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Le carnaval diabolique
Le carnaval diabolique
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Livre électronique370 pages5 heures

Le carnaval diabolique

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À propos de ce livre électronique

Bienvenue à vous tous au Carnaval Diabolique, ou comme j’aime l’appeler affectueusement, le carnaval des damnés. Mon nom est Pandora, et même si mon visage ne vous est peut-être pas familier, vous me connaissez. Je suis une Nephilim. Qu’est-ce que cela signifie? Je suis mi-démon. Et quel est mon autre nom? Luxure. Je suis cette envie sombre qui vous rend fou, vous fait désirer, vous rend téméraires et stupides. Je suis la drogue que vous feriez n’importe quoi pour obtenir. Mais je ne suis pas uniquement mauvaise. Je me bats pour la lumière, la bonté et la vérité.

J’aime mon travail de tueuse de vampires, de loups-garous, de zombies et autres détraqués… C’est ce qui me rend heureuse. Mais des gens ont commencé à disparaître, et dernièrement, je sens une présence sombre rôder autour de moi. Je crois qu’il s’agit peut-être d’un prêtre de la mort et cela est réellement mauvais. Il n’y a pas grand-chose qu’un démon comme moi craint, mais eux, je les crains. Cela aurait dû être simple, tuer les détraqués à crocs, me débarrasser de mon fichu problème de prêtre, mais je suis sur le point d’être trahie par la personne à qui je croyais pouvoir confier ma vie, et avant la fin de la nuit je serai couverte
d’écarlate…
LangueFrançais
Date de sortie2 mai 2017
ISBN9782897677749
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    Aperçu du livre

    Le carnaval diabolique - Marie Hall

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    Copyright © 2013 Marie Hall

    Titre original anglais : Crimson Night

    Copyright © 2017 Éditions AdA Inc. pour la traduction française

    Tous droits réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite sous quelque forme que ce soit sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans le cas d’une critique littéraire.

    Éditeur : François Doucet

    Traduction : Sophie Deshaies

    Révision linguistique : Féminin pluriel

    Correction d’épreuves : Nancy Coulombe, Émilie Leroux

    Conception de la couverture : Mathieu C. Dandurand

    Photo de la couverture : © Thinkstock

    Mise en pages : Kina Baril-Bergeron

    ISBN papier 978-2-89767-772-5

    ISBN PDF numérique 978-2-89767-773-2

    ISBN ePub 978-2-89767-774-9

    Première impression : 2017

    Dépôt légal : 2017

    Bibliothèque et Archives nationales du Québec

    Bibliothèque et Archives Canada

    Éditions AdA Inc.

    1385, boul. Lionel-Boulet

    Varennes (Québec) J3X 1P7, Canada

    Téléphone : 450 929-0296

    Télécopieur : 450 929-0220

    www.ada-inc.com

    info@ada-inc.com

    Diffusion

    Canada : Éditions AdA Inc.

    France : D.G. Diffusion

    Z.I. des Bogues

    31750 Escalquens — France

    Téléphone : 05.61.00.09.99

    Suisse : Transat — 23.42.77.40

    Belgique : D.G. Diffusion — 05.61.00.09.99

    Imprimé au Canada

    Participation de la SODEC.

    Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC) pour nos activités d’édition.

    Gouvernement du Québec — Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres — Gestion SODEC.

    Conversion au format ePub par:

    Lab Urbain

    www.laburbain.com

    À mon critique partenaire qui a refusé de laisser celui-ci s’éteindre…

    Veritas : ma vérité

    Tout ce qui est raconté dans ce récit est vrai. Je n’ai pas beaucoup de temps pour tout mettre par écrit. Ils viennent pour moi. Je sais que c’est peu probable, espérer que quelqu’un trouve peut-être ce journal, soit peut-être en mesure de mettre en garde les autres…

    Mon Dieu, je n’arrive pas à croire que cela soit réellement arrivé. Je me suis battue si ardemment, je croyais avoir le temps… que nous avions le temps. Je croyais que nous allions tout résoudre. Mais nous avons été dupés, jusqu’à la toute fin.

    Tout ce que je peux dire, c’est que je l’aime. Je sais pourquoi il a fait ce qu’il a fait, et je lui pardonne. Si vous lisez ceci, vous devez le leur dire. Dites-leur qu’ils doivent lui pardonner. Je sais pourquoi maintenant, je sais tout.

    Mon Dieu, mon Dieu… Je sais tout. C’est tellement pire que ce qu’ils croient, la vérité de tout ceci… c’est tellement pire.

    J’imagine qu’il n’y a qu’un endroit où commencer ce récit, et c’est tout au début. Je souhaiterais pouvoir y retourner, souhaiterais ne pas savoir ce que je sais maintenant… la vérité est tellement plus horrible que la fiction…

    Chapitre 1

    Il y a un an.

    L a lune était basse, une entaille sanglante dans l’encre profonde de la nuit. On ne voyait aucune étoile. Des nuages, épais et d’une teinte plus claire que le ciel, bougeaient paresseusement, jetant de longues ombres malveillantes sur la toile de fond de la forêt des Black   Hills. Les arbres, leurs branches squelettiques allongées vers le ciel en une prière dévotionnelle, se balançaient dans une forte brise. Le vent était froid, mordant mon nez d’un cinglant baiser glacial.

    La seule lueur à des kilomètres provenait des pulsations des néons des manèges. Les bleus et jaunes, rouges et verts coulaient dans les ombres, jetant une pâleur maladive à tout ce qu’ils touchaient.

    Je humai la nuit, aspirant les riches odeurs de pin, de terre et de puanteur de graisse de la nourriture du carnaval, profondément dans mes poumons. Je m’appuyai contre la clôture de métal, attendant, observant. La grande roue que je dirigeais était vide pour le moment, mais je savais que ce n’était qu’une question de temps avant que je voie un peu d’action.

    Les mecs pensaient qu’ils étaient tellement habiles : « Hé, poupée, allons faire un tour dans la grande roue. Tu vois, je suis un homme sensible. N’est-ce pas que la nuit est belle, oh quoi… je ne sais pas comment ma main s’est retrouvée sur tes nichons. Mais comme elle est là, qu’en penses-tu si on se pelotait ? »

    C’est tellement pathétique, cela me donne envie de vomir. Le pire de tout ceci, c’est que soir après soir, j’ai vu chacune de ces insipides filles se faire avoir par ce stratagème de mauvais goût. On pourrait penser qu’elles auraient compris, depuis le temps. Malheureusement, je ne fais que diriger la grande roue; dommage que je ne puisse pas donner un peu de jugeote à ces filles pendant que j’y suis. Les humains me dégoûtent de tellement de manières. Ou peut-être suis-je trop vieille et ai-je oublié comment c’était d’être jeune.

    Le froid s’infiltra profondément dans mon corps, refroidissant mon sang, mais ne faisant rien pour réduire la fébrile chaleur de Luxure remplissant mes os. Je n’avais pas rassasié la bête depuis deux nuits, je devais la nourrir. Luc, mon patron, me disait souvent que j’étais trop difficile pour mon propre bien. Peut-être avait-il raison. Mais d’un autre côté, j’étais une créature d’habitudes. Je n’avais souffert que d’occasionnels maux de tête ou malaises à attendre ma proie parfaite en plus de cinq mille ans. Pourquoi changer une formule gagnante?

    La nuit résonnaient des bruits cacophoniques des manèges et des cris d’excitation et des rires de ceux y montant. Une quelconque musique heavy métal sortait des haut-parleurs, trop forte pour que je puisse reconnaître de qui il s’agissait. Connaissant Luc, je pensais que c’était probablement quelque chose d’effrayant et qui mettait dans l’ambiance, comme du Black Sabbath.

    J’observai la scène avec un détachement froid, ne prêtant pas attention aux femmes ou aux enfants. Ce genre de chose ne me branchait pas. Je préférais mes proies jeunes, musclées et pleines de testostérone.

    La foule criait, courant d’un manège à l’autre. Les amoureux se tenaient par la main, muets et se regardant dans les yeux, ne soupçonnant ou ne sachant pas que pour certains, cela serait leur dernière nuit.

    C’était le Carnaval diabolique, le meilleur spectacle itinérant du monde. Des gens venaient en grand nombre pour voir l’événement le plus populaire en ville. Nous n’étions pas des forains typiques : graisseux, gros, dépassés par le monde. Nos hommes étaient magnifiques et les femmes si mielleuses que le simple fait de nous regarder vous donnait mal aux dents. Cet endroit était un rêve érotique pour un gothique. Nous nous déguisions pour la foule et avions un peu de tout, allant du cyber au trash au rocker death.

    Pour ma part, je préférais le romantisme de style victorien. Corsage noir, élégante jupe noire à tournure de cavalière avec des rubans de satin rouge sur les côtés, des bas et des bottes rétro, jusqu’au chapeau haut de forme de style Lolita. Dans cette tenue, j’aurais fait de Marilyn Manson un homme très heureux.

    Le Carnaval diabolique était l’invention de Luc. À l’époque, aucun d’entre nous n’aurait pu imaginer à quel point le « sombre » serait populaire et en vogue. Il y avait un temps où admettre que vous touchiez à la noirceur signifiait une mort rapide et atroce. Danser avec le diable était un gros interdit. Maintenant, être cool voulait dire adopter chaque pensée ou action noire et y souscrire. Étrange comme les choses changent.

    Luc avait bondi sur cette nouvelle sous-culture avec vengeance. Nous ne rations rien. Nous étions parfaits. Contre toute attente, nous nous étions construit un créneau exclusif, grandissant chaque année en popularité.

    Cet endroit n’était pas un étalage théâtral de talent; c’était aussi véritable que possible. Pas étonnant, vu que nous étions réellement les monstres qui rôdaient la nuit.

    Certaines personnes venaient parce qu’elles aimaient prétendre qu’elles savaient ce que c’était que de vivre du côté sombre et mauvais. Sérieusement. Jamais je ne comprendrai cette attirance. Je crois que si j’avais eu le choix, j’aurais préféré l’ignorance et non pas la connaissance de savoir à quel point ce qui est mauvais peut réellement l’être.

    D’autres venaient parce qu’ils étaient curieux. Ce n’était pas tous les jours qu’on trouvait un carnaval géré par des beautés dignes des mannequins qui servaient presque exclusivement un certain type de clientèle. Vous vouliez un verre ? Il y en avait. Des strip-teases ? Nous en avions aussi. Des stupéfiants ? Nous avions les meilleurs sur le marché.

    Comment arrivions-nous à nous en tirer impunément ?

    Disons simplement que nous avions nos manières. Après des milliers d’années, ma race avait parfait l’art de la discrétion. Si nous ne voulions pas que vous sachiez quelque chose, vous ne l’appreniez pas.

    Je suis certaine qu’il est maintenant évident que ce carnaval est une façade. Pour certains, ce sera une soirée de plaisir, sans regret et comportant quelques souvenirs. Pour d’autres, jugés méritants, eh bien, ils auront peut-être souhaité ne pas être choisis pour cet honneur douteux.

    J’étais gentille. Je m’amusais avec mes joujoux, puis les laissais poursuivre leur route. Je ne tuais pas si je n’en étais pas obligée. Mais d’autres — je jetai un coup d’œil vers notre maître de cérémonie, Bubba, qui s’avançait vers la grosse estrade — n’étaient pas aussi gentils.

    — Deux, s’il vous plaît.

    Je me retournai et fixai un homme qui essayait d’enfouir deux talons de billet dans mes mains. Son bras enveloppait de manière protectrice une minuscule chose. Avec ses grands yeux bleus et sa chevelure blonde soyeuse, elle me faisait étrangement penser à un lutin. Fragile et trop délicate pour s’amuser, elle était une perte complète de mon temps. L’homme par contre, c’était une tout autre histoire.

    Je pris les billets, et comme mes doigts effleuraient les siens, une décharge d’électricité passa de lui à moi. Ce courant chaud envoya un frisson le long de ma colonne et me consuma, faisant durcir des choses dans mon ventre. L’homme sursauta, et je souris. Je sus qu’il l’avait ressenti lui aussi.

    À moi. Luxure ondulait dans mon corps, prenant vie comme une lionne en cage fébrile d’être libérée. Elle se mit à remuer, hurlant, griffant pour être relâchée.

    « Bientôt », lui dis-je.

    Son âme se hérissa en moi comme un serpent à sonnettes s’enroulant, prêt à attaquer. Elle détestait attendre. Comme souvent le font les démons, elle désirait une satisfaction immédiate.

    Dans cette coquille, ce corps, tambourinait un cœur et deux âmes. Moi, Pandora, et le démon, Luxure. Le désir, le besoin, le sexe la nourrissent, la rendent plus forte. La manière que j’ai apprise pour la contrôler est de la nourrir fréquemment; tous les deux ou trois jours la tient habituellement rassasiée et satisfaite.

    J’avais eu une relation sexuelle la veille, mais quelque chose dans cet homme fit tortiller Luxure comme une jeune fille devant son premier béguin.

    Je laissai mon regard glisser lentement le long du corps musclé.

    Évidemment, je ne pouvais honnêtement pas la blâmer. Il était délicieux.

    Aussi banal que cela semble, aussi clichée que l’expression paraisse, j’ai su à cet instant que c’était tout à fait vrai. C’était comme si le monde s’était arrêté. Je pris une grande respiration pour me calmer et la retint. Ma vue ne se concentra sur rien d’autre que lui.

    Il portait un jean, abîmé et éraflé aux genoux. Le tissu moulait ses jambes à la perfection. Une chemise blanche au col ouvert me donna un aperçu sur une peau douce et lisse. Pas de poil sur la poitrine. Bien. Je détestais les poitrines velues.

    Ses lèvres étaient fermes, sensuelles. Le genre de lèvres qui donne envie à une bonne fille d’être vilaine. Ou à une vilaine fille de l’être encore plus. J’humectai mes lèvres, m’avançai légèrement et répandit un peu de ma magie ou de « séduction » comme certains l’appelaient. Ce n’était pas grand-chose. Ni dangereux. Un petit asservissement. Un asservissement qui, s’il y réfléchissait plus tard, lui ferait se demander quel était ce petit quelque chose en moi qui l’avait rendu incapable de détourner le regard.

    Il plissa les yeux, son nez long et légèrement courbé se dilata. Mon cœur se mit à tambouriner. Est-ce qu’il l’avait senti ? Si c’était le cas, j’étais fichue. Je préférais que mes proies soient consentantes et flexibles à mon contact. Leurs besoins et leur satisfaction étaient aussi importants que les miens. Contrairement à la majorité de ma race, je ne me délectais pas sous la force. Mais Luxure avait besoin d’être nourrie, et ce qu’elle voulait, c’était lui.

    Je n’allais pas le violer. Je le pouvais. J’avais le pouvoir de faire en sorte qu’il me veuille au point qu’il serait prêt à vendre son âme pour me frôler. Je n’étais pas une bonne personne. Je n’ai jamais prétendu l’être. Mais il y avait des limites que même moi ne franchis pas. C’était l’une d’elles.

    Je m’avançai encore. Il dégageait une odeur de bois de santal et d’homme. L’adrénaline déferla en moi, ma peau picota et mes mamelons se durcirent.

    Il ne bougea pas.

    Je souhaitai pouvoir voir la couleur de ses cheveux, j’avais toujours eu un faible pour les bruns, mais il portait une casquette.

    Tout en lui tranchait, sauf ses yeux. Ils étaient bruns. C’est ça. Juste bruns. Pas de petites taches de couleur. Pas d’iris inhabituels. Ils étaient aussi banals que possible. J’irais même jusqu’à dire «ennuyeux». Sauf qu’après des années à ne voir rien d’autre que l’inhabituel, l’habituel faisait accélérer mon pouls. La chaleur monta à toute vitesse entre mes cuisses, me rendant humide et en manque. Je mordis ma lèvre, et ses yeux se braquèrent comme un missile prêt à viser.

    Luxure devint plus impatiente. Exigea que je fasse parcourir mes doigts sur sa poitrine, que je le touche d’une quelconque manière. De n’importe quelle manière. Tant que je l’étiquette comme lui appartenant.

    Je repoussai sa pensée. J’étais responsable ici. Pas Luxure.

    — Billy…

    La fille pendue à son bras le secoua vivement.

    Billy ?

    Ce nom semblait si faux. Je ne le connaissais ni d’Ève ni d’Adam, mais il ne m’apparaissait assurément pas comme un Billy. Peut-être plus comme un Thor. Mes lèvres se tordirent.

    Le dieu du tonnerre.

    Oui, s’il vous plaît.

    — Allez, Billy, je veux monter dans la grande roue avant qu’il fasse trop sombre.

    Je dus refouler le désir de rugir au son de la sirupeuse voix traînante du Sud. Que faisait-il avec elle? Après plusieurs milliers d’années, je me vantais de pouvoir décoder les autres assez bien, et quelque chose n’allait pas ici.

    Elle était trop adorable. Trop bien. Et tandis que la façade « Billy » semblait impliquer un côté campagnard, les yeux étaient le véritable miroir de l’âme et ils hurlaient : « Alerte ! Danger ! » Des yeux bruns nécessitaient une femme avec fougue. Une femme qui savait comment manier un homme comme lui.

    Une femme comme moi.

    Billy baissa les yeux vers elle et sourit. Un sourire secret et caché laissant deviner la possession. Charnel et brut. Mais aussi atténué par quelque chose de plus doux. De gentil.

    Les hommes ne me regardaient jamais ainsi. Avec désir, oui. Mais cela, peu importe ce que cela était… jamais.

    Ce n’était pas normal pour ma race de vouloir ce qu’il lui avait démontré. Je touchai la large cicatrice sur ma poitrine à peine dissimulée par les boucles de mes cheveux. La cicatrice en était une preuve tangible.

    — Tu as raison, Belle.

    Il me lança un regard, ses yeux emplis d’une haine à peine dissimulée.

    Traitez-moi d’idiote, toutes les alarmes dans mon cerveau m’avertissaient que tout n’était pas ce qu’il paraissait, et pourtant, mon pouls continua de tambouriner avec chaleur et besoin.

    Mais peu importe combien ce besoin augmenta, Billy ne cligna pas des yeux. En fait, il parut ne se rendre compte de rien. Ce qui était étrange, car le besoin de Luxure exsudait une substance analogue aux phéromones à laquelle aucun mortel ne pouvait résister. Il semble qu’elle ait fonctionné des milliers de fois avant, alors pourquoi pas maintenant?

    Belle grogna, ses grands yeux bleus passant de Billy à moi à lui de nouveau avec agacement.

    — Vas-tu nous laisser monter ou quoi? lança-t-elle brusquement à mon intention.

    Je n’arrivais pas à le croire. Allais-je vraiment devoir concéder la défaite? Cela ne m’était jamais arrivé avant de toute ma vie.

    Il leva un sourcil, comme en signe de défi.

    Qu’est-ce qui clochait avec moi ? Avec Luxure ? Était-elle souffrante ?

    Vous savez ce qui se passe quand un parent dit non à un enfant et que soudainement cela lui donne encore plus envie ? C’est ainsi que je me sentais en ce moment.

    Il me disait non. Et maintenant, je le voulais encore plus.

    Pour la première fois de ma vie, j’envisageais de rompre ma propre règle. Mais mes règles étaient les seules choses qui me gardaient saine d’esprit. M’empêchaient de me sentir trop sombre, trop inhumaine. Je ne le ferais pas. Pas même pour lui.

    Je tendis le bras, m’écartai et les laissai passer.

    Luxure s’emporta en moi, l’écho de son mécontentement écorcha mes nerfs à vif et ma tête palpita d’une sourde douleur. Je saisis mon crâne, pressant mes tempes pour tenter de soulager la douleur.

    Billy pressa la taille de Belle contre lui, de manière presque protectrice, et ils passèrent devant moi pour prendre place dans le manège.

    Je les regardai, lui et Belle, me regarder. Je m’en fichai.

    Il m’intriguait. Peu de choses le faisaient encore. Qui était-il ? Qu’était-il ? Je ne l’avais pas senti comme autre chose qu’humain, mais c’était impossible. Aucun mâle humain ne pouvait résister à Luxure.

    La douleur dans ma tête commença lentement à diminuer.

    Il y avait quelque chose de très curieux en Billy. Peut-être aurais-je dû être effrayée. Cela aurait été la réaction saine. Mais à la place, pour la première fois depuis des siècles, je ne voulais pas un homme parce que Luxure l’exigeait.

    Je voulais cet homme parce que je l’exigeais.

    Chapitre 2

    V enez, venez tous au grand chapiteau des damnés.

    C’était Bubba, plus de deux mètres d’alléchante sexualité en chair et en os, faisant tournoyer son chapeau haut de forme noir avec de grands gestes.

    — Voyez des choses dépassant l’imagination.

    Il pointa sa canne polie vers le rabat à rayures rouges et blanches de la tente.

    — Venez faire un tour dans les bas-fonds.

    Cette voix riche et veloutée suintait de charme sexuel, et ces yeux bleus ordinaires pétillaient de gaieté. Il avait la beauté nordique et un corps qui aurait fait pleurer Michel-Ange. Des bras immenses, des jambes immenses, un torse immense. L’homme était simplement immense et super canon. C’est la raison pour laquelle Luc avait fait de lui le maître de cérémonie; il pouvait attirer une foule comme personne d’autre.

    La chevelure, la voix, le merveilleux sourire… tout appartenait à Bubba, mais les yeux… une parfaite imposture. Ses véritables yeux étaient d’un rouge si profond qu’ils pouvaient presque paraître noirs et étaient un indice révélateur qu’il était autre chose qu’un humain.

    Il minauda. Il fit battre ses longs cils vers les femmes et les hommes qui s’amassaient autour de son estrade, salivant du besoin d’être plus près de lui. En bref, il leur faisait l’amour. C’était un autre type de séduction, et il était le meilleur à ce jeu. Probablement parce que de nous tous, il était celui ayant les appétits les plus malfaisants.

    C’était Bubba qui apportait à ceux d’entre nous ayant les envies les plus charnelles nos appâts. Cette voix n’était pas simplement un appel au sexe, c’était un appel à l’obéissance.

    Et ceux qui entraient étaient des proies. Ils allaient boire, manger, être charmés avec frénésie, et avant que la nuit soit terminée, ils seraient tous morts. Mais permettez-moi de souligner qu’il y a de l’honneur parmi les voleurs.

    Nous étions prudents. Nous ne tuions pas aveuglément. Tout ce qui pouvait être bon, tout ce qui pouvait être empli de lumière, était épargné. Nous aimions considérer nos séances comme un ménage afin d’améliorer la race humaine. Pas que nous ayons jamais reçu de cartes de remerciements à ce propos, un point que certains, beaucoup plus féroces que moi, aimaient souligner à Luc. Mais leurs cris tombaient dans l’oreille d’un sourd. Pour le meilleur et pour le pire, le néphilim avait tourné la page.

    Il y a bien longtemps, nous avions tué arbitrairement, ne nous souciant pas de qui ou de quoi, tant que nous nourrissions la bête. Mais depuis notre… appelons cela notre « conversion », nous nous en tenons aux règles. Ne tuant que ceux qui, d’une quelconque manière, infligent une horreur inimaginable aux autres.

    On pourrait croire que cela faisait en sorte que les repas étaient rares, mais vous seriez étonné de voir à quel point il y a des méchants dans le monde.

    Nous étions bien nourris.

    Une grande brune sur son trente-et-un dans une robe presque inexistante sans bretelles et portant des talons aiguilles tendit une main submergée de diamants vers Bubba. Des yeux verts charbonneux le regardèrent en papillotant, attirèrent l’attention de Bubba exclusivement vers elle comme le couguar doué en chasse qu’elle était.

    Bubba sourit. Il prit sa main, planta un baiser sur ses jointures. Elle avait été choisie. Ses nuits d’escroquerie étaient terminées.

    Bubba. Cher, cher Bubba. Mon pervers misogyne.

    D’accord, peut-être que «misogyne» est un peu sévère. Il adorait les femmes. Il aimait leur apparence, il aimait leur odeur, mais plus que tout, il les aimait découpées en délicates petites tranches bien charnues.

    Je me demande si Mme Croqueuse de diamants se serait jetée si rapidement sur lui si elle avait su. J’en doute.

    Je me détournai de lui. Je ne pouvais pas regarder. En tant que camarade de péchés, je l’aimais, mais ce qu’il faisait me soulevait le cœur. Je savais qu’il était aussi impuissant à son démon que moi au mien, et de beaucoup de façons, j’étais reconnaissante que la luxure soit mon unique vice.

    — Regarde-le en train de faire son numéro de garçon de ferme.

    Cette voix profonde de baryton n’appartenait à nul autre qu’à mon patron. Je hochai la tête alors que ses bras s’enroulaient autour de ma taille. Il sentait le sexe et l’absinthe. Je n’avais pas besoin de le demander pour savoir qu’il avait déjà testé la marchandise de la soirée; sa bête était rassasiée. Il était venu à moi, car même si nous nous nourrissions, Luxure était un démon déterminé, et quand nous pouvions avoir des relations sexuelles, nous le faisions.

    Mais appeler notre relation autre chose que «parfois explosive et toujours compliquée» était un euphémisme.

    Il me connaissait, et je le connaissais. Nous savions comment c’était que d’être contrôlés par Luxure, mais nous n’étions pas liés l’un à l’autre par autre chose que satisfaire nos besoins physiques. Si Luc voulait baiser toute la ville de New York, cela ne me concernait pas. Peut-être qu’une fois, plusieurs milliers d’années plus tôt, cela avait importé. Mais cette époque était loin derrière moi. Si on le lui demandait, je suis certaine qu’il vous répondrait aussi rapidement que moi que ce que nous partagions n’était assurément pas de l’amour. Le passé l’avait prouvé.

    Il s’inclina, sa longue chevelure frôlant mes épaules nues tandis qu’il mordilla de ses dents trop aiguisées mon oreille.

    — Pandora, je t’ai encore perdue.

    Sa voix était devenue douce et rauque dans ce parfait mélange d’homme et de bête.

    — Tourne-toi, femme.

    Je secouai la tête.

    — Allons, Luc, dis-je avec un début de rire, tu es plus avisé que de me demander cela. Un seul regard vers toi, et je me transforme en une plantureuse pouffiasse de play-boy.

    Et là se trouvait le secret de ma force. La manière par laquelle je pouvais obtenir n’importe quel homme que je désirais. Quand Luxure vous avait choisi, elle se transformait en tout ce que sa proie voulait. Blonde, brune, Asiatique, Hispanique, peu importe… je pouvais tout faire.

    Il gloussa.

    — Et qu’y a-t-il de mal à cela ?

    Je choisis d’ignorer le commentaire. Rien ne ferait plus plaisir à ce salaud que je me transforme en un mélange de Marilyn Monroe et Pamela Anderson : mince, forte poitrine et blonde nunuche. Mais je n’allais pas me transformer. Pas tant que j’avais des gens dans le manège derrière moi.

    Je tentai de refouler la vilaine pensée que je ne voulais pas me transformer aussi parce que j’étais encore royalement agacée de n’être pas parvenue à percer à jour Billy.

    — Oh, je vois, dit Luc en venant se placer près de moi. Tu t’en es choisi un en vie.

    Il rit, mais le son n’était pas exactement plaisant.

    Encore une fois, je l’ignorai. Ma proie ne regardait que moi. Je ne l’importunais pas avec les siennes.

    Le manège allait bientôt s’arrêter. Je me dirigeai vers les commandes, observant mes passagers tout le long. Leurs têtes étaient inclinées. Belle affichait un sourire qui disait très clairement que Billy allait conclure ce soir. Mais ce n’était pas ce qui me chiffonnait. C’était l’air de désir, de besoin qui se reflétait sur le visage de Billy qui me fit trembler.

    Et quand ils s’embrassèrent, je jure que c’était de la magie. Je fermai les yeux, ressentant pendant un instant comme si ses lèvres étaient pressées contre les miennes, sa langue chaude caressant ma bouche. Mon cœur s’emballa. Luxure se mit à hurler, frappant les murs de sa cage.

    Elle voulait être nourrie et elle le voulait maintenant. Les yeux de Luc étaient fixés sur mon visage. Je le sentais comme un fer rouge.

    — Je connais ce regard.

    — Quel regard ?

    Je jetai un coup d’œil à Luc, m’assurant de ne pas croiser ses yeux.

    Sa mâchoire claqua.

    — Tu le veux.

    Je haussai les épaules.

    — Il la veut.

    — Alors, prends-le.

    Je plantai mes mains sur mes hanches et me retournai vers Luc, projetant autant de colère que possible dans mon regard.

    — Je ne fais pas ça. Contrairement à vous autres, barbares, j’ai des règles.

    — Les règles sont faites pour être enfreintes, Pandora.

    Le manège s’arrêta. Je frappai le bouton, soulevai la barre de sécurité et grognai à son intention.

    — C’est là que nous sommes différents, Luc. Tu ne me comprends pas, tu ne me comprendras jamais.

    Je le sentis. J’essayai de ne pas le regarder. J’essayai de l’ignorer. De faire comme si Billy n’existait pas. Mais je sentis le souffle du vent frôler mon bras alors qu’il passa près de moi. Puis il me regarda. Il s’arrêta et m’étudia.

    Je vis Luc inspirer, vit Belle se retourner avec des points d’interrogation dans les yeux, mais je m’en fichais. Je n’aurais pas pu arracher mon regard du sien, même si le monde s’était effondré autour de nous.

    À ce moment, à cet instant, j’ai ressenti un lien à quelque chose que je n’avais jamais connu auparavant. Je me suis vue, moi, dans ses yeux. Pandora. Pas un reflet de la luxure, mais moi, et il l’absorbait.

    Je frissonnai.

    — Billy ?

    La voix de Belle coupa enfin l’ensorcellement.

    — J’arrive, marmonna-t-il, et quand il se détourna enfin, tout ce

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