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Good Luck Frenchy

Good Luck Frenchy

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Good Luck Frenchy

Longueur:
772 pages
11 heures
Sortie:
Jun 28, 2020
ISBN:
9781770767799
Format:
Livre

Description

Être mépris pour quelqu'un d'autre, être faussement dépeint comme un important trafiquant et importateur d'héroïne à l'échelle internationale, et devenir involontairement complice d'un meurtre, ne sont pas des occurrences de tous les jours. Assurément, ce n'est pas là comment la police se conduit pour prendre leur homme ?

 

Mais … s'ils allaient plus loin ?

 

Oui … Qu'arriverait-t-il si, avec l'aide d'une crapule employée comme agent civil rémunéré à grand frais, la GRC implémentait une opération anti-drogue, une Solution Finale pour vous exterminer ? Et qu'arriverait-il si l'un d'eux était tué lors de la transaction, et ce, sous des circonstances très nébuleuses ?

 

Un scenario terrifiant qui devient encore plus déconcertant quand ces mêmes membres de la GRC se parjurent afin de s'assurer votre conviction et camoufler les circonstances entourant la mort de leur collègue. Mais… qu'arriverait-il si vous étiez condamné à mort pour cela et suite à un procès jonché de témoins mensongers et d'évidences teintées qui vous envoient sur un chemin conçu pour détruire votre vie déjà brisée.

 

Et … qu'arriverait-il si, en bout de ligne, votre gouvernement optait pour défendre l'indéfendable afin de protéger l'intégrité de la GRC et l'image du Canada ?

Identifié à Bank Kwang comme le détenu 482/33, j'ai appris ce que signifie d'être sacrifié au nom de la politique, lorsque la GRC fait une gourde durant une opération anti-drogue controversée, outremer.

 

Ceci est mon combat pour survivre la jungle de la prison de Bang Kwang, une histoire vraie qui a quelque chose pour tout le monde – drogue, meurtre, menaces, violence, conflit d'intérêt, corruption politique, camouflage, et mon espoir infime que mon gouvernement revienne à ses sens et me ramène au Canada.

Sortie:
Jun 28, 2020
ISBN:
9781770767799
Format:
Livre

À propos de l'auteur


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Aperçu du livre

Good Luck Frenchy - Alain Olivier

Alain Olivier

Good Luck Frenchy

L’histoire vraie qui a choqué le Canada et inspiré le film Suspect Numéro Un

First published by Editions Dédicaces 2020

Copyright © 2020 by Alain Olivier

Publié par les Editions Dédicaces.

Photo de couverture d’Antoine Olivier Pilon par Laurent Guerin, avec un merci spécial à tous les deux pour l’utilisation de la photo.

Tous les droits sont réservés. Aucune partie de cette publication ne peut être reproduite, stockée ou transmise sous quelque forme ou par quelque moyen que ce soit, électronique, mécanique, photocopie, enregistrement, numérisation ou autre sans l’autorisation écrite de l’éditeur. Il est illégal de copier ce livre, de l’afficher sur un site Web ou de le distribuer par tout autre moyen sans permission.

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First edition

ISBN: 978-1-77076-779-9

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Merci à Victor Malarek de m’avoir permis d’utiliser des informations tirées du contenu de nos discussions et des informations émanant de son livre Gut Instinct - Chapitre: Seeds of Deception.

À tous ceux qui se battent pour la vérité et la justice.

Contents

Préface

Good Luck Frenchy

Introduction

Le Triangle d’or

La transaction

Ma descente en enfer

De surprise en surprise

M. Olivier… j’ai commis une erreur

Changement de scénario

Le cirque continue

Malarek

Les Accusations

Bienvenue dans mon cauchemar

La Cure

Réduit en cendres

Ne fais confiance à personne… sauf toi

Les excuses

Instinct journalistique

Mon face à face avec Malarek

Le mensonge continue

Une première lettre

La Vérité Choque

Une Mort Suspecte

Les Roues de la Justice Thaïlandaise

Dans l’attente des hommes en rouge

Good Luck Frenchy

Le prix à payer pour une aiguille

Un dernier clou à mon cercueil

Seul… tout à coup

Reconnaître l’ennemi

Bon pour moi… tu dis

Mon témoignage

Le visage caché de Déception

Un dernier témoin

Entretemps… au Canada

Un casse-tête appelé Déception

Bahan shiwit

Quelle bonne nouvelle

Le Grand Hôtel

Les Commentaires de la GRC

Hey ! … Kermit

Les yeux de la démence

À la recherche de changements

Sawadee pi maie

Se Faire Voler

De mal en pis

Une longue amitié

Je vous ai à l’œil

Bienvenue sur Sunset boulevard

Un manque de diligence

Une raison de vivre

Le bidonville de Bang Kwang

Parmi les samouraïs

Le plus grand des péchés

Nouveau projet à l’horizon

Des nouvelles inattendues

Si jamais quelque chose m’arrive

Le grand déluge

Gut Instincts

Un ange qui veille sur moi

Toujours mépris pour un autre

Post-scriptum

Dernière Note

Préface

Le 20 février 1989, un communiqué de presse fut émis par la GRC annonçant qu’un de ses membres avait été tué au cours de ses fonctions lors d’une opération anti-drogue à Chiang Mai, Thaïlande. On y notait aussi que leur opération d’infiltration avait bloqué un pipeline majeur d’héroïne au Canada et que plusieurs trafiquants thaïlandais avaient été arrêtés, incluant un importateur majeur d’héroïne canadien identifié comme Alain Olivier.

Le communiqué de presse attira tout de suite mon attention parce qu’à ce moment je travaillais comme journaliste d’enquête pour le Globe & Mail et que j’avais récemment publié un livre intitulé : Marchands de Misère, un regard sur le monde illégal de la drogue au Canada. Alors que je travaillais sur ce livre, j’avais voyagé en Thaïlande pour jeter un regard sur le marché de la drogue dans le Triangle d’or et je m’y étais fait de solides contacts à l’intérieur de l’unité nationale anti-drogue thaïlandaise.

J’appelai immédiatement l’inspecteur Singbeil qui menait la très secrète unité des drogues et des opérations d’intelligence de la GRC à Vancouver, afin d’y recueillir plus d’informations sur la transaction de drogue en Thaïlande.

Singbeil élabora sur la guerre que mène le Canada contre la drogue et du coup significatif que l’opération Déception avait porté au marché de la drogue. Les rues du Canada sont désormais sécuritaires—du moins, pour le temps présent, dit-il.

Mais lorsque je le pressai sur l’arrestation de ce soi-disant trafiquant majeur d’héroïne arrêté à Chiang Mai, le ton de l’officier déclencha immédiatement une sonnerie d’alarme. Il se referma et déclara que la cause se trouvait devant les tribunaux en Thaïlande. « Je ne peux commenter rien de plus. »

Mes tripes me disaient que quelque chose n’allait pas. Lors d’autres opérations d’infiltration dans le milieu de la drogue que j’avais couvertes comme journaliste, les agents de la GRC sautaient toujours sur l’occasion de se vanter de leurs saisies de drogue. Ils faisaient toute une mise en scène pour les médias, où on y exposait des ballots de drogue, ouvrait des valises remplies de paquets de cent dollars, et y louangeait les équipes d’agent d’infiltration. Cette fois, il n’y avait rien de toute la bravade et de l’engouement habituels.

Je sentis qu’il y avait quelque chose de louche.

J’appelai immédiatement les contacts que j’avais établis au sein de l’escouade des drogues à Montréal, Toronto et Vancouver, ainsi qu’à Bangkok et Chiang Mai. Je leur ai demandé de passer le nom d’Alain Olivier dans leurs systèmes Leur réponse déclencha une lumière rouge. Son nom ne rapporta rien. Pas de dossiers criminels. Il était simplement connu de la police comme étant un accro à l’héroïne. Et ça ne concordait certainement pas avec la façon dont la GRC l’avait décrit.

Je convainquis mon éditeur au Globe & Mail de m’envoyer en Thaïlande pour découvrir ce qui s’était réellement passé à Chiang Mai.

Je parlai avec le général le plus haut-gradé à la tête de la Division des Narcotiques au sein des Forces de la Police Métropolitaine, afin de m’aider à assurer mon entrée à la prison infâme de Bumbat, en banlieue de Bangkok, pour y interviewer Alain Olivier.

Je dois admettre que mes premières impressions d’Olivier étaient mitigées. Il était maigre, nerveux et me regardait avec une méfiance absolue dans ses yeux. Et ses actes allégués avaient mené à la mort d’un agent de la GRC.

Durant une entrevue intense à la prison, séparés par des grilles de métal espacées de deux mètres, Olivier commença.

– J’imagine que vous êtes ici pour écrire une histoire sur le merdeux responsable de la mort d’un bon policier. Bien, tu peux aller te faire foutre.

– Je suis ici pour découvrir ce qui est arrivé, lui répondis-je.

– Ouais, bien sûr. Vous, les foutus reporters, dites une chose et en écrivez une autre. Je ne fais confiance à aucun de vous.

– Tout ce que je peux dire, c’est que tu me racontes ta version de l’histoire. Je suis ouvert d’esprit.

– Jusqu’à ce que tu quittes la place. Puis ce sera pauvre policier et de la merde sur Alain Olivier.

– Que s’est-il passé, lui demandai-je.

Olivier me regarda droit dans les yeux. Je le fixai à mon tour. C’était l’impasse. Olivier cligna des yeux.

– J’ai été victime d’un piège, me lança-t-il.

Pendant plus d’une heure, il me raconta une histoire digne des films de série B à Hollywood. Chacune de ses allégations semblait tellement farfelue. J’aurais pu facilement comparer ce qu’il me disait aux élucubrations d’un idiot. Après tout, un membre de la GRC avait été tué lors de la transaction, et cela seul plaçait Olivier directement sous de sombres nuages.

Cependant, alors que je quittais la prison, j’avais ce sentiment au fond de moi que son histoire comportait une part de vérité. Personne, pensais-je, ne pourrait inventer une histoire aussi bizarre.

Avec le support de mon éditeur au Globe & Mail, j’entrepris de vérifier chacune des allégations faites par Olivier à l’encontre des membres de la GRC impliqués dans l’Opération Déception, et après des mois à parler avec différentes sources, j’en vint à une conclusion : Olivier avait été piégé par la GRC lors d’une opération qui avait coûté plus d’un million de dollars sur une période de deux ans, durant lesquels des agents de la GRC se faisant passer pour de gros trafiquants de drogue l’ont poussé à voyager en Thaïlande pour leur trouver une source prête à leur vendre une quantité d’héroïne.

En juillet 1989, se basant sur mon reportage, la Commission des Plaintes du Public contre la GRC annonça qu’elle avait ouvert une enquête pleine et entière sur l’Opération Déception. Le 8 mars 1992, la commission déposa son rapport rédigé de façon méticuleuse. Après une lecture attentive, j’arrivai à la conclusion que ce n’était rien de plus qu’un blanchiment des faits. Bien qu’étant une condamnation claire de l’Opération Déception, quoique du revers de la main, j’avais la vive impression que le rapport avait été lessivé.

Ce n’est qu’en octobre 1995 que mes suspicions furent validées quand je reçus un paquet inattendu dans mon courrier. Ce dernier contenait 177 pages. La version originale du rapport n’était rien de moins, du début à la fin, qu’une condamnation ardente des membres de la GRC impliqués dans l’Opération Déception. Avec vigueur, on y déclarait que l’opération « était un piège… » dans lequel « les joueurs importants avaient décidé qu’Alain Olivier était sacrifiable. Il fut incité à aller en Thaïlande et une fois qu’il eut accompli ce qui lui avait été demandé, prendre contact avec une source, il fut arrêté par la GRC, remis à la police thaïlandaise et abandonné à faire face à un système de justice qui n’a que peu de considération pour les droits humains et impose la peine de mort pour le trafic de drogue, le crime même créé par les membres de la GRC qui avaient approuvé l’Opération Déception. »

Le rapport conclut que la conduite de l’équipe d’infiltration à l’égard d’Alain Olivier « sans aucune explication, viole toute notion de franc-jeu et de décence et démontre un mépris flagrant des qualités et du sens d’humanité que nous partageons tous. »

On y déclarait que la GRC « ont dirigé leurs efforts pour s’assurer qu’il (Olivier) serait arrêté et incarcéré en Thaïlande parce qu’ils n’avaient aucune preuve contre lui au Canada. On peut comprendre pourquoi la GRC ne voulait pas qu’Alain Olivier soit en mesure de témoigner devant un tribunal canadien. L’histoire de son traitement aux mains de la GRC, si elle était crue, déconsidérerait l’administration de la justice. »

Alain Olivier fut libéré de sa prison en Thaïlande le 11 juillet 1997 après huit ans et demi, durant lesquels trois ans et demi furent passés avec les fers aux pieds. Il fut transféré dans une prison au Canada et libéré d’une maison de transition un an plus tard. Il se bat toujours pour que justice soit faite pour le crime commis à son encontre.

J’incite tous les gens à lire Good Luck Frenchy—l’histoire d’Alain. C’est excitant… c’est ressenti au fond du cœur. Et c’est un cri pour la justice.

Victor Malarek

Good Luck Frenchy

Le 15 août 1990. Alors que le roi de la Thaïlande m’observait de sa position, dans une toile le montrant dans ses plus beaux atours, la même phrase continuait à me passer dans la tête : Good Luck Frenchy… Good Luck Frenchy… Ce furent les mots du sergent de la GRC, Jack Dop, des mots qui n’ont jamais cessé de me tenir compagnie depuis le 14 novembre 1989, lorsqu’il était venu donner son faux témoignage à Bangkok.

Malgré le passage du temps, à quelques minutes d’être condamné à mort, ses mots jouaient sans relâche dans ma tête.

« Good luck Frenchy… Good luck Frenchy… Good luck Frenchy… »

Tout le monde présent dans la salle entendit le son des pas qui traversaient le panneau de bois nous séparant du corridor derrière la grande table noire à laquelle les juges prenaient place.

Depuis mon incarcération, j’avais vu ma part de détenus faire face à leur condamnation imminente et leur perte aux mains de l’État thaïlandais. Alors que pour la plupart, les heures finales précédant leur condamnation furent loin de la politique, dans mon cas, c’était tout le contraire.

Mon propre pays avait financé une opération ayant servi à m’assujettir à la peine capitale. La Cour Criminelle thaïlandaise s’apprêtait à rendre sa décision. Finalement, après dix-huit mois de procès, et une comédie jonchée de témoins mensongers et de preuves falsifiées ayant pour but de détruire ma vie déjà brisée — le moment était venu pour moi d’entendre la décision de la Cour, en ce jour de la mi-août 1990.

Durant ces moments, avec le spectre de la mort pendant au-dessus de moi, les derniers échos de Good Luck Frenchy cheminant dans ma tête furent à l’image de mes émotions.

Ce que vous vous apprêtez à lire n’est pas une fiction. Tous les évènements auxquels vous allez assister sont authentiques. Tous les personnages que vous rencontrerez y sont identifiés nommément. Des dizaines de milliers de pages de documents au dossier de l’Opération Déception en témoignent.

En m’en tenant à la vérité et en citant précisément les évènements (entrevues, rapports et témoignages) à partir de documents officiels émanant du bureau du procureur général du Canada, la véracité de l’information contenue dans ce livre ne peut être démentie.

Ma souvenance des évènements à l’intérieur de la prison peut aussi être corroborée par mes cicatrices, mon journal, et une montagne de lettres.

Une bonne partie des informations recueillies proviennent de mes discussions avec Victor Malarek et de son livre, Gut Instinct.

Lorsque vous ressentirez de l’horreur devant la scène que vous aurez du mal à imaginer, rappelez-vous que, moi, je l’ai vécue in situ.

Lorsque vous serez révolté par le traitement que l’on m’a fait subir – et j’espère de tout mon cœur que ce sera le cas à chaque page – pensez que moi, je le suis encore et toujours.

Lorsque vous lirez, dites-vous que l’opération de la GRC, ironiquement nommée Déception, fut financée avec l’argent provenant des impôts des contribuables canadiens qui sont contre la peine capitale.

Si vous souhaitez me juger, assurez-vous de connaître les faits et d’avoir marché dans mes souliers.

Je m’appelle Alain Olivier et voici l’histoire de mon traitement aux mains de la GRC et du gouvernement canadien.

Introduction

Gibsons’ Landing… Juillet 1987. Fauché et sans-abri après un accident au cours duquel j’avais reçu un éclat d’acier dans l’œil gauche, je me suis retrouvé à travailler et vivre sur ​​un bateau à la marina locale après de longs mois de convalescence. Bien que le docteur soit parvenu à extraire les petites pièces de métal logées dans mon œil, seul le temps allait dire si j’allais le perdre ou non.

* * *

Durant ma convalescence et malgré le port d’un cache-œil, je demeurais et travaillais sur un petit bateau de pêche à la marina locale de Gibsons’ Landing. Demeurant sur son bateau, j’étais devenu associé à un pêcheur professionnel nommé Glen Howard Barry. Avec l’ouverture de son entreprise d’affrètement de bateaux se spécialisant dans la pêche aux saumons, il m’avait offert une occasion unique.

* * *

C’est à mon retour d’un voyage dans le Sud-est asiatique six mois plus tôt qu’il m’avait été présenté par un ami au pub local. À ma sortie de l’hôpital en avril 1987, il m’avait offert de demeurer sur son bateau au moment où j’avais appris que la ferme sur laquelle j’habitais avait été vendue et que je me retrouvais sans logis. Pas une journée ne passait sans sortie en mer et toutes les occasions étaient bonnes pour célébrer. Il aimait faire la fête et sa prédilection pour la cocaïne était connue des fêtards à Gibsons.

Durant ma convalescence, il me montra tous les trucs reliés à la pêche aux saumons. Voyant mon amour pour la mer, il me proposa de devenir son associé. Vivre seul sur un bateau et entouré de gens que j’aimais à la marina me comblait au-delà de tout ce que je n’avais jamais espéré. Même en ayant déjà une bonne expérience de la mer, avoir à y travailler chaque jour fut bien différent. Passionné par ce que je faisais, en peu de temps, j’appris tout ce qu’il fallait pour opérer dans l’industrie d’affrètement de bateaux et amener les gens à la pêche. Avec l’ouverture de la saison de pêche aux saumons, je m’attendais à vivre l’été de ma vie.

Le vendredi 24 juillet 1987, un individu m’ayant été décrit la semaine précédente comme un gros bonnet du crime organisé à Vancouver, débarqua à la marina. Ami de longue date de Glen Barry, il y venait afin d’utiliser le bateau sur lequel je vivais en permanence. Portant des vêtements aussi foncés que ceux du caïd à ses côtés, un grand maigrichon l’accompagnait. Ce fut la première et la dernière fois que je le voyais.

Les avisant de la météo pour le weekend, j’accompagnai le boss mafieux et son ami au bateau et les regardai prendre le large, chose normale. Cependant, ce qui arriva par la suite fut loin de l’être. Tôt dimanche matin, alors que le bateau revenait au port et réintégrait la marina sous les premiers rayons de soleil, j’attendais au quai afin de les accueillir. Cela faisait partie de mes tâches.

Tout de suite, quelque chose piqua ma curiosité. Alors que Bennett accostait, je cherchais des signes de la présence du grand maigrelet, mais n’en voyais aucun. Il avait disparu. Me fixant avec des yeux à glacer le sang, le caïd nommé Bennett me bouscula à sa descente et s’éloigna en silence. Je le regardai brièvement avant de me retourner pour vérifier partout.

Personne !

Comme je scrutais l’intérieur du bateau, j’aperçus des éclaboussures de sang. Mais Bennett était parti sans apporter de cannes à pêche, cela ne pouvait donc être du sang de poisson. Puis, je découvris une première cartouche vide de 9 mm sur le pont, puis une deuxième près du capot du moteur.

La stupeur me plongea dans une angoisse terrible. Abasourdi, je décidai d’aller informer Glen Barry de la situation. Bennett quittait le stationnement lorsque je m’approchai de mon associé.

– Regarde ça, lui dis-je nerveusement en lui montrant les cartouches vides de 9 mm.

Pour la première fois, je le vis perdre la tête.

– Ferme ta foutue gueule, s’écria-t-il en me poussant dans l’entrée de notre bureau. Bennett a tué ce salaud parce qu’il parlait trop. C’est tout !

Même s’il était plus grand et costaud que moi, je le repoussai par réflexe.

– Ce ne sont pas mes affaires, m’écriai-je.

Il secoua gravement la tête, signalant qu’il pensait tout le contraire.

– Que tu le veuilles ou non, t’es maintenant complice et dans la combine, m’avisa-t-il d’une voix ténébreuse en me dédiant un regard non équivoque. Tu en sais déjà trop et tu vas subir le même sort si tu n’acceptes pas de faire ce qu’on va te dire de faire.

Je le regardais sans plus comprendre.

Mon associé ?

Mon ami ?

J’étais terrifié. Ma vie paradisiaque s’avérait n’avoir été que l’antichambre de l’enfer, et voilà que tout à coup, je me retrouvais dans un marathon pour sauver ma peau.

Convaincu que le bateau sur lequel je vivais était devenu une scène de crime et que j’avais manipulé les preuves d’un homicide, j’étais devenu complice d’un meurtre. Ma vie demeura à risque jusqu’à ce que Glen Barry et Bennett fussent assurés de pouvoir me faire entièrement confiance.

Ayant entendu parler de mon périple en Thaïlande et mon incursion dans le monde de l’héroïne, ils décidèrent que je les y mènerais et les introduirais à une source pour leur florissant marché au Canada. Peu importe les méthodes utilisées pour arriver à leur fin, il fut décrété que les choses se passeraient à leur façon.

J’avais 27 ans à ce moment. Accro à l’héroïne depuis mon voyage dans le Sud-est asiatique, je n’étais rien de plus qu’un accro.

Toutefois, Glen Barry et ses amis mafieux voyaient les choses bien différemment. Pour eux, j’étais devenu la clé qui allait leur ouvrir les portes du Triangle d’or. S’ensuivirent 18 mois au cours desquels ils me menacèrent et harcelèrent jusqu’à ce que j’accepte de les accompagner en Thaïlande. Ils espéraient y acheter dix kilos d’héroïne, dont 10 % me furent promis par leur patron, Fat Man. Afin de m’inciter à coopérer avec eux, mis à part les menaces, ils avaient misé sur ma dépendance en me récompensant en héroïne.

Complètement démuni, je vivais avec la perspective indéniable d’être abattu si je refusais de collaborer avec eux. Après 18 mois de menaces et de promesses d’une telle quantité de drogue à mon seul profit, mes pensées se bousculaient comme des boules de billard à l’intérieur de mon crâne. Mon jugement altéré par une grave dépendance à l’héroïne et intimidé par des individus que je croyais être des tueurs sans scrupule, je finis par céder sous la pression.

Rongé par une peur viscérale de funestes représailles ainsi que par la promesse d’argent et de drogue, l’accro en moi répondit comme un ivrogne à qui on promet sa bouteille.

Le Triangle d’or

Mi-Février 1989. Accro à l’héroïne au moment de mon arrivée, je m’étais tout de suite dirigé vers Khao San Road dans le district de Buglampoo. Surnommée la ville des anges et connue des toxicomanes allant à Bangkok, Khao San Road demeurait un endroit où il était facile de se procurer de la came. J’y avais passé la nuit avant de me diriger vers le nord du pays.

Située à six cents milles au nord de Bangkok, Chiang Mai est notoirement reconnue comme la porte d’entrée du Triangle d’or. Depuis des siècles, elle demeure le joyau et la capitale du Nord.

Même si l’histoire de la soie débuta en Chine il y a 2500 ans, pendant des siècles les marchands et les touristes ont aussi voyagé à Chiang Mai pour y acheter son précieux tissu. Fondée par le roi Mengari le 12 avril 1296, Chiang Mai signifie la nouvelle ville. Mais la soie et l’achat de pièces en argent ce n’était pas tout ce qui y était populaire à la fin des années quatre-vingt.

Bien qu’étant l’ancienne capitale du royaume, Chiang Mai fut aussi connue comme la capitale mondiale de l’héroïne en 1989. Des millions de dollars y étaient négociés chaque jour à partir de simples appels téléphoniques. Via virements bancaires, les grands pontes des triades pouvaient y faire transiter des sommes astronomiques venues de partout dans le monde, en tout temps. Par le biais de comptes numérotés, sans jamais devoir être sur place au moment du chargement de courriers ou de cargos, les triades s’avéraient libres d’opérer en toute impunité.

Situé aux confins des frontières de la Thaïlande, du Laos et de la Birmanie (Myanmar), le Triangle d’or demeurait sous le contrôle de Chang Chi-Fu. Mieux connu sous le nom de Khun Sa, il y régnait en maître depuis la guerre du Vietnam. À la fin des années 80, Khun Sa était devenu le plus grand baron de la drogue sur la planète. Avec son armée privée de 30 000 soldats et la collaboration absolue des tribus environnantes, il produisait en moyenne 3500 tonnes d’opium annuellement. Cette quantité, une fois transformée dans des laboratoires de fortune perdus dans la jungle, donnait près de 350 tonnes de pure héroïne.

Il y avait aussi la famille Wa, rivale de longue date. Domiciliée au Laos, elle contrôlait la production de 1500 tonnes d’opium annuellement pour 150 tonnes de pure héroïne. Communément appelée China White, rien ne pouvait l’égaler.

Avec la production d’héroïne qui continuait à s’accroître dans le Triangle d’or, inéluctablement cela attira l’attention du crime organisé, surtout les triades chinoises. Non seulement les triades sont considérées comme les plus anciennes organisations criminelles du monde, mais aussi les plus puissantes, avec des tentacules s’étalant à travers le globe. Joueuses clés dans le trafic de l’héroïne, elles sont derrière certaines des plus grandes fortunes et projets immobiliers jamais construits à ce jour sur la planète.

Aussi appelées Sociétés Noires, ces organisations criminelles hautement secrètes avaient élu domicile à Hong Kong dans les années 80. Elles étaient aussi à Taipei à Taiwan, où le Sun Yee On avait son emprise sur à peu près tout. Les autres triades, telles que les 14-K, Big Circle et Wo Shing Wo, bien que présentes à Taipei, avaient pignon sur rue à Hong Kong. Avec le Sun Yee On, ils prenaient soin de déplacer la majeure partie de toute la production d’héroïne venant du Triangle d’or.

Depuis des années, le Triangle d’or était devenu une sorte de no man’s land, où seuls ceux ayant l’accréditation appropriée pouvaient y circuler. Du côté birman, les généraux restaient les maîtres suprêmes, responsables de tyrannie depuis des années.

Avec le passage du temps, ils avaient appris à travailler main dans la main avec Khun Sa et les triades. Dans leur position de pouvoir et en échange de pots de vin faramineux, ils consentaient à fermer les yeux et donnaient toute liberté aux triades de se déplacer en toute quiétude. Un prérequis existait et c’était l’argent. Le reste n’était que formalités.

Il n’existe aucune loi de complot en Thaïlande. Pour y être accusée, une personne doit être prise avec soit la drogue ou avec l’argent ayant servi à la transaction. C’est ce qui explique l’utilisation de courriers, et pourquoi personne parmi les plus hauts échelons des triades n’est jamais arrêté ou accusé. Même si leurs courriers s’y font prendre, à l’occasion, au moment de négocier ou pendant le transport, la loi thaïlandaise empêche les policiers de remonter à la source de la transaction et d’accuser qui que ce soit d’autre que ceux qui ont été pris sur le fait. Les coursiers sont des pare-feu. Par contre, pour celui qui s’y fait prendre avec de l’héroïne, la vie devient un cauchemar.

Considérant les milliards de dollars d’héroïne provenant du Triangle d’or, il ne faut pas s’étonner de sa notoriété.

* * *

Ma longue et cahoteuse journée me ramena à Chiang Mai, l’endroit même où j’étais tombé en amour avec Lady China White. Bien qu’à l’époque j’y aie acheté de la drogue pour mon usage personnel, les choses étaient bien différentes cette fois-ci. Je m’aventurais sur un terrain qui m’était complètement inconnu, assurément dangereux.

J’étais nerveux ! J’avais la trouille ! Une trouille que je traînais comme une chape depuis dix-huit mois.

* * *

Vendredi 17 février 1989. C’est à Chiang Mai que je devais rejoindre les membres du crime organisé qui me pourchassaient depuis un an et demi d’un bout à l’autre du Canada. Ces derniers comptaient sur moi afin de préparer le terrain pour une transaction majeure d’héroïne. La situation était loin de mes compétences. Les caïds qui me chaperonnaient exigeaient que je leur procure cinq à dix kilos, rien de moins. Dès les premiers instants de notre rencontre à l’Hôtel Chiang Mai Orchid, la pression fut mise sur moi pour orchestrer illico leur introduction à une source d’héroïne. Même si je n’avais jamais entretenu l’idée de faire une telle chose, même si je réussissais, je m’exposais à de très graves dangers. Ou pire… l’exécution !

D’autre part, si Fat Man et ses crapules n’avaient pas ce qu’ils voulaient, j’étais un homme mort. D’une façon ou d’une autre, ma vie ne tenait qu’à un fil.

Le son des marteaux résonnait alors que je traversais le Saturday Night Bazar sur la rue Wualai, qui demeurait le vieux district des orfèvres travaillant l’argent. Suivant une longue tradition et utilisant des outils archaïques, les joailliers gravaient des motifs sur des bols, des tasses et des bracelets ainsi que sur des bagues et des murales. Avec ses panneaux au néon affichant différentes chaînes de nourriture américaines et autres marchandises, le marché était plein à craquer. Ses allées étroites remplies de commerçants et de touristes étaient la scène de nombreuses transactions. Les différents kiosques et vendeurs de rue y offraient toutes sortes de produits exotiques. Mais ce n’est pas tout ce qui y était vendu à la fin des années 80. À l’époque, parmi les plus gros vendeurs, l’héroïne était populaire et à l’avant-plan du marché.

Sauf pour quelques fumeries d’opium et des masseuses rencontrées lors de mon voyage précédent, la seule personne que je connaissais n’était rien de plus qu’un chauffeur de rickshaw qui avait pédalé toute sa vie pour nourrir sa famille. Connu sous le surnom de Porn, je l’avais trouvé endormi dans son rickshaw stationné devant l’Hôtel Porn. Marié avec deux enfants et un troisième en chemin, il gagnait un peu d’argent supplémentaire en vendant de l’héroïne aux touristes désireux de s’éclater.

Après l’avoir avisé que des gens s’en venaient de Vancouver et de leurs attentes, il m’informa que sa sœur, Kay, pouvait satisfaire leurs exigences. Demeurant dans le ghetto en bordure de la ville, elle travaillait comme coiffeuse. Comme Porn, elle était pauvre et tentait de joindre les deux bouts. À l’occasion, elle vendait de l’héroïne pour mettre de la nourriture sur la table et nourrir ses gamins. Nous étions loin des grands barons de la drogue jouant dans les hautes sphères du crime organisé. Mais c’était là les seules cartes que j’avais sous la main.

Barry Bennett qui se complaisait toujours dans son rôle de tueur à gages me regardait comme si j’étais le prochain sur sa liste. Son bras droit, Derek Flanagan, était aussi du voyage avec Jim Girdlestone. Puis le dernier de leur groupe mais non le moindre, soit leur effroyable patron, Jack Fat Man Dop avait personnellement fait tout ce long voyage à Chiang Mai pour veiller à ce que les choses aillent bien. J’étais terrifié juste à l’idée de le revoir.

Une première réunion fut organisée avec la sœur de Porn afin d’obtenir la quantité désirée par les caïds. Cependant, peu après les présentations, elle refusa de traiter avec Bennett et Flanagan.

– Vos amis sont des flics, me déclara-t-elle en privé.

Bennett avait descendu un type pratiquement devant moi, juillet 1987, en plus d’avoir liquidé Denis Massey, un autre de leurs associés au début de mai 1988. Ce n’était sûrement pas un flic. Il me fallait calmer sa paranoïa. Ma vie dépendait de sa collaboration.

– Ils ne peuvent pas être des flics, rétorquai-je. Ces gars-là tuent des gens pour gagner leur vie au Canada.

Ce que je croyais n’avait pas d’importance, décréta-t-elle. Elle décida de mettre un terme à la réunion après quelques minutes. Les deux malabars se sentirent très inconfortables tout à coup. L’angoisse était lisible sur leur visage. Craignant qu’il leur arrive quelque chose à la suite de ce scénario imprévu, ils me demandèrent de les guider hors de là. Perdus au beau milieu des bidonvilles, ils regrettaient amèrement leur audace, après s’être aventurés dans un coupe-gorge où l’on venait de les suspecter d’être des flics.

Pour l’amour du ciel, ce sont des tueurs, pas des flics, continuai-je à me répéter, alors que les images du sang et des cartouches vides de 9 mm sur le bateau refaisaient surface dans ma tête.

De retour à l’hôtel, j’appréhendais anxieusement la réaction de Fat Man. Dans l’impossibilité de conclure leur transaction, ils allaient rentrer à la maison les mains vides, ce qui n’était pas du tout ce que Fat Man et sa bande avaient prévu. Compte tenu de l’argent déjà investi dans ce voyage, ils rageaient et me pressèrent de leur trouver une autre source en mesure de les accommoder. Je ne connaissais personne d’autre. Mon cerveau n’était plus que frayeur en ébullition.

Craignant de plus en plus que l’on me fasse disparaître sur place ou à notre retour au Canada, je retournai voir Porn et le priai de trouver un autre contact. Il avait déjà vu les $70 000 US de Dop prévus pour la transaction. Ce montant représentait près de deux-millions de bahts thaïlandais, une somme dont il n’avait jamais rêvé. Il l’avait vue de ses yeux dans lesquels se révélait toute sa fascination. Il y eut d’autres tentatives le samedi, mais ce fut en vain.

Avec le Fat Man qui insistait pour que la transaction soit conclue dans un lieu public, toute possibilité d’un accord avec les Thaïlandais demeurait illusoire. Ils refusaient de se soumettre à ses conditions. La transaction allait se dérouler à leur façon ou pas du tout.

La transaction

Dimanche, 19 février 1989 . Même si nous étions dans la chambre avec le climatiseur tournant à fond, Dop était détrempé et suait comme un orignal en période de rut.Un coup d’œil dans sa direction suffit pour me persuader de ce que Flanagan et Bennett m’avaient dit plus tôt. L’humeur du Fat Man n’était pas à son mieux et il semblait inquiet. Ses yeux en disaient long.

Cachant ma crainte du mieux possible, afin de calmer le jeu je leur rappelai que Porn avait vu l’argent.

– Il va se grouiller le cul… Il n’y a aucun doute, leur assurai-je avec une conviction que je ne ressentais nullement.

Bennett me considéra comme un loup affamé scrute un lièvre. C’est tout juste s’il ne retroussait pas les babines.

– Il va y avoir du monde foutrement enragé à la maison si cette foutue transaction ne marche pas, me lança-t-il.

Il avait organisé ce pèlerinage et n’acceptait vraiment pas de retourner au pays les mains vides. Malgré le calme dans sa voix, il était manifestement furieux.

Fat Man était aussi à court de patience et me dévisageait.

– Nous avons attendu longtemps pour ça, Alain, enchaîna-t-il froidement en essuyant la sueur de son front sans me lâcher des yeux. En résumé, Alain… si je rate ma liaison à Bangkok, dix cents la livre ne feront aucune différence, si je ne peux sortir l’héroïne du pays, déclara-t-il irrévocablement.

Ce fut comme le baiser de la mort. C’était fini pour moi. Bien qu’ils aient convenu de retarder leur départ, le temps m’était compté.Je devais sauver ma peau, mais demeurais totalement à leur merci. Totalement fauché, je n’avais même pas l’argent requis pour retourner à Bangkok, encore moins pour sortir du pays. C’est eux qui avaient fait l’achat de mon billet d’avion et payé mes dépenses, incluant l’argent nécessaire pour m’acheter de l’héroïne et nourrir ma dépendance. À présent, Dop refusait de me donner du fric tant que la transaction ne serait pas conclue.

Ma peur continua de s’accroître. J’eus beau essayer de les calmer, mais cela n’eut aucun effet immédiat et leur rage persista.

Ils étaient sur ​​le point de plier bagage, lorsque Porn revint avec une nouvelle source. Nommée Nepha, elle était prête à les accommoder avec la quantité désirée. Cependant, cette nouvelle source acceptait de leur vendre seulement deux kilos au début. Si tout allait bien, trois autres suivraient par la suite. Leur colère fit place à la joie tout à coup. Moins que les cinq prévus en un seul achat, mais mieux que rien.

Comme compromis pour satisfaire Fat Man Dop, Nepha suggéra de conclure la transaction dans le stationnement d’un cinéma se trouvant à proximité.

L’horloge indiquait 20 h 30, lorsque nous quittâmes l’hôtel et marchâmes vers le camion de Nepha de l’autre côté de la rue. Le soleil avait déjà disparu derrière les montagnes au moment d’arriver à son véhicule.

– La drogue n’est pas dans le camion, nous informa-t-elle avant de rassurer Flanagan et lui dire que l’héroïne se trouvait à proximité, en pointant son frère assis sur un scooteur. Flanagan se calma, mais il demeurera soucieux et nerveux.

Roulant autour du quadrilatère, Nepha lui indiqua où elle entendait faire la transaction près du cinéma.

– Vous resterez ici dans le camion avec ma sœur pendant qu’Alain et moi irons chercher vos amis et l’argent, lui lança-t-elle d’un ton ferme.

Satisfait de ce qu’il voyait, Flanagan acquiesça et me demanda de retourner chercher Bennett et l’argent à l’hôtel.

Un montant de 28 000 $ US fut requis pour les deux premiers kilos. Tout ce que j’avais à faire était d’en aviser Bennett et ensuite mon travail était fini. Je pourrais partir de mon côté et les laisser s’arranger entre eux. Une fois le contact établi, ils n’auraient plus besoin de moi. Cela me rassurait et m’inquiétait à la fois.

Plus besoin de moi !

– C’est foutrement mieux pour toi que ça marche, ce coup-ci, me réitéra Flanagan à mon départ.

En quelques minutes, Nepha et moi étions de retour au Chiang Mai Orchid Hôtel. Bennett et Girdlestone surveillaient à l’extérieur à notre arrivée. Dans l’attente de leur retour, Fat Man était resté à l’air conditionné dans le confort de sa chambre.

Afin de retourner rapidement au stationnement, Nepha leur demanda de sauter à l’arrière d’un camion taxi. Alors que j’allais prendre la direction du vieil hôtel que j’habitais, Bennett insista pour que je les accompagne. À ses dires, je demeurais leur assurance que tout irait bien. Peu après, nous étions de retour au stationnement, devant le cinéma. Dès notre arrivée, Nepha prit en charge la situation.

À sa descente du camion taxi, Nepha fit un signe de tête à son frère, qui démarra et se dirigea vers l’allée longeant le cinéma.

Se retournant, elle indiqua à Bennett de monter à l’arrière de son camion Nissan, mais il refusa. Il voulait d’abord savoir où elle nous menait. Nullement impressionnée, Nepha rétorqua qu’il pouvait la suivre à pied, s’il préférait.

À l’instar de son frère, elle se dirigea vers la ruelle sombre. On y voyait à peine autour de nous. Flanagan et moi étions à l’arrière tandis que sa jeune sœur prenait place près d’elle à l’avant. Après une courte distance, Nepha passa près d’un petit sanctuaire bouddhiste et roula un pâté de maisons plus loin, où elle gara son camion sous un lampadaire.

C’était la seule source de lumière autour. Flanagan scruta lentement les alentours. L’endroit pour conclure leur transaction semblait lui plaire. Le camion bien en vue sous le réverbère, lui et moi en descendîmes et nous dirigeâmes vers Bennett et Girdlestone qui se tenaient près d’une petite cabine téléphonique à plus d’un pâté de maisons et attendaient notre retour.

Une discussion animée s’engagea aussitôt entre Bennett et Flanagan. Ce dernier l’informa que le frère de Nepha attendait avec les deux kilos près du camion. Bennett hésitait. Après un moment, il demanda à Girdlestone de lui remettre l’argent et de rester derrière. Nepha nous rejoignit à cet instant.

Ne voulant pas attirer l’attention plus qu’il ne le fallait, elle lui ordonna de s’amener avec le fric.

– Maintenant, vous venez avec moi, s’exclama-t-elle en regardant Bennett, avant de se retourner et marcher en direction de son camion pour en finir au plus vite.

Tout était en place. Estimant mon rôle terminé, je voulus m’en aller à nouveau, mais Flanagan et Bennett refusèrent et m’obligèrent à les accompagner. À leurs dires, je demeurais toujours leur assurance que tout irait bien.

– Plus vite, répéta Nepha à quelques pas devant nous.

Alors que Girdlestone demeurait derrière à plus d’un coin de rue, nous regagnâmes le camion. Pimpam, la jeune sœur de Nepha, était toujours assise à l’avant à notre arrivée alors que son frère était demeuré adossé à une clôture. Tenant la drogue entre ses mains, il n’attendait que le signal de Nepha pour leur remettre le paquet contenant la drogue.

En approchant du camion, Flanagan se dirigea tout de suite vers l’arrière, tentant de voir où le frère de Nepha se tenait avec le paquet. Bien qu’il fût tout près, enveloppé par la noirceur il était à peine visible. J’étais à l’avant gauche du camion, alors que Nepha reprit sa place derrière le volant. Entre-temps, Bennett ouvrit la portière du côté passager. Tenant solidement ​​le sac d’argent, il glissa le haut de son corps à l’intérieur du camion.

Debout à proximité, je pouvais les entendre et les voir à travers le pare-brise.

– Là, montrez-moi l’argent, entendis-je Nepha dire à Bennett.

Inspectant l’intérieur de la cabine, ce dernier ne semblait pas pressé d’ouvrir le sac contenant l’argent.

Exaspéré, je fis un pas en avant et lui grognai de cesser de tergiverser et d’ouvrir le sac.

M’ignorant, Bennett exigea de voir l’héroïne d’abord. Élevant la voix, il cria à Flanagan qui était demeuré au même endroit, à quelques pas du parechoc arrière.

– As-tu vu l’héroïne, lui demanda-t-il, sans jamais quitter Nepha des yeux.

– Pas encore !

Réalisant que Bennett ne lui montrerait pas l’argent avant de voir l’héroïne, Nepha cria quelques mots en thaï.

Sortant de sa cachette, son frère sauta un petit fossé longeant la ruelle. Lentement, Prapas approcha et grimpa à l’arrière du camion en tenant fermement le paquet d’héroïne. Toujours debout à proximité, Flanagan le suivait du regard dans le plus grand silence.

Nepha était à ​​bout de patience et exigea que Bennett lui montre l’argent à présent que son frère était assis à l’arrière avec la drogue.

– Vous me montrez l’argent maintenant ou l’affaire est terminée, cracha-t-elle prête à quitter les lieux.

Alors qu’il avait toujours le haut du corps à l’intérieur du camion, je m’avançai vers lui comme il ouvrait le sac. Au moment où il l’ouvrit, Nepha écarquilla les yeux. Le fric était enrobé de ruban adhésif gris, de sorte qu’il fut impossible pour Nepha de voir l’argent et d’affirmer que le montant s’y trouvait bien.

Voyant cela, la moutarde me monta au nez.

– Qu’est-ce que tu fous, bordel ?

N’appréciant pas plus que Nepha la situation, je lui suggérai de mettre un terme à la transaction et j’envoyai ce tueur psychopathe de Bennett se faire foutre. Troublé et furieux, je commençai à m’éloigner à reculons. Toujours debout à quelques pas derrière le camion, Flanagan avait les yeux rivés sur la drogue et le frère de Nepha. Encore une fois, Bennett demanda s’il était bien en possession de la drogue.

J’avais couvert une distance d’environ sept ou huit mètres, et je marchais toujours à reculons, les yeux rivés sur le camion, quand j’entendis Flanagan.

– Il l’a, Barry ! Il l’a, Barry !

– Arrêtons-les, cria Bennett alors qu’il essayait en vain de mettre la main sur Nepha.

– POLICE ! POLICE ! POLICE ! … hurla Flanagan.

Dans l’incompréhension la plus totale, j’eus l’impression que tout allait au ralenti. Les mots « police, police » n’en finissaient plus de retentir et se répercuter dans la ruelle. Je reculai encore de quelques pas et j’étais sur ​​le point de me retourner pour m’enfuir lorsque je vis Flanagan sauter à l’arrière droit du camion. Après quelques pas, il s’était élancé sur Prapas debout à l’arrière. Lui encerclant les cuisses de ses bras, il tenta de l’immobiliser, mais le thaï lui résista et refusa de tomber.

Nepha sortit en vitesse du camion pour prêter main-forte à son frère. Sa jeune sœur Pimpam la remplaça aussitôt derrière le volant. Puis le moteur de la Nissan se mit à rugir. Elle essayait d’embrayer la camionnette et de quitter les lieux, mais le moteur cala.

Une fois à l’arrière, Nepha avait directement sauté sur le dos de Flanagan qui tentait désespérément d’arracher la drogue des mains de son frère. Comme je l’apprendrais par la suite, Prapas était un ex-champion de Muy Thaï et il pouvait lui tenir tête. L’avantage de poids de Flanagan ne semblait plus être un facteur déterminant. Voyant Flanagan en difficulté avec Prapas sous lui et Nepha sur son dos, Bennett grimpa à l’arrière du camion à son tour.

J’entendis le son du moteur rugir à nouveau alors que Pimpam tentait encore de démarrer, mais l’embrayage lui résistait.

Après quelques secondes de ce spectacle, je me suis retourné et me suis mis à courir. Alors que j’approchais le coin de l’autre ruelle, Girdlestone se précipita sur moi comme un lévrier en chasse. En tournant le coin, je me suis retrouvé directement dans ses bras. La seule différence étant qu’il faisait plus de cinq fois le poids d’un lévrier à plus de cent vingt kilos. Presque deux fois mon gabarit il chargea comme un taureau avant de me clouer au sol et de se laisser tomber sur moi.

Nous nous sommes retrouvés au fond d’un fossé. Non seulement il était déchaîné, mais il avait l’air d’un soldat en mission cruciale. Paniqué, je me mis à hurler comme si je faisais écho à mes propres paroles.

– Pourquoi m’avez-vous fait ça ? Pourquoi m’avez-vous fait ça ? Pourquoi m’avez-vous fait ça ?

– Ne bouge pas et ferme-la, fils de pute, me cria-t-il en retour.

Le chaos total régnait à l’arrière du camion lorsque le son du moteur revint à la vie. Mes yeux étaient rivés sur la bagarre qui s’y déroulait. Le moteur rugissait et Pimpam parvint à embrayer le camion. La pédale à fond, elle décolla en trombe et tourna à droite. Laissant une traînée de poussière derrière, elle s’engagea sur l’autre ruelle et vers l’obscurité la plus complète.

Bien que Girdlestone fût par-dessus moi, je pouvais encore voir Bennett debout à l’arrière qui tentait d’arracher Nepha du dos de Flanagan. Ce dernier était débordé avec son frère qui se battait farouchement pour la possession de l’héroïne. Toujours cloué au fond de la tranchée, mon regard demeurait fixé sur la ruelle. La camionnette y avait été totalement engloutie par la noirceur. Seuls les feux arrière nous permettaient de voir où elle en était.

– Là, j’t’ai… foutu enfoiré, me déclara mon lévrier en regardant à nouveau en direction du camion.

Sous son poids, je me préparais aux coups à venir. Il m’était impossible de bouger et me débattre ne servait à rien. Mais j’étais hors de moi et je lui lançais des injures et lui criais les pires insanités. Les feux arrière du camion qui s’éloignait demeuraient toujours visibles, lorsque le son d’un coup de feu explosa.

BANG… ANG… ANG… ANG…

La réaction de Girdlestone fut instantanée.

– Où est ton flingue ? Qui a un flingue, hurla-t-il, alarmé.

– Personne, lui répondis-je, alors que je peinais à respirer sous son poids.

Il me tenait toujours fermement quand j’ai vu la lueur blanche des feux de freinage à l’arrière du camion. La noirceur nous permit de voir les feux arrière au moment où Pimpam enfonça les freins. Le temps de quelques battements de cœur et le camion disparut dans la noirceur enveloppant la ruelle.

Sauf pour le coup de feu, nous étions trop loin pour savoir ce qui venait vraiment de se passer dans la ruelle. Girdlestone me releva et cria pour réclamer l’assistance des policiers thaïlandais. Le son de sa voix se répercutait dans la ruelle, mais il n’y avait personne autour, aucun renfort policier en vue.

– Viens ici, fils de pute ! Maintenant qui d’entre vous a une arme, gueula-t-il pour la deuxième fois.

Mais ma réponse demeura la même.

– Personne, je lui répétai, mais Girdlestone n’en croyait rien.

– Bullshit, rétorqua-t-il en colère au moment où l’on vit deux policiers thaïlandais arriver sur les lieux.

Gardant son emprise sur mes bras à l’arrière de mon dos, il hurlait toujours pour réclamer l’assistance des policiers. Il voulait que l’un d’eux me prenne en charge.

– Hey, vous ! Venez ici, leur cria-t-il avant de réaliser que ces derniers peinaient à le comprendre.

D’après l’expression de son visage, Girdlestone n’avait qu’une envie et c’était de voler au secours de ses camarades. Il ordonna à un des deux flics de me tenir.

– J’essaie, lui répondit l’agent de police.

Soudain, je craignis d’être abattu dans la ruelle… victime d’une balle perdue. Alors qu’il pensait avoir une bonne prise sur moi, je me dégageai et me mis à courir vers la lumière et le stationnement à l’avant du cinéma.

Une chose grave s’était produite. Même si j’ignorais toujours quoi exactement, je n’avais nullement l’intention de me faire descendre dans une ruelle obscure de Chiang Mai. J’étais devenu le témoin principal du procès à venir et me devais de savoir ce qui était arrivé.

Dans ma tentative de fuir vers le stationnement afin d’être à la vue des passants, j’entendis Girdlestone crier à pleins poumons.

– Allez, vas-y, tire-le ! Ne le laisse pas s’échapper. Allez, tire ce fils de pute ! Descends-le, putain ! Allez, tire-le…

Ma situation allait de mal en pis. Me retournant brièvement, j’aperçus le flic thaïlandais à ses côtés me mettre en joue avec son modèle 357 Magnum argenté. Surpris de l’entendre lui crier de me descendre, le flic hésita.

– Mais il n’est pas armé, répliqua ce dernier alors qu’il m’avait dans la mire de son flingue.

– J’m’en fous ! Tire ce foutu enfoiré, le pressa Girdlestone, rageur.

Même si je ne représentais aucun danger ni aucune menace, Girdlestone venait juste d’ordonner au flic thaïlandais de m’abattre. Comment diable pouvait-il faire cela, en vertu de quelle autorité ? Convaincu que j’allais y laisser ma peau, je plongeai au sol et attendis la suite.

Encore plus furieux, Girdlestone fondit sur moi.

Couché à plat ventre, je le vis venir à toute vitesse vers moi. La poussière et le gravier me volaient encore au visage lorsqu’il me mit la main dessus. Sa rage explosive était révélatrice de son état d’esprit. Il me remit sur mes pieds, puis d’une clé, il me barra un bras dans le dos et m’escorta vers le flic qui tenait toujours son flingue dans sa main droite.

Jim Girdlestone semblait dévoré par l’anxiété. Prenant les menottes du flic thaïlandais il s’assura qu’elles étaient bien fixées à mes poignets. Peu après, nous étions de retour à un coin de rue plus loin, et à l’endroit où le camion se trouvait sous le lampadaire avant de décoller en trombe. Aussitôt, je me suis retrouvé le visage écrasé au sol. Appuyant son genou entre mes omoplates, Girdlestone m’écrasait la cage thoracique et je ne pouvais respirer. Bien que les menottes fussent déjà solidement fixées dans mon dos, il les resserra encore plus.

Face contre terre, j’étirai le cou afin de regarder l’endroit où le camion s’était arrêté quelques minutes plus tôt. C’est alors que le rugissement d’un moteur retentit. Le policier thaïlandais avisa Girdlestone de faire attention au camion qui venait droit sur nous.

– Ce n’est pas grave… Tenez-le à l’œil, cria-t-il alors que le véhicule passait à pleine vitesse, si près de mon visage que la mort me salua en passant.

La cavalerie s’était lancée aux trousses du camion de Nepha. À ce point, Girdlestone avait l’air aussi inquiet qu’un cycliste sur les stéroïdes venant de se faire demander un échantillon d’urine après avoir gagné le tour de France. Il s’éloigna dans la ruelle en courant, pendant que le flic me tenait cloué au sol avec son pied droit encore un moment. La circulation sanguine étant entièrement coupée dans mes mains, la douleur devint intolérable.

Alors que le flic me remettait debout mes yeux demeuraient verrouillés sur Girdlestone. Il avait seulement couvert quelques mètres lorsqu’il arriva face à face avec Bennett. Je vis son profil se dessiner au moment où il sortit de l’ombre et s’avança dans ma direction. Il tenait fermement Nepha de sa main droite et dans la gauche, ce qui aurait pu être une arme à feu. En voyant l’expression sur le visage de Bennett, je compris que j’étais vraiment dans la merde. S’ils avaient Nepha, qu’en était-il de son frère Prapas avec la marchandise et de leur jeune sœur Pimpam ? Et qui avait tiré, bordel ? Je n’en avais toujours aucune idée.

Nepha fut brusquement poussée au sol, et elle se débattait furieusement au moment où Bennett l’écrasa par terre près de moi. Un des flics lui tendit une paire de menottes. S’assurant qu’elles étaient sécurisées au dos de Nepha, il détala aussitôt dans la direction d’où il venait d’arriver. En un instant, il fut englouti par la noirceur. Il était près de 21:30 à ce moment.

Quelques secondes plus tard, le reste de la cavalerie arriva sur les lieux. Armes au poing, certains flics portaient l’uniforme alors que d’autres étaient en civil.

* * *

Je fus le premier à être amené à l’écart. Une fois sur pied, deux policiers dans leurs uniformes bruns prirent soin de m’escorter vers le stationnement devant le cinéma. Voyant que Nepha était laissée derrière alors qu’elle gisait au sol, un frisson parcourut mon corps.

– Gros problèmes pour vous, s’exclama un des flics avec beaucoup de satisfaction dans sa voix.

Incapable de suivre le pas, je tombai. À cause de la circulation du sang coupée aux poignets, je ne sentais plus mes mains du tout.

Leurs armes de service à la main, il y avait un flic de chaque côté de moi. Mes pieds traînant au sol, tous deux m’entraînèrent à l’avant du cinéma pour un traitement VIP de leur cru. Quand nous atteignîmes l’avant du cinéma, une image apocalyptique m’apparut. Il y avait urgence dans l’air et du monde qui courait dans toutes les directions. La quantité déroutante de voitures de police avec leurs gyrophares clignotant dans un amalgame de couleurs ajoutait encore plus de drame à ce qui deviendrait la saga de ma vie. Dans un tourbillon continuel, les feux changeaient du rouge au bleu et du blanc au jaune. C’était à l’image du chaos régnant dans ma tête à ce moment.

Un vieux flic nous attendait. Il ouvrit gentiment la porte arrière d’un Nissan noir et blanc.

– À l’intérieur de la voiture, hurla un des policiers en me poussant dans le dos.

À mon approche, le sourire du flic qui patientait près de la voiture devint troublant. Voire inquiétant ! Dès que je fus assez près, il me mit une main autour du cou alors que les autres me donnaient un élan et il me propulsa, tête première, à l’arrière du véhicule.

Avec les mains étroitement menottées au dos, je n’avais aucun moyen d’amortir ma chute entre les sièges avant et arrière. Au moment de l’impact, j’ai immédiatement senti un craquement et me suis étouffé. Dans la seconde, je goûtai le sang qui remontait à ma bouche. Sur la bosse au milieu du plancher, je haletais pour respirer. Sauf pour gémir, il m’était impossible de dire quoi que ce soit. Reprendre mon souffle était comme vouloir aspirer l’eau d’un caillou. J’étais en train de suffoquer. Je connus un instant de panique. Afin de respirer, je devais absolument me retourner sur ma gauche. Après deux essais et moult cris de douleur, je réussis enfin. En essayant de reprendre mon souffle, je crachai du sang à nouveau.

Du coin de l’œil, je vis un homme courir et s’approcher du flic demeuré près de la porte arrière. J’avais vu son visage auparavant, puis je me souvins.

À travers les fenêtres de l’hôtel donnant sur la piscine extérieure, je me rappelais l’avoir aperçu plus tôt près de Fat Man. Je l’avais pris pour un autre touriste, avec sa chemise rouge et blanche et son jeans bleu assorti à des chaussures de tennis blanches. Mais en le voyant se cramponner à un talkie-walkie, je réalisai qu’il était tout, sauf un simple touriste.

Grand et corpulent, il transpirait abondamment sous la chaleur torride. Exhibant une magnifique coupe de cheveux, similaire à celle des soldats américains, il était à bout de souffle. Comme je l’apprendrais des années plus tard, c’était l’officier de liaison de la GRC, Ken Kelly. En quelques mots, Kelly n’était rien de moins qu’à bout de nerfs. Après un moment, il retrouva un semblant de souffle et sa voix.

– Vite… cria Kelly. L’un de nous s’est fait abattre… l’un de nous est tombé au combat.

Il éprouvait toujours de la difficulté à souffler après sa course et ne s’était pas rendu compte de ma présence à l’arrière de l’auto.

Il se tut abruptement, lorsque je poussai la porte arrière avec mes pieds. Abasourdi par ma présence, il garda le silence.

Je continuai à le dévisager. Il était trop tard. Kelly savait à présent que je l’avais bel et bien entendu dire que l’un d’eux avait été abattu. J’en déduisis aussitôt qu’il ne pouvait s’agir que de Flanagan.

Avisant l’agent qu’il devait aller informer Jack Dop à l’hôtel, Kelly me fixa un moment du regard et partit au pas de course.

Plus que jamais, j’étais devenu un homme marqué dans tous les sens du terme. J’étais devenu un individu sacrifiable.

Ma descente en enfer

Mis à part les cris et le bruit autour de la voiture de police, je ne savais rien de ce qu’il se passait.Sur le plancher à l’arrière, j’étais dans le noir.Essayant de trouver une position afin de diminuer la douleur explosant de mes côtes brisées, je craignais vivement que mon poumon droit soit perforé. Rapidement, l’adrénaline vint envahir tout mon système.

Quelque chose attira à nouveau mon attention. J’avais entendu cette petite voix et je savais qu’elle appartenait à Nepha. Je voulais me redresser pour la voir, mais mes efforts étaient inutiles, la douleur me déchirait la poitrine.Je pouvais l’entendre ainsi que les policiers l’escortant. L’intensité de leur discussion s’amplifia à leur approche.Je ne comprenais rien à leur charabia, mais je me doutais que ce n’était rien d’agréable.

Du coin de l’œil, je vis apparaître sa tête et puis celles des agents qui l’escortaient. Ils criaient à tue-tête au moment de la soulever du sol et de la balancer de toutes leurs forces à l’intérieur du véhicule. Lorsqu’elle atterrit sur ​​moi, je fus transpercé par un feu ardent venant de mon flanc droit et par le goût du sang remonta instantanément à ma bouche. La douleur était atroce.Carrément en état ​​de choc, Nepha répétait :

– Il est mort… Il est mort… Il est mort !

Sachant que nous ne resterions pas seuls très longtemps, elle me déballa tout ce qu’elle pouvait. Dans le feu de l’action lors de l’échauffourée dans l’espace cargo du camion, Bennett aurait apparemment tenté de briser la lunette arrière avec la crosse de son flingue afin d’empêcher Pimpam de s’enfuir.Un coup de feu était parti à cet instant et avait abruptement mis un terme à la lutte de Flanagan pour le contrôle de l’héroïne. Il était passé par-dessus bord et le véhicule s’était arrêté.

Poussée par Bennett, Nepha s’était écrasée au sol juste à côté de Flanagan et de la mare grandissante de sang qui s’était formée au sol.Bennett avait sauté du camion pour lui mettre le grappin dessus.

Entre-temps, son frère s’était empressé de prendre place derrière le volant pour déguerpir avec Pimpam. Flanagan gisait avec le crâne fracassé, au moment où le camion quitta la scène.

Tenant Nepha fermement, Bennett s’était alors dirigé à l’endroit où j’avais été cloué au sol.

La panique dans sa voix était palpable. Flanagan était tombé du camion dans l’instant suivant le coup de feu. Cela signifiait de graves problèmes et le pire pour mes complices. Ils étaient citoyens thaïlandais.

– Il est mort… Le policier est mort. Mon frère et ma petite sœur… ma petite sœur. Non, non, non…Elle éclata en sanglots, ses larmes chaudes atterrissant sur ​​mon visage.

Lorsque les flics claquèrent la porte arrière, nos pieds sortaient encore de la voiture. Une fois sa sirène activée, la voiture prit la direction du poste de police quelques secondes plus tard, mais ralentit après un moment. Les deux flics à l’avant se bidonnaient. Celui du côté passager ne cessait de me regarder avec un grand sourire. Je comprenais que ce sourire me disait que j’étais foutu. Le véhicule prit un lent virage à gauche, puis un autre à droite, avant de faire un arrêt complet peu après.

Je ne pouvais percevoir que la réflexion des lumières rouges et bleues sur le mur de briques et le drapeau thaïlandais devant lequel l’auto fut stationnée.Les portes à l’avant s’ouvrirent et les deux flics sortirent. Celui qui ne m’avait pas quitté des yeux tout au long du trajet ouvrit celle de derrière.

Il souriait lorsque lui et son collègue agrippèrent Nepha par les pieds.Le fait qu’elle était totalement inoffensive et de surcroît à plat ventre avec les mains menottées dans le dos, ne les perturbait aucunement. Sans hésitation, d’un seul coup, ils l’ont catapultée à l’extérieur. Faisant osciller la balance à quarante kilos, elle est sortie comme une flèche pour se retrouver le visage contre le trottoir. La façon dont on la traitait me rendait furieux et j’enrageais.

Puis mon tour vint de subir le même traitement. Atterrissant près de son corps délicat, la mâchoire posée sur son épaule gauche, je criai de douleur.

Malgré sa situation, Nepha semblait plus préoccupée pour moi que pour elle-même.Elle avait cessé de sangloter.

– Ne t’inquiète pas pour

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