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L’Aiglon

L’Aiglon

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L’Aiglon

Longueur:
360 pages
3 heures
Éditeur:
Sortie:
Jun 7, 2020
ISBN:
9788835844396
Format:
Livre

Description

"L’Aiglon" d’Edmond Rostand est un drame en six actes et en vers, représenté pour la première fois au Théâtre Sarah-Bernhardt, le 15 mars 1900.

L’action débute  en septembre 1830, au palais de Schoenbrünn en Autriche. L’Aiglon est le fils de Napoléon Ier et de Marie-Louise d’Autriche, appelé à sa naissance roi de Rome et maintenant duc de Reichstadt. Il a été élevé à la cour de son grand-père autrichien, l’Empereur Frantz, après l’abdication de Napoléon en 1815. L’Aiglon a 19 ans.  Autour de lui, et malgré la vigilance du Prince de Metternich, des alliances se nouent, des complots s’organisent pour le ramener en France afin qu’il succède à son père. Mais le spectre héroïque de Napoléon hante et écrase le jeune homme, idéaliste et rêveur. Il a une santé fragile et ne se sent pas prêt : il craint de ne pas être à la hauteur. Quand il est enfin convaincu par Flambeau, un ancien grognard de l’armée napoléonienne, de fuir l’Autriche pour rejoindre Paris...

Les 6 actes ont des titres symboliques : Les ailes qui poussent – Les ailes qui battent –Les ailes qui s’ouvrent – Les ailes meurtries – Les ailes brisées – Les ailes fermées.
Éditeur:
Sortie:
Jun 7, 2020
ISBN:
9788835844396
Format:
Livre

À propos de l'auteur

Edmond Eugène Alexis Rostand (1868-1918) was a French poet and dramatist. He is associated with neo-romanticism and is known best for his play Cyrano de Bergerac. Rostand's plays contrasted with the naturalistic theatre popular during the late nineteenth century and provided a final, very belated example of Romantic drama in France.


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Aperçu du livre

L’Aiglon - Edmond Rostand

III

L’AIGLON

Edmond Rostand

L’Aiglon

D RAME EN SIX ACTES, EN VERS

On ne peut se figurer l’impression produite… par la mort du jeune Napoléon… J’ai même vu pleurer de jeunes républicains.

HENRI HEINE.

A MON FILS MAURICE,

ET A LA MEMOIRE DE SON HEROIQUE ARRIERE-GRAND-PERE MAURICE, COMTE GERARD, MARECHAL DE FRANCE.

Grand Dieu ! ce n’est pas une cause

Que j’attaque ou que je d éfends...

Et ceci n’est pas autre chose

Que l’histoire d’un pauvre enfant.

PERSONNAGES

F RANZ, DUC DE REICHSTADT

SERAPHIN FLAMBEAU

LE PRINCE DE METTERNICH

L’EMPEREUR FRANZ

LE MARECHAL MARMONT

LE TAILLEUR

FREDERIC DE GENTZ

L’ATTACHE FRANÇAIS

LE CHEVALIER DE PROKESCH-OSTEN

TIBURCE DE LORGET

LE COMTE DE DIETRICHSTEIN, pr écepteur du duc .

LE BARON D’OBENAUS

LE COMTE DE BOMBELLES

LE GENERAL HARTMANN

LE DOCTEUR

LE COMTE DE SEDLINSKY , Directeur de la Police

UN GARDE-NOBLE

LORD COWLEY, ambassadeur d’Angleterre

THALBERG

FURSTENBERG

MONTENEGRO

UN SERGENT DU REGIMENT DU DUC

LE CAPITAINE FORESTI

UN VIEUX PAYSAN

LE VICOMTE D’OTRANTE

PIONNET

GOUBEAUX

MORCHAIN

BOROKOWSKI

LE VALET DE CHAMBRE DU DUC

L’HUISSIER

UN MONTAGNARD

UN TYROLIEN

UN FERMIER

LE PRELAT

MARIE-LOUISE, Duchesse de Parme

LA COMTESSE CAMERATA

THERESE DE LORGET, soeur de Tiburce

L’ARCHIDUCHESSE

FANNY ELSSLER

LA GRANDE MAITRESSE

PRINCESSE GRAZALCOWITCH

QUELQUES BELLES DAMES DE LA COUR

LADY COWLEY

LES DEMOISELLES D’HONNEUR DE MARIE-LOUISE

UNE VIEILLE PAYSANNE

La famille impériale

La Maison militaire du duc

Gardes de l’Empereur : Arcières, Gardes-nobles, Trabans, etc.

Masques et Dominos Polichinelles, Mezzetins, Bergères, etc.

Paysans et paysannes Le Régiment du Duc.

1830 1832

I PREMIER ACTE

LES AILES QUI POUSSENT

A Baden, près de Vienne, en 1830.

Le salon de la villa qu’occupe Marie-Louise. Vaste pièce au milieu de laquelle s’élève la montgolfière de cristal d’un lustre empire. Boiseries claires, murs peints à fresque, d’un vert pompéien. Frise de sphinx courant autour du plafond.

A gauche, deux portes. Celle du premier plan est celle de la chambre de Marie-Louise. Celle du second plan ouvre sur les appartements des dames d’honneur. – A droite, au premier plan, une autre porte : au second plan, dans une niche, un énorme poêle de faïence, lourdement historié. — Au fond, entre deux fenêtres, une large porte-fenêtre, par laquelle on aperçoit les balustres d’un perron formant balcon, qui descend dans le jardin. Vue sur le parc de Baden : tilleuls et sapins, profondes allées, lanternes suspendues à des potences en arceaux. Magnifique journée des premiers jours de septembre.

On a apporté dans cette banale villa de location un précieux mobilier. A gauche, près de la fenêtre, une belle psyché en citronnier chargée de bronzes ; au premier plan une vaste table d’acajou, couverte de papiers ; contre le mur, une table étagère à dessus de laque, garnie de livres. – A droite, vers le fond, un petit piano Erard de l’époque, une harpe ; plus bas, une chaise longue Récamier auprès d’un grand guéridon. Fauteuils et tabourets en X. Beaucoup de fleurs dans des vases. Au mur, gravures encadrées représentant les membres de la famille impériale d’Autriche ; portraits de l’Empereur François, du duc de Reichstadt enfant, etc.

Au lever du rideau, au fond du salon, un groupe de femmes très élégantes. Deux d’entre elles, assises au piano, dos au public, jouent à quatre mains. — Une autre est à la harpe. On déchiffre. Rires ; interruptions.

Un laquais introduit, par le perron, une jeune fille de mine modeste, qu’accompagne un officier de cavalerie autrichienne, un merveilleux hussard bleu et argent. Les deux nouveaux venus, voyant qu’on ne les remarque pas, restent un moment debout dans un coin du salon. – A ce moment, par la porte de droite, entre le comte de Bombelles, attiré par la musique. Il se dirige vers le piano, en battant la mesure. Mais il aperçoit la jeune fille, s’arrête, sourit, va vivement à elle.

1 SCENE PREMIERE

T HERESE, TIBURCE, BOMBELLES, MARIE-LOUISE, LES DAMES D’HONNEUR.

LES DAMES, au clavecin, parlant toutes à la fois, et riant comme des folles.

Elle manque tous les bémols. – C’est un scandale !

— Je prends la basse. – Un, deux ! – Harpe ! – La… la !… – Pédale !

BOMBELLES, à Th ér èse .

C’est vous ?

THERESE

Bonjour, Monsieur de Bombelles.

UNE DAME, au clavecin.

Mi… sol…

THERESE

J’entre comme lectrice aujourd’hui.

UNE AUTRE DAME, au clavecin.

Le bémol !

THERESE

Et grâce à vous. Merci.

BOMBELLES

C’est tout simple, Thérèse

Vous êtes ma parente et vous êtes Française.

THERESE, lui pr ésentant l’officier.

Tiburce.

BOMBELLES

Ah ! votre frère !

Il lui tend la main, et montrant un fauteuil à Th ér èse.

Asseyez-vous un peu.

THERESE

Oh ! – je suis très émue !

BOMBELLES, souriant.

Et de quoi donc, mon Dieu ?

THERESE

Mais d’approcher tout ce qui reste sur la terre

de l’Empereur !

BOMBELLES, s’asseyant aupr ès d’elle.

Vraiment ? C’est de cela, ma chère ?

TIBURCE, d’un ton agac é .

Les nôtres détestaient Bonaparte jadis !

THERESE

Je sais… Mais voir…

TIBURCE, un peu d édaigneux.

Sa veuve !…

THERESE, à Bombelles.

Et peut-être… son fils ?

BOMBELLES

Sûrement.

THERESE

Ce serait n’avoir pas plus, je pense,

D’âme… que de lecture, et n’être pas de France,

Et n’avoir pas mon âge, enfin, que de pouvoir

Ne pas trembler, Monsieur, au moment de les voir.

Est-elle belle ?

BOMBELLES

Qui ?

THERESE

La duchesse de Parme !

BOMBELLES, surpris.

Mais…

THERESE, vivement .

Elle est malheureuse, et c’est un bien grand charme !

BOMBELLES

Mais je ne comprends pas ! Vous l’avez vue ?

THERESE

Oh ! non !

TIBURCE

Non ! on nous introduit à peine en ce salon.

BOMBELLES, souriant.

Oui, mais…

TIBURCE, lorgnant du c ôt é des musiciennes.

Nous avons craint de déranger ces dames,

Dont le rire ajoutait au clavecin des gammes !

THERESE

J’attends Sa Majesté, là, dans mon coin.

BOMBELLES, se levant.

Comment ?

Mais c’est elle qui fait la basse en ce moment !

THERESE, se levant, saisie.

L’Imp…

BOMBELLES

Je vais l’avertir.

Il va vers le piano et parle bas à une des dames qui jouent.

MARIE-LOUISE, se retournant .

Ah ! c’est cette petite ?

Histoire très touchante… oui… vous me l’avez dite…

Un frère qui…

BOMBELLES

Fils d’émigré, reste émigré.

TIBURCE, s’avan çant, d’un ton d égag é.

L’uniforme autrichien est assez de mon gré :

Puis, il y a la chasse au renard, que j’adore.

MARIE-LOUISE, à Th ér èse.

Le voilà, ce mauvais garnement qui dévore

Tout le peu qui vous reste !

THERESE, voulant excuser Tiburce.

Oh ! mon frère…

MARIE-LOUISE

Un vaurien,

Qui vous ruina ! Mais vous l’excusez, c’est très bien.

Thérèse de Lorget, je vous trouve charmante.

Elle lui prend les mains et la fait asseoir pr ès d’elle sur la chaise longue. Bombelles et Tiburce se retirent, en causant, vers le fond.

Vous voilà donc parmi ces dames. Je me vante

D’être assez agréable… un peu triste depuis…

— Hélas !

Silence.

THERESE, émue.

Je suis troublée au point que je ne puis

Exprimer…

MARIE-LOUISE, s’essuyant les yeux.

Oui, ce fut une bien grande perte !

On a trop peu connu cette belle âme !

THERESE, fr émissante.

Oh ! certes !

MARIE-LOUISE, se retournant, à Bombelles.

Je viens d’écrire pour qu’on garde son cheval !

A Th ér èse.

Depuis la mort du général…

THERESE, étonn ée.

Du général ?

MARIE-LOUISE, s’essuyant les yeux.

Il conservait ce titre.

THERESE

Ah ! je comprends !

MARIE-LOUISE

… Je pleure !

THERESE, avec sentiment.

Ce titre n’est-il pas sa gloire la meilleure ?

MARIE-LOUISE

On ne peut pas savoir d’abord tout ce qu’on perd :

J’ai tout perdu, perdant le général Neipperg !

THERESE, stup éfaite.

Neipperg ?

MARIE-LOUISE

Je suis venue à Baden me distraire.

C’est bien. Tout près de Vienne. Une heure. – Ah ! Dieu ! ma chère,

J’ai les nerfs !… On prétend, depuis que j’ai maigri,

Que je ressemble à la duchesse de Berry.

Vitrolles m’a dit ça. Maintenant je me frise

Comme elle. – Pourquoi Dieu ne m’a-t-il pas reprise ?

Regardant autour d’elle.

C’est petit, mais ce n’est pas mal, cette villa.

— Metternich est notre hôte en passant. – Il est là.

Il part ce soir. – La vie à Baden n’est pas triste.

Nous avons les Sandor, et Thalberg, le pianiste.

On fait chanter, en espagnol, Montenegro ;

Puis Fontana nous hurle un air de Figaro ;

L’archiduchesse vient avec l’ambassadrice

D’Angleterre ; et l’on sort en landau… Mais tout glisse

Sur mon chagrin ! – Ah ! Si ce pauvre général !…

– Est-ce que vous comptez ce soir venir au bal ?

THERESE, qui la regarde avec une stup éfaction croissante.

Mais…

MARIE-LOUISE, imp étueusement.

Chez les Meyendorf, Strauss arrive de Vienne.

— Bombelles, n’est-ce pas, il faudra qu’elle vienne ?

THERESE

Pourrai-je demander à Votre Majesté

Des nouvelles du duc de Reichstadt ?

MARIE-LOUISE

Sa santé

Est bonne. Il tousse un peu… Mais l’air est si suave

A Baden !… Un jeune homme ! Il touche à l’heure grave :

Les débuts dans le monde ! – Et quand je pense, ô ciel !

Que le voilà déjà lieutenant-colonel !

Mais croiriez-vous – pour moi c’est un chagrin énorme ! –

Que je n’ai jamais pu le voir en uniforme !

Entrent deux Messieurs portant des bo îtes vitr ées. Avec un cri de joie.

Ah ! c’est pour lui, tenez !

2 SCENE II

L ES MEMES, LE DOCTEUR et son fils, portant de longues bo îtes vitr ées, puis METTERNICH.

LE DOCTEUR, saluant.

Oui. Les collections.

MARIE-LOUISE

Déposez-les, docteur !

BOMBELLES

Qu’est-ce ?

MARIE-LOUISE

Des papillons.

THERESE

Des papillons ?

MARIE-LOUISE

J’étais chez ce vieillard aimable,

Le médecin des eaux. Ayant sur une table,

Vu ces collections que son fils achevait,

J’ai soupiré tout haut «Ah ! Si le mien pouvait

S’intéresser à ça, lui que rien n’intéresse !… »

LE DOCTEUR

Alors, j’ai dit à Sa Majesté la Duchesse

« Mais on ne sait jamais. Pourquoi pas ? Essayons ! »

Et j’apporte mes papillons

THERESE, à part.

Des papillons !

MARIE-LOUISE, soupirant, au docteur.

S’il s’arrachait à ses tristesses solitaires

Pour s’occuper un peu de vos…

LE DOCTEUR

Lépidoptères.

MARIE-LOUISE

Laissez-les-nous, et revenez. Il est sorti.

Le docteur et son fils sortent apr ès avoir dispos é les collections sur la table. Marie-Louise se retournant vers Th ér èse.

Vous, venez, que je vous présente à Scarampi.

C’est la grande maîtresse.

Apercevant Metternich qui entre à droite.

Ah ! Metternich !… Cher prince.

Le salon est à vous.

METTERNICH

Il fallait que j’y vinsse,

Ayant à recevoir cet envoyé…

MARIE-LOUISE

Je sais.

METTERNICH

… Du général Belliard, l’ambassadeur français,

Et le conseiller Gentz, et quelques estafettes.

A un laquais qu’il vient de sonner, et qui para ît au fond sur le perron.

Monsieur de Gentz, d’abord.

A Marie-Louise.

Vous me permettez ?

MARIE-LOUISE

Faites !

Elle sort avec Th ér èse. Tiburce et Bombelles les suivent. – Gentz para ît au fond, introduit par le laquais. Tr ès él égant. Figure de vieux viveur fatigu é. Les poches pleines de bonbonni ères et de flacons, il est toujours en train de m âchonner un bonbon ou de respirer un parfum.

3 SCENE III

M ETTERNICH, GENTZ, puis un officier fran çais attach é à

l’ambassade de France.

METTERNICH

Bonjour, Gentz.

Il s’assied devant le gu éridon à droite et se met à signer, tout en

causant, les papiers que Gentz tire d’un grand portefeuille.

Vous savez que je rentre aujourd’hui.

L’empereur me rappelle à Vienne.

GENTZ

Ah ?

METTERNICH

Quel ennui !

Vienne en cette saison !

GENTZ

Vide comme ma poche !

METTERNICH

Oh ! ça, ce n’est pas vrai, car, soit dit sans reproche,

Le gouvernement russe a dû…

Il fait, du bout des doigts, le geste de glisser de l’argent.

GENTZ, avec une indignation comique.

Moi ?

METTERNICH

Soyez franc :

Vous venez de vous vendre encore.

GENTZ, tr ès tranquillement, croquant un bonbon.

Au plus offrant.

METTERNICH

Mais pourquoi cet argent ?

GENTZ, respirant un flacon de parfum.

Pour faire la débauche.

METTERNICH

Et vous passez pour mon bras droit !

GENTZ

Votre main gauche

Doit ignorer ce que votre droite reçoit.

METTERNICH, apercevant les bonbonni ères et les flacons.

Des bonbons ! des parfums ! Oh !

GENTZ

Cela va de soi.

J’ai de l’argent : bonbons, parfums. Je les adore.

Je suis un vieil enfant faisandé.

METTERNICH, haussant les épaules.

Pose encore,

Fanfaron du mépris de soi-même !

Brusquement.

Et Fanny ?

GENTZ

Elssler ?… Ne m’aime pas. Oh je n’ai pas fini

D’être grotesque.

Montrant un portrait du duc de Reichstadt.

C’est le duc dont elle est folle.

Je suis un paravent qui souffre, – et se console

En songeant qu’après tout il vaut mieux, pour l’Etat,

Que le duc soit distrait. Je fais donc le bêta

J’escorte la danseuse en ville, à la campagne.

Elle veut que, ce soir, ici, je l’accompagne

Pour surprendre le duc.

METTERNICH, qui pendant ce temps continue à donner des signatures.

Vous me scandalisez !

GENTZ

Ce soir la mère sort. Il y a bal.

Il lui tend une lettre prise dans son portefeuille.

Lisez.

C’est du fils de Fouché.

METTERNICH, lisant.

« Vingt août, mil huit cent trente… »

GENTZ

Il s’offre à transformer…

METTERNICH, souriant.

Bon vicomte d’Otrante !

GENTZ

… Notre duc de Reichstadt en Napoléon Deux.

METTERNICH, parcourant la lettre.

Des noms de partisans…

GENTZ

Oui.

METTERNICH

Se souvenir d’eux.

Il lui rend la lettre.

Notez !

GENTZ

Nous refusons ?

METTERNICH

Sans tuer l’espérance !

Ah ! mais c’est qu’il me sert à diriger la France,

Mon petit colonel ! Car de sa boîte – cric ! –

Je le sors aussitôt qu’oubliant Metternich

On penche à gauche, et – crac ! — dès qu’on revient à droite,

Je rentre mon petit colonel dans sa boîte.

GENTZ, amus é.

Quand peut-on voir jouer le ressort ?

METTERNICH

Pas plus tard

Qu’à l’instant.

Il sonne, un laquais para ît.

L’envoyé du général Belliard !

Le laquais introduit un officier fran çais en grande tenue.

Bonjour, Monsieur. Voici les papiers.

Il lui tend des documents.

En principe,

Nous avons reconnu le roi Louis-Philippe.

Mais ne donnez pas trop dans le quatre-vingt-neuf,

Ou bien nous briserions la coquille d’un oeuf…

L’ATTACHE, imm édiatement effray é.

Est-ce une allusion au prince François-Charles ?

METTERNICH

Duc de Reichstadt ?… Je n’admets pas, moi qui vous parle,

Que son père ait jamais régné !

L’ATTACHE, avec une g én érosit é ironique.

Moi, je l’admets.

METTERNICH

Je ne ferai donc rien pour le duc. Mais… mais…

L’ATTACHE

Mais ?

METTERNICH, se renversant dans son fauteuil.

Mais si la liberté chez vous devient trop grande,

Si vous vous permettez la moindre propagande,

Mais si vous laissez trop Monsieur Royer-Collard

Venir devant le roi déplier son foulard ;

Si votre royauté fait trop la République

Nous pourrons – n’étant pas d’une humeur angélique !

Nous souvenir que Franz est notre petit-fils

L’ATTACHE, vivement.

Nous ne laisserons pas rougir nos lys.

METTERNICH, gracieux.

Vos lys,

S’ils savent rester blancs, ignoreront l’abeille.

L’ATTACHE, se rapprochant et baissant la voix.

On craint que malgré vous l’espoir du duc s’éveille.

METTERNICH

Non.

L’ATTACHE

Les événements ?

METTERNICH

Je les lui filtre.

L’ATTACHE

Quoi ?

Ignore-t-il qu’en France on a changé de roi ?

METTERNICH

Oh ! non ! Mais le détail qu’il ne sait pas encore,

C’est qu’on a rétabli le drapeau tricolore.

Il sera toujours temps…

L’ATTACHE

Cela pourrait, c’est vrai,

L’enivrer !

METTERNICH

Oh ! le duc n’est jamais enivré.

L’ATTACHE, un peu inquiet.

Je trouve qu’à Baden sa garde est moins sévère.

METTERNICH, tr ès tranquille.

Oh ! ici, rien à craindre il est avec sa mère.

L’ATTACHE

Comment ?

METTERNICH

Quel policier aurait plus d’intérêt

Qu’elle à le surveiller ? Tout complot troublerait

Son beau calme.

L’ATTACHE

Ce calme est peut-être une embûche !

Elle ne doit penser qu’à l’aiglon !…

La porte des appartements de Marie-Louise s’ouvre.

MARIE-LOUISE, entrant en coup de vent, avec un cri de d ésespoir.

Ma perruche !

4 SCENE IV

L ES MEMES, MARIE-LOUISE, un instant , et LES DAMES D’HONNEUR qui la suivent affol ées, puis BOMBELLES et TIBURCE.

L’ATTACHE

Hein ?

MARIE-LOUISE, à Metternich.

Margharitina, prince, qui s’envola !

METTERNICH, d ésol é .

Oh !

MARIE-LOUISE

Margharitina ! Ma perruche !

Elle remonte vers le perron. Les dames d’honneur se dispersent dans le parc à la poursuite de l’oiseau.

METTERNICH, froidement, à l’attach é qui le regarde avec stupeur.

Voilà.

L’ATTACHE, remontant vers Marie-Louise et faisant l’empress é.

Si Son Altesse veut que je cherche ?

MARIE-LOUISE, s’arr ête, le

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