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Le Fantôme du Père-Lachaise
Le Fantôme du Père-Lachaise
Le Fantôme du Père-Lachaise
Livre électronique250 pages3 heures

Le Fantôme du Père-Lachaise

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À propos de ce livre électronique

Dans ce roman le fameux détective "Chantecoq" est au centre de l'action. "Chantecoq", surnommé le "roi des détectives", se remarque pour son goût des déguisements, son esprit de déduction et son sens du théatre. On le retrouve dans toute une série d'enquêtes dont "Belphégor" est la plus connue. Les 17 romans d' Arthur Bernède où apparaît Chantecoq sont: Coeur de Française (1912); L'Espionne de Guillaume (1914); Cocorico !... (1916) (Chantecoq, 1); L'Homme qui sourit (1916) (Chantecoq, 2); La Chasse aux monstres (1916) (Chantecoq, 3); On les a !... (1916) (Chantecoq, 4); Belphégor (1927); Le mystère du train bleu (1929) (Nouveaux exploits de Chantecoq, 1); La maison hantée (1929) (Nouveaux exploits de Chantecoq, 2); Le crime d'un aviateur (1929) (Nouveaux exploits de Chantecoq, 3); Zapata ? (1929) (Nouveaux exploits de Chantecoq, 4); L'ogre amoureux (1929) (Nouveaux exploits de Chantecoq, 5); Le fantôme du Père Lachaise (1929) (Nouveaux exploits de Chantecoq, 6); Condamnée à mort (1929) (Nouveaux exploits de Chantecoq, 7); Le tueur de femmes (1929) (Nouveaux exploits de Chantecoq, 8 ); La Fille du diable (1931) et Vampiria (1933).
Arthur Bernède (1871 - 1937), est un romancier populaire français. Auteur très prolixe, il a créé plusieurs centaines de personnages romanesques, dont certains, devenus très célèbres, tels que Belphégor, Judex et Mandrin, ont effacé leur créateur. Il a également mis en scène Vidocq, inspiré par les exploits de ce chef de la Sûreté haut en couleurs. Il est également connu sous les noms de plume de Jean de la Périgne et de Roland d'Albret.
LangueFrançais
Éditeure-artnow
Date de sortie24 avr. 2019
ISBN9788026899938
Le Fantôme du Père-Lachaise
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Auteur

Arthur Bernède

Arthur Bernède est un romancier populaire français. Auteur très prolixe, il a publié près de 200 romans d'aventures et d'histoire et créé plusieurs centaines de personnages romanesques, dont certains, devenus très célèbres, tels que Belphégor, Judex et Mandrin, ont effacé leur créateur. Il est également connu sous les noms de plume de Jean de la Périgne et de Roland d'Albret.

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    Aperçu du livre

    Le Fantôme du Père-Lachaise - Arthur Bernède

    Chapitre I : Une honnête femme.

    Table des matières

    Une auto de maître stoppait devant un hôtel particulier qui dressait sa façade toute neuve à Neuilly, en bordure du boulevard Richard Wallace.

    Un valet de pied qui se trouvait à coté du chauffeur descendit ouvrir la portière à un gentleman d’une quarantaine d’année environ, au type anglo-saxon nettement accusé.

    Vêtu avec une élégance quelque peu exagérée ; de haute taille, carré d’épaules, le visage complètement rasé, le masque autoritaire, l’allure d’un homme qui se sent très fort parce qu’il se sent très riche, tel était ce personnage à l’aspect d’ailleurs peu sympathique, et qui s’en fut tout droit sonner à la porte de l’hôtel.

    Celle-ci s’entrouvrit et laissa apparaître un valet de chambre, qui, à la vue du visiteur, s’empressa d’ouvrir tout grand un des battants.

    Après avoir refermé la porte, le domestique s’inclina respectueusement devant le visiteur en qui il avait reconnu l’un des familiers de la maison, le richissime banquier Jack Sorett, l’un des hommes les plus riches des Etats-Unis.

    En français, sans trop d’accent, mais d’un ton bref, impératif, sir Jack Sorett lançait :

    — Mme la comtesse de Préfailles est elle visible ?

    — Je vais voir, Monsieur, répliquait le valet de chambre.

    L’Américain prit dans son portefeuille un bristol qu’il tendit au domestique qui s’en fut chercher sur une table un plateau, sur lequel il posa la carte ; et, revenant vers sir Sorett il fit :

    — Si Monsieur veut bien entrer au salon ?

    Sir Jack acquiesça de la tête.

    Le valet de chambre ouvrit une porte qui donnait dans une vaste pièce somptueusement meublée et décorée avec goût.

    Lorsque le milliardaire eu pénétré, il s’inclina devant lui, se retira, traversa le vestibule et s’engagea dans un grand escalier aux marches de marbre et à la rampe en fer forgé, qui conduisait au premier étage. Parvenu sur le palier, il frappa discrètement à l’une des portes.

    Une voix de femme répondit aussitôt :

    — Entrez !

    Le serviteur pénétra dans un délicieux boudoir Louis XVI, au fond duquel, devant un charmant bonheur-du-jour, une jeune femme était assise et terminait une lettre.

    — Qu’est-ce encore, Julien ? demanda-t-elle d’un air agacé ?

    Julien, qui semblait fort bien stylé, s’avança vers Mme de Préfailles et lui présenta la carte qu’il portait sur le plateau.

    La comtesse s’en empara, la lut et fit simplement :

    — Vous avez dit à ce monsieur que j’étais là ?

    Julien répliquait :

    — Madame la comtesse ne m’avait pas donné pour consigne de répondre aux personnes qui viendraient pour la voir qu’elle était absente. J’ai donc prié ce monsieur de bien vouloir attendre et je l’ai prié d’entrer dans le grand salon.

    — Vous avez bien fait, approuvait Mme de Préfailles.

    Et, tout de suite elle ajouta :

    — Allez dire à sir Sorett que je descends dans quelques instants.

    Le valet de chambre se retira avec cette impassibilité classique des gens de maison, qui accomplissent leurs fonctions avec la régularité mécanique d’un automate.

    Demeurée seule, Mme de Préfailles se remit à écrire.

    C’était une jeune femme de vingt six ans environ. Très belle, très racée, d’une beauté qui méritait de faire d’elle une véritable reine de Paris, elle avait entre toutes qualités, celle de posséder un charme auquel il était bien difficile de résister.

    Ses yeux très bleus, d’un bleu de ciel, étaient comme un reflet du paradis.

    C’était véritablement l’aristocrate française dans tout ce qu’elle a pu conserver à travers les âges de pur, de noble et de beau.

    Son visage, qui s’était un instant rembruni, avait repris sa sérénité coutumière et exprimait en même temps qu’une bonté exquise, le plus délicieux des abandons.

    C’était, en effet, une lettre d’amour qu’elle écrivait a son mari, qui, parti depuis longtemps au Maroc, où il avait de gros intérêts, avait laissé en elle, avec le regret d’une séparation forcée, l’empreinte de la tendresse qu’il lui inspirait. Voici ce qu’elle lui disait :

    « Le soir, quand je rentre seule dans cette maison que tu as faite si belle pour moi, je me sens encore plus mélancolique et j’ai de la peine à m’endormir, tant je suis obsédée par la pensée que tu es loin de moi et que pendant des semaines encore je dois attendre ton retour.

    « Mais je sais bien qu’il faut me faire une raison et que tu penses à moi autant que je pense à toi.

    « Nous nous aimons tant, n’est ce pas ? Tes lettres si chères m’apportent chaque fois que je les reçois comme une bouffée de notre bonheur un instant suspendu.

    « J’ai très bien compris que tu ne m’emmènes pas avec toi, dans ce voyage exclusivement d’affaires. Je t’eusse plutôt gêné…

    « D’ailleurs, l’état de santé de maman, qui s’aggrave de jour en jour, me retenait auprès d’elle, et je me console de ton absence en pensant que j’accomplis tout mon devoir.

    « Je suis obligée d’abréger ma lettre. Notre ami Jack Sorett vient d’arriver et je ne voudrais pas le faire attendre trop longtemps. Je n’oublie pas tous les immenses services qu’il t’a rendu, et si aujourd’hui nous nous trouvons dans une situation aussi brillante c’est en grande partie à lui que nous le devons, puisqu’il a consenti à te fournir les capitaux nécessaires pour développer tes entreprises qu’ont rendu florissantes ton intelligence, ton énergie, et cette volonté de réussir que tu puise dans notre amour.

    « Voila donc pourquoi, à mon vif regret, je suis obligée d’abréger ma lettre ; mais sois tranquille, je me rattraperai demain.

    « Je t’embrasse bien tendrement. Continu à m’envoyer, ainsi que tu le fais chaque jour, ce télégramme, qui pour moi est toute ta pensée s’envolant à travers l’espace ; et dis-toi bien qu’il n’est pas une seconde de ma vie qui ne soit tienne.

    « Je t’embrasse encore, je t’aime.

    « Ta femme,

    « Ta Michèle. »

    La jeune comtesse plia le papier à lettre, le plaça dans une enveloppe qu’elle cacheta et sur laquelle elle traça l’adresse suivante :

    Monsieur le comte Henri de Préfailles

    Grand hôtel de l’oasis

    Rabat (Maroc)

    Après avoir ajouté sur l’enveloppe la mention « par avion », elle appuya sur une sonnerie électrique à portée de sa main.

    La femme de chambre apparut. Michèle de Préfailles lui tendit la lettre en disant :

    — A faire partir immédiatement !

    Elle se leva, quitta sa chambre, gagna le grand escalier et s’en fut rejoindre dans le salon, l’américain, qui, flegmatique du moins en apparence, l’attendait, debout, en face d’un magnifique portrait de la comtesse, exécuté par le grand peintre Cyprien Boulet.

    Le financier était tellement absorbé dans sa contemplation qu’il ne s’aperçut pas que Michèle venait d’entrer dans la pièce. Il fallut que ce soit elle qui l’interpellât fort gracieusement.

    — Bonjour sir Jack !… Que me vaut le plaisir de votre visite ?

    Sir Sorett tressaillit légèrement ; brusquement il se retourna et se trouva presque face à face avec Mme de Préfailles.

    Son visage se colora d’une furtive rougeur ; puis embrassant la main que lui tendait la jeune femme, il fit :

    — J’étais en train d’admirer cette œuvre qui a été le grand succès du salon de l’an passé.

    « Ce Cyprien Boulet a vraiment un talent prodigieux et je crois que, d’ici peu, il n’y aura pas en Amérique une femme qui ne rêvera d’être portraicturée par lui.

    — Le fait est, déclarait Michèle, que c’est un très grand artiste…

    Avec une galanterie un peu exagérée le milliardaire reprenait :

    — Jamais il n’aura à réaliser sur la toile une femme aussi divinement belle que vous.

    Michèle sourit et reprit aussitôt :

    — Voila un compliment à la fois un peu brutal et très immérité.

    — Pas du tout, rectifiait l’Américain avec l’autorité d’un homme qui n’admet pas la contradiction. Vous devriez me connaître assez, chère comtesse, pour savoir que jamais je n’ai prononcé une parole en contradiction avec ma pensée. J’ajouterai même si toutefois vous m’en donnez la permission…

    — Je vous la donne, parce que, si je vous la refusais, vous la prendriez tout de même.

    — Parfaitement, martelait sir Jack. Il n’existe pas en France, à Paris, en Europe et même dans le monde entier, une femme qui vous soit comparable.

    — Ceci dit, reprenait Mme de Préfailles, laissez-moi à mon tour m’excuser de vous avoir laissé seul aussi longtemps ; mais j’écrivais a mon mari, qui, ainsi que vous le savez, se trouve en ce moment au Maroc, et j’avais peur de manquer le courrier.

    Avec cette netteté hardie qui caractérise les businessmen des Etats-Unis, sir Sorett reprenait :

    — C’est justement de votre mari dont je suis venu vous parler.

    Un peu surprise de ce préambule auquel elle ne s’attendait guère, Mme de Préfailles indiquant un siège au visiteur lui disait :

    — Veuillez vous asseoir, sir Jack, je vous écoute.

    Prise soudain de la crainte que l’Américain se présente en messager de mauvaise nouvelle, elle questionna :

    — Il n’est pas arrivé d’accident à Henri ? Il n’est pas malade ?

    — Rassurez vous déclarait le banquier en esquissant un étrange sourire. Mr de Préfailles se porte à merveille, je viens précisément de recevoir de lui un télégramme.

    Rassérénée par ces paroles, Mme de Préfailles s’installa dans un fauteuil en face de son interlocuteur. Puis, elle reprit :

    — Sir Sorett, je vous écoute avec d’autant plus de plaisir que je suis certaine que vous n’avez rien de désagréable à m’apprendre.

    Le financier esquissa une moue légère qui semblait indiquer que tel n’était pas son avis, et il fit, d’un air un peu détaché et sans vouloir donner d’importance à ses paroles :

    — Je ne connais guère ce que vous appelez vous autre Français, l’art des périphrases. Je vais droit au but, et je ne sais pas envelopper mes paroles de ces précautions que vous impose parfois la nervosité des personnes auxquelles vous vous adressez.

    « D’ailleurs, je sais que vous êtes une femme de tête, et que vous n’êtes pas de celles qui se laissent démonter par une déception même assez grave, et surtout absolument inattendue.

    — Que voulez vous dire ? s’étonnait la jeune femme.

    — J’y arrive, reprenait le milliardaire.

    « Tout d’abord, je dois vous poser une question à laquelle je vous demande de me répondre avec la franchise la plus absolue.

    « Avant votre départ, votre mari vous a-t-il dit quel était le but de son voyage au Maroc ?

    Sans la moindre hésitation, Michèle répondait :

    — Henri m’a déclaré qu’il s’en allait là-bas surveiller ses intérêts dans la banque Delorme et Cie.

    — Ah ! il vous a dit cela !…

    — Parfaitement.

    — Et vous l’avez cru ?

    — Je l’ai cru. Comment aurait-il pu en être autrement ? Mon mari ne m’a jamais menti, et l’affection loyale qu’il n’a jamais cessé de me témoigner depuis deux ans de mariage m’interdit d’élever le doute sur sa parfaite honnêteté.

    De nouveau, l’Américain eut son inquiétant sourire.

    — C’est beau, c’est très beau la confiance, fit-il d’un ton ironique.

    Surprise et même froissée par cette attitude bizarre, Mme de Préfailles s’écriait :

    — Auriez-vous l’intention, monsieur, de m’enlever celle que j’ai dans mon mari ?

    L’Américain répliquait :

    — Ne vous emballez pas, je vous en prie. Vous savez toute l’amitié sincère que je porte à Mr de Préfailles, et toute l’admiration fervente que vous m’inspirez vous-même.

    « Aussi, je m’en voudrais de vous causer à l’un comme à l’autre, la moindre peine. Mais il est parfois des nécessités qui dépassent les intentions les meilleures et qui vous interdissent toute espèce de ménagement, même à l’égard des personnes que vous estimez et que vous aimez le plus.

    « En ce moment, je ne puis vous le cacher davantage : je suis très mécontent de Mr de Préfailles.

    « Vous savez combien j’ai été heureux de mettre à sa disposition les importants capitaux dont il avait besoin pour réaliser ses conceptions financières.

    « Je l’ai fait pour deux raisons : la première, c’est parce que ses projets me séduisaient fort, tant par leur hardiesse que par leur solidité apparente et parce qu’ensuite votre mari m’était infiniment sympathique.

    « Il représentait pour moi le type de l’aristocrate moderne, qui se refuse à végéter avec les débris d’une fortune chaque jour de plus en plus modeste, et qui veut, au contraire une existence moderne, et qui, pour remplacer l’héritage émietté de ses ancêtres, entend gagner de l’argent, beaucoup d’argent, afin de pouvoir reprendre dans la société la place prépondérante de richesse et de fortune que tenaient autrefois ses aïeux.

    « D’ailleurs, Mme, dès que j’ai eu l’honneur de vous être présenté, si j’avais eu la moindre hésitation, vous eussiez suffi à la vaincre, tant j’ai tout de suite été désireux d’aider votre mari, afin de vous donner le cadre dont vous étiez digne, et de vous assurer l’existence fastueuse pour laquelle vous avez été créée.

    Troublée par ces paroles, la jeune comtesse se demandait :

    « Ou veut-il aller ? Que va-t-il me dire ? »

    Et elle ajoutait, toujours mentalement :

    « Puisqu’il prétend avoir horreur des périphrases, pourquoi ne me dit-il pas tout de suite la vérité ? »

    Sir Jack Sorett, qui préparait son terrain avec une habileté rare reprenait :

    — Je tiens avant tout à vous affirmer qu’en venant vous voir et vous apprendre les faits qui vont suivre, je suis tout à fait d’accord avec M. de Préfailles, ainsi que le prouve ce télégramme dont je vous parlais tout à l’heure et dont je vous prie de bien vouloir prendre connaissance.

    Le milliardaire tira de son portefeuille une dépêche qu’il tendit à la jeune femme. Celle-ci la prit d’une main tremblante, la déplia et lut ce qui suit :

    « Ainsi que je l’avais prévu, aucune espérance n’est plus permise… Stop… Situation inextricable causée par suite passive d’au moins 10 millions. Vous seul pourriez me sauver. Stop. Si vous y consentez, prière de télégraphier immédiatement. Si vous refusez, je vous demande comme une dernière preuve d’amitié d’annoncer à ma femme cette terrible nouvelle. Stop. Pour moi, je ne m’en sens pas le courage. Je suis désespéré. Amitiés.

    « Henri »

    À mesure qu’elle prenait connaissance de ces quelques mots, si terriblement éloquents en leur laconisme, Mme de Préfailles sentait grandir en elle la plus douloureuse des angoisses.

    D’une voix tremblante, elle reprenait :

    — Pour que je crois une pareille chose, il faut que ce soit vous qui me la racontiez… Quelle catastrophe terrible ! Combien mon pauvre Henri doit être malheureux !

    « Qu’a-t-il pu se passer ? Ce doit être la fatalité qui a voulu ce malheur ; je ne puis penser un seul instant que mon mari, qui est l’honneur même, se soit rendu coupable je ne dirai pas de la plus petite et la plus légère irrégularité, mais d’un moment de défaillance.

    Jack Sorett qui enveloppait la comtesse de Préfailles d’un regard de plus en plus intense, reprenait sur un ton rempli de bienveillance et de mansuétude :

    — Je commence par vous dire que l’honorabilité personnelle du comte de Préfailles ne saurait être mise en jeu. Il a eu affaire à un directeur qui était un gredin fort habile et même de haute envergure et s’est lancé à son insu dans des spéculations plus que hasardeuses.

    « Après avoir dilapidé une grande partie du capital de sa banque, il a pris la fuite avec ce qui restait ; mais il n’en est pas moins vrai que votre mari est coupable, quand ce ne serait que d’un manque de surveillance.

    Michèle affirmait :

    — Bien des fois Henri m’a affirmé qu’il avait une confiance absolue en M. Delorme.

    — Je le sais mieux que personne, observait le financier, puisqu’il s’est porté vis-à-vis de moi caution de ce coquin.

    « Si j’étais le seul commanditaire, les choses pourraient s’arranger encore ; mais pas mal d’épargnants français ont confié leurs économies à cette banque aujourd’hui en déconfiture. La faillite doit être forcément prononcée, et tout l’avoir de ces malheureux va être perdu.

    « La presse, naturellement, s’emparera de cette histoire, criera au scandale, et le conseil d’administration dont M. de Préfailles est président, malgré la bonne foi absolue et l’intégrité entière de ses membres, se trouvera en très fâcheuse posture.

    — Alors, interrogeait anxieusement Michèle, mon mari va être poursuivi ?

    — Je n’en sais rien encore, déclarait l’Américain, non sans une certaine réticence ; mais ce qu’il y a de certain, c’est qu’un juge d’instruction va être nommé.

    « Sans être très avertie des choses de la finance, vous ne devez pas ignorer qu’en pareil cas il arrive très souvent que les innocents paient pour les coupables, surtout lorsque, ainsi que dans le cas présent, la justice, d’accord avec le gouvernement, se voit dans la nécessité de donner satisfaction à l’opinion publique.

    La main crispée sur le rebord de son fauteuil, Mme de Préfailles s’écriait :

    — Alors, ce n’est pas seulement la ruine, c’est encore le déshonneur !

    Jack Sorett rectifiait :

    — À moins que l’on ne trouve le moyen, soit de renflouer la banque, soit de s’entendre avec les créanciers.

    « Mais, en ce moment, des affaires financières n’ont pas précisément une très bonne presse. J’ai déjà envoyé à droite et à gauche plusieurs coups de téléphone, et, à mon vif regret, je suis obligé de vous déclarer que les sondages que j’ai faits ne me donne pas un grand espoir.

    — Mon pauvre Henri !

    Ce fut tout ce que put dire Mme de Préfailles. Maintenant, les larmes coulaient sur ses joues ; son beau visage était empreint d’une profonde tristesse ; soudain, une pensée atroce lui traversa l’esprit :

    — Pourvu que…

    — Pourvu que… ? Répétait l’américain.

    Comme Michèle se cachait la tête entre les mains, Jack Sorett se leva, s’en fut vers elle, lui posa affectueusement la main sur l’épaule, et lui dit :

    — Voyons… parlez ! Ne suis-je pas votre ami sincère ? Dites-moi bien le fond de votre pensée.

    Gagnée par cette manifestation d’amitié dont elle n’avait nullement le droit de suspecter la sincérité, elle fit :

    — J’ai peur, oui, j’ai peur que Henri ne se laisse aller à un geste de désespoir.

    — Non, reprit l’Américain, vous n’avez pas à redouter cette éventualité. M. de Préfailles est un homme trop bien équilibré pour se loger une balle dans la tête.

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