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Le fétichisme dans l'amour
Le fétichisme dans l'amour
Le fétichisme dans l'amour
Livre électronique78 pages1 heure

Le fétichisme dans l'amour

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À propos de ce livre électronique

« Tout le monde est plus ou moins fétichiste en amour ; il y a une dose constante de fétichisme dans l’amour le plus régulier ». Précurseur d’une psychologie individuelle de la sexualité, Alfred Binet montre à l'aide d'exemples qu'il détaille que le fétichisme est une déviance dont la présence chez le commun des mortels est relativement répandue.
LangueFrançais
ÉditeurFV Éditions
Date de sortie8 déc. 2015
ISBN9782366688870
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    Le fétichisme dans l'amour - Alfred Binet

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    copyright

    Copyright © 2014 par FV Éditions

    Photographie utilisée pour la couverture : Lulek41@pixabay.com

    ISBN 978-2-36668-887-0

    Tous Droits Réservés

    LE FÉTICHISME DANS L’AMOUR

    ALFRED BINET

    1857-1911

    *

    « Tout le monde est plus ou moins fétichiste en amour ;

    il y a une dose constante de fétichisme dans l’amour le plus régulier »

    Alfred Binet

    Dans la continuité de Charcot dont il approfondie et renouvelle les analyses sur le fétichisme, Alfred Binet apporte un regard alors novateur sur les origines du phénomène. Il est d’ailleurs le premier à transposer ce terme dans le domaine sexuel¹.

    Précurseur d’une psychologie individuelle de la sexualité dont on retrouve les traces ultérieurement chez Freud comme dans les travaux les plus récents sur le sujet, Binet marque surtout sa distinction avec ses prédécesseurs en abordant le fétichisme non seulement comme une pathologie, mais plutôt comme une déviance dont la présence chez le commun des mortels est en définitive relativement répandue. Binet apporte ainsi un regard neuf en considérant que la différence entre l’amour normal et le fétichisme est liée à une exagération du désir portés sur certains aspects spécifiques - une partie du corps par exemple - qui ne doit être considérée comme une perversion que dans les cas les plus extrêmes, la frontière entre le normal et le pathologique devenant ici plus subtile : « Il n’y a point de fétichisme dont on ne retrouve la forme atténuée dans la vie régulière. Tous les amants sont épris de beauté des yeux de leur maîtresse, comme le malade de M. Ball. (...) Le fétichisme ne se distingue donc de l’amour normal que par le degré : on peut dire qu’il est en germe dans l’amour normal » (A.B).

    FVE

    Introduction

    Le fétichisme, ce que M. Max Müller appelle dédaigneusement le « culte des brimborions », a joué dans le développement des religions un rôle capital. Quand même il serait vrai, comme on l’a prétendu dernièrement, que les religions n’ont pas commencé par le fétichisme, il est certain que toutes le côtoient, et quelques-unes y aboutissent. La grande querelle des images, qui a été agitée dès les premiers siècles de l’ère chrétienne, qui a passé à l’état aigu à l’époque de la réforme religieuse, et qui a produit non seulement des discussions et des écrits, mais des guerres et des massacres, prouve assez la généralité et la force de notre tendance à confondre la divinité avec le signe matériel et palpable qui la représente. Le fétichisme ne tient pas une moindre place dans l’amour : les faits réunis dans cette étude vont le montrer.

    Le fétichisme religieux consiste dans l’adoration d’un objet matériel auquel le fétichiste attribue un pouvoir mystérieux : c’est ce qu’indique l’étymologie du mot fétiche : il dérive du portugais fetisso, qui signifie chose enchantée, chose fée, comme l’on disait en vieux français² ; fetisso provient lui-même de fatum, destin. Pris au figuré, le fétichisme a un sens un peu différent. On désigne généralement par ce mot une adoration aveugle pour les défauts et les caprices d’une personne. Telle pourrait être, à la rigueur, la définition du fétichisme amoureux. Mais cette définition est superficielle et banale : elle ne peut nous suffire. Pour la préciser un peu, nous nous bornerons à mettre sous les yeux du lecteur certains faits qui peuvent être considérés comme la forme pathologique, c’est-à-dire exagérée, du fétichisme de l’amour.

    MM. Charcot et Magnan ont publié les meilleures observations de fétichisme, et notre étude ne sera qu’un commentaire de ces observations, auxquelles nous en avons joint de nouvelles ; elles sont relatives à des dégénérés qui éprouvent une excitation génitale intense pendant la contemplation de certains objets inanimés qui laissent complètement indifférent un individu normal. Ces perversions sont assez répandues, car on en trouve la mention et parfois même l’analyse assez bien faite dans quelques romans contemporains.

    L’objet de l’obsession est particulier et toujours le même pour chaque sujet. Nous en donnerons ces quelques exemples, qui paraissent bizarres à première vue : un bonnet de nuit, - les clous de souliers de femmes, - les tabliers blancs.

    Le terme de fétichisme convient assez bien, ce nous semble, à ce genre de perversion sexuelle. L’adoration de ces malades pour des objets inertes comme des bonnets de nuit ou des clous de bottines ressemble de tous points à l’adoration du sauvage ou du nègre pour des arêtes de poissons ou pour des cailloux brillants, sauf cette différence fondamentale que, dans le culte de nos malades, l’adoration religieuse est remplacée par un appétit sexuel.

    On pourrait croire que les observations précédentes, que nous avons résumées d’un mot, et sur lesquelles nous aurons à revenir, sont des monstruosités psychologiques ; il n’en est rien ; ces faits existent en germe dans la vie normale : pour les y trouver, il suffit de les chercher ; après une étude attentive, on est même étonné de la place qu’ils y occupent.

    Seulement, dans ces cas nouveaux, l’attrait sexuel prend pour point de mire non un objet inanimé, mais un corps animé ; le puis souvent, c’est une fraction d’une personne vivante, comme un œil de femme, une boucle de cheveux, un parfum, une bouche aux lèvres rouges ; peu importe l’objet de la perversion ; le fait capital, c’est la perversion elle-même, c’est le penchant que les sujets éprouvent pour des objets qui sont incapables de satisfaire normalement leurs besoins génitaux. Aussi tous ces faits appartiennent-ils à un même groupe naturel : ils offrent en commun ce caractère bien curieux de consister dans un appétit sexuel qui présente une insertion vicieuse, c’est-à-dire qui s’applique à des objets auxquels normalement il ne s’applique pas.

    Il convient d’ailleurs d’ajouter que tout le monde est plus ou moins fétichiste en amour : il y a une dose constante de fétichisme dans l’amour le plus régulier. En d’autres termes, il existe un grand et un petit fétichisme, à l’instar de la grande et de la petite hystérie, et c’est même là ce qui donne à

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