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l émancipation féminine et les lieux de sociabilité au XVIIIe siècle
l émancipation féminine et les lieux de sociabilité au XVIIIe siècle
l émancipation féminine et les lieux de sociabilité au XVIIIe siècle
Livre électronique488 pages8 heures

l émancipation féminine et les lieux de sociabilité au XVIIIe siècle

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À propos de ce livre électronique

La Révolution française a supprimé les incapacités légales qui limitaient et entravaient les petits dans le choix d'une profession. Elle a mobilisé les volontés, les vies et les destinées. Elle a autorisé chacun à se faire lui-même sa place dans le monde, à ses risques et périls, à la sueur de son front.
Les femmes seules ont été exclues de ce bénéfice, et cette anomalie les chagrine ou les indigne, à juste titre.
Elles ne peuvent pardonner à la révolution de n'avoir proclamé que les droits de l'homme. Cette anomalie blesse d'autant plus les femmes que, dans les pays qui ne connaissent pas la loi salique, on les admet à remplir la plus haute et la plus difficile des fonctions. On les autorise à régner. Mais il ne nous faut oublier qu'avant la Révolution, les femmes ne restèrent pas sans réagir.
Lorsque Louis XIV tombe malade et meurt en 1715, un vent nouveau va souffler sur la France.
Ce vent se manifeste par l'apparition dans les grandes villes de province et à Paris, de nouveaux centres de sociabilité qui vont proliférer au XVIIIe siècle.Ils sont représentés par les salons, les cafés, les clubs, les loges maçonniques, le noble jeu de l'arc, la paume. Ces sociétés allient le plaisir de la convivialité, l'art de la conversation et de la réflexion.
Dans tout ces lieux les femmes ont non seulement leur place mais elles jouent un rôle majeur avant et sous la Révolution.
Si l'histoire n'évoque que trop peu leur rôle, il fut pourtant essentiel dans l'évolution de la place de la femme dans la société, même si elles ont eu un rôle plus effacé que celui d'Olympe de Gouges.
LangueFrançais
Date de sortie14 mai 2018
ISBN9782322084456
l émancipation féminine et les lieux de sociabilité au XVIIIe siècle
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Auteur

Joel Meyniel

Archéologue, professeur d'histoire, je me consacre à l'écriture depuis dix ans. J'ai publié des articles pour diverses revues historiques et fait des conférences sur divers sujets historiques. Je m'emploie à présent à faire revivre le Moyen Âge au plus proche de sa réalité par l'intermédiaire de romans historiques/policiers.

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    l émancipation féminine et les lieux de sociabilité au XVIIIe siècle - Joel Meyniel

    l émancipation féminine et les lieux de sociabilité au XVIIIe siècle

    (Sans titre)

    (Sans titre)

    DE L’ESCARGOT.

    PARIS, CAPITALE DE LA SOCIABILITÉ.

    Notes

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    Page de copyright

    (Sans titre)

    L’ÉMANCIPATION FÉMININE ET LES LIEUX DE SOCIABILITÉ AU XVIIIe SIÈCLE

    JOËL MEYNIEL

    Photographie de couverture 

    Portrait de famille. J.B. Van Loo. Londres 1740.

    Réalisation de la maquette de couverture : Joël Meyniel.

    © 2017 by Meyniel Joël

    Éditeurs: BoD- Books on Demand,

    12/14 rond-point des Champs Elysées, 75 008 Paris.

    Impression: BoD-Books on Demand, Norderstedt Allemagne.

    ISBN : 9 782 322 084 456

    Dépôt légal : Octobre 2017.

    « Une femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune »

    Olympe de Gouges.

    AVANT-PROPOS

    Louis XIV a fait prévaloir une culture de cour. Versailles devient entre 1664 et 1680, un lieu culturel privilégié, où le roi rassemble les écrivains qui peuvent servir cette politique. Les sciences et la philosophie ne sont pas traitées autrement. La France sert alors de modèle à toute l’Europe par sa littérature, ses manières, ses modes, sa langue, son architecture. Le français est la langue de l’expression, Versailles sert d’idéal. Cette politique culturelle n’est pas dépourvue de lourdeur. Son objectif est de faire entrer dans son jeu tous les intellectuels, à savoir, servir la gloire du règne.

    Dans les derniers mois de la vie de Louis XIV se pratique de plus en plus une forme de résistance à la volonté de puissance monarchique. Plus remarquable, du point de vue de l’autorité immédiate, la contestation s’est élevée à la cour, même jusque dans l’entourage du roi, telle que nous le révèlent à la fois les mémorialistes et les rapports du lieutenant de police sur les salons parisiens où la discussion politique tient une grande place. Les courtisans, que la vie de Versailles lasse et ennuie, s’échappent hors du carcan doré et vont chercher un souffle de liberté et s’amuser à Paris.

    Pourquoi s’étonner, dans ces conditions, qu’un petit clerc de notaire, sans nom et sans titre, Arouet François Marie, ose publier en 1713, une « Ode sur les malheurs du temps » ?

    Dans tous les domaines et à tous les niveaux, l’autorité monarchique se trouve remise en question, au moment où le roi tombe malade, et meurt le premier septembre 1715.

    Son arrière-petit-fils doit lui succéder. Mais celui-ci, le futur Louis XV n’est pas en âge de régner, il n’a que cinq ans et neuf mois. Il est dans l’obligation d’attendre l’âge de sa majorité, fixée à treize ans et un jour.

    Une telle situation est planifiée dans les testaments royaux. Dès le lendemain du décès, en séance solennelle du Parlement de Paris, le Régent désigné, neveu du défunt, Philippe d’Orléans, se fait lire le testament et en refuse les clauses qui limitent son pouvoir, sans ménagement, ni scrupule pour la volonté du roi disparu. Le testament prévoit, en effet, un Conseil de Régence qui laisse une place importante aux ducs de Maine et de Toulouse, bâtards légitimés du roi Louis XIV, fils de Mme de Montespan. Pour obvier à cette importunité, le parlement de Paris casse le testament.

    Alors que la dépouille royale est conduite à Saint-Denis, sans grande pompe, toute une réorganisation se met en place et va remettre en question le modèle absolutiste louiquatorzien.

    Un vent nouveau de liberté souffle sur la France.

    La régence qui s’installe surprend les contemporains par sa liberté de critique dans la parole et l’écrit qui contraste, fortement avec la contrainte policière et les silences de l’époque précédente. Il est certain que les langues se sont déliées à l’automne de 1715, d’autant plus volontiers que le Régent n’affirme aucune morgue, ni un souci outrancier de l’étiquette. Bals et soupers sont certainement des invitations à parler librement, sinon écrire.

    Opposé à l’absolutisme de Louis XIV, le Régent fort cultivé aime les sciences expérimentales, la musique. Il a des aspects de « despote éclairé ». Il donne plus de pouvoir aux nobles qui ont souffert de l’absolutisme, et crée des conseils, conseil du dedans, conseil du commerce, conseil des finances, conseil des consciences à vocation janséniste. Les parlements retrouvent leurs droits de remontrance, les jansénistes emprisonnés sont libérés, une alliance est conclue avec l’Angleterre.

    En réaction contre l’austérité passée, le goût du plaisir, du luxe et de l’argent se déchaînent. À la faveur du pervertissement du pouvoir se répandent des idées nouvelles, aboutissant à une importante évolution des mœurs.

    Déjà à la fin du règne de Louis XIV, « la frùhaufklärung » avec des personnalités aussi différentes que Perrault, Houdar de la Motte, Galland, Fontenelle, Bayle, est une illustration caractéristique, de ce qui peut être considéré comme le premier temps du rayonnement des Lumières en France. La Régence, avec la libéralisation de la politique et des mœurs qui la caractérisent, ne fait que renforcer l’épiphénomène.

    Après trois ans de régence, Philippe d’Orléans doit supprimer les conseils et revenir à une politique apparentée de celle de Louis XIV. Il confie alors le pouvoir à l’abbé Dubois, devenu cardinal en 1722. Il le conservera jusqu’à 1723, date de sa mort. Homme vénal, libertin, hypocrite, intrigant, mais très intelligent, il est un habile diplomate. Pendant cette période se situe la faillite financière de Law, le financier écossais inventeur du papier-monnaie (billet de banque) et de la première inflation. C’est également le début de la colonisation de la Louisiane, La Nouvelle-Orléans.

    Bourgeois et grands seigneurs rivalisent de luxe avec la cour. L’amour des fêtes et des divertissements (déguisements, pantomimes, concerts, comédies de salon) marque les années de la Régence.

    La Régence a son agrément à l’élégance et au luxe du décor, mais aussi au raffinement extrême du savoir-vivre. Elle le doit aussi à cette politesse française alors admirée dans toute l’Europe et surtout au charme d’une conversation à la fois spirituelle et nourrie d’idées.

    Cependant, les hommes de lettres ne participent guère à cette vie fastueuse. La condition des écrivains reste marquée, sur le plan matériel, par la médiocrité et l’insécurité, parce que la propriété littéraire ne fait encore l’objet d’aucune législation et que la censure et les persécutions constituent des risques très réels.

    Les universités apparaissent plus somnolentes que jamais, n’assurant plus leur rôle de centre de la vie intellectuelle. D’autre part, Versailles, créé par et pour Louis XIV, ne représente plus le centre de la vie mondaine. La plupart des nobles y mènent, dans un décor artificiel, une vie de plus en plus difficile financièrement, gaspillant en fêtes et au jeu l’essentiel des revenus de leurs domaines, et les hommes de lettres ne fréquentent que très rarement la cour.

    Les morts de Dubois et du régent à Versailles, en 1723, coïncident avec la majorité du roi. Louis XV devient roi régnant, mais en réalité, c’est le cardinal Fleury qui gouverne. À partir de son accession à la Couronne, c’est l’avènement d’une période de sacralisation où les hommes de lettres acquièrent un prestige social beaucoup plus suréminent qu’au dix-septième siècle. Ils deviennent les interprètes et les véritables orienteurs de l’opinion.

    La vie mondaine prend alors un éclat inconnu jusque-là. Les gens qui se rencontrent se désignent par les termes de « monde », de « bonne compagnie », de « bonne société », voire tout simplement « la société ». Le « monde », ce sont ceux qui fréquentent le monde et, comme le précise le dictionnaire de l’Académie, « le grand monde » dans le langage familier signifie la société distinguée. Certes, le discours de légitimation met en avant la maîtrise des comportements comme fondement de cette « bonne société », mais cette importance des « manières » est elle-même circulaire puisque le « monde » est seul juge des manières du « monde ». Être poli consiste à faire ce que font les gens polis et, s’il existe des règles de politesse, chacun sait qu’on ne devient pas homme du monde en lisant des livres de civilité, mais par une longue socialisation au contact de la bonne compagnie.

    Cet état de choses s’explique par l’apparition à Paris et dans les grandes villes de province, de nouveaux centres de sociabilité. Les hommes de lettres et leur public s’y sentent libres et y ont de l’influence.

    Qu’entend-on par sociabilité ?

    Un bref retour en arrière sur l’histoire de la notion de sociabilité servira de mise au point tout en soulignant d’emblée l’extension, mais aussi les dimensions sous-jacentes possédées par ce mot en français. Jusqu’au second tiers du XVIIIe siècle, les grands dictionnaires, celui de Richelet (1680,1732), celui de Furetière (1690), celui de l’Académie française (1695-1762) ou celui des jésuites de Trévoux (1701,1740), ne connaissent que l’adjectif « sociable ». Adjectif servant à qualifier ceux que la nature a gratifiés de l’aptitude et du goût à la vie en société. Ce n’est qu’avec l’Encyclopédie, article de Jaucourt (1765) que s’opère le passage de l’adjectif au substantif. Mutation sanctionnée avec le retard coutumier en ce genre d’évolution par le dictionnaire de l’Académie, en 1798-1799.

    Entre ces deux dates, un ecclésiastique¹, influencé par les Lumières, a publié le premier traité connu explicitement consacré à la sociabilité. Il la présente comme une composante essentielle, éthique et sociale, de la nature humaine. Rapportée aux évolutions historiques concrètes dégagées par les recherches récentes, cette apparition de la notion de sociabilité, dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, ne laisse pas d’apparaître singulièrement tardive. Elle n’en est pas moins symptomatique d’une extension et d’une prise de conscience de besoins sociaux affectant à leur tour la réalité matérielle.

    Cet essor de la sociabilité, souvent le reflet des déséquilibres et des heurts sociaux, reflète la capacité de la société à proposer en retour à la sphère publique un mode d’organisation plus harmonieux.

    Ces foyers de sociabilité prolifèrent au XVIIIe siècle. Ils sont représentés par les salons, les académies, les cafés, les clubs, les loges maçonniques, le noble jeu de l’arc, la paume. Ces sociétés allient le plaisir de la convivialité, l’art de la conversation et de la réflexion.

    Les salons, tenus par les femmes ont également joué un rôle important avant et sous la Révolution. Le salon est à la fois un espace privé et un espace public, lieu d’échange entre les sexes.

    Si l’Histoire n’évoque que trop peu leur rôle, il fut essentiel dans l’évolution de la place de la femme dans la société, même si elles ont eu un rôle plus effacé que celui d’Olympe de Gouges, vouée à un destin tragique.

    Née en 1748, sous le nom de Marie Gouze à Montauban, elle était connue comme la fille du boucher de la ville, mais était en réalité la fille du puissant Lefranc de Pompignan, noble influent.

    Elle s’éduque seule, vite et mal, ne saura jamais ni bien parler ni bien écrire le français. Mariée à seize ans, elle devient presque aussitôt veuve. Avide de liberté et de célébrité, elle se rend à Paris avec son enfant.

    Elle conservera dès lors sa liberté. À Paris, elle devient une femme galante. Elle se lance malgré son parler approximatif dans la littérature et entreprend la rédaction de pièces de théâtre, qui seront longtemps boudées par la Comédie Française, théâtre officiel sans l’aval duquel le dramaturge n’existe guère. Sans doute aussi parce qu’en plus d’être une femme, elle se positionne comme anticolonialiste et donc comme adversaire du racisme plus largement. Sensible aux injustices, elle ne peut que mener, à côté de ses combats politiques, économiques et sociaux un combat spécifique relatif à l’égalité des sexes. Elle choisit une voie pacifiste pour mener son combat, loin des Enragées de la Révolution auxquelles adhérent Claire Lacombe et Pauline Léon.

    D’après elle, la femme doit être considérée comme citoyenne à part entière. Olympe de Gouges adresse à Marie-Antoinette le préambule du texte, l’implorant de défendre le « sexe malheureux ».

    Mais les actions de cette femme ne se limitent pas à la condition de la femme. Olympe de Gouges s’était engagée dans la Révolution. De plus, elle soutiendra les Girondins à l’aide de ses écrits, et ira jusqu’à défendre le roi Louis XVI.

    Ses actes la mèneront jusqu’à la guillotine, en 1793. Dans sa « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne », elle affirmait « une femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune ».

    Plus tard, elle sera considérée comme l’une des toutes premières « féministes ».

    Mais malheureusement, la société n’évoluera pas immédiatement de concert avec Olympe.

    Comment la femme est-elle perçue pendant le Siècle des lumières ?

    I

    LA CONDITION FÉMININE

    AU XVIIIe SIÈCLE

    Il n’entre nullement dans mes intentions d’avoir la prétention de retracer l’histoire des luttes des femmes pendant une période aussi fertile en événements, l’objectif tenté de faire un tour d’horizon des principales « actrices de cette libération, des principales revendications et des maigres résultats obtenus.

    Le poids des préjugés au XVIIIe siècle.

    Avant la Révolution de 1789, la société française ne voyait la femme que comme étant une propriété de l’homme. Jusqu’au XVIIIe siècle, cet état de fait est peu contesté.

    C’est à partir du Siècle des lumières que la condition féminine est remise en cause par les femmes elles-mêmes, mais aussi par les hommes qui s’intéressent à la place des femmes dans la société comme Diderot et Voltaire.

    Avec Olympe de Gouges, une autre femme des plus célèbres à défendre la condition féminine est Émilie Du Châtelet². Émilie vit dans un milieu ouvert ; ses parents recevaient en effet Fontenelle et le poète Jean-Baptiste Rousseau dans leur salon parisien et elle connut ceux-ci dès l’enfance. Elle doit à son père une éducation qui n’est alors que rarement dispensée aux filles. Lui-même lui enseigne le latin le et, douée pour les études, elle apprend également le grec et l’allemand. Brillante aussi pour la musique, elle apprend à jouer du clavecin. Aimant la danse et le théâtre, qu’elle pratique en amateur, elle aime aussi chanter l’opéra.

    Les questions qu’elles posent alors sont toujours d’actualité.

    — Pourquoi les femmes sont-elles écartées des droits de l’humanité, et surtout pourquoi consentent-elles à être écartées ? Comment les hommes ont-ils obtenu cette hiérarchisation hommes/femmes ?

    — Qui a justifié, qui a combattu cette hiérarchisation ? Quel est l’apport des philosophes des Lumières dans ce débat ?

    — Face aux obscurantistes d’aujourd’hui, comment utiliser les Lumières ?

    N’oublions pas que les femmes jouèrent un rôle important, et même souvent moteur, dans le processus révolutionnaire. Rappelons que c’est la marche de milliers de femmes sur Versailles, les 5 et 6 octobre 1789, qui ramena le roi à Paris et l’obligea à rectifier les décrets du 4 août (Abolition des privilèges).

    Mais les partisans de l’égalité sociale et politique ne sont pas nombreux avant et pendant la Révolution. Leur but est de passer de la nature à la société pour comprendre la femme et dénoncer comme de simples préjugés les descriptions traditionnelles de l’être féminin.

    Dès le XVIIe siècle, François Poulain de la Barre écrit dans « De l’égalité des deux sexes » :

    « Nous sommes remplis de préjugés. [De tous les préjugés, on n’en a point remarqué de plus propre que celui qu’on a communément sur l’inégalité des deux sexes. »

    Malgré leur volonté de lutter contre l’obscurantisme, les philosophes des lumières restent étroits d’esprit quant à la condition de la femme et son accès à l’éducation. Dite inégale physiquement, elle le serait également intellectuellement. Les avis restent cependant partagés. Certains pensent que les femmes ont droit à l’éducation et qu’il n’y a pas de différences entre les deux sexes. D’autres restent sur des idées conservatrices : la femme est inférieure à l’homme et ne doit pas être instruite.

    La condition des femmes au Siècle des lumières est d’un côté marqué par le fait que la plupart des gens du XVIIe siècle considèrent qu’une vie consacrée à tout type d’érudition est en contradiction avec les tâches domestiques que les femmes sont appelées à accomplir. D’un autre côté, plusieurs progrès sont notables, bien que, surtout pour les classes sociales élevées, dans certains domaines lettrés.

    Les femmes étaient exclues des sociétés savantes, des universités et des professions érudites. Les femmes éduquées étaient soit autodidactes, ou avaient eu des tuteurs ou l’éducation d’un père à l’esprit libéral. À l’exception des filles d’artisans qui pouvaient assister leur père au travail, les femmes érudites faisaient aussi partie de l’élite sociale. L’inaccessibilité aux sociétés savantes a entraîné l’inaccessibilité aux instruments scientifiques, tel le microscope. Les restrictions au XVIIIe siècle étaient telles qu’on interdisait aux femmes, ainsi qu'aux sages-femmes, d’utiliser des forceps. Ceci explique que les hommes chirurgiens ont fini par dominer la gynécologie au cours de ce siècle.

    Au XVIIIe siècle, la question de l’égalité des sexes est loin d’être neuve. Avant tout, il est essentiel de rappeler que la société occidentale du XVIIIe siècle est chrétienne. Les mentalités sont forgées de croyances anciennes, sur les femmes notamment. Elle a connu un très grand développement au XVIIe siècle, sur le thème de l’éducation à donner aux filles et la question de savoir si elles avaient une intelligence comparable à celle des garçons même si la société chrétienne européenne a quelque peu évolué, il est des mythes qui perdurent. Ainsi en est-il du mythe de la femme créée non en même temps que l’homme, mais à partir de l’homme… Sur ce mythe repose l’essentiel du comportement des hommes à l’égard des femmes : la femme doit tout à l’homme, elle lui est soumise… Sans oublier qu’elle est le symbole du malheur du genre humain : en effet, n’est-ce pas, Ève qui, dans la mythologie judéo-chrétienne, incita Adam à manger le fruit interdit ?

    La femme, tentatrice, fatale, regardée comme faible est, depuis des temps très anciens, accusée comme cause de nombreux malheurs. À la veille de la Révolution française, les mentalités n’ont pas beaucoup changé…

    Les femmes ne sont pas considérées comme de vrais individus pour les hommes de cette époque.

    Elles doivent se contenter d’une activité domestique, extérieure à la société civile, et sont donc considérées comme des mères ou ménagères, loin des fonctions sociales que certaines désirent. Cette identification de la femme à la communauté familiale la dépouille de son individualité. La femme est le principe spirituel (l’âme) du foyer, l’homme en est le principe juridique. Le cantonnement de la femme à la sphère privée s’accentue lorsque l’homme est reconnu dorénavant, avec la Révolution, comme un sujet autonome, participant directement à la souveraineté politique.

    Madame Roland³ disait :

    — « En vérité, je suis bien ennuyé d’être une femme : il me fallait une autre âme, ou un autre sexe, ou un autre siècle. Je devais naître femme spartiate ou romaine, ou du moins homme français. [Mon esprit et mon cœur trouvent de toute part les entraves de l’opinion, les fers des préjugés, et toute ma force s’épuise à secouer vainement mes chaînes.]"Ô Liberté, idole des âmes fortes, aliment des vertus, tu n’es pour moi qu’un nom ! " »

    Cette position n’est toutefois pas unanime. Certains, et ne venant pas nécessairement des bords les plus progressistes, mettent en avant les capacités intellectuelles et scientifiques des femmes, par exemple Richard de Bury dans son « Histoire abrégée des philosophes et des femmes célèbres. » (1773).

    Quelques hommes et femmes des Lumières s’offusquent des discours discriminants. En 1759, d’Alembert dénonce « l’esclavage et l’espèce d’avilissement où nous avons mis les femmes ». De son côté, en 1772, Diderot (Sur les femmes) s’insurge contre le traitement qui leur a toujours été réservé :

    « Dans toutes les contrées, la cruauté des lois civiles s’est réunie à la cruauté de la nature. Elles [les femmes] ont été traitées comme des enfants imbéciles ».

    Avec Antoine Caritat, marquis de Condorcet, le mouvement féministe trouve dès 1787 son avocat le plus convaincant, mais aussi le plus décevant. Celui-ci proclame :

    « Je crois que la loi ne devrait exclure les femmes d’aucune place. Songez qu’il s’agit des droits de la moitié du genre humain. »

    Condorcet épouse avec ardeur la cause de tous les opprimés (esclaves, juifs, protestants) et notamment la cause des femmes. C’est que le marquis de Condorcet est fils unique et orphelin de père, et a été élevé et couvé par une mère aimante et exclusive. En 1789, il trouve une spécialité dans l’éducation dont il sera à la Convention l’avocat visionnaire. Il dit ainsi :

    « Ce n’est pas la nature, c’est l’éducation, c’est l’existence sociale qui cause cette différence […] il est donc injuste d’alléguer, pour continuer de refuser aux femmes la jouissance de leurs droits naturels, des motifs qui n’ont une sorte de réalité que parce qu’elles ne jouissent pas de ces droits. »

    L’inégalité apparente des femmes se fonde donc selon lui sur le manque d’instruction dont elles sont victimes. Condorcet ouvre ainsi la voie aux féministes du XIXe qui centreront leur lutte sur l’accession des filles à l’instruction. Parallèlement à son combat pour l’instruction des femmes, Condorcet met l’accent sur leurs droits politiques. Les femmes doivent voter, car aucune caractéristique naturelle ne peut constituer une contre-indication. Tous les féministes de la période révolutionnaire développent le même argument.

    Ce qui est en cause dans les débats, c’est moins la question de l’égalité des droits que celle des relations sexuées dans la société et le mariage : comme le souligne Mme de Coicy dans les femmes comme il convient de les voir (1785), « Toute la différence qui est entre eux se trouve dans les organes qui sont nécessaires à la production de l’espèce, ce qui n’a rien de commun avec l’entendement ».

    Refusant le diktat du corps et le déterminisme biologique, s’appuyant sur les nombreux exemples de femmes illustres, certaines soulignent les similitudes intellectuelles des hommes et des femmes et en déduisent des droits égaux à l’instruction, à la citoyenneté, à la gouvernance et à l’accès à tous les secteurs de la société (travail, arts, sciences). Plusieurs se retrouveront au cœur de la Révolution française, comme Olympe de Gouges, Germaine de Staël, Fanny de Beauharnais ou le marquis de Condorcet et son épouse, Sophie de Grouchy.

    L’ouverture à tous des concours et l’anonymat obligatoire des soumissions garantissaient l’impartialité du jugement eu égard au sexe et au rang social des candidats. En dépit de l’appartenance de la « vaste majorité » des participants aux couches les plus riches de la société (« les arts libéraux, le clergé, la magistrature et la profession médicale »), il existe des cas de membres de la classe populaire à avoir soumis des essais, et même à les avoir remportés.

    Un nombre important de femmes ont également participé et remporté des concours.

    Sur un total de 2 300 concours dotés de prix proposés en France, les femmes en ont remporté, la majorité à des épreuves de poésie. Ce chiffre est certes faible par rapport aux normes modernes, mais très important à une époque où la plupart des filles ne recevaient pas de formation scolaire avancée sauf, justement, dans un genre comme l’art poétique.

    Si les normes sont particulièrement contraignantes pour toutes les femmes, les pratiques sont moins rigides, car, dans toutes les classes sociales, des femmes ont essayé et ont réussi à échapper à l’enfermement domestique et à s’insérer dans l’espace public. (Eugène Decalcroix, La Liberté guidant le peuple, L’Amour au petit point, Femmes entre elles dans un salon ; on boit du thé, du café ou du chocolat ; on parle potins, voisins et enfants). Certaines occupent des fonctions régaliennes (impératrices, gouvernantes), sauf en France, où la loi salique les en exclut. Dans les classes aisées, les femmes accèdent à des formes de savoir, à une culture scientifique, d’autres (souvent veuves) dirigent des exploitations agricoles parfois importantes et dans les villes, certaines s’affirment comme de véritables femmes d’affaires (commerce et banques). Des religieuses ont réussi à s’imposer à la tête d’abbayes importantes, qu’elles dirigent d’une main de fer. Dans le peuple, la majorité des femmes constitue une main-d’œuvre nombreuse, marchande, artisane, domestique ou ouvrière, moins bien payée que les hommes.

    En France, la mixité dans les lieux de sociabilité est plutôt réussie au XVIIIe. Des femmes cultivées et intelligentes deviennent des partenaires avec qui on peut remettre en question des causes d’actualité : la religion, la politique, les sciences… Mais malgré la grande utilité que l’on trouve aux femmes, leur savoir n’est pas reconnu comme normal et suscite de nombreuses réflexions comme le fait qu’elles pourraient contribuer à un mouvement révolutionnaire important… Ou tout simplement être plus intelligentes que l’homme lui-même.

    « On les montre comme étant Impénétrables dans la dissimulation, cruelles dans la vengeance, constantes dans leurs projets, sans scrupule sur les moyens de réussir, animées d’une haine profonde et secrète contre le despotisme de l’homme, il semble qu’il y ait entre elles un complot facile de domination, une sorte de ligue, telle que celle qui subsiste entre les prêtres de toutes les nations. »

    Mais cette mixité ne semble pas convenir à tous. En effet, en Angleterre la constitution nationale révèle un aspect réfractaire à la séduction comme le confirme cet extrait :

    « Toutes les femmes qui séduiront ou amèneront au mariage les sujets de Sa Majesté au moyen de parfums, peintures, dents postiches, perruques, rembourrages aux hanches et à la poitrine encourront le délit de sorcellerie et le mariage sera automatiquement annulé. »

    Cependant, des auteurs comme Choderlos de Laclos répandent des idées novatrices et révolutionnaires. Ils exigent des femmes une éducation correcte qui ne la ferait plus dépendre de l’homme.

    « Mais si au récit de vos malheurs et de vos pertes, vous rougissez de honte et de colère, si des larmes d’indignation s’échappent de vos yeux, si vous brûlez du noble désir de ressaisir vos avantages, de rentrer dans la plénitude de votre être, ne

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