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Parfaite: 30. L'anorexie

Parfaite: 30. L'anorexie

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Parfaite: 30. L'anorexie

Longueur:
271 pages
3 heures
Éditeur:
Sortie:
Oct 7, 2015
ISBN:
9782896624966
Format:
Livre

Description

Je ne demande pas grand-chose à la vie. Je veux juste être la meilleure.

La meilleure élève, celle qui obtient toujours la note la plus élevée de la classe, peu importe la matière.

La meilleure fille pour mes parents, qui ont déjà assez de préoccupations avec la ferme, mon frère hyperactif et le manque d'argent.
La meilleure amie pour Katy, ma best depuis toujours, même si je sais qu'elle se sert de moi.

Et, même, la meilleure des « victimes ». Celle qui a surmonté la plus terrible épreuve de toute sa vie : un enlèvement… Et sans aucune séquelle !

Bref, je veux exceller dans tout.
Pourtant, quelque part en moi, il y a cette voix qui ne cesse de me répéter que je pourrais être plus-que-parfaite. Mais comment ? Arrête de bouffer, pauvre conne.

L’anorexie n’est pas qu’une recherche absolue de la minceur. C’est la manifestation d’un profond mal-être, l’émergence d’une personnalité ultra performante, qui se fixe des objectifs irréalistes (pas seulement au niveau de l’image corporelle), qui se pousse au-delà de ses limites pour les atteindre et qui éprouve un sentiment de culpabilité constant lorsqu’elle n’y arrive pas. Au Canada, une adolescente sur trois souffre d’un trouble alimentaire, et une centaine de personnes en meurent chaque année. Les causes de l’anorexie sont nombreuses et complexes, voire insidieuses, ce qui la rend difficile à prévenir. Cependant, le rétablissement est possible, même s’il peut parfois être long et ponctué de rechutes.
Éditeur:
Sortie:
Oct 7, 2015
ISBN:
9782896624966
Format:
Livre

À propos de l'auteur

Quand il n’est pas en train d’écouter un film, de courir un marathon ou d’écrire, Carl Rocheleau occupe ses journées en enseignant la littérature au cégep de Saint-Hyacinthe. Tout comme Adèle, son plus récent personnage, Carl aime bien faire de la course à obstacles, mais il préfère encore plus quand sa fille l’accompagne ! Avant de plonger dans l’univers de Pars, cours!, il a publié des livres pour adolescents et adultes tels que Parfaite, COBAYES – Benoit ainsi qu’un fait vécu, L’enlèvement. Les enfants ne sont pas en reste, car l’auteur a aussi écrit Le renard du Bic, un court roman pour les premières lectures autonomes des tout-petits.

Aperçu du livre

Parfaite - Carl Rocheleau

COCTEAU

Je monte l’escalier à petits pas. Peut-être qu’il est caché tout près, je ne veux pas qu’il m’entende. Je tourne doucement la poignée.

C’est bloqué. Il a verrouillé la porte. Il m’a enfermée !

Personne ne sait que je suis ici. Je vais mourir.

Je frappe dans la porte.

— Ouvre-toi ! Ouvre-toi !

Mes coups de poing ne servent à rien. Je ne sais pas si je pleure parce que je me suis blessée aux mains ou parce que j’ai peur.

J’ai mal à la gorge. Une grosse boule s’y est formée et m’empêche de respirer. J’étouffe, je serre mon cou à deux mains, je perds l’équilibre. Je déboule les marches et me frappe la tête contre le plancher de béton.

Je ne sais pas ce que ça fait de mourir. Je ne connais personne qui est mort. J’espère seulement que ce n’est pas douloureux.

Sept ans plus tard

Lundi 2 février, Drummondville

La seule chose qui peut rendre un lundi matin agréable dans une école secondaire, c’est un cours optionnel. Des écoles offrent la musique, d’autres, l’informatique ou la danse. La mienne permet entre autres d’étudier le cinéma. Ma passion. La chose qui me bouffe les tripes depuis des années. Tellement que j’ai travaillé tout l’été de mes treize ans pour m’acheter une caméra. Pour mes quatorze ans, je me suis offert un ordinateur portable. À quinze ans, j’ai déniché un micro directionnel et un meilleur logiciel de montage.

C’est vrai que je n’ai pas de cellulaire. Je ne peux pas me le permettre, parce que je veux investir dans une nouvelle caméra cet été. Mes parents, encore moins. Katy m’écœure toujours avec ça, mais elle est bien contente de m’avoir avec elle pour filmer ses niaiseries. Ce n’est pas son téléphone qui va le faire comme du monde. Katy, c’est mon amie « d’enfance ». Dans le sens où je la connais depuis que je suis arrivée ici. Je m’accroche à elle, même si je sais qu’elle est hypocrite. Entre n’avoir personne pour partager ma case et être avec quelqu’un que je connais mais qui pique mon argent de dîner, j’ai dû trancher.

Physiquement, Katy me ressemble beaucoup. Toutes les deux, on fait un mètre cinquante-neuf. Cheveux bruns, yeux bruns. À la limite, je suis un peu plus ronde et j’ai des taches de rousseur qu’elle n’a pas. Sinon, nos cheveux sont de la même longueur, et nous pouvons échanger nos souliers (pratique pour le cours d’éducation physique). Bref, Katy, c’est un peu comme la sœur que je n’ai jamais eue, et personne ne comprend notre relation amour-haine.

— Salut, bitch ! qu’elle s’écrie en entrant dans la classe.

Elle aussi s’accroche à moi. Elle n’aime pas vraiment le cinéma. Pourtant, quand j’ai choisi ce cours à la fin de la troisième secondaire, elle s’est empressée de m’imiter. Maintenant que la moitié de l’année est passée, je comprends qu’elle voulait des notes faciles en se greffant à moi dans tous les projets. Le seul film qu’il fallait réaliser individuellement, c’est celui qu’on devait remettre en décembre. Elle a échoué. J’ai eu pas mal la même note que d’habitude : quatre-vingt-dix-huit pour cent.

Le prof entre dans la classe. Il a l’air excité.

Quand la cloche sonne, il attend que nous soyons tous silencieux avant de parler :

— Vous vous rappelez que je voulais soumettre vos films de fin d’étape à Fantasia ?

Fantasia, le festival de films et courts métrages le plus hallucinant de Montréal. Comment oublier ça ?

— Eh bien, je vous annonce que, sur tous mes étudiants, j’ai un film qui a été retenu.

Les regards convergent vers moi. C’est vrai que toute la classe avait aimé mon « court ». J’ai filmé un immigrant chinois qui répare des lecteurs cassette/DVD/Blu-ray et des consoles de jeux vidéo depuis plus de vingt ans. J’en ai profité pour parler avec lui de récupération et de recyclage, de jouets conçus pour se briser et être remplacés rapidement, et de son ancienne vie. C’est quand même drôle de voir un homme aussi stable dans un univers qui change si vite.

— On va y projeter le film d’Annie cet été.

Salve d’applaudissements incroyable. Ça commence bien la semaine. Katy me lève un chapeau imaginaire.

— Félicitations.

Je passe le reste du cours à rêvasser. Je suis à Cannes avec Xavier Dolan. Il me remet un prix. Je le remercie pour l’inspiration qu’il offre aux jeunes comme moi. Il me serre dans ses bras. Il est fier de moi.

Deuxième période. Français avec une des rares filles qui ne m’aiment pas dans l’école, Valérie Beaudoin. Est-ce que ce sont mes bonnes notes qui l’énervent ? Je ne sais pas. Dans le cours de cinéma, ça ne dérange personne que je sois performante. Dans la troupe de théâtre et l’équipe du comité étudiant non plus. Valérie, ça ne fait pas son affaire. Dans ma tête, c’est pour ça qu’elle passe son temps à se moquer de moi. Tout devient une bonne raison pour rire de moi. Aux yeux du reste de l’école, mes vêtements cousus à la main font de moi une hippie plutôt à la mode. Pour elle, je suis…

— Hé, c’est la crisse de pauvre.

La prof est plongée dans ses dossiers d’aide individuelle, les oreilles insensibles aux grossièretés des étudiants. À quoi ça me servirait de me battre ? Je lui donnerais raison, non ? J’y vais de ma réponse habituelle :

— Salut, Valérie…

— Pouah ! Réponds-moi pas, la pauvre, tu pues d’la gueule. T’as trop liché le cul de ta lesbienne. Katy, lave-toi avant d’laisser la grosse te manger l’anus, tabarnak !

Je la déteste tellement. Katy ne réagit pas à ses méchancetés parce qu’elle s’en fout complètement. Moi, je ne dis rien parce que ce serait pire après. L’année passée, elle me lançait des gommes et m’attendait dans les casiers pour m’insulter. Maintenant que ma case est dans la section « des artistes », avec celles des étudiants en musique et en art, je ne la croise que dans le cours de français. Et à la cafétéria, mais ça, c’est une autre affaire. Dans un film d’ados, Valérie aurait été une grande blonde super sexy et entourée de méchantes amies qui lui obéissent aveuglément. Dans la vie, à notre école secondaire régionale, Valérie est une fille ordinaire aux cheveux châtains et aux yeux verts. C’est vrai qu’elle est grande, je l’avoue, mais elle ne rayonne pas d’une beauté machiavélique. Elle fait partie d’une clique sans chef, juste une meute de filles à la recherche d’une tête de Turc. Faut croire que la mienne leur plaît.

Elle me blesse chaque fois et, oui, ça m’arrive d’en pleurer, mais jamais devant elle. Je garde tout ça en dedans et je rumine jusqu’au soir, pendant ma tournée de la ferme, où je peux enfin verser les larmes retenues durant la journée.

Dans le cours, on a droit à un travail d’équipe. La prof circule entre les pupitres déplacés, mais tout le monde sait que le devoir n’avance que lorsqu’elle est près d’une équipe. Je fais tout pendant que Katy me déballe sa fin de semaine. Elle me la répète, en fait, parce qu’elle m’en a déjà fait le récit dans l’autobus.

Quand elle voit que je ne l’écoute plus (hé, mon film va jouer à Fantasia, quand même !), elle me lance :

— Penses-tu que tu vas en perdre un peu ?

— Hein ?

Elle montre mon ventre, coupé en deux par mon pantalon un peu serré. Ouais, je ne me suis pas remise des festins de Noël. C’est ma taille hivernale, disons.

— Ça te ferait pas de mal de perdre du poids avant d’entrer dans le milieu. C’est ton image, dans le fond.

Qu’est-ce que je peux répondre à ça ? Merci de me démolir, Katy, donne-m’en plus s’il te plaît. Une chance que je ne me suis pas filmée en train de poser les questions dans mon documentaire, ma meilleure amie m’aurait humiliée pour l’éternité.

— C’est si pire que ça ? que je lui demande pour être certaine de ce que j’ai entendu.

— Dix ou quinze livres de moins, ça ferait l’affaire, me semble. Question de retrouver ton thigh gap

— Mon quoi ?

Elle se lève et colle les chevilles. Devant moi, il y a ses cuisses pressées l’une contre l’autre.

— Là, qu’elle fait comme une présentatrice télé. Dans le creux, ici, il est censé y avoir un espace. Toutes les plus belles filles ont ça. Regarde…

Quand la prof passe son chemin, Katy sort son cellulaire et tape « thigh gap » sur le moteur de recherche. Wow ! J’ai droit à une longue succession de photos de filles plus belles les unes que les autres. Des cuisses de rêve. Certaines filles sont atrocement maigres, mais je ne peux pas dire que leurs cuisses sont laides.

Dix livres, en six mois, c’est tout à fait possible.

Dans l’autobus du retour, Katy ne cesse de parler des actrices qui devraient perdre du poids avant de jouer dans un autre film.

— Jennifer Lawrence a l’air serrée dans son costume de Hunger Games. Si j’étais elle, je me payerais un régime. C’est pas comme si elle avait pas les moyens.

— Pourquoi elle ? Je trouve sa taille juste parfaite. Elle est athlétique…

— Pour une géante, peut-être. « Athlétique », ça veut pas dire « mince ». Anne Hathaway est beaucoup mieux.

Elle saute sur son cellulaire.

— Regarde : Jennifer Lawrence : un mètre soixante-quinze, cent trente-neuf livres. Anne Hathaway : un mètre soixante-treize, cent vingt-trois livres. Presque la même taille, mais seize livres de différence. Donc, tu veux être athlétique ou mince ?

Katy a le tour de me démoraliser.

— Bien sûr que je veux être mince !

— Quinze livres minimum, ma belle, quinze.

Après être arrivée à la maison, je laisse mon sac, je chausse mes bottes de travail et j’enfile mon manteau de ferme. La tournée du soir, c’est mon travail après l’école. Ça fait partie des choses qu’on fait pour aider mon oncle. Après tout, il nous a accueillis sur sa terre quand nous sommes partis de Montréal. Mes parents et lui ont rénové l’ancienne maison où mes arrière-grands-parents avaient habité. Elle est toute petite, juste assez grande pour quatre personnes. Trois chambres, une salle à manger à même la cuisine et un petit salon. De l’extérieur, elle a toujours l’air d’une maison abandonnée, mais il y a tout ce qu’il nous faut en dedans.

Ma mère, qui travaille de nuit comme infirmière, s’occupe de la tournée du matin et moi, de celle du soir. Mon père, eh bien, disons qu’il passe la majeure partie de ses journées à tenter de garder son emploi. Le reste du temps, il essaie d’enregistrer une démo pour se faire connaître comme guitariste et interprète. Il est bon musicien, ça, tout le monde le dit, mais il ne travaille « pas assez fort », comme le prétend mon oncle.

Je sépare mes tâches sur la ferme en deux parties. Au retour de l’école, je m’occupe des poulets de grain. Ce sont ceux que nous abattrons en juin. Je dois aussi traire nos trois vaches laitières et nourrir le bœuf. Lui, il lui reste une bonne année encore avant qu’on l’envoie à la boucherie. Après le souper, je m’occupe des poules pondeuses. C’est plus facile mais plus long.

J’en suis à traire Caboche, notre vache la plus désagréable (elle porte bien son nom), quand ma mère entre dans l’étable, vêtue de son uniforme d’hôpital.

— Annie, j’ai quelque chose à te dire. J’ai reçu un appel aujourd’hui.

Étrange. Elle ne vient jamais me voir avant de partir. Je n’ai jamais eu de problème à l’école, donc ce n’est pas ça. Quoi, alors ?

— À Montréal, la police a arrêté un gars qui parlait à des petites filles tout près d’une école.

J’arrête de traire. Ma mère le remarque. Sa voix tremble.

— En interrogatoire, il a avoué des crimes… dont un enlèvement, il y a sept ans…

Je la coupe :

— OK. Tu penses que c’est lui ?

Lourd, lourd silence.

— En fait, les enquêteurs voudraient que tu viennes pour tenter de l’identifier.

— Comment ? J’ai pas réussi dans le temps, pourquoi je réussirais maintenant ?

Double dose de silence.

— Ça pourrait s’ajouter aux chefs d’accusation. Annie, il serait puni pour ce qu’il a fait.

Je ne sais plus où j’en suis. J’ai l’impression d’avoir perdu une idée que j’avais il y a un instant.

— Je vais y penser, maman.

— Je pars travailler. Ton père est en ville. Ton frère a déjà mangé.

— OK. Bye.

J’appuie le front sur le flanc de Caboche.

— Qu’est-ce que je fais, ma grosse ?

Elle claque du sabot.

— Ouais, t’as raison, faut que je finisse ce que j’ai commencé.

Normalement, je soupe avant de continuer ma tournée, mais je n’ai pas vraiment faim aujourd’hui. Je m’occupe donc immédiatement des trente mille poules pondeuses de mon oncle. Il faut retirer les mortes et les blessées, s’assurer que la machinerie est en ordre et remplir les réservoirs de moulée. Le matin, au moins, au retour de son travail, c’est ma mère qui s’occupe d’elles.

En revenant de la ferme, je couche mon frère (des heures de combat au corps à corps avec un hyperactif épuisé, idéal pour se mettre en forme), puis je saute dans la douche avant d’aller faire mes devoirs en écoutant un film tranquille. Rien de mieux quand on bûche sur des mathématiques que d’avoir Princesse Mononoké en trame de fond.

Pourtant, ce soir, le cœur n’y est pas. Je lis les problèmes, mais ils ne se rendent pas dans ma tête. On dirait que quelque chose les en empêche, un genre de trou noir qui absorbe tout ce qui passe trop près.

— Tu comprends pas ! C’est quoi, t’as pas de tête ?

Ça, c’est ma mère qui est trop fatiguée pour m’aider à faire mes devoirs de la fin de semaine. J’étais censée les faire hier soir, avec mon père, mais il est parti jouer dans un bar, à l’autre bout de la ville. Cette nuit, quand il est revenu, ma mère et lui se sont chicanés. Ce matin, il dort sur le divan pendant que je révise avec elle en mangeant mes céréales.

— Avoir su que ton père te laisserait toute seule, je me serais pas couchée.

C’est à cause du bébé. Ma mère est enceinte de huit mois. Carl (c’est comme ça qu’il va s’appeler) lui demande toute son énergie. Elle est toujours fatiguée.

— C’est pas grave, maman. Il faut qu’il gagne des sous.

Elle n’est pas contente.

— Ton père fait pas une cenne avec ses shows. Y fait juste boire gratis.

Moi, je sais que mon père gagne de l’argent en donnant ses spectacles. Ses poches sont toujours pleines de monnaie, surtout quand il revient des bars. Je l’aime beaucoup, mon père. Il joue tout le temps avec moi et me donne des permissions que ma mère ne m’accorde jamais. Avant de partir, je passe par le salon pour l’embrasser. Il ouvre un œil et me sourit. Il fouille dans sa poche droite.

— Tiens, tu te prendras quelque chose au dépanneur en t’en allant à l’école.

Mon père, c’est le meilleur.

J’enfile le manteau d’hiver que ma mère m’a cousu et je ramasse mon vieux sac à dos.

Il y a quatre coins de rue entre notre appartement et l’école. Sur Papineau, Chen et Sun tiennent une petite épicerie. Je passe par là tous les matins. Même quand je n’ai pas un sou, je prends deux minutes pour les saluer. Ce sont des Vietnamiens qui ont immigré ici il y a plus de trente ans. Ils sont

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