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Béatrice

Béatrice

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Béatrice

Longueur:
164 pages
2 heures
Sortie:
10 mai 2017
ISBN:
9782897583477
Format:
Livre

Description

Tu aimes les témoignages? Tu adoreras ce livre! C’est un roman basé sur une histoire vraie.

«J’aurais pu me précipiter tout de suite sur mon étui pour m’emparer du couteau suisse, mais je me suis retenue. C’était une sorte de jeu avec moi-même, pour voir combien de temps j’allais résister. Je tirais une certaine satisfaction de savoir que le couteau était là, bien couché dans le fond de mon étui.

Je me suis étendue sur mon lit et je me suis retournée, dos à mon bureau, mais face au mur. Je pouvais encore voir les marques de ruban adhésif là où j’avais décollé mon affiche d’Oksana Baïul, la patineuse artistique ukrainienne qui avait remporté la médaille d’or aux Jeux olympiques d’hiver de 1994 à Lillehammer, en Norvège. En 1994, j’avais seulement quatre ans et j’en étais déjà à ma deuxième paire de patins.»
Sortie:
10 mai 2017
ISBN:
9782897583477
Format:
Livre

À propos de l'auteur

Monique Polak is the author of more than 20 novels for children and young adults. A two-time winner of the Quebec Writers' Federation Prize for Children's and Young Adult Literature, Monique also teaches English and Humanities at Marianopolis College in Montreal and is a regular contributor to the Montreal Gazette.


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Aperçu du livre

Béatrice - Monique Polak

Remerciements

Chapitre 1

Je venais de sortir de la douche: le miroir était encore embué. J’ai essuyé l’humidité avec ma main. Mon reflet se précisait tranquillement, comme si je sortais du brouillard.

J’ai tourné la tête pour constater les dommages sur ma joue. Ma peau avait l’air d’une carte routière, avec une douzaine de minces lignes rouges qui s’entrecroisaient.

Je me suis approchée du miroir jusqu’à ne plus voir que ma joue et une partie de mon œil. La peau était rougie et boursouflée. Si elle avait eu une voix, elle aurait hurlé.

Difficile à croire que je m’étais infligé ça toute seule. J’avais enfoncé mes ongles dans ma peau jusqu’à ce que ça fasse des entailles. Une petite égratignure n’aurait pas suffi à apaiser mon désir de me faire mal. Ça aurait été comme ouvrir un sac de croustilles pour n’en manger qu’une seule. Non, je savais dès le départ que je n’allais pas pouvoir me contenter d’une égratignure.

Je m’étais dit que j’allais travailler méthodiquement. Une fois que ça se mettrait à saigner, je prendrais une grande respiration pour me calmer, mais juste quelques secondes. Puis, j’inclinerais légèrement mon visage pour continuer sur une partie encore belle et lisse. Gratter, et gratter encore, jusqu’à ce qu’une goutte rouge apparaisse. Pas question de cesser avant d’avoir ravagé la zone au grand complet.

Il fallait que je me morde la langue pour arriver à maintenir la cadence, mais la souffrance ne m’a pas arrêtée. Au contraire, les décharges de douleur me stimulaient. D’une certaine manière, elles me faisaient du bien, ce qui est quand même étrange.

J’ai regardé la paume de ma main… encore des petites lignes. Et sous mes ongles, il restait des bouts de peau qui ne s’étaient pas délogés sous la douche.

— Béatrice! Tu penses que tu vas sortir un jour?

Émile aurait très bien pu utiliser la salle de bain au rez-de-chaussée, mais comme d’habitude, il cherchait juste à m’énerver. C’était un de ses passe-temps, comme faire des modèles réduits ou écouter de la musique techno.

Je l’ai simplement ignoré, ce qui était ma façon à moi de l’énerver. Il s’est mis à secouer la poignée, mais j’avais verrouillé la porte avant de me déshabiller.

Je l’ai entendu soupirer d’une manière exagérée.

— T’es constipée, ou quoi?

Il s’est mis à rire tout seul de sa mauvaise blague. Au moins, le son de sa voix diminuait, ce qui voulait dire qu’il s’éloignait. Il était probablement en train de descendre l’escalier, ou alors il était reparti dans sa chambre. Si ça se trouve, il n’avait même pas besoin d’aller à la salle de bain. Les grands frères…

Impossible de rester enfermée là pour toujours, mais je n’arrivais pas à détourner mon regard de ma joue. J’ai fermé les yeux en serrant les paupières le plus fort possible.

Pourquoi est-ce que je ne pouvais pas m’empêcher de faire ça?

J’ai inspiré profondément. Je savais bien que ça ne pouvait pas continuer comme ça, qu’il fallait que j’arrête de me faire mal et que je recommence à prendre soin de moi. J’ai réussi à ne pas regarder ma joue et j’ai tiré sur le coin en bas du miroir pour ouvrir l’armoire à pharmacie.

Le Neosporin est tombé dans le lavabo. La dernière personne qui l’avait utilisé avait pressé le tube par le haut plutôt que par la base et ça avait laissé un creux en forme de pouce. J’en ai déduit que mon père avait dû se couper en se rasant ou qu’Émile s’était entaillé un bout de doigt en faisant des modèles réduits.

En tout cas, je savais que ça ne pouvait pas être ma mère. Elle n’aurait jamais écrabouillé le tube par le haut et elle se serait assurée de le remettre à sa place, à côté des pansements.

J’ai replié la base du tube bien comme il faut, à plat comme le rabat d’une enveloppe. Une espèce de limace blanche et crémeuse est sortie comme un projectile d’arme à feu pour aller s’écraser dans le miroir. Floc! C’est le genre de chose qui arrive souvent avec le dentifrice. J’ai essuyé comme j’ai pu la crème antibiotique avec mon doigt. Ça a laissé une trace blanchâtre et graisseuse sur le miroir, mais au moins j’avais réussi à enlever l’essentiel.

Délicatement, avec le bout de mon index, j’ai appliqué du Neosporin sur les petits chemins rouges. J’ai tapoté tout doucement, sans frotter. C’est à peine si je touchais ma peau. La crème s’est mise à disparaître tranquillement, absorbée par les égratignures. Avec un peu de chance, ça finirait par guérir rapidement.

«Pauvre de toi», que je me suis dit, même si ce que je voulais vraiment dire était «pauvre de moi». C’est seulement que parfois, c’était plus facile de me dire que tout ça arrivait en fait à quelqu’un d’autre. «Il faut vraiment que tu commences à mieux prendre soin de toi, Béatrice Sanger, pauvre de toi.» Non: «pauvre de moi».

J’étais encore toute mouillée parce que je sortais de la douche. J’avais l’air d’avoir les cheveux raides. Une fois secs, ils se mettraient à friser comme de la laine de mouton. Mes yeux étaient cernés et j’avais l’air fatigué. C’était une bonne chose que le sang sur mes joues ait commencé à coaguler, mais l’aspect luisant du Neosporin sur ma peau me donnait un petit air malade.

Si seulement j’avais pu rester dans la salle de bain jusqu’à ce que ça guérisse… Évidemment, il n’était pas question de ça. Je savais bien qu’il faudrait des jours avant que les petits chemins prennent une teinte rosâtre, que les égratignures se referment complètement et deviennent de minuscules cicatrices, à peine visibles.

Je le savais parce que ce n’était pas la première fois que je faisais ça. Et je savais aussi que ce n’était pas une bonne idée de mettre des pansements, car ma peau avait besoin de respirer. L’air frais sur mes plaies les aiderait à guérir. Un peu de repos pouvait aussi aider.

Heureusement, je m’étais suffisamment calmée pour pouvoir trouver le sommeil lorsque j’irais me coucher. Avant, ça me stressait tellement que je n’arrivais pas à fermer l’œil de la nuit.

Je me suis regardée dans le miroir une fois de plus, en portant mon attention sur autre chose que mes égratignures. Mes cheveux commençaient déjà à faire des frisettes autour de mon visage. Inutile d’essayer de les lisser, j’avais hérité de la chevelure rebelle de mon père. Il fallait bien que ce soit Émile qui hérite des beaux cheveux lisses et soyeux de maman, et aussi de ses beaux grands cils. Tout ça gaspillé sur lui!

Avant de sortir de la salle de bain, je suis restée devant la porte et j’ai tendu l’oreille. J’entendais la voix de mes parents en sourdine. Je pouvais les imaginer discuter des transactions immobilières de maman ou du vin qu’ils allaient boire avec le repas.

J’espérais très fort qu’Émile était en bas avec eux: je n’étais pas d’humeur à supporter ses remarques sarcastiques.

J’ai resserré la ceinture de ma nouvelle robe de chambre en coton éponge, bleu pâle et parsemée de petits patineurs argentés qui avaient l’air de danser sur moi. C’était le cadeau que mes parents venaient de m’offrir pour mon anniversaire.

Quand ils me l’avaient donnée, ma mère avait dit:

— On dirait qu’elle a été faite juste pour toi, notre petite patineuse adorée.

J’avais eu l’impression qu’elle aurait voulu ajouter quelque chose, mais qu’elle n’osait pas parce que c’était le jour de mon anniversaire. Sans doute que ça lui brûlait les lèvres de me rappeler que j’avais abandonné le patinage de compétition. Ou peut-être qu’elle sentait le besoin de me faire savoir que, si elle avait pu acheter la robe de chambre dans une taille plus petite, les couleurs proposées auraient été encore plus jolies.

Des fils d’apparence métallique étaient brodés sur les lames de mes petits patineurs. Les minuscules patins sur ma robe de chambre scintillaient sous la lumière blanche de la salle de bain.

J’ai frissonné en imaginant les petites lames de patins faire des incisions sur la surface lisse, froide et blanche d’une patinoire… comme des ongles coupants sur une belle peau.

Je ne m’étais pas rendu compte à quel point j’étais fatiguée avant de me retrouver blottie bien confortablement sous mes couvertures. J’avais passé la journée à la patinoire et enseigné pendant quatre heures d’affilée. «Tu mérites bien une bonne nuit de sommeil», que je me suis dit. «Tu travailles fort, t’es courageuse. Certaines de ces petites filles commencent à être pas mal douées, elles sont de plus en plus solides sur leurs patins. Et puis Anna… elle est dans une classe à part. Discrète comme une petite souris, mais elle a un talent fou.»

Je fixais le plafond de ma chambre en m’efforçant de ne pas remuer les muscles de mon visage. Je savais que si je bougeais, la douleur allait revenir. J’ai entendu ma mère monter l’escalier.

Elle s’est arrêtée devant la porte de ma chambre et elle a murmuré:

— T’es déjà couchée, Bibi?

— Ben oui…

J’ai fait en sorte de donner l’impression d’être plus fatiguée que je ne l’étais en réalité. Ma mère est restée devant la porte un moment, immobile.

— Écoute, je suis désolée pour ce que j’ai dit tout à l’heure. J’aurais pas dû faire allusion à ton poids. Je sais que je suis dure avec toi, mais…

Elle s’est arrêtée un moment, comme si elle cherchait ses mots.

— … c’est seulement que je veux ce qu’il y a de mieux pour toi, ma chérie, vraiment.

— Je sais, m’man.

— Je peux entrer? On pourrait discuter un peu.

Sans même attendre ma permission, elle a ouvert la porte et allumé la lumière de ma chambre. Je la déteste quand elle fait ça.

J’ai caché mon visage avec ma main en hurlant à pleins poumons:

— Éteins la lumière, ça me fait mal aux yeux!

Elle a fait ce que j’avais dit, mais je pouvais encore voir sa silhouette dans l’obscurité. J’ai repris mon souffle tranquillement.

— Je suis trop fatiguée pour discuter, m’man.

— Je veux juste t’embrasser et te souhaiter bonne nuit.

J’avais l’impression qu’elle désirait plus qu’un simple bisou, qu’elle cherchait à me faire dire quelque chose. Elle souhaitait peut-être se faire dire qu’elle était une bonne mère, mais j’en étais incapable.

Elle s’est approchée de mon lit et j’ai grimacé. Je me suis résignée à lui présenter ma joue pour qu’elle m’embrasse. La joue gauche.

J’ai fait en sorte qu’elle ne s’avise pas d’essayer de m’embrasser sur l’autre joue. Dans l’obscurité, je ne risquais rien. Le lendemain matin, j’appliquerais une bonne couche de fond de teint pour couvrir les blessures. Au déjeuner, je ferais la conversation à mes parents, toute souriante. Émile pourrait me taquiner tant qu’il le voudrait et un peu plus tard, je serais à nouveau la super prof de patinage.

Personne ne saurait jamais que ce soir, après le repas, je m’étais gravé une carte routière sur le visage avec mes ongles.

Au moins cette fois, je ne m’étais pas servie du couteau suisse.

Chapitre 2

— Montre-nous comment faire la pirouette, Béatrice. S’il te plaaaît!

— Plus tard.

Léa s’est mise à grimacer comme si elle allait pleurnicher, alors je lui ai promis que j’allais vraiment m’exécuter. Son petit visage était rond comme la lune. C’était elle la plus bavarde du groupe, toujours en train de poser des questions ou de faire des commentaires.

Anna était

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