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AddiK (50)
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Livre électronique202 pages2 heures

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À propos de ce livre électronique

50e roman de la collection TABOU!

Qu'est-ce que j'ai fait? Comment ma vie a-t-elle pu dérailler à ce point en si peu de temps? Probablement que les rails n'étaient pas très solides.

Depuis que je suis petit, j’ai comme un immense trou en moi. Ayant horreur du vide, je cherche constamment à le remplir. Les filles et l'écriture de rap m'aident à me sentir un peu plus... complet. Mais ce qui fonctionne le mieux, c'est la drogue. J'ai essayé presque toutes les substances possibles et, encore récemment, je réussissais relativement bien à gérer ma consommation. À l'exception de quelques incidents, elle ne m'avait jamais causé de vrais problèmes.

Jusqu’à ce que je touche aux opioïdes… et que je saute à pieds joints dans le trouble.

Maintenant, je suis prisonnier et je ne sais plus comment m'en sortir.

Je suis... addiK.

Les opioïdes sont des médicaments puissants, généralement utilisés pour le soulagement de la douleur. Ils présentent un haut risque de dépendance physique et psychologique, surtout lorsqu’ils sont pris de façon récréative, sans le suivi d’un médecin. Ils peuvent aussi mener à une surdose mortelle. L’histoire de Christophe est celle de milliers d’autres jeunes, devenus esclaves de leur consommation de drogues dures.
LangueFrançais
ÉditeurDe Mortagne
Date de sortie26 févr. 2020
ISBN9782897920500
AddiK (50)
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Auteur

Emmanuel Lauzon

Né en 1981 et originaire de Saint-Bruno-de-Montarville, sur la Rive-Sud de Montréal, Emmanuel est un hyperactif passionné par le sport, les arts et la culture, la science, la psychologie, la politique, la sociologie et les voyages. Diplômé en animation et recherche culturelles à l’Université du Québec à Montréal, il a travaillé comme animateur et coordonnateur d’événements, intervenant socio-communautaire et animateur en participation citoyenne. Emmanuel se lance dans l’écriture en 2011 et, l’année suivante, il publie Pou-Ah! et Opération Sauve qui pou, ses deux premiers romans jeunesse. En 2014, son oeuvre La rage de vivre, publiée dans la populaire collection Tabou aux Éditions de Mortagne, connaît un grand succès. Quelques mois plus tard, il fait paraître TAGuée (toujours dans la même collection). Avec l’écriture et les Salons du livre, il n’arrive plus à concilier son emploi et sa passion pour l’écriture. En 2016, il décide donc de faire le grand saut et de se consacrer exclusivement à sa carrière d’auteur. Il multiplie les publications et ses participations à divers événements littéraires, en plus d’offrir des conférences un peu partout au Québec et au Nouveau-Brunswick. Il planche actuellement sur son premier roman pour adulte.

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    Aperçu du livre

    AddiK (50) - Emmanuel Lauzon

    vous.

    PROLOGUE

    « T’es partie, tu t’es affranchie, de moi, de lui. T’as déguerpi de nos vies au beau milieu de la partie.

    J’aurais voulu être comme les autres enfants. Mais, à huit ans, moi, j’avais déjà plus de maman. »

    La peau de cette cicatrice est mince et fragile ; la plaie n’a jamais vraiment guéri. Elle pourrait se fendre et se rouvrir à tout moment…

    CHAPITRE 1

    Remède à la situation

    Submergé par la peine, je conduis au hasard dans les rues de Lévis depuis une vingtaine de minutes. J’aboutis finalement dans ce qui semble être une impasse, au bout du chemin du Fleuve, près du pont de Québec. Tout au fond, un stationnement donne sur une petite marina où flottent quelques bateaux amarrés. Je gare la voiture de mon père à l’ombre, sous les branches d’un arbre. Je lève alors les yeux et réalise que c’est un saule pleureur. C’est con, mais je le vois comme un signe ; une autorisation de me laisser aller. Je craque et fonds en larmes. Je n’arrive pas à me contrôler.

    Fuck ! Tout ça pour une fille ?!? Je déteste me sentir vulnérable.

    J’étais tombé sur le jackpot avec Kellyann… On était sur la même longueur d’onde, on tripait sur les mêmes choses. Mais elle m’a quitté. Et c’est en partie ma faute : elle a fait une psychose toxique après avoir pris de la méthamphétamine que je lui avais donnée. Ses parents ont dû lui mettre dans la tête que je suis une mauvaise personne, parce que je l’ai incitée à se droguer. Ce qui n’est pas faux, je dois l’avouer : Kelly n’avait jamais consommé avant de me rencontrer. Par contre, je ne lui ai pas tordu un bras non plus.

    Enfin. C’était merveilleux… le temps que ç’a duré. Tantôt, on s’est rencontrés pour la première fois depuis sa psychose. « Ce serait mieux qu’on arrête de se voir », m’a-t-elle annoncé. Même si je me doutais qu’elle me dirait ça, ça ne fait pas moins mal. Je l’ai aimée comme un fou…

    Soudain, une idée s’immisce dans le tourbillon d’émotions qui m’habite : un comprimé d’oxy me ferait du bien. Consommer. Engourdir la douleur.

    Il n’y a que la drogue pour remplir le vide grandissant en moi. Elle, au moins, elle est toujours là pour moi. Même lorsque je n’en ai pas vraiment besoin. Parfaite pour me faire planer et dissiper mes soucis, l’oxycodone est ma fidèle amie. C’est précisément ce qu’il me faut en ce moment. Pour chasser le visage de Kellyann de mon esprit. Le problème, c’est que je n’en ai plus sur moi. Tout ce qu’il me reste, c’est un cachet de speed. Pas l’idéal, mais bon, c’est mieux que rien en attendant que je trouve de l’oxy.

    Je l’avale et regarde ma montre : seize heures deux minutes. Ted vient de finir de travailler. Il pourra m’aider.

    Avant d’être mon pusher, Ted a été mon ami au secondaire. Envoyé en centre jeunesse à seize ans pour vente de stupéfiants, il n’a plus donné de nouvelles. Je l’ai croisé par hasard il y a deux mois, à Lévis, alors que j’étais avec Kellyann, et on a repris contact. C’est pas mal mon seul ami ces temps-ci. En fait, est-ce qu’on peut vraiment parler d’un « ami ». Je n’ai jamais eu de vraie relation d’amitié. Je sais m’entourer de gens qui me sont utiles, qui vont me permettre de combler mes besoins. J’apprécie la présence de Ted, mais je ne crois pas que, si, du jour au lendemain, il arrêtait de vendre de la drogue, notre amitié ferait long feu.

    J’attrape mon téléphone et sélectionne son numéro. La sonnerie résonne une fois, deux fois, trois fois…

    – Allez, réponds !

    Il décroche après six coups.

    – HÉ-HÉÉÉ, CHRIIIS !

    Ted a tendance à parler toujours trop fort pour rien. Au secondaire, sa voix au timbre aigu et légèrement enrouée lui a valu le surnom de Krusty le clown.

    – Salut, Ted. T’as des fraises ?

    – Affirmatif !

    Au cas où il serait mis sur écoute par la police, Ted veut qu’on emploie des noms de fruits et de légumes quand on l’appelle pour de la drogue. Ça fait seulement neuf mois qu’il est sorti du centre jeunesse et il n’a aucune envie d’y retourner. Surtout que, maintenant qu’il a dix-huit ans, c’est en prison qu’il irait s’il se faisait prendre. Selon moi, les policiers ne sont pas si cons que ça : ils savent très bien que les chances sont plutôt minces qu’un vendeur de drogue se recycle en vendeur de fruits et légumes. Mais bon… je joue le jeu quand même :

    – Cool ! Je peux faire un tour à ton kiosque ?

    – Oui, je vais être là dans une quinzaine de minutes.

    – Parfait, je m’en viens.

    En roulant sur l’autoroute, je repense à Kellyann et les souvenirs se mettent à défiler : notre rencontre lors d’un rap battle ; notre soirée passée chez moi à écouter de la musique, dont la chanson que j’ai écrite à propos de ma mère ; notre premier baiser ; notre première relation sexuelle ; nos trips d’amphétamines ; notre projet de former un duo de rap… Trois mois intenses qui se sont terminés abruptement. Un vrai feu de paille.

    J’avais pourtant l’impression que nous étions ensemble depuis des années. Combien de semaines, de mois, avant d’oublier Kellyann pour de bon ? Combien de comprimés d’oxy pour remplir ce vide à l’intérieur de moi ?

    S’ensuit une autre série de réflexions. Mes pensées se déploient, se multiplient. Ça commence à aller très vite dans ma tête. Le speed fait effet. Normalement, j’adore cette sensation d’extrême lucidité, ce sentiment de comprendre totalement le monde.

    Tout s’organise dans mon cerveau et me donne une vue d’ensemble des causes et des effets des événements. C’est super grisant, d’habitude, mais pas en ce moment. Malgré moi, certains souvenirs remontent à la surface. Je les analyse et je fais des liens, alors que je préférerais éteindre mon cerveau.

    J’appuie sur l’accélérateur. Plus vite j’arriverai chez Ted, plus vite je pourrai prendre de l’oxy. Je roule un peu au-dessus de la limite de vitesse. Mes pensées me dépassent. Je crois savoir où elles vont et je n’aime pas ça du tout…

    J’ai huit ans et je reviens de l’école. Mon père est à la maison, ce qui est rare à cette heure-là. Il devrait encore être au travail. Je le trouve assis sur le sofa du salon à fixer le vide. Je crois qu’il n’a même pas remarqué ma présence.

    – Papa ?

    – Ah… Salut, Christophe.

    Ses yeux sont rouges et enflés, comme s’il avait pleuré. Mais c’est impossible : mon père ne pleure jamais.

    – Qu’est-ce que tu fais à la maison ?

    – Je… J’ai pris congé.

    Quelque chose ne va pas. Je le sais. Je le sens.

    – Maman est pas là ?

    – Non. Elle est partie.

    – Où ça ?

    Mon père inspire profondément. Il s’apprête à me répondre, puis s’interrompt. Je poursuis mon interrogatoire :

    – Elle revient quand ?

    – Aucune idée …, soupire-t-il. En fait, je pense qu’elle reviendra pas.

    La voix du système de navigation de mon téléphone me tire de mes pensées : « Dans trois cents mètres, emprunter la sortie 369 en direction de Montmagny. »

    Mon cœur bat très vite. Trop. Je n’aurais pas dû prendre de speed. Ça me rend nostalgique. Je n’ai jamais eu aussi hâte de voir Ted.

    L’écran de mon cellulaire m’indique que je parviendrai à destination dans six minutes.

    Ça me paraît une éternité…

    L’éternité…

    Si seulement cette sensation pouvait durer… Je ressens une sorte d’excitation sexuelle. Dommage que le rush soit de si courte durée. Le high qui s’installe ensuite est moins intense mais quand même planant. L’oxy agit sur mes soucis comme l’hélium dans un ballon : elle annule la gravité.

    On ne réalise pas à quel point tout est lourd…

    Avachi sur le sofa déchiré qui trône au milieu de l’appartement de Ted, j’ai les yeux dans le vague. Mes pensées flottent au-dessus des boîtes de déménagement qui traînent un peu partout. Le logement est à l’image de son locataire : négligé. Chétif et élancé, Ted porte tout le temps un des trois vieux t-shirts qu’il possède, avec des jeans tachés et délavés.

    – Pis, quand est-ce que tu participes à un autre rap battle ? me demande-t-il.

    Les sujets sérieux n’ont plus leur place dans ma cervelle. Seuls les détails insignifiants attirent mon attention. Comme les joues creuses de Ted, assis à côté de moi… Est-ce que ça fait longtemps qu’il est aussi maigre. C’est intense. Il ne doit pas manger beaucoup dans une journée. Je suis mal placé pour parler, je ne me rappelle plus quand a été mon dernier vrai repas depuis ma rupture…

    – YOU-HOU ! CHRIIIS ?! Je t’ai posé une question !

    – Hein, quoi ?! S’cuse-moi, Krusty, j’étais ailleurs.

    – J’ai ben vu ça. As-tu un battle de prévu bientôt ?

    – J’ai été invité à affronter un certain Angle-Mort, la semaine prochaine, dans un bar du quartier Saint-Roch, mais j’ai dit à l’organisateur que ça me tentait pas vraiment.

    Depuis un peu plus d’un an, je prends part à des rap battles, des sortes de combats de mots pendant lesquels deux rappeurs luttent à coups d’insultes. Mon nom de scène est Kata-Strophe. Je me suis lancé là-dedans pour aiguiser ma plume et parvenir ensuite à écrire de vrais textes de chansons : celles qui paraîtront sur l’album que je veux produire un jour. Ou que je voulais produire ? Je ne sais plus. J’ai déjà enregistré un démo grâce à mon petit studio maison, mais ça demande beaucoup de motivation et d’inspiration. Deux choses que j’ai de moins en moins depuis… depuis quand, en fait ?

    – Come on, Chris, vas-y donc ! J’aimerais trop te voir kill l’autre gars sur scène !

    – Chuuut… Pour le moment, laisse-moi planer…

    – Ha ! Ha ! Ha ! À ce que je vois, t’es satisfait de ma récolte de fraises.

    – Ouais… mais ç’aurait été encore mieux si t’avais eu des quarante ou des quatre-vingts milligrammes…

    – Je sais… Fait chier que mon fournisseur se soit fait pogner ! C’était le seul à avoir ces doses-là. C’est pas mal plus facile de se procurer du vingt milligrammes.

    J’ai consommé de l’oxycodone pour la première fois il y a environ trois ans. J’ai commencé par des cachets de cinq milligrammes. Au début, je n’ai pas apprécié ; trop vedge comme trip. Mais, après ma rupture (Kellyann n’est pas la première fille à se débarrasser de moi…), c’était la seule chose qui m’aidait à soulager ma peine.

    Rapidement, la dose de cinq milligrammes ne m’a plus rien fait, alors je l’ai augmentée graduellement pour ressentir de nouveau un effet. J’ai utilisé l’oxy à l’occasion, comme une béquille… jusqu’à ce que je découvre les amphétamines. Le speed m’a redonné le goût de sortir et de m’amuser. En plus, il stimulait mon inspiration quand j’écrivais des textes de rap.

    Ted continue de parler, mais je ne l’écoute plus. Puis, il se tait enfin. Le silence. C’est beau, le silence.

    Une pause s’impose à nous.

    Une pause se pose sur nous.

    Le temps est suspendu. J’éprouve un profond soulagement. C’est comme si on m’avait allégé de toutes mes souffrances… même celles qui n’existent pas. Je suis dans un état de bien-être physique et mental auquel les gens qui ne consomment pas n’ont pas accès. Seuls les opioïdes ouvrent les portes de ce merveilleux monde de plénitude et de beauté.

    Cette fissure, dans le mur, au-dessus de la porte d’entrée de l’appartement… elle est tellement unique ! Sa forme, sa taille, sa longueur, son orientation : elle DEVAIT exister. C’était inévitable. Depuis des milliards d’années, une quantité incalculable d’événements se sont succédé dans l’Univers pour qu’une fente surgisse à cet endroit exact, de cette manière précise…

    – Veux-tu ben me dire ce que tu regardes ?

    – La fissure au coin de ta porte d’entrée. Elle m’inspire.

    – Un vrai fucking artiste !

    – Niaise-moi donc pas.

    – C’est un compliment. Je t’admire, mon gars. T’as des idées originales, de l’imagination, des opinions, tu connais plein de mots, t’as du style et,

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