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Quartz

Quartz

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Quartz

Longueur:
190 pages
2 heures
Sortie:
Sep 2, 2014
ISBN:
9782897122188
Format:
Livre

Description

Le roman Quartz incarne, telle la pierre, une relation au monde animée par l'instinct et les sens. Chloé et Liane, que tout semble séparer, s'attirent l'une l'autre. Méditant sur la nature, l'amour et la vie, Joanne Rochette livre cet ouvrage sensuel et dépouillé qui sonde les strates du corps et du cœur.
Sortie:
Sep 2, 2014
ISBN:
9782897122188
Format:
Livre

À propos de l'auteur

Née à Montréal en 1965, Joanne Rochette enseigne l'histoire au Collège de Rosemont. Elle se promène entre la littérature d’ici et d’ailleurs et considère qu’il faut soutenir, connaître, fréquenter notre culture, tout autant que les cultures du monde. Pour Joanne Rochette, la création est une nécessité et l’écriture, une liberté. Quartz est son premier titre chez Mémoire d'encrier. Elle a déjà publié le roman Vents salées en 2011 chez VLB.

Aperçu du livre

Quartz - Joanne Rochette

Joanne Rochette

QUARTZ

Roman

Mise en page : Virginie Turcotte

Maquette de couverture : Étienne Bienvenu

Dépôt légal : 3e trimestre 2014

© Éditions Mémoire d’encrier

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada

Rochette, Joanne, 1965-

Quartz

(Roman)

ISBN 978-2-89712-217-1 (Papier)

ISBN 978-2-89712-219-5 (PDF)

ISBN 978-2-89712-218-8 (ePub)

I. Titre.

PS8635.O288Q37 2014         C843'.6         C2014-940221-X

PS9635.O288Q37 2014

Nous reconnaissons, pour nos activités d’édition, l’aide financière du Gouvernement du Canada par l’entremise du Conseil des Arts du Canada et du Fonds du livre du Canada.

Nous reconnaissons également l’aide financière du Gouvernement du Québec par le Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres, Gestion Sodec.

Mémoire d’encrier

1260, rue Bélanger, bureau 201

Montréal, Québec,

H2S 1H9

Tél. : (514) 989-1491

Téléc. : (514) 928-9217

info@memoiredencrier.com

www.memoiredencrier.com

Réalisation du fichier ePub : Éditions Prise de parole

Je dis : Je marche comme à un rendez-vous…

à un siège inoccupé

dans le jardin, à une idée

sur la perte de la vérité entre l’imaginaire et le réel.

Mahmoud Darwich

Pôle Sud

Chloé

J’habite sur un boulevard qui ne cesse de fournir son lot de bruit et de pollution. Je déteste ça. Même lorsque les fenêtres sont toutes fermées, le calme arrive rarement. C’est qu’à ma première visite, écrasant l’ouïe et l’odorat, mon regard s’est fait dictateur. Situé au sommet d’une côte, au dernier étage d’un immeuble qui en compte trois, l’appartement offre, de ses fenêtres, la ville, les montagnes à l’horizon, la lumière, le grand ciel. À l’avant-plan se déploie une longue rangée d’arbres matures qui bordent le boulevard et, derrière une haute clôture, encore d’autres arbres, variés, car là, juste en face, s’étend le Jardin botanique.

À l’intérieur le bois abonde : de riches boiseries de chêne dans chaque pièce, en cimaises, en bordures et en moulures diverses, et au sol, des lattes blondes et souples. De vieux vitraux, bien conservés, ornent le haut de chacune des fenêtres d’un motif floral tout en volutes, rouge, orange et bleu. Lorsque j’ai vu pour la première fois ces grandes pièces éclairées, je n’ai remarqué ni les sons ni l’air sale, j’ai éprouvé, en fait, un sérieux coup de cœur. Et la montagne, au loin, la plus grosse, de l’autre côté du fleuve Saint-Laurent, s’est prononcée. Cela faisait des siècles qu’elle m’attendait, nous avions à entretenir, elle et moi, un dialogue quotidien.

Dans la baie vitrée du salon se dresse le Stade olympique. Les gens de ma ville n’aiment pas cette énorme soucoupe volante. Ils la dénigrent, de toutes les manières, ils en veulent aux élus des taxes éternelles qu’elle nous extorque, ils se plaignent sans cesse qu’il a coûté si cher, le Stade. On méprise son toit amovible qui ne fonctionne pas. Et personne ne voit la pureté de cette ligne. La tour blanche, délicatement penchée, aux arêtes claires qui charment l’esprit, parle de la beauté de la raison. Son pied s’évase sensuellement pour s’étendre au creux de la butte et l’ovale bombé de l’arène montre la boursouflure de la vie, grosse de fertilité vibrante. C’est, dirait-on, l’homme excité qui s’élance vers le ciel et la femme, voluptueuse, qui porte et fonde. On hait, dans ma ville, tout ce béton qui le compose et l’entoure. Pourtant, juste à côté se trouve le plus beau et vaste des jardins, conçu par un visionnaire hardi.

Quand je suis fatiguée d’entendre le vacarme du boulevard, je n’ai qu’à le traverser. Alors une clameur toute différente m’enveloppe : des merles, des geais bleus, des corneilles, des mésanges sifflent, chicanent et chantent. J’ai commencé cela, il y a peu, aller au Jardin bo. Pensant n’y croiser que des petites dames passionnées d’horticulture, j’y ai fait au contraire d’étonnantes rencontres, selon les moments du jour et les températures. Cet après-midi, un jeune homme sombre s’y promène sans regarder autour. Il vérifie souvent sa montre et remonte sans cesse sa tignasse haut sur la tête.

Je m’y rends, mais suis peu intéressée par les colonies de petits plans alignés, avec leurs écriteaux de mots latins. Ce fouillis de sonorités en us, ae, it se confond dans ma tête, la vie est trop diverse, touffue, ça étouffe, à la fin, cette exubérance! Je fréquente les lieux surtout pour profiter des grands arbres.

J’ai compris récemment que je me suis mise à aimer les arbres près de la maison parce que je les connais ; la familiarité des formes, des volumes et des tons me les ont rendus beaux. À mon insu, le quotidien m’a emberlificotée dans ce manège, mes synapses reliant leur apparence à… un bonheur, peut-être? Mon cerveau a formulé une tendresse pour ces silhouettes entrées dans mon intimité.

Aujourd’hui, je marche jusqu’à la portion japonaise du Jardin bo. Les lignes épurées m’appellent, les arêtes, la pierre et le bois me plaisent, alors je fais le tour du pavillon et prends place sur un banc. Le soir tombe, l’air est frais, personne alentour, nous sommes un mercredi de septembre et la pluie vient tout juste d’arrêter. Les écureuils farfouillent le sol. Des pas approchent nonchalamment, les voix deviennent audibles ; des jeunes. Ils rigolent en fumant du pot et s’excitent à propos des fleurs. Une fille s’apprête à se faire un bouquet.

— Fais pas ça, dit un gars.

Elle se moque de lui, mais il finit par la convaincre :

— Si tu les coupes, elles ne sentiront plus rien.

Elle ne peut retenir ses sarcasmes :

— Qu’est-ce que tu veux dire « ne sentiront plus rien »? Elles ne souffriront plus, ne subiront plus leur triste sort d’être vivantes mais plantées, sans contrôle sur leur vie, contraintes à attendre que la lumière veuille bien les atteindre, que la pluie daigne tomber?

— Dégager leur parfum, rétorque le garçon.

— Ben voyons, ça sent bon un bouquet de fleurs, c’est pour ça qu’on les cueille!

— Ben oui, mais c’est éphémère si tu les coupes de leur sève!

— Épais, la sève! Ah! Ah! Ce n’est pas un arbre!

— Ah, tu sais bien ce que je veux dire.

— Avec toi, faudrait jamais toucher à rien! Oses-tu chier, parfois, le matin quand tu te lèves? Ou tu crains de salir le bol de toilette? De souiller la pureté éclatante de la cuvette?

Le garçon se renfrogne.

— T’es subtile, toi, comparer les toilettes aux fleurs.

Chloé et B.

Je t’avais donné rendez-vous à mon café favori. Pour la première fois, nous nous permettions une rencontre en dehors. Après tant d’années sans se voir, sans se parler, la vie nous avait ramenés dans les mêmes lieux de travail pour quelques mois et nous avions immédiatement retrouvé les affinités. Mon contrat était terminé, maintenant, et nous avions décidé de poursuivre nos échanges. Quelle surprise, cette amitié.

Tu arrivas, un peu désarçonné, dans ce milieu que tu ne connaissais pas. Tes yeux brillaient, comme d’habitude et, passés les bonjours et les baisers, nous nous assîmes et je remarquai tes mains. Elles tremblaient très légèrement. Cela me surprit beaucoup chez toi, si fier et arrogant.

La discussion déboula. Enfin du temps pour se parler! L’agitation du café, bondé, ajouta à la nervosité de la conversation où se bousculaient toutes les nouvelles, les questions, les idées que nous voulions partager. Tu souriais beaucoup et moi aussi. Parfois, je ne pouvais m’empêcher de baisser les yeux. Mais une chose subtile se rendit à mon esprit : de petites hésitations tendues, d’infimes saccades dans ta manière de bouger, comment dire, la commissure de tes lèvres un peu plus serrée que d’habitude.

Tu avais vieilli. Oui, des rides s’étaient ajoutées autour de tes yeux. Tes cheveux avaient blanchi, tes joues s’étaient un peu creusées. Tu étais mince, très vigoureux et, bien sûr, tes yeux brillaient. Je le répète car c’est dominant chez toi. Mais… tu avais perdu une assise. Que se passait-il?

Liane

Liane regarde par le petit trou. Elle pense : la lumière ne pourra pas m’atteindre. Vais-je choisir le vert et le vent? Aller dans les arbres tout à côté et m’exposer?

Liane choisit la lumière. Faible en cet après-midi pluvieux, la clarté glisse en douceur entre les feuilles encore vertes. Le fond de l’air est chaud, la terre de septembre exhale depuis ce matin toute sa volupté. Le petit crachin mouille les arbres qui suintent leur virilité claire. Liane relève ses voiles pour dégager ses jambes. L’humidité ambiante imprègne sa peau. La terre couverte d’humus, de brindilles et d’une foule de petites choses douces et drues de la nature s’étale ici, attirante. Elle retire ses chaussures et s’engage dans le sentier, lentement. Chaque pas renouvelle la perception du sol tendre, la fraîcheur du coussin végétal sous ses pieds nus. Sur des racines ou de grosses branches tombées, qui entravent çà et là le chemin, Liane marche un moment, en équilibre, pour en saisir les rondeurs et la dureté. La pluie augmente d’intensité. Liane aime avoir les paupières chargées, la vue brouillée et les gouttes de plus en plus nombreuses à dégouliner dans son cou. Elle ouvre les bras pour s’exposer davantage aux paquets d’eau qui tombent des arbres lorsque le vent agite les branches.

L’envie lui prend de s’allonger sur un tronc au sol. En posant son dos contre l’écorce, le froid la surprend et ses vêtements achèvent de se tremper. Elle s’y attarde. Son corps réchauffe peu à peu l’endroit, s’abandonne, ses pieds cherchent à s’appuyer sur de grosses pierres pour stabiliser sa position. Liane en explore de la plante les arêtes dures. Elle remarque la brise qui caresse ses cuisses, entrouvre ses jambes, la chaleur onctueuse rejoint ses chairs, remonte en spirale sa colonne, lui fait ouvrir la bouche. Elle étire ses bras et force ses seins en avant pour attraper l’eau qui plaque un peu plus les tissus sur son corps.

Liane agrippe la terre et en ramène de grosses poignées sur sa poitrine. Le vent continue son œuvre. Elle balance ses hanches. Liane épouse la forêt. Son air si franc, désarmant de sensualité, appelle à la liberté ; à laisser filer les appétits charnels, comme tout le vivant qui n’attend ni permission ni pression. Il crée, se reproduit à outrance sous toutes les conditions, alors germent et copulent, mélangent, diffusent, déchargent, pénètrent et absorbent de plus belle pistils, étamines, glands, samares, œufs, graines, spores et minuscules poussières de reproduction.

Liane allonge un bras jusque sous une pierre. Une petite salamandre passe entre ses doigts, avance au creux de sa main et fige. Liane la dépose sur son ventre trempé. Le vacarme de la pluie sur les feuilles emplit l’espace, elle ferme les yeux, sent la boue qui se forme sur sa poitrine, la bête commence à marcher, elle virevolte intérieurement. Les minuscules pattes et la queue glissent, puis grimpent sur les mottes de boue. Liane tente de garder son souffle calme et profond. La boue tombe un peu sur les côtés, la salamandre se réfugie entre ses seins. Puis, elle entre sous le vêtement et reprend son parcours sur sa poitrine. Liane enfonce ses mains dans la terre. La pluie roule toujours sur ses cuisses, dans son cou. La queue de la bête balaie un mamelon. Liane gémit. La salamandre, effrayée, court en tous sens, prisonnière des tissus, Liane la laisse faire, boit au ciel. Sous son bras, l’animal déniche une issue.

Liane ne sent pas le froid. La tête renversée, elle grimpe encore dans la volupté avec un maître homme, qui amène ses jambes à son cou afin de lécher son sexe à pleine bouche, comme ça, lui debout, solide, un pied de chaque côté du tronc, elle toujours adossée, enfin, en partie, son bassin et la moitié du dos suspendus dans les airs, ses bras tendus servant d’appuis, les mains à plat sur le sol. Dans l’extase, sa tête tombe de côté dans la boue, elle n’existe plus, ne vit que le torrent qui la traverse, elle exhibe, empressée, son sexe à l’homme pour qu’il s’y enfonce. Nous sommes à la nuit des temps.

Chloé et B.

Lorsque je te croisai quelques jours après, sur l’avenue où abondent les terrasses, tu m’abordas avec chaleur et légèreté. Comme j’aimais cet éclat entre nous! Des tas de clins d’œil du cœur. Je sortais de la librairie et te montrai fièrement l’ouvrage que je venais de me procurer. Tu me parlas d’un autre livre du même auteur, qui t’avait franchement inspiré. Je me rappelle le courant délicat qui nous liait ce jour-là. Il contournait les écueils d’autrefois.

Liane

Liane tourne autour de la montagne. Il fait chaud, elle se promène mollement sur les chemins du pays plat. Les terres en culture ont donné vigoureusement, le sol, irrigué par la douce rivière, se montre généreux depuis plusieurs siècles. Au centre de cette fertilité se dressent quelques incongruités. Comme des roches turgescentes à une époque de pierre, de petites montagnes ont fait irruption, sans créer un seul pli alentour, sans rider l’écorce terrestre. Le regard suit l’horizon lisse et rencontre, en se promenant, un bouton, là une bosse, plus loin un cône. Ici, la masse forte, imposante et lourde règne sur les lieux en regardant le cours d’eau qui sillonne la plaine.

Liane tourne autour de la montagne pour caresser ses contours et comprendre ses faces. Depuis longtemps elle s’en nourrit, se gorge de sa puissance. Un jour elle a eu l’idée de la regarder. Il fallait bien en sortir alors, se retirer pour voir! Elle est descendue. Comme il fallait lever les yeux! Aujourd’hui, elle a gagné les champs et s’étonne de ces espaces dénudés. Elle est habituée à la forêt, à tout le moins aux vergers ; tant de dégagement la désarme. Le soleil cru attaque. De l’autre côté de la rivière, Liane s’arrête sur la berge pour profiter de sa fraîcheur. À l’ombre d’un saule, au passage des heures, elle découvre, ahurie, la mouvance des formes de la montagne, ses multiples changements de personnalité. L’alternance des jaunes, des rouges, magnifie tantôt la forêt, tantôt la grande paroi rocheuse, les bleus, les noirs travaillent les masses et les volumes en continu. La lumière chorégraphie le paysage. Immuable force terrienne, la montagne se laisse déshabiller, triturer la structure nuit et jour par le premier venu : un nuage, un rayon, une lune, une chaleur prégnante, un matin généreux! Liane se promet de revenir. Ce spectacle inouï doit être débusqué, compris. La montagne danse!

Liane reprend le chemin de la montagne et réintègre son trou.

Chloé

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