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La Fille de la Mer et du Ciel

La Fille de la Mer et du Ciel

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La Fille de la Mer et du Ciel

Longueur:
418 pages
5 heures
Sortie:
Dec 18, 2018
ISBN:
9781547561384
Format:
Livre

Description

Un regard provocateur sur la frontière entre foi et fantasie, fanatiques et disciples, religion et raison.

Vainqueur du Prix "Pinnacle Book Achievement Award", Automne 2014 - Meilleure Fantasie
Vainqueur du Prix "Awesome Indies Seal of Excellence"

"Il n'y a que deux façons de vivre sa vie. L'une en faisant comme si rien n'était un miracle, l'autre en faisant comme si tout était un miracle." ~ Albert Einstein

Enfants de la République, Héléna et Jason étaient inséparables plus jeunes, jusqu'à ce que leurs chemins ne fussent séparés par le destin. Le deuil et le devoir déraillèrent les plans d'Héléna, et Jason en vint à détester la superficialité de ses ambitions.

Ces deux âmes en peine sont réunies quand un petit bateau venant des Terres Saintes s'écrase sur les rochers près de la maison d'Héléna, après un impossible voyage au travers de l'océan interdit. A bord, une seule passagère, une fillette de neuf ans nommée Kailani, qui se surnomme La Fille de la Mer et du Ciel. Une nouvelle et dangereuse cause unit de nouveau Jason et Héléna, quand ils jurent de protéger l'innocente perdue de la colère des autorités, sans compter les risques pour leur futur et leur liberté.

Mais la mystérieuse enfant est-elle une fillette perturbée désireuse de rentrer chez elle ? Ou est-elle une puissante prophétesse envoyée pour saper les fondements d'une République impie, comme le chef hors-la-loi d'une secte religieuse illégale voudrait leur faire croire ? Quelle que soit la réponse, elle les changera à jamais... et peut-être leur monde également.

Sortie:
Dec 18, 2018
ISBN:
9781547561384
Format:
Livre

À propos de l'auteur


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Aperçu du livre

La Fille de la Mer et du Ciel - David Litwack

Droits d’Auteur

www.EvolvedPub.com

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La Fille de la Mer et du Ciel

(The Daughter of the Sea and the Sky)

Droits d’Auteur © 2014/2018 David Litwack

Présentation et formatage de la couverture de Mallory Rock

Design d'intérieur de Lane Diamond

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Edité de Lane Diamond

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Traduit en français de Marie Soubie Koutouzis

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Notes sur la licence du livre électronique:

Vous ne pouvez pas utiliser, reproduire ou transmettre de quelque manière que ce soit tout ou partie de ce livre sans autorisation écrite, sauf dans le cas de brèves citations utilisées dans des articles et revues critiques, ou conformément aux lois fédérales sur l'utilisation équitable. Tous les droits sont réservés.

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Avertissement:

Ceci est une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les lieux et les incidents sont des produits de l’imagination de l’auteur, ou l’auteur les a utilisés de manière fictive.

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THE SEEKERS

Livre 1: The Children of Darkness

Livre 2: The Stuff of Stars

Livre 3: The Light of Reason

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The Daughter of the Sea and the Sky

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www.DavidLitwack.com

Dédicace

Pour Peter et Kévin,

Et les fils et filles du monde entier.

Table des Matières

Page de Titre

Droits d’Auteur

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Dédicace

Prologue

Chapitre 1 – Un Bateau Là Où Nul N’Aurait Dû Etre

Chapitre 2 – Le Département de la Séparation

Chapitre 3 – Jason

Chapitre 4 – Une Promesse Différente

Chapitre 5 – La Nature de l’Esprit

Chapitre 6 – Les Terres Saintes

Chapitre 7 – Un Episode Irrationnel

Chapitre 8 – Choix

Chapitre 9 – Doux-Amer

Chapitre 10 – Un Cas des Plus Inhabituels

Chapitre 11 – Un Café Louche

Chapitre 12 – Le Royaume du Nord

Chapitre 13 – Sébastian

Chapitre 14 – La Ferme de l’Aigle du Vallon

Chapitre 15 – Un Bateau Perdu

Chapitre 16 – Benjamin

Chapitre 17 – L’Esprit du Vent

Chapitre 18 – Le Récit de la Fille

Chapitre 19 – De la Poussière dans un Rayon de Soleil

Chapitre 20 – Une Côte Lointaine

Chapitre 21 – Un Serpent dans le Jardin

Chapitre 22 – Braises Ardentes

Chapitre 23 – La Bénédiction du Vent

Chapitre 24 – L’Invité Admiratif

Chapitre 25 – Folie

Chapitre 26 – Angles Morts

Chapitre 27 – Un Appel à l’Action

Chapitre 28 – Vision Périphérique

Chapitre 29 – Premières Neiges

Chapitre 30 – Le Secrétaire des Sans-Âmes

Chapitre 31 – Un Bon Fontionnaire

Chapitre 32 – Un Refuge pour Âmes Perdues

Chapitre 33 – Un Appel aux Armes

Chapitre 34 – Ennemis

Chapitre 35 – Alliés

Chapitre 36 – Rumeur de Guerre

Chapitre 37 – Etat de Siège

Chapitre 38 – Perdu et Retrouvé

Chapitre 39 – Aussi Simple que des Pierres

Chapitre 40 – Une Caravane dans les Bois

Chapitre 41 – Confrontation

Chapitre 42 – Au Pays de l’Inconnu

Chapitre 43 – Une Scène de l’Apocalypse

Chapitre 44 – La Porte de l’Asile

Chapitre 45 – Une Rencontre des Mondes

Chapitre 46 – L’Apocalypse Arrive

Epilogue

A propos de l’Auteur

Plus de Evolved Publishing

Il n'y a que deux façons de vivre sa vie. L'une en faisant comme si rien n'était un miracle, l'autre en faisant comme si tout était un miracle. ~ Albert Einstein

Prologue

Le Ministre du Commerce grimpait péniblement vers la bâtisse en acier au sommet du pont de terre, un chemin qu'il avait déjà gravi plus d'une centaine de fois. Mais jamais auparavant la montée ne lui avait semblé aussi raide. Le pont terrestre était un bandeau d'argile rouge que les deux gouvernements avaient nettoyé du peu de végétation qui parvenait à pousser là.  Le camp militaire était encerclé d'une barrière de métal noir, surmontée de piques acérées. La seule façon d'y accéder était par deux portes, l'une à l'est, l'autre à l'ouest. Elles étaient surnommées les portes de l'asile, car tout réfugié qui en franchissait le seuil, même de justesse, pouvait réclamer le droit d'asile de l'autre côté. Le centre de rencontre se trouvait au sommet de la colline ; les couleurs vertes et blanches de l'édifice, jadis neuf et étincelant, étaient à présent estompées jusqu'au gris. Pas étonnant. Il avait été construit cinquante-deux ans plus tôt, dans le cadre du Traité de Séparation. Le temps était peut-être venu de le démanteler et d'en construire un nouveau, ou au moins de passer une nouvelle couche de peinture.

La bâtisse était à cheval sur une frontière délimitée et représentait le seul point de contact entre le peuple du ministre et les sans-âmes, deux races séparées — mis à part en temps de guerre — depuis la Grande Fracture.  C'était du moins l'histoire prêchée par les senkyosei du haut de leurs chaires. Selon eux, le Seigneur Kanakunai, créateur de l'Esprit, en réponse à la folie de la raison, avait fracturé le monde en deux masses terrestres identiques : les Terres Saintes pour les croyants et la République pour les sans-âmes. Ces deux terres, Il scinda d'un océan, ne laissant qu'une fine langue de terre à sa surface, comme une trachée est relié aux deux poumons.

Mais comme les senkyosei aimaient à dire, seul un côté est pourvu d'un cœur.

Le Ministre du Commerce était un jeune bureaucrate lors de sa première rencontre avec les sans-âmes, venu évaluer les réfugiés requérant transmigration vers les Terres Saintes. A l'époque, il lui avait fallu deux jours pour traverser le pont terrestre. Il était arrivé fatigué et poussiéreux, un mendiant. Aujourd'hui, il était venu accompagné d'un entourage et le voyage avait pris moins de trois heures grâce à la technologie qu'il avait négociée avec l'autre camp — un wagon motorisé sur une route nouvellement pavée. L'importation de telles inventions comptait parmi ses plus grandes réussites et avait amélioré la vie de son peuple, mais cela avait aussi généré une immense fortune pour beaucoup, de l'autre côté de la frontière. À présent, il n'était plus un mendiant à leurs yeux, mais un égal.

Une fois la cabane atteinte, il attendit patiemment, les bras levés, le temps que des gardes de la République le fouillassent, à la recherche d'armes et, plus grand danger encore, une quelconque forme d'écriture. Ses propres gardes étaient en train d'exécuter la même procédure pour le sans-âme de l'autre côté de la frontière. Une fois passée la fouille, il rentra.

Des sous-fifres de chaque race se disputaient encore la position de la table de conférence.

Il observa les délibérations tandis que la table était poussée tantôt d'un côté ; tantôt de l'autre afin de s'assurer de sa position précise sur la frontière. Les représentants des sans-âmes mesuraient à l'aide de leurs instruments, toujours plus de merveilles inutiles imaginées par le culte de la raison. Son peuple avait une approche différente : ils évaluaient à vue de nez la ligne intersectant le sol pour ensuite prier que leur dû légitime leur fût accordé.

Une fois les deux parties satisfaites, il prit sa place et patienta. Cette rencontre avait été organisée à sa demande et donc, selon le protocole, il était entré le premier. Après une douloureuse minute, la porte du mur opposé s'ouvrit. Deux hommes robustes entrèrent dans la pièce et prirent position de part et d'autre d'un fauteuil en cuir.  Malgré le fait qu'ils ne soient pas armés, ils paraissaient plus que capables de se défendre à mains nues.

Pendant son attente, sa bouche s'était asséchée et les paumes de ses mains avaient commencé à suer. Il prit une gorgée d'un verre d'eau posé sur la table et sortit un mouchoir de la poche de son costume pour s'essuyer les mains.  Il avait rencontré à maintes occasions des officiels de haut-rang de la République, ceux responsables de l'éducation, de la culture, ou du commerce, mais jamais encore un homme au commandement d'une armée.

Un moment plus tard, le Secrétaire du Département de la Séparation débarqua dans la pièce, un homme avec un air d'ours et allure qui indiquait son habitude du pouvoir.

Le ministre se redressa sur son siège et s'obligea à regarder l'homme dans les yeux, à essayer de lire ses pensées, plus encore, d'apercevoir l'âme dont ceux de son genre reniaient l'existence.

Car cet homme ne contrôlait pas seulement une armée, mais le destin de tout ce qui importait dans la vie du ministre.

Chapitre 1 – Un Bateau Là Où Nul N’aurait Dû Être

Héléna Brewster était assise sur les rochers, cinq mètres au-dessus de la marée descendante, et prétendait être en train de lire. Du moins jusqu'à ce que Jason arrivât en courant le long de la plage en contrebas. Elle prévoyait d'attendre qu'il ne fût qu'à quelques pas d'elle pour tourner la page qu'elle ne lisait pas et laisser ses yeux remonter pour rencontrer les siens. Son regard trouverait peut-être le sien et pour la première fois depuis sa réapparition, il s'arrêterait et resterait avec elle. Mais aujourd'hui, il semblait être atrocement en retard. Pour passer le temps et calmer son impatience, elle s'entraîna au geste, à tourner une page et lever le regard.

Pas de Jason.

Elle avait compris le malaise du premier jour, engendré par leur rencontre inattendue – ils ne s'étaient pas vus depuis plus de quatre ans, sans aucun contact depuis plus de deux. Mais le deuxième jour n'avait été guère mieux. Il avait été à bout-de-souffle et n'avait pas su quoi dire ; elle, encore sous le choc de l'enterrement.  Ce ne fut qu'au troisième jour qu'ils parvinrent à mener une brève conversation, un échange de politesses indigne de ce qui avait jadis existé entre eux.

Aujourd'hui, elle espérait plus.

Elle cessa de prétendre être en train de lire et regarda vers le large. Là, dans le brouillard tapissant l'océan, un bateau apparut. Au nom de la raison, qu'est-ce qu'un bateau faisait ici ? Son esprit devait lui jouer des tours avec le brouillard pendant qu'elle attendait l'arrivée de Jason.

Elle ralentit sa respiration comme il lui avait été enseigné, pour contrôler les passions et se vider l'esprit. Puis elle se remit à tendre l'oreille pour le rythme de ses chaussures sur le sable. Rien ne lui parvenait que le bruit des vagues qui se brisaient sur le rivage. Elle vérifia le niveau des hautes eaux sous ses pieds, calculant jusqu'où la marée devrait reculer avant d'exposer assez de plage pour le passage d'un coureur. Encore quelques minutes à attendre.

Ils étaient allés à la même académie, elle et Jason, du niveau un à huit, bien qu'il ait fallu du temps avant qu'ils ne se rapprochassent. Elle s'asseyait près de la fenêtre, lui près du mur intérieur. Elle écoutait le mentor, tandis que Jason regardait dehors, l'air occupé à construire des châteaux dans les nuages. Chaque année, il parvenait à se faire assigner à un rang plus près du sien ; quand ils eurent atteint le niveau cinq, il était assis à côté d'elle et lui glissait des messages lui demandant s'il pouvait la raccompagner chez elle après les cours. Quand elle lui avait avoué craindre qu'ils se fissent prendre, il avait changé ses messages, finissant chacun d'entre eux par la phrase : Tente la chance, Héléna.

Au printemps de la même année, c'est ce qu'elle fit.

À partir de ce moment-là, il se mit à la raccompagner chez elle chaque après-midi le long de cette même plage. Mais il ne dépassait jamais ce point, trop intimidé par les grandes maisons sur les falaises.

Le passage de leur classe en école secondaire avait mis un terme à tout cela. Il était parti à l'école communale du village et elle, à l'école privée où les enfants du personnel de l'Institut Polytechnique étudiaient. Oui, ils avaient essayé de se voir chaque jour, mais elle était devenue obsédée par ses notes, cherchant à satisfaire son père, et lui s'était mis à travailler dans une sandwicherie après les cours afin économiser pour l'université. Elle venait le voir aussi souvent que possible ; elle lui rendait visite pendant sa pause et commandait une boisson au citron. Ce n'était pas grand-chose, mais ils s'en fichaient ; ils auraient le temps quand ils seraient plus vieux.

Après qu'elle eut déménagé - il n'y avait jamais eu de doute qu'elle irait à l'école de son père - ils étaient restés en contact pendant un temps.  Jason lui laissait une note et elle y répondait. Puis, inexplicablement, deux ans de silence s'en étaient suivis.

Et à présent, après tout ce temps, il était réapparu, courant le long des falaises où elle se recueillait dans son deuil, exactement une demi-heure après la marée haute. Comme lueur fugace dans ce plus sombre des étés. Comme un miracle.

Elle secoua la tête. Si son père était en vie, il l'aurait grondé pour une telle pensée. Elle pouvait entendre sa voix, celle d'un vrai scientifique - les miracles n'existent pas.

Une ondulation à la limite du brouillard attira de nouveau son regard. L'espace d'un instant, une forme émergea, mais disparut aussitôt, un mirage inversé, quelque chose de solide là où il n'aurait dû y avoir que de l'eau. Elle plissa les yeux, cherchant à pénétrer la brume, puis se détourna à la recherche de quelque chose de plus substantiel.

Elle choisit plutôt de suivre la ligne de la côte. Le terrain s'élevait en pente douce vers la pointe du Cap d'Albion. Il s'achevait à la Butte, qui se dressait comme un poing fermé défiant quiconque oserait naviguer la Mer Interdite. Une poignée d'habitations parsemaient le littoral rocheux recouvert de sapins nordiques. À cette distance, elles ressemblaient à des nichées de grands oiseaux marins.

Le brouillard avait tourné avec la marée, assez pour qu'elle puisse distinguer la maison de ses parents, la blanche au milieu, surplombant toutes les autres depuis la plus haute des falaises. Pour le moment, elle dormait là-bas, où elle pouvait rester seule et isolée. N’étaient visibles que le deuxième étage de la maison et la mansarde au-dessus. À la façon dont le reste se fondait dans le brouillard, la maison avait l'air d'un fantôme émergeant du néant.  Elle lui donnait cette impression depuis la mort de son père.

Quatre jours plus tôt, elle avait accompagné sa mère à la ferme et chaque jour depuis, elle était venue ici, toujours une demi-heure avant la marée haute. À sa gauche, la longue plage s'étendait jusqu'aux falaises. À sa droite, une crique se découpait dans les rochers, sur lesquels les vagues venaient se fracasser dans rugissement qui résonnait contre les parois. Son père l'avait appelé le trou du tonnerre. Assise au-dessus sur ce rocher en forme de banc, elle pouvait balancer ses pieds nus dans les embruns, être dans l'eau sans y être.

Son père lui avait donné un bracelet de cheville en argent pour son douzième anniversaire, à l'âge où elle s'était souciée d'être trop grande pour pouvoir se pelotonner sur ses genoux. Il avait affirmé que si elle s'asseyait sur les rochers au-dessus du trou du tonnerre à marée haute, les embruns mouilleraient la chaîne et feraient étinceler les maillons. Deux jours avant sa mort, il lui avait rappelé le bijou et lui avait dit de penser à lui, quand l'océan amènerait les étoiles.

Elle supposait que Jason venait ici dans un but plus rationnel - l'étendue de la plage en contrebas, la fermeté du sable compressé par les vagues - à cet endroit, leur endroit, le dernier endroit facile d'accès pour regagner la route avant les falaises. De vieux amis devenus étrangers, maintenant réunis par le rythme des marées.

Elle reporta son regard vers la mer et aperçut le phare de la Lumière de la Raison. Haute de trois-cents mètres, l'ancienne tour se dressait sur un rocher escarpé au milieu de la baie et était toujours la première à percer le brouillard. Elle posa le livre en équilibre sur son genou et regarda un peu plus bas, le long de l'horizon.

Le mirage émergea subitement et se solidifia - un bateau là où nul n'aurait dû être.

La voile qui faseyait dans la brise était un grossier triangle mal tendu qui ne retenait que peu d'air. La proue avait une forme étrange, tenant plus de l'avant d'une baignoire, et le bateau naviguait dans une zone interdite – une cible privilégiée des garde-côtes. S'il avait été affrété par des fanatiques transis de zèle missionnaire, il n'en était pas moins trop petit et inapte à naviguer, non pas vaisseau du salut mais piège mortel.

Et il dérivait vers la côte rocailleuse.

Un nouveau son la fit se retourner : Jason arrivait enfin selon son horaire des marées. Bientôt il ralentirait jusqu'à s'arrêter, il mesurerait son pouls de deux doigts sur la carotide et avalerait la moitié d'une bouteille d'eau fortifiée. Après avoir vérifié son temps, il escaladerait les rochers jusqu'à son perchoir, lui flasherait ce sourire enfantin dont elle se souvenait si bien et lui demanderait comment elle allait. Elle sourirait et s'efforcerait de trouver les mots pour rattraper les années passées à part. Une fois qu'elle aurait échoué à dire grand-chose, il grommellerait quelques politesses, se retournerait et descendrait les marches avant de courir le long de la route menant au village.

Du moins c'est ce qui se serait passé, s'il n'y avait pas eu le bateau.

Ce dernier se rapprochait à présent, gagnant de la vitesse. La brise maritime s'était levée avec le changement de marée et le clapot qui en résultait tenait le bateau dans son emprise et le guidait vers les rochers sous la falaise. Même si elle avait été en état de naviguer, l'embarcation était condamnée.

Jason escalada les rochers et s'approcha d'elle.

Elle referma le livre et le reposa, oubliant de marquer la page, puis pointa du doigt vers le bateau. Un martin-pêcheur planait le long de la côte et plongea juste à l'endroit qu'elle indiquait, disparaissant sous l'eau.

Jason sourit.

Elle secoua la tête et s'efforça de trouver sa voix.

Un bateau, dit-elle finalement.

Jason l'aperçut alors également. Le bateau glissa dans le creux d'une vague et le soleil se réfléchit sur quelque chose à sa proue. Quand il réémergea, quelqu'un était agrippé au mât - une fille aux cheveux dorés.

Jason sauta sur la plage et fit signe à Héléna de le suivre. Elle s'approcha du bord, s'accroupit et sauta. Il l'attrapa par la taille et la déposa sur le sable.

Durant ces quelques secondes, le bateau s'écrasa contre les rochers. Le fracas du bois qui explosait s'éleva au-dessus du bruit du ressac.

La paire s'élança vers les vagues tandis que la fille aux cheveux d'or se débattait dans l'eau, peinant à éviter les débris déchiquetés du bateau brisé.  Ils avancèrent de quelques pas dans l'eau avant de se protéger contre le retour de vague, puis reprirent leur progression. Trois vagues de plus et ils l'avaient atteinte.

Jason l'attrapa juste avant qu'elle ne commençât à couler.  Malgré la violence de la mer, il la ramena jusqu'à la côte sans difficulté et déposa sa forme fragile sur un bout d'herbe par-delà les rochers - une enfant minuscule, pas plus de neuf ou dix ans.

Un pantalon de coton lui collait aux jambes et son corps mince était recouvert d'une tunique minutieusement brodée - l'apanage typique des fanatiques - mais à part ses vêtements, elle ne ressemblait en rien à une zélote.  Sa peau était claire et parfaite, sans défaut, à part la trace de sang sur son bras.  Sa chevelure dorée lui arrivait au milieu du dos et ses yeux ronds renfermaient la couleur de l'océan.

Eut Héléna été croyante, elle aurait pensé que ce visage était celui d'un ange.

Jason lui offrit sa bouteille, mais la fille eut un mouvement de recul. Héléna prit doucement la tête de l'enfant et entrouvrit sa mâchoire afin que Jason versât quelques gouttes dans sa bouche.

La fille lécha ses lèvres craquelées et les ouvrit pour boire plus. Une fois rassasiée, elle se tourna vers Héléna. Ses yeux étaient saisissants. "Le rêve, dit-elle. C'est réel. Je peux le voir dans tes yeux.

Héléna ressentit un besoin soudain de distraire l'enfant, de perturber ce regard pénétrant : Qui es-tu ?

Au lieu de répondre à la question, la fille posa la main sur l'avant-bras de Jason.

Ses muscles tressaillirent, comme s'il hésitait entre rester en place et briser le contact.

"Ton bras est chaud, dit-elle.

– C'est parce que j'ai couru."

Les yeux bleu-océan de la fille s'ouvrirent encore plus grands. Pour échapper à quoi ?

Il retira son bras et se dégourdit les doigts. Tu viens des Terres Saintes ?

La fille hocha la tête.

"Pourquoi as-tu risqué un voyage aussi dangereux seule dans un si petit bateau ?

– Je n'étais pas en danger," répondit-elle.

D'un geste de la main, il désigna l'épave encore visible dans les vagues. "Mais ton bateau est détruit et il a fallu que nous te sauvions.

– Oui, je suppose. Elle retourna son regard vers la mer, comme si elle s'attendait à trouver son bateau toujours à flot. Alors je rends grâce au Seigneur Kanakunai de m'avoir épargnée et de m'avoir guidée vers de bonnes gens, prêts à aider autrui.

– Mais qui es-tu ?" demanda Héléna de manière plus insistante.

La fille fit signe qu'elle voulait encore boire. Cette fois, elle agrippa la bouteille des deux mains et la vida. Quand elle eut fini, elle s'assit et haussa le menton de manière royale. Je suis Kailani, la fille de la mer et de l'eau.

Ses paupières se fermèrent alors lentement et son corps s'affaissa.

Héléna regarda Jason. Douce raison, est-elle... ?

Il tâta le creux du cou de la petite fille de deux doigts et trouva son pouls. Juste épuisée. Elle s'est évanouie.

De la route derrière eux provinrent les sons d'une portière claquée et de pas qui s'approchaient. Un officiel en uniforme se dirigeait vers la mer, une sorte de localisateur en main. À mi-chemin, il s'arrêta pour revérifier les coordonnées. Le titre inscrit au-dessus de la poche de sa chemise indiquait : Inspecteur, Département de la Séparation.

"Que s'est-il passé ici ? lança-t-il avant de les avoir atteints.

– Cette fille est arrivée en bateau, répondit Héléna, peinant à croire ses propres mots. Dans un petit bateau qui s'est écrasé sur les rochers.

– Impossible."

Jason l'amena jusqu'au bord et lui montra les débris de l'épave, éparpillés sur la plage comme des allumettes, que la mer cherchait déjà à se rapproprier. "Voilà ce qu'il reste du bateau.

– Bien, cela expliquerait la taille du signal lors des mesures. Quand il est aussi faible, il s'agit en général de bois flottant ou d'un banc de maquereaux. Elle est seule ?"

Jason hocha la tête.

– Étrange, remarqua l'inspecteur. Dans tous les cas, elle doit être interpellée. C'est la loi."

Héléna s'agenouilla aux côtés de la fille. "Ne voyez-vous pas qu'elle a besoin d'assistance médicale ?

– Eh bien... Peut-être, mais elle est quand même là illégalement.

– C'est juste une petite fille.

– Je vois ça. Je vais appeler des secours, mais assurez-vous qu'elle ne bouge pas d'ici." L'inspecteur fit demi-tour et repartit vers sa voiture de patrouille.

Une fois qu'il fut assez loin, Kailani commença à s'agiter, marmonnant quelques mots inintelligibles. Me repentir... Je dois me repentir d'avoir perdu le vent.

Héléna balaya la mèche de cheveux qui retombait sur le visage de l'enfant. Ce n'était pas le vent, Kailani, c'était le clapot. Personne n'aurait pu naviguer là-dedans, pas dans un si petit bateau.

Mais la petite fille somnolait à nouveau.

Héléna jeta un œil à l'inspecteur, qui maintenait une oreillette à son oreille et manipulait son communicateur.

Elle se pencha vers la fille et caressa son bras nu. Kailani, s'ils te posent des questions, ne dis rien à propos de repentance ou de rêve. Tu comprends ?

La petite fille avait du mal à rester consciente et Héléna la secoua aussi doucement que possible. Kailani, tu m'entends ?

Elle battit légèrement des paupières.

S'ils te demandent pourquoi tu es venue ici, dis juste ce mot – asile. Tu sauras t'en souvenir ? Asile.

Les lèvres de Kailani se murent pour former le mot, mais le sommeil l'emporta au son des sirènes qui approchaient.

Jason revint de la route où il était parti déposer Kailani dans le van des services de santé. Il marchait dans sa direction d'un pas lourd, en se frottant les mains, les étudiant comme s'il ne parvenait pas à comprendre comment elles avaient pu abandonner la petite fille.

Héléna ressentait la même chose.

Une fois arrivé à deux pas d'elle, il s'arrêta et lui fit face avec le même sourire que le garçon dont elle se souvenait.

L'inspecteur a pris ma déclaration.  Il m'a dit de l'attendre. Il veut te parler également. Il fixa le sol et balança son poids d'une jambe sur l'autre ; ses chaussures de courses, pleines d'eau, clapotaient à chaque mouvement.  Ses vêtements dégoulinaient encore d'un mélange salé d'eau de mer et de sueur.

"J'ai une serviette, offrit-elle, si tu veux te sécher.

– Merci. Ça ira. Il scruta l'horizon avant de reposer son regard sur elle. Il a dit qu'il aurait besoin d'un entretien avec nous en ville. Tu connais le Département –la sécurité avant tout.

– Que vont-ils lui faire ?

–Le Département ? Qui sait ? Ils essaieront de comprendre pourquoi elle est venue, puis ils la renverront là-bas, je suppose. Sauf si elle continue de parler comme ça..."

Héléna se détourna de lui et fixa son regard sur le large. Elle ne ressentait qu'un sentiment de perte – celle de son père, de cette fille qu'elle connaissait à peine.  "Ce n'est qu'une enfant.

Si seulement le bateau pouvait arriver de nouveau. Si seulement elle et Jason étaient à nouveau en mesure de sauver la fillette, mais cette fois, ils la cacheraient dans un endroit sûr, ils l'abriteraient, la protégeraient. Voilà ce qui était dû à la fille de la mer et du ciel.

Jason concentra son attention sur la route. "Je devrais y aller. J'ai juste le temps de finir ma course et de repartir au travail.

– Où travailles-tu ?"

Il lui lança un regard par-dessus son épaule. À Polytech.

À l'Institut Polytechnique, comme son père. Penser à son père suffit à la distraire et la magie du moment s'évanouit. La fille aux yeux de la couleur océan avait disparu, et Jason reprit sa course vers le village, sans jamais regarder en arrière.

Elle se retourna à temps pour voir une vague monstre, indifférente au jusant, s'écraser dans le trou du tonnerre avant de se retirer vers la mer en grondant.

Quand elle leva de nouveau le regard, elle était seule.

Chapitre 2 – Le Département de la Séparation

Ce lundi matin, l'inspecteur-en-chef Carlson cherchait à modérer ses techniques d'interrogation habituelles. Jusqu'alors, il n'avait jamais eu affaire à une réfugiée aussi jeune. Une fillette de neuf ans ne représentait sûrement pas une menace.

Tu te sens mieux aujourd'hui ?

Elle lui rendit un regard noir. "Il y a trois jours, j'étais dehors, sur l'eau. Depuis, je n'ai pas vu la lumière du jour.

– Je sais et j'en suis désolé, mais nous devons te garder en sécurité jusqu'à ce que ton statut soit déterminé. La note de mépris dans le ton de l'enfant l'avait forcé à s'excuser, avant même que l'entretien n'eût commencé. J'espère que tu te sens... À l'aise ?"

Aucune réponse n'était nécessaire ; elle n'avait en rien l'air d'être à l'aise.

Censée être accueillante pour les nouveaux arrivants, la chaise rembourrée était bien trop grande pour elle. Elle était avachie dessus, sans parvenir à trouver une position dont elle ne glissât pas constamment. Elle balançait ses pieds, à la recherche du sol. L'uniforme que le Département de la Séparation lui avait fourni était également trop grand – ils ne recevaient simplement jamais de réfugié aussi jeune. Les manches orange couvraient ses mains, seul le bout des doigts en dépassait, et un employé bien intentionné avait noué un ruban rose autour de la taille de l'enfant pour empêcher son pantalon de tomber.

Le regard de Carlson dériva derrière l'enfant, où un poster affichait la Dame de la Raison, brandissant haut sa torche et offrant l'espoir aux oppressés. Il s'y référait souvent pour inspiration dans des situations difficiles, bien qu'il n'en eût jamais vu de comparable auparavant.

Cela serait peut-être plus facile si nous nous appelions par nos noms, ne crois-tu pas ? Mon nom est Henry Carlson, mais tout le monde m'appelle Carlson. Quel est ton nom ?

Elle tritura le ruban et inspecta son nœud.

Quand elle leva finalement le regard, il cligna des yeux à deux reprises, certain d'avoir vu l'océan dans les siens.

"Je suis Kailani.

– Très bien. Kailani. Il écrit le nom phonétiquement puis rajouta quelques gribouillis en forme de vagues. Et as-tu un nom de famille ?

– Non. Seulement Kailani." Elle tira sur le nœud, mais il était double et refusa de se défaire.

"D'accord, Kailani,

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