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Barrages en Kabylie

Barrages en Kabylie

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Barrages en Kabylie

Longueur:
190 pages
2 heures
Sortie:
2 déc. 2019
ISBN:
9780463807026
Format:
Livre

Description

Le résultat du référendum d'autodétermination de janvier 1961 ne laisse aucune illusion sur la présence de la France en Algérie. Putsch des Généraux, naissance de l'OAS, frustration des Pieds-noirs, montée de l'islamisme intégriste, exacerbation des différences entre les Kabyles et les Arabes.

C'est dans ce contexte explosif que se déroule ce roman autour d'une équipe impliquée dans la réalisation de barrages collinaire.

Sortie:
2 déc. 2019
ISBN:
9780463807026
Format:
Livre

À propos de l'auteur

Jean-François Capelle réside à Montréal depuis plus de 40 ans.Il est ingénieur et docteur en génie civil. Spécialiste en étude du comportement des grandes structures (barrages, ponts, centrales nucléaires...). Il travaille dans plus de 25 pays sur 4 continents.Consultant-expert pour le programme de l'UND (ONU), il esr le co-fondateur de sociétés liées à l'ingénierie au Canada et en France, ainsi que d'un night-club à Montréal.Jean-François Capelleest l'auteur de plusieurs articles publiés dans des revues scientifiques internationales et de brevets d'invention. Il partage présentement son temps entre le Québec et la Provence.


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Aperçu du livre

Barrages en Kabylie - Jean-François Capelle

Jean-François Capelle

Barrages en Kabylie

Les derniers jours de l’Algérie française

First published by Editions Dedicaces 2019

Copyright © 2019 by Jean-François Capelle

Publié par les Editions Dédicaces.

Tous les droits sont réservés. Aucune partie de cette publication ne peut être reproduite, stockée ou transmise sous quelque forme ou par quelque moyen que ce soit, électronique, mécanique, photocopie, enregistrement, numérisation ou autre sans l’autorisation écrite de l’éditeur. Il est illégal de copier ce livre, de l’afficher sur un site Web ou de le distribuer par tout autre moyen sans permission.

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« Au nom de la France, j’ordonne que tous les moyens, je dis tous les moyens, soient employés pour barrer la route à ces hommes-là en attendant de les réduire. »

— Général de Gaulle, 23 avril 1961

Contents

Déclarations et citations du Général Charles de Gaulle au sujet de l’Algérie

Sur les contreforts du Djurdjura

Alger. L’aéroport de Maison Blanche

L’Hôtel des Tamaris

L’équipe des Tamaris. Le premier référendum

Les barrages d’El Allal et de Merdjet

Le putsch des généraux

Les lendemains du putsch

Le laboratoire de mécanique des sols

Zone interdite

Un dimanche à Dellys

La disparition de Brahim

La lettre de démission

La Casbah

La fontaine tarie

Diversion dans le sud

Un samedi soir à l’Aletti

Le porteur de valise

Dans un bistro de Bab El Oued

L’imam Tarik Kader

Les prémisses

Le départ de Julio et de sa mère

Le guet-apens

L’absence de Robert

Visite nocture à Argan

Le cahier vert

Les Accords d’Évian

Pagaille à Alger

Myriam

La cauchemar de Brahim

Une étrange nuit aux Tamaris

Le retour de Brahim

Le calvaire

L’annonce de la fin

La rage

Le courrier

L’intimidation de Jamel

Pierre en proie aux doutes

Feue madame Elizabeth Rivas

Dernière visite à El Allal

Ceux qui devront partir

L’incendie

L’indépendance

Les jours suivants l’indépendance

Adieu Alger-La-Blanche

Glossaire

Déclarations et citations du Général Charles de Gaulle au sujet de l’Algérie

« Tous français, de Dunkerque à Tamanrasset. » (Paris, 13 mai 1958)

« Je vous ai compris. » (Alger, 4 juin 1958)

« La France est ici avec sa vocation. Elle est ici pour toujours… Il faut qu’il n’y ait en Algérie rien d’autre que dix millions de Français et Françaises avec les mêmes droits et les mêmes devoirs… Oui, oui, oui ! La France est ici pour toujours. » (Oran, 6 juin 1958)

« Vive l’Algérie française ! » (Mostaganem, 6 juin 1958)

« L’Algérie française, ce n’est pas la solution, c’est le problème ! Ce n’est pas la solution, c’est le mal ! ( … ). Il suffit de passer quelque temps en Algérie pour se rendre compte que le peuple arabe est inassimilable. » (Propos rapporté par Alain Peyrefitte)

« L’Algérie de papa est morte, et si on ne le comprend pas, on mourra avec elle. » (29 avril 1959)

1

Sur les contreforts du Djurdjura

La colonne avançait sans faire de bruit. Revêtus d’un uniforme de camouflage, le doigt sur la gâchette de leurs armes, les dix hommes marchaient silencieusement. Le dernier de la file indienne détonnait par sa haute stature et ses yeux d’un bleu étincelant, il s’appelait Mohammed. C’était une position de grande responsabilité que la sienne, car il devait assurer les arrières de son groupe. C’était aussi la preuve que Guimard, son adjudant, lui faisait entièrement confiance et il était d’ailleurs le seul à avoir un fusil-mitrailleur, une MAT 49, tout comme son chef, alors que les autres harkis avaient de simples fusils.

En cette froide matinée de fin décembre, le soleil qui venait juste de se lever faisait miroiter les cimes enneigées du Djurdjura. La pluie des jours précédents avait fait place à un ciel bleu sans nuages. Les pins d’Alep répandaient une forte odeur de résine.

Soudainement Mohammed entendit un violent craquement sur sa droite, juste derrière lui. À peine eut-il le temps de se retourner qu’il vit débouler une horde de sangliers. Derrière une énorme femelle aux poils noirs suivaient trois marcassins qui traversèrent le sentier en fonçant droit devant eux. N’écoutant que ses réflexes de chasseur, Mohammed épaula son arme et visa un des petits. Au moment où il allait appuyer sur la gâchette, il se rappela les ordres formels de Guimard : ne pas faire de bruit et ne tirer que si un fellagha était à sa portée. Dommage pensa-t-il, la viande de sanglier est si délicieuse… et eux, les Kabyles, en raffolaient à la différence des Arabes qui s’interdisent d’en manger. Quelle drôle d’idée : un autre de leurs stupides interdits religieux ! Il avait à peine eu le temps de baisser son arme qu’un coup de feu retentit. C’était le claquement sec d’un simple fusil, suivi d’un cri de triomphe. Mohammed fit un pas de côté et releva son fusil-mitrailleur. Il ne lui prit que quelques secondes pour voir d’où était venu ce coup de feu: c’était Ali, la nouvelle recrue de la harka. Guimard allait sûrement exploser ! Ali semblait tout fier d’avoir réussi du premier coup à tuer un marcassin et ne s’attendait pas à recevoir une engueulade.

La réaction de l’adjudant fut immédiate : ayant fait signe à ses hommes de ne pas bouger, il rebroussa chemin jusqu’au niveau d’Ali ; il était rouge de colère.

— Crétin ! Te rends-tu compte de ce que tu as fait ? Les fells savent maintenant que nous sommes ici. Ils peuvent maintenant nous tirer dessus ! As-tu fait exprès ?

Ali baissa les yeux, puis tourna la tête vers le marcassin qui gisait à une cinquantaine de mètres plus bas. L’adjudant qui avait suivi son regard explosa de nouveau :

— Et pas question que tu le ramènes avec toi ! Il manquerait plus que cela ! Puis, s’adressant à Mohammed, il ajouta : garde l’œil sur lui… je me demande qui nous a recommandé d’engager cet oiseau-là.

Depuis quelques jours, Mohammed trouvait que son adjudant était devenu très irritable ; il était devenu taciturne et pour un rien il se mettait en colère ; il n’était pas le seul d’ailleurs, la plupart des gradés se comportaient ainsi. Mohammed les avait même surpris en train de discuter violemment entre eux. Ils s’étaient tus dès qu’ils l’avaient aperçu, mais Mohammed avait eu le temps de saisir de quoi ils parlaient: le dernier discours du Général de Gaulle. Ils avaient gagné la guerre et, à part quelques coins du pays où sévissaient des katibas, comme ici en Kabylie, l’Algérie était débarrassée de cette vermine, mais lui, ce de Gaulle, était en train de les lâcher ! Il était aussi question d’un référendum d’autodétermination. Il ne savait pas ce que cela voulait dire exactement. Certains disaient qu’ils devraient mettre un papier blanc dans une boîte, d’autres que c’était un papier mauve. Lui, Mohammed, préférait le mauve, car le blanc, c’était la couleur des morts… et des Arabes.

La colonne repartit. Elle se dirigeait vers la mechta composée d’une maison en pierres et de quelques pauvres gourbis éventrés où vivaient ceux qui exploitaient les chênes-lièges des environs. Depuis l’incident des sangliers, les membres de la harka étaient encore plus sur leurs gardes ; au moindre bruit, les mains se crispaient sur les crosses des fusils. Rendu à proximité de la mechta, en partie cachée derrière une haie de figuiers de Barbarie, Guimard fit signe à ses hommes d’arrêter et il examina consciencieusement les environs avec ses jumelles. On ne voyait pas âme qui vive, toutefois une maigre fumée qui s’élevait d’une cheminée signalait une présence. Guimard fit signe à ses hommes de se séparer en deux groupes ; avec quatre hommes, il allait contourner la mechta par la gauche, tandis que le reste du groupe avancerait tout droit.

Mohammed fit signe à son groupe de le suivre sans faire de bruit. Derrière les habitations s’élevait une forêt de cèdres de l’Atlas. Ils avaient à peine franchi une centaine de mètres qu’ils virent des hommes qui s’enfuyaient en direction de la forêt. Bien qu’ils étaient déjà trop loin pour les atteindre, les harkis épaulèrent leurs fusils et tirèrent plusieurs coups dans leur direction, sans succès. Ayant atteint les bords d’un oued qui dévalait des montagnes, les fuyards disparurent de leur vue.

Guimard, alerté par les coups de feu, arriva en courant. Il hésita quelques secondes et renonça à entamer une poursuite. Il avait du mal à contrôler sa colère : c’était le coup de fusil de ce crétin d’Ali qui avait fait rater l’effet de surprise qu’il recherchait.

Précautionneusement ils avancèrent jusqu’à la mechta. Ils étaient sûrs de n’y trouver personne, mais ils inspectèrent toutefois chaque gourbi. Dans la maison, Guimard fut surpris de trouver une vieille femme accroupie près d’un foyer. Ses yeux étaient couverts d’un voile blanc et elle sursauta à peine quand des harkis entrèrent. Elle était presque aveugle. Guimard fit signe à Mohammed de l’interroger. Évidemment, elle ne savait rien. Elle vivait seule ici et elle fit semblant de ne pas comprendre quand on la questionna au sujet des fellaghas qui sévissaient dans la région. Guimard, passablement énervé, s’approcha de la vieille femme et il lui posa fermement une main sur l’épaule. Les harkis présents étaient pétrifiés ; ils ne pouvaient supporter que leur chef agisse de cette sorte. Avant qu’Ali n’intervienne, Mohammed s’interposa et osa dire :

— Chef, laissez-la. C’est une femme, une vieille femme… il ne faut pas la toucher.

Guimard, sidéré, se retourna vers ses hommes. C’était la première fois qu’un de ses harkis osait s’opposer à sa volonté.

La vieille femme se leva et en tâtonnant se dirigea péniblement vers la porte tout en prononçant quelques mots d’une voix chevrotante.

— Qu’est-ce qu’elle radote ? brailla l’adjudant en se tournant vers Mohammed.

— Elle dit… elle dit qu’ils ont emmené son fils. Ils vont le tuer si elle parle.

Guimard haussa les épaules et gueula en regardant la femme dans les yeux :

— Et tu penses que je vais la croire ? D’ailleurs, où sont tous les hommes de la mechta ? … Ils font sûrement partie de la bande de fellaghas qui vient de s’enfuir.

Mohammed parla doucement avec la femme, puis se tourna vers son adjudant en affirmant :

— Chef, il faut la croire. Elle vit ici avec son fils que les fellaghas viennent d’enlever.

— Crois-tu que je vais avaler ça ? Il est sûrement parti de son plein gré avec ses copains quand ils nous ont entendus arriver.

Mohammed continua à parler doucement à la vieille femme, puis se tourna de nouveau vers Guimard avec insistance:

— Il faut vraiment la croire chef, elle dit la vérité. Les fellaghas ont attaché une corde autour du cou de son fils, comme à un chien. Ils ont dit qu’ils reviendraient la tuer s’il s’échappait.

Le regard de Guimard fut attiré par un objet qui était suspendu au-dessus de l’âtre. Il s’en approcha… c’était bien une médaille militaire. Son ton changea aussitôt :

— C’est à qui cette médaille? demanda-t-il.

—Euh … je crois que c’était celle de son mari, d’après ce qu’elle m’a dit, répondit Mohammed en baissant les yeux.

—Hum… c’est pour ça qu’ils ont emmené son fils ? Demande-lui, dit-il un peu plus calmement.

Mohammed parla de nouveau à la vieille femme puis, à voix basse, traduisit sa réponse :

— Non, c’est à cause d’un de ses oncles qu’ils l’ont enlevé… il fait partie d’un groupe d’autodéfense, un GAD, et il voulait que son neveu le rejoigne.

À ce moment on entendit deux coups de feu venant de la montagne.

La vieille sursauta et s’écria en kabyle alors que des larmes coulaient sur ses joues :

— Omar… Omar ! Ils l’ont tué ! Ils ont assassiné mon enfant.

Elle fut prise de tremblements et gémissait de plus en plus fort. Mohammed la fit asseoir sur le bord d’un lit et essaya de la calmer.

Après quelques instants, Guimard prononça d’une voix rauque :

— Dis-lui que si c’est bien son fils qui a été tué, nous allons le venger.

Sur ces mots, il regroupa ses hommes et il sortit immédiatement pour traquer les fuyards.

* * *

Sur les ordres de l’adjudant, les harkis partirent en direction des coups de feu qui venaient de claquer. Craignant qu’on leur ait tendu un piège, Guimard avait déployé ses hommes en éventail. Ils franchirent le lit de l’oued par petits groupes et pénétrèrent dans la forêt de

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