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Unity Walkyrie Mitford: la groupie d'Hitler

Unity Walkyrie Mitford: la groupie d'Hitler

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Unity Walkyrie Mitford: la groupie d'Hitler

Longueur:
352 pages
4 heures
Sortie:
Nov 30, 2015
ISBN:
9782322021079
Format:
Livre

Description

Unity Walkyrie Mitford fut l’intime d’Adolf Hitler entre 1935 et 1939. Conçue en 1914 à Swastika (Ontario), petite fille d’un lord anglais ami de Wagner, nièce de Winston Churchill, belle sœur d’Oswald Mosley, leader du Parti fasciste britannique, Unity se rêva garante de l’amitié entre les peuples anglais et allemands mais ne fut qu’un instrument de la propagande d’Hitler vers le futur Edouard VII. Sont historiques ses débauches avec des officiers SS, son vrai-faux suicide en 1939, sa bizarre fin de vie en Angleterre. La rivalité mortelle entre l'amiral Canaris et Reinhard Heydrich forme le nœud de l’intrigue romanesque. Chronique de la vie privée des hiérarques nazis, ce roman historique montre l’homme Hitler, dans sa complexité, dans sa duplicité et dans ses frustrations sexuelles dont la violence et la volonté inextinguible de pouvoir furent l’exutoire. Etrange destinée que celle de Unity Walkyrie Mitford qui, sincère dans son adulation nazie, ne connut que la fin pitoyable d’une groupie qui a raté sa sortie.
Sortie:
Nov 30, 2015
ISBN:
9782322021079
Format:
Livre

À propos de l'auteur

Christophe STENER, ancien élève de l'Ecole Nationale d'Administration, enseigne à l'Université Catholique de l'Ouest. Il a publié plusieurs ouvrages d'histoire de l'art étudiée en termes d'exégèse religieuse et politique : Le Livre d'Esther, une exégèse en images - Dreyfus, le Judas français - Iconographie antisémite de la vie de Judas Iscariot (4 tomes parus, 3 à paraitre)


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Aperçu du livre

Unity Walkyrie Mitford - Christophe Stener

A mes enfants,

Aurélia, Laetitia, Justine et Hadrien

Table des matières

Nécrologie de Unity Walkyrie Mitford

Journal de Unity Walkyrie Mitford

Rapports de Moshe Levy alias Erich Müller

Postface - Avertissement tardif au lecteur

Glossaire

Bibliographie

L’étrange destinée de Unity Walkyrie Mitford

Nécrologie

28 mai 1948

Autant le retour en Angleterre de Unity Valkyrie Mitford un matin boucailleux du 4 janvier 1940 avait fait la une des journaux et des actualités cinématographiques britanniques et internationales, autant son décès ce 28 mai 1948 est passé presque inaperçu même des tabloïds auxquels ses extravagances et ses amours supposées avec Hitler avaient assuré, en leur temps, de forts tirages.

«Bon débarras !» (Good riddance !) titraient les tabloïds britanniques en octobre 1939 quand on la croyait restée en Allemagne, traîtresse à son pays, la Grande-Bretagne entrée en guerre le 3 septembre à onze heures.

Jeune correspondant du Daily Mail à Berlin, j’avais couvert les années 1930-1939 et rencontré à plusieurs reprises Unity Valkyrie Mitford. J’avais même réussi à l’accompagner lors de son rapatriement sanitaire de Suisse vers l’Angleterre. Les entretiens que j’avais pu avoir avec Lady Redesdale, sa mère et quelques témoins clés de son ‘suicide’ furent repris dans un article à l’époque. Relisant mes notes détaillées, à l’occasion de la rédaction de cette nécrologie, mes interrogations d’alors sur les conditions réelles de ce ‘suicide’, peut-être subi ou aidé, sont encore plus avérées aujourd'hui à la lumière de sa fin de vie. Unity Valkyrie Mitford s’est-elle réellement suicidée ? J’en doute.

Désespérée de la déclaration de guerre entre son pays natal, la Grande-Bretagne, et son pays d’adoption, l’Allemagne nazie, Unity Valkyrie Mitford avait fui dans le suicide, l’échec de la mission qu’elle s’était assignée, Jeune d’Arc anglaise, prêtresse du culte hitlérien : aider Adolph Hitler à convaincre ses concitoyens que l’alliance entre les anglais, maîtres des mers, et les allemands, maîtres de l’Europe continentale, était naturelle entre deux races de seigneurs. Cette destinée la faisait entrer dans l’histoire, échapper enfin à l’ombre portée de sa sœur Diana, la reine de beauté dont elle ne fut trop longtemps qu’un faire-valoir, damer le pion à la trop brillante et caustique écrivaine Nancy, vivre elle aussi une vie romantique et passionnée comme sa sœur Jessica la passionaria de la guerre d’Espagne.

Rôle trop grand pour elle, elle ne fut, en vérité, qu’un pion dans le jeu diplomatique d’Hitler. Elle fut son agent, mieux son tambour tant elle fit de bruit (Hitler s’était lui-même décrit, dans les années de combat, avant son accession à la Chancellerie, comme le tambour du Volk allemand), auprès des milieux aristocratiques britanniques. Elle fut aussi sa détente, au sortir des meetings où il menaçait, pérorait, exultait, exaltait, excitait les foules et revenait épuisé. Hitler était flattée de l’adulation de cette aristocrate britannique, petite nièce de son plus résolu ennemi, Winston Churchill. Hitler aimait la compagnie des toutes jeunes filles, se laissant aimer, voir désirer, enfermé dans une relation platonique qui n’excluait pas les phantasmes mais laissait frustrées ses groupies. La femme, déclarait Hitler, est « une petite chose amusante… ». Unity Valkyrie Mitford amusait le Führer par ses réparties directes, sa naïveté; elle seule osait le contredire avec une assurance qui scandalisait sa cour. Elle comblait le petit bourgeois par son snobisme, lui servait de dérivatif. Il aimait ses bavardages, ses potins sur les petits secrets d'alcôve de la cour des Windsor, les faiblesses cachées des politiciens anglais.

Charmeur, gentil, d’une politesse désuète viennoise, Hitler pouvait aussi être jaloux, exclusif, possessif, jusqu’à la perversité poussant ses amoureuses à des déclarations d’amour en forme de suicides volontairement raté comme ceux d’Eva Braun, réussi comme celui de sa nièce Angela, dite, Geli Raubal. Geste de désespoir, le suicide, s’il s’agit bien d’un suicide de Unity Valkyrie Mitford, fut un geste d’adieu, l’expression d’un désarroi, l’espoir de le précéder dans le Walhalla comme il convient à « sa Walküre », comme l’appelait Hitler. Issue d’un amour univoque car Hitler n’aimait pas mais se laisser aimer, le suicide était une manière de se cacher l’échec d’une relation amoureuse, d’échapper à la frustration des sens par la sublimation du sacrifice, une manière de posséder enfin celui qui n’avait pas voulu vous prendre.

La beauté nordique de Unity Valkyrie Mitford, son grand père, traducteur du penseur raciste Houston Stewart Chamberlain et admirateur de Richard Wagner, le nom même de Walkyrie alors qu’elle avait été conçue dans une ville dénommée Swastika, tout cela sembla marqué du destin lors de leur premier tête à tête le 9 févier 1935 or Hitler était très superstitieux.

Unity savait qu’elle était une réclame dans la propagande nazie administrée par Joseph Goebbels mais cette renommée entrait dans son propre plan de communication : provoquer par ses déclarations antisémites et pro nazies le scandale pour s’assurer le maximum de couverture médiatique, pour se rendre indispensable face au dédain jaloux de ce fat de von Ribbentrop et au mépris poli d’Henderson, l’ambassadeur d’Angleterre.

Mais ce que Unity Valkyrie Mitford ignora toujours c’est qu’elle fut la pièce maîtresse d’un complot monté par l’amiral Canaris, chef de l’Abwehr, service de contre espionnage militaire allemand, pour compromettre Reinhard Heydrich, fondateur du Sicherheitsdienst (SD) chargé du contre-espionnage politique de la SS, l’adjoint direct de Heinrich Himmler, le Reichsführer SS. La proximité, l’intimité de Unity avec Hitler en fit un enjeu dans la lutte féroce qui opposait Canaris et Heydrich.

La révélation du stratagème de Canaris me fut connue à l’occasion de mon enquête pour la rédaction de cette nécrologie. Je n’imaginais pas que la relecture de mes notes de 1939 et les quelques rares témoins des dernières années de Unity Valkyrie Mitford, que je pus questionner en Ecosse, allaient me conduire en Israël pour rencontrer le fils de Moshe Levy, le mystérieux Erich, garde du corps et photographe attitré de Unity Valkyrie Mitford. Moshe Levy alias Erich Müller fut infiltré dans le SD par Canaris pour organiser un montage autour de Unity Valkyrie Mitford. Le SD en fit espion au sein du service de presse internationale et des relations avec les VIP invités par le parti NDSAP, service dirigé par Ernst Hangstaengl, contribuant, sans le savoir, au stratagème de Canaris.

Ruben Levy conservait la copie des rapports secrets remis par son père à Canaris et de ceux ‘officiels’ transmis à Reinhard Heydrich et à Ernst Hanfstaengl, le chef du service de la presse internationale. Plus stupéfiant, il détenait l’original du journal Unity Valkyrie Mitford qu’on croyait perdu. Ce journal montre une Unity Valkyrie Mitford, jeune aristocrate dédaignée par les siens, se cherchant une cause, s’entichant d’Hitler et se rêvant un rôle historique. Enthousiasme et exaltation, en 1933, lors de sa découverte de la vitrine du 3e Reich à l’usage des invités des média étrangers qu’était le congrès du parti NSADP à Nuremberg, coup de foudre pour Hitler, séjour linguistique à Munich et, enfin, rencontre en février 1935 d’Hitler puis intimité avec lui. Unity Valkyrie Mitford rencontra entre 1935 et 1939 plus d’une centaine de fois le Führer. Nombre de dignitaires nazis désespéraient d’obtenir même un bref rendez-vous de travail avec lui tandis qu’Hitler trouvait, même pendant les crises internationales (remilitarisation de la Ruhr, crise des Sudètes, Anschluss…), le temps de papoter des heures durant autour d’un thé avec Unity Valkyrie Mitford, au désespoir de ses collaborateurs directs.

Le journal de Unity Valkyrie Mitford ne scelle pas ses amours avec les Storms (le surnom qu’elle donna aux officiers de la garde prétorienne du Führer, par anglicisation du mot Sturm du grade SS. Sans décrire ses débauches avec ses chers « Storms », son journal narre comment elle ‘coucha’ avec les jeunes SS de la garde rapprochée du Führer pour faciliter son accès au grand homme, un peu comme une groupie couche avec le régisseur dans l’espoir de rencontrer un chanteur. Ce récit constitue également un témoignage étonnant sur la vie privée de quelques dignitaires, en particulier les époux Goebbels. Surtout, il présente l’Hitler privé, un Hitler encore dans un rôle, probablement jamais sincère, mais livrant quelques clés de sa personnalité et des perversions privées de l’ascète public.

Je livre ici le résultat de mon enquête sur les dernières années de Unity Valkyrie Mitford depuis son retour le 4 janvier 1940 en Angleterre jusqu’à son décès le 28 mai 1948. Mon investigation laisse plus de questions ouvertes qu’elle n’apporte de réponses. Le journal de Unity ainsi que les rapports d’Erich Müller/Moshe Levy sont comme un jeu de glaces de la ‘double vie’ de Unity, ils créent des reflets qui égarent plus qu’ils ne révèlent.

La question centrale de mon investigation est : Unity Valkyrie Mitford s’est-elle vraiment suicidée ?

D’autres interrogations restent sans réponse certaine :

- pourquoi Unity Valkyrie Mitford fut-elle protégée de la vindicte populaire et échappa à toute sanction pour ses engagements nationaux-socialistes tandis que sa sœur Diana, infiniment moins compromise, fut internée sans jugement pendant la guerre comme son époux le leader fasciste Oswald Mosley ?

- que croire de la rumeur d’un enfant dont Unity Valkyrie Mitford aurait accouché à son retour d’Allemagne et de la théorie qu’il puisse s’agir de l’enfant d’Hitler ?

- Unity a-t-elle imaginé fuir en Allemagne avec son amant John Andrews le pilote de la RAF, faisant en sens inverse l’incroyable périple de Rudolph Hess ?

- quelle fut la vraie cause du décès de Unity ?

Les conditions de son ‘suicide’ sont étranges. Nous ne disposons pas de sources certaines, de témoins vraiment dignes de foi. L’histoire a été réécrite tant par les nazis que par sa famille. Le rapport d’Erich Müller suggère un suicide raté, organisé par les nazis, mais il ne prouve rien et peut être une ultime manipulation.

La version officielle soutenue par les nazis et reprise par la famille Mitford est que Unity Valkyrie Mitford s’est tirée une balle de petit calibre dans la tempe droite, la balle restant fichée dans le crane sans provoquer de lésions mortelles. Les séquelles furent, après une aphasie temporaire, une perte d’équilibre, et durablement, une diminution notable des capacités intellectuelles de Unity et son incontinence. Les médecins allemands auraient décidé de ne pas retirer la balle, suivis en cela par les médecins suisses et enfin par le professeur Cairns éminent spécialiste britannique.

Unity Valkyrie Mitford aurait donc survécu presque dix ans avec une balle dans le cerveau sans autre troubles qu’une débilité relative. La blessure provoquée par une balle dans la tête n’aurait provoqué en 1939 aucune septicémie mortelle mais ce serait un réveil de cette ‘vieille blessure’, sous forme d’une méningite à pneumocoques foudroyante, qui aurait emporté Unity en 1948.

Tout cela n’est, selon moi, guère crédible.

La balle fracturant le crane et entrant dans le cerveau aurait du provoquer une septicémie fatale à la victime. Rappelons les conditions du décès de Reinhard Heydrich qui mourut quelques jours après l’attentat perpétré à Prague par deux résistants, l’un tchèque, l’autre slovaque, de l’infection provoquée par la présence de quelques poils du fauteuil de sa voiture projetés dans son abdomen par l’explosion d’une grenade. Les allemands ne disposaient en effet alors pas de la pénicilline, découverte anglaise réservée à l’usage militaire et secret bien gardé.

Les termes même du médecin allemand ayant examiné la radio sont particulièrement ambigus : «elle était inconsciente mais pas si gravement blessée. Quelques jours après, elle revint à elle et nous prîmes une radio qui montrait que la balle était à l’arrière du crâne, étant venue à travers la tempe gauche mais ne la pénétrant pas» (sic). Sa face était gonflée par la blessure. On la garda en salle d’opérations pour des soins mineurs mais non pour extraire la balle ce qui n’aurait pas été possible.»

Le communiqué du professeur Cairns, un des meilleurs neurochirurgiens britanniques qui l’examina à son retour en Angleterre, quatre mois plus tard, est également remarquablement sibyllin : « Son état général est bon et la blessure dont elle a souffert en Allemagne en septembre, habillement soigné en Allemagne, a cicatrisé de manière normale et satisfaisante. Après consultation, il a été décidé qu’aucune opération n’était ni recommandé ni souhaitable ».

La faculté était unanime : mieux valait laisser Unity survivre avec une balle fichée à l’arrière du crâne ! Il est plus que troublant qu’aucun dossier médical en particulier aucune radio n’ait jamais été produite.

Que les médecins allemands aient conservé leur dossier de par devers eux est crédible car nous nous nous situons dans les premiers jours de la déclaration de guerre de l’Angleterre à l’Allemagne, mais que le dossier médical suisse ait disparu ainsi que toute trace du dossier médical anglais de Unity Valkyrie Mitford tant lors de son examen à son arrivée en Angleterre que lors du permis d’inhumer alimente l’hypothèse d’un mensonge organisé.

Survivre dix ans avec une balle dans le cerveau aurait mérité une publication dans les annales médicales britanniques tant le cas est exceptionnel. Il existe des cas documentés de personnes ayant survécu à une perforation du cerveau par une barre de mine (...) ou à une balle ayant traversé le crâne mais en étant ressorti mais un seul cas d’un russe ayant vécu au XIXe siècle avec une balle dans le crâne est connu mais peu documenté.

Tentons de rassembler les éléments et de formuler des hypothèses.

Si Unity Valkyrie Mitford s’est servi de son pistolet, il s’agissait d’une balle de petit calibre. Nous disposons en effet de plusieurs témoignages attestant que Unity Valkyrie Mitford disposait d’un petit pistolet qu’elle prétendait lui avoir été offert par Hitler, tandis que d’autres sources déclarent qu’elle l’avait acheté en Belgique. Tous les témoins s’accordent sur ce que le pistolet était de petite taille, parfois décrit avec une crosse décorée de perles. Certains parlent d’un pistolet de dame, voire du prostitué comme ceux que ces dames gardaient dans leur réticule pour se protéger des michés dangereux. S’il s’agissait d’un pistolet offert par Hitler, ce qui n’est pas une hypothèse non crédible car Hitler offrit à Unity, outre un grand portrait dédicacé qu’elle emportait partout avec elle, un poignard et un appareil photo, il s’agissait probablement d’un Walther de calibre 6.5, version de salon du Walther PPK, l’arme des officiers allemands comme celle dont disposait le Führer et avec lequel il se serait suicidé.

On peut alors raisonnablement imaginer qu’une balle de si petit calibre ait été détournée par le crane de Unity si l’angle de tir n’était pas perpendiculaire à la tempe. Le choc de la balle aurait provoqué l’évanouissement de Unity Valkyrie Mitford et les troubles temporaires décrits par les médecins allemands : perte d’équilibre, aphasie… La blessure au cuir chevelu aurait pu cicatriser entre le 4 septembre 1939 et le 3 janvier 1940, date de son rapatriement ce qui expliquerait qu’aucune blessure apparente n’apparaisse sur les images filmées du retour de Unity Valkyrie Mitford dont on voit clairement la chevelure longue, soigneusement coiffée et sans aucune trace de blessure.

L’absence de toute perte de cheveux et de tout bandage atteste suffisamment que si blessure au cuir chevelu, il y ait eu, elle devait être bien superficielle et que les médecins n’avaient pas eu besoin de raser les cheveux sur la tempe pour dégager un champ opératoire. Ce qui est cohérent avec les déclarations du professeur allemand Magnus.

L’absence même de toute blessure à la tête ne doit donc pas être écartée.

Conservons un instant l’hypothèse d’une balle effleurant le crane sans y pénétrer. Comment peut-on se rater ? On peut tout d’abord imaginer que la main de Unity ait tremblé. On peut aussi imaginer qu’elle ait voulu mettre en scène un ratage volontaire pour exprimer son désespoir de devoir quitter l’Allemagne et son grand homme. Hitler lui avait en effet, sinon ordonné, du moins vivement recommandé de quitter l’Allemagne, alors que toute la communauté britannique avait déjà quitté le pays. Hitler était pris par la campagne de Pologne et n’avait plus le temps de papoter autour d’un thé avec Unity. Elle était seule, désespérée de devoir quitter la scène, perdant ce rôle d’égérie de l’homme le plus puissant du monde, Hitler. Son grand homme l’avait abandonné, elle s’en rendait compte car, même si Hitler ne renonçait pas encore à l’espoir d’une paix séparée entre l’Allemagne et l’Angleterre, sur un marché donnant/donnant après l'écrasement de la Pologne, Unity n’avait plus d’utilité dans sa manœuvre de séduction des milieux aristocratiques britanniques ou pour passer des messages à son oncle Winston Churchill. Unity se serait alors inspirée de l’exemple de Eva Braun qui, se sentant négligée par Hitler, avait recouru au subterfuge d’une balle tirée dans la nuque mais si volontairement maladroitement qu’elle appela le médecin elle-même et en fut récompensée par un bouquet de fleurs du Führer et son établissement comme maîtresse de maison à Berchtesgaden. Maîtresse de maison, plus que maîtresse tout court car il semble prouvé qu’elle n’eut jamais de relation charnelle avec « Wolfie ».

Il existe une autre théorie qui est celle du meurtre commis par les services nazis pour se débarrasser de Unity. Cette théorie fit florès dans la presse de l’époque notamment française. Tuer une amie proche du Führer représentait certes un risque majeur pour l’assassin mais quelques détails troublants contribuent à cette théorie. Une voiture de l’armée de l’air fut aperçue, quelques instants après le suicide, quittant précipitamment l’English Garten, où Unity gisait sur un banc, apparemment morte. Pourquoi la police prévenue par un témoin, un professeur se promenant avec sa fille, leur intima le secret absolu ? Pourquoi le suicide fit-il l’objet d’un embargo total pendant plusieurs semaines, laissant la famille sans nouvelles ? Pourquoi l’accident fut-il déclaré Secret d’Etat (Geheime Reichessache) alors qu’il ne s’agissait que d’un fait divers heureusement sans gravité puisque l’intéressée avait survécu ? Pourquoi Goebbels lança-t-il une rumeur via la Suède sur une prétendue morte de Unity dans une prison anglaise ? Volonté de couvrir un ‘plantage’ des sicaires nazis chargés de tuer Unity, opportunisme de faire de Unity la victime expiatoire du refus de l’Angleterre d’accepter la main tendue d’Hitler ?

L’opposition au régime fit courir aussi le bruit qu’elle aurait été tuée sur l’ordre d’Hitler. Cette version n’est pas crédible. Hitler fut, de sources certaines, affligé de la nouvelle de la tentative de suicide de Unity. Il trouva, aux heures les plus décisives des premiers jours de la seconde guerre mondiale, le temps de s’assurer qu’elle était dans les mains du meilleur spécialiste de Munich, de prendre en charge financièrement les frais médicaux, de visiter Unity sur son lit d'hôpital à deux reprises, et de lui proposer soit de rester en Allemagne, sous sa protection, soit de rentrer en Angleterre. A sa demande, il organisa son rapatriement par train médicalisé assurant, en temps de guerre, un droit de survol à l’avion anglais emmenant Lady Redesdale et sa fille Deborah pour aller la chercher à Berne.

Aucun témoignage digne de foi dans les biographies de Unity Valkyrie Mitford ne permet de trancher le mystère des circonstances exactes de son ‘suicide’.

Guy Liddel, le numéro deux du MI5, le contre-espionnage intérieur britannique, publia des mémoires où il témoigne de sa rancœur de ne pas avoir été autorisé à interroger Unity Valkyrie Mitford à son retour et n’avoir jamais été convaincu de la réalité du suicide de Unity Valkyrie Mitford.

Très surprenamment, aucun témoignage ne fait état d’un suivi médical de Unity. La famille cache Unity mais celle-ci ne subit aucun examen même de routine pendant les huit ans de sa fin de vie. Tout le monde considère comme normal de vivre avec une balle fichée dans le crâne.

On peut dès lors imaginer tout aussi bien une manœuvre d’exfiltration de Unity organisée par Hitler, montant le faux suicide, pour présenter celle-ci comme une victime expiatoire des politiciens britanniques bellicistes, tout en la protégeant de la curiosité excessive des autorités anglaises. En septembre 1939, Hitler était confiant sur un écrasement rapide de la Pologne espérant encore une paix des braves avec les démocraties anglaises et françaises dont il avait mesuré l’ampleur des renoncements dans les crises précédentes en Autriche et en Tchécoslovaquie. La paix revenue, Unity serait revenue en héroïne en Allemagne.

Fiction ? Probablement, mais la désinformation lancée par Goebbels selon laquelle Unity avait été assassinée par des agents anglais semble bien participer d’un tel montage et Goebbels était tout sauf un amateur en termes de mensonge. Songeons un instant au pseudo martyr du SA Horst Wessel dont fut tiré le chant nazi officiel du régime. Les vers de mirliton mis en musique sont bien de Horst Wessel, détournés d’un chant communiste, mais Horst Wessel fut tué en 1930, non pas dans une bagarre avec les communistes, mais, petit souteneur, dans une rixe pour une fille. Goebbels en fit un martyr du NSDAP. On pourrait aussi beaucoup écrire sur la mythification du Putsch de 1923 qui vit Hitler, s’enfuir au lieu d’affronter le feu des policiers et se faire surprendre dans l’armoire de l’appartement d’Hanfstaengl où il s’était réfugié. Mais laissons là ces digressions.

On trouvera dans un ultime rapport de Moshe Levy/Erich Müller la clé de ce mystère. Je renvoie donc le lecteur à cette lecture.

Les parents Mitford furent laissés sans nouvelles de leur fille pendant plusieurs semaines. L’ambassade américaine en charge des affaires britanniques depuis l’entrée en guerre ne pouvait être de grand secours. Unity Valkyrie Mitford avait disparue alimentant les théories les plus diverses de la presse à scandale. Ce n’est que le 2 octobre qu’ils reçurent des nouvelles transmises par Teddy von Almasy, le frère de Janos, dont on découvrira le rôle morbide sur la psyché de Unity en lisant le journal de Unity et sa part dans sa fin en lisant les rapports d’Erich.

Ce n’est pourtant qu’après la seconde visite d’Hitler à Unity Valkyrie Mitford, le 10 octobre, quand elle lui aurait demandé à être rapatriée, que les services du Reich prirent contact avec l’Ambassade des Etats-Unis pour les informer de l’état de santé de la patiente et de l’adresse de la clinique et prévenir officiellement la famille Mitford. Unity Valkyrie Mitford aura donc été pendant plus d’un mois l’objet d’un ‘Reichsgeheime’ (secret d’Etat) et d’un total embargo médiatique allemand. Goebbels a toujours su, tactiquement, être patient.

Un curieux Comte Orloff, russe blanc émigré, fera le scoop dans le Sunday Dispatch, le 5 novembre, rompant l’embargo imposé par Goebbels, sur la tentative de suicide de Unity. La presse anglaise se livrera dès lors à moult spéculations sur les conditions du suicide et le rôle supposé d’Hitler.

Le retour annoncé de Unity devint dès lors un événement médiatique national.

Janos Almasy obtiendra de pouvoir accompagner Unity dans son évacuation sanitaire de Munich à Berne dans la clinique du professeur Mati. Peut-être espérait-il s’exiler en Suisse ? Il finira massacré avec sa femme par les soldats communistes en 1945. Incidemment, rappelons la vie aventureuse de son autre frère le fameux László Almásy, le très célèbre aviateur hongrois explorateur du Sahara, homosexuel et membre de l’Abwehr… Une famille d’originaux et de snobs comme les Mitford.

Le coût du rapatriement fit scandale dans la presse populaire britannique. Le wagon médicalisé affrété par Lord Redesdale entre Berne et Calais représentait plusieurs mois de salaire d’un ouvrier. Ce traitement de princesse pour une aristocrate honnie comme la fiancée d’Hitler choqua le peuple britannique. Quelques mois auparavant, Lord Redesdale avait du encore assurer, par voie de communiqué de presse, qu’ « aucun mariage entre Herr Hitler et sa fille n’était envisagé», contribuant à enfler la rumeur.

La protection policière, interdisant l’accès du port de Folkestone, à la foule des badauds et des journalistes, venus assister au retour de la Walkyrie d’Hitler, provoqua des manifestations hostiles.

Lord Redesdale avait en effet fait jouer ses relations et, en particulier, sollicité Oliver Stanley, le Secrétaire d’Etat à la défense, son parent, pour assurer ce ‘lock out’ du port. Stanley sera vivement pris à parti à la Chambre des communes et se défendra piteusement en invoquant l’état de guerre pour justifier les mesures de protection exceptionnelles.

Les images filmées des actualités cinématographiques de l’époque montrent Lord Redesdale, très élégant dans son trench coat et chapeau mou, ses moustaches viriles d’ancien soldat au vent, passant d’un air pressé des appels téléphoniques pour organiser au mieux l’arrivée de sa fille. Le vent de la Manche souffle mais la journée est claire, il ne pleut pas.

On voit ensuite très bien, sur ces images, Unity Valkyrie Mitford allongée sur un brancard porté par deux marins; couverte d’un riche plaid écossais, appuyée sur le coude pour regarder en catimini la foule, elle se couvre par intermittence le visage d’un coin du plaid, mais le regard lucide, l’œil curieux, dur, hostile à cette foule rassemblée d’une jeune femme impeccablement coiffée, ne montrant aucun signe d’épuisement, frappe le spectateur.

Le nationalisme anglais fut exacerbé

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