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Quête Spirituelle TOME II

Quête Spirituelle TOME II

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Quête Spirituelle TOME II

évaluations:
4.5/5 (2 évaluations)
Longueur:
764 pages
14 heures
Éditeur:
Sortie:
Apr 27, 2017
ISBN:
9788416717590
Format:
Livre

Description

Voyager au sein des sociétés initiatiques à travers les civilisations et les époques est ce à quoi invitent les deux auteurs de cet ouvrage. Ceux-ci ont été à la rencontre d'un nombre certain d'initiés appartenant à des pays qui, s'il sont culturellement bien distincts, n'en ont pas moins bien des traits en commun quand les sociétés initiatiques des uns n'ont pas engendré directement celles des autres. Le premier volume est une approche historique. Il indique de quelle manière le monde ésotérique s'est développé. Le second volume parlera peut-être plus à ceux qui ont déjà quelque expérience en cet univers, étant essentiellement centré sur les enseignements proposés. L'ensemble forme donc une approche chrono-thématique. Les deux auteurs ont pris le parti de rester clairs dans leur expression et de ne pas favoriser telle ou telle hypothèse lorsque des querelles d'experts sont toujours d'actualité. Si le bonheur est le chemin, il est souhaité à tous ceux qui liront les lignes des deux tomes de ressentir un bien-être.
Éditeur:
Sortie:
Apr 27, 2017
ISBN:
9788416717590
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Livre

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Aperçu du livre

Quête Spirituelle TOME II - Josselyne Chourry

RELIGIEUX

CHAPITRE 8 : LES VALEURS

Toute société initiatique doit se définir par les valeurs qu’elle entend incarner.

Ces valeurs sont en principe immuables. Elles forment le socle commun de tous les membres.

Elles sont censées représenter ce qu’il y a de mieux dans l’être humain.

Où serait l’intérêt de refonder, un peu en marge, une société fermée qui ne serait que la représentation simple et parfaite de celle profane ?

Les sociétés rosicruciennes et maçonniques annoncent ce que le non-initié peut être en droit d’attendre en se faisant recevoir.

***

Les valeurs de la Franc-Maçonnerie

Nous pouvons reprendre notre bâton de pèlerin et partir pour l’Ecosse, au sein de la Grande Loge d’Ecosse pour y recevoir le prospectus destiné à tout profane.

On y lit : ‘La Franc-maçonnerie enseigne des leçons d’ordre moral et la connaissance de soi-même à travers la participation à des travaux allégoriques que l’on doit étudier par cœur et qui sont exécutés par toutes les loges.

La Franc-Maçonnerie assure à ses membres une approche de la vie qui cherche à mettre en avant la considération pour les autres, l’amabilité dans ses relations à autrui, l’honnêteté dans les affaires, la courtoisie dans le comportement quotidien et le sens de l’équité.

Les Membres sont invités à considérer comme de première importance les intérêts de leur famille mais également la Franc-Maçonnerie enseigne à s’intéresser à tous, à développer sa préoccupation pour le bonheur des autres et son sens de l’aide à ceux en difficulté.

La Maçonnerie est ouverte aux hommes de toute foi, qui respectent la loi, sont de bonnes mœurs et croient en Dieu.

La Franc-Maçonnerie est une organisation multiraciale et multiculturelle. Elle peut s’enorgueillir d’avoir compté dans ses rangs des personnes venues de tous les secteurs de la Société. Il existe des organisations similaires pour les femmes’. (TdA)

Les propos sont éloquents et on y devine le cheminement spirituel de l’impétrant.

Qu’en est-il en Angleterre ? Nous trouvons dans le Mason’s Hall de Londres un autre prospectus, produit par la Grande Loge Unie d’Angleterre, qui donne une version très proche : ‘… La Franc-Maçonnerie ne reconnaît aucune distinction à faire entre les religions. Pour autant, nul ne saurait vouloir se faire recevoir s’il n’a aucune croyance religieuse. En effet, la foi en une Divinité doit être exprimée avant que quiconque puisse être admis et les prières qui sont adressées à Dieu font partie intégrale et fondamentale des rituels.

La Franc-Maçonnerie demande donc à tout candidat de s’assurer en son tréfonds des points suivants :

*Qu’il cherche sincèrement son amélioration intellectuelle et morale ainsi que celle de ses frères et qu’il s’engage à se rendre disponible, autant que nécessaire, à la mise en œuvre de l’amour fraternel, de la charité et de la vérité.

**Qu’il ne recherche aucun avantage commercial, social ou pécuniaire.

***Qu’il soit en état financier de supporter toutes les cotisations sans que cela ne porte préjudice ni à lui même ni à sa famille.

****Qu’il soit désireux de se lier par serment en présence de son Dieu.’ (TdA)

Les deux écrits quoique fort proches, n’en contiennent pas moins quelques différences qui permettent de comprendre la ligne de partage entre les maçons du nord des îles britanniques et ceux du sud.

Dans le premier cas, on met clairement l’accent sur la finalité du frère qui doit se rendre utile à la société dans laquelle il vit. On lui demande d’être un homme de bien pour lui et pour ses semblables.

Dans le second cas, l’initié est sa propre finalité. Il doit penser à son amélioration intellectuelle et morale ainsi qu’à celle de ses frères et celle-ci passe par un engagement de type religieux.

***

Tout ce qui précède amène à poser les questions suivantes :

1/ Est-ce que les valeurs permettent de former des catégories de sociétés initiatiques, plus ou moins ouvertes sur le monde extérieur ?

2/ Que penser de certains groupes qui sont laissés à la porte du temple ?

3/ Comment comprendre un phénomène comme celui des loges militaires ?

4/ Quelles relations entretiennent les sociétés initiatiques avec le monde des religions ?

5/ Quelles relations ont-elles entretenu et entretiennent-elles encore avec le monde de la politique ?

1/ Répondre à la première question permet d’évoquer la différence fondamentale entre les sociétés de type britannique et celles de type français.

Là où nous, Français, évoquons la Liberté, l’Egalité et le Fraternité, les Anglo-saxons mettent en avant l’Amour fraternel, l’Entraide et la Vérité.

Le catéchisme étudié par cœur par tous les francs-Maçons britanniques et établi dès le 18ième siècle dit :

Question : Qu’est-ce que la Franc-Maçonnerie ?

Réponse : Un système particulier de morale, voilé sous des allégories et illustré par des symboles.

Question : Quels sont les trois grands principes sur lesquels est fondée la franc-maçonnerie ?

Réponse : l’Amour fraternel, l’Entraide et la Vérité.

***

Ces trois dernières notions méritent quelque explication.

L’Amour fraternel paraît une chose évidente et pourtant, même si Pythagore disait déjà : ‘Un frère, c’est un autre soi-même’, il doit être précisé.

Il n’est d’abord qu’une forme d’amour, parmi les quatre identifiées par les Anciens Grecs.

Symboliquement et schématiquement, on peut représenter ces quatre formes comme quatre cercles concentriques qui seraient décrits autour d’un corps, à la manière des ondes qui apparaissent sur l’eau quand un objet vient de tomber à sa surface.

La première onde, la plus proche du sujet, est celle de l’Eros, ou amour physique qui peut être d’ordre narcissique ou complémentaire, fusionnel ou rationnel, chargé de sentiments ou purement physique.

Il se justifie par l’obligation de reproduction que toute espèce doit satisfaire si elle veut se perpétuer.

La deuxième onde est celle de la Storgè, l’amour familial qu’éprouvent les géniteurs pour leurs enfants et vice versa. Cet amour est dans l’ordre de la nature qui demande aux parents de se sacrifier pour leur progéniture. Il n’est pas le propre de l’homme.

La troisième onde est la Philia, l’amour qu’éprouvent des frères et sœurs entre eux/elles. Le terme de Philadelphia est formé de deux mots grecs signifiant l’amour de ses frères. C’est typiquement cette forme d’amour que l’on doit trouver au sein d’une société initiatique.

La parole du Christ résonne : ‘A ceci, tous connaitront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres.’ (Jean 13-35)

La quatrième onde, la plus éloignée est celle de l’Agapè, une forme d’amour universel comme celui de Jésus pour l’humanité. L’agapè est rarissime et suppose un immense travail sur soi-même.

C’est pourquoi Ezéchiel (36-26 et 27) commentait : ‘Je vous donnerai un cœur neuf et je mettrai en vous un esprit neuf ; j’enlèverai de votre corps le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon propre esprit...

Parmi les plus méritants, on peut avancer le nom de Maître Philippe qui vécut dans la seconde moitié du 19ième siècle à Lyon. Au milieu de ses pensées, celle-ci évoque l’amour universel : ‘Il ne faut pas s’inquiéter du repas suivant, mais plutôt si le voisin a à manger’.

Il est de coutume qu’à l’issue des travaux, les maçons se regroupent autour de vivres dans des repas qui portent le nom d’agapes.

En Angleterre, ces agapes que l’on nomme ‘banquets’ sont réservées aux seuls frères. Cependant, une fois par an, il est de coutume que les maçons organisent une Ladies’ night à laquelle les épouses sont conviées.

En Europe continentale, les agapes sont aussi, en principe, réservées aux seuls initiés. S’ils permettent la présence de membres profanes, ils prennent la dénomination de ‘banquets blancs’.

Le concept maçonnique de ‘centre de l’union’ parle d’une forme d’amour agapique. Nous essaierons de voir ce qu’il en est.

L’amour fraternel n’est pas l’amitié. Celle-ci relie des personnes qui partagent les mêmes sentiments. On se réjouit pour son ami et on partage avec lui des émotions. L’amour fraternel se fonde quant à lui sur une communauté de vue. On peut se dire frères (ou sœurs) lorsqu’on partage des valeurs.

L’amour fraternel n’est pas la familiarité. L’esprit anglais est à ce niveau très différent de l’esprit gaulois. Une expression typique de l’anglais moderne est : La familiarité engendre le mépris.[1] L’éducation anglaise est en grande partie fondée sur cette maxime. On apprend très tôt aux enfants à respecter leurs parents. Les membres d’une même famille ne se tutoient pas. Par souci de simplification, on enseigne, en France, que le pronom ‘tu’ est ignoré des Anglais.

La vérité est que le ‘tu’ est connu mais que l’on a décidé de l’abandonner. On ne le trouve, de fait, plus guère que dans de vieux textes, en particulier, dans la Bible. Les formules ‘Thou shalt not kill’ [2](Ancien Testament) et ‘Thy kingdom come’ [3](Nouveau Testament) sont connues de tous les Anglophones mais nul n’utiliserait les mots ‘tu’ et ‘ton’ dans le phrasé actuel.

Il ne faut pas s’imaginer que le tutoiement soit une facilité dans le contexte français. Ainsi, selon les périodes, la maçonnerie a exigé entre frères le ‘vous’ (18ième siècle), le ‘tu’ (dans les années 1870) et la tendance actuelle est au vouvoiement.

L’amour fraternel est ‘solidarité’ et par le geste (tombé en désuétude) qui porte le nom de ‘signe de détresse’, un membre demande à ses frères de venir à son aide.

Il y a, dans l’histoire, un nombre d’exemples où ce geste fut utilisé. On peut citer les situations militaires comme celles de la guerre d’indépendance américaine.[4]

Il en fut de même à bord du navire hollandais ‘Minerva’ qui, arraisonné en 1823 par des corsaires, voyait ses passagers condamnés à mort. Le récit dit que, parmi ces derniers, étaient des Frères qui durent leur survie au signe fraternel.

La solidarité va plus loin. Elle permet de rester au contact d’un frère qui se serait rendu coupable de rébellion envers son Etat. Les Constitutions d’Anderson (1723) précisaient déjà : ‘… si un frère devenait Rebelle envers l’Etat, il ne devrait pas être soutenu dans sa rébellion, quelle que soit la pitié que puisse inspirer son infortune ; et s’il n’est convaincu d’aucun autre Crime, bien que la loyale Confrérie ait le devoir et l’obligation de désavouer sa rébellion, pour ne provoquer aucune inquiétude ni suspicion politique de la part du gouvernement au pouvoir, il ne peut pas être chassé de la Loge et ses relations avec elle demeurent indissolubles.’

Aujourd’hui, il y a lieu de mettre un bémol sur la notion d’une fraternité inconditionnelle qui protègerait un ‘frère’ coupable de n’importe quelle faute grave.

***

Après l’amour fraternel, la deuxième valeur est celle de l’entraide. Le terme anglais est ‘relief’. Le mot entraide a ceci de limitatif qu’il ne s’applique vraiment qu’aux membres d’une organisation.

Voici la définition qu’en donnait William Preston dans son livre ‘Illustrations of Masonry’ (1772) : ‘Soulager ceux dans la détresse est un devoir qui incombe à tous les hommes, et en particulier aux francs-maçons qui sont unis entre eux par une chaine indissoluble d’affection sincère. Secourir les malheureux, sympathiser avec leur mauvaise fortune, compatir avec leur misère et restaurer la paix dans leurs esprits troublés est le grand dessein que nous avons en vue…’ (TdA)

Très tôt, la société maçonnique anglaise créa un comité spécialisé au sein de la loge. Pour les Modernes, cela fut fait dès 1724.

Ce fut, en effet, la décision du Grand Maitre de l’époque, Charles, deuxième duc de Richmond, d’instaurer le premier Comité de Charité, un fonds de solidarité pour l’aide aux frères en difficulté. Il mettait de fait en œuvre l’idée avancée par son prédécesseur, François, deuxième duc de Buccleuch.

Nous avons vu que les Anciens apparurent de manière structurée en 1751 et dès 1753, ils disposaient aussi d’un tronc de bienfaisance. Leur Grand Maitre élu en 1756, William, premier Comte de Blessington, adopta, quant à son utilisation, une politique généreuse.

Le tronc de bienfaisance appelé aussi tronc de la veuve est une boite dans laquelle chaque frère apporte son obole. On peut se demander si son origine ne se trouve pas dans l’évangile de Marc (12-41 à 44) : ‘Jésus s’étant assis vis-à-vis du tronc, regardait comment la foule y mettait de l’argent. Plusieurs riches mettaient beaucoup. Il vint aussi une pauvre veuve ; elle y mit deux petites pièces faisant un quart de sou. Alors, Jésus, ayant appelé ses disciples, leur dit : Je vous le dis en vérité, cette pauvre veuve a donné plus qu’aucun de ceux qui ont mis dans le tronc ; car, tous ont mis de leur superflu, mais elle a mis de son nécessaire, tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre.’

L’aide financière est une forme d’entraide. Une autre forme est l’octroi d’un travail. Ici, les Constitutions d’Anderson apportent la précision suivante : ‘Vous n’êtes pas obligés de faire plus que vos moyens ne vous le permettent mais seulement, dans des circonstances identiques, de donner la préférence à un Frère pauvre, qui est un homme bon et honnête, avant toute autre personne dans le besoin’.

Une autre forme de secours consistait en Angleterre à venir en aide aux familles des frères décédés. C’est ainsi qu’en 1788 un fonds de charité fut créé pour les filles de maçons décédés afin de leur assurer vivres et logis. Dix ans plus tard, un fonds équivalent était créé pour les fils de maçons défunts. En 1838, un Royal Benevolent Masonic Institution prenait en charge les frères âgés en difficulté financière ainsi que des veuves d’initiés.

Nous avons aussi vu que des maçons créèrent des lieux de formation comme ce fut le cas à Warrington en 1757 avec la fondation d’une académie.

Un siècle plus tard, en 1848, une réunion de la Grande loge Provinciale de Liverpool décida que chaque atelier de la Province ‘devait contribuer à hauteur de cinq shillings par membre pour un fonds dont l’objet était l’éducation et le suivi des enfants de maçons…’ (TdA).

Pour en finir avec l’Angleterre, nous devons mentionner le fonds ‘Grand Charity’, créé en 1980, qui vise à soutenir des œuvres maçonniques et non maçonniques.

La maçonnerie écossaise ne devait pas rester inactive. En 1846, elle mit sur pied un fonds de bienfaisance pour les frères en souffrance. Quarante ans plus tard, elle créait un autre fonds pour venir en aide aux veuves de francs-maçons ainsi qu’aux frères âgés. Enfin, en 1917, au sortir de la première guerre mondiale, le besoin de créer une caisse en faveur des orphelins se fit sentir et l’Orphan Annuity Fund vit le jour.

Lorsqu’il bâtit sa propre société maçonnique en Prusse, Frédéric II exprima trois principes qui reprenaient l’idée d’une entraide:

*La société est réservée à des personnes de mœurs irréprochables.

**Chaque membre doit payer une somme lors de sa réception à chacun des trois degrés (la somme est multipliée par deux en passant du 1er au 2è degré et encore par deux du 2è au 3è degré).

***Tout maçon doit rester au moins trois mois dans chaque degré. L’argent qu’il a versé lors de ses réceptions doit être divisé en trois parties : une partie pour payer les frais de la loge ; une partie pour aider des frères dans la détresse; une partie à distribuer aux pauvres en général.

La maçonnerie américaine adopta la ligne de conduite anglaise. C’est ainsi que, dès 1733, dans les règlements intérieurs de la loge de Boston, on trouvait les dispositions suivantes : ‘Chaque membre devra payer au moins deux shillings par trimestre pour l’usage charitable dû aux frères en difficulté’. (TdA)

Dans les années 1850, on pouvait lire dans les instructions diffusées aux initiés: ‘La charité ou bienveillance est un des buts de l’Institution maçonnique. C’est pour cela que des loges sont fondées…’ Un peu plus loin, on trouvait la formule suivante relative aux montants d’aide financière pouvant être consentis : ‘Autant que la situation de nécessité du demandant l’exige et autant que les moyens du pourvoyant le permettent’… (TdA)

Une particularité américaine est d’avoir créé dans quelques villes (Nouvelle –Orléans, New-York, San Francisco et Saint-Louis) des loges spécialisées dans l’aide aux frères en difficulté.

Cependant, le génie américain a surtout consisté à passer de l’entraide à la charité, de passer de la troisième forme de l’amour (philadelphia) à la quatrième forme (agapè). Nous avons vu que la décision fut prise à la suite de la terrible affaire W. Morgan. Cette décision permit à la société maçonnique américaine de se faire accepter par tous.

Aujourd’hui, toutes les associations maçonniques au sens large (comprenant donc une centaine d’organisations annexes) donnent chaque jour deux millions de dollars pour faire fonctionner des œuvres à finalité caritative ou éducative.

Ces œuvres comprennent des hôpitaux comme celui d’Atlanta, ouvert en Géorgie en 1915, dédié dans un premier temps aux seuls enfants handicapés avant d’élargir son objet social.

Un autre hôpital fonctionne au Texas, à Dallas, depuis 1921. Il s’occupait en priorité des enfants atteints de polio avant de se reconvertir en centre d’assistance aux enfants ayant des problèmes orthopédiques. A ce jour, il traite plus de 13.000 patients atteints d’arthrite, de scoliose, de spina bifida, de problèmes osseux…

Nous avons déjà mentionné les hôpitaux pour enfants financés par les membres du Shrine. Le premier d’entre eux fut établi en 1922 à Shreveport, en Louisiane.

Aujourd’hui, ce sont vingt deux hôpitaux que les Shriners des Etats-Unis, du Canada et du Mexique gèrent, quatorze à des fins orthopédiques et trois au profit d’enfants brûlés (Galveston dans le Texas, Cincinnati dans l’Ohio et Boston dans le Massachussetts).

Un autre organisme américain annexe à la franc-maçonnerie se nomme ‘Grotto’ et s’est spécialisé dans les soins dentaires ainsi que dans la lutte contre la paralysie cérébrale.

Quant aux rites (Rites d’York et Rite Ecossais Ancien et Accepté), ils se sont répartis les domaines de compétence. Les frères du Rite d’York investissent dans les établissements visant à soigner des patients atteints de problèmes de vue alors que les maçons du Rite Ecossais s’occupent pour la juridiction du Sud de personnes souffrant d’aphasie et pour la juridiction du Nord de dyslexiques et de schizophrènes.

On peut, de la même façon, avancer des réalisations charitables de la part des loges Prince Hall comme la réalisation d’un camp pour jeunes à Chicota dans la Louisiane. Il s’agit d’un centre qui reçoit, chaque année, jusqu’à 1500 jeunes désargentés et leur assure un lieu de vacances.

D’autres œuvres concernent les établissements d’enseignement. C’est ainsi que le premier Collège maçonnique fut établi dans le Missouri, à Lexington en 1847. Malheureusement , les charges financières l’emportèrent sur la vision généreuse des concepteurs et l’établissement dut fermer ses portes douze ans plus tard.

Ce même destin devait, dans plusieurs Etats, être partagé par d’autres collèges maçonniques.

On ne peut que louer les actes de charité même si, au niveau collectif, on ne peut plus parler de discrétion. Celle-ci doit cependant être de mise au niveau individuel selon la parole de Mathieu (6-3 et 4) : ‘Mais, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite, afin que ton aumône se fasse en secret et ton père, qui voit dans le secret, te le rendra.’

Au final, ‘il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir.’ (Actes, 20-35)

***

Si le maçon anglais travaille sur l’amour fraternel et l’entraide, il doit aussi s’efforcer de rechercher la vérité.

Celle-ci ne peut jamais être la vérité absolue qui n’est pas accordée à l’être humain. Seule lui est accessible la vérité relative, celle de ses connaissances du jour, connaissances qu’il faut toujours développer pour s’apercevoir que ce qui faisait la certitude d’hier fait le doute du jour. Ainsi, le franc-maçon comprend qu’il est sur un chemin initiatique.

Pour donner un exemple, pendant des générations, on a pensé, tel Aristote, que le soleil tournait autour de la terre. Aujourd’hui plus personne ne soutiendrait cette idée que l’on jugerait purement sotte mais au nom de laquelle on aurait pu autrefois tuer…

Le frère maçon sait qu’il ne parviendra qu’à une forme de savoir où selon le philosophe Alain, toute vérité devient fausse dès lors que l’on s’en contente.

De même, le célèbre penseur allemand Schopenhauer faisait remarquer, peut-être par analogie avec le dicton italien ‘Traduttore, traditore’, (=la traduction trahit) que lorsque sa propre pensée était mise en paroles, elle pouvait être travestie ou à tout le moins perdre une partie de son sens premier et donc n’être plus tout-à-fait ‘vraie’.

Dans un très bel ouvrage de Marek Halter , le Kabbaliste de Prague (2010), l’auteur nous explique que Vérité et Mort sont deux concepts liés. Pour ce faire, il utilise le mythe du Golem. 

Selon deux versions juives, les trois lettres ‘aLePH-MeM-THaV’ étaient inscrites sur le front du Golem, ou glissées dans sa bouche, formant le mot ‘éMeTHsignifiant ‘vérité’. Il suffisait d’effacer de son front, ou de retirer de sa bouche la lettre ‘aLePH’ à chaque veille de SHaBBaTH pour ne plus former que le mot MeTH signifiant ‘mort’ et ainsi désactiver la créature. Mais un jour, dit la légende, le rabbi oublia de retirer la lettre ‘aLePH’ et le Golem devenu fou, incontrôlable, démolit la synagogue, assassina et pilla le quartier juif de Prague. Le rabbi ayant néanmoins réussi à le ‘désactiver’ par la suite, on ne vit plus jamais le Golem. La légende a survécu puisque l’on dit que ses restes seraient conservés dans le grenier de la synagogue de Prague. 

Le mot entier ‘eMeTH’ (vérité) donne vie au Golem de Prague, mais attention, cette vie est artificielle et seul l’humain -et non un humanoïde- peut rechercher la Vérité. Le Golem n’ayant pas d’âme, il ne peut pas être inclus, ni même invité à la recherche de la Vérité, ce qui explique sa folie au moment sacré du SHaBBaTH. La recherche a besoin de sincérité et de persévérance, et surtout de conscience, sachant qu’elle reste toujours imparfaite.

On doit rapprocher les valeurs anglaises de celles d’un rite français particulier qui porte le nom de Rite Ecossais Rectifié. Dans ce rite, on a coutume de dire que le maçon est un cherchant, persévérant et souffrant.

Cherchant et persévérant ne peut pas être le fait de tous. Il faut pour cela avoir un esprit ouvert et préparé. Voici la traduction d’un passage d’un rituel anglais réservé aux maitres : ‘Moïse parla au Conseil : ‘La vérité dans toute la mesure où elle peut être donnée à connaître aux Mortels, ne sera connue que de ceux-là seulement dont l’esprit ne sera pas recouvert du voile de la passion ou de l’excès. Pour la découvrir, pour comprendre les délicates distinctions de la pensée dans lesquelles la vérité est insérée, l’intellect, comme un instrument du plus fin acier, doit être en capacité de disséquer la pensée, et de distinguer l’une de l’autre ses fibres invisibles. L’instrument de compréhension est plus ou moins aiguisé en fonction des appétits sensuels ou des passions éprouvées par l’âme. C’est pourquoi les sages ont toujours demandé à ceux qui s’apprêtaient à franchir les obstacles de la recherche, une discipline préparatoire faite de tempérance continue et d’autodiscipline ; le jeûne est recommandé ainsi que la prière. Si l’intellect est obtus et grossier par nature, ou rendu inapte par suite de quelque excès, le symbolisme sacré n’aura aucune signification et ce sera comme si l’on parlait dans une langue étrangère. C’est ainsi que la maçonnerie a toujours été et sera toujours réservée à quelques-uns ; pour la multitude, ses vérités sont folies sans valeur.’ (TdA)

La démarche intellectuelle du cherchant était annoncée par Saint-Augustin lorsqu’il écrivait : ‘Nous chercherons donc comme si nous allions trouver, mais nous ne trouverons jamais qu’en ayant toujours à chercher’. Par conséquent, méfions-nous de l’élitisme intellectuel qui peut pas faire oublier que la Vérité ne s’acquiert que par le mental soutenu par l’intelligence du cœur ! 

Quant à la souffrance, elle est inscrite dans la notion même de l’effort. Nul ne parvient à quoi que ce soit sans effort. Cette règle vaut pour tous. Même les génies ont dû beaucoup travailler. Cela faisait dire à un penseur du 19ième siècle : le Génie, c’est dix pour cent d’inspiration et quatre vingt dix pour cent de transpiration !

La même idée du travail amenant une récompense après la souffrance ou l’effort est exprimée

dans la devise de Luther ‘Der Christen Hertz Rosen geht wann mitten unterm Kreutze steht[5] qui fait penser à la Rose-Croix et à son expression  ‘Ad Rosam per Crucem, Ad Crucem per Rosam, in ea, in eis gemmatus resurgam’ dont on a gardé les premiers mots ‘Ad Rosam per Crucem, Ad Crucem per Rosam,’ (=À la rose par la croix, à la croix par la rose). Le sentier en vue de pouvoir connaitre un jour l’épanouissement est jonché d’épreuves. L’esprit doit apprendre à dominer la matière.  

Le mot même de travail qui tient son origine du latin ‘Tripalium’ désignant un instrument de torture basé sur trois pieux nous incite à réfléchir sur l’effort ou la souffrance qui peut en résulter. Tout se mérite et rien n’est acquis pour toujours. Le travail du ‘cherchant’ est celui d’un jardinier qui lutte sans cesse contre les mauvaises herbes invasives. 

La vérité est toujours voilée. Cette philosophie était enseignée dans les temps les plus anciens. On la trouve dans la vision d’Hermès : ‘Souviens-toi que la loi du mystère recouvre la grande vérité. La totale connaissance ne peut être révélée qu’à nos frères qui ont traversé les mêmes épreuves que nous. Il faut mesurer la vérité selon les intelligences, la voiler aux faibles qu’elle rendrait fous, la cacher aux méchants qui ne peuvent en saisir que des fragments dont ils feraient des armes de destruction. Renferme-la dans ton cœur et qu’elle parle par ton œuvre. La science sera ta force, la foi ton épée et le silence ton armure infrangible’.

Les Philosophes du moyen-âge ont adopté la même posture d’associer vérité et silence. Ce fut, par exemple, le cas de Roger Bacon lorsqu’il écrivit : ‘Je voudrais seulement examiner chaque chose, en donner les causes et les propriétés ; mais je considère d’autre part qu’il ne faut pas décrire les secrets de la nature, de telle sorte que le premier venu les puisse entendre ; c’est aussi l’avis de Socrate et d’Aristote. Ce dernier dit, en effet, dans son Secret des secrets, que celui-là romprait l’harmonie céleste, qui dévoilerait les secrets de la nature et de la science ; tu peux ajouter à cela que des malheurs de toute sorte accableraient celui qui découvrirait les choses sacrées et révèlerait les secrets.’

C’est encore la même idée que l’on retrouve dans le Zohar, le livre-clé de la Kabbale hébraïque. On y lit que ‘le monde ne subsiste que par le secret’. La conséquence logique de cette affirmation est qu’une société qui voudrait la suppression de tout secret se condamnerait car l’intelligence des êtres n’est pas encore telle qu’elle puisse recevoir tout type d’enseignement et qu’il est des savoirs qui peuvent perturber et engendrer des attitudes fort coupables comme lorsqu’un déséquilibré s’empare d’une arme nouvelle, surpuissante et donc irréparable. Le secret, pour le Kabbaliste, permet de ne pas déprécier certaines Connaissances qui demandent un apprentissage graduel. Le monde a déjà connu bien des apprentis-sorciers!  

Cependant, la quête de la vérité ne doit jamais abandonner le sage. Lorsqu’il l’aura trouvée (ou effleurée en ce monde), il sentira en lui une force décuplée. C’est toute la philosophie du Mahatma Gandhi, à travers son concept de Satyagraha ou ‘force de la vérité’ : ‘Quand l’âme étreint la vérité, elle possède une force dont il faut savoir se servir pour sevrer son adversaire de son erreur par la patience et la sympathie, pour éveiller chez lui un certain sentiment de chevalerie’. Le mal ne nait-il pas de l’ignorance ? 

Nous avons déjà fait allusion au terme d’allégorie que l’on emploie pour faire référence à quelque enseignement plus ou moins secret caché derrière une apparence parfois fort simple. L’allégorie caractérise l’enseignement du Christ. Si la vérité est au fonds du puits, de quel puits parle-t-on ?

***

Si les vertus anglo-saxonnes sont désormais bien établies, qu’en est-il de la réalité vécue? On se souvient de la crise suscitée aux USA par l’affaire W. Morgan. Le frère A. Pike écrivait dans les années 1860 alors que la maçonnerie américaine avait endigué le péril de sa disparition et voyait affluer un grand nombre d’impétrants : ‘Même la franc-maçonnerie a tellement multiplié ses membres que ses obligations ne sont pas considérées autrement que comme de simples promesses faites par des gens dans la rue ou au marché. Elle revendique l’attention du public et recherche la notoriété à travers des journaux orientés ; elle se querelle à travers eux ou cherche quelque avantage pécuniaire devant des cours de justice. Ses élections sont, dans certains Orients (=villes) conduites avec tout l’empressement et le zèle qui caractérisent des élections politiques du monde profane. Et, une pompe sans substance comprenant des uniformes de nature presque militaire… espère s’attirer de la part du public la faveur et l’admiration des femmes…’ (TdA)

Il y a là matière à réflexion, la vérité étant sans doute dans une vision plus nuancée.

Un dernier trait pour caractériser l’état d’esprit britannique est de rappeler le sens de la tradition.

Lorsqu’une dispute s’élève au plan national ou international et que la Grande Loge Unie d’Angleterre doit prendre une décision, elle se réfère toujours à ce qui a été fait jusqu’alors. Elle craint toujours d’établir un précédent même si, dans la pratique, cela doit nécessairement arriver.[6]

***

A l’amour fraternel, l’entraide et la recherche de la vérité, les frères français ont préféré substituer le triptyque Liberté, Egalité, Fraternité.

Ces valeurs sont évidemment celles de la République et les auteurs se disputent sur leur paternité. Ils se divisent entre ceux qui soutiennent une origine purement maçonnique et ceux qui voient une lente apparition des trois valeurs.

Pour les premiers, l’auteur à référencer est Louis-Claude de Saint-Martin, dit le Philosophe inconnu. Pour les autres, seules la Liberté et l’Egalité[7] ont figuré au 18ième siècle, la Fraternité venant s’agréger définitivement avec la deuxième République de 1848[8].

Les trois valeurs se complètent et permettent de bien comprendre que la liberté ne peut exister que dans l’égalité, c’est-à-dire que la Liberté doit être la même pour tous. Il s’agit de limiter les ambitions des uns et des autres et de permettre la vie en commun, le Mitsein.

Par une sorte de raccourci, Victor Hugo disait : ‘La Liberté, c’est le droit ; l’égalité, c’est le fait ; la fraternité, c’est le devoir’ et Oswald Wirth précisait : ‘Le triangle maçonnique est parfois commenté par les mots bien penser - bien dire - bien faire. Mais, aux yeux de la maçonnerie latine, il énonce la devise : liberté, égalité, fraternité.’

Le frère Lafayette a pratiqué les trois vertus et c’est à bon droit qu’il a pu écrire : ‘Maçon et ami de la liberté sont synonymes… Liberté, Egalité, Philanthropie, véritables symboles maçonniques : puisse la pratique de ces principes nous mériter toujours l’estime de nos amis et l’admiration des ennemis du genre humain !’. Aux USA, pas moins de trente sept loges portent son nom !

Les valeurs de la république furent adoptées par le Grand Orient de France dont la stratégie varia, comme nous l’avons vu, en fonction de la forme du pouvoir politique en place. –(La France n’eut pas la situation stable du monde britannique.)-

Ainsi, en 1814, alors que la loge de Marseille transformait son titre de loge Saint-Napoléon en loge Saint-Louis (par allusion au nouveau roi Louis XVIII), le Grand Orient notait ‘toute la joie qu’éprouve le peuple maçon en revoyant son roi légitime environné de son auguste famille’.

Par contre, en 1848, Adolphe Crémieux s’exclamait : ‘La maçonnerie n’a pas pour objet la politique mais la haute politique… Sous l’oppression de la pensée comme sous la tyrannie du pouvoir, la maçonnerie a répété sans cesse ces mots sublimes : Liberté, Egalité, Fraternité… La République est dans la Maçonnerie, la République fera ce que fait la maçonnerie.’ Quelques mois plus tard, le même Grand Orient appelait à voter favorablement au Plébiscite de Napoléon III en faveur de l’Empire !...

L’article premier des Règlements Généraux du Grand Orient suivit dans son écriture les mouvements de pensée. En 1826, il était rédigé de façon, peut-on dire, neutre : ‘L’Ordre des Francs-Maçons a pour objet l’exercice de la bienfaisance[9], l’étude de la morale universelle, des Sciences et des Arts, et la pratique de toutes les vertus’.

En 1849, sous la deuxième République, le ton changeait et se rapprochait de la vision anglo-saxonne: ‘Institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive, elle (=la Franc-Maçonnerie) a pour base l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme et pour objet l’exercice de la bienfaisance, l’étude de la morale universelle, celle des sciences et des arts, ainsi que la pratique de toutes les vertus.’

Au Convent de 1865, l’écriture restait déiste : ‘La franc-maçonnerie, institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive, a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale universelle, des sciences et des arts, et l’exercice de la bienfaisance.

Elle a pour principes : l’existence de Dieu, l’immortalité de l’âme et la solidarité humaine.

Elle regarde la liberté de conscience comme un droit propre à chaque homme et n’exclut personne pour ses croyances.

Elle a pour devise : Liberté, Egalité, Fraternité.’

En 1877, les choses prenaient un tour bien républicain. La Troisième République était passée par là et l’article 1er pouvait désormais se lire : ‘La Franc-Maçonnerie , institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive, a pour objet la recherche de la Vérité, l’étude de la morale universelle, des sciences et des arts, et l’exercice de la bienfaisance.

Elle a pour principe la liberté absolue de conscience et la solidarité humaine. Elle n’exclut personne pour ses croyances. Elle a pour devise ; Liberté, Egalité, Fraternité’.

Aujourd’hui, l’article 1er, plusieurs fois légèrement remanié, se lit comme suit : ‘La franc-maçonnerie, institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive, a pour objet la recherche de la Vérité, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité ; elle travaille à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité. Elle a pour principe la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience ; considérant les conceptions métaphysiques comme étant du domaine exclusif de l’appréciation individuelle de ses membres, elle se refuse à toute affirmation dogmatique. Elle a pour devise : Liberté, Egalité, Fraternité.

Si les concepts de Liberté et d’Egalité[10] ne figurent pas dans la maçonnerie anglo-saxonne, c’est tout simplement, selon elle, parce qu’ils ne permettent pas de distinguer le monde initiatique du monde profane. Un frère anglais ne se sent pas plus ou moins libre ou égal en loge qu’il ne l’est dans la société. Par contre, pour lui, l’amour fraternel fait la différence.

Un sentiment de force ressort de l’exposé du frère Lafayette lorsqu’il dit : ‘Il faut unir tous les français par les liens indissolubles de la Fraternité… La fraternité, véritable utopie, sera le résultat des fêtes révolutionnaires et de l’éducation’.

Le terme de ‘frère’ vit son apparition dans le monde religieux du temps des lointains Romains, dans un groupe de douze prêtres qui portaient le nom d’Arvales et qui se dévouaient au culte de la Déesse Cérès. Leur mission était d’assurer la fertilité des terres. De même, les francs-maçons doivent semer un verbe juste dans l’âme de leurs semblables.

Maître Philippe disait: ‘Nous ne pouvons pas être heureux tant qu’un seul de nos frères est malheureux’.

***

Si nous disons maintenant qu’au nom de ses vertus (britanniques ou françaises) la franc-maçonnerie aspire à être le ‘Centre de l’Union’, nous devons poser la question des profils. Est-ce que toutes les personnes peuvent être admises ?

Nous verrons successivement la situation des femmes, celle des handicapés, celle des domestiques et autres servants, celle des noirs et enfin celle des Juifs/Musulmans ou membres d’une religion minoritaire dans un pays déterminé.[11]

Nous commençons donc par les femmes.

Qu’en pensent les organisateurs de mouvements spirituels?

Il semble qu’il y ait ici une ligne de partage assez marquée entre les sociétés rosicruciennes favorables à l’égalité homme/femme et les sociétés maçonniques qui se sont alignées sur les grands courants de la pensée chrétienne.

Nous avons vu au chapitre précédent l’opinion de René Guénon qui concevait l’initiation maçonnique comme une ordination de prêtre catholique. Ceci faisait que, selon lui, il n’y avait pas de femme à initier.

L’Ancien Testament est assez dur vis-à-vis du beau sexe. On se souvient de la formule de la Genèse (3-16) ‘Ton mari te dominera’ ou de celle de l’Ecclésiaste (42-14) : ‘Mieux vaut la méchanceté d’un homme que la bonté d’une femme.

On sait que le Coran partage la même philosophie (Sourate IV, verset 38) : ‘Les hommes se situent au-dessus des femmes parce que Dieu a favorisé les uns par rapport aux autres.’

Le grand écrivain Cicéron ne pensait pas différemment : ‘S’il n’y avait point les femmes, les hommes converseraient avec les Dieux.

Pour autant, tous les Chrétiens peuvent savoir que Jésus n’a jamais dit un mot contre la condition féminine, les femmes jouant un rôle majeur dans les Evangiles.

Saint-Paul est, par contre, connu pour sa misogynie : ‘Je ne permets pas à la femme d’enseigner, ni de prendre de l’autorité sur l’homme, et elle doit demeurer dans le silence. Car Adam a été formé le premier, Eve ensuite. Adam n’a pas été séduit mais la femme séduite s’est rendue coupable de transgression. Elle sera néanmoins préservée en devenant mère, si elle persévère avec modestie dans la foi, dans l’amour, et dans la sainteté.’

C’est à ce même Saint-Paul que l’on fait remonter le grand débat portant sur la question : les femmes, ont-elles une âme ?

Saint-Paul considérait les femmes comme les servantes des hommes : ‘Le chef de la femme, c’est l’homme’ ou encore : ‘le mari est le chef de la femme’.

Un des pères de l’Eglise parlait de l’impureté congénitale des femmes alors que Saint Thomas d’Aquin faisait valoir leur insuffisance intellectuelle…

Rien donc de bien favorable.

Les Constitutions d’Anderson ne parlent que d’hommes en tant qu’êtres initiables. Ce point peut paraître étonnant si l’on considère le livre des métiers d’Etienne Boileau (1268) qui reconnaissait l’existence de femmes du métier et surtout les Constitutions d’York de 1693 qui indiquaient : ‘…celui ou celle qui doit être fait maçon, pose les mains sur le livre…’.

On a bien sûr essayé de justifier cette forme d’exclusion en expliquant qu’à l’époque des Constitutions, les femmes souffraient d’un double désavantage qui ne les rendait pas éligibles. D’une part, elles n’avaient presque jamais d’autonomie financière et leur faire payer une cotisation équivalait à les exposer, et d’autre part, elles étaient souvent mariées et devaient de ce fait se trouver dans l’impossibilité de maintenir un des deux serments contradictoires suivants: celui de tout dire à leur mari et celui d’être en conformité avec les Constitutions et donc de se taire.

La formule employée dans les Constitutions d’Anderson était: ‘Vous devez vous conduire comme il convient à des hommes sages et de bonnes mœurs, notamment : ne pas faire connaître à votre famille, vos amis et vos voisins ce qui concerne la loge, etc…, mais sagement ne pas perdre de vue notre honneur et celui de notre ancienne Confrérie…’

On retrouve cette vision chez le philosophe anglais du 19ième siècle John Stuart Mill qui s’exprimait fort clairement: ‘Les femmes britanniques étaient juridiquement les esclaves de leurs maris’.

La même position apparaissait chez A.M. Ramsay dont le discours du 18ième siècle était considéré comme un tournant dans la franc-maçonnerie du continent européen :‘…La source de toutes ces infamies fut l’admission des personnes de l’un et de l’autre sexe aux assemblées nocturnes contre la primitive institution. C’est pour prévenir de semblables abus que les femmes sont exclues de notre Ordre. Ce n’est pas que nous soyons assez injustes pour regarder le sexe féminin comme incapable de secret, mais c’est parce que sa présence pourrait altérer insensiblement la pureté de nos maximes et de nos mœurs.’

Un poème répandu à pareille époque disait bien : ‘Si le sexe est banni, qu’il n’en ait point d’alarme ; ce n’est point un outrage à sa fidélité ; mais on craint que l’amour entrant avec ses charmes, ne produise l’oubli de la fraternité. Les Noms de frère et d’ami seraient de faibles armes, pour garantir les urs de la rivalité’.

Le baron Tschoudy écrivit une chanson à l’usage maçonnique dans laquelle il introduisit ces quelques mots : ‘Beau sexe qu’une loi sévère écarte de ce sanctuaire…

Si les Rosicruciens, comme déjà dit, se sont montrés dans leur ensemble favorables à l’égalité homme/femme, ils eurent aussi leur dissidence. Ainsi, si Jan A. Comenius (1592-1670) écrivait en l’an 1632: ‘Toute la jeunesse des deux sexes doit être envoyée dans des écoles publiques. Il n’y a aucune bonne raison pour priver le sexe faible de l’étude des sciences. Les filles sont dotées d’une intelligence égale à celle des garçons. Devant elles, comme devant nous, s’ouvre la voie des grandes destinées.’ l’écrivain A. E. Waite (à la fois rosicrucien et franc-maçon) répliquait : ‘La franc-maçonnerie en tant qu’institution ne convient pas plus aux femmes que le cricket comme sport, mais elles ont désiré parfois y jouer’. (TdA).

Les statuts d’une société rosicrucienne allemande du milieu du 17ième siècle déclaraient : ‘Il est absolument défendu de montrer ses travaux ou leurs résultats aux profanes et (les frères) ne chercheront pas à se marier ; si cependant ils ne pouvaient pas se passer de femme, on leur permet d’avoir chacun la sienne à condition qu’il vive avec elle philosophiquement et ne la laisse pas converser avec les jeunes frères mais seulement avec ceux que l’âge a rendu prudents pour éviter les conséquences dont nous avons vu les tristes effets…’, plus loin ‘Les frères éviteront toute familiarité avec les filles et femmes, vivant chastement tant de paroles que d’effet et se rendront irrépréhensibles…’ et enfin ‘Il est défendu expressément de recevoir un homme marié puisqu’il ne pourrait se priver de vivre avec sa femme…

De l’enseignement relatif à un rituel maçonnique du 18ième siècle, appelé ‘Parfaits Maîtres Anglais’, on peut retenir ce passage: ‘Question : Pourquoi est-ce que les femmes sont interdites de nos loges ? Réponse : Parce que chaque Loge est un Temple de l’Eternel. Or, dans ce Temple, les femmes n’étaient pas autorisées à entrer dans le sanctuaire ; en outre, elles ne travaillèrent jamais à sa construction’.

Etonnamment, on retrouve le même discours chez Bouddha. Ce dernier refusa par trois fois d’initier sa tante Pajapati. Il n’accepta qu’à la quatrième reprise parce que la cause de cette dernière fut défendue par son plus proche compagnon, Ananda, qui rappela que la voie du Dharma était ouverte à Tous. Lorsque le Bouddha agréa, il posa huit conditions qui établirent l’infériorité de la femme par rapport à l’homme.

Malgré tout, les femmes réussirent à se faire initier dans des sociétés fermées. Nous avons vu l’Ordre des Mopses créé en Autriche, en Allemagne et aux Pays-Bas en 1738. Dix ans plus tard existait l’Ordre des fendeurs et des Fendeuses en France.

Entre les deux s’était créé à Paris l’Ordre de la Félicité. Si les Mopses avaient tiré leur symbolisme de la race canine, et les fendeurs de la maçonnerie du bois, l’originalité de l’Ordre de la Félicité était de s’inspirer de l’univers marin.

Ainsi, la Félicité était le nom d’une île et les rituels comprenaient quatre degrés, ceux de mousse, de capitaine, de chef d’escouade et de vice-amiral. Le Président de la loge s’appelait l’Amiral.

Maritime, cet Ordre franchit l’Atlantique pour devenir The Order of the Happy. Une dissidence connue sous le titre de Chevaliers et Chevalières de l’Ancre continua sa route avant de sombrer –(si l’on peut dire)- dans les années 1770.

***

Mais, si l’on s’en tient à la maçonnerie régulière, y eut-il des femmes admises ?

Selon les historiens de la Grande Loge d’Irlande et avant même la création de celle-ci en 1725, il y eut une femme initiée. Son nom était Elisabeth Aldworth, née Elizabeth Saint Leger. Elle était la fille du Vicomte de Doneraile. On fait remonter son initiation à l’an 1710, même si la plaque mortuaire érigée dans la cathédrale de Cork mentionne 1712. Selon la légende, elle aurait été surprise à écouter les réceptions organisées dans le manoir de son père, sur la côte sud de l’Irlande, près de Cork. Les frères décidèrent de l’initier pour, dit-on, l’astreindre au secret. Elle est représentée, dans un tableau célèbre dans les milieux maçonniques, avec la main droite sur le cœur et la main gauche sur le volume de la loi sacrée. Elle porte un tablier mais pas de gants.

La famille d’Elisabeth, les Saint Leger, compte parmi celles qui ont le plus marqué la vie maçonnique irlandaise. Il est dès lors logique de trouver un petit-neveu d’Elisabeth, prénommé Arthur, occupant la charge de Grand Maitre pour l’année 1740-1741.

Il y a plusieurs autres histoires comparables parlant de femmes initiées pour des raisons de discrétion. C’est le cas d’une Mrs Bell à Londres, d’une Mrs Harvard dans la Palladian Lodge n° 120 à Hereford, d’une Mrs Isabella Scoon à Newstead (Ecosse) et, en Amérique, d’une Mrs Hannah Mather Crocker à Boston, d’une Mrs Catherine Babington à Taylorsville (Caroline du Nord), d’une Mrs Catherine Sweet (Virginie) et d’une Mrs Mary Sproule à New Brunswick, au Canada.

Cependant, on doit noter ces instructions diffusées au milieu du 19ième siècle à toutes les loges nord-américaines : ‘Si par accident ou conduite indue de la part des maçons, une femme vient à connaître des secrets maçonniques, elle ne doit pas pour autant être admise en loge et les frères ne peuvent pas communiquer avec elle au sujet d’affaires maçonniques. Toute loge qui violerait cette règle s’exposerait à la perte de sa charte ; tout frère qui ne respecterait pas ces prescriptions s’exposerait à une expulsion de l’Ordre’. (TdA)

La maçonnerie anglo-saxonne ne pouvait pas se dédire et n’accepta jamais les femmes. Néanmoins, elle dut se faire accepter des sociétés civiles gouvernées par des femmes. Il en fut ainsi de l’Angleterre de la Reine Victoria. On peut aussi citer la Russie de la Reine Catherine II (1729-1796). Celle-ci décida de tolérer le monde initiatique défendu par le poète Ivan Yelagin. Cela ne l’empêcha pas de parler de ‘sociétés d’hommes mal finis qui écartent les femmes de leurs assemblées pour se livrer à des jeux puérils’.

***

Pour la maçonnerie française, la chose se passa différemment. A côté des Ordres que nous avons mentionnés où Hommes et Femmes se retrouvaient à égalité, se créa ce qu’on appela la maçonnerie d’adoption.

Le principe était simple : Sur une loge masculine existante venait se soucher une loge mixte comprenant des frères et des sœurs. Les postes d’officiers de la loge étaient tenus conjointement par un frère et une sœur.

Après des expériences à Marseille et à Bordeaux, on pense que la première loge de ce genre a été, à Paris, celle fondée par le Comte de Bernonville en 1760 sous le titre ‘l’Unique Alliance’.

Dans leur ouvrage ‘Femmes et Franc-Maçonnerie’ (2015), Gisèle et Yves Hivert-Messeca rappellent l’histoire survenue au Vénérable Maître de ‘l’Unique Alliance’, le frère Fellon, qui fut exclu un temps de la maçonnerie française par jugement de la Grande Loge des Maîtres de Paris, en date du 11 août 1760, ‘pour avoir ouvert et tenu des loges de dames maçonnes’.

Par la suite, toujours à Paris et en 1775, se créa la loge La Candeur qui eut comme Présidente la Duchesse de Bourbon et comme membres notables la Duchesse de Chartres et la Princesse de Lamballe. Toutes les trois furent Grandes Maitresses de toutes les loges d’adoption de France. La Duchesse de Chartres fut la première Grande Maitresse[12] de 1773 à 1775. La Duchesse de Bourbon, sœur de sang du Duc de Chartres, prit le relais en mai 1775 avant d’être remplacée par la Princesse de Lamballe. Celle-ci devait finir lynchée par la foule en 1792.

La Candeur reste aussi comme un exemple de cette forme de maçonnerie que l’on peut qualifier d’élitiste, de noble ou de censitaire. C’est ainsi qu’en l’an 1782, elle se composait de 49 membres, tous nobles. La cotisation annuelle était fixée à 120 livres, soit l’équivalent de plusieurs mois de salaire pour un ouvrier.

Le mouvement était lancé et le Grand Orient dut l’officialiser afin de mieux le réglementer lors d’une réunion de juin 1774. C’est alors qu’il fut décidé qu’une loge d’adoption devrait porter le nom de la loge masculine sur laquelle elle était souchée. De même, il fut stipulé que ne pouvaient être reçues que des parentes de maçons et que ces dernières, dans tous les cas, n’avaient pas de droit de vote pour l’admission de nouveaux membres. Seule la loge ‘La candeur’ en raison de la noblesse de ses membres fit exception à cette règle.

De fait, les tenues maçonniques proprement dites se tenaient en premier puis venaient les réunions d’adoption où l’on pratiquait un rituel différent.

Dans les années 1780, on estime à une douzaine les loges d’adoption parisiennes et à une soixantaine celles de la province.

La Révolution emporta tout sur son passage et les loges d’adoption réapparurent sous l’Empire, l’impératrice Joséphine devenant la Grande Maîtresse ainsi que la Présidente (Vénérable Maîtresse) de la loge ‘Sainte-Catherine’.

On pense qu’il y eut jusqu’à soixante-dix voire quatre-vingt loges d’adoption en France au plus fort des moments, entre le 18ième et le 19ième siècle. La dernière réunion connue d’une loge d’adoption en France remonterait à 1870.

Le phénomène de la Loge d’adoption gagna plusieurs places européennes. Ce fut le cas à Naples où la reine Marie-Caroline d’Autriche (1752-1814) appartint à la loge Saint-Jean du secret et de la Parfaite Amitié créée avec une patente du Grand Orient de France.

On aimerait pouvoir dire que le parcours maçonnique de Marie-Caroline lui servit à la rendre humaine et bonne mais le souvenir que laissa cette mère de dix-huit enfants fut, hélas, celui d’une femme cruelle.

D’autres loges d’adoption apparurent dans plusieurs villes d’Espagne. Madrid et Barcelone se dotèrent de telles loges en 1872. En 1894, le Grand Orient Espagnol comptait sept loges d’adoption et aussi étonnant que cela puisse paraître, dans les années 1933-1934, Madrid comptait encore deux loges d’adoption, nommées ‘Hiram y Reivindicacion’ et ‘Amor’, cette dernière ayant vu le jour en décembre 1931.

***

La maçonnerie d’adoption reste comme une étape intermédiaire, celle où des dames peuvent venir dans des réunions d’ordre maçonnique sans posséder tous les droits des maçons.

L’étape suivante est celle de la vraie maçonnerie mixte, appelée co-masonry dans les pays anglo-saxons où elle est également pratiquée. Elle suppose l’initiation à égalité des hommes et des femmes.

Interrogé en 1868 sur la volonté d’initier des femmes dans la loge ‘Le Travail’, le Grand Orient de France sous l’autorité de son Grand Maître Emile Mellinet eut cette réponse peu argumentée: ‘En admettant que rien dans le texte de la loi n’exclut les femmes de la maçonnerie, rien non plus ne dit qu’elles peuvent être admises… Il y a lieu de considérer ladite délibération comme nulle et non avenue et d’interdire à la loge Le Travail d’y donner suite.

L’évolution en France se fit, suite à la rencontre de deux esprits en avance sur leur temps, le franc-maçon Léon Richer et la journaliste Maria Deraismes. Ensemble, ils éditèrent un hebdomadaire à partir de 1869 appelé ‘Le droit des femmes’. En 1878, sur leur élan, un premier Congrès féministe se tint dans la grande salle du Grand Orient de France à Paris. Cette même année, Maria Deraismes présenta une demande de réception qui fut refusée par la loge du Grand Orient de France, ‘La Clémente Amitié’.

En 1879, nous avons vu qu’une dissidence fit s’écarter du Suprême Conseil de France une douzaine de loges qui fondèrent la Grande Loge Symbolique Ecossaise. Cette nouvelle Obédience fut progressiste mais pas en ce qui concerne l’initiation de la femme. Néanmoins, une de ses loges, les Libres penseurs du Pecq, décida de procéder, contre l’avis de l’Obédience, à l’initiation de Maria Deraismes.

L’initiation eut lieu en janvier 1882. Dans la foulée, l’atelier fut radié de l’Ordre avant d’être réintégré, ayant fait amende honorable. C’est ainsi que Maria Deraismes resta un maçon sans loge pendant dix bonnes années.

L’initiation de Maria Deraismes ne passa pas inaperçue, non pas tant par la cérémonie que par le discours que la nouvelle apprentie avait préparé, un discours bien militant: ‘A quel titre la franc-maçonnerie nous a-t-elle éliminées jusqu’à présent ? Détient-elle le monopole des vérités supérieures accessibles aux intelligences d’élite ?...Quelles prérogatives défendent les loges avec un soin si jaloux, si ce n’est celles de la routine ?’ avant d’essayer d’adoucir les frères par cette déclaration : ‘Vous préparez les matériaux d’une véritable démocratie’.

C’est en mars 1893 qu’avec l’aide du docteur Georges Martin, Maria Deraismes procéda en son domicile parisien à l’initiation de treize femmes. Parmi les premières initiées, on note la présence de Marie Bonnevial, la Présidente de la Ligue des Droits des femmes.

Ensemble, M. Deraismes et G. Martin fondèrent une loge baptisée Le Droit Humain. Vénérable Maitre, elle put la présider une dizaine de fois avant de s’éteindre, peu de temps avant que la loge créée ne donne naissance à l’Obédience du Droit Humain. Cette Obédience créa dès 1895 une loge à Lyon (n°2) et une autre à Rouen (n°4). L’Idée d’une fédération internationale pointait déjà le bout de son nez avec l’apparition d’une loge à Zurich (n°3). Après une période de stagnation, furent créées les loges du Havre (n°5) et de Cayenne (n°7) en 1902, cette dernière ne fonctionnant qu’une dizaine d’années. A l’entrée de la première guerre mondiale, le Droit Humain comptait une vingtaine d’ateliers sur sol français. Après la première guerre mondiale et une période de recrutement assidu, c’étaient quatre-vingt ateliers qui composaient cette Obédience en 1939.

Sous l’angle des valeurs, il est utile de noter que, dès sa création, le Droit Humain a mis en avant le thème de la famille. Ainsi, cela n’est pas un hasard si Maria Deraismes fut remplacée à son poste de Grand Maitre par sa sœur Anna ou si le couple George et Marie Martin occupèrent les postes de Grand Maitre et de Grand Orateur conjointement bien des années.

Cependant et logiquement, cette vision matrimoniale ou familiale faisait problème chez les tenants de la franc-maçonnerie conçue comme une voie initiatique individuelle. En effet, il est avancé que l’existence de liens familiaux au sein du temple est de nature à créer des relations inégales.

Paradoxalement, c’est le Grand Orient qui fut la grande entrave à la création d’une Obédience mixte. Cela venait de sa vision de la femme. Le concept de loge d’adoption lui paraissait suffisant car, avec lui, il avait l’impression de garder la mainmise sur la gente féminine.

Par contre, une Obédience mixte indépendante lui semblait un pari osé, voire dangereux car pour beaucoup de frères, les femmes avaient la réputation de n’être pas encore capables de se décider par elles–mêmes. On les disait sous l’influence du clergé catholique dont les sentiments pour la maçonnerie n’étaient pas un modèle d’amour du genre humain. L’assouplissement de cette position ne vint qu’en 1905 lorsque les frères du Grand Orient furent autorisés à visiter les loges mixtes. En 1909, la double appartenance Grand Orient-Droit Humain devint possible.

Le Droit Humain a grandi en tant qu’Obédience Mixte. Cette Fédération Internationale est représentée dans une cinquantaine de pays où elle compte plus de 30.000 frères et sœurs. En Europe, elle était déjà présente en Angleterre en 1902, en Belgique en 1911, en Espagne en 1924. Dans ce dernier pays, l’époque franquiste provoqua l’effondrement que nous avons vu et les loges mixtes ne refirent surface qu’avec les années 1980.

Par ailleurs, le Droit Humain a traversé l’Atlantique dès 1903 pour s’implanter aux USA. Avant la première

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Ce que les gens pensent de Quête Spirituelle TOME II

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