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L’orignal : Son habitat – sa biologie – sa chasse
L’orignal : Son habitat – sa biologie – sa chasse
L’orignal : Son habitat – sa biologie – sa chasse
Livre électronique510 pages5 heures

L’orignal : Son habitat – sa biologie – sa chasse

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À propos de ce livre électronique

MICHEL BRETON : Reconnu comme l'un des meilleurs guides de chasse à l'orignal au Québec, Michel décrit ici, entre autres, sa technique favorite qui consiste à repérer les endroits propices sur une carte écoforestière pour ensuite aller y appeler l'orignal en se déplaçant. Michel a révolutionné la façon de chasser l'orignal et ses techniques sont pratiquées par des centaines de chasseurs et de guides au Québec et même ailleurs au Canada. Plusieurs écoles où l'on forme des guides enseignent maintenant la « méthode Breton ». Michel donne des formations en salle et en forêt. Ses DVD et ses CD se sont vendus à plus de 40 000 exemplaires. La popularité de Michel est surtout due au fait qu'il tourne principalement ses scènes de chasse dans les territoires libres, là où la population d'orignaux n'est pas toujours très élevée.

DENIS HARVEY, DMV, M.Sc., Ph.D. : Durant plus de trente ans, Denis a pratiqué et enseigné la médecine et la chirurgie vétérinaires des ruminants, principalement à la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal. Depuis son plus jeune âge, il s'est aussi passionné pour la nature sauvage et la chasse. Récemment retraité de l'Université, il partage maintenant son temps entre la pratique privée, la coopération internationale, le travail en pourvoirie et la chasse. Il participe aussi, en collaboration avec la Faculté et le Ministère, à certains projets de recherche sur la santé des orignaux.

ROBERT JOYAL, Ph.D. en biologie : Il a enseigné à l'UQAM durant vingt ans (1968-1988), dont une douzaine d'années en aménagement de la faune. Sous sa direction, plusieurs étudiants ont complété une maîtrise sur l'habitat ou le régime alimentaire de l'orignal et certains oeuvrent actuellement comme biologistes au sein du MRNF. Passionné de chasse à l'orignal depuis 1964, l'année de l'abolition de la loi du mâle, il a pris part à chaque saison… sans en sauter une. Il a accepté avec plaisir l'invitation de Michel à participer à la rédaction de cet ouvrage qui saura captiver le chasseur, certes, mais aussi tous ceux qui désirent en connaître davantage sur ce fascinant animal.
LangueFrançais
ÉditeurDe Mortagne
Date de sortie12 sept. 2014
ISBN9782896624133
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    Aperçu du livre

    L’orignal - Collectif

    Introduction

    Robert Joyal

    Cette nouvelle édition s’adresse d’abord aux quelque 180 000 chasseurs et chasseuses qui, en 2013, ont acheté un permis de chasse à l’orignal, un sommet de tous les temps. Ce grand nombre de chasseurs fait de l’orignal le gros gibier le plus chassé au Québec, suivi, on le devine, du cerf de Virginie avec 147 000 chasseurs en 2013.

    La répartition des orignaux en Amérique, d'après Franzmann et Schwartz, 2007

    Il est quand même surprenant qu’un si grand nombre de nemrods s’adonnent à cette activité. En effet, contrairement à ce qui se passe quand on traque le cerf de Virginie, une sortie de chasse à l’orignal est, pour la plupart des chasseurs, même pour ceux des régions périphériques, une véritable expédition. Celle-ci exigera une préparation minutieuse et complexe et durera souvent plus d’une semaine. Malgré cela, l’automne venu, les vrais mordus de chasse à l’orignal préféreraient, à l’instar des autochtones, perdre leur emploi plutôt que de manquer leur saison de chasse.

    Il faut reconnaître que l’immense popularité de la chasse à l’orignal au Québec de nos jours prend origine d’un plan de gestion extrêmement efficace mis en place grâce à la compétence de nos biologistes responsables des plans de gestion gouvernementaux. En effet, cette explosion de la popularité de la chasse remonte à 1964, lorsque le ministre du temps a aboli la loi du mâle. Pourquoi cette abolition ? Parce que le gouvernement désirait exploiter l’orignal davantage, en attirant un plus grand nombre de chasseurs par une réglementation plus libérale qui permettait dorénavant de récolter mâles, femelles et veaux.

    C’est alors que le nombre de permis vendus, qui était d’environ 25 000 en 1963, passa subitement à 44 000 en 1964, y compris trois chasseurs dans la jeune vingtaine, Pierre Raiche, Claude Delisle et l’auteur de ces lignes, qui formèrent le noyau d’un quatuor pour les quelque 30 années suivantes. Personnellement, je n’ai jamais manqué une saison depuis. Le nombre d’orignaux abattus passa donc subitement de 4 000 en 1963 à près de 8 000 en 1964, une augmentation à laquelle notre quatuor néophyte n’a pas contribué cette année-là.

    L’intervention des biologistes se fit encore une fois sentir au cours des années. Par exemple, avec l’instauration en 1980 de l’annulation de deux permis par orignal abattu et la mise en place des plans gouvernementaux en 1994. Des mesures de gestion que nous verrons plus en détail au chapitre 4.

    Ce livre s’adresse aussi à tous les amants de la nature désireux d’en connaître davantage sur celui qu’il convient d’appeler le roi de nos forêts. Il y a deux espèces sauvages qui représenteront toujours les grands espaces sauvages canadiens, le huard plongeur et son appel plaintif et… l’orignal mâle superbement empanaché. Ceux qui, sans vouloir chasser, aimeraient en connaître plus sur sa biologie, ses mœurs et son habitat auront plaisir à lire la plupart des chapitres du présent ouvrage.

    En terminant cette introduction, il est important de souligner que certaines sections de ce livre pourront paraître un peu trop techniques pour les lecteurs qui ne cherchent qu’à mieux connaître l’orignal afin de devenir de meilleurs chasseurs ou observateurs. Par contre, nous sommes convaincus que d’autres sections pourront être lues « les deux pieds sur la bavette du poêle » et vous aideront à rêver à votre prochaine escapade en forêt.

    Les auteurs de cet ouvrage espèrent que le contenu de ce volume aidera le lecteur à devenir un meilleur chasseur ou un observateur efficace de l’animal le plus fascinant de la forêt boréale. À vous de trouver ce que vous cherchez dans les pages qui suivent.

    Bonne lecture !

    1

    Notions de base

    Robert Joyal

    1.1 La distribution de l’orignal de nos jours

    L’orignal est apparu en Amérique du Nord, venant de l’Asie, il y a environ 14 000 ans. La période glaciaire qui sévissait à l’époque avait créé un immense pont de glace de près d’une centaine de kilomètres en gelant complètement le détroit de Béring. Profitant de ce pont de glace, l’orignal a pu traverser de la Sibérie jusqu’en Alaska. Il précédait ainsi de quelques milliers d’années les premiers hommes, eux aussi arrivés en Amérique en traversant le détroit de Béring.

    À l’échelle de la planète, l’orignal occupe à peu près toute la partie circumpolaire de la terre, c’est-à-dire qu’il recouvre à peu près toute la partie nord du globe. Ainsi, il occupe en plus ou moins grand nombre le nord des États-Unis et du Canada, le Danemark, la Finlande, la Norvège, la Suède, la Pologne, la Lituanie, l’Estonie, la Tchécoslovaquie, la Russie, la Mandchourie au nord-est de la Chine.

    La répartition des orignaux en Amérique, d’après Franzmann et Schwartz, 2007

    En Amérique, l’orignal occupe toute la forêt boréale canadienne, avec quelques percées plus au sud, en Estrie par exemple ou au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Angleterre, dans les forêts des Grands Lacs et du Saint-Laurent et les forêts acadiennes.

    Aux États-Unis, outre les États de la Nouvelle-Angleterre, soit le Maine et le Vermont surtout, mais aussi en faible nombre dans le New Hampshire et l’état de New York, l’orignal se rencontre aussi au Minnesota, au Wisconsin, au Michigan et au Dakota du Nord. Plus à l’ouest, sa distribution correspond plus ou moins aux forêts montagneuses des Rocheuses. On le trouve donc au Wyoming, au Colorado, au Montana, en Utah, en Oregon, dans l’État de Washington et en Idaho.

    Au point de vue de la taxonomie, l’espèce se divise dans le monde en sept sous-espèces, dont quatre se trouvent en Amérique du Nord :

    Le plus gros, rencontré en Alaska et au Yukon et qui peut peser jusqu’à 775 kg (chez le mâle et rarement) : Alces alces gigas.

    L’orignal de l’Est ou de la taïga : Alces alces americana, celui qu’on rencontre chez nous. Peut peser jusqu’à 600 kg, toujours chez le mâle.

    Le plus petit de tous : l’orignal de Yellowstone ou Shiras : Alces alces shirasi. Les plus gros mâles ne pèsent pas beaucoup plus que 375 kg. On le rencontre dans l’Ouest américain et au sud de l’Alberta et de la Colombie-Britannique.

    Enfin, l’orignal du Nord-Ouest : Alces alces andersoni qui serait un hybride entre A.a. shirasi et A.a. gigas car son poids et son apparence est un mélange des deux. Bien sûr, il habite la même région que ces derniers, mais aussi dans l’ouest ontarien.

    La figure de la page précédente illustre la distribution de l’orignal en Amérique du Nord. Soulignons que selon la littérature scientifique, l’espèce continue d’étendre son aire de distribution de façon naturelle surtout, mais aussi par introduction. Ainsi, même si l’expansion de l’orignal a atteint le Colorado naturellement, plusieurs orignaux ont été introduits dans des habitats favorables, mais qui étaient encore inoccupés, pour en accélérer l’expansion. Plus près de nous, la province de Terre-Neuve a introduit l’orignal au Labrador au début des années 50. À Terre-Neuve même, l’orignal y avait été introduit à la fin du 19e siècle et au début du 20e. On connaît aujourd’hui le succès phénoménal de cette introduction malgré la présence naturelle du caribou.

    1.2 L’historique de la chasse en Amérique et au Québec

    On devine facilement l’importance de l’orignal pour la survie des premiers humains qui ont colonisé l’Alaska d’abord puis la taïga par la suite. Sûrement que ces premiers habitants connaissaient déjà la bête puisque l’orignal venait aussi des mêmes régions qu’eux en Asie, les groupes ayant traversé le détroit de Béring comme on a vu.

    À l’exception des nations autochtones qui ont appris avec le temps à cultiver le maïs et d’autres plantes comme la pomme de terre, les membres des premières nations consacraient leur vie à la quête de nourriture. Ils étaient, pour la plupart, des chasseurs-cueilleurs et la chasse de grand gibier était cruciale pour la survie du clan. Ce mode de vie, qui datait des temps préhistoriques, n’avait pas changé d’un iota lors de l’arrivée des premiers Blancs en Amérique.

    On comprend aussi que, pour ces chasseurs, l’orignal devait être une proie de choix, tout comme sûrement le bison pour les peuples des plaines. Toutefois, la littérature laisse entendre qu’il était plus difficile à abattre que le bison.

    C’est bien sûr en hiver, dans la neige, que l’orignal était le plus vulnérable, alors que la poursuite était facilitée par l’utilisation des raquettes. L’autre période au cours de laquelle l’orignal était plus facile à chasser était l’automne, alors que le mâle, durant le rut, était sensible aux leurres des Amérindiens qui, comme encore aujourd’hui, l’appelaient à l’aide d’un cornet d’écorce de bouleau.

    Les observateurs de l’époque nous apprennent que les appels étaient plus efficaces avant le lever du soleil, alors que les orignaux déploient une grande activité à se nourrir. Après, on avait observé qu’ils se couchent pour ruminer. L’appel du soir était connu pour être moins efficace en fin d’après-midi.

    Curieusement, seuls les Amérindiens de l’est utilisaient l’appel. Les voyageurs ont observé que cette technique, efficace durant une courte période seulement (évidemment), était inconnue ou du moins jamais utilisée dans la région des Rocheuses.

    Par ailleurs, l’utilisation d’un andouiller ou d’une palette d’épaule (l’omoplate) pour imiter le cornage d’un mâle en rut était déjà en usage chez les Amérindiens de l’ouest. C’est curieux que dans l’est, la popularité de ce stratagème chez les chasseurs date à peine d’une vingtaine d’années. Probablement parce que les autochtones de chez nous en ont peu fait usage.

    Robert Joyal, à droite, en 1965, et son tout premier orignal leurré par ses appels au Témiscamingue et abattu par Claude Delisle.

    Indien appelant avec un cornet de bouleau.

    Archives nationales du Canada.

    On dit aussi que fin mars début avril était encore là une période où l’abattage était facilité, alors que la neige fondait le jour pour ensuite former une croûte durant la nuit. La croûte empêchait la bête qui s’y enfonçait de fuir rapidement ses poursuivants munis ou non de raquettes.

    Femmes ilnues (Innues) étirant une peau d’orignal.

    Photo : Courtoisie du Musée amérindien de Mashteuiatsh

    L’été, l’utilisation de canot était la façon la plus facile d’approcher un orignal qui traversait un lac. On le trucidait alors facilement avec des javelots ou des flèches. Enfin, on note dans les archives des premiers Blancs arrivés sur ce continent, l’utilisation de collets, et ce, en tout temps de l’année lorsque des sentiers étaient bien identifiés. Nul doute que toutes ces techniques observées par les premiers arrivants européens n’avaient pas changé depuis des millénaires, soit depuis l’âge de pierre. L’arrivée des premiers fusils a révolutionné l’art de la chasse autochtone de façon difficile à imaginer.

    Son utilisation

    L’apport de viande était évidemment la première raison de la quête d’un orignal, ou de tous les autres gibiers comestibles, d’ailleurs. Toutes les parties, sauf les poumons, servaient à faciliter la vie des Amérindiens. Quand un orignal était abattu, sa viande était généralement partagée entre les proches et les plus nécessiteux. On voit d’ailleurs encore aujourd’hui cette coutume, surtout chez les Inuits dont tous les villages sont pourvus d’un congélateur commun.

    Grattage d’une peau d’orignal

    photo : Courtoisie du Musée amérindien de Mashteuiatsh

    On sait que la chasse a toujours été l’affaire des hommes alors que le tannage des peaux et la transformation des autres pièces étaient réservés aux femmes. Lors des expéditions de chasse de quelques jours seulement, la viande était cachée de la vue des animaux et parfois suspendue aux branches. Si l’expédition durait plus longtemps, on la faisait simplement boucaner. Plusieurs tribus avaient aussi l’habitude, comme pour tous les autres animaux chassés d’ailleurs, de suspendre le crâne et même parfois le panache à un arbre, par respect pour l’esprit de l’animal.

    Tous les premiers Européens sans exception ont décrit la viande d’orignal comme très nutritive, délicieuse et très digestible. Les auteurs Franzmann et Schwartz(¹) citent les témoignages de plusieurs d’entre eux qui soulignent que la viande d’orignal est si digeste qu’il leur est arrivé d’en manger comme des gloutons, de s’endormir et d’en manger autant au réveil. Exactement comme des loups qui se repaissent de leur proie bien au-delà de la satiété et qui s’endorment le ventre plus que plein.

    Quant à la peau, elle était évidemment écorchée en une seule pièce afin de servir à fabriquer les tentes et les vêtements. Cette peau assez épaisse était plus difficile à travailler que celle du caribou ou du cerf.

    Avec cette peau, on faisait bien sûr des parkas, mais aussi des jambières, des mocassins, des étuis à couteaux, des gants… Chez certaines tribus, on fumait les peaux pour les rendre plus résistantes à l’humidité. Les mocassins en peau tannée étaient utilisés en été, alors qu’en hiver on chaussait des mocassins faits de peaux avec leurs poils. Les Archives nationales du Canada possèdent une photo d’un esquif fait de dix peaux d’orignal. Il semblerait toutefois que cet usage est limité aux Amérindiens vivant à l’ouest.

    Les os, eux, servaient aussi à plusieurs usages, dont les plus répandus étaient des harpons, des pipes chez les Micmacs, des sortes d’hameçons et même des couteaux chez les Ojibways. On a vu que les palettes d’épaule servaient à imiter le frottage sur de jeunes arbres durant le rut. Elles servaient aussi au rattling, selon certaines sources.

    Par ailleurs, d’un point de vue commercial, la viande se vendait très bien, quoique moins cher semble-t-il que le bœuf. Les peaux par contre ont fait l’objet d’un intense commerce jusqu’au 19e siècle. La Compagnie de la Baie d’Hudson en a exporté une grande quantité en Angleterre. Même entre tribus, les peaux servaient à faire des échanges. Les tribus de chasseurs les échangeaient contre du maïs ou du tabac aux tribus d’agriculteurs, tels les Hurons ou les Iroquois.

    Ce n’est qu’avec l’arrivée du régime anglais que la chasse de l’orignal — de subsistance qu’elle a toujours été — s’est rapidement transformée en chasse de loisirs chez les Anglais qui, eux, avaient le temps de chasser l’orignal pour le plaisir. Chez les Canadiens français, la chasse n’était pas encore une partie de plaisir et cette situation perdurera jusqu’au début du 20e siècle.

    De nos jours, et ce, depuis une dizaine d’années, le nombre de permis vendus au Québec se situe autour de 175 000 annuellement (180 000 en 2013) et la récolte dépasse les 24 000 bêtes lors des années dites libérales ou permissives, et oscille aux alentours de 12 500 mâles les années restrictives où seul l’abattage des mâles et des veaux est permis.

    Avec l’arrivée des VTT, des Argos et l’avènement des GPS, les chasseurs peuvent maintenant s’aventurer bien plus loin à l’intérieur du domaine des orignaux. Ces derniers n’ont plus beaucoup d’endroits pour se retirer loin des chasseurs. Une bonne gestion de la population est plus que jamais la pierre angulaire de la pérennité d’une chasse de qualité au Québec.

    1.3 La densité des orignaux dans l’est de l’Amérique

    Depuis quelques années, un déclin de la population d’orignaux est signalé dans la plupart des juridictions de l’est et du centre de l’Amérique du Nord. Dans certains cas, ce déclin semble attribuable aux contacts de plus en plus fréquents entre le cerf de Virginie et l’orignal, entraînant une contamination de ce dernier par le ver des méninges du chevreuil (voir section sur les maladies).

    Les changements climatiques avec la nette tendance au réchauffement des écosystèmes depuis quelques décennies ont aussi des effets non négligeables sur la santé des animaux sauvages. Dans le cas de l’orignal, ce réchauffement entraîne, en plus des chocs thermiques, une prolifération importante de la tique d’hiver (Dermacentor albipictus), qui hypothèque souvent la survie des individus les plus faibles (voir section sur les maladies).

    Finalement, les plantations de pin gris après les coupes de bois ont fragilisé significativement les écosystèmes favorables aux orignaux, principalement au sud des zones de distribution. Heureusement, au Québec, ce déclin est jusqu’à maintenant limité à l’extrême sud du territoire, et dans plusieurs zones de chasse, dont la zone 14, les populations d’orignaux sont même en croissance.

    De nos jours, il n’y a pas un chasseur digne de ce nom qui ne sait pas que la distribution de l’orignal dans une région est tributaire des perturbations qui se produisent régulièrement ou occasionnellement dans cette région. Par perturbation, on entend principalement les incendies et les coupes de bois, mais on ne doit pas oublier les épidémies d’insectes et enfin les chablis, c’est-à-dire le renversement de grands pans de forêt par le vent, comme lors de tornades.

    On se doute qu’une vieille forêt d’épinettes avec un parterre de mousse n’offre pas beaucoup de nourriture à la faune si on excepte les cônes dont peuvent se nourrir les écureuils (qui, à leur tour, nourrissent en partie les martres et les pékans). Toutefois, si cette vieille forêt qu’on appelle une pessière est accolée à une perturbation où le soleil pénètre et permet aussi la repousse, cette pessière pourrait alors servir d’abri contre les prédateurs et les rigueurs du climat. Nous verrons cet aspect en détail au chapitre 3.

    Donc la densité des populations d’orignaux devrait être proportionnelle à la qualité et à la quantité de nourriture offerte dans cette région. La densité va aussi dépendre du nombre et de l’efficacité des prédateurs (ours et loups) dans la région.

    Les chercheurs s’entendent pour dire que la nourriture n’est pas un facteur limitant à la densité d’orignaux dans aucune région qui va de l’Ontario à Terre-Neuve en passant par la Nouvelle-Angleterre. Malgré ce constat, la densité des orignaux dans cette aire de dispersion est très faible, si on soustrait des exceptions vraiment… exceptionnelles comme Matane et Dunière ainsi que Terre-Neuve. Qu’ont en commun ces deux régions relativement éloignées l’une de l’autre ?

    En effet, les densités d’orignaux au Québec par exemple, comme le montre le tableau 4 en page 71 , varient de seulement 0,3 orignal au 10 km² dans la zone 22, à un maximum de plus de onze au 10 km² dans la zone 2 en Gaspésie. Dans le tableau 4, on notera que les densités augmentent de l’est vers l’ouest jusqu’au Témiscamingue. On remarquera ainsi que dans les zones à l’ouest et au nord du Saint-Laurent (10, 11, 12, 13, 14 et 15), les densités d’orignaux varient de 1,4 orignal à un faible maximum de trois orignaux par 10 km².

    Il est vrai que dans une zone où l’on a inventorié deux orignaux au 10 km², la distribution n’est pas égale partout. Si vous avez choisi votre territoire de chasse dans un habitat idéal tel que décrit au chapitre 3, les chances sont grandes que la densité d’orignaux dans votre territoire soit du triple, donc de six bêtes au 10 km². Comme il semble qu’au Québec un territoire de chasse moyen est de 2 km carrés (2), votre territoire ne devrait pas abriter plus d’un, deux ou trois orignaux maximum. Disons une femelle et un veau, ou une femelle, un veau et son daguet d’un an et demi. Et vous, vous cherchez le dominant, d’autant plus que c’est l’année restrictive où la chasse des femelles est défendue. Bonne chance !

    Les densités d’orignaux sont relativement semblables dans le nord-est ontarien de même qu’au Nouveau-Brunswick, même si dans cette province la saison de chasse ne dure que trois jours.

    Par contre, la population de Terre-Neuve possède une densité d’environ 20 orignaux au 10 km² et dans les réserves de Matane et de Dunière, avec leurs vasières et des habitats favorables, la densité, qui était de… 48 et 40 orignaux aux 10 km² respectivement, vient d’être réduite à une trentaine.

    Bien sûr, il faut tenter d’y aller une fois dans sa vie. Je suis allé à Dunière une seule fois. La chasse a débuté à six heures le matin et à six heures et cinq un mâle de 49 pouces était par terre. Le lendemain, le guide nous a amenés dans un habitat (un bûché) exceptionnel. J’ai compté 20 orignaux tirables en faisant un 360° autour de moi. Voilà pourquoi je préfère la chasse au Témiscamingue ou en Abitibi. Le tableau 4, on l’a vu, montre la densité d’orignaux selon les zones de chasse du Québec. Ce tableau illustre aussi le nombre moyen de chasseurs par zone, de même que le succès de chasse moyen en 2013.

    Le Saint Graal

    2

    Biologie, physiologie, comportement et santé

    Denis Harvey

    Certaines sections de ce chapitre pourront paraître un peu arides au lecteur qui veut surtout s’informer sur les techniques modernes et innovatrices de chasse à l’orignal. Plusieurs se diront peut-être : « D’accord, un bon chasseur doit connaître son gibier, mais quand même… » Nous sommes d’accord avec cette réserve et nous sommes parfaitement conscients qu’une partie de l’information contenue dans les pages qui suivent servira beaucoup plus de références à consulter au besoin que de lecture faite au camp de chasse, à la lampe frontale ! Par contre, le jour où vous trouverez des bosses suspectes sur le foie de l’orignal que vous venez d’éviscérer, peut-être alors serez-vous content de pouvoir vous référer à ce chapitre pour savoir de quoi il s’agit. C’est ce que nous souhaitons !

    2.1 Taxonomie

    L’orignal fait partie de l’ordre des Artiodactyles (deux doigts), du sous-ordre des ruminants, de la famille des cervidés et finalement de l’espèce Alces alces. L’espèce est subdivisée en 7 ou 8 sous-espèces, dont quatre vivent en Amérique du Nord (voir chapitre précédent). Cette classification des sous-espèces est cependant sujette à discussion et certains auteurs pensent même qu’il n’y aurait qu’une espèce, avec des variantes de grosseur et de comportement selon les régions et les écosystèmes.

    Comme Alces alces americana est la sous-espèce que nous rencontrons dans nos forêts du nord-est de l’Amérique du Nord, c’est cette espèce qui sera décrite dans ce livre autant pour l’anatomie que pour la physiologie, le comportement et la chasse. À partir de maintenant, quand nous parlerons de « l’orignal », nous parlerons de la sous-espèce « americana ».

    2.2 Anatomie et physiologie

    L’anatomophysiologie d’un mammifère comme l’orignal est éminemment complexe et la description détaillée de toutes les structures et des processus biologiques impliqués est évidemment en dehors des objectifs du présent ouvrage. Nous ne décrirons donc ici que les principaux éléments qui ont de l’intérêt pour l’observateur ou le chasseur. La description de la position des structures les unes par rapport aux autres se fera comme si l’animal était debout.

    Anatomie externe

    En captivité, un orignal peut vivre jusqu’à 25 ans. En liberté, dans un territoire où la chasse est permise, les animaux ont une espérance de vie beaucoup plus courte et rares sont les bêtes qui vivent plus de 15 ans. Selon certaines études, 80 % des animaux abattus par les chasseurs sont âgés de moins de 3 ½ ans (1). Les adultes pèsent entre 350 et 550 kg. Les gros mâles mesurent jusqu’à 3 mètres de long du nez à la croupe et jusqu’à 2 mètres de hauteur. La largeur des sabots est d’environ 15 cm pour les gros mâles, 10 cm pour les femelles et 7 cm pour les veaux âgés de six mois.

    2.2.1 Le pelage

    Contrairement aux orignaux européens, la couleur du pelage des orignaux nord-américains varie beaucoup selon le sexe, l’âge, la saison, le rang social et l’écosystème dans lequel ils évoluent. Chez la sous-espèce americana, la couleur de la robe varie de brun foncé à noir. Nos orignaux ont généralement le dessus du dos plus clair, des pattes très foncées et des marques faciales variables. La coloration noire du pelage de la face des mâles adultes au début de l’automne est sans doute influencée par le niveau de testostérone circulant dans le sang. En effet, cette hormone favorise l’augmentation de production de la mélanine et sa fixation dans le poil de certaines régions spécifiques du corps. Les femelles et les jeunes animaux ont la face beaucoup plus pâle, tirant plus sur le brun que sur le noir.

    En général, les orignaux qui vivent dans les forêts de l’est de l’Amérique ont tendance à être beaucoup plus foncés que ceux qui vivent en terrain plus découvert à l’ouest. En fait, comme plusieurs autres animaux, plus l’orignal est exposé aux rayons du soleil, moins sa robe sera foncée, surtout sur le dos.

    2.2.2 Identification à distance du sexe et de l’âge de l’orignal

    Sauf durant quelques mois d’hiver, les mâles âgés de plus de 12 mois portent un panache et pas les femelles (voir section sur le panache). Il est donc très facile, même de très loin, de déterminer le sexe d’un orignal adulte ! Aussi, comme nous venons de le mentionner, les femelles et les veaux ont la face et le nez bruns, tandis que les mâles ont le pelage de la tête beaucoup plus foncé, souvent presque noir sur le nez (2).

    Femelle vs veau

    Pour le chasseur, il est essentiel de pouvoir différencier rapidement une petite femelle âgée de 18 mois d’un gros veau âgé de 6 mois ou plus. La différence de taille ne suffit absolument pas à faire cette distinction, car à la fin de l’automne, un très gros veau peut avoir presque la même taille qu’une petite femelle.

    Tête de la femelle et du veau

    Il est donc important de savoir que les femelles en âge de se reproduire ont une tache blanche triangulaire autour de la vulve, très caractéristique et facilement identifiable. Cette tache est beaucoup plus blanche durant l’automne, pendant la saison de la reproduction, qu’au cours des autres périodes de l’année. Le veau a les oreilles beaucoup plus courtes qu’une femelle adulte. La tête et surtout le nez du veau sont aussi proportionnellement plus courts, donnant à l’ensemble une forme triangulaire, tandis que la tête de la femelle adulte est beaucoup plus allongée.

    La barbiche (cloche)

    2.2.3 La barbiche

    Les orignaux adultes possèdent une poche de peau sous le cou appelée « barbiche ». Cette structure sert surtout à la communication visuelle entre les orignaux et elle ne contient pas de glande spéciale. Par contre, une fois bien imbibée d’urine (voir « souille ») durant le rut, elle est sans doute très utile pour aider à diffuser les odeurs (3, 4). Elle est beaucoup plus grosse chez le mâle que chez la femelle, et chez le premier, elle change de forme avec l’âge. En effet, chez les jeunes mâles âgés de 1,5 à 2,5 ans, la barbiche est très mince et très longue, comme l’est souvent la barbiche de la femelle. Chez les animaux un peu plus vieux, la barbiche s’arrondit, mais conserve une partie allongée vers l’arrière. Après l’âge de 3,5 ans, la barbiche est généralement arrondie et large.

    Souvent, chez les jeunes animaux et chez la femelle, la barbiche mince et allongée va geler en partie durant les grands froids d’hiver. Quelques jours plus tard, ce bout de barbiche va tomber, ce qui explique la grande variété de longueurs de cette structure dans ces tranches de la population.

    2.2.4 Le panache

    Chez l’orignal, seuls les mâles adultes portent un panache normal composé de deux andouillers. Dans de rares cas de tumeurs ou de kystes ovariens ou même chez des animaux hermaphrodites (ayant génétiquement les deux sexes, mais présentant des caractéristiques externes de femelle), des femelles peuvent porter un petit panache plat et difforme (3).

    Le panache est composé principalement de calcium et de phosphore (rapport d’environ 2 pour 1). Sa croissance, à partir du pédicule, commence au début de l’été et dure en moyenne 140 jours. Durant l’été, le panache

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