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Presque ensorcelée

Presque ensorcelée

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Presque ensorcelée

Longueur:
423 pages
5 heures
Éditeur:
Sortie:
Mar 30, 2018
ISBN:
9782897860561
Format:
Livre

Description

Duvall, Texas. Une petite ville sur le point de connaître de grands ennuis.

Tammy Jo Trask est enfin prête à épouser sa magie unique, mais les habitants de la ville ne la soutiennent pas tous. Alors qu’une bande débitant les Saintes Écritures s’organise pour l’enlever et «sauver» Duvall de la sorcellerie, le Président de l’AMM — l’Association mondiale de la magie — arrive pour enquêter sur la relation que Tammy Jo entretient avec Bryn Lyons, un beau sorcier qu’elle a l’interdiction de fréquenter.

Quand un conflit entre les résidents et les visiteurs magiques entraîne une série de désastres surnaturels, Tammy Jo doit prier pour que la synergie magique que Bryn et elle partagent suffise à sauver la ville d’une ruine certaine.
Éditeur:
Sortie:
Mar 30, 2018
ISBN:
9782897860561
Format:
Livre

À propos de l'auteur

Kimberly Frost vit actuellement dans une petite ville appelée Houston, d’où elle tire l’inspiration pour ses personnages, et travaille sur le prochain livre de la série Sorcière du Sud, qui inclut Apprentie sorcière, À peine enchantée et Presque ensorcelée. Elle aime recevoir des nouvelles de ses lecteurs, et vous pouvez suivre l’auteure sur son site Internet: FrostFiction.com


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Aperçu du livre

Presque ensorcelée - Kimberly Frost

Copyright © 2011 Kimberly Chambers

Titre original anglais : Halfway Hexed

Copyright © 2017 Éditions AdA Inc. pour la traduction française

Cette publication est publiée avec l’accord de Penguin Group, New York, NY.

Tous droits réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite sous quelque forme que ce soit sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans le cas d’une critique littéraire.

Éditeur : François Doucet

Traduction : Émilie Hendrick-Hallet (CPRL)

Révision linguistique : Féminin pluriel

Correction d’épreuves : Nancy Coulombe et Féminin pluriel

Conception de la couverture : Mathieu C. Dandurand

Illustration de la couverture : © Rita Frangie

Mise en pages : Sébastien Michaud

ISBN papier 978-2-89786-054-7

ISBN PDF numérique 978-2-89786-055-4

ISBN ePub 978-2-89786-056-1

Première impression : 2017

Dépôt légal : 2017

Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Bibliothèque et Archives Canada

Éditions AdA Inc.

1385, boul. Lionel-Boulet

Varennes (Québec) J3X 1P7, Canada

Téléphone : 450 929-0296

Télécopieur : 450 929-0220

www.ada-inc.com

info@ada-inc.com

Diffusion

Canada : Éditions AdA Inc.

France : D.G. Diffusion

Z.I. des Bogues

31750 Escalquens — France

Téléphone : 05.61.00.09.99

Suisse : Transat — 23.42.77.40

Belgique : D.G. Diffusion — 05.61.00.09.99

Imprimé au Canada

Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC)

pour nos activités d’édition.

Gouvernement du Québec — Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres — Gestion SODEC.

Conversion au format ePub par:

www.laburbain.com

Pour ma mère, Audrey.

Remerciements

Je désire remercier les bibliothécaires, critiques et libraires qui recommandent la série Sorcière du sud à leurs lecteurs et clients, en particulier Karla et Jan de KBB, Anne de Murder by the Book, et Laura de Barnes & Noble du boulevard Holcombe. J’aimerais également remercier les groupes de lecture qui m’ont invitée à leurs rencontres. Venir vous voir a été un immense plaisir.

Je remercie ma fantastique famille et mes amis, mes partenaires de critique David et Bonnie, mon agente Elizabeth, ainsi que l’équipe de Berkley, en particulier Leis et Caitlin.

Et, bien sûr, merci à mes lecteurs/amateurs. C’est pour vous que j’écris.

1

Si je ne prends généralement pas la peine de me faire un horaire, c’est qu’il semble toujours arriver quelque chose d’inattendu. Le vendredi où j’ai été enlevée en est l’exemple parfait.

Seuls quatre jours s’étaient écoulés depuis le moment où j’étais passée à un cheveu d’être brûlée vive, mais j’espérais pouvoir équilibrer ma nouvelle vie de sorcière avec mon ancienne vie de chef pâtissière. J’avais accepté une commande (la première de ma vie) d’une comptable qui donne de son temps à l’Association des chasseurs et pêcheurs du Texas. Ils fêtaient leur troisième anniversaire en organisant un gala de bienfaisance à Duvall. La pièce maîtresse devait être une sculpture en chocolat conçue par moi. Ils voulaient qu’elle inclue des oiseaux et des poissons, ce qui était difficile pour ma créativité : les poissons sont délicieux (sauf en desserts), mais je ne les considère pas comme de l’art.

Je travaillais dur sur une scène forestière dans laquelle des poissons bondissaient d’un ruisseau quand les clochettes retentirent, indiquant que quelqu’un venait d’entrer dans la pâtisserie de Cookie. Je regardai l’horloge. Il était 12 h 20, alors Cookie n’était pas revenue de sa pause déjeuner. Selon l’accord que nous avions conclu, elle me laissait utiliser la pâtisserie si je la remplaçais pendant son heure de déjeuner, en plus d’un samedi.

Je m’essuyai les mains sur un chiffon et m’approchai du comptoir en verre. J’y trouvai mon facteur, George. Techniquement, il n’est pas à moi. C’est le facteur de la ville, mais il nous apporte le courrier depuis que j’ai cinq ans, et son itinéraire semble toujours s’agrandir. En vérité, George aimerait être le seul facteur en ville. Il considère le métier postal comme une vocation.

— Bonjour, George. Avez-vous envie d’un petit pain à la cannelle, ou au caramel et aux noix de pacane ? demandai-je en souriant.

Il haussa ses sourcils gris broussailleux. Si un hérisson s’accouplait avec un hobbit, George pourrait avoir un jumeau.

— Je ne suis pas en pause, Tammy Jo. Je suis ici en mission officielle.

Mon sourire s’agrandit.

— D’accord. Je vais prendre le courrier de la pâtisserie, dis-je en tendant la main.

— Ce n’est pas nécessaire, répondit-il en contournant le comptoir pour déposer le courrier dans le panier en paille de Cookie.

C’était typique de George : une livraison de courrier avec une précision militaire.

— D’accord, passez une excellente journée sur votre itinéraire, dis-je en me dirigeant vers l’arrière-boutique.

— Un moment, jeune fille.

— Oui ? dis-je en me retournant vers lui.

— Nous devons parler de la situation chez toi.

Je fronçai les sourcils en pensant à la maison familiale, qui avait été endommagée par le feu et qui était en pleine réparation. J’habitais la maison de Zach Sutton, mon ex-mari, pendant qu’il était à l’extérieur de la ville. J’avais fait suivre mon courrier là-bas.

— Eh bien, la situation chez moi est maîtrisée. Entre l’équipe de construction de T.J. et le beau-frère de Stucky, Chuy Vargas, qui est le meilleur charpentier à des centaines de kilomètres à la ronde, ils vont tout arranger. Chuy a fabriqué les bibliothèques encastrées chez Bryn Lyons, et je peux vous assurer, pour les avoir vues, que son travail est le plus beau au monde.

— C’est peut-être le cas, mais ça ne règle toujours pas la situation dont je parle.

— J’ai fait suivre mon courrier, George. J’ai rempli tous les papiers il y a deux jours et le courrier est déjà arrivé hier. Vous faites un travail fabuleux.

Il débita l’adresse de Zach en fronçant les sourcils.

— Oui, c’est là que j’habite.

— Ce n’est pas sur mon chemin.

J’ouvris légèrement la bouche.

— D’accord, mais je ne quitte pas votre chemin de manière permanente. C’est seulement jusqu’à ce que ma maison soit réparée.

— Shoreside est sur mon chemin. La plus haute tranche d’imposition de Duvall, et je travaille sur ce chemin sur demande. Je crois que tu pourrais habiter là-bas si tu le voulais.

— Je ne peux pas emménager avec Bryn Lyons simplement pour que vous puissiez livrer mon courrier !

— Tu as reçu un colis de Londres, en Angleterre. Envoyé par avion, livraison accélérée, avec une assurance. Tu comptes confier quelque chose de cette nature à quelqu’un comme Jeffrey Fritz ?

— J’ai reçu un colis d’Angleterre ? m’enquis-je.

J’étais amusée par le fait que George ne supporte pas qu’un colis prioritaire soit livré par son rival.

— Je n’ai rien commandé. Et je ne connais personne là-bas.

— Courrier international, dit George en faisant un signe de tête solennel.

— Ça semble important. L’avez-vous dans votre camion ?

— Dans mon sac, répondit George dans un murmure sérieux, comme si le colis renfermait des secrets d’État et que des espions étrangers avaient donné leur vie pour me les transmettre.

— Eh bien, c’est vraiment pratique. Dois-je signer ?

— Non. J’ai mon ordinateur. Je vais m’occuper de tout, dit-il.

Il sortit ensuite le petit colis et numérisa son étiquette avant de me le tendre.

— La boîte aux lettres de Zach Sutton n’est pas assez grande pour le contenir.

— George, comment avez-vous su que je serais ici aujourd’hui ? Je n’ai pas conclu d’accord avec mademoiselle Cookie pour utiliser la pâtisserie avant hier soir. Je ne sais même pas qui était au courant que je serais là.

— Vous êtes sur mon chemin, dit vivement George.

Je ris, ne pouvant m’empêcher de me demander si un des fantômes de la ville servait de guide spirituel à George. Personne n’était mieux informé que le réseau fantomatique de Duvall.

Une fois son devoir rempli, George sortit de la pâtisserie, la tête haute.

Je pris une paire de ciseaux et ouvris doucement la boîte. Il y avait une double épaisseur de plastique à bulles, que je dépliai pour découvrir un objet de la forme d’un disque, entouré de feuilles de mousse lui donnant une épaisseur d’environ sept centimètres. Sous l’objet se trouvait un morceau de papier épais plié en deux. J’en soulevai un coin pour lire le mot.

« Ne laisse personne te l’enlever. Garde-le secret. Garde-le en lieu sûr. »

Un frisson me parcourut l’échine. Je retournai la feuille. Aucune signature. Rien d’écrit, à part les trois phrases rédigées dans une élégante écriture noire.

Je tournai le rabat de la boîte pour regarder l’étiquette. Pas d’adresse de l’expéditeur. Je posai doucement le mot avant de retourner à l’objet mystérieux. J’enlevai le ruban adhésif et le déroulai lentement. J’enlevai ensuite les couches, une par une, dévoilant finalement une magnifique broche ancienne munie d’un camée d’une grandeur de cinq centimètres. L’image gravée en blanc, représentant le profil d’une jeune femme, se détachait du fond rose-rouge. Des fleurs étaient incrustées dans ses cheveux relevés et elle possédait des traits délicats, angéliques et magnifiques. Le rebord ovale de la broche était incrusté d’or et parsemé de perles qui étaient les plus petites que j’avais jamais vues. Tant de détails splendides. Je me dis que les bijoux faits en usine devraient être interdits.

Était-ce ma mère ou tante Mel qui me l’avait envoyée ? Si c’était le cas, pourquoi n’avaient-elles pas écrit un message plus long ? Et pourquoi seraient-elles en Angleterre ? Ou, si le colis ne venait pas d’elles, qui d’autre dans le monde me l’aurait envoyé ?

Je tendis la main pour toucher la broche et une décharge électrique me traversa le bras. Mon cerveau sembla s’entrechoquer dans mon crâne pendant un moment, puis ma vision se brouilla et la boulangerie sembla s’estomper.

Je chancelai, me rattrapant aveuglément au comptoir quand elle apparut. Une femme aux épais cheveux châtains et aux pommettes saillantes. Ses vêtements débraillés, un chemisier et une jupe, volèrent quand elle courut. J’entendis son souffle court, le cliquetis de ses talons, et je sentis les rues humides, détrempées par la pluie. Son regard hanté me serra le cœur et sa peur me dévora. Je tendis le bras vers elle pour la sauver, mais elle passa à côté de moi et disparut.

Je me levai, regardant l’endroit où elle s’était trouvée, mais il y avait seulement du noir. Je glissai par terre en essayant de reprendre mon souffle.

« Qui est-elle ? »

La pénombre s’estompa et la boulangerie réapparut autour de moi. L’odeur de chocolat fondu et de pain qui cuisait. Le tic-tac de l’horloge murale qui avait la forme d’un tablier. Je me secouai. J’étais en sécurité, à Duvall. La jeune femme avait été une prémonition… Ma première. Ressemblaient-elles toujours à cela ? Argh. J’espérais que ce n’était pas le cas.

Et qui (ou quoi) la poursuivait-elle ? Elle était terrifiée, courant comme si sa vie en dépendait. J’avais ressenti ses émotions. Je ne savais pas si c’était normal, lors des visions, mais cela n’avait pas vraiment d’importance. Une seule chose comptait : je devais découvrir qui elle était afin de la sauver de ce qui la pourchassait.

2

Je secouai doucement la broche dans l’espoir de réapparaître la vision, en vain. En fin de compte, les bijoux magiques ne sont pas aussi fiables que les lecteurs DVD. Je venais de me lever et je lissais mes vêtements lorsque Cookie revint de son déjeuner. C’est une vraie dure, mais elle a un grand cœur. Au travail, elle porte toujours un chemisier blanc impeccable et un pantalon en coton sous l’un de ses 20 tabliers différents. Aujourd’hui ne faisait pas exception. Elle m’examina d’un air inquisiteur tout en prenant le tablier sur le plus haut crochet avant de le glisser par-dessus sa tête.

— Bon déjeuner ? demandai-je en refermant la boîte qui contenait la broche.

Cookie opina.

— Qu’as-tu là ?

— Rien d’important. Je dois m’absenter, mais je serai de retour pour ma rencontre avec les femmes de l’Association des chasseurs et pêcheurs.

J’attrapai mon cabas dans l’arrière-boutique avant de sortir à toute vitesse. Je jetai un coup d’œil au ciel couvert : on pouvait deviner et sentir la pluie. Comme dans ma vision. Mais quelque chose me donnait la certitude que la femme de la prémonition ne serait pas pourchassée dans les rues de Duvall. En revanche, si elle venait ici, il me serait beaucoup plus facile de l’aider. Mais si elle ne venait pas ? Que ferais-je, dans ce cas ?

Je m’arrêtai momentanément. Pourquoi avais-je la conviction que je devais l’aider ? C’était une étrangère. Vraisemblablement, peu importe où elle se trouvait, elle avait de la famille, des amis, un corps de police à proximité. Ses problèmes ne devaient pas devenir les miens… Mais j’avais le sentiment inébranlable d’être profondément liée à elle. Était-ce une parente éloignée ? Une petite-cousine que je n’avais jamais rencontrée et dont j’ignorais même l’existence ?

Je me dirigeai chez Zach en voiture et glissai la boîte sous son lit. J’aurais pu la laisser dans la voiture, mais je pensai que ce n’était pas sage, puisque j’allais me rendre chez Bryn Lyons pour lui demander son aide. Selon la note, l’existence de la broche devait rester secrète. C’était probablement une mauvaise idée d’en parler à Bryn puisqu’en ce moment, nous étions les seuls êtres magiques en ville.

J’appuyai sur le bouton de la sécurité devant la grille de sa demeure et attendis.

— Puis-je vous être utile ? s’enquit une voix inconnue.

— Oui. Pouvez-vous m’ouvrir la grille ? Je suis Tammy Jo. Monsieur Lyons a probablement inscrit Tamara sur la liste, même s’il est le seul à m’appeler ainsi, dis-je, quelque peu contrariée d’avoir perdu la lutte contre Bryn en ce qui concernait mon prénom. Mon nom de famille est Trask.

La grille s’ouvrit, mais je n’entrai pas immédiatement, appuyant de nouveau sur le bouton.

— Bonjour ?

— Oui, madame ?

— Vous êtes nouveau, hein ? Êtes-vous le cousin de Steve ?

Steve était le gardien de nuit chez Bryn et je me rappelais que ce dernier devait faire passer une entrevue à son cousin pour le poste de jour.

— Oui. Je suis Pete.

— C’est un plaisir de vous rencontrer, Pete. Steve est un bon gars. Il vous a peut-être dit que nous étions amis, en quelque sorte ?

— Il a parlé de vous. Selon lui, le dernier gardien de jour a perdu son emploi après vous avoir fait entrer en douce dans la maison.

C’était ce que Steve lui avait dit ? Tout ce qu’il lui avait dit ? Et le fait que j’avais sauvé la vie de Bryn ? Deux fois ! La première quand il avait été empoisonné, la seconde en affrontant un sorcier lanceur de feu. Steve aurait dû me considérer comme son assistante en ce qui concernait la protection de Bryn et de sa propriété. Sauf si on tenait compte des voitures que j’avais démolies… mais à mon avis, cela ne comptait pas étant donné ce que nous avions affronté. Je ne pouvais pas croire que Steve avait mentionné à son cousin mon bref moment en tant que persona non grata chez les Lyons. Je fronçai les sourcils.

— Eh bien, mon absence de la liste et mon entrée en douce… C’était des circonstances exceptionnelles.

— Espérons-le, dit Pete.

Je soufflai et franchis la grille. Je me garai ensuite dans l’allée circulaire, à proximité de la porte principale, et allai sonner.

Monsieur Jenson, le majordome de Bryn, ouvrit et m’accueillit chaleureusement.

— Est-il là ?

— Dans la salle à manger. Il vient de s’asseoir pour déjeuner. Avez-vous mangé, mademoiselle Tamara ?

— Au petit-déjeuner, il y a quelques heures.

— Très bien. Vous allez donc manger ici. Aujourd’hui, nous avons un chef invité spécial.

Je souris et secouai la tête.

— Être riche n’est pas la pire chose au monde, n’est-ce pas, monsieur Jenson ?

— Ça n’a jamais semblé le cas, répondit-il en me gratifiant d’un sourire complice.

Je le suivis dans le couloir, et il ouvrit la porte de la salle à manger.

Si d’autres avaient sans doute pu s’empêcher de penser « wow », ce n’était pas mon cas.

Des miroirs anciens étaient accrochés le long d’un mur et deux lustres en cristal étaient suspendus au plafond. Face aux miroirs, un mur de fenêtres offrait une vue imprenable sur l’aménagement extérieur. La gigantesque table aurait aisément pu accueillir 14 convives.

Bryn était assis à l’extrémité de la table la plus proche de la porte. Il était beau à couper le souffle, même si je feignais souvent de ne pas le remarquer. Il leva les yeux quand monsieur Jenson annonça ma présence, puis il se leva, formel. Monsieur Jenson tira une chaise pour moi.

— Elle a accepté de rester pour déjeuner, annonça-t-il avant de s’éclipser.

— Ça explique le mémo que j’ai reçu annonçant la fin du monde pour bientôt, dit sèchement Bryn.

Depuis notre soirée d’Halloween presque mortelle, il m’avait quotidiennement invitée chez lui, mais je n’y avais pas encore remis les pieds : je travaillais beaucoup… et je l’évitais. Nous nous étions beaucoup rapprochés, ce qui me rendait nerveuse. Bien sûr, rien n’avait un tel effet sur Bryn, même si c’était justifié.

— J’ai été occupée, mais je suis là, maintenant, et je suis sincèrement heureuse de te voir, dis-je en esquissant mon plus beau sourire.

Le regard qu’il me lança me fit comprendre qu’il n’allait pas se laisser charmer par un sourire enjôleur.

— Je suis content de te voir, mais passer déjeuner n’est pas la même chose qu’accepter une invitation à dîner, comme nous le savons tous les deux.

Je jetai un coup d’œil aux couverts asiatiques et à la théière ronde et blanche.

— Je ne vois pas la différence, mentis-je. Monsieur Jenson a dit qu’il y avait un chef invité aujourd’hui, et cette salle à manger est aussi élégante que tous les restaurants. Alors, quel est le menu ?

— Des sushis. Mon plat préféré.

— C’est logique que ce soit ce que tu préfères.

Bryn fronça les sourcils.

— Pourquoi ? demanda-t-il.

— Tes gènes de selkie.

Après un moment de réflexion, il éclata de rire. Quelques jours plus tôt, nous avions découvert que nous avions tous deux des gènes provenant de créatures magiques.

Bryn continua de sourire.

— Je suppose que c’est une explication possible, mais ne répandons pas cette théorie.

Je jetai un coup d’œil aux chaises vides, puis aux coins de la pièce.

— Je pensais que la surveillance vidéo du rez-

de-chaussée n’incluait pas le son.

— En effet, mais le moment est parfaitement choisi pour nous entraîner à garder nos secrets.

Je pensai à la broche et dus lui donner raison, même si nous ne pensions vraiment pas aux mêmes secrets.

— Pourquoi ? demandai-je.

— De nombreux membres du Conclave sont en route vers Duvall.

Je blêmis et m’appuyai sur la table. Le Conclave était censé être l’équivalent de la CIA et du FBI pour l’Association mondiale de la magie, mais les seuls membres que j’avais rencontrés avaient été plus enclins à enfreindre les lois qu’à les appliquer. En plus, ceux qui étaient en route étaient sûrement furieux et méfiants à cause du décès récent de leurs collègues.

— Quand arriveront-ils ?

— Demain, selon mes sources.

— Eh bien, que devrions-nous faire ? Quitter la ville ? Emménager dans une cave ou une hutte dans la jungle ? Un endroit sans téléphone ni lignes énergétiques ?

Bryn et moi avions enfreint les lois de l’AMM. Nous n’étions pas censés nous fréquenter ni partager notre magie. Ils n’auraient qu’à interroger les voisins de Bryn pour découvrir que nous avions passé du temps ensemble la semaine dernière. Ensuite, ils pourraient nous enfermer. Ou pire encore.

Bryn glissa une main dans son veston et en sortit un morceau de papier qu’il posa devant moi.

Je l’ouvris. C’était un fax, datant du lendemain du jour où les sorciers de l’AMM étaient arrivés en ville. Selon ce document, Bryn avait gagné son appel contre l’injonction nous interdisant toute association. J’étais sous le choc. Toutes mes manœuvres avaient été inutiles ?

— Pourquoi ne m’as-tu pas montré ça la semaine dernière, quand tu l’as reçu ? m’exclamai-je.

Je ravalai le reste de ce que je voulais dire quand la porte s’ouvrit. Monsieur Jenson entra avec le déjeuner et un couvert pour moi. Je lançai un regard noir à Bryn, qui était toujours aussi calme, et serrai les poings jusqu’au départ de monsieur Jenson.

— Eh bien ? demandai-je.

Bryn me servit du thé.

— Tu vas leur dire que je t’en ai parlé à ce moment-là et que c’est la raison pour laquelle nous avons continué de nous voir : d’après nos renseignements, nous en avions le droit.

J’inclinai la tête. D’un côté, c’était une solution simple à notre problème. De l’autre côté, je ne comprenais pas pourquoi il ne m’avait pas parlé de la décision plus tôt. Je baissai les yeux vers la signature : John Barrett, le président de l’AMM. Un homme qui détestait Bryn parce qu’il s’immisçait dans ses politiques et l’empêchait d’accumuler trop de pouvoir. Barrett avait envoyé des sorciers pour trouver des preuves contre Bryn… et le tuer. Pourquoi aurait-il écrit une lettre l’innocentant ? Quelqu’un l’y avait-il obligé ?

— A-t-il dû signer ça parce que tu as gagné l’appel ?

Bryn mit un peu de gingembre sur un rouleau californien en secouant la tête.

— Alors, pourquoi a-t-il envoyé cette lettre ?

— Il ne l’a pas fait. Il sera prouvé que c’est une contrefaçon.

J’ouvris la bouche.

— Mais nous allons mentir de manière convaincante, sinon nous finirons en prison.

— Nous ne pouvons pas simplement dire que les sorciers envoyés étaient des maniaques meurtriers et que nous avons fait le nécessaire pour survivre ?

— Nous le mentionnerons, mais cela ne sera probablement pas suffisant. Il existe des voies normales…

— Mais je ne connais pas les voies normales !

Le gouvernement des sorciers était-il strict au point d’ignorer les circonstances atténuantes ? Des gens avaient tenté de nous tuer ! La ville avait été attaquée ! Nous n’avions pas eu de temps pour la paperasserie magique. J’étais si furieuse que j’étais prête à exploser et je ne comprenais pas comment Bryn pouvait rester assis aussi calmement.

— C’est vrai, mais je connais les protocoles et ils diront que j’aurais dû les utiliser, que je soupçonne ou non de la corruption interne. Ils affirmeront qu’il existe des moyens de s’assurer que les communications atteignent le quartier général sans être compromises. Alors, s’il y avait eu un problème ici la semaine dernière, j’aurais dû le signaler et demander de l’aide au lieu d’enfreindre des lois pour m’en occuper moi-même. Je n’étais pas censé intervenir dans ce qui t’arrivait.

— D’accord. Tu aurais simplement dû me laisser mourir.

— Les documents déposés jusqu’à présent ne montrent pas que tu étais en danger. Apparemment, ceux que j’ai envoyés ne sont pas parvenus aux bureaux londoniens de l’AMM.

Je haussai les sourcils. Interceptés ? Volés ? Détruits ?

— Comment le sais-tu ? demandai-je.

Bryn ne répondit pas, ce qui valait probablement mieux. Je n’avais pas besoin de connaître le nom de ses espions.

— Écoute, c’est ton choix, dit-il. C’est dangereux. Si tu racontes la vérité et que tu acceptes de faire ce que Barrett veut, ils te laisseront peut-être partir en te donnant un simple avertissement.

— Mais ce ne serait pas ton cas et c’est à cause de moi qu’ils viennent. Mon utilisation de la magie est à l’origine de toute cette histoire.

— Tu ignorais dans quoi tu t’embarquais. Maintenant que c’est le cas, je comprendrais si…

Je levai une main. Il était hors de question que je laisse Bryn être détruit parce qu’il m’avait aidée. Pas si je pouvais empêcher une telle chose.

— Tu m’as montré la lettre la semaine dernière.

Il esquissa un sourire.

— Tu devrais te lier à moi, Tamara. Si tu comptes prendre des risques avec moi, tu ferais aussi bien d’en engranger les bénéfices.

Il passa un doigt sur mon annulaire gauche. La chaleur et la magie me parcoururent le bras, atteignant toutes les parties de mon corps.

Je frissonnai, momentanément envoûtée par son regard bleu foncé.

« Je ne peux pas. »

— Ce serait fou. Nous nous connaissons à peine.

— Nous nous connaissons de la manière la plus importante.

Je rougis et éloignai ma main de la sienne. Je ne voulais pas vraiment reculer. En fait, je voulais qu’il garde ma main et prenne aussi tout le reste de mon corps, mais je ne devais pas le laisser avoir la moindre partie de moi. Je crispai mes muscles et détournai les yeux.

— Que dois-je dire d’autre, au sujet des dernières semaines ?

— Il y a deux choses dont tu dois te souvenir et au sujet desquelles tu ne peux jamais hésiter. Premièrement, tu as vu la lettre annonçant que j’avais gagné l’appel. Deuxièmement, la malédiction des sorciers a provoqué le déversement de poussière de fée. Tu ne peux rien laisser échapper sur tes origines féeriques.

— Promis.

Bryn prit une autre bouchée de sushi en m’observant.

— Sais-tu comment les avocats préparent les témoins ?

Je secouai la tête.

— Ils s’entraînent avec eux. Après le déjeuner, pourquoi ne passerions-nous pas quelques heures à te préparer pour leur interrogatoire ? Je jouerai un membre du Conclave et je te poserai des questions. Tu pourras essayer d’éviter mes pièges.

— Je dois retourner à la boulangerie pour un moment, mais je peux pratiquer en attendant, et je reviendrai après si tu penses que j’en ai besoin.

— Bien. Comptons là-dessus.

— Voyons d’abord comment se passe l’après-midi. Je passerai ce soir si j’ai besoin de pratiquer, pas seulement parce que tu veux que je vienne.

— Ah ! c’est vrai. Merci de m’avoir corrigé.

Mon cœur se serra en entendant son ton sarcastique. Bryn en avait fait beaucoup pour moi, et nous le savions tous les deux. J’aurais dû me montrer plus gentille avec lui, ou, du moins, plus courtoise, et je voulais vraiment l’être. C’était précisément le problème. Je ne pouvais pas me faire confiance à proximité de lui, alors je faisais tout mon possible pour garder mes distances.

— Je ne… Ce n’est pas que je ne veux pas te voir, mais tu sais que la situation est compliquée, dis-je.

— Parce que tu le veux bien. Et, puisque nous tirons les choses au clair, si j’avais voulu user de contrainte ou de tromperie pour te faire venir, je l’aurais déjà fait.

J’aperçus le calcul dans son regard et me demandai ce qui lui était passé par la tête pour m’attirer ici. Une fois de plus, je sentis que je n’étais pas de taille.

— Eh bien, j’apprécie ton contrôle, répliquai-je d’un ton exagérément mielleux. Je sais à quel point il doit t’être difficile de t’abstenir de toute contrainte et tromperie. Cela va probablement à l’encontre de toutes tes tendances d’avocat.

— Tamara.

C’était un avertissement.

Je lui souris, et Bryn leva les yeux au ciel, mais j’aperçus quand même l’ombre d’un sourire. Il avait une patience d’ange.

— Maintenant que l’entourage de Barrett est en route, je devrais renforcer les protections autour de la propriété, mais, malheureusement, je suis toujours vidé après le sortilège de la vallée des Morts. La meilleure manière pour moi d’accumuler du pouvoir serait de lancer un sortilège t’incluant, affirma-t-il.

— Et après, tu garderas la magie que nous générons ? La mienne et la tienne ? demandai-je en pensant que je voulais lancer un sort sur la broche pour trouver la femme de la vision.

— Est-ce que ça pose problème ?

Je ne répondis pas.

— Pourquoi serait-ce problématique, Tamara ? Tu ne comptes pas lancer de sortilège, n’est-ce pas ?

— Eh bien, commençai-je tout en essayant de décider ce que je devais lui dire.

J’avais besoin de ses conseils sur le type de sort à lancer, alors je devais lui raconter quelque chose.

— Je veux en savoir plus sur une prémonition.

— Quelle prémonition ?

Je croisai les mains sur la table.

— Mon arrière-arrière-grand-mère Lenore avait souvent des visions, et elle était très douée pour les interpréter.

— Et ?

— C’était la jumelle d’Edie.

Bryn fronça les sourcils en entendant son nom. Le fantôme familial et lui ne s’entendaient pas bien.

— Et si ma famille ne veut pas que je te fréquente, c’est parce que ton nom de famille se trouve sur une liste. La liste des Neuf de Lenore. Il est interdit de te fréquenter.

— Elle a dressé la liste selon une de ses visions sombres ?

— Oui.

— La prémonition incluant les Lyons nous concernait-elle précisément tous les deux, ou nos familles en général ?

— Je l’ignore. C’est ce que je dois découvrir.

Mes propos semblaient vrais parce qu’ils l’étaient. J’omis simplement que j’ignorais complètement comment m’y prendre pour espérer obtenir un aperçu d’une vision de mon arrière-arrière-grand-mère. Je devais donc commencer par quelque chose qui serait probablement plus facile, comme la broche.

— Je me souviens que, selon ma mère, les prémonitions sont des fenêtres naturelles sur l’avenir. Certaines sorcières en ont, comme Lenore, mais celles qui ne possèdent aucun don prémonitoire peuvent obtenir des aperçus du futur grâce à la divination.

Bryn opina.

— Tu m’as bien dit que tu lisais une sorte de tarot, n’est-ce pas ? C’est comme ça que tu as su que tu devais me donner Mercutio ?

— Oui, c’est de la cartomancie, mais ça ne montre aucune vision.

— Je sais, mais qu’est-ce qui pourrait le faire ?

— Il existe beaucoup d’approches, selon ton type de magie : lampadomancie, radiesthésie, capnomancie…

— Hé ! tu sais que je n’ai jamais fréquenté le camp de vacances pour sorciers, non ? Et ma mère et ma tante Mel n’utilisaient jamais les noms officiels, quand elles parlaient de magie.

— Il est peut-être temps que tu apprennes les termes précis. Une éducation informelle fonctionne pour certaines choses, mais lorsqu’il est question d’une grande quantité d’information, un apprentissage désordonné rend tout plus difficile à comprendre et à garder en mémoire. Je t’ai proposé de t’apprendre tout ce que tu veux, si tu…

— Non. Pas

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