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Dracula
Dracula
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Livre électronique270 pages2 heures

Dracula

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À propos de ce livre électronique

La redécouverte de la légende est l’œuvre de Bram Stoker. Son Dracula (1887) reste un mythe moderne, teinté de romantisme macabre. Créé à l’époque victorienne, il était éloigné de sa source d’inspiration ou du filon populaire (les « vrais vampires»). Stoker a choisi le nom de Dracula pour sa sonorité. Il n’était pas loin du patronyme du prince dont le père, Vlad Dracul, portait les armes de l’Ordre occidental du Dragon (drac : diable, en roumain).
Revu et corrigé depuis le début du siècle par le cinéma (Murnau, Bela Lugosi, Christopher Lee, Francis Ford Coppola) et aujourd’hui par la science-fiction et la bande dessinée, le mythe de Dracula a quelque chose en plus : il sublime deux tabous, le sang et le sexe.
L’histoire, la légende, le mythe sont trois raisons suffisantes pour en faire un ouvrage fascinant qui est richement illustré de documents rarissimes.
LangueFrançais
Date de sortie22 août 2018
ISBN9781644616208
Dracula
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Auteur

Elizabeth Miller

Spinning and Weaving’s Contributing Editor, Elizabeth Miller, is a Chicago feminist activist who runs the Chicago Feminist Salon and co-organized the Women in Media Conference, a radical feminist conference held in Chicago in 2018. In recent years, she worked on the successful campaigns to get the U.S. Equal Rights Amendment ratified in Illinois and to enact Illinois House Bill 40, which ensured that abortion will remain legal in Illinois even if the U.S. Supreme Court overturns Roe v. Wade. Among other projects, she is currently working with the U.S. radical feminist organization Feminists in Struggle to lobby Congress to pass legislation protecting women’s sex-based rights and the rights of lesbian, gay, bisexual, and gender non-conforming people, organizing two other radical feminist conferences in the United States, and running several large radical feminist social media pages and groups.

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    Aperçu du livre

    Dracula - Elizabeth Miller

    Notes

    1. Portrait de Vlad l’Empaleur, XVe siècle, huile sur toile. Vienne, Kunsthistorisches Museum.

    CHAPITRE I

    DRACULA LE VOÏVODE

    Le terme Dracula évoque pour la plupart des gens l’image du vampire, immortalisée dans le roman Dracula (1897) par l’écrivain irlandais Bram Stoker. Mais derrière ce nom se cachent deux grandes traditions : le vampire folklorique et littéraire qui aboutit au roman de Stoker, et l’histoire d’un prince de Valachie du quinzième siècle, mieux connu en Roumanie sous le nom de Vlad Tepes (Vlad l’Empaleur). Alors que beaucoup d’occidentaux sont surpris de découvrir qu’il y a eu réellement un Dracula et sont intrigués par le fait qu’il soit encore considéré comme un héros national, autant de Roumains sont consternés de voir que leur Voïvode est confondu avec les légendes de vampires. La meilleure façon de démêler ces incongruités est d’explorer séparément l’histoire de Dracula le Voïvode et celle de Dracula le vampire, pour comprendre comment chacun a eu son propre impact sur la culture contemporaine, et pour déterminer la nature exacte du lien entre ces deux personnages.

    2. La Bataille de Posada où, en 1330, Basarab I, fondateur de la Valachie, repousse l'invasion de l'armée hongroise, enluminure, in La Chronique peinte de Vienne, débutée aux alentours de 1358.

    HISTOIRE ANCIENNE DE LA VALACHIE

    Les origines de la Valachie remontent à la fin du treizième siècle lorsque les Roumains (descendants des anciens Daces) émigrèrent vers le sud de la Transylvanie en passant par la chaîne des Carpates pour aller vers les vallées et les plaines. Généralement considéré comme le fondateur de ce nouvel état au quatorzième siècle, Basarab I repoussa une invasion de l’armée hongroise à Posada en 1330. Son œuvre fut développée et consolidée plus tard par des souverains comme Nicolae Alexandru et Vladislav-Vlaicu. Vers 1385, la Valachie était un état vraiment distinct et indépendant, avec une capitale, établie à Tirgoviste. L’autorité religieuse dominante en Valachie était l’église orthodoxe roumaine. Bien quelle eût des relations avec les autorités centrales orthodoxes de Constantinople, l’église roumaine était essentiellement autonome, avec son propre évêque dont le siège était situé dans la capitale valaque d’origine, Curtea-de-Arge, où Basarab I avait bâti la première église. Le premier Métropolite de Valachie, Iachint, fut nommé officiellement en 1359. En outre, répartis dans toute la Valachie se trouvaient plusieurs monastères qui étaient les centres du pouvoir aussi bien temporel que spirituel. Beaucoup des premiers voïvodes ont soutenu les monastères par le biais d’importantes dotations. Il subsistait également quelques vestiges du catholicisme romain sous la forme de quelques abbayes, mais cette croyance était beaucoup plus importante dans le Nord, en Transylvanie. L’Eglise Catholique avait très peu de pouvoir et d’influence en Valachie.

    Elle y était en effet considérée avec suspicion, dans la mesure où elle représentait la croyance religieuse des étrangers, dont les Allemands et les Hongrois.

    L’histoire de la Valachie au cours des siècles suivants est inextricablement liée à la présence en Europe du Sud-Est de l’Empire Ottoman. Les Turcs envahirent l’Europe pour la première fois en 1353, sommés par les empereurs byzantins qui voulaient de l’aide pour éloigner les dangers des Balkans (tout particulièrement serbes) qui menaçaient leur souveraineté. Une fois en place, les Turcs développèrent leurs propres ambitions expansionnistes. Vers 1371, ils occupaient une grande partie de la Bulgarie, et ils obtinrent une victoire importante sur la Serbie dans la décisive Bataille du Kosovo (1389), étendant ainsi leur sphère d’influence jusqu’au Danube. Même si les envahisseurs ne forçaient pas leurs nouveaux sujets à abandonner leur religion chrétienne orthodoxe, ils recrutaient le meilleur de la population des jeunes hommes, les convertissaient à l’Islam et les incorporaient dans l’armée turque. Ils purent ainsi s’assurer une prise qui devait changer le cours de la politique intérieure et extérieure de la région pour plusieurs siècles.

    3. Europe centrale et orientale. Carte française, XVIIIe siècle.

    4. Fresque du monastère de Cozia, représentant Mircea Voïvode.

    5. Le site du monastère de Cozia.

    6. L’ Église princière de Curtea de Arges.

    MIRCEA CEL BATRIN ET VLAD DRACUL

    Le plus connu des premiers dirigeants de la Valachie fut le grand-père de Vlad Dracula, Mircea cel Batrin. (Le dirigeant de la Valachie portait le titre de Voïvode, un mot d’origine slave, utilisé en Roumanie pour le chef d’une principauté, pour un chef militaire ou pour un chef suprême.) Mircea réussit à renforcer un état de Valachie étendu, qui comprenait en gros la partie de la Roumanie actuelle comprise entre la chaîne sud des Carpates et le Danube. Mais l’ensemble de son règne fut dominé par des combats contre l’Empire Ottoman. Malgré un certain nombre de succès remarquables, il fut finalement contraint de reconnaître le contrôle turc et il accepta de payer un tribut au sultan. Mais il réussit à maintenir, contrairement à ses voisins des Balkans, un certain degré d’autonomie pour la Valachie: une Eglise indépendante, la détention des terres par les boyards, et le rejet d’une occupation turque permanente du territoire de la Valachie.

    Mircea mourut en 1418 et fut enterré au monastère de Cozia, situé dans la vallée de la rivière Olt, où sa tombe est encore visible de nos jours. Un vitrail le montre avec son seul fils légitime, Mihail, qui partagea le pouvoir avec son père pendant plusieurs années. Désigné par un historien grec comme le Voïvode débauché de Valachie, Mircea laissa derrière lui un certain nombre d’enfants illégitimes, chose qui, en l’absence de toutes règles de succession claires, allait avoir des conséquences significatives. Le conseil des boyards (noblesse) avait en effet le pouvoir de choisir comme voïvode tout fils d’un prince régnant. En conséquence, les disputes entre factions étaient courantes, dans la mesure où les branches de la famille se battaient sans cesse pour le trône de la Valachie. La mort de Mircea conduisit donc, sans surprise, à une incroyable lutte pour le pouvoir. La mort de Mihail, qui survint deux ans après celle de son père, engendra des revendications rivales non seulement de la part de ses enfants illégitimes, (dont Vlad, le père de Vlad Dracula) mais également de la part de Dan, le fils de l’un des frères de Mircea. Ceci fut le début de ce que les historiens appellent la querelle Dracula-Dane ti, une lutte qui devait jouer un rôle majeur dans l’histoire de la Valachie du quinzième siècle.

    Vlad père avait passé la plupart de sa jeunesse à la cour du roi Sigismond à Buda et à Nuremberg où il avait reçu une éducation et une culture dignes d’un personnage royal. Après la mort de son père et de son frère Mihail, il avait des vues sur le trône. Il ne réussit pas immédiatement, car il était en compétition avec son cousin Dan et avec son demi-frère Alexandru. Mais les ambitions de Vlad reçurent un soutien considérable en 1431, lorsque Sigismond (le Saint Empereur Romain) lui fit un honneur très singulier.

    A l’époque, Vlad avait la charge militaire de commandeur frontalier, avec la responsabilité de protéger les passages montagneux entre la Transylvanie et la Valachie contre une invasion ennemie. Sa résidence se trouvait à Sighi oara, une ville de Transylvanie qui était l’ancien siège du pouvoir saxon. Avec ses rues, ses murs épais de citadelle et ses tours défensives, elle reste l’une des villes médiévales les mieux préservées de l’Europe entière. Près de son point central, une tour d’horloge sur la place principale, se trouve la maison dans laquelle Vlad résida, ainsi qu’un petit musée d’objets datant du quinzième siècle. Aujourd’hui, la maison porte une petite plaque sur laquelle on peut lire : Casa Vlad Dracul In aceasta casa a locuit între ani 1431-1435 domnitorul Tara Romane ti VLAD DRACUL fiul lui Mircea cel Batrin (Dans cette maison vécut entre 1431 et 1435 le chef de la Valachie Vlad Dracul, fils de Mircea Le Vieux.)

    7. Mircea Cel Batrin, grand-père de Vlad Tepes, souverain de Valachie (1386-1418), représentation du.

    8. Vue de Târgoviste, capitale de la Valachie au temps de Vlad Tepes.

    9. Maison de Vlad Dracul à Sighisoara, en Transylvanie.

    Au cours d’une restauration qui eut lieu dans les années 1970, une peinture murale fut découverte sur laquelle était peinte une silhouette que les historiens pensent bien être celle de Vlad Dracul ; si tel est le cas, il s’agit du seul portrait existant du père de Vlad Dracula.

    En 1431, Sigismond convoqua donc à Nuremberg un certain nombre de princes et de vassaux qu’il jugeait utiles pour des alliances à la fois politiques et militaires. Son objectif premier était d’introduire le groupe dans l’Ordre du Dragon. L’un de ces princes était Vlad. Grâce à des recherches récentes menées par l’historien roumain Constantin Rezachevici, on connaît désormais beaucoup de choses concernant les origines, la nature et l’iconographie de cet Ordre (Nom germanique Drachenordens et nom latin Societatis draconistrarum). Il s’agissait en fait d’une institution, similaire aux autres ordres chevaleresques de l’époque, créée sur le modèle de l’Ordre de St George (1318). Il fut créé en 1408 par Sigismond (alors qu’il était encore roi de Hongrie) et par sa femme la reine Barbara Cilli, principalement pour la protection de la famille royale.

    Les statuts qui survécurent sur une copie datée de 1707 indiquent que l’Ordre exigeait également de ses initiés qu’ils défendent la Croix et qu’ils se battent contre les ennemis, principalement les Turcs. L’Ordre d’origine comprenait vingt-quatre membres de la noblesse, dont certains personnages notoires comme le roi Alfonso d’Aragon et de Naples, et Stefan Lazarevic de Serbie. Il adopta pour symbole en 1408 l’image d’un dragon circulaire dont la queue est enroulée autour du cou. Sur son dos, du bas de son cou jusqu’à sa queue, se trouve la croix rouge de St George avec en arrière plan un fond argenté. Avec l’expansion de l’Ordre, d’autres symboles furent adoptés, tous des variations autour du thème du dragon et de la croix. Par exemple, une classe de l’Ordre utilisait un dragon étranglé par une croix drapée sur son dos ; une autre présentait une croix perpendiculaire à un dragon enroulé portant les inscriptions O quam misericors est Deus (verticale) et Justus et paciens (horizontale). Il existait également d’autres emblèmes de l’Ordre comportant un collier et un sceau, affichant toutes différentes formes du motif du dragon.

    Vlad fut apparemment fier de cette réussite. Plus tard, il fit frapper de la monnaie sur laquelle on pouvait voir sur une face un dragon ailé, similaire à la peinture de Paolo Uccello Saint Georges et le Dragon (Italie). Ses

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