Hulegü, Khan mongol, conquiert toute la Syrie. La voie vers l’Egypte est libre. Le 3 septembre 1260, les deux armées s’affrontent. Kitbuga est tué et les mongols s’enfuient.
Le 22 octobre 1260, Baybars tue Kutuz. Les émirs présents proclament Baybars comme sultan.
Durant 17 ans, il affronte tous ses ennemis sans relâche pour asseoir sa puissance et crée l’Empire des Esclaves Couronnés.

Éditeur:
Sortie:
29 juin 2015
ISBN:
9781507884201
Format:
Livre

À propos de l'auteur

I am very interested by the History and the middle age.This is my first novel but I found this so fabulous story , and if misunderstood, I wanted to write the novel. It is inspired by a true story and it is because the characters are so human that I wanted to honor them.


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Aperçu du livre

L'Empire des Esclaves Couronnés - Henry Moa

EPILOGUE

Mort et héritage

Préface

Des Hiong-Nou aux Kiptchak

L’origine du peuple turc se trouve aux extrémités orientales du continent eurasiatique. Aux limites d’Asie, là où la forêt sibérienne s’étend, immense et infinie, naît une population sédentaire qui apprivoise les dures conditions de vie. Puis ce peuple sédentarisé, vivant de la cueillette et de la chasse, migre pour suivre le gibier. Ils parviennent dans la Taïga sibérienne, près du lac Baïkal, et deviennent éleveurs. Le climat étant plus tempéré, les conditions de vie s’améliorent et avec elle, la poussée démographique. Pour éviter le problème de surpopulation, que les ressources naturelles ne pouvaient nourrir, il fallait continuer à migrer. Certaines tribus partirent vers l’ouest et parvinrent dans la région de l’Altaï, aux steppes du lac Balkhach. Ils se feront appeler Kirghiz, mot turc qui signifie quarante tribus, et sera l’un des premiers peuples turcs à entrer en contact avec les deux Empires du Moyen-Orient, Byzance et la Perse. Les annales perses et chinoises les décrivaient comme des hommes blonds aux yeux bleus. D’autres préfèrent le sud et entrent en contact avec les Chinois, qui les nomment Hou, terme qui désigne les peuples barbares vivant au Nord et qui avaient pour habitude d’attaquer les cités de l’empire du Milieu avant de se retirer avec leur butin.

La première confédération nomade, de souche turque, sera celle des Hiong-Nou. Partie du pays d’Otüken, région située au sud du lac Baïkal, au troisième siècle avant J.C, elle entre en contact avec l’empire des Ts’in ; mot qui donnera Chine. Elle entre dans la région du Chan-si et s’installe aux confins de l’empire chinois. Ils parviendront à conquérir les steppes qui s’étendent jusqu’au lac Balkhach et la mer d’Aral. L’Empire Hiong-Nou atteint son apogée ; il est alors au seuil des grandes oasis du bassin du Tarim et de la Sogdiane. En l’an 51 avant J.C, une grave crise successorale éclate entre deux chefs de clan. La victoire de l’un d’eux, avec le soutien des Han, nouveaux maîtres de la Chine, pousse les vaincus vers l’Ouest. Les hordes turques se fondent avec les populations locales et forment la confédération des Huns. Mais la puissance des Hiong-Nou n’est plus. Ils finissent comme fédérés au service de l’empire chinois en bordure du Chan-si et du Kan-sou.

Au quatrième siècle, une tribu turque, les Tabghatch, devient un péril pour la Chine. Ils profitent de la place laissée vide par les Hiong-nou pour déferler dans le Chan-si. Ils menacent alors les Chinois et annexent les régions Nord de la Chine en 422. Ils se heurtent également à une tribu turque installée dans les steppes du nord de la Corée et dirigée par un Khan, les Jouan-jouan ; nom donné par les Chinois qui signifie « insecte grouillant ». Battus par les Tabghatch, ils quittent cette région et migrent jusqu’au massif montagneux de l’Altaï où ils soumettent les Huns Hephtalites, nommés également les Huns blancs.

La curiosité des turcs pour tout ce qui touche les choses religieuses amènera un des chefs Tabghatch à se convertir au bouddhisme qu’ils propageront dans cette partie de l’Asie. L’influence qu’ils subiront alors adoucira leurs mœurs et leurs vertus guerrières.

Car les vertus des peuples turcs, tout au long des siècles, découlent des armes et de leur art de la guerre. Après être sortis des forêts sibériennes, aux conditions de vie difficiles, et s’être nomadisés, la nature avare des steppes ne pouvant pas nourrir leur poussée démographique, il leur fallait continuer à migrer pour ne pas s’entretuer. Divisés alors en tribus de structure familiale, ils se regroupent en fédérations, avant de constituer des empires des steppes.

Vers 550, les restes des différentes tribus turques que les Chinois ont repoussé au-delà de leurs frontières, les Hiong-nou, les Jouan-jouan, les Tche-tche et les Tabghatch forment une fédération de neuf tribus qui se fait appeler Tokuz Oghuz. Pour ne pas avoir à combattre à nouveau les armées chinoises, cette fédération se déplace vers l’Europe orientale et les steppes de l’Aral, s’établissant dans le pays fertile des grandes oasis. Ils entrent en conflit avec les Huns Hephtalites qui contrôlent le bassin du Talas et la rive droite du Syr-Darya jusqu’à la mer d’Aral. Les Huns Hephtalites seront battus et soumis en 564 pour intégrer cette fédération qui constituera un empire, celle des T’ou-Kie, mot chinois, ou des Türük, mot perse, qui donnera le mot Turc, qui signifie « les forts ».

Les Türük établissent des relations diplomatiques avec leurs voisins iraniens, dont la frontière est fixée par le fleuve Amou-Daria. Istemi établi des contacts avec l’empereur de Byzance, Justinien II, ennemi héréditaire des perses Sassanides, qui cherche à trouver des alliés pour vaincre cet ennemi. Les Turcs soumettent les villes de Tachkent, de Samarkand et de Boukhara, étapes de la Route de la Soie. Les relations avec les Perses se tendent et, incités par les Byzantins, les Turcs attaquent l’Iran en 584 au Khorasan, tandis que les Byzantins attaquent à l’Ouest, en Syrie. Les Khazars, vassaux des turcs, attaquent, eux, au sud de la mer Caspienne. Mais la Perse sassanide est à son apogée et le conflit ne donne aucun résultat.

Les Khazars ont été officiellement reconnus en 626 lorsque le Basileus Héraclius engage un corps de mercenaires de quarante mille cavaliers pour attaquer la Perse sassanide. Ils étendent leur royaume sur une surface autour de la mer Caspienne, appelée « la mer des Khazars » et le Caucase au Nord de la mer Noire, entre les fleuves Don et Volga. Les conquérants musulmans ravageront leur capitale, Balandjar en 722, les contraignant à se réfugier au Nord du Caucase. Ils deviendront des ennemis héréditaires de l’islam qu’ils combattront sans cesse. En 731, ils lancent une grande contre-offensive qui les amène jusqu’en Irak où ils affrontent les forces du calife Haroun al-Rachid en 779. Ils finiront par embrasser le judaïsme que les dirigeants adopteront sans l’imposer à la population.

Malgré ce statut quo, rien ne semble arrêter l’expansionnisme turc. Les Türük règnent sur la Mongolie, le Turkestan russe et une partie du Turkestan chinois, l’Ouest de la mer Caspienne, le nord et l’Est de l’Afghanistan, le Nord de l’Inde, la Cachemire et le Gandhara. L’empire turc règne sur les steppes qui vont de la Mandchourie, à la Corée et jusqu’à la mer Noire. Mais l’Empire est trop vaste pour être bien dirigé. Un conflit entre deux princes de sang diminua la puissance de l’empire turc, bousculé par les armées chinoises. En 630, la Chine des T’ang, après avoir envahi la Mongolie, exerce un protectorat et installe des colonies à l’ouest dans le bassin du Tarim, en Sogdiane et au Ferghana. En 683, Tonyukuk, un seigneur Türük d’origine barbare, soulève les masses et repousse l’occupant chinois jusqu’à ses frontières. Des incursions sont faites en Sogdiane, à Boukhara. L’Empire semble renaître. Il tiendra jusqu’en 744 ; jusqu’à l’arrivée des conquérants musulmans.

L’expansion arabe en direction du nord les vit affronter les deux empires du Proche et du Moyen-Orient : l’empire byzantin et l’empire perse sassanide. Ces deux empires sont exsangues, usés par des années de conflit. Les armées arabes affrontent les Byzantins et les mettent en déroute le 20 août 636 à la bataille de Yarmuk. Les armées arabes entrent ensuite en Iran et combattent l’armée perse. Deux batailles décisives ont lieu : à Kadisiya en 637 et à Néhavent en 642. Ils progressent dans ce vaste pays, abandonné par son empereur et sa cour qui ont fui pour demander refuge à leurs voisins turcs.

La conquête de la Transoxiane par les armées musulmanes, entre 705 et 715, met alors en contact les forces arabes et les forces turques. Le flux des Arabes vers l’Est rencontre celui des Turcs qui se fait vers l’Ouest. Car si les nomades turcs continuent de regarder vers la Chine, leurs prunelles ont coulissé vers d’autres horizons, d’autres terres sur lesquelles il est plus facile de s’installer. Notamment depuis que les Türük ont montré le chemin. Cette rencontre ne donnera pas de véritables conflits car les deux forces ont des objectifs différents. Les soldats de Muhammad entament une conquête spirituelle, même si elle se fait à la force des cimeterres ; l’autre, ne cherche qu’à conquérir sans occuper les villes. Leur rencontre créera cette complicité de fait. L’Islam donnera une religion à ce peuple chamaniste, mais que les religions attirent ; les Turcs donneront leurs armées à l’Islam.

L’expansion musulmane atteint ses limites extrêmes. Dirigé par les califes Abbassides depuis Bagdad, il s’étend des Pyrénées à l’Indus. Ils décident de marquer une pause pour régler leurs problèmes intérieurs. L’Empire est au bord de l’éclatement. Mais les nouveaux maîtres, inconscients des dangers qui menacent, négligent le péril et perdent le goût de la guerre, plus soucieux de jouir de leurs richesses plutôt que d’en acquérir d’autres. Avec la dynastie Abbasside, l’Islam devient plus attractif qu’agressif. Ses richesses attirent la convoitise de leurs voisins qui adoptent alors une politique défensive. Pour se protéger de ces voisins à la réputation d’invincibilité, les Arabes s’appuient sur la barrière de fortifications établie par l’empire perse pour se protéger contre les peuples de Gog et de Magog. Ils savent qu’au-delà de cette barrière vivent des barbares sans Dieu, des Kafir. Mais cette frontière demeure perméable dans les deux sens.

Pour desserrer cette pression sur leurs frontières orientales, les Abbassides, aux prises avec les continuelles querelles entre Sunnites et Chiites, décident d’enrôler des mercenaires turcs dans leurs armées. Le double intérêt est de limiter le risque d’invasion et d’avoir des troupes dévouées. Des Turcs furent intégrés dans les rangs des armées musulmanes d’abord en petit nombre, quelques guerriers, puis par tribus entières. Leur accroissement inquiéta certains chefs militaires. Mais les musulmans, qui avaient perdu tout désir de se battre pour profiter des plaisirs des villes, ne trouvaient plus aucune gloire à mourir au combat.

Déjà, lorsque les Abbassides menèrent leur révolution qui mit fin au califat des Omeyyades, il y avait dans l’armée une grande majorité d’iraniens du Khorasan. Mais au fil des batailles, leur fidélité décrut jusqu’à devenir inexistante. En 820, les Tâhirides se rendaient indépendants et assuraient l’autonomie de l’Iran. Les Iraniens avaient décidé de ne plus mourir pour l’Islam. Les califes de Bagdad avaient donc besoin de guerriers. Ils les trouvèrent chez les Turcs. L’immigration turque, contenue depuis près de deux siècles, s’accrut à partir du 9ème siècle. Les mercenaires turcs étaient devenus omniprésents depuis les califes al-Mansur et al-Mu’tasim. Pour contrer cette menace, les maîtres de Bagdad décidèrent de former leurs propres armées turques en achetant de jeunes esclaves et en les formant dans des madrasas, les écoles coraniques, pour en faire de bons musulmans, et dans les écoles militaires pour en faire de grands guerriers.

Samarkand était le principal marché aux esclaves en Asie centrale. Des marchands furent envoyés pour en acheter en grand nombre. On leur donna un nom pour les différencier des autres esclaves africains. Ils furent appeler « Mamluk », « chose possédée » en arabe, car ces esclaves devaient ensuite assurer la protection du maître avec les moyens et les armes que celui-ci avait fournis.

Les mamelouks furent bientôt les rouages indispensables à la puissance de l’Etat. Au début de son règne le calife al-Mutasim en comptait quatre mille dans sa garde personnelle. Elle se montera à plus de sept mille quelques années plus tard. Ce nombre ne pouvait être sans causer des troubles. Le calife fit alors construire une nouvelle capitale, à quatre-vingt dix kilomètres de Bagdad, Samarra, où il s’enferma avec ses gardes en 840. Cet isolement engendra une période de troubles et de révolutions de palais qui portèrent au pouvoir al-Mutawakkil qui décida de gouverner sans vizir, confiant les responsabilités aux officiers turcs tout-puissants qui finirent par devenir les véritables maîtres, faisant et défaisant les califes. Cette période dura jusqu’en 892 où le nouveau calife al-Muwaffaq revint s’installer à Bagdad.

Le premier mamelouk à entrer dans l’histoire est Ahmad ibn Tulun, officier turc chargé de rétablir l’autorité du calife al-Mu’tazz en Egypte où des révoltes avaient éclaté. Acheté enfant au marché des esclaves de Boukhara en Asie centrale, il intégra l’école militaire de Bagdad où il fit une brillante carrière, gravissant les échelons au fil de l’épée. Gagnant la confiance des émirs, il se vit confier le commandement d’une armée et fut envoyé à al-Fustat, la capitale administrative d’Egypte. Il s’y installa, imposa son autorité et restaura le calme. Il profita de sa position et de la faiblesse des autorités de Bagdad pour se déclarer indépendant en 868, fondant la dynastie des Toulounides qui régna jusqu’en 905. Ahmad ibn Tulun réorganisa le pays et lui fit retrouver son rang et son prestige, perdus depuis l’époque des Ptolémées. Il créa une nouvelle capitale al-Qatai, le Caire, où il fit édifier une superbe mosquée, un des premiers chef-d’œuvre de l’art turc.

Chapitre 1

Les Mamelouks

Les premiers mamelouks engagés dans la garde personnelle du calife le furent au 9ème siècle. Ils étaient recrutés parmi les esclaves non musulmans vendus dans la grande ville de Samarcande. Ces enfants étaient capturés dans les steppes du Kiptchak, dans la région du Turkestan actuel qui correspond à la Géorgie, l’Est de l’Ukraine et la Russie méridionale. Ils étaient vendus par des marchands qui appartenaient à la fédération turque des Tatars. Les Otuz Tatar regroupaient trente tribus parties de leur région d’origine, située entre le fleuve Kerulen et le lac Baïkal et qui s’installèrent au nord de la mer d’Aral au début du 10ème siècle. Leur vaillance et leur cruauté étaient légendaires.

Les Khazars étaient également de grands pourvoyeurs d’esclaves. Leur capitale, Itil, bâtie sur la Basse Volga, est également un grand marché d’esclaves. Les marchands les acheminaient à travers le Caucase jusqu’à la ville de Derbent. De là, ils gagnaient par la route des steppes le Khwarezm et le delta de lu fleuve Amou Daria où se faisait l’entrée dans le monde musulman.

Les premiers turcs à s’installer dans les plaines de l’Est de la Crimée furent les Petchenègues. Ils arrivèrent de l’Oural et se heurtèrent aux Magyars qu’ils repoussèrent jusqu’au Danube. Ils occupèrent les plaines baignées par la mer Noire, du fleuve Don jusqu’à la Moldavie. Ils se tournèrent alors vers Byzance dont ils affrontèrent les armées à plusieurs reprises. Cet entêtement eut pour conséquence de les affaiblir et de ne pas voir arriver une coalition de tribus éparses, mais féroces et très agressifs, les Kiptchak, qui, sous les ordres du commandement bicéphale de deux chefs, Togortaki et Maniak, les bousculèrent et les forcèrent à migrer dans les Balkans.

Vers 850, les Kiptchak étaient établis à l’Est du bassin du Tarim. Ils commencèrent leur migration vers l’ouest au début du 11ème siècle. Après avoir battu les Petchenègues, ils s’installèrent au nord de la mer Noire vers 1064. Ils s’y établirent solidement et se divisèrent en fonction de leurs cultures. Certaines tribus étaient chrétiennes et d’autres juives. Mais la majorité d’entre elles étaient musulmanes. Certains restèrent nomades, menant des raids et pillant les villes de leurs voisins russes, dont la grande ville de Kiev en 1070. Les Russes les baptisèrent alors « Polovtse », les « fauves pales ». D’autres se sédentarisèrent et construisirent des villes, dont la plus importante était Bolghar. Ils créèrent aussi un port sur la côte de Crimée, Soudak. Ces agglomérations leur permirent de commercer avec les Khazars, les Bulgares, les Russes, en suivant le cours des fleuves, et avec Byzance et les peuples turcs de l’Anatolie par la mer Noire. Ces peuples les surnommèrent « Kuman » les « hommes jaunâtres ». Ils exportaient des produits variés comme de la fourrure, des peaux de bêtes tannées et des bonnets en laine, des armes et du miel. Mais la marchandise que l’on trouvait le plus dans leurs marchés était des esclaves.

Les mongols

Les Mongols partirent de Mandchourie et s’installèrent en Mongolie entre le 10ème et le 11ème siècle. Depuis un millénaire, les fédérations de tribus turques animaient les invasions successives, vagues après vagues, venues d’Extrême-Orient. Avec leur migration vers l’ouest, la région de l’Otüken, leur berceau originel, est encore habité par des nomades ; mais ceux-là sont mongols. Depuis près d’un siècle, les mongols essayaient d’asseoir leur suprématie sur les autres fédérations de tribus. Un nouvel empire des steppes était en gestation. Il ne lui manquait que l’étincelle pour déclencher l’incendie, que l’émergence d’un chef pour organiser le combat et lancer les hordes à l’assaut de leurs voisins. Quand Gengis Khan commença sa grande carrière, il combattit d’abord les Khitan et les Naï Mann, puis les Kereyit pour asseoir son pouvoir. Une fois ces tribus soumises, la conquête pouvait commencer. De gré ou de force, les vaincus s’amalgamèrent au vainqueur et vinrent compléter leurs forces. Aux côtés des clans mongols s’ajoutaient désormais des peuples turcs : les Kirghiz, les Ouighours, puis les Tatars. On comptait dans les unités combattantes, sept trucs pour un mongol. Cette force que personne n’avait vu venir allait fondre sur l’empire de Chine.

La puissance de l’armée mongole reposait sur la mobilité, l’endurance, la ruse, l’intendance, le renseignement et une discipline de fer. Les hordes mongoles n’étaient pas des hordes indisciplinées, chargeant à la bataille sans tactique. Sous l’apparence d’une charge de cavaliers chaotique, se cachait une machine implacable qui harcelait l’ennemi quand il reculait, et qui reculaient lorsque l’ennemi chargeait, attendant sa désorganisation pour organiser une contre-attaque. Le but était d’encercler les troupes ennemies sur trois côtés en leur laissant un côté ouvert pour pouvoir fuir.

La puissance des armées mongoles venait de leur arc composite à double courbe qui apportait une puissance et une précision leur donnant un avantage décisif sur leurs ennemis. Leur conception des armures était très différente des autres armées qui utilisaient des armures de fer, plates, ou des cottes de mailles, assemblage d’anneaux. Les cavaliers mongols portaient des armures en cuir laqué posées sur un tissu de soie qui protégeaient les bustes. Bien plus légères que celles en métal, elle leur donnait une plus grande possibilité de mouvements, une plus grande endurance et résistait aux armes de jet, grâce à un gilet de soie que les soldats portaient sous leur armure. Si une flèche pénétrait la chair, la soie, elle, résistait et accompagnait le projectile dans la plaie. La flèche pouvait alors être facilement retirée sans déchirer les tissus humains.

Leur tactique était aussi nouvelle. Lors des batailles, le commandement était centralisé par un commandant qui restait toujours en retrait pour observer le déroulement et ordonner retraites et contre-attaques. La cavalerie légère était toujours la première à charger, puis à se retirer pour laisser, ensuite, la cavalerie lourde, restée en réserve, mener la contre-offensive.

En 1218, ce fut un incident à la frontière de l’empire du Khwarezm qui poussa Gengis Khan, qui demandait réparation au Chah Muhammad sans l’obtenir, à concentrer son armée sur le fleuve Irtych. A l’été 1219, deux cent mille hommes vont déferler sur l’Asie centrale et tout dévaster durant cinq ans. L’Iran, le Khorasan et l’Afghanistan sont envahis. Samarkand, Bactres, Nerv, Nichapur et Boukhara, toutes ces magnifiques cités que les dirigeants turcs ont bâties ou embellies aux 11ème et 12ème siècles s’abattent sous les coups de mongols.

Le chah du Khwarezm préfère fuir. Il trouve refuge sur une île de la mer Caspienne. Décidé à le punir, Gengis Khan lance deux généraux, Djebe et Subotaï, à ses trousses avec vingt cinq milles hommes. Ils affrontent les géorgiens et rasent leur capitale, Hamadan, puis franchissent le Caucase où ils battent les peuples qui y vivent, les Alains, les Tcherkesses, et débarquent dans les steppes du Kiptchak. Le Khan des kiptchak, Kotian, qui connaissait les méthodes de guerre des mongols et aurait pu leur résister, cède à la panique et appelle les russes à son secours.

Les russes ne formaient pas un Etat. Ils étaient divisés en plusieurs cités, assujetties au tsar de Moscou après leur lutte pour abattre la suprématie de Kiev. Le tsar envoie une armée de quatre-vingt mille hommes, conduits par les princes de Galitch, de Kiev et de Smolensk qui se joint à l’armée Kiptckak pour repousser les hordes mongoles. Le 31 mai 1222, sur la rivière Kalka, l’indiscipline des princes russes, qui rivalisaient d’orgueil, conduit à la déroute. Ayant désormais le champ libre et une armée quasi intacte, les mongols ravagent les comptoirs commerciaux de Crimée qu’ils pillent avant de se retirer pour rejoindre leurs bases au nord de la mer Caspienne.

Gengis Khan mourut le 18 août 1227. Son empire fut divisé en quatre régions administratives car il avait eu quatre fils. Son fils aîné, Djötchi, héritier légitime, étant mort avant lui, ce fut donc son second fils, Ogödei, qui fut nommé grand Khan, après que les princes de sang aient cessé de se quereller. L’offensive à l’ouest pouvait reprendre.

Le clan Kiptchak

Roukn Baybars naquit au Kiptchak en 1223, dans une tribu sédentarisée. Les membres de sa tribu avaient laissé le nomadisme et la rigueur des vastes plaines du sud de la Russie où seul poussait un riche pâturage que les chevaux adoraient pour une vie d’éleveurs. Ils avaient lâché les tentes de feutre et la vie dans leurs chariots à grandes roues et avaient bâti des petites fermes, éparpillées dans la grandeur de la steppe, adossées aux quelques forêts qui bordaient les fleuves Don et Volga.

Le clan Kiptchak dans lequel vivait Baybars était établi près d’une forêt de deux hectares, au centre de laquelle coulait un ruisseau. Une dizaine de familles, soit une quarantaine de personnes composait ce clan qui vivait de l’élevage de chevaux, de bovins et de moutons.

Roukn avait 11 ans. Il était l’aîné d’une famille de quatre enfants. Leur foyer comptait sept personnes, le grand-père paternel vivant auprès d’eux. Il était grand pour son âge et avait fière allure, marchant à pas lent, le dos toujours droit, comme s’il défilait, sûr de lui et de sa bonne étoile. Il avait les cheveux blonds, de la couleur de ces épis de blé qui poussaient au fond des vallées. Ses yeux au regard bleu étaient d’une clarté comme seul le ciel affichait.

En tant qu’aîné, Roukn était chargé d’apprendre à ses frères et sœurs les tâches qu’ils remplissaient chaque jour. Il les emmenait avec lui, à tour de rôle, ramasser du bois mort dans la forêt, ou bien cueillir des champignons, des baies et des fruits sauvages. En plaine, c’était des herbes hautes qu’il fallait faucher et les ramener au grand-père qui fabriquaient des paniers que le père revendait ensuite au marché local.

Parfois, il apprenait à son frère cadet l’art de la chasse. Dans les bois, ils se postaient dans les fourrés et guettaient les oiseaux qu’ils transperçaient de leurs flèches lorsque ceux-ci se posaient sur des branches. Dans les plaines, ils marchaient des heures durant et lorsque des traces de lièvres ou de gazelles étaient repérées au creux des vallées, ils s’y postaient pour attendre leurs proies. Mais il était plus facile de chasser des proies à ailes que des proies à pattes. Roukn emmenait aussi sa sœur en forêt pour la cueillette des champignons, des baies et de tout ce qui pouvait remplir l’estomac.

Lorsque les hordes mongoles se lancèrent sur l’Europe orientale, les Tatars migrèrent vers l’ouest, poussant devant eux les autres peuples turcs qui y vivaient. Au fil des pillages des villages et des villes, les marchés aux esclaves, situés le long des fleuves Don et Volga, se remplissaient de jeunes enfants des deux sexes. Les trafiquants étaient aussi bien des turcs que des mongols ; et les acheteurs, des arabes ou des européens qui les achetaient pour fournir les cours des princes ou celles des émirs du Proche et du Moyen-Orient. Au 13ème siècle, les échanges devinrent si intenses qu’ils donnèrent lieu à des échanges diplomatiques entre les différents royaumes pour établir des relations commerciales.

Roukn, qui vivait au plus près de la nature, savait juger toute chose à l’aune du danger qui s’annonçait. Il avait remarqué que le gibier des plaines avait disparu et comme il avait aperçu à plusieurs reprises des groupes de cavaliers traversant les steppes, il en déduisit que ces hommes étaient des chasseurs qui avaient fait fuir tout le gibier. Prudent et préférant éviter toute mauvaise rencontre, il décida de ne chasser qu’en forêt.

Il avait beaucoup plu ces dernières semaines ; c’était une bonne chose pour les champignons. La cueillette devait leur permettre ainsi d’agrémenter leur repas durant l’hiver. Sa mère l’envoya en chercher, lui demandant d’emmener sa sœur avec lui. Ils prirent un panier chacun et se dirigèrent nonchalamment vers les bois. Ils entendirent des coups réguliers de hache et aperçurent au loin leur père en train de couper un arbre pendant qu’un de leur frère s’évertuait à couper les branches et à les défeuiller. Il fallait faire le plein de bois pour l’hiver.

Ils entrèrent dans la forêt et commencèrent la cueillette. La panier fut rapidement rempli. Ils en profitèrent pour traînasser.

« Pourquoi est-ce qu’on ne voit jamais d’ours dans la forêt ? demanda la petite sœur.

Parce que grand-père a tué le dernier, lui répondit-il. Tu n’as pas vu son collier sur lequel il y a des dents accrochées ?

Non, il ne me l’a jamais montré.

C’est vrai, tu es une fille. En tout cas, nous, on l’a vu. Et aussi souvent qu’il invoque les dieux pour les remercier de lui avoir permis de le tuer.

Regarde ces traces, on dirait des pas de loup, lui fit-elle remarquer.

Non, ce n’est pas des traces de loups, c’est une trace de cerf. Il n’y a pas de loup à cette période de l’année, ils ne traversent la forêt qu’en hiver. Il écarta les bras et lui fit signe de parler moins fort.

Pourquoi ils viennent qu’en hiver les loups ?

Parce qu’ils viennent gratter les racines des arbres pour en sortir des vers de terre pour les manger. Ses sens étaient en alerte. Un cerf, de quoi leur fournir de la viande pour plusieurs jours. Il ne pouvait rater cette occasion.

Je savais pas que les loups mangeaient des vers de terre.

Les loups mangent tout quand ils ont faim. Et quand ils ne trouvent rien, ils mangent leurs crottes.

Ah, c’est dégoûtant !

Oui, les loups sont dégoûtant… dit-il en scrutant les alentours, plus intéressé par ce qu’il espérait voir que par ce que sa sœur lui disait. Tu sais ce que tu vas faire, tu vas ramener les paniers à la maison. Moi, je vais voir si je peux attraper le cerf. Tu veux bien ?

D’accord, dit-elle en soupirant.

Allez, vas-y et ne fait pas trop de bruit s’il te plait.

La petite sœur s’exécuta et s’éloigna en regardant son frère qui fléchissait les jambes pour avancer discrètement, après avoir pris son arc en main dans lequel il avait enclenché une flèche. Roukn s’accroupit et se retourna ; il adressa un sourire à sa sœur et lui fit un geste de la tête. Il attendit qu’elle disparut de sa vue, se releva et, le dos courbé, se dirigea vers le ruisseau où, il en était persuadé, devait se trouver l’animal.

Il y arriva après de longues minutes, prenant le temps de la prudence. Le jeune cerf s’abreuvait et, entre deux lampées, relevait la tête pour s’assurer qu’aucun danger ne le menaçait. Roukn choisit la meilleure position et le meilleur angle ; il savait qu’il n’aurait droit qu’à une seule chance. Lorsque l’animal fut rassasié, il fit quelques pas de biais pour choisir son chemin. Ce fut

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