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1000 Aquarelles de Génie

1000 Aquarelles de Génie

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1000 Aquarelles de Génie

Longueur:
1 028 pages
3 heures
Sortie:
8 mars 2018
ISBN:
9781683254508
Format:
Livre

Description

Mélange d’eau et de pigments permettant une grande liberté de facture, l’aquarelle sert souvent aux esquisses préparatoires. Albrecht Dürer est l’un des premiers à l’utiliser. Au XVIIIe siècle, les artistes anglais en font un médium autonome libéré des contraintes académiques. Cette évolution aura un impact considérable pour les générations suivantes. Parmi les artistes les plus célèbres ayant produit des aquarelles, on peut citer Turner, Whistler, Constable, Sargent, Van Gogh, Kandinsky, Klee, ou encore Schiele.
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8 mars 2018
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9781683254508
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ARTISTES

INTRODUCTION

L’aquarelle serait-elle la technique picturale la plus ancienne du monde ? Que ce soit dans les grottes de Lascaux ou sur les peintures rupestres de l’Antiquité en Égypte et en Grèce, des pigments de couleurs délayés à l’eau ont été retrouvés. Au Moyen Âge, les enlumineurs se servaient de couleurs diluées dans l’eau pour illustrer les manuscrits. Ces miniatures sur papier vélin, aux couleurs plus ou moins opaques, sont à l’origine de l’aquarelle moderne telle que nous la connaissons aujourd’hui. Les peintres de la Renaissance italienne utilisaient l’aquarelle pour leurs études préparatoires ou modelli. Léonard de Vinci (1452-1519), par exemple, réalisa un nombre considérable de dessins aux techniques mixtes en utilisant plusieurs médiums complémentaires dont l’aquarelle qui servait à rehausser le trait du dessin.

À la fin du XVe siècle, Dürer (1471-1528) fut le premier artiste de renom à se consacrer pleinement à l’aquarelle : il en produisit plus d’une centaine, ce qui fait de lui le premier grand aquarelliste de l’histoire de l’art. Plus tard, c’est en pratiquant le genre du paysage que les artistes s’approprièrent et comprirent les avantages que la technique pouvait leur apporter pour représenter entre autres les effets de la lumière.

Malgré toutes ces entreprises, le chemin fut long avant que l’aquarelle ne soit considérée comme un art entièrement autonome. Son histoire fut soumise aux goûts et aux avancées techniques des différentes époques. Parfois déconsidérée voire oubliée, il a fallu attendre la fin du XVIIIe siècle pour que soit admise une définition de l’aquarelle. Pendant longtemps, elle apparut donc comme un art infondé, car imprécis. L’aquarelle était vue comme un agrément, un passe-temps, un art d’amateur. Par ailleurs, très peu de textes mentionnent l’existence de l’aquarelle avant le XIXe siècle, ou alors le langage y est très approximatif : en 1757, Diderot (1713-1784) utilisait encore, à tort, le mot « gouache ».

Et pourtant, si le procédé fut longtemps considéré comme inférieur, notamment face à la peinture à l’huile, les peintres n’ont jamais cessé d’utiliser l’aquarelle, et d’en perfectionner la technique. Dürer fut davantage connu pour ses œuvres à l’huile et ses gravures, qui étaient des œuvres de commande ; mais il pratiquait également l’aquarelle qui lui permettait de s’exprimer de manière plus libre et plus spontanée. En France, les aquarellistes furent acceptés au sein de l’Académie royale de peinture et de sculpture sous Louis XVI (1754-1793), dans les dernières décennies du XVIIIe siècle. Quelques années plus tard, en 1804, la création de la Society of Painters in Water Colours (Société de peintres aquarellistes), en Angleterre, officialise l’avènement de l’aquarelle en tant qu’art autonome.

Vers une définition de l’aquarelle

« Dans les anciens manuscrits, on enjolivait le texte d’illustrations et de sujets, exécutés sur vélin ou peau de veau mort-né ; c’est dans ces ouvrages que l’on vit les premières miniatures […] ; ce genre se perfectionna en Italie, en Allemagne et particulièrement en France, où, sous Charles V, il fit de rapides progrès ; mais la découverte de l’imprimerie, en multipliant les livres, fit abandonner les miniatures. Alors, les artistes adonnés à ce précieux genre firent de petits sujets gracieux que l’on encadrait, puis des portraits dont on ornait les bonbonnières, les bracelets et enfin les éventails. Les couleurs y étaient employées à la gouache, c’est-à-dire épaisses et mélangées souvent avec le blanc, ce qui leur donnait un aspect un peu farineux et plâtré.

L’aquarelle a été le résultat perfectionné de la gouache et des miniatures ; son application à une grande variété de genres, s’est généralisée graduellement par la marche de l’art jusqu’à nos jours. »

[Frédéric Auguste Antoine Goupil, Traité d’aquarelle et de lavis en six leçons, 1858]

Le mot « aquarelle » défini comme nous le connaissons aujourd’hui émerge très tardivement dans le langage de l’art. Les mots water-colour en anglais et acquerello en italien – qui donnera aquarelle en français, Aquarell en allemand et acuarela en espagnol – se manifestent tôt dans le langage courant. Ils signifient littéralement « peinture à l’eau ». Néanmoins, c’est seulement au milieu du XIXe siècle que ces différents termes font leur apparition dans nos dictionnaires. C’est la raison pour laquelle le lexique lié à l’aquarelle varie énormément selon les textes. Si nous la considérons comme la technique de la peinture dite « à l’eau » alors la détrempe, la gouache et le lavis peuvent être considérés comme les prémices de l’aquarelle.

C’est pourquoi, il paraît impossible de prétendre à une histoire de l’aquarelle sans d’abord faire appel à ces méthodes plus anciennes.

La détrempe est une technique picturale dans laquelle les couleurs sont mélangées à l’eau, puis diluées au moment de peindre, avec de la colle de peau tiède ou de la gomme. Cette technique a été très en vogue avant l’invention de la peinture à l’huile. Contrairement à l’aquarelle, la détrempe se pratique sur toile ou sur bois. Ainsi, le seul lien qui l’unit à l’aquarelle est qu’elle est considérée comme une peinture dite à l’eau. Le lavis est un procédé tenant du dessin et de la peinture qui consiste dans l’emploi d’un pigment délayé à l’eau, souvent l’encre de Chine. Ce procédé est couramment utilisé tout au long du XVIIe siècle et a eu une influence considérable sur l’aquarelle anglaise du XIXe siècle.

Aujourd’hui, le lavis est considéré comme la principale technique de l’aquarelle en tant que genre pictural, ses couches translucides permettant de rendre les effets du clair-obscur de manière très subtile. Quant à la gouache, c’est certainement la technique la plus proche et la plus indissociable de l’aquarelle. D’une consistance pâteuse, c’est une peinture opaque, faite de couleurs détrempées à l’eau mêlée de gomme.

Aquarelle et gouache ont souvent été utilisées ensemble dans les œuvres. Aussi, pendant longtemps, la distinction entre les deux techniques est restée floue. En anglais, il existe différents termes pour désigner cette technique : gouache, opaque watercolour ou bodycolour. De nos jours, il est courant d’utiliser le mot gouache qui englobe le sens des trois termes. Au XIXe siècle, les aquarellistes anglais soutinrent l’idée selon laquelle l’aquarelle authentique, pour être pure, doit être non gouachée. C’est ainsi qu’aujourd’hui, la définition de l’aquarelle correspond à la technique picturale mélangeant pigments broyés et eau, déposés sur papier et dont l’effet est transparent.

Cette translucidité alors recherchée par les peintres fut le point de départ de recherches stylistiques. En effet, pour ce faire, les peintres firent évoluer les techniques en utilisant de nouveaux outils : couteau, brosse, éponge, chiffon, ongle. L’anecdote sur le tableau Helvoetsluys, Le « Ville d’Utrecht » prenant la mer de Turner (1775-1851) en est un exemple : alors que son œuvre venait d’être accrochée au Salon de 1832, il trouva cette dernière si fade qu’il ajouta, au doigt, une tache rouge dans la mer qu’il transforma en bouée.

Une pratique controversée

« And never yet did insurrection want / Such water-colours to impaint his cause. »

[W. Shakespeare, Henry IV, Part. 1, acte V, sc. 1, vers 1597]

« Jamais révolte n’a manqué / De ces enluminures pour en revêtir sa cause. »

[W. Shakespeare, ibid., trad. F. Guizot en 1863]

« Und niemals fehlten solche Wasserfarben / Dem Aufruhr, seine Sache zu bemalen. »

[W. Shakespeare, ibid., trad. A. Wilhelm Schlegel et D. Tieck en 1800]

En 1597, dans Henry IV, William Shakespeare (1564-1616) utilisa le mot composé water-colours. Les versions anglaise et allemande du vers renvoient au mot « aquarelle » tel que nous l’utilisons aujourd’hui. Or, dans la traduction française, François Guizot (1787-1874) choisit de rendre ce même terme avec enluminures ; et il est vrai que, comme nous l’avons dit précédemment, c’est sous cette forme qu’elle s’est d’abord développée. La traduction allemande, quant à elle, suit le sens littéral du mot anglais Wasserfarben soit « peinture à l’eau » et non Aquarell.

Récemment, le poète français Yves Bonnefoy (né en 1923) proposa une nouvelle traduction de ce même vers : « Jamais certes une insurrection n’a manqué / De ces couleurs d’un sou pour orner sa cause… » Ce choix sous-entend le fait qu’en parlant de water-colours, William Shakespeare fait référence à une peinture bon marché, facile à préparer, abordable tant en terme de prix que de méthode. En effet, la peinture à l’eau a aussi cette réputation d’être une peinture économique : économie de moyen car elle est moins chère que l’huile, économie de temps car elle sèche plus vite et économie de place car, contrairement à l’huile, les artistes peignent généralement sur petit format, sur des cahiers de dessin, etc.

Dès la fin du XVe siècle, la pratique s’intensifie lors des grandes expéditions : elle permettait alors d’ébaucher rapidement les nouveaux paysages et les nouvelles espèces découvertes. Ce procédé a également fait ses preuves dans les études scientifiques : les botanistes, les cartographes utilisaient l’aquarelle sans pour autant être considérés comme des artistes. L’aquarelle était alors un médium d’étude, un savoir-faire.

Aux XIXe et XXe siècles, les peintres orientalistes partirent vers des mondes aux couleurs nouvelles et chatoyantes et, avec quelques tubes d’aquarelle, remplirent frénétiquement leurs carnets de dessins, à l’instar de Paul Klee (1879-1940) qui, lors de son voyage en Tunisie, écrivit dans son journal :

« Tunis, mercredi, 8 avril. La tête pleine des impressions nocturnes de la veille. Art – nature – moi. Tout de suite à l’œuvre, j’ai peint à l’aquarelle dans le quartier arabe. Me suis attaqué à la synthèse de l’architecture de la cité et de l’architecture du tableau. Pas encore à l’état pur, mais effort plein de charme où se mêlent l’ambiance et l’euphorie du voyage : la part du moi. »

[Paul Klee, Journal, 1914]

Art du pauvre, art de l’amateur, art pratique, la peinture à l’eau a longtemps souffert d’un manque de considération de la part des professionnels. C’est au moment où les artistes vont préférer ce médium à celui de la peinture à l’huile que son histoire trouve enfin sa légitimité. L’aventure de l’aquarelle prend une tournure nouvelle ; sa production s’intensifie et se propage. Dès le XIXe siècle, des peintres comme Turner et Delacroix (1798-1863) puis, plus tard, Cézanne (1839-1906), Kandinsky (1866-1944) ou encore Klee, tous salués par la critique, révèlent la beauté inhérente de cet art, la consacrant auprès des artistes et du public. Le signe de cette acceptation grandissante : des œuvres réalisées uniquement au moyen de l’aquarelle commencent à être exposées à côté de peintures à l’huile lors des Salons officiels. Cela est visible dans les commentaires laissés par Baudelaire (1821-1867), dans son Salon de 1846 :

« Ce lion peint à l’aquarelle a pour moi un grand mérite, outre la beauté du dessin et de l’attitude : c’est qu’il est fait avec une grande bonhomie. L’aquarelle est réduite à son rôle modeste, et ne veut pas se faire aussi grosse que l’huile. »

[Charles Baudelaire, Salon de 1846]

Un siècle plus tard, l’artiste Paul Colin (1892-1985) écrit à propos de Johan Barthold Jongkind (1819-1891) :

« Les aquarelles de Jongkind : cette longue période qui va du Nivernais au Dauphiné est celle où il atteint la maîtrise absolue, où le génie de la notation synthétique qu’il possède au plus haut degré et qui l’enrichit lui dicte ses lavis les plus subtils, les plus vivants, les plus inattendus. Chaque feuille est un tour de force, que lui seul peut réussir ; et cependant rien ne semble plus simple, plus évident, plus banal que ces jeux rapides du pinceau où, en quelques traits de bistre, de bleu et de vert se superposant à une structure à peine indiquée, il fixe l’essentiel non seulement du paysage qu’il contemple mais du pays qu’il retient. »

[Paul Colin, J. B. Jongkind, 1931]

L’aquarelle : peinture ou dessin ?

Si l’aquarelle souffre pendant longtemps d’un problème de reconnaissance, c’est aussi à cause de son caractère hybride. Les peintres de la Renaissance utilisaient l’aquarelle pour colorer des dessins, des études, des modelli : on parle alors de « mise en couleur », de « dessins aquarellés », de « lavis topographiques ».

Dans ces cas, elle est considérée comme un médium d’enrichissement. Avant d’être débarrassée du trait du crayon, l’aquarelle est utilisée en supplément d’autres techniques. Difficile dans ce cas d’arriver à se frayer une voie propre. Aussi, l’apparition de nouvelles techniques joua un rôle déterminant dans l’évolution de la technique, l’utilisation de couleurs diluées dans l’eau était moins facile avant l’arrivée des couleurs chimiques et des papiers plus résistants.

« Jamais, à aucune époque, l’aquarelle n’avait pu atteindre cet éclat de coloris ; jamais la pauvreté des couleurs chimiques n’avait ainsi fait jaillir sur le papier des coruscations semblables de pierres, des lueurs pareilles de vitraux frappés de rais de soleil, des fastes aussi fabuleux, aussi aveuglants de tissus et de chairs. »

[Joris-Karl Huysmans, À Rebours, 1884]

L’aquarelle est une œuvre colorée. Si l’on se base sur le débat esthétique du XVIIe siècle communément appelé « la querelle du coloris », alors l’aquarelle se situe dans un entre-deux. Elle aurait l’intelligence supposée du dessin et le charme de la couleur. Néanmoins, cette double compétence n’a pas été tout de suite admise, et cette incertitude a plutôt joué en sa défaveur. Œuvre colorée, s’apparentant donc par nature davantage à la peinture, l’aquarelle se pratique sur papier. Dans les musées, ce type d’œuvres est conservé dans les départements d’arts graphiques, aux côtés des dessins et autres esquisses. Le support papier est donc un élément inséparable de cette technique. C’est, selon Delacroix, ce qui fait que :

« [l]e charme particulier de l’aquarelle, auprès de laquelle toute peinture à l’huile paraît toujours rousse et pisseuse, tient à cette transparence continuelle du papier ; la preuve, c’est qu’elle perd de cette qualité quand on gouache quelque peu ; elle la perd entièrement dans une gouache. »

[Eugène Delacroix, Journal, 1823-1850]

Ainsi, l’objectif de cet ouvrage est donc de comprendre l’histoire complexe de l’aquarelle, d’abord négligée puis consacrée par la critique. De nombreux exemples graphiques participeront à montrer les spécificités et les tendances des époques traversées et la façon dont elle s’est affirmée au fil des siècles jusqu’à devenir un art à part entière. Chaque chapitre, en plus d’expliquer les principaux changements au cours de l’époque abordée, se penchera sur un aspect spécifique de l’aquarelle. Nous découvrirons que tous les grands génies ont pratiqué la peinture à l’eau et que tous ont laissé de merveilleuses œuvres aquarellées qu’il est temps, à présent, de découvrir et redécouvrir.

1. Maître de la reine Mary, Anglais. L’Arche de Noé tiré du Psautier de la reine Mary, vers 1310-1320. Encre sur parchemin. The British Library, Londres. Bas Moyen Âge.

XIVE - XVE SIECLES

Du premier tiers du XIVe siècle jusqu’au milieu du XVe siècle, la guerre de Cent ans (1337-1453) provoqua tension et instabilité dans toute l’Europe, marquant profondément cette période. Malgré les conflits, de puissantes familles participèrent au développement du commerce « international ». Ces échanges entre les différentes cours donnèrent naissance au courant artistique nommé le Gothique International. Les artistes, qui voyageaient de cour en cour, y laissaient également leurs manières, leurs styles et leurs techniques ; tous étaient caractérisés par la recherche du raffinement et la préciosité.

L’enluminure des manuscrits est l’une des pratiques qui connut son plein essor à cette époque. Symbole de cette finesse alors recherchée, elle constitue un pan essentiel de l’histoire de l’aquarelle. Les artistes diluaient de l’encre de couleurs dans de l’eau qu’ils déposaient par touches délicates sur du vélin. Si dans le Psautier de la reine Mary, exécuté vers 1320, les dessins enluminés (ill. 1 et ill. 6) sont peu réalistes, les miniatures des Très Riches Heures du duc de Berry des frères de Limbourg (vers 1385-1416) regorgent de détails, qui sont certes schématiques mais qui témoignent du désir des artistes de représenter la vie quotidienne. Le Mois de mai (ill. 7), par exemple, représente la cavalcade traditionnelle du 1er mai, les nombreuses figures, les bâtiments de l’arrière plan et les données astrologiques qui surmontent le dessin sont exécutés avec minutie. C’est aussi la première fois qu’apparaissent des miniatures en pleine page annonçant la genèse des œuvres aquarellées autonomes. Plus tard, Barthélemy d’Eyck (actif de 1440-1470) aurait terminé le travail des Limbourg sur les Très Riches Heures du duc de Berry avant de se mettre au service de René d’Anjou (1409-1480) pour qui il enlumina le Livre des tournois (ill. 29). Les miniatures de ce dernier sont des dessins à l’encre rehaussés de lavis permettant à l’artiste de jouer avec les effets du clair-obscur : dans la technique employée, ces dernières sont à rapprocher des aquarelles modernes.

Au cours du XVe siècle, l’art septentrional conserva l’empreinte du style gothique international tout en se perfectionnant dans le rendu des effets de la matière, de la nature et des fleurs en particulier. Martin Schongauer (1450/1453-1491) avec son dessin Études de pivoines (ill. 32) offrit une des premières études botaniques. La plante était alors dessinée sous différents angles, en fleurs ou en bouton. Il obtint une coloration subtile en se servant de la technique du lavis et en utilisant la gouache pour mettre en valeur les détails. Schongauer devint ainsi l’un des pionniers de l’étude botanique à l’aquarelle qui se développa au siècle suivant.

En Italie, de nouvelles interrogations virent le jour. La famille des Médicis joua un rôle considérable dans le développement des arts, Cosme l’Ancien (1389-1464) puis Laurent le Magnifique (1469-1492) furent d’importants mécènes qui soutinrent des artistes tels que Sandro Botticelli (1445-1510), Filippino Lippi (1457-1504) et Léonard de Vinci (1452-1519). C’est ainsi que Florence devint la capitale de la Première Renaissance. Cette période se caractérise par de nombreuses innovations, et notamment dans le domaine artistique, avec la découverte des principes de la perspective par Filippo Brunelleschi (1377-1446). Cette méthode permit de créer une illusion plus grande dans la peinture en deux dimensions, en suscitant l’impression d’un espace tridimensionnel. Il s’agissait d’une véritable révolution.

De nouvelles aspirations apparurent également sur le plan intellectuel avec la naissance du mouvement humaniste. Les artistes italiens, s’intéressant autant à la nature qu’à l’homme, célèbrent la beauté des corps, la grâce des traits et l’harmonie des formes. L’art s’émancipe : il n’est plus seulement apprécié à travers le prisme de la religion, mais cherche à se faire le miroir du réel. Pour mieux comprendre la nature qui les entoure, les artistes développent l’art de l’esquisse. Cette phase préparatoire de l’œuvre permettait aux peintres de travailler les différentes vues d’un même objet, et c’est lors de cette étape que certains utilisèrent des pigments colorés délayés à l’eau pour rehausser leurs travaux et leur donner un caractère plus proche de la réalité. Le dessin de Botticelli représentant Pallas (ill. 27) illustre la volonté humaniste de l’artiste qui tente de comprendre les mouvements réels du corps par le dédoublement de la tête de la jeune fille.

Face à l’accroissement des richesses provenant du commerce et parallèlement aux nouvelles problématiques intellectuelles, l’art connaît un renouveau dans les matériaux dont il dispose. C’est à cette époque que les peintres se détournent de la peinture faite à base d’œuf, ou tempera, au profit de la peinture à l’huile. Cette technique était utilisée depuis plusieurs siècles, mais ce n’est qu’au XVe siècle qu’elle se répandit plus largement, d’abord dans le Nord, puis dans le Sud. La peinture à l’huile connut un fort succès et domine encore aujourd’hui les autres procédés picturaux. La technique de l’aquarelle, quant à elle, en est à ses balbutiements ; son histoire débute à peine.

2. Pisanello (Antonio Pisano), vers 1395-1455, Italien. Guêpier d’Europe, perché sur une tige fleurie ; esquisse de pattes d’oiseau, date inconnue. Aquarelle, plume et encre brune, rehauts de blanc, pointe de métal, stylet (pour la tige fleurie), 11,4 x 17,5 cm. Musée du Louvre, Paris. Première Renaissance.

3. Pisanello (Antonio Pisano), vers 1395-1455, Italien. Deux études d’un daim debout, de profil vers la gauche, date inconnue. Pointe du métal, la tête du daim de gauche achevée à l’aquarelle, 20,3 x 25,5 cm. Musée du Louvre, Paris. Première Renaissance.

4. Giovannino de’Grassi, vers 1350-1398, Italien. Deux Jeunes Femmes jouant de la musique, 1380-1398. Plume, encre et aquarelle sur parchemin, 26 x 19 cm. Civica Biblioteca Angelo Mai, Bergame. Gothique international.

5. Giovannino de’Grassi, vers 1350-1398, Italien. Lion mangeant un cerf, 1380-1398. Encre, ombres argentées, tempera blanche et aquarelle sur parchemin, 26 x 19 cm. Civica Biblioteca Angelo Mai, Bergame. Gothique international.

6. Maître de la reine Mary, Anglais. Scène de chasse, tiré du Psautier de la reine Mary, vers 1310-1320. Encre sur parchemin. The British Library, Londres. Bas Moyen Âge.

7. Paul, Jean et Herman de Limbourg, vers 1385-1416, Néerlandais. Le Mois de mai, tiré des Très Riches Heures du duc de Berry, 1410-1416. Manuscrit enluminé, 22,5 x 13,6 cm. Musée Condé, Chantilly. Gothique International.

8. Paul, Jean et Herman de Limbourg, vers 1385-1416, Néerlandais. Miniature accompagnant la prière avant le départ, tiré des Très Riches Heures du duc de Berry, 1410-1416. Manuscrit enluminé, 21,5 x 14,5 cm. Musée Condé, Chantilly. Gothique International.

9. Paul, Jean et Herman de Limbourg, vers 1385-1416, Néerlandais. La Tentation du Christ (montrant Méhun-sur-Yèvre), tiré des Très Riches Heures du duc de Berry, 1410-1416. Manuscrit enluminé, 29 x 21 cm. Musée Condé, Chantilly. Gothique International.

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