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Les plus grands cannibales: Enquête sur l'un des plus grands tabous de notre société

Les plus grands cannibales: Enquête sur l'un des plus grands tabous de notre société

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Les plus grands cannibales: Enquête sur l'un des plus grands tabous de notre société

Longueur:
284 pages
3 heures
Éditeur:
Sortie:
20 nov. 2014
ISBN:
9782390090007
Format:
Livre

Description

Cet ouvrage lève le voile sur les terribles forces qui hantent les profondeurs de l’esprit humain.

Le cannibalisme ! Un terme dont la simple évocation entraîne, chez nous, un frisson de dégoût, un sentiment d’écœurement, tant cette notion nous semble horrible, tant elle nous paraît abjecte… en même temps qu’elle nous fascine.
Sans aucune censure, cependant, ce livre déconcertant traite, avec un luxe inouï de détails et d’anecdotes, mais aussi avec le plus grand sérieux, d’un sujet qui s’intéresse à l’un des interdits les plus fondamentaux pour l’espèce humaine : celui de manger son semblable.

L’auteur étudie le phénomène sous une multitude de facettes. Il examine le cannibalisme culturel et religieux, considéré comme normal, nécessaire, et faisant partie de la vie de certaines sociétés traditionnelles. Il évoque le cannibalisme lié à des conditions exceptionnelles, lorsque des malheureux furent obligés de manger leurs compagnons parce qu’ils n’avaient d’autre espoir de survivre. Il nous entraîne encore dans des affaires criminelles tristement célèbres et tellement perturbantes pour notre entendement. Car, comment admettre, en effet, que, dans nos sociétés contemporaines, d’incroyables pulsions animales puissent pousser certains à consommer de la chair humaine.

Cet ouvrage nous présente une série de situations et de récits qui bouleverseront à jamais notre perception de l’Homme.
Un livre d’Histoire et d’histoires vraies à vous donner froid dans le dos…


EXTRAIT : 
Nourrir les dieux et pratiquer la magie
Lorsque Cortés et son armée atteignirent Mexico au début du XVIe siècle, ils découvrirent une culture basée sur le cannibalisme et le sacrifice humain à grande échelle. Les fondateurs aztèques de cette culture n’étaient installés que depuis quelques siècles et leur religion remarquablement élaborée s’était créée petit à petit durant cette période. Ils empruntèrent des dieux aux autres tribus, les ajoutant à leur propre panthéon, et en créèrent de nouveau pour combler certains manques évidents. Au moment où Cortès arriva, ils avaient « tellement de dieux que même les peuples voisins n’étaient pas capables de les énumérer ». (cf. Tannahill)

Les Aztèques voulaient garder les dieux de leur côté, et ce à n’importe quel prix. Cela devait finir par poser problème. Les Aztèques étaient déjà à leur cinquième monde et étaient déterminés à ce qu’il ne finisse pas comme les quatre précédents. Ils se battraient de toutes leurs forces pour que le soleil continue sa course et que les monstres de l’aube restent à distance. Le soleil avait été créé par le sacrifice d’un dieu (il s’était jeté dans un brasier) et mis en mouvement par le sang et les cœurs d’autres dieux. Il semblait donc juste, pour ne pas dire logique, que les humains pratiquent leurs propres sacrifices pour que le monde continue à fonctionner. Et puisque les hommes peuvent devenir nerveux quand leurs chefs commencent à les tuer en grand nombre, les cœurs et le sang devaient en grande partie provenir d’étrangers. Pour permettre cela, les Aztèques entretenaient un état plus ou moins permanent de guerre, durant lequel il était mieux vu de faire des prisonniers que de tuer les ennemis. Pendant 200 ans, les armées aztèques ont parcouru l’Amérique centrale à la recherche de victimes étrangères.
Éditeur:
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20 nov. 2014
ISBN:
9782390090007
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Livre

À propos de l'auteur


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Aperçu du livre

Les plus grands cannibales - Nathan Constantine

INTRODUCTION

À première vue, le cannibalisme semble facile à définir : « comportement qui consiste à manger les individus de sa propre espèce ». Cette définition semble assez claire, mais élude de nombreuses questions et passe sous silence les divers aspects du cannibalisme.

Mâcher un foie humain est clairement un acte de cannibalisme, mais est-on anthropophage lorsque l’on se ronge les ongles ? Quelle est, principalement, la différence ?

Si difficile à épingler et si souvent une question de contexte ou de circonstances, le cannibalisme a différents degrés d’acceptabilité. De l’ongle rongé au meurtre sadique, à la mutilation et à la chair rôtie, il existe une multitude de possibilités. Du point de vue éthique, il est très important de savoir si la source de la viande est vivante ou morte. Dans le premier cas, il faut évidemment savoir si le donneur est volontaire ou pas, et dans le second, si le futur consommateur sera aussi la cause du décès.

De nos jours, nous avons tendance à penser en termes manichéens. Tout est bien ou mal, et le cannibalisme appartient clairement à la seconde catégorie. Quand quelques pauvres malheureux se retrouvent coincés au milieu de nulle part sans aucune nourriture et finissent par manger leurs compagnons, la plupart d’entre nous s’accordent sur le fait qu’ils n’avaient pas le choix, et pardonnent généreusement leurs écarts, parce que nous pensons toujours que c’était vraiment ce que ça avait l’air d’être : une horrible nécessité. Mais dans nos esprits, cet acte reste négatif : le cannibalisme est simplement et naturellement inacceptable.

Dès lors, pourquoi le pratiquer ? Pourquoi existe-t-il, alors que nous sommes généralement incapables d’imaginer un monde vraiment différent du nôtre ? Il y a trois raisons essentielles : le devoir, le désespoir ou l’envie. Ou, autrement dit, certains individus ont recours au cannibalisme parce qu’ils le doivent, parce qu’ils en ont besoin ou parce qu’ils le veulent. Ce livre traite de ces trois catégories, même s’il y a visiblement des éléments qui se recoupent : il y avait souvent plus d’une raison pour que des hommes mangent leurs semblables. Le peuple maori, par exemple, considère le cannibalisme comme socialement acceptable mais aussi comme nécessaire. De plus, ils semblent l’apprécier. Et quand il s’agit de comportement psychopathe, la limite entre besoins et désirs devient très floue.

Désespoir et désir

Le cannibalisme désespéré est assez facile à comprendre. Les famines se sont succédé tout au long de l’histoire, sur chaque continent, et ce à des échelles différentes, des immenses steppes russes aux étroites embarcations de fortune au milieu de l’océan. Certaines de ces famines ont eu des causes naturelles, d’autres furent le résultat direct d’activités humaines. Quelle que fût la raison, leur conséquence était en général identique : des personnes désespérées font des choses désespérées, et qui a faim mange ce qu’il peut, même s’il s’agit d’un autre homme.

Le cannibalisme par envie est beaucoup plus difficile à comprendre, même si des pères incestueux, des mères trop autoritaires, la torture d’animaux et des dysfonctionnements sexuels extrêmes semblent souvent revenir pour l’expliquer. L’histoire de l’humanité connaît des groupements humains traditionnellement cannibales, mais le désir de cannibalisme dans le monde moderne est principalement le fait d’individus isolés, tout au plus des affaires familles. Puisque le monde considère d’emblée que le cannibalisme est extrêmement immoral et que sa pratique devrait pouvoir être abandonnée, il s’en suit que ceux qui n’y parviennent pas sont extrêmement marginaux. Peu d’assassins cannibales ont été jugés fous, pour la seule raison que la plupart des jurés étaient trop choqués par leurs actes pour ne pas les faire exécuter.

Dans le passé

Penchons-nous d’abord sur le cannibalisme par devoir, ou cannibalisme culturel. Nous ne voulons pas ici faire référence à un comportement qui veut que chacun mange autant de chair humaine que possible parce que c’est la bonne chose à faire. Le cannibalisme par devoir résulte d’une croyance partagée par de nombreuses sociétés selon laquelle manger d’autres personnes aide le monde à tourner et permet à leur culture d’être cohérente.

Comment, pourrait-on se demander, croire en quelque chose de si bizarre, de si immoral, de si « mal » ? En réalité, ceux qui rejettent de telles croyances devraient reconsidérer les leurs. La création du monde en six jours ? Ce même monde sauvé par un seul bateau plein d’animaux ? Toutes les cultures (comme tous les individus) ont leur propre manière de donner du sens à ce qu’elles ne comprennent pas. Cela dépend des cultures, de leurs croyances et de leurs mœurs.

Dès lors, en quoi le cannibalisme peut-il être bénéfique ? Qu’espèrent obtenir ceux qui le pratiquent ? S’ils le font pour les dieux, ceux-ci seront obligatoirement reconnaissants : ils continueront à faire tourner le monde, à faire briller le soleil, à faire pousser les cultures. Et puis, il y a la magie de la chair et du sang, et la croyance au transfert. Il ne faut pas beaucoup d’imagination pour croire que consommer la chair d’un ennemi redoutable vous rendra plus fort, ou que boire le sang de personnes en pleine santé vous guérira. Ainsi, les Ashanti forçaient les lâches à manger les cœurs des braves et les pharaons se baignaient dans du sang de jeunes enfants pour guérir de la lèpre. De tels transferts de qualités corporelles offraient d’innombrables possibilités fantastiques.

Saturne mangeant ses enfants de Goya illustre une histoire de la mythologie grecque et montre que les Européens ont toujours été fascinés par la notion de cannibalisme.

« Des notions simples pour des sociétés simples », pourrait-on penser. La France du XVIe siècle était bien plus sophistiquée. « Ligotez un homme roux catholique entièrement nu à un banc » commence une recette médicinale, sans doute anglicane, « confiezle aux soins de nombreux animaux venimeux. Une fois qu’il aura succombé aux morsures et aux piqûres, pendez-le la tête en bas et mettez un bol sous lui afin de récolter les gouttes. Mélangez-les aux cadavres des animaux venimeux qui ont causé sa mort, à la graisse d’un homme qui fut pendu et à des entrailles d’enfants. Utilisez quand le besoin s’en fait sentir » (cf. Askenasy, dans la bibliographie).

Ce n’était pas juste une question de transfert. Manger un ennemi était un bon moyen de le punir, une forme de revanche très satisfaisante, une remarquable méthode de dissuasion. Et ce n’était pas réservé aux ennemis. En mangeant des parents décédés, on pouvait leur épargner la solitude de l’enterrement et limiter la durée de deuil des vivants.

Des facteurs diététiques et économiques entraient aussi en jeu. Dans certains endroits, la chair humaine était la seule source de protéines disponible. Dans d’autres, elle constituait la principale source de revenus de la communauté. Si tel était le cas, il y avait beaucoup de chances pour que la pratique soit considérée comme moralement acceptable. Combien de fois n’avons-nous pas entendu les politiciens dire que la suppression du commerce d’armes mettrait à mal trop d’emplois ?

Autant de raisons qui font que bien d’autres cultures ont fait du cannibalisme une pratique quotidienne.

Et pourquoi pas ?

Une dernière réflexion. C’est très bien de se demander « Pourquoi le cannibalisme ? » Mais, tout au long de l’histoire, il a surtout été pertinent de se demander « Pourquoi pas ? »

Au tout début du XXe siècle, J.H.P Murray était lieutenant gouverneur et officier judiciaire en chef de la Papouasie-Nouvelle-Guinée anglo-australienne. Dans ses mémoires, il évoque la description terre-à-terre, effectuée par un témoin lors d’un procès, des pratiques cannibales de sa tribu : « On fait bouillir les corps. On les coupe et on les fait bouillir dans un récipient. On fait aussi bouillir des bébés. On les coupe comme des cochons. On les mange chauds ou froids. On mange d’abord les jambes. On les mange parce qu’ils sont comme des poissons. On a des poissons dans les criques, et des kangourous aussi. Mais notre vraie nourriture, ce sont les hommes. » (cf. Hogg)

Il est évident que Murray a pensé à ce témoignage, et à d’autres déclarations entendues pendant son séjour en Papouasie-Nouvelle-Guinée. L’idée le révoltait, mais il cherchait en vain une raison convaincante. Plus tard, il écrivit : « Ici, certaines tribus aiment la chair humaine, et ne voient pas pourquoi elles ne devraient pas en manger. En effet, je n’ai jamais été capable de répondre de manière convaincante à un autochtone me demandant pourquoi il ne devrait pas manger de chair humaine. » (cf. Hogg)

Alfred St Johnston, un voyageur bien connu de l’époque victorienne, est allé encore plus loin. En 1883, il écrivit : « J’aurais dû savourer la lutte de jadis dans les Fidji, ma main contre tout le monde, et tout le monde contre moi, et les coups portés à mes ennemis, et la folie violente de la passion incontrôlée et de la rage avec laquelle ils allaient se battre. Après tout, je suis sûr que j’aurais apprécié les manger ».

Si même les coloniaux guindés de l’époque éprouvaient quelques difficultés à expliquer pourquoi éviter la pratique du cannibalisme, il n’est guère étonnant que les colonisés se soient demandé pourquoi on faisait tant d’histoires. « Quel mal peutil y avoir à manger nos ennemis tués au combat ? Ces ennemis n’auraient-ils pas fait de même avec nous ? » demanda un groupe de Maoris au capitaine Cook. Il y avait plusieurs Tahitiens à bord de son navire, et ils firent bien comprendre aux Maoris qu’ils avaient horreur du cannibalisme. Selon le capitaine, les cannibales « leur rirent au nez ».

Et ils riaient encore cinquante ans plus tard. Le docteur français Félix Maynard relata les explications que lui donna un chef maori : les poissons mangent les poissons, les chiens mangent les chiens, les oiseaux mangent les oiseaux. Même les dieux se mangent entre eux. Et pourquoi pas les hommes ? conclut-il.

En 1818, un chef maori du nom de Touai fut amené à Londres pour y être civilisé. Les choses ne tournèrent pas comme prévu. Ses festins de chair humaine lui manquaient et il en choqua plus d’un en racontant les repas de chez lui. Il en avait assez du bœuf, ajouta-t-il ensuite, le regard perdu au loin.

« Les femmes et les enfants, c’est délicieux. Mais il ne faut jamais manger la chair crue », avertit-il ses compagnons captivés. Et il leur conseilla de conserver tout particulièrement la graisse des fesses pour accompagner les patates douces.

Les détails culinaires peuvent quelque peu différer selon les peuples, mais ils avaient principalement la même signification. Au XIXe siècle, des hommes d’une tribu congolaise expliquèrent à un missionnaire anglais, le révérend W. Holman Bentley : « Vous mangez de la volaille et des chèvres, nous, nous mangeons des hommes. Pourquoi pas ? » Lorsque le chef de la tribu de Liboko fut interrogé au sujet de la chair humaine, il se serait léché les babines et aurait exprimé son envie de manger « chaque personne sur terre » (cf. Bentley).

Les Papous se souviennent encore d’avoir pratiqué des actes de cannibalisme au cours de leur vie. Certaines tribus expliquent que l’anthropophagie est une forme de revanche.

Certaines tribus nigérianes partageaient la même approche terre-à-terre. Lorsque des anthropologues curieux interrogèrent des membres de la tribu des Mambila, on leur répondit en termes on ne peut plus clairs que la chair humaine était juste une autre forme de viande. Quand un ennemi était tué, il était généralement mangé sur-le-champ, sans rituel ni cérémonie. Les restes étaient ramenés à la maison pour les plus âgés, qui s’en régalaient.

Dans le sud du Soudan, les Zandés se comportaient de manière similaire. Selon E.E. Evans-Pritchard, anthropologue du début du XXe siècle, ils mangeaient de la chair parce que c’était de la bonne viande. Ils disaient que les étrangers ne représentaient rien pour eux. Rien d’autre que de la viande, en tout cas.

Et de la viande, c’est de la viande. Les Mambila vendaient leurs morts à des tribus voisines. D’autres tribus, tant en Afrique qu’en Amérique du Sud, engraissaient leurs prisonniers pour les emmener au marché, et souvent ils les castraient pour accélérer le processus. On gavait de jeunes garçons avec des bananes, on les cuisait et on les vendait. Dans le sud du Nigeria, les prix du marché variaient en fonction des différents morceaux. Au Congo, des corps d’hommes et de femmes, des repas potentiels, étaient disposés en rangées et marqués avec de l’argile colorée pour permettre aux acheteurs de choisir un morceau. Lorsqu’un Européen enragé protesta, le commerçant parut perplexe. « Mais ce n’est pas un homme, dit-il, c’est de la viande d’esclave. » (cf. Askenazy)

Tout est relatif, bien sûr, mais il y avait souvent d’autres raisons. Les hommes de Mambila croyaient également qu’en mangeant leurs ennemis ils s’approprieraient leur courage. Quant aux femmes, il leur était interdit de manger toute chair humaine. Le récipient dans lequel un Zandé cuisait de la chair humaine n’était jamais utilisé que par lui, ce qui montre bien le caractère particulier de cette forme de cannibalisme. Même les Papous de J.H.P. Murray réservaient des rituels à leur consommation de « vraie nourriture ». Il n’était pas acceptable qu’un Papou mange un homme qu’il avait lui-même tué. « Mais si après l’avoir tué, il va s’asseoir sur une noix de coco, avec une noix de coco en dessous de chaque talon, et que sa fille fait bouillir le cœur de l’homme, alors, il pourra boire l’eau dans laquelle le cœur a bouilli. Et il pourra manger un peu du cœur, à condition qu’il reste tout le temps assis sur les noix de coco ». (cf. Hogg)

Il n’y avait pas de doute sur l’existence d’un cannibalisme « pour le cannibalisme ». Tant que les humains étaient capables de « déshumaniser » l’autre, alors l’autre pouvait être considéré comme de la viande. Il serait plus facile de penser que cela a toujours posé problème, et que c’est la raison pour laquelle les cannibales ont souvent eu besoin de déguiser leur gloutonnerie et leurs envies culinaires par des rituels, une religion ou des jeux de noix de coco. Ce serait plus facile, mais ce serait une erreur. Si, au XXe siècle, un grand nombre d’Allemands très instruits ont pu croire qu’un autre groupe de bipèdes dotés de la parole était une race inférieure, il n’est pas surprenant que des cultures « moins développées » aient souvent éprouvé des difficultés à faire la différence entre les types de viande.

CANNIBALISME ET RITUELS

Nourrir les dieux et pratiquer la magie

Lorsque Cortés et son armée atteignirent Mexico au début du XVIe siècle, ils découvrirent une culture basée sur le cannibalisme et le sacrifice humain à grande échelle. Les fondateurs aztèques de cette culture n’étaient installés que depuis quelques siècles et leur religion remarquablement élaborée s’était créée petit à petit durant cette période. Ils empruntèrent des dieux aux autres tribus, les ajoutant à leur propre panthéon, et en créèrent de nouveau pour combler certains manques évidents. Au moment où Cortès arriva, ils avaient « tellement de dieux que même les peuples voisins n’étaient pas capables de les énumérer ». (cf. Tannahill)

Les Aztèques voulaient garder les dieux de leur côté, et ce à n’importe quel prix. Cela devait finir par poser problème. Les Aztèques étaient déjà à leur cinquième monde et étaient déterminés à ce qu’il ne finisse pas comme les quatre précédents. Ils se battraient de toutes leurs forces pour que le soleil continue sa course et que les monstres de l’aube restent à distance. Le soleil avait été créé par le sacrifice d’un dieu (il s’était jeté dans un brasier) et mis en mouvement par le sang et les cœurs d’autres dieux. Il semblait donc juste, pour ne pas dire logique, que les humains pratiquent leurs propres sacrifices pour que le monde continue à fonctionner. Et puisque les hommes peuvent devenir nerveux quand leurs chefs commencent à les tuer en grand nombre, les cœurs et le sang devaient en grande partie provenir d’étrangers. Pour permettre cela, les Aztèques entretenaient un état plus ou moins permanent de guerre, durant lequel il était mieux vu de faire des prisonniers que de tuer les ennemis. Pendant 200 ans, les armées aztèques ont parcouru l’Amérique centrale à la recherche de victimes étrangères.

Un sacrifice au temple : les Aztèques mangeaient de la chair humaine cuite devant Mictlantecutli, le Seigneur du royaume des morts.

Des festivals de nourriture

Les prisonniers étaient ramenés à Tenochtitlan dans la vallée centrale, où ils attendaient leur mise à mort durant l’un des festivals. Il y en avait dix-huit, un pour chaque mois de vingt jours du calendrier aztèque, et seuls quatre d’entre eux se déroulaient sans effusion de sang (trois étaient consacrés aux fleurs, un au jeûne).

Les quatorze autres festivals étaient des variations sur le même thème. La victime sacrificielle était conduite sur l’autel d’un temple, généralement un bloc de pierre courbe au sommet d’une pyramide à degrés, et tenue par cinq prêtres, un pour chaque membre et un pour la tête. Le chef des prêtres ouvrait la poitrine de la victime à l’aide d’un couteau en obsidienne, arrachait le cœur encore battant et le levait vers le soleil. Il le plaçait ensuite dans un bol avec de l’encens, dont la fumée se mêlait à l’odeur du sang et montait vers le ciel. Le corps était ensuite jeté sur les marches (porté, si la victime était noble ou s’était montrée particulièrement courageuse) et utilisé par ses ravisseurs.

Le corps était découpé et écorché. La tête était pendue sur un présentoir de crânes et une cuisse était offerte aux dirigeants. Le chef des ravisseurs recevait parfois la peau de la victime : la porter lui transférait ses qualités. Le reste de la chair était partagé entre les nobles locaux et les autres ravisseurs. Les os étaient donnés aux animaux qui gardaient les temples.

D’autres sacrifices

Les sacrifiés n’étaient pas toujours des hommes. Durant le premier festival de l’année, dédié au dieu de la pluie, des enfants étaient noyés pour empêcher la sécheresse. Leur sang était mélangé à de la pâte de maïs, qui était ensuite pétrie pour faire des répliques du dieu de la guerre Huitzilopochtli. Les cœurs de ces répliques étaient mangés par le roi, le reste était partagé entre les nobles.

Le second festival était consacré à Xipe Totec, le dieu du printemps. Les prisonniers de guerre (plus ils étaient courageux, mieux c’était) étaient ligotés à des cadres en bois au-dessus du sol qui allait être semé et étaient utilisés comme cibles par les archers aztèques. Une fois que leur sang avait enrichi le sol, les prisonniers encore vivants étaient sacrifiés à la manière habituelle. Leurs peaux étaient portées par les prêtres de Xipe Totec, teintes en jaune pour symboliser la nouvelle « peau » de végétation qui embellirait bientôt la terre.

Le

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