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Droit patrimonial de la famille: Droit belge

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Droit patrimonial de la famille: Droit belge

Longueur:
311 pages
3 heures
Éditeur:
Sortie:
Aug 23, 2017
ISBN:
9782807201088
Format:
Livre

Description

Les Éditions Anthemis vous proposent un outil complet pour comprendre le droit patrimonial de la famille.

LES ASSURANCES-VIE EN DROIT PATRIMONIAL DE LA FAMILLE
L’exposé aborde les questions pratiques que posent les assurances sur la vie en droit patrimonial de la famille à la lumière des nouveautés jurisprudentielles et législatives, sous l’angle du droit des successions d’une part et sous l’angle du droit des régimes matrimoniaux d’autre part.
ACTUALITES EN DROIT DES REGIMES MATRIMONIAUX
L’objectif de l’étude est de faire le point sur un ensemble de questions qui font l’actualité, soit parce qu’elles ont donné lieu à des décisions de jurisprudence récentes qui méritent d’être analysées, soit parce que le Parlement pourrait être amené à se prononcer prochainement sur deux projets de réforme du droit des régimes matrimoniaux.
ACTUALITES EN DROIT DES SUCCESSIONS
Les auteurs proposent une analyse des actualités législatives et jurisprudentielles dans la branche du droit successoral, ainsi que des perspectives de lege ferenda en la matière.

Un ouvrage écrit par des professionnels, pour des professionnels.

À PROPOS DES ÉDITIONS ANTHEMIS

Anthemis est une maison d’édition spécialisée dans l’édition professionnelle, soucieuse de mettre à la disposition du plus grand nombre de praticiens des ouvrages de qualité. Elle s’adresse à tous les professionnels qui ont besoin d’une information fiable en droit, en économie ou en médecine.
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Aug 23, 2017
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Droit patrimonial de la famille - Jean-Louis Renchon (dir.)

Belgique

Les assurances-vie en droit patrimonial

de la famille

Élodie WELING-LILIEN

Master en droit et en notariat

Assistante au Centre de droit de la personne, de la famille et de son patrimoine de l’Université catholique de Louvain

1. La loi du 25 juin 1992 sur le contrat d’assurance terrestre (ci-après LCAT) a fêté ses 20 ans d’existence, et il est indéniable qu’en matière de statut patrimonial des prestations d’assurance-vie, le besoin d’une réforme législative se faisait fortement ressentir.

C’est chose faite pour le volet successoral, auquel est consacrée la première partie de cette contribution, une loi du 10 décembre 2012 ayant modifié l’article 124 LCAT. Nous examinerons dans un premier temps le régime instauré par cette nouvelle disposition, ainsi que les interrogations et incertitudes qu’elle a laissé subsister (section 1, § 1). Le deuxième point (section 1, § 2) se veut essentiellement pratique et synthétise les réflexes à adopter par le praticien face à un contrat d’assurance-vie, en fonction de la loi applicable à ce contrat. Nous y examinerons brièvement le régime antérieur à la nouvelle législation, qui reste applicable à toutes les successions ouvertes avant le 21 janvier 2013, date d’entrée en vigueur de la loi.

Quant au statut matrimonial des assurances-vie, qui fait l’objet de la deuxième partie de cette contribution (section 2), il est actuellement remis sur le métier par le législateur, un projet de loi y relatif étant en cours d’examen au Parlement. Nous subdiviserons cette partie de l’exposé entre les assurances-vie individuelles, d’une part, (section 2, § 1), et les assurances-groupe, d’autre part, (section 2, § 2), en examinant pour chacune le régime qui leur est applicable de lege lata tel qu’il résulte de la doctrine et de la jurisprudence, notamment de la Cour constitutionnelle, ainsi que les changements proposés dans le projet de réforme.

Section 1

Actualités en droit successoral – L’article 124 LCAT

nouveau

§ 1. Exposé de la modification législative du 10 décembre 2012

A. Nouveau régime

2. Depuis l’adoption de la loi du 10 décembre 2012¹, l’article 124 LCAT est libellé comme suit :

« Art. 124. Rapport ou réduction en cas de décès du preneur d’assurance

En cas de décès du preneur d’assurance, la prestation d’assurance est, conformément au Code civil, sujette à réduction et, pour autant que le preneur d’assurance l’a spécifié expressément, à rapport. »

3. Le nouvel article 124 LCAT ne sera appelé à s’appliquer que si le contrat d’assurance-vie est le vecteur d’une donation indirecte, ce qui est apprécié conformément au droit civil. Si tel est le cas, la nouvelle disposition prévoit expressément trois conséquences².

D’abord, l’objet de la libéralité est la prestation d’assurance (et non les primes). La question de savoir s’il ne fallait pas appliquer la théorie de la donation-achat par analogie, en raison du fait que le preneur d’assurance n’aurait sorti que les primes de son patrimoine, est donc tranchée. La loi consacre ainsi l’opinion défendue notamment par E. de Wilde d’Estmael, à savoir qu’en désignant un tiers bénéficiaire, le donateur s’appauvrit de la contrepartie des primes versées, c’est-à-dire de la créance des prestations d’assurance dont il dispose contre la compagnie d’assurance³. Si le preneur avait conservé le bénéfice de l’assurance, il (ou ses ayants droit) aurait touché le capital, et non les primes. À la différence de la situation qui prévaut dans le cadre d’une donation-achat, où le donateur n’a jamais été propriétaire de l’immeuble acquis grâce aux sommes données, le preneur d’assurance était bien titulaire de la créance relative aux prestations d’assurance⁴. Ensuite, les prestations d’assurance sont intégrées dans la masse de l’article 922 du Code civil pour le calcul du disponible de la succession du preneur d’assurance, et la libéralité peut faire l’objet d’une réduction, conformément au droit commun.

Enfin, la libéralité réalisée par le biais d’un contrat d’assurance-vie est présumée dispensée de rapport lorsque le bénéficiaire de la prestation d’assurance est un héritier en ordre utile qui vient à la succession. Cette présomption est réfragable, moyennant stipulation expresse du preneur d’assurance. De ce fait, la prestation d’assurance-vie est donc toujours, bien que dans une moindre mesure, soumise à un régime dérogatoire au droit commun des libéralités et des successions. L’on peut le regretter, non seulement parce que cette disposition dérogatoire emporte un risque accru de méconnaissance de la règle par le preneur d’assurance donateur, mais surtout parce que le rapport, bien qu’étant de nature supplétive, traduit une règle fondamentale de droit des successions selon laquelle l’égalité est l’âme du partage. La dérogation au droit commun du rapport des libéralités se comprend d’autant moins bien qu’elle n’est nullement justifiée dans les travaux préparatoires, où, à dire vrai, la question de son opportunité n’a pas été abordée⁵. Certes, la Cour constitutionnelle n’a pas condamné la dispense de rapport insérée dans l’ancien article 124 LCAT, mais, comme l’écrit F. Tainmont, « ce n’est pas parce la Cour constitutionnelle n’a pas sanctionné l’article 124 LCAT en ce qui concerne la présomption de rapport qu’il est légitime que celle-ci soit maintenue »⁶.

B. Questions non résolues par l’article 124 LCAT nouveau

4. La première incertitude porte sur le champ d’application du nouvel article 124 LCAT : s’applique-t-il uniquement aux assurances-vie individuelles ou également aux assurances-groupe ?

La question se pose pour la raison suivante. Les assurances-groupe, en raison de leur spécificité par rapport aux assurances-vie individuelles découlant de leur fonction de pension complémentaire⁷, soulèvent des problèmes importants au niveau de la détermination du statut matrimonial des prestations en cas de divorce. Lors des discussions sur la proposition de loi ayant mené à l’adoption de l’article 124 LCAT nouveau, des amendements avaient été déposés afin de modifier également les articles 127 et 128 LCAT relatifs au statut matrimonial des prestations d’assurance. En raison des débats qu’ils suscitaient notamment en lien avec les assurances-groupe, ces amendements ont cependant été retirés afin de ne pas retarder l’adoption du projet de loi⁸. Or, dans le cadre des discussions sur le statut successoral des prestations d’assurance, la question de savoir s’il n’y aurait pas lieu de soumettre les assurances-groupe à un régime différent n’a même pas été abordée, ce qui est pour le moins paradoxal⁹. Peut-on pour autant en déduire que le législateur a implicitement voulu les exclure du champ d’application de l’article 124 LCAT nouveau ?

Force est de constater que les termes de l’article 124 LCAT sont généraux. Il n’existe donc pas de fondement légal pour exclure les assurances-groupe de son champ d’application¹⁰, a fortiori à la lecture de l’article 97 LCAT qui dispose que les dispositions du chapitre 2 (les assurances sur la vie) dans lequel figure l’article 124 LCAT, « s’appliquent à tous les contrats d’assurance de personnes dans lesquelles la survenance de l’événement assuré ne dépend que de la durée de la vie humaine ». En outre, il ne faut pas oublier que la Cour constitutionnelle, dans son arrêt du 27 juillet 2011 rendu en matière de statut matrimonial des prestations d’assurance-groupe¹¹, va également dans ce même sens¹².

5. La deuxième question non tranchée par le législateur est celle de la date à prendre en considération pour l’imputation sur la quotité disponible de la donation réalisée par le biais du contrat d’assurance-vie. Deux dates potentielles, à savoir la date de la souscription de la police d’assurance et les dates du paiement de chacune des primes, sont unanimement rejetées. Par contre, le choix entre la date de la désignation bénéficiaire et la date de l’acceptation de sa désignation par le bénéficiaire est très controversé.

Selon une première thèse, l’acceptation rétroagit au jour de la désignation bénéficiaire (qui n’est pas nécessairement concomitante avec la date de souscription du contrat), car, d’une part, c’est à la date de la désignation bénéficiaire que l’intention libérale du preneur d’assurance s’est manifestée et, d’autre part, l’article 121, alinéa 1, de la LCAT, prévoit que le droit du bénéficiaire naît par le simple fait de sa désignation. L’acceptation aurait comme seul but de consolider la désignation en la rendant irrévocable et non de donner naissance au droit du bénéficiaire, qui existe depuis la désignation¹³. « L’acceptation », écrit P. Moreau, « doit être considérée non pas comme une condition de validité, mais comme une condition d’efficacité de l’acte »¹⁴.

Personnellement, nous préconisons d’imputer la donation indirecte à la date de l’acceptation de la désignation bénéficiaire. D’abord, parce qu’avec Philippe De Page, il nous semble que le parallèle peut être tiré entre un contrat d’assurance-vie dans lequel le preneur a désigné un tiers bénéficiaire qui n’a pas encore accepté sa désignation et le processus de formation d’un contrat entre absents. Dans les deux cas, l’offre de contracter est acceptée dans un laps de temps plus ou moins court après son émission, en dehors de la présence de l’offrant¹⁵. Dans l’hypothèse d’un contrat entre absents, personne ne conteste que le contrat naît au jour de l’acceptation de l’offre, et non au jour de son émission¹⁶. Il en va de même, à notre avis, pour le contrat de donation qui se noue entre le preneur d’assurance et le bénéficiaire par le biais du contrat d’assurance.

Le deuxième argument, plus spécifique au droit des libéralités, découle de l’article 894 du Code civil qui définit la donation entre vifs comme « l’acte par lequel le donateur se dépouille actuellement et irrévocablement en faveur du donataire qui l’accepte ». Une donation présente donc trois caractéristiques : la donation est un contrat, de sorte que l’acceptation du bénéficiaire est indispensable, elle est irrévocable et le dépouillement du donateur doit être immédiat¹⁷. Transposé à la matière des assurances-vie, il ne peut y avoir donation qu’au jour où la désignation bénéficiaire, qui incorpore l’intention libérale du preneur, devient irrévocable, c’est-à-dire au jour où elle est acceptée¹⁸. Si, comme c’est souvent le cas en pratique, le bénéfice du contrat n’est accepté qu’après le décès du preneur, l’acceptation rétroagit au jour du décès¹⁹. La raison est simple : l’on peut considérer qu’en raison de son décès, l’attribution bénéficiaire est devenue définitive dans le chef du donateur²⁰. Ainsi, la libéralité réalisée par le biais d’un contrat d’assurance-vie sera toujours traitée comme une donation, et jamais comme un legs.

Enfin, il nous semble que si la date de la désignation bénéficiaire était retenue pour l’imputation de la donation sur la quotité disponible, cela nuirait aux droits acquis des tiers gratifiés par des donations préciputaires entre le moment de la désignation bénéficiaire et de son acceptation. De fait, la donation réalisée par le biais de l’assurance-vie serait imputée sur la quotité disponible avant des donations préciputaires postérieures, augmentant ainsi le risque de réduction de ces dernières.

6. Troisièmement, l’article 124 LCAT nouveau permet au donateur d’imposer le rapport au bénéficiaire, mais il doit « l’avoir spécifié expressément ». L’article 124 LCAT est en quelque sorte le miroir inversé de l’article 843 du Code civil, puisqu’il établit une présomption inverse de celle qui résulte de cette disposition. Comme les deux textes utilisent le même terme « expressément » quant à la possibilité du donateur de renverser la présomption, doit-on en conclure que ce terme s’interprète de la même manière dans les deux articles de loi ? La dispense de rapport imposée par l’article 843 du Code civil est généralement interprétée comme pouvant être tacite, à condition d’être certaine, ce qui peut être déduit d’éléments intrinsèques ou extrinsèques à la donation²¹. Cependant, à lire les travaux parlementaires²², il semblerait que le terme « expressément » utilisé dans l’article 124 LCAT nouveau doive être interprété de manière littérale comme signifiant exprimé en termes explicites, formels, bien que non sacramentaux.

7. La quatrième question a trait aux modalités de la stipulation par laquelle le preneur d’assurance impose le rapport au bénéficiaire.

Jusqu’à quand le donateur peut-il stipuler l’obligation de rapport ? Peut-il l’imposer au bénéficiaire qui a déjà accepté sa désignation ?

Selon un premier courant doctrinal, le rapport peut être imposé par le donateur jusqu’à l’acceptation bénéficiaire. Après l’acceptation, la donation étant formée, elle est présumée préciputaire en vertu de l’article 124 LCAT et ne peut plus être transformée en avance d’hoirie²³. Par l’acceptation, la désignation bénéficiaire est devenue irrévocable en vertu de l’article 121, alinéa 2, LCAT. Si le rapport pouvait être imposé unilatéralement par le donateur après la formation de la donation, cela contreviendrait au principe de l’irrévocabilité des donations. En effet, une donation préciputaire est définitivement sortie du patrimoine du donateur, sauf réduction, de sorte qu’il n’est pas possible, en droit commun des libéralités, de la transformer en avance d’hoirie²⁴. Les défenseurs de la thèse adverse arguent que le preneur est libre d’imposer le rapport de la donation jusqu’à son décès, y compris après l’acceptation bénéficiaire. Cette opinion repose sur une interprétation large de l’article 919, alinéa 2, du Code civil, qui devrait se lire comme permettant au donateur de modifier unilatéralement la présomption relative au rapport jusqu’à son décès, qu’il s’agisse de la présomption de rapport établie par l’article 843 du Code civil ou de la présomption de dispense de rapport établie par l’article 124 LCAT²⁵.

La véritable question est celle de savoir si le fait qu’une donation soit rapportable ou préciputaire relève du champ contractuel de la donation. La réponse est négative pour J.-L. Renchon, qui écrit : « Mais d’où vient cette idée que la décision de dispenser une donation de rapport devrait être considérée comme un contrat intervenu entre le donateur et le donataire ? Elle est en effet incompatible avec les termes de l’article 919 du Code civil »²⁶. Il est vrai que l’article 919, alinéa 2, du Code civil, parle de « déclaration » de préciput, et non d’une stipulation contractuelle. Il ne nous semble cependant pas que l’on puisse en tirer de conclusion, puisque la « déclaration » évoquée à l’article 919, alinéa 2, vise tant les donations que les legs, pour lesquels il n’y aurait aucun sens d’exiger une clause contractuelle. À notre estime, le caractère rapportable ou préciputaire d’une donation relève bel et bien du champ contractuel. Ce caractère rapportable ou non est en effet essentiel puisqu’il détermine la nature même de la libéralité – avance sur succession ou avantage hors part. Pourrait-on concevoir qu’un tel élément échappe au champ contractuel des parties ? Le fait que l’obligation de rapport (ou la dispense de rapport, dans le cas d’une assurance-vie) ne résulte pas de la volonté expresse du donateur, mais d’une présomption légale réfragable n’y change rien, puisqu’en ne manifestant pas de volonté contraire, les parties sont réputées adhérer à la présomption.

Si l’on considère que le caractère rapportable relève du champ contractuel, un grand principe du droit des contrats établi par l’article 1134 du Code civil veut qu’une partie ne puisse modifier unilatéralement les modalités du contrat qu’elle a conclu. L’article 919, alinéa 2, du Code civil, en ce qu’il permet à un cocontractant, le donateur, de transformer unilatéralement une donation réalisée en avancement d’hoirie en donation préciputaire, apporte une exception à ce principe. À cet égard, il n’est pas anodin de souligner que la modification unilatérale du contrat expressément autorisée par l’article 919, alinéa 2, est bénéfique à la partie qui la « subit » ; ce ne serait pas le cas si le donateur pouvait faire l’inverse, c’est-à-dire transformer une donation préciputaire en avance d’hoirie. L’article 919, alinéa 2, déroge également à l’interdiction des pactes sur successions futures²⁷. Il doit, à notre sens, en être conclu que l’article 919 s’interprète strictement.

Pour contourner le problème, Fabienne Tainmont propose fort opportunément de prévoir une convention entre donateur et donataire dans laquelle ils exposent que la donation était dès le départ conçue et voulue comme avance d’hoirie²⁸. Il ne s’agit donc plus de modifier les modalités du rapport, mais d’interpréter la convention initiale²⁹.

Enfin, se pose également la question de l’endroit où inscrire l’obligation de rapport. Il est unanimement admis que le donateur ne peut imposer au bénéficiaire le rapport de la prestation d’assurance dans la police d’assurance, à défaut de quoi le contrat d’assurance perdrait son caractère neutre et la donation serait annulable pour violation de l’article 931 du Code civil. L’obligation de rapport doit donc nécessairement figurer dans un document distinct. Mais lequel ? L’obligation de rapport peut sans aucun doute figurer dans un testament³⁰. Pourrait-elle également résulter d’une lettre d’intention ou d’un document unilatéral ? Avec K. Boone³¹, nous aurions tendance à estimer que oui, sous deux réserves. Premièrement, pour autant que l’obligation de rapport ne soit pas formalisée dans un avenant au contrat d’assurance³². Et, deuxièmement, pour autant que le donateur précise dans cette déclaration unilatérale que son intention était dès le départ, c’est-à-dire dès la désignation bénéficiaire, de consentir une libéralité en avance d’hoirie³³.

§ 2. Quelle attitude et quels réflexes adopter en pratique en présence

d’un contrat d’assurance-vie ?

8. La première chose à vérifier est la loi applicable au contrat d’assurance-vie. Le critère est la date du décès du preneur. En l’absence de dispositions transitoires spécifiques, la loi du 10 décembre 2012 est entrée en vigueur 10 jours après sa publication au Moniteur belge, soit le 21 janvier 2013.

A. Décès du preneur d’assurance avant le 21 janvier 2013

9. Nul n’ignore que la Cour constitutionnelle a rendu deux arrêts relativement à l’article 124 LCAT ancien.

Le premier arrêt, rendu en date du 26 juin 2008³⁴, a trait à la réserve. La Cour constitutionnelle déclare l’article 124 LCAT ancien inconstitutionnel « en ce qu’il a pour effet que la réserve ne peut être invoquée à l’égard du capital en cas d’opération d’épargne par le de cujus sous la forme d’une assurance-vie mixte ». La Cour justifie sa position par la considération que certains produits d’assurance-vie actuels sont devenus « d’authentiques instruments de placement financier, mobilisant des avoirs d’épargne considérables », ce qui n’était pas le cas lors de l’adoption de la loi du 25 juin 1992, où ils s’apparentaient à « un acte normal de prévoyance entraînant un appauvrissement limité du patrimoine, puisqu’il se traduisait le plus souvent par le paiement de primes périodiques d’un montant raisonnable »³⁵. La Cour en conclut que le risque d’atteinte à la réserve en présence d’une donation par la voie d’un contrat d’assurance-vie et d’une autre donation est similaire, et qu’il n’existe pas de justification objective et raisonnable pour traiter les héritiers réservataires différemment dans ces deux hypothèses.

Le deuxième arrêt, rendu en date du 16 décembre 2010³⁶, a trait à la présomption de dispense de rapport établie par l’article 124 LCAT ancien. La Cour constitutionnelle estime qu’il n’y a pas de différence de traitement injustifiée entre une libéralité réalisée par le biais d’un contrat d’assurance-vie (qui est présumée dispensée de rapport par l’article 124 LCAT) et une autre libéralité (qui est présumée rapportable par l’article 843 du Code civil), en raison du fait que le de cujus a, dans les deux cas, la possibilité de faire primer sa volonté sur la présomption légale³⁷.

En présence d’un contrat d’assurance-vie encore soumis à l’article 124 LCAT ancien, il y a donc lieu de considérer que la donation réalisée par ce biais 1) est dispensée de rapport, sauf disposition en sens contraire³⁸ et 2) est prise en considération pour calculer la quotité disponible et est réductible si elle excède ladite quotité disponible, à condition que le constat d’inconstitutionnalité puisse s’appliquer au contrat d’assurance-vie en cause³⁹. C’est à la question de l’interprétation du champ d’application du constat d’inconstitutionnalité que les lignes suivantes seront consacrées.

10. La doctrine⁴⁰, suivie par la jurisprudence⁴¹, a classiquement retenu la lecture suivante de l’arrêt de la Cour constitutionnelle du 26 juin 2008 précité : bien que l’arrêt concernait un contrat d’assurance-vie mixte, le constat d’inconstitutionnalité s’étend à tous les contrats d’assurance-vie qui s’analysent en un bien d’épargne⁴². Les contrats d’assurance-vie réalisant une simple opération de prévoyance restent quant à eux soumis au régime de l’article 124 LCAT ancien et ne sont donc ni pris en considération dans le calcul du disponible ni réductibles.

Cette lecture traditionnelle de la jurisprudence constitutionnelle⁴³ trouve sans doute son origine dans la genèse de l’article 124 LCAT ancien. Avant l’adoption de la LCAT, le régime de faveur des assurances-vie, qui n’était applicable qu’entre époux, avait pour but de favoriser la « prévoyance entre époux », ce qui se comprend bien à la lumière du droit successoral de l’époque⁴⁴. Lorsque,

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