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Feren, nécromancien
Feren, nécromancien
Feren, nécromancien
Livre électronique253 pages3 heures

Feren, nécromancien

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À propos de ce livre électronique

Feren, un magicien qui pratique l’art de la nécromancie est pressenti pour aider un groupe à retrouver un garçon promis à un avenir particulier. Ils doivent faire vite, car les Noctiaris, une organisation de malfaiteurs tente de nuire au culte de la déesse de la justice en éliminant tour à tour ses héros et le garçon, également dans leur mire. Feren se joint à un groupe de quatre personnes qui croiseront le fer avec les Noctiaris à quelques reprises.

Cette quête remplie d’action saura garder le lecteur en haleine. Les personnages y sont bien approfondis et attachants. Plusieurs questions resteront en suspens.
LangueFrançais
Date de sortie17 avr. 2020
ISBN9782898036842
Feren, nécromancien
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Auteur

Guy Bergeron

Conseiller informatique résidant à Québec, Guy Bergeron a connu un succès considérable avec La trilogie de l’Orbe et sa fresque L’Héritière de Ferrolia. Après Coeur de Givre et Les âmes perdues, deux récits de la série Légendes d’Arménis, il a adapté à sa manière les grands classiques homériques avec Fils de Troie et Le retour d’Ulysse. Avec Évelyne est morte, il change de registre littéraire et signe un polar fantastique impeccable confirmant l’étendue de son talent.

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    Aperçu du livre

    Feren, nécromancien - Guy Bergeron

    romans.

    Prologue

    Quand j’ouvris les paupières, de bon matin, je ne reconnus pas immédiatement l’endroit où je me trouvais. La pièce était minuscule. Je reposais sur une paillasse dure et malodorante. Je remarquai alors les murs de plâtre blanc, défraîchis, sans ornement, et percés d’une fenêtre, elle aussi toute petite. Je restai là, sans bouger, observant la danse des particules de poussière illuminées par les rayons du soleil. Une petite table en bois toute simple, sur laquelle avait été déposé un pot de grès, complétait le mobilier rudimentaire de la pièce. À voir les gouttes qui perlaient sur les parois du pot, j’en déduisis qu’il était rempli d’eau fraîche.

    Plusieurs images se bousculaient dans ma tête et je m’interrogeais à savoir lesquelles faisaient partie du monde des rêves et lesquelles étaient réelles. Il me fallut quelques instants pour mettre de l’ordre dans tout ça. Mes souvenirs me revinrent peu à peu, et je réalisai que je ne rêvais pas.

    Nous y étions arrivés, mais à quel prix ! Je m’étais toujours targué d’être un homme au caractère fort et au cœur de pierre, imperméable à tout sentiment. Du moins, c’est ce que je voulais me faire croire. Voilà qu’en quelques jours, cette façade s’était écroulée comme un château de cartes, libérant ma véritable nature que je refoulais depuis toutes ces années.

    Je n’aurais pas cru pouvoir me lier d’amitié si rapidement avec des gens. J’ai constaté qu’il est de la nature humaine de créer de forts liens dans l’adversité, particulièrement quand nous affrontons des épreuves potentiellement mortelles. L’instinct de survie, je suppose. L’amitié est enivrante ; mais la cassure, quand ce lien est subitement sectionné par la grande Faucheuse, est insupportable. Quelle douleur ! Eût-il mieux valu ne pas connaître ce sentiment pour éviter le choc de la séparation permanente ? En y pensant bien, non, je ne crois pas.

    Pourtant, la mort, je l’ai côtoyée. Je croyais la connaître et pouvoir l’accepter. Toutes ces années à l’étudier et à penser pouvoir la contrôler. Moi, Feren, piégé par celle que je croyais mon alliée. Ah ! Je maudis le jour où j’ai accepté de me joindre à cette quête. J’aurais mieux fait de refuser l’offre, de demeurer dans ma tour à poursuivre mes études consacrées à la branche de la magie que l’on appelle la nécromancie. Maintenant, comment continuer ? Pourrais-je encore pratiquer l’art de la magie noire, même si c’est pour le bien ? La perte d’un être cher est dure à surmonter. En fait, je crois que c’est une maladie dont on ne peut guérir complètement. Les cicatrices zèbrent notre âme la vie durant.

    Je suis demeuré trop longtemps reclus dans ma tour, obnubilé par mes sorts et mes études. Je suis allé chercher trop loin, alors que, pour devenir un meilleur homme ou simplement un homme, il me fallait mieux comprendre mes semblables et les sentiments qui les habitent. Tant d’années perdues…

    I

    Une nuit fatidique

    Il n’y a rien de mieux qu’une belle nuit d’été, la brise fraîche portant les doux effluves de la mer qui caresse notre visage. Quel plaisir de sillonner les rues presque désertes de Carbelton, en se faufilant furtivement entre les ombres projetées par les arbres et les bâtiments !

    Cette nuit rappelait à Vargas ses débuts dans le métier. Comme son cœur battait la chamade, ce soir-là, alors qu’il avait commis son premier larcin ! Non pas qu’il eut à détrousser les gens pour combler ses besoins, puisqu’il avait hérité de son père à vingt ans, un fortuné marchand. Il soupçonnait d’ailleurs ce dernier de l’avoir fait bénéficier de sa richesse, juste pour embêter sa femme, une personne acariâtre avec qui il ne vivait plus depuis de nombreuses années. Vargas n’avait vu son père qu’en de rares occasions au cours des dix dernières années de sa vie. Il fut donc des plus surpris de se retrouver non seulement riche, mais à la tête d’une compagnie marchande relativement prospère.

    Or, ce type de vie n’était pas pour lui. Même s’il semblait doué pour les affaires, il se lassa rapidement des jeux du commerce, des pots-de-vin à donner aux dirigeants et de tous les à-côtés. L’argent lui importait peu, pourvu qu’il puisse manger à sa faim, se vêtir convenablement et, de temps en temps, payer quelques pintes de bière à ses rares amis. De plus en plus, il laissait aux bons soins de son scribe, un ami d’enfance, les rênes de son commerce pour arpenter les rues, de nuit, en quête de sensations fortes. Il volait des objets d’art et des bijoux, bref, tout ce qui pouvait facilement se revendre. Quand il avait accumulé suffisamment d’articles, il partait pour un long voyage, prétextant qu’il avait des rencontres avec des collaborateurs éventuels. Là où il n’était pas connu, il concluait des affaires illicites avantageuses et revenait ensuite chez lui, plus riche.

    Il était de plus en plus généreux et il donnait beaucoup aux églises de la ville pour qu’elles s’occupent des jeunes enfants sans-abri qui se multipliaient depuis longtemps à Carbelton. Il aurait sans doute continué son manège pendant de nombreuses années, sans cette petite altercation qu’il avait eue avec l’un des dirigeants de la ville. Il pensa alors qu’il était temps de changer d’air et de prendre un long congé. Il n’avait pas aimé se faire poursuivre par des gardes armés, prêts à lui trancher une main pour le simple vol d’un petit pendentif de peu de valeur, une peccadille. Il est vrai que le bijou en question était porté par l’exquise et peu farouche fille du dirigeant en question quand Vargas avait tenté de s’en emparer. Qui plus est, ses doigts, d’habitude si agiles, avaient échappé le collier qu’il venait de détacher. Ne voulant pas qu’une si belle chose s’égare, il avait aussitôt entrepris de le repêcher du corsage de la divine créature. Il en avait terminé avec les lacets du corsage, la jeune fille n’ayant rien fait pour l’arrêter, quand le père avait fait irruption dans la chambre.

    Ne sachant trop où aller, Vargas s’était alors souvenu d’une personne qu’il avait rencontrée un an plus tôt, au temple de Libra, la déesse de la justice. Le prêtre, de passage dans la région, lui avait fait bonne impression. Il l’avait même invité à venir le visiter. Il disait avoir de grands projets en tête et il souhaitait que Vargas l’aide à les réaliser. Le souvenir de cette conversation éveilla sa curiosité. Faute de mieux, il se mit en route pour retrouver ce prêtre qui lui avait parlé de la lointaine ville de Riga. Arrivé là-bas, après un voyage relativement calme, il avait vu sa vie basculer. Le prêtre, du nom de Jolar, lui parla de ses projets, et ceux-ci plurent à Vargas. Ils créèrent un groupe d’aventuriers qui, sous l’égide de Libra, apporta le réconfort aux opprimés, en les aidant de toutes les manières possibles, mais le plus souvent par les armes.

    Vargas ne comptait plus les prisonniers libérés des marchands d’esclaves et les villages débarrassés des hordes de créatures qui pillaient les maisons et tuaient les pauvres gens pour le plaisir. Puisqu’un vieux soldat lui avait déjà appris les rudiments de l’épée et de l’arc, il se montra des plus doués. Il se donna corps et âme à sa nouvelle profession et, dans les années qui suivirent, il devint une fine lame et un important atout pour son groupe.

    Pendant près de vingt ans, les champions de Libra arpentèrent la région aux alentours de la ville de Riga, s’assurant que l’ordre et la justice étaient respectés. Après toutes ces années de service, le groupe s’était dissous d’un commun accord. Chacun partit de son côté; Vargas revint à Carbelton, où il reprit le contrôle du commerce de son père.

    Ses fonctions de commerçant n’étaient en fait qu’une couverture visant à camoufler son vrai travail. À son retour à Carbelton, il avait retrouvé une ville où régnaient la corruption et la violence. De nombreuses bandes organisées semaient la terreur, harassant les pauvres et les petits commerçants. Seuls les plus fortunés pouvaient s’acheter la protection des Maîtres des ombres, des voyous et des voleurs rassemblés en un groupe fort puissant. Ce nom pompeux déplut immédiatement à Vargas, qui décida de mettre un peu d’ordre dans la ville, à sa façon. Pour mener à bien ses plans, qui visaient à diminuer le nombre de meurtres, de viols et de réduire la corruption, il devait d’abord s’entendre avec les autorités en place.

    Il demanda à rencontrer en secret les dirigeants de Carbelton. Il fut soulagé de constater que le marchand qui l’avait chassé de la ville ne se trouvait plus dans l’Assemblée. C’est ainsi que l’on nommait la douzaine de citoyens élus qui s’occupaient de la destinée de la ville. Ces derniers cherchaient depuis longtemps un moyen de refréner les vols qui se multipliaient dans leur cité. Après maints pourparlers, ils acquiescèrent donc à la demande de Vargas de créer une bande, la Dague d’argent, qui verrait à ce que les règles nouvellement établies soient respectées. Évidemment, le peuple ne devait jamais savoir qu’il y avait un lien entre la Dague d’argent et l’Assemblée, laquelle fermait les yeux sur les activités de la bande.

    Petit à petit, Vargas s’entoura d’hommes de confiance qui respectaient un code de déontologie strict, imposé par leur chef. À l’intérieur de ce nouveau groupe, la loyauté était récompensée, et les manquements au code, sévèrement punis. Après quelques mois d’activités, les membres de la Dague d’argent étaient reconnus par les habitants de la ville comme étant des hommes d’honneur qui ne molestaient personne. On supportait même qu’ils commettent de temps en temps un vol chez un marchand sans morale. De plus, les commerçants payaient volontiers les frais demandés par la bande devenue une véritable guilde qui assurait leur protection contre les autres organisations aux activités douteuses. Quatre ans plus tard, la Dague d’argent était devenue puissante et le nombre de meurtres et de crimes crapuleux avait baissé de façon considérable. Seuls les Maîtres des ombres contrôlaient encore quelques quartiers pauvres de la ville, mais ce n’était qu’une question de temps avant que Vargas domine les activités parallèles de Carbelton. Comme la ville était un port de mer important, on ne pouvait y éliminer le commerce illicite. Par contre, Vargas pensait pouvoir le contrôler.

    Ce soir, pourtant, il était préoccupé. Il allait rencontrer Xénon, le grand manitou des Maîtres des ombres. Plus tôt dans la journée, un jeune garçon lui avait remis une missive provenant de son rival. Ce dernier le priait de venir le rencontrer sur le coup de minuit, près de la fontaine, à la place de la Sirène. Vargas se méfiait de ce personnage sans scrupules, qui avait maintes fois tenté de le faire tuer. Il savait que, s’il devait se battre d’homme à homme, l’autre n’était pas de taille. Vargas avait accepté de se rendre à ce rendez-vous, car il se disait que les Maîtres des ombres lui offriraient probablement une trêve visant à assurer leur survie. De plus, l’endroit lui convenait très bien. À cette heure, la place serait déserte, donc facile à surveiller.

    Les toits et les ruelles avoisinant la place de la Sirène foisonnaient d’hommes armés de la Dague d’argent, vêtus de noir, aux épées enduites de charbon et aux armures de cuir bien huilées, afin de ne pas trahir leur position. Les hommes de Vargas s’étaient assuré que le périmètre entourant le lieu de la rencontre serait libre. Ils avaient vu, une demi-heure auparavant, une silhouette se diriger vers la fontaine… C’était probablement Xénon.

    Vargas arriva près des lieux à l’heure prévue, mais il demeura hors de la vue de son rival, au coin de l’un des bâtiments bordant la place de la Sirène. Il attendit là près d’une trentaine de minutes, pour bien faire voir à l’autre qu’il était en position de force pour une éventuelle négociation. Malgré la nuit sans lune, Vargas distinguait une silhouette près de la statue. D’un pas mesuré, il s’avança finalement vers l’homme qui l’attendait. Il arrivait à quelques mètres de la statue quand l’homme se retourna. Vargas ne pouvait distinguer ses traits, car l’autre portait une cape noire ou bleu foncé, dont le capuchon, ramené sur sa tête, camouflait ses traits. Quand Vargas fut arrivé à sa hauteur, l’homme repoussa son capuchon vers l’arrière.

    En voyant Xénon devant lui, Vargas se dit que cet homme était la preuve que même les dieux pouvaient commettre des erreurs. Grand, élancé, les traits fins, Xénon était décidément un bel homme : des yeux verts, éclatants, et un visage de chérubin, encadré d’une volumineuse chevelure brune et bouclée. À le voir, il était difficile de croire qu’une créature d’une telle beauté pouvait avoir une âme si noire, lui qui ne trouvait son plaisir que dans le meurtre, la torture et le chaos.

    Au premier regard, Vargas sut que quelque chose clochait. Son vis-à-vis arborait le sourire en coin de quelqu’un de confiant. D’un geste vif et fluide, Vargas dégaina son épée et la pointa à la gorge de son adversaire. Il prit le contrôle de la conversation.

    — Xénon, avant que tu me dises pourquoi tu m’as donné rendez-vous ici, tu n’auras sûrement aucune objection à ce que je m’assure que tu ne portes rien qui puisse, disons, nuire à notre entretien ?

    — Bonjour à toi aussi, Vargas, répondit l’homme sur un ton sarcastique. On ne t’a toujours pas appris les bonnes manières, à ce que je vois ! Je t’en prie, fouille-moi à ta guise, je n’ai rien à cacher, et surtout, rien que tu puisses me voler.

    Vargas rengaina son épée et acheva sa fouille sans relever l’insulte.

    — Alors, Xénon, venons-en aux faits, pourquoi m’avoir convoqué ? Sûrement pas pour me donner une leçon sur l’étiquette. As-tu finalement décidé de quitter la ville avec la racaille qui te sert d’hommes de main ?

    — Moi ? Quitter la ville où j’ai grandi et qui m’a tant donné ? Non. J’ai une proposition à te faire.

    — Je suis à peu près sûr que je refuserai ton offre, mais je t’écoute quand même.

    — C’est très généreux de ta part. Tu sais que la ville se divise en six quartiers : le quartier Marchand, l’Agora, la Promenade, le quartier sud, le quartier des Métiers et le quartier du port. Je ne nierai pas que tu contrôles présentement les quatre premiers que je viens de nommer et…

    — Cinq, l’interrompit Vargas.

    — Pardon ?

    — Cinq. Je te dis que je ne contrôle pas quatre quartiers sur six, mais bien cinq. Il y a une demi-heure, mes hommes ont investi votre repère du quartier des Métiers. Cette partie est maintenant sous ma juridiction. Les dirigeants des guildes de métiers ont tous, et je dis bien tous, pris entente avec nous pour que nous les protégions des brigands de cette ville, et tu es le premier nom sur la liste des personnes jugées indésirables. Alors, je ne te concède que le quartier du port… pour l’instant.

    Vargas vit avec ravissement le pourpre envahir le visage de son interlocuteur. Sa joie fut de courte durée, car, à son grand étonnement, Xénon reprit rapidement contrôle de ses émotions, arborant à nouveau son sourire énigmatique. C’est à ce moment que Vargas fut convaincu que quelque chose ne tournait pas rond. Il scruta les environs pour s’assurer que tout était normal. Personne en vue, à part son principal lieutenant, posté à la limite du périmètre ; ce dernier lui fit signe en joignant le pouce et l’index de la main droite, lui signifiant qu’il avait la situation en main.

    — Terminés, les petits jeux, reprit Xénon. Veux-tu, oui ou non, entendre ma proposition ?

    — Vas-y, je t’écoute.

    — Voici ce que les Maîtres des ombres te proposent : redessiner la carte de la ville et, de cette façon, cesser ces confrontations qui déciment nos hommes. Selon le nouveau traité offert, les Maîtres des ombres contrôleront les quartiers suivants : le quartier des Métiers, l’Agora, le Port et le quartier Marchand. Les Dagues d’argent géreront les autres quartiers. Les dirigeants de la ville devront nous accorder le même statut que le vôtre. En compensation, vous pourrez étendre votre emprise sur le commerce, sans compétition de notre part, à toutes les villes dans un rayon de cent lieues. Je t’avertis qu’il n’y a pas de négociation possible, c’est à prendre ou à laisser. Penses-y bien ; ta vie peut en dépendre.

    Vargas dut à son tour contenir ses émotions. L’affront était de taille. Outre le quartier du port, son adversaire lui indiquait cavalièrement la sortie des secteurs de la ville les plus profitables. Pour comble d’insulte, il lui offrait un contrôle sur les villes situées à cent lieues à la ronde, alors qu’il savait pertinemment que la seule incluse dans cette zone était Furtac, une ville de pêche où les gens vivaient presque exclusivement de troc. Hutteville aurait été un nom plus propice pour ce regroupement de bâtiments sales et mal entretenus.

    La mince lame de Vargas sortit à nouveau promptement de son fourreau et fut plaquée contre le cou de Xénon avant que celui-ci ne puisse réagir.

    — À prendre ou à laisser, dis-tu ? Tu as de la chance si je te laisse partir la tête encore attachée au cou. Misérable vermine ! M’as-tu donc simplement convoqué pour rire de moi et provoquer mon courroux ? À moins que la vie ne t’intéresse plus et que tu sois trop lâche pour te tuer toi-même. Si ce n’était de la trêve des pourparlers, tu serais déjà mort et la ville ne s’en porterait que mieux.

    Vargas vit un mince filet de sang s’échapper d’une légère entaille au cou de Xénon. Le malfrat conserva pourtant un ton calme, même si de minuscules gouttelettes de sueur sur son front trahissaient sa peur.

    — Si j’interprète correctement tes propos, tu refuses ? Est-ce définitif ou veux-tu y penser quelques minutes ?

    — Définitif ? Bien sûr que ça l’est, brigand. Si je te retrouve sur mon chemin, ta mort aussi sera définitive. Quand j’en aurai fini avec toi, aucun prêtre ne pourra te ramener à la vie tellement ton corps sera mutilé.

    — Bon, tu devras vivre avec les conséquences de ta décision. Je te souhaite une bonne fin de soirée.

    Sur ces mots, Xénon se retourna et entreprit de quitter le lieu. En rengainant son épée, Vargas remarqua qu’une lueur éclairait sa main droite. Cette faible lumière bleutée émanait d’une de ses bagues. Cet objet magique, trouvé lors d’un de ses périples avec ses anciens compagnons d’armes, ne le quittait jamais. Elle s’illuminait quand on pratiquait la magie à proximité. Sentant que le danger était imminent, il bondit vers Xénon, qu’il rattrapa en deux enjambées. Vargas venait de s’emparer de son adversaire et de passer à l’arrière de ce dernier quand trois portes dimensionnelles s’ouvrirent sur autant d’hommes vêtus de robes sombres ornées d’or. Le chef des Dagues d’argent reconnut le sort qui venait d’être utilisé et qui permettait à une personne de voyager sur de grandes distances. Il en connaissait aussi les effets secondaires, qui ne duraient que quelques instants : vertiges et désorientation. Vargas sut qu’il avait peu de temps pour agir. D’un cri, il avertit ses hommes du guet-apens, puis, de sa manche, il sortit une dague qu’il appliqua sur le cou déjà meurtri de Xénon. Deux nouveaux venus gesticulaient en prononçant des mots que Vargas ne connaissait pas. De toute évidence, ils se préparaient à lui jeter un sort. Sa bague brilla de nouveau.

    — Stop ! cria Vargas. Un son ou un geste de plus et je tranche la gorge de l’homme qui vous a engagés. Partez immédiatement et son sang ne coulera pas.

    Les mots prononcés étaient vides, un ultime coup de dés qui fut reconnu pour ce qu’il était : du bluff. Bien que le capuchon de l’homme dissimulât ses traits, Vargas aperçut un sourire se dessiner sur les lèvres du magicien.

    Émanant des mains de l’un des deux autres assaillants, des éclairs d’énergie pure touchèrent Vargas, rebondirent dans un éclat aveuglant et furent retournés sans jamais ralentir vers la personne qui les avait lancés. L’étranger s’effondra et, pour quelques instants, fut secoué de spasmes. Vargas n’avait pas choisi de se servir de sa dague par

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