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Les réprouvés d'Héliogaï

Les réprouvés d'Héliogaï

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Les réprouvés d'Héliogaï

Longueur:
235 pages
3 heures
Sortie:
4 févr. 2020
ISBN:
9780463856604
Format:
Livre

Description

En ce 23ème siècle, les Kuiperiens ou habitants des planètes naines de la Ceinture de Kuiper, sont des mutants capables de résister aux plus fortes variations de températures, ce qui leur permet de vivre sur ces mondes glacés pratiquement sans protection. Cette mutation a provoqué leur exil loin de la Terre et des autres mondes proches du Soleil, qui ont formé une association interplanétaire : Héliogaï.

Héliogaï refuse depuis longtemps d’intégrer les Kuiperiens, alors que beaucoup rêvent d’émigrer sur ces mondes plus riches, à l’existence plus facile que sur leurs propres mondes. Pendant longtemps, on a craint que les Kuiperiens puissent contaminer le métabolisme terrien...

En outre, ils sont en conflit avec Thulea, la dernière planète du système solaire, découverte près du Nuage d’Oort. Devenue un vaste complexe industriel, elle fascine et même temps qu’elle colonise la société kuiperienne, qui se sent ainsi menacée.

Dès lors, l’émigration vers Héliogaï reste la meilleure solution pour la jeune génération, qui va donc se lancer dans l’aventure, à ses risques et périls du fait de ses moyens dérisoires en matière de navigation spatiale.

Quel sera leur sort ? Parviendront-ils à leurs fins durant cette terrifiante aventure ?

Sortie:
4 févr. 2020
ISBN:
9780463856604
Format:
Livre

À propos de l'auteur

Né à REMIREMONT (VOSGES) en 1960. Se consacre à la littérature depuis l’âge de 15 ans. Sociétaire des Gens de Lettres de France. A publié son 1er ouvrage à 21 ans, en est actuellement à son 13ème ouvrage publié. D’abord enseignant, a fondé en 1999 l’entre-prise SCRIBO (www.scribomasquedor.com) qui s’occupe de diffu-sion de livres, de conseils littéraires aux auteurs désireux d'être publiés, d’édition avec sa filiale : les Éditions du MASQUE D'OR, de formation en français/anglais et d’un atelier d’écriture. Thierry ROLLET a publié des romans, des recueils de nouvelles, des récits historiques, ainsi que de nombreuses nouvelles en revues et sur Internet. ABOUT THE AUTHOR: Born in Remiremont (France) in 1960, Thierry Rollet has devoted himself to literature since the age of 15. Associate to Gens de Lettres de France. He published his first book at age 21 and is now at his 38th published book. First a teacher, he founded in 1999 the Scribo company, which handles the distribution of books, literary advice to authors wanting to be published, training in French / English and a writing workshop. Thierry Rollet has published novels, collections of short stories, historical accounts, and many novels in magazines and on the Internet.


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Les réprouvés d'Héliogaï - Thierry Rollet

I

Première partie

Chapitre 1

Ce soir-là, le ciel n’était pas sans nuages : la planète naine se trouvait à son périhélie depuis vingt ans déjà, c’est-à-dire depuis la naissance de Kurt. C’était la dixième fois que l’on mesurait le degré de rapprochement du Soleil de Pluton depuis l’établissement définitif des Kuiperiens dans la Grande Ceinture Extérieure, dite également Ceinture de Kuiper. Maintenant, le moment décisif que tous attendaient fiévreusement était arrivé : le Soleil avait déjà commencé à sublimer l’azote ; c’était tout juste si les immenses packs de gaz solidifié ne fondaient pas à vue d’œil ! L’immense banquise azotée et méthanisée qui, d’ordinaire, recouvrait la plupart des Planètes Naines, allait se muer en un prodigieux brouillard auquel les rayons du Soleil rendraient ses couleurs originelles, avec une dominante de bleu, véritable camaïeu atmosphérique que chaque Kuiperien, même parmi les anciens, ne pouvait contempler qu’une seule fois dans sa vie.

C’était donc le grand soir… Harald eut un petit rire : seule, l’horloge pouvait distinguer le soir du matin et du midi sur Pluton, qui ne bénéficiait guère de l’apport luminescent de l’astre du jour. Même à cette distance, la plus courte depuis deux siècles et demi, les 29 UA¹ qui séparaient Pluton du père des planètes ne permettaient guère de créer une distinction visible entre les différents moments de la journée – dont la durée était d’ailleurs d’environ 96 heures. Infiniment lent sur son orbite comme sur sa rotation propre, Pluton avait accoutumé les Kuiperiens à sa longue et proverbiale patience… du moins, les anciens…

Harald sentit tout à coup ce sentiment nouveau, le plus désagréable qu’il connût, envahir ses pensées, les bousculant comme semblaient se bousculer, à cette heure, les volutes issues des geysers d’azote et de méthane, là-haut, très haut dans le ciel. Kurt, sa fiancée Inge et leurs amis allaient encore, lors de la grande assemblée, lancer à tous les échos leurs idées baroques et dangereuses. Décidément, la nouvelle génération n’égalait pas les anciennes en matière de constance : aux jeunes, il leur fallait toujours du neuf, il leur manquait toujours quelque chose ! Certes, la récente situation politico-sociale n’avait pas été brillante en ces mondes glacés de la Grande Ceinture. Mais, maintenant que le cortège des Planètes Naines s’était éloigné de Thulea, la géante qui, pratiquement depuis sa découverte, deux siècles plus tôt, imposait toujours sa loi, on vivait plus tranquille. Plus rien ne semblait devoir menacer le commerce : le proche avenir des azotiers, vaste corporation à laquelle toutes les familles kuiperiennes se flattaient d’appartenir depuis toujours, promettait de franchir un nouveau cap en s’ouvrant sur des jours radieux !

Harald n’avait pas le sentiment d’exagérer ni même d’extrapoler en nourrissant ce genre d’espoir : en fait, il s’agissait surtout de magnifiques promesses, engendrées tout naturellement par l’aide appréciable du Soleil. Finis, les plus pénibles travaux dans ces véritables mines à ciel ouvert qu’il fallait sans cesse creuser et recreuser dans les inlandsis de gaz solidifiés. Désormais, on n’aurait plus à redouter les pièges que ménageaient ces immenses icebergs sans cesse en déplacement. La famille d’Harald comptait déjà une demi-douzaine de décès par éboulements imprévus sur les malheureux mineurs, qui risquaient constamment leur existence en forant les glaces, du fait de leur outillage pratiquement désuet et des constantes variations engendrées par les mouvements gravitationnels et telluriques. Désormais, on n’aurait plus à recueillir l’azote et le méthane solides pour les liquéfier ou les sublimer ensuite : le Soleil se chargerait du plus gros du travail et les mineurs devenus gaziers n’auraient plus qu’à recueillir à la source la principale richesse des mondes kuiperiens. Bientôt, on organiserait de grandes fêtes, depuis le couple Pluton-Charon jusqu’à la lointaine Sedna, pour se réjouir des grands profits que promettait cette exploitation sans extraction, sans doute la plus importante, donc la plus riche que l’on eût jamais vue dans la Grande Ceinture.

En outre, les Planètes Naines étant maintenues ensemble, véritable collier de l’espace comme disaient les poètes, du fait de leurs orbites rapprochées et de leurs gravités équilibrées, elles pourraient échapper, peut-être définitivement, à la pernicieuse influence de Thulea, l’ultime monde du système solaire avant le Grand Nuage d’Oort. Plus personne n’aurait envie d’émigrer dans ses usines cyclopéennes qui couvraient la majeure partie de sa surface. La paix règnerait enfin…

Harald ne parvenait pas, néanmoins, à chasser cette terrible inquiétude de son esprit : si désormais Thulea se trouvait trop loin pour exciter la convoitise des jeunes, dans leur quête des emplois à risques voilés par l’argent facile, ceux-ci abandonneraient-ils leurs projets suicidaires d’émigration massive ? Comme la plupart de ses contemporains, Harald maudissait ce jour de janvier 2016 où les astronomes terriens avaient découvert cette « Planète X » dont l’influence sur les orbites des mondes nains avait fait soupçonner l’existence. Une fois repérée, Thulea, ainsi qu’on l’avait baptisée, avait été mitraillée par les télescopes et spectroscopes situés sur la Terre et en orbite de celle-ci. On y avait ainsi découvert de très riches gisements d’uranium, de radium, de cobalt et de manganèse, donc un colossal trésor qui n’attendait que ses prospecteurs. Moins de cent ans plus tard, ils étaient venus en foule, bousculant presque les installations encore fragiles des Kuiperiens, qui ne pouvaient rivaliser avec cette incroyable invasion venue des mondes les plus proches du Soleil.

En effet, les Kuiperiens étaient encore loin d’être un peuple prospère, leur mode d’existence étant peu développé. Nés de la colonisation de Vénus en 2030, ils avaient dû se réfugier aux confins du système solaire, chassés par les Terriens qui ne voulaient plus d’eux, considérant même avec horreur ces mutants issus de la terraformation de la Planète Jaune. Et pourtant, la Terre n’était-elle pas responsable de cette mutation ? Elle avait essayé de faire une nouvelle Terre de sa jumelle, en introduisant dans son épaisse atmosphère des bactéries qui avaient naturellement éliminé le gaz carbonique pour y déposer de l’oxygène². C’est ainsi que Vénus était devenue habitable pour les humains…

Voire ! On ne transforme pas le métabolisme d’une planète sans en subir de notables conséquences. Celles-ci s’étaient manifestées sous la forme de nouvelles bactéries et autres formes de vie typiquement vénusiennes. Quasi-insoupçonnées auparavant, elle avaient été, en quelque sorte, « réveillées » par la modification de l’atmosphère et se voyaient prêtes, à leur tour, à coloniser Vénus. Résultat : elles avaient contaminé les premiers explorateurs terriens, en remplaçant certains de leurs gènes par d’autres jusqu’alors inconnus. Une nouvelle race était née ainsi, insensible aux plus fortes variations de températures, débarrassée du système sanguin et très économe d’air, d’eau et de nourriture, du fait du renforcement de son métabolisme. Bref, une race nettement moins vulnérable que celle dont elle était issue – et qui, dès ce jour, l’avait chassée de son environnement, tant elle craignait d’être contaminée à son tour. On s’était contenté de transporter les mutants jusqu’à la Ceinture de Kuiper, où on leur avait généreusement accordé le droit de s’établir sur les mondes glacés qui s’y trouvaient : Pluton, son principal satellite Charon et ses voisins Éris, Haumea, Orcus, Varuna, Ixion, Quaoar, Makemake et Sedna. Ceux-ci étaient donc devenus les réserves des Kuiperiens, tout comme certaines étendues désertiques des USA étaient devenues celles des Amérindiens au 19ème siècle terrestre.

Certes, les Kuiperiens s’étaient plutôt bien tirés d’affaire, malgré leur mise à l’écart qui, sur la Terre et ses proches voisines, n’avait jamais suscité le moindre remords. Tout comme les Indiens Osages avaient découvert de riches gisements pétrolifères dans leur réserve de l’Oklahoma, les Kuiperiens avaient su exploiter l’azote et le méthane solidifiés qu’ils recueillaient à foison sur les Planètes Naines et dont l’industrie était friande dans tout le système solaire. Certes, depuis la colonisation des satellites des quatre Mondes Géants, de Jupiter à Neptune, une notable concurrence s’était établie, mais l’azote et le méthane kuiperiens étaient de qualité supérieure à ceux de Saturne et même de Neptune, du fait que l’immense distance séparant la Grande Ceinture du Soleil avait garanti tout naturellement la pureté de ces gaz.

Les Kuiperiens auraient pu ainsi amasser des fortunes aussi conséquentes que les Indiens Osages avec leur pétrole, s’ils avaient pu bénéficier d’un matériel adapté. Cependant, les produits manufacturés souffraient d’une importation très difficile, pour ne pas dire périlleuse, dans cet univers glacé et ténébreux, où peu de hypernefs osaient encore s’aventurer. L’industrie méthanière de Pluton et de ses voisins se voyait donc difficilement compétitive. Les méthaniers de Saturne, s’ils ne pouvaient prétendre à une pureté parfaite de leur marchandise, obtenaient souvent, pourtant, les meilleures parts du marché solarien, réduisant ainsi les Kuiperiens à l’état de mineurs dépassés par leurs propres richesses, trop difficilement exploitables pour eux…

Ces dernières pensées suffirent à ramener la sérénité dans l’esprit d’Harald : allons, tout irait mieux maintenant qu’il suffirait, grâce à la proximité du Soleil, de recueillir le gaz sans se donner la peine de creuser ses montagnes solidifiées pour les faire fondre ensuite. Cette fois, le marché de l’azote et du méthane réaliserait des profits inégalés sur les Planètes Naines de la Grande Ceinture, ouvrant décidément un avenir plus confiant à leurs habitants. Ah ! Quelle belle revanche ils sauraient alors prendre sur ceux qui les avaient relégués là, eux dont le seul crime était de ne plus ressembler physiquement à ces Terriens qui, pourtant, étaient leurs ancêtres. Mais leur mentalité n’avait jamais évolué : tout juste toléraient-ils les quelques mutations chez les nouveaux habitants de Vénus et de Mars, les seuls mondes terraformés à la fin du 21ème siècle. Bannis d’un jour, bannis de toujours : ainsi demeureraient les Kuiperiens.

À vrai dire, Harald s’était surpris parfois à approuver ces jeunes qui, avec des instruments de fortune, contemplaient fréquemment ce groupe de quatre planètes qui leur semblaient un havre de paix cosmique…

Les volutes de gaz, cachant de plus en plus les étoiles, masquaient maintenant ces quatre points brillants qui, du fait de leur récente fédération, avaient été réunis sous une appellation commune.

Un très beau nom, en vérité…

Héliogaï.

¹ UA = unité astronomique, mesure équivalant à une fois la distance Terre-Soleil, soit 150 millions de kilomètres.

² Authentique : certaines bactéries terrestres, en respirant, font le contraire de la plupart des êtres vivants : elles aspirent du gaz carbonique et expirent de l’oxygène.

Chapitre 2

La hypernef Quadrant était officiellement en patrouille sur la très vaste orbite de Neptune. Tel était du moins le motif officiel de son déplacement. En réalité, il s’agissait beaucoup plus d’une forme de surveillance, pour ne pas dire d’espionnage, qui transformait la Police Transneptunienne ou PTN en basic English en une rivale de la douane solarienne. Pourtant, ce n’était pas les vaisseaux et leurs cargaisons qui intéressaient la PTN mais un tout autre problème, qui commençait à prendre, au sein de tout le système solaire, une importance croissante chaque année.

Il n’y avait certes pas de quoi ravir les sergents Herbert et Flavaud qui, selon leurs propres termes désabusés, s’abîmaient les yeux sur l’écran panoramique embrassant l’espace extérieur – très extérieur même puisqu’il offrait une large vision sur les mondes les plus proches de Neptune dans la Ceinture de Kuiper. Grossie par le télescope électronique du bord, cette image permettait de voir, outre le couple Pluton-Charon et ses micro-satellites Nix, Styx, Kerberos et Hydra, les plus volumineuses des Planètes Naines : Éris et Makemake.

Thulea, que certains plaisantins appelaient encore la Planète X – bien que cette boutade remontât au 21ème siècle –, n’était visible, à cette distance et malgré sa taille respectable, que sous la forme d’un gros point très brillant. Les deux sous-officiers PTN ne lui accordaient aucune attention : leurs préoccupations obligées, du fait de leur mission secrète, se concentraient sur le groupe de Planètes Naines dont les orbites se chevauchaient, maintenant ainsi tout naturellement un équilibre entre leurs forces d’attraction. C’était elles qu’il fallait surveiller avant tout : plus peuplées que les autres par la race kuiperienne, elles comptaient en vérité plusieurs millions d’habitants, tandis que les autres mondes kuiperiens n’abritaient que quelques techniciens et autres tâcherons affectés au contrôle des diverses centrales automatiques, ainsi qu’au maintien de l’ordre.

– Tu parles ! grommela Flavaud. Comme si des PTN déplacés comme ceux-là étaient capables de le maintenir, l’ordre ! Ou alors, ça dépend quel ordre, pas vrai ?

Moins bavard que son coéquipier, le sergent Herbert se contenta de hocher la tête en signe d’approbation. Comme tout le monde, il savait que les PTN basés sur les Planètes Naines n’y avaient été affectés que par punition. Leur séjour n’avait rien d’agréable sur ces petits mondes glacés des confins du système solaire. Surtout lorsqu’il s’agissait de faire équipe avec des Kuiperiens !

Cette dernière remarque avait fusé de la bouche de Flavaud sans même qu’il s’en rendît compte, ce qui motiva une apostrophe de Herbert :

– Qu’est-ce que tu leur reproches, aux Kuiperiens ?

– Tout ! La première génération était encore humaine, à ce que l’on disait dans le cours de psychologie inter-solaire. Mais les suivantes… no comment ! Ils n’arrêtent pas de prendre les Héliogans et surtout les Terriens d’origine, comme nous, pour des petits précieux, incapables de se dégourdir les jambes sans scaphandre, tout juste bons à bâfrer pour gaspiller l’air, l’eau et la bouffe… et j’en passe et des pires !

– Et toi, tu les prends pour quoi ? C’est normal qu’ils nous regardent un peu de haut. Eux, ils pourraient presque se balader dans le vide spatial sans vidoscaphe ; en tous cas, sur leurs petites planètes, ils se promènent habillés comme des bûcherons des Rocheuses, autrefois sur Terre… ou presque ! Des vêtements protecteurs anti-radiations, c’est tout ce qui leur faut. Alors, nous, à côté d’eux…

– Ça va, je sais tout ça comme toi ! Mais quand même, sans nous, qu’est-ce qu’ils deviendraient ? Les techniciens, par exemple, c’est pas chez eux qu’on les trouve !

Flavaud venait de réussir ses premiers examens qui devaient le conduire à anticiper le grade d’officier. Herbert le savait et connaissait également la mentalité de son camarade : plutôt hâbleur, un rien suffisant, très imbu de ses succès en tous cas, il n’était pas du genre à copiner avec n’importe qui, désormais. Encore heureux qu’il consentît à traiter d’égal à égal avec son collègue ! C’est pourquoi ce dernier, négligeant de poursuivre la conversation pour éviter qu’elle débouchât sur une querelle, se contenta d’obéir au signal lumineux qui indiquait la disponibilité présente du nouveau brigadier. Enfonçant un contact, il lança l’invitation :

– Passerelle au rapport. À l’attention du brigadier Jeanlain. Prêt à prendre poste ?

– Prêt, répondit une voix dans l’intercom.

Moins de trente secondes après, un homme d’âge mûr faisait son entrée sur la passerelle. Carrure athlétique, visage buriné comme ceux des ressortissants des mondes les plus proches du Soleil, il ne trahissait son âge que par ses cheveux blancs coupés ras. Son uniforme ne semblait pas tout à fait réglementaire, en tous cas pas selon les dernières modifications de tenues, nota Herbert. Sans doute s’agissait-il, non d’un véritable flic transneptunien mais d’un de ces techniciens délégués auquel on donnait un grade selon leurs qualifications et les missions qu’ils étaient aptes à remplir.

Le brigadier Jeanlain esquissa un vague salut et, d’un geste, invita les deux hommes à se mettre au repos. Très peu formaliste, apparemment, il entra tout de suite dans le vif du sujet :

– Flavaud, mon petit vieux, vous ne devriez pas laisser ouvert votre circuit intercom : il répète tout ce qu’on lui dit, cet indiscret !

L’interpellé jeta un coup d’œil vers le tableau de commandes et constata qu’effectivement, l’intercom était ouvert, ce qui avait donc permis au nouveau brigadier d’entendre dans sa cabine tout ce qui se disait sur la passerelle. Son teinte plutôt pâle de coureur de l’espace prit une nuance plus colorée.

– Ne vous en faites pas, vous n’avez pas divulgué de secrets défense, mon gars ! poursuivit Jeanlain. N’empêche que c’est votre collègue qui a raison : les Kuiperiens sont authentiquement supérieurs à tous les humains !

– Mais, brigadier, ils sont humains eux aussi !

– Tiens ! Vous parlez mieux, maintenant, on dirait ! Bien sûr qu’ils sont humains. Ce n’est pas leur faute si les Terriens les ont exilé jadis. Maintenant, ils prennent leur revanche sur nous… Et vous, Herbert, qu’est-ce que vous savez d’eux ? D’après vos propos, vous m’avez semblé mieux informé que votre copain…

– Heu… oui, brigadier, répondit Herbert, plutôt gêné car il n’avait pas coutume de chercher à briller devant autrui. Je sais que la peau des Kuiperiens est un peu comme de la pierre ponce et que c’est pour ça qu’ils ne craignent pratiquement pas les températures les plus hautes comme les plus basses…

– Continuez, mon vieux…

– Ils n’ont pas besoin de beaucoup manger et n’absorbent presque pas de liquide. Ils ne respirent qu’une seule fois toutes les trois heures. Ils sont probablement la race la plus résistante du système solaire… Je crois que j’ai tout dit, brigadier.

– Non, mon vieux, non… mais c’était une bonne introduction. De toute façon, bien les connaître, telle est notre mission, vous le savez tous les deux.

Flavaud allait répliquer mais la porte d’entrée lança, avant de coulisser, le double tintement annonçant l’arrivée d’un officier. Il cria donc :

– À vos rangs, fixe !

L’officier qui entra était un jeune capitaine à l’uniforme irréprochable, au maintien très raide assurant un port de tête plutôt arrogant. Son regard gris métallisé lui donnait

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