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La Science au présent 2019: Une année d'actualité scientifique et technique

La Science au présent 2019: Une année d'actualité scientifique et technique

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La Science au présent 2019: Une année d'actualité scientifique et technique

Longueur:
913 pages
8 heures
Éditeur:
Sortie:
Jan 14, 2018
ISBN:
9782341012348
Format:
Livre

Description

Revivez les temps forts de l’actualité scientifique de l’année 2018 !

Décodez les enjeux de la science aujourd’hui !
La Science au présent vous ouvre les portes de ce qui était autrefois réservé aux seuls spécialistes et experts : toutes les découvertes scientifiques et techniques de l’année écoulée ! Vous profitez ainsi d’un instantané captivant et précieux, une radioscopie de « la science en train de se faire ».

Un voyage passionnant au cœur de l’actualité scientifique !
En 5 chapitres captivants, laissez-vous guider vers les découvertes les plus marquantes de l’année 2018 :
1. Étapes : la convergence des résultats a permis d’asseoir des hypothèses cohérentes.
2. Prix : les prix décernés témoignent de l’importance de certains travaux, et distinguent les chercheurs qui les ont fait aboutir.
3. Controverses : des avancées scientifiques ont soulevé questions et polémiques en 2018.
4. Panoramas : certains thèmes sont parvenus à un tel niveau de maturité qu’il est possible d’en donner une vision globale et synthétique.
5. Anniversaires : la science d’aujourd’hui plonge ses racines dans l’histoire.

Tour à tour surprenantes, enthousiasmantes ou inquiétantes, mais toujours passionnantes, la science et les techniques sont au cœur de notre vie quotidienne.

À PROPOS DE L’ENCYCLOPAEDIA UNIVERSALIS

Écrite par plus de 7 400 auteurs spécialistes de renommée internationale et riche de près de 30 000 médias (vidéos, photos, cartes, dessins…), Encyclopaedia Universalis offre des réponses d’une grande qualité dans toutes les disciplines et sur tous les grands domaines de la connaissance. Elle est la référence encyclopédique du monde francophone.
Éditeur:
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Jan 14, 2018
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9782341012348
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La Science au présent 2019 - Encyclopaedia Universalis

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© Encyclopædia Universalis France, 2019

ISBN : 978-2-34101-234-8

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Encyclopædia Universalis

sous la responsabilité scientifique de CLAUDIE JOURDAN et GABRIEL GACHELIN

Ont collaboré :

CÉLINE BÉNARD, ÉRIC BOITEUX, PASCAL BRÉVAL, ANNE CANEPARO, CHARLOTTE CAULY, CÉLINE DESROCHES-LAGANE, MARIE-LAURE FIOR, VALÉRIE LECOEUR, CATHERINE LEFORT KIEFFER, SOPHIE LÉONARD, PHILIPPE LEMONNIER, SYLVIE MAZEAUD, CAROLE MONGRENIER, ÉMILIE PICAUDÉ, GILLES QUINSAT, FRANÇOISE WEYL

Correspondants

VÉRONIQUE ANSAN (planétologie), VÉRONIQUE BARRIEL (paléontologie), NICOLE BERLINE (mathématiques), MICHEL BLAY (histoire des sciences), MARIE-CLAUDE BOMSEL (sciences de la vie), JEAN-PIERRE BOURGUIGNON (mathématiques), ERIC BUFFETAUT (paléontologie), VIRGINIE CAVIER (écotoxicologie), FLORENCE DANIEL (sciences de la Terre), JEAN-PAUL DELAHAYE (mathématiques, informatique), JEAN-PAUL DELÉAGE (environnement), JEAN-PAUL DEMOULE (archéologie), BETTY DODET (santé et médecine), PASCAL DURIS (histoire des sciences), JACQUELINE FAUVARQUE (chimie), JEAN-CYR GAIGNAULT (pharmacologie), BRUNO JACOMY (techniques), CLAUDE JAUPART (sciences de la Terre), RENÉ LAFONT (sciences de la vie), HERVÉ LE GOFF (techniques), HERVÉ LE GUYADER (sciences de la vie), FABIENNE LEMARCHAND (sciences de la Terre), PIERRE LÉNA (astronomie), JAMES LEQUEUX (astronomie), ANNIE-CHANTAL LEVASSEUR-REGOURD (astronomie), BERNARD MARCK (aviation), BRUNO MAUREILLE (paléoanthropologie), DAVID QUÉRÉ (physique), ÉLIE RAPHAËL (physique), ALAIN SCHNAPP (archéologie), BRIGITTE SENUT (paléontologie), ÉRIC TALADOIRE (archéologie), PASCAL TASSY (paléontologie), JEAN-LUC TEILLAUD (biochimie), ALAIN THOTE (archéologie), CORINNE TUTIN (santé et médecine), BERNARD VANDERMEERSCH (paléoanthropologie), DENIS VIALOU (archéologie)

Ont également collaboré

JSI (maquette originale) ; Éditions du Saule (révision de la maquette) ; Nord Compo (mise en page et photogravure)

AU LECTEUR

À partir de la révolution industrielle, le dynamisme de l’édition est régulièrement allé de pair avec l’intérêt soutenu d’un large public pour la science. Les ouvrages de Camille Flammarion, les volumes de l’année scientifique et industrielle de Louis Figuier ou encore les romans de Jules Verne dans le domaine de la fiction cherchaient à répondre au besoin ressenti par un public de plus en plus étendu de mieux comprendre la nature du fait scientifique et aussi de saisir de quelle manière celui-ci venait modifier, parfois radicalement, notre rapport à la réalité.

Par la suite, de nombreuses publications ont suivi cette voie. Depuis 1997, La Science au présent se situe dans cette lignée. Elle s’efforce à son tour de répondre à quelques besoins majeurs, en rendant compte aussi précisément que possible des changements survenus dans un domaine scientifique et en choisissant avec soin, dans le flux d’informations qui sont reprises par les revues et les journaux, le fait pertinent, celui qui va vraiment marquer, à la suite d’une découverte ou d’une observation, une inflexion notable, voire une redéfinition de la discipline examinée. Pareil regard, cela va de soi, ne peut s’exercer que si le fait scientifique se trouve replacé dans un contexte plus large, celui de l’histoire des idées, tout en prenant en compte les questions éthiques et environnementales contemporaines.

Décrire, mettre en perspective, débattre et faire preuve d’esprit de synthèse, inscrire chaque information dans un cadre historique : c’est à ce prix que la connaissance scientifique peut être mieux comprise et située, à travers les multiples disciplines qui la constituent.

Ce sont ces quelques principes qui gouvernent chaque sommaire de La Science au présent. Le volume s’organise en cinq grandes parties. Il s’ouvre avec les ÉTAPES, qui font le point sur les avancées récentes qui viennent compléter nos connaissances, voire les bousculer. À travers la carrière des scientifiques qui se voient récompensés, les PRIX mettent en évidence quels travaux marquent, d’une année à l’autre, l’évolution des savoirs. Les CONTROVERSES nous permettent de nous situer face au progrès scientifique et technique, en évaluant son impact tant sur la société que sur notre quotidien. Les PANORAMAS proposent une vision synthétique d’un domaine ou d’une discipline ayant atteint son point de maturité. Enfin, grâce aux ANNIVERSAIRES et à leur approche fondée sur la chronologie, nous saisissons mieux comment, à travers la vie et l’œuvre d’un savant, la formulation d’une théorie ou l’application d’une technologie, l’histoire des sciences se construit au fil du temps.

L’Éditeur

TABLE DES MATIÈRES

Étapes

La science en marche : le point sur quelques avancées récentes

ARCHÉOLOGIE-PALÉONTOLOGIE

Un nouveau fossile capital dans l’histoire des hommes modernes

Hommes fossiles, hommes modernes et importance du Levant

Misliya-1, un fossile éclairant

Implications phylogéniques

De nouvelles données sur l’Archaeopteryx

Histoire des découvertes

Caractères anatomiques d’Archaeopteryx

Où classer Archaeopteryx ?

Mode de vie d’Archaeopteryx

Un fossile emblématique

Le site de Göbekli Tepe en Turquie

Des constructions sans équivalent

Un bestiaire de chasseurs

Les « premiers temples de l’humanité » ?

Un site en devenir

ASTRONOMIE-ESPACE

La relativité générale confirmée autour d’un trou noir supermassif

Un trou noir supermassif au centre de notre galaxie

S2, une précieuse étoile test

Quatre télescopes forment en simultané une image d’une extrême finesse

L’instrument Gravity

Un résultat majeur

L’avenir de Gravity

Fin de la mission Cassini-Huygens

Historique et trajectoire de Cassini-Huygens

Le vaisseau spatial et sa charge utile

Principales découvertes

Directions futures

SANTÉ-MÉDECINE

Le calendrier vaccinal 2018

Les vaccinations obligatoires et recommandées de la petite enfance

Les vaccinations recommandées aux autres âges de la vie

Les objectifs du calendrier vaccinal français 2018

Une législation vaccinale très variable d’un pays européen à un autre

Le diagnostic prénatal non invasif de la trisomie 21

Diagnostic prénatal classique de la trisomie 21

Révolution génomique : le dépistage prénatal non invasif

Le virus Usutu

La biologie du virus Usutu

Un cycle impliquant les oiseaux comme réservoirs et les moustiques pour vecteurs

Propagation du virus Usutu en Europe

L’infection par le virus Usutu chez l’homme

Quel avenir pour ce virus en Europe ?

Un inhibiteur de protéasomes contre des maladies parasitaires négligées

Trois grandes maladies parasitaires tropicales négligées

La recherche d’un antiparasitaire à spectre large

Stratégie de tri des molécules actives

Les antiprotéasomes, une nouvelle classe de médicaments

SCIENCES DE LA VIE

L’édition des génomes

De nouvelles mutations, outils nécessaires de la génétique

Premières mutations ciblées

Le ciblage de l’ADN : les méganucléases

La révolution des outils d’édition des génomes

Des applications à peine imaginables

Le programme STOC

Les origines du programme STOC

Le protocole

Quelques chiffres

Les indicateurs

Le programme STOC-Capture

Du programme STOC à Vigie-Nature

TECHNIQUES

Galileo, le système européen de navigation par satellite

Contexte mondial et enjeux du projet Galileo

Le développement du système et les services de Galileo

Description du système Galileo

Principes du positionnement avec Galileo

Les applications de Galileo

Prix

Prix et distinctions de l’année

Prix Nobel de chimie 2018 : l’évolution dirigée et le phage display à l’honneur

Les lauréats

La mutagenèse dirigée : accélérer l’évolution des protéines

Le phage display : des virus qui affichent des protéines à leur surface

La microfluidique limite la consommation des réactifs et permet plus d’essais

Prix Nobel de physiologie ou médecine 2018 : des travaux sur l’immunothérapie récompensés

Prix Nobel de physique 2018 : des inventions révolutionnaires en physique des lasers

Deux scientifiques primés pour leurs avancées sur les lasers à impulsions ultracourtes

La technique d’amplification à dérive de fréquence des lasers intenses

Arthur Ashkin et son outil révolutionnaire : la « pince optique »

Prix Abel 2018 : la reconnaissance de la puissance du programme de Langlands

Prix Lasker 2018 : la découverte d’un anesthésique, l’épigénétique et le monde des ARN

Le prix Albert-Lasker pour la recherche médicale fondamentale

Le prix Lasker-DeBakey pour la recherche clinique

Le prix Lasker-Koshland pour une réussite distinctive dans les sciences médicales

Médailles Fields 2018 : des développements originaux en géométrie algébrique

Médaille d’or du CNRS 2018 : le pouvoir des mots et du langage

L’aventure de la traduction

Un langage actif

Controverses

Sciences et société : débats et questions d’actualité

L’HYPOTHÈSE DE LA TERRE « BOULE DE NEIGE »

Le point de départ : moraines et roches striées, critères d’une glaciation

Glaciation locale ou générale au Précambrien tardif ?

L’hypothèse de la Terre « boule de neige » ou Snowball Earth

Paléomagnétisme et géologie

Physique du climat

Géochimie, roches et gaz à effet de serre

Hypothèse de glaciation-déglaciation testable

De l’hypothèse à la théorie de la Terre « boule de neige »

Le temps des modèles climatiques performants

Résolution de la troisième condition de Kirschvink

Quelle part d’océan et de terre couverte par la glace ?

Comment survivre sur une Terre « boule de neige » ?

Les glaciations, un accélérateur d’évolution des êtres vivants ?

Les grandes lignes d’un scénario pour le Cryogénien

Le déclenchement de la glaciation

La Terre « boule de neige »

La déglaciation

L’ÉDITION DU GÉNOME HUMAIN : DISCUSSIONS ET CONTROVERSES

La recherche sur l’édition du génome humain

La controverse professionnelle

Les réactions institutionnelles

La réhabilitation libérale de l’eugénisme

Les termes du débat éthique

Qu’en pense le public ?

L’AGNOTOLOGIE : LA FABRIQUE DU DOUTE

Origine du terme « agnotologie »

Multiples et diverses ignorances

L’ignorance produite et la manipulation de l’opinion

Actualité(s) de l’agnotologie

Agnotologie, post-vérité et fake news

Agnotologie et apathie épistémique

Intentions des acteurs de l’ignorance

Panoramas

Des dossiers de fond pour savoir et comprendre

LES NUAGES

1. Composition des nuages

2. Classification des nuages

Principes

Les dix genres de nuages

Les nuages sous les tropiques

Les nuages spéciaux et accidentels

3. Les systèmes nuageux

4. Nuages et météorologie

LES MALADIES INFECTIEUSES ÉMERGENTES

1. Les maladies infectieuses émergentes : un ensemble aux contours flous

2. Le rôle du franchissement de la barrière d’espèces dans l’émergence de maladies infectieuses

3. Les maladies infectieuses émergentes sont-elles surtout des zoonoses ?

4. Le rôle de l’évolution des génomes des agents infectieux dans l’émergence des maladies

5. Les conditions d’apparition des maladies infectieuses émergentes

Climatisation et légionellose

Prolifération du gros gibier et maladies à tiques

Rongeurs et fièvres hémorragiques

Les chauves-souris réservoirs de virus

Changement de conditions de travail

6. Voyages, expansion géographique et émergence de maladies infectieuses

Voyages de maladies nouvelles

Le cas complexe de la maladie de Chagas

7. La réémergence de maladies infectieuses connues

8. Existe-t-il une géographie de l’émergence des maladies infectieuses ?

9. La part de l’homme

LES EMBRYOPHYTES

1. Caractéristiques des Embryophytes

2. Cycle de vie des Embryophytes

3. Diversité morphologique des Embryophytes

4. Diversité écologique des Embryophytes

5. Évolution et classification des Embryophytes

LA COMMUNICATION ENTRE LES CELLULES

1. La communication entre cellules chez les organismes multicellulaires

Les grands mécanismes de la communication entre cellules

L’organisation en réseau des communications entre cellules

2. Communication et communautarisme chez les êtres unicellulaires

3. Mutualisations entre êtres unicellulaires et multicellulaires

LES ORIGINES DE L’IMAGE ANIMÉE

1. L’art trompeur

2. La fantasmagorie

3. La méthode graphique

4. Capter le mouvement : Étienne-Jules Marey

5. Naissance du cinématographe

6. Le temps de l’industrialisation

LES MATHÉMATIQUES INDIENNES

1. Mathématiques védiques

2. Mutations mathématiques à l’époque classique

3. La numération positionnelle décimale, une invention du sous-continent indien ?

4. Une discipline à part entière à l’époque médiévale

5. Deux types de textes mathématiques en sanskrit

6. Des mathématiques à l’extérieur du champ de ga.nita

7. Mathématiques indiennes à l’époque moderne

8. Mathématiques indiennes et colonisation britannique

9. Mathématiciens à l’échelle du monde

LA PALÉOHISTOLOGIE

1. Définition et historique

2. Méthodes de la paléohistologie

3. Interprétations paléohistologiques

Distinction entre œufs d’oiseaux et de dinosaures

Paléoécologie des vertébrés et microanatomie

Identification des individus juvéniles

Marques d’arrêt de croissance et détermination de l’âge

Reproduction et détermination du sexe chez les oiseaux

Découverte d’insectes fossiles dans des coprolithes grâce à l’imagerie synchrotron

La paléohistologie, une aide précieuse pour comprendre les relations de parenté au sein des plantes

4. L’avenir de la paléohistologie

LES VIROÏDES

1. L’émergence du concept de viroïde

2. Caractéristiques principales et différents types de viroïdes

3. Reproduction et invasion des plantes hôtes

4. Origine évolutive

5. Mode de contamination des végétaux

6. Symptômes et impact économique

7. Moyens de lutte

Anniversaires

L’histoire des sciences à travers les anniversaires célébrés en 2019

Il y a 750 ans : 1269

Publication d’epistola de magnete de Pèlerin de Maricourt

• Un texte rigoureux

• … De la théorie

• … À la pratique

Il y a 450 ans : 1569

Publication de la projection cartographique de Mercator

Il y a 400 ans : 1619

Publication d’harmonices Mundi de Johannes Kepler

Il y a 350 ans : 1669

Présentation du principe de la balance Roberval

• De la conception à la production en série

• Dans la cuisine comme à l’école

Publication d’une « Dissertation générale sur les animalcules dépourvus de sang » de Jan Swammerdam

Il y a 300 ans : 1719

Mort de John Flamsteed

Il y a 250 ans : 1769

Le tour du monde de Bougainville

Mise au point du fardier de Cugnot

Il y a 200 ans : 1819

Mort de James Watt

• La genèse de la machine à vapeur

• Un succès immédiat

Découverte du site archéologique d’Ajanta

Il y a 150 ans : 1869

Invention du frein Westinghouse

Mort de Jean Léonard Marie Poiseuille

Ouverture du canal de Suez

Parution du premier numéro de la revue Nature

Mort de Hermann von Meyer

Découverte des îlots de Langerhans

Mise au point de la dynamo

Il y a 100 ans : 1919

Mort d’Ernst Haeckel

• Un militant de la théorie de l’évolution et du matérialisme

• Une interprétation évolutionniste de la forme des organismes

• Des éponges à l’homme

Mort d’Emil Fischer

L’éclipse solaire de 1919 et la confirmation de la relativité générale

• Genèse de la relativité générale

• Une première confirmation de la théorie de la relativité générale

• Un test crucial : observer des étoiles pendant une éclipse

• Mesure directe de l’effet de la masse du soleil sur la lumière

Mort de William Crookes

• Intérêt pour la photographie et orientation vers la chimie

• Un homme de sciences expérimentales

• Une personnalité complexe

Mort de Jules Védrines

• Une pluie de records

• Des missions à haut risque

• Relever toujours les défis

Mort de Mikhaïl Semenovitch Tsvet

Il y a 50 ans : 1969

Parution du premier numéro d’Astronomy and Astrophysics

Mise en service du sous-marin Cyana

Premier vol du Boeing 747

Mort de Camille Arambourg

• De l’agronomie et la paléontologie

• Les contributions d’Arambourg à l’histoire de l’homme

Les premiers pas sur la Lune

Chute de la plus grosse météorite carbonée

• Une météorite arrivée à point nommé

• Allende : la météorite de référence

• Importance de la météorite Allende

Mort de Léon Brillouin

Identification du virus Lassa

• Endémicité forte du virus Lassa

• Un virus et une fièvre proche d’Ebola

Il y a 40 ans : 1979

Mort de Yang Zhongjian

Commercialisation de Visicalc, le premier tableur

Mort de Lew Kowarski

Mort de Jean Deshayes

Première directive européenne pour la protection des oiseaux

• L’adoption de la directive

• Un texte ambitieux

• Des résultats limités

Mort de Boris Ephrussi

Mort de Roman Ghirshman

Découverte du premier mirage gravitationnel à l’échelle d’une galaxie

• Prédiction de l’effet de lentille gravitationnelle

• Observation de l’effet de lentille gravitationnelle

• Les lentilles gravitationnelles au service de l’astrophysique

Mort d’Ernst Boris Chain

Mort de Roger Heim

Commercialisation du Walkman

Mort de Charles Ehresmann

Lancement d’Ariane-1

Signature de la Convention de Berne

• Une convention globale

• Le rôle du comité permanent

• À l’heure de la sixième extinction

Il y a 30 ans : 1989

Mort d’Emilio Segrè

Premier survol de Neptune par Voyager-2

Lancement du satellite Hipparcos

• Comprendre l’Univers

• L’avènement de l’astrométrie spatiale

• L’astrométrie : un outil majeur pour l’astrophysique

Mort de William Bradford Shockley

Il y a 20 ans : 1999

Premier tour du monde en ballon

Mort de Walton Lillehei

Marée noire de l’Erika

La forêt française décimée

Il y a 10 ans : 2009

Résistance d’un insecte à un pesticide de maïs OGM

Mort de Piotr Slonimski

Mise au point du laser à électrons libres dans les rayons X

Mort d’Edwin Krebs

Mort d’Aage Bohr

Mort de Serge Cleuziou

INDEX

TABLE DES AUTEURS

Étapes

Chaque année, des observations fortuites, telles que la découverte d’un fossile, ou l’aboutissement de recherches, comme les missions en astrophysique, sont publiés et viennent compléter les connaissances acquises ou les bousculer. Certaines de ces avancées constituent de véritables ÉTAPES dans l’évolution des savoirs. Celles qui sont rassemblées dans cette rubrique concernent un large éventail de sujets. L’histoire de l’homme moderne se précise avec la découverte d’un nouveau fossile humain, Misliya-1, tandis que le passage de l’homme du stade de cueilleur-chasseur à celui d’agriculteur est mieux compris après les fouilles du site archéologique de Göbekli Tepe, en Turquie. L’étude d’un nouveau spécimen d’Archaeopteryx vient apporter de nouvelles informations sur cette espèce fossile qui joue un rôle considérable dans les discussions sur l’origine des oiseaux. L’astrophysique apporte comme à l’accoutumée son lot de résultats, en particulier la confirmation de la validité de la relativité générale en présence d’un champ gravitationnel intense ou une meilleure connaissance de la planète Saturne et de son environnement. L’apport des techniques de biologie moléculaire à la médecine s’affirme avec la mise au point d’une molécule simultanément active contre trois parasites, dont celui de la maladie du sommeil, et avec la généralisation du séquençage massif de l’ADN en matière de diagnostic prénatal non invasif. Ainsi, le programme STOC assure en France le suivi des populations d’oiseaux depuis 1989. Enfin, le système européen de navigation par satellite Galileo arrive à maturité. D’autres sujets sont également abordés, sur lesquels il nous a paru important de faire le point.

Illustration. Douzième spécimen d’Archaeopteryx, mis au jour en 2010 et décrit en 2018 (voir Archaeopteryx).

Douzième spécimen d’Archaeopteryx, mis au jour en 2010 et décrit en 2018 (voir Archaeopteryx).

Archéologie-paléontologie

UN NOUVEAU FOSSILE CAPITAL DANS L’HISTOIRE DES HOMMES MODERNES

Bruno MAUREILLE

Découvert dans la grotte de Misliya – site préhistorique situé sur le flanc ouest du mont Carmel, près de la ville de Haïfa, au nord d’Israël, et des gisements de Tabun et Skhul –, l’homme de Misliya est le plus ancien représentant des hommes anatomiquement modernes du Levant. Ce fossile humain vieux de quelque 180 000 ans, et connu simplement par un maxillaire (mâchoire supérieure), repousse ainsi de plus de 60 000 ans la présence attestée de cette lignée humaine hors du continent africain.

Hommes fossiles, hommes modernes et importance du Levant

Avec l’extrémité occidentale de l’Europe (France, Allemagne, Espagne), l’Afrique du Sud et, depuis 2017, le Maroc – à la suite de nouvelles datations des fossiles du site archéologique Djebel Irhoud livrant un âge de quelque 300 000 ans –, le Levant, et plus précisément Israël, est l’une des rares régions du monde qui occupent une place incontournable dans la compréhension de l’histoire de la lignée des hommes anatomiquement modernes, c’est-à-dire, pour les auteurs de la découverte de l’homme de Misliya, celle des Homo sapiens. Rappelons que le statut taxinomique de l’homme anatomiquement moderne n’est pas consensuel chez les scientifiques. Pour certains paléoanthropologues et paléontologues, l’espèce Homo sapiens ne représente que la lignée des hommes modernes. Il s’agit actuellement de la théorie qui fait le plus consensus au sein de la communauté scientifique quant à l’histoire phylogénique des taxons humains du Pléistocène moyen et du Pléistocène supérieur de l’Ancien Monde. Mais, pour d’autres, cette lignée d’hommes modernes correspond seulement à la sous-espèce Homo sapiens sapiens.

C’est dans les années 1930 puis dans les décennies 1960 et 1970, sur les sites israéliens de Skhul et Qafzeh, qu’avaient été mis au jour les plus anciens représentants – entre 120 000 et 92 000 ans – d’hommes anatomiquement modernes lors des fouilles dirigées par la Britannique Dorothy Garrod (1892-1968), l’Américain Theodore McCown (1908-1969), les Français René Neuville (1899-1952), puis Bernard Vandermeersch. Ils sont associés à des vestiges lithiques moustériens, dits levantins pour cette région, caractérisés par une production d’éclats Levallois allongés et (ou) triangulaires (pointes).

De plus, dans d’autres gisements fossiles israéliens (Kebara, Amud, ’Ein Qashish) chronologiquement plus récents (entre 70 000 et 55 000 ans), ont été découverts des Néandertaliens. Ils sont eux aussi les artisans d’un Moustérien levantin. Ces derniers seront ensuite remplacés par des hommes modernes, comme à la grotte de Manot (ou encore, en Syrie, à Ksar Akil), artisans des premières industries lithiques du Paléolithique supérieur (comme l’Initial Upper Palaeolithic ou l’Ahmarien). Celles-ci permettent la production d’éclats systématiquement laminaires (en forme de lames), souvent de très petites dimensions (lamelles) à partir de nucléus (blocs de matière première) siliceux. Cette production implique, relativement à celle du Moustérien, une gestion volumétrique et un débitage différents des nucléus avec des techniques distinctes comme l’utilisation de percuteurs tendres en bois végétal ou en os ou bois d’animaux. À quantité égale de matière première, cela permet de mieux contrôler cette production et donc de produire beaucoup plus d’éclats laminaires ou lamellaires.

Illustration. Homme de Misliya. Découvert en Israël et attribué à Homo sapiens selon ses découvreurs, l’homme de Misliya, âgé d’environ 180 000 ans, est représenté uniquement par le maxillaire (mâchoire supérieure) gauche. Ici, vue latérale gauche de ce fossile. (Avec l’aimable autorisation d’Israel Hershkovitz)

Homme de Misliya. Découvert en Israël et attribué à Homo sapiens selon ses découvreurs, l’homme de Misliya, âgé d’environ 180 000 ans, est représenté uniquement par le maxillaire (mâchoire supérieure) gauche. Ici, vue latérale gauche de ce fossile. (Avec l’aimable autorisation d’Israel Hershkovitz)

Une des problématiques importantes sur le territoire du Levant est l’appartenance phylogénique des fossiles humains antérieurs aux hommes modernes de Skhul et Qafzeh. Sont-ils proches de ces hommes anatomiquement modernes qui pourraient y trouver leur origine ou plutôt des membres de la lignée néandertalienne ? Pour des raisons diverses telles que l’ancienneté des découvertes, les incertitudes chronologiques, la morphologie des fossiles ou encore leur nature fragmentaire, les études de spécimens déjà découverts (Tabun C2 et ceux des grottes de Mugharet el-Zuttiyeh, Hayonim et Qesem) se rapportant à cette période chronologique n’apportent pas de réponse consensuelle… Rappelons que l’individu Tabun C1 qui pourrait provenir de la couche B (et non de la couche C), donc âgé de près de 120 000 ans, est plutôt considéré comme un membre de la lignée néandertalienne (mais cela est aussi débattu).

Misliya-1, un fossile éclairant

En 2018, l’anthropologue Israel Hershkovitz de l’université de Tel-Aviv et une équipe internationale d’une trentaine de chercheurs (israéliens, français, américains, allemands, espagnols, chinois…) ont décrit, dans la revue scientifique américaine Science, ce nouveau fossile humain, Misliya-1 (nom officiel du fossile), qui s’avère très important puisqu’il s’agit du plus vieil homme moderne connu hors d’Afrique (cf. figure). Il doit son nom au lieu de sa découverte : la grotte de Misliya. Il a été mis au jour lors de fouilles professionnelles ayant débuté en 2001 et bénéficiant des meilleures techniques d’investigation. Il est associé à des outils taillés du Moustérien levantin ancien, technologiquement proches de ceux de la couche D de la grotte de Tabun. Des années d’analyses ont été nécessaires pour étudier ce fossile et dater son contexte sédimento-archéologique.

Misliya-1 est un fossile très partiel, représenté uniquement par le maxillaire gauche presque complet d’un jeune adulte, les processus frontal et zygomatique étant absents. Si cet os maxillaire est incomplet, il porte presque toutes ses dents, qui ne sont pas trop usées, puisque seule la couronne de l’incisive centrale manque.

Plusieurs techniques de datation absolue (méthode uranium-thorium appliquée directement sur une des dents du maxillaire, résonance paramagnétique électronique, thermoluminescence) ont été utilisées pour déterminer l’âge du niveau sédimento-archéologique renfermant Misliya-1 et celui de ce fossile. Tous les résultats sont globalement concordants et placent le spécimen et l’unité sédimentaire dans la fourchette chronologique de –194 000 à –177 000 ans. Cela correspond à la moitié inférieure du stade isotopique marin 6 (daté de –190 000 à –140 000 ans), une période particulièrement froide et sèche en Eurasie septentrionale.

Illustration. Crânes de Néandertalien et d’homme moderne. Ce schéma représente le profil des crânes d’un Néandertalien (à gauche) et d’un homme moderne (à droite) avec, respectivement, une face en extension et une face en inflexion. La partie colorisée sur le crâne de l’homme moderne représente celle qui est préservée sur l’Homme Misliya-1, fossile découvert en Israël et attribué à Homo sapiens selon ses découvreurs. Âgé de quelque 180 000 ans, Misliya-1 représente le plus ancien homme moderne mis au jour hors d’Afrique, repoussant de plus de 60 000 ans la première migration de ce groupe.

Crânes de Néandertalien et d’homme moderne. Ce schéma représente le profil des crânes d’un Néandertalien (à gauche) et d’un homme moderne (à droite) avec, respectivement, une face en extension et une face en inflexion. La partie colorisée sur le crâne de l’homme moderne représente celle qui est préservée sur l’Homme Misliya-1, fossile découvert en Israël et attribué à Homo sapiens selon ses découvreurs. Âgé de quelque 180 000 ans, Misliya-1 représente le plus ancien homme moderne mis au jour hors d’Afrique, repoussant de plus de 60 000 ans la première migration de ce groupe.

Misliya-1 montre des caractéristiques morphologiques osseuses et dentaires qui, sans aucun doute, l’excluent de la variabilité des membres de la lignée néandertalienne et l’intègrent sans équivoque au sein de celle des hommes anatomiquement modernes du Levant, d’Afrique de l’Est ou du Nord. Il s’agit, par exemple, de la forme des couronnes des dents : pas de convexité marquée au niveau de l’incisive ni de tubercule lingual (un relief à la base de la couronne dentaire, sur la face linguale de la dent), aspect gracile de la canine et des prémolaires comme cela est observé sur ces deux types de dents à Skhul et Qafzeh. Il en est de même avec les racines des prémolaires qui sont monoradiculées (une seule racine). Les données sur les dimensions de l’arcade dentaire vont également dans le même sens. Sur l’os, la racine du processus zygomatique, qui participe à la formation des pommettes, se situe – par rapport à l’arcade dentaire – au niveau de la première molaire permanente comme sur les fossiles d’Homo sapiens d’Herto-Bouri (Éthiopie) ou de Djebel Irhoud (Maroc). Cette racine a donc une position antérieure à celle qui est observée chez les membres de la lignée néandertalienne où elle est plutôt placée au niveau de la deuxième molaire permanente ou entre la deuxième et la troisième molaire. Cette comparaison entre la morphologie de Misliya-1 et celle des Néandertaliens montre l’existence d’une face dite en inflexion sur ce fossile (comme chez l’homme actuel ou l’homme moderne) et pas en extension (comme chez les membres de la lignée néandertalienne).

Implications phylogéniques

Misliya-1 représente actuellement le plus ancien homme moderne mis au jour en dehors d’Afrique. Cette première migration se serait produite au moins 60 000 ans plus tôt que ce qui avait été démontré jusqu’ici (en se basant alors sur les fossiles de Skhul et Qafzeh). Compte tenu des éléments publiés, cette interprétation taxinomique et chronologique est la plus parcimonieuse. Pour les auteurs de l’étude, il s’agit donc du plus ancien Homo sapiens non africain. Les fossiles contemporains trouvés en Europe de l’Ouest ou en Orient sont alors considérés comme des Homo heidelbergensis ou des Néandertaliens, des Denisoviens ou encore des Homo erectus tardifs.

Mais cette découverte pose aussi de nombreuses questions. Le groupe représenté par l’homme de Misliya-1 est-il celui qui est ancestral des fossiles de Skhul et de Qafzeh, lignée qui aurait évolué sur place ? Quelles ont été les relations de cette (ou ces) lignée(s) évolutive(s) avec celle(s) représentée(s) par les fossiles de Tabun, de Qesem ou celle des fossiles majoritairement considérés comme des Néandertaliens du Levant ? De nouvelles découvertes, la réelle interdisciplinarité existant au sein des équipes de fouilles, la multiplication et l’amélioration des techniques de datation apporteront sûrement des réponses à ces questions.

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BIBLIOGRAPHIE

I. Hershkovitz, G. W. Weber, R. Quam et al., « The earliest modern humans outside Africa », in Science, vol. 359, no 6374, pp. 456-459, 2018 / B. Vandermeersch, Les Hommes fossiles de Qafzeh (Israël), Cahiers de Paléontologie, éd. du CNRS, 1981 / M. Weinstein-Evron, Y. Zaidner, A. Tsatskin et al., « Misliya Cave, Mount Carmel, Israel », in Y. Enzel & O. Bar-Yosef dir., Quaternary of the Levant, Environments, Climate Change, and Humans, Cambridge University Press, pp. 225-229, 2017.

DE NOUVELLES DONNÉES SUR L’ARCHAEOPTERYX

Eric BUFFETAUT

Archaeopteryx (signifiant « aile antique ») est un genre d’oiseaux fossiles connu par quelques spécimens provenant des calcaires lithographiques du Jurassique supérieur (Tithonien, environ 150 millions d’années) de Bavière (Allemagne). Combinant des plumes d’aspect très moderne et un squelette qui montre encore de nombreux caractères évoquant les dinosaures non aviens (c’est-à-dire l’ensemble des dinosaures, moins les oiseaux), il joue depuis sa découverte en 1861 un rôle considérable dans les discussions au sujet de l’origine des oiseaux et est fréquemment présenté comme l’une des plus belles preuves paléontologiques en faveur de l’évolution des espèces.

Illustration. Archaeopteryx, spécimen conservé au Musée d’histoire naturelle de Berlin. Provenant des calcaires lithographiques des environs d’Eichstätt, en Bavière (Allemagne), Archaeopteryx est le plus ancien oiseau incontestable connu à ce jour. Vieux de quelque 150 millions d’années (Jurassique supérieur), il possède un squelette aux nombreux caractères reptiliens (dents, doigts griffus, queue composée de nombreuses vertèbres...), mais ses plumes, remarquablement conservées sur cet exemplaire découvert dans les années 1870, ressemblent à celles des oiseaux actuels. (AKG-images)

Archaeopteryx, spécimen conservé au Musée d’histoire naturelle de Berlin. Provenant des calcaires lithographiques des environs d’Eichstätt, en Bavière (Allemagne), Archaeopteryx est le plus ancien oiseau incontestable connu à ce jour. Vieux de quelque 150 millions d’années (Jurassique supérieur), il possède un squelette aux nombreux caractères reptiliens (dents, doigts griffus, queue composée de nombreuses vertèbres...), mais ses plumes, remarquablement conservées sur cet exemplaire découvert dans les années 1870, ressemblent à celles des oiseaux actuels. (AKG-images)

Histoire des découvertes

C’est dans une lettre du 15 août 1861 à son collègue Heinrich Georg Bronn (1800-1862), publiée dans la revue Neues Jahrbuch für Mineralogie, Geognosie, Geologie und Petrefakten-Kunde, que le paléontologue allemand Hermann von Meyer (1801-1869) signala la découverte d’une plume fossilisée, ressemblant tout à fait à celle d’un oiseau moderne, dans les calcaires lithographiques du Jurassique supérieur de Solnhofen, dans le nord de la Bavière. Le 30 septembre de la même année, il rapporta de la même façon que le squelette d’un animal couvert de plumes, différent à plusieurs égards des oiseaux actuels, avait été trouvé dans ces mêmes calcaires, et il proposa d’appeler l’être en question Archaeopteryx lithographica. Le squelette, indiquant un animal de la taille d’un pigeon, acquis dès 1862 par le British Museum, où Richard Owen (1804-1892) le décrivit, suscita très rapidement les controverses : pour certains paléontologues, comme Owen, il représentait un oiseau primitif ; pour d’autres, un reptile spécialisé. Depuis lors, d’autres spécimens ont été découverts, toujours dans le Jurassique supérieur du nord de la Bavière (des dents isolées provenant du Jurassique supérieur du Portugal et du Crétacé inférieur de France ont été rapportées à des oiseaux proches d’Archaeopteryx, mais ces attributions demeurent très discutées). Douze spécimens ont ainsi été mis au jour, le dernier en date ayant été décrit en 2018. Tous proviennent de calcaires lithographiques de Bavière. À l’origine, ces formations étaient des vases calcaires déposées, sous un climat chaud, au fond de vastes lagunes peu profondes situées en bordure de terres émergées, sur lesquelles vivaient Archaeopteryx et d’autres animaux terrestres dont on trouve à l’occasion les restes dans les calcaires, à côté de ceux, beaucoup plus nombreux, d’organismes marins. L’enfouissement rapide des cadavres dans la vase et la finesse de grain du sédiment expliquent la conservation exceptionnelle non seulement des squelettes, mais aussi, dans beaucoup de cas, du plumage. Chacun des spécimens a apporté son lot d’informations nouvelles, et Archaeopteryx conserve une place centrale dans les recherches sur l’origine des oiseaux, tout en suscitant des interprétations parfois très divergentes. Même du point de vue de la taxonomie, il n’existe pas de consensus, certains auteurs considérant que les différences morphologiques entre les divers fossiles justifient la reconnaissance de genres distincts (Wellnhoferia, Jurapteryx), alors que d’autres, notamment à la suite de l’étude du dernier spécimen découvert, jugent que cette variabilité n’exclut pas l’appartenance à un genre unique, comportant vraisemblablement plusieurs espèces. On peut noter également qu’un spécimen conservé au musée Teyler de Haarlem (Pays-Bas), découvert au XIXe siècle, mais rapporté à Archaeopteryx seulement en 1970, a été réinterprété en 2017 comme appartenant en fait à un dinosaure à plumes du groupe des Anchiornithidae, et nommé Ostromia crassipes.

Illustration. Archaeopteryx photographié en lumière ultraviolette. Ce fossile d’Archaeopteryx (douzième spécimen), mis au jour en 2010 dans des couches du Jurassique supérieur de Schamhaupten en Bavière (Allemagne), a été décrit en 2018. La lumière ultraviolette permet de mieux distinguer les divers détails du squelette (sutures entre les os du crâne, par exemple). Sur ce spécimen, les plumes ne sont pas conservées. (Helmut Tischlinger)

Archaeopteryx photographié en lumière ultraviolette. Ce fossile d’Archaeopteryx (douzième spécimen), mis au jour en 2010 dans des couches du Jurassique supérieur de Schamhaupten en Bavière (Allemagne), a été décrit en 2018. La lumière ultraviolette permet de mieux distinguer les divers détails du squelette (sutures entre les os du crâne, par exemple). Sur ce spécimen, les plumes ne sont pas conservées.

(Helmut Tischlinger)

Caractères anatomiques d’Archaeopteryx

Le plumage d’Archaeopteryx est bien connu grâce à la préservation exceptionnelle de certains spécimens. Si les plumes, en particulier les rémiges (les plus grandes plumes des ailes) asymétriques, diffèrent peu de celles des oiseaux modernes, leur disposition n’est pas exactement celle que l’on connaît chez ces derniers, ce qui suggère un type de vol différent. Selon une étude fondée sur les mélanosomes (corpuscules porteurs de pigments) conservés sur la plume découverte en 1861, le plumage d’Archaeopteryx aurait été principalement noir, mais la fiabilité de la méthode a été mise en doute car elle ne permet pas de reconstituer l’ensemble des pigments. Les membres postérieurs portent encore des plumes assez longues, formant une sorte de « pantalon » le long d’une partie de la jambe, ce qui rappelle certains dinosaures à plumes et distingue Archaeopteryx de la plupart des oiseaux actuels.

Le squelette d’Archaeopteryx présente en revanche de nombreux caractères archaïques pour un oiseau, rappelant les dinosaures non aviens (cf. figure). La présence de dents sur les mâchoires est l’un d’entre eux, qui sépare ce genre de tous les oiseaux modernes, mais qui n’a rien d’unique si on considère les fossiles, car de très nombreux oiseaux crétacés possédaient encore des dents. La colonne vertébrale est remarquable notamment par le grand nombre de vertèbres (21 à 23) composant la queue, qui rappelle les dinosaures alors que chez les oiseaux modernes l’appendice caudal est atrophié, se composant de quelques vertèbres soudées formant ce que l’on appelle le pygostyle. La colonne vertébrale dans son ensemble était beaucoup moins rigide que celle des oiseaux plus évolués, chez lesquels s’opèrent des fusions de vertèbres, conduisant notamment à l’allongement du sacrum, que l’on ne constate pas chez l’Archaeopteryx. La ceinture pectorale se signale par l’absence de sternum ossifié, mais il est possible que cet élément ait été cartilagineux et, donc, non conservé à l’état fossile. Les membres antérieurs sont allongés, formant le support des plumes des ailes. Contrairement à ce que l’on voit chez les oiseaux actuels, les doigts de la main ne sont pas fusionnés et ils portent des griffes recourbées et acérées. Les griffes du pied sont moins recourbées que celles de la main.

Illustration. Squelettes d’Archaeopteryx et d’un oiseau actuel (canard). Les principales différences ostéologiques qui distinguent Archaeopteryx d’un oiseau moderne sont des caractères qui sont hérités des petits dinosaures carnivores parmi lesquels s’enracinent les oiseaux.

Squelettes d’Archaeopteryx et d’un oiseau actuel (canard). Les principales différences ostéologiques qui distinguent Archaeopteryx d’un oiseau moderne sont des caractères qui sont hérités des petits dinosaures carnivores parmi lesquels s’enracinent les oiseaux.

Où classer Archaeopteryx ?

Depuis le XIXe siècle, des opinions divergentes ont été émises au sujet de la position d’Archaeopteryx dans la classification zoologique : s’agit-il d’un oiseau très primitif ou d’un reptile emplumé ? La question se pose de nouveau de nos jours du fait que l’on connaît désormais nombre de dinosaures non aviens qui étaient couverts de plumes. Ces dernières ne suffisent donc plus à définir les oiseaux. Certaines analyses phylogénétiques écartent Archaeopteryx des vrais oiseaux, pour en faire un dinosaure à plumes parmi d’autres. Cependant, ces interprétations ne font pas l’unanimité et les travaux réalisés sur les derniers spécimens découverts placent Archaeopteryx dans une position très basale parmi les oiseaux. Il s’agirait donc de l’oiseau le plus archaïque que l’on connaisse, ce qui est en accord avec sa grande ancienneté géologique. Il ne faut pas pour autant en conclure qu’Archaeopteryx est « le premier oiseau », comme cela est souvent dit, car de nouvelles découvertes pourraient lui ravir ce titre. Néanmoins, il montre que des oiseaux étaient déjà présents à la fin du Jurassique. Voir en Archaeopteryx un « chaînon manquant » entre les reptiles (ou les dinosaures) et les oiseaux, ou encore « l’ancêtre des oiseaux », n’est pas non plus conforme à la façon dont les paléontologues conçoivent aujourd’hui l’interprétation des fossiles, sachant qu’il est excessivement difficile d’établir qu’une espèce disparue est l’ancêtre d’une autre. Tout au plus peut-on constater qu’Archaeopteryx présente une combinaison de caractères qui le rend à certains égards intermédiaire entre les dinosaures non aviens et les oiseaux.

Mode de vie d’Archaeopteryx

Autant que sa position parmi les vertébrés, le mode de vie d’Archaeopteryx fait l’objet de nombreuses discussions, les débats se concentrant principalement sur son aptitude au vol. Si son plumage a pu très vite mener à la conclusion qu’il était capable de voler, le fait que l’on connaisse depuis le milieu des années 1990 nombre de dinosaures couverts de plumes, mais dont le squelette permet de penser qu’ils ne pouvaient pas voler, conduit à relativiser le lien entre la présence de plumes et la capacité à s’élever dans les airs. De plus, l’anatomie osseuse d’Archaeopteryx diffère de celle des oiseaux actuels par divers caractères qui paraissent cruciaux à cet égard. La structure de la ceinture pectorale, notamment l’absence d’un sternum ossifié, fait penser que cet animal ne disposait pas d’un bréchet, c’est-à-dire d’un sternum formant une grande quille osseuse, sur laquelle s’insèrent les puissants muscles pectoraux qui, chez les oiseaux modernes servent à mouvoir les ailes, permettant ainsi le vol battu. Certains ont donc voulu voir en Archaeopteryx un animal non volant, ou juste capable de vol plané depuis un point élevé tel qu’un arbre (ses griffes lui permettant probablement de grimper). Il existe pourtant des indices laissant penser qu’il était capable de voler. L’étude de l’encéphale d’Archaeopteryx, réalisée par tomographie 3D sur la boîte crânienne du premier squelette découvert (spécimen de Londres), a montré que, d’après la morphologie de son cerveau, sa vue était très développée, comme chez les oiseaux d’aujourd’hui, et que son oreille interne suggérait des performances similaires aux leurs en ce qui concerne l’audition et la perception de l’espace. Les auteurs de ce travail en ont conclu qu’Archaeopteryx avait acquis les adaptations neurologiques et sensorielles nécessaires au vol. Mais de quel type de vol s’agissait-il ? On s’accorde aujourd’hui à penser que le vol d’Archaeopteryx ne pouvait être identique à celui des oiseaux actuels, parce que son squelette et les muscles qui s’y inséraient ne permettaient pas de mouvements des ailes identiques à ceux utilisés par les oiseaux actuels pour décoller et se maintenir en l’air. Des approches diverses ont été utilisées pour tenter de reconstituer le type de vol d’Archaeopteryx. Suivant une étude publiée en 2018, la microtomographie synchrotron (technique d’imagerie 3D non destructive), utilisée pour reconstituer l’architecture des os des membres de cet animal, révèle qu’ils avaient des propriétés géométriques que l’on ne retrouve que chez les oiseaux capables de voler. Les ressemblances sont particulièrement fortes avec les os d’espèces utilisant le vol battu sur de courtes distances, par exemple les faisans. Cependant, la morphologie du squelette de la ceinture pectorale et des ailes d’Archaeopteryx ne devait pas permettre un vol battu par mouvement dorso-ventral des ailes identique à celui des oiseaux modernes. Il semble que l’oiseau jurassique se soit plutôt propulsé dans les airs par un battement des ailes de l’avant et le haut vers l’arrière et le bas, et non seulement de haut en bas.

Illustration. Reconstitution d’Archaeopteryx. Contrairement à ce que l’on observe chez la plupart des oiseaux actuels, des plumes bien développées sont présentes sur une grande partie des pattes d’Archaeopteryx, ce qui rappelle certains dinosaures non aviens capables de vol plané. Les couleurs du plumage sont hypothétiques. (Alain Bénéteau/ www.paleospot.com)

Reconstitution d’Archaeopteryx. Contrairement à ce que l’on observe chez la plupart des oiseaux actuels, des plumes bien développées sont présentes sur une grande partie des pattes d’Archaeopteryx, ce qui rappelle certains dinosaures non aviens capables de vol plané. Les couleurs du plumage sont hypothétiques.

(Alain Bénéteau/ www.paleospot.com)

Un fossile emblématique

Plus de cent cinquante ans après la découverte du premier spécimen, Archaeopteryx demeure l’un des animaux disparus les plus célèbres, notamment parce qu’on l’a considéré comme emblématique de l’évolution des espèces du fait de ses caractères supposés intermédiaires entre ceux des reptiles et ceux des oiseaux. En dépit des nombreuses découvertes de dinosaures à plumes et d’oiseaux archaïques, notamment dans le Crétacé inférieur de Chine, qui fournissent une grande quantité d’informations sur la transition entre les dinosaures et les oiseaux, ainsi que sur la phase de diversification initiale de ces derniers, Archaeopteryx, le plus ancien oiseau connu à ce jour, demeure d’une importance capitale pour notre connaissance des origines de ce groupe de vertébrés qui occupe une place considérable dans les écosystèmes actuels.

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BIBLIOGRAPHIE

P. D. Alonso, A. C. Milner, R. A. Ketcham, M. J. Cookson & T. B. Rowe, « The avian nature of the brain and inner ear of Archaeopteryx », in Nature, vol. 430, no 7000, pp. 666-669, 2004 / C. Foth & O. W. M. Rauhut, « Re-evaluation of the Haarlem Archaeopteryx and the radiation of maniraptoran theropod dinosaurs », in BMC Evolutionary Biology, vol. 17, p. 236, 2017 / O. W. M. Rauhut, C. Foth & H. Tischlinger, « The oldest Archaeopteryx (Theropoda: Avialae): a new specimen from the Kimmeridgian/Tithonian boundary of Schamhaupten, Bavaria », in PeerJ, 2018, 6:e4191(doi : 10.7717/peerj.4191) / D. F. A. E. Voeten, J. Cubo, E. de Margerie, M. Röpers, V. Beyrand, S. Bureš, P. Tafforeau & S. Sanchez, « Wing bone geometry reveals active flight in Archaeopteryx », in Nature Communications, vol. 9, no 923, 2018 (doi : 10.1038/s41467) / P. Wellnhofer, Archaeopteryx, Der Urvogel von Solnhofen, Verlag Dr. Friedrich Pfeil, Munich, 2008.

LE SITE DE GÖBEKLI TEPE EN TURQUIE

Jean-Paul DEMOULE

Le site de Göbekli Tepe en Turquie, qui date d’environ 9000 avant notre ère, est l’une des grandes découvertes archéologiques de ces dernières décennies. Inscrit en 2018 sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO (World Heritage List), il comprend d’impressionnantes constructions circulaires mégalithiques parfois considérées comme « les premiers temples de l’humanité ». Connu depuis les années 1960 mais non identifié comme tel, le site a commencé à être fouillé de manière intensive par une mission de l’Institut archéologique allemand (DAI) sous la direction de l’archéologue Klaus Schmidt (1953-2014). Le toponyme turc signifie « colline du nombril ». De fait, Göbekli Tepe se trouve sur une éminence dominant la plaine à environ 800 mètres d’altitude, dans une zone de collines et de steppes, à près de 15 kilomètres au nord-est de la ville turque d’Urfa, à proximité de la frontière syrienne et à la limite du Kurdistan turc. Il couvre environ neuf hectares et comprend jusqu’à 15 mètres de couches archéologiques – le mot tepe, comme le mot tell en arabe, désigne les collines artificielles dues à l’accumulation des vestiges.

Des constructions sans équivalent

Il s’agit d’un site pour l’essentiel cérémoniel, dont l’utilisation s’est échelonnée sur plusieurs siècles, à partir de la moitié du Xe millénaire avant notre ère. La principale et première période d’occupation de Göbekli Tepe se situe entre 9600 et 8800 avant notre ère et appartient à ce qu’on appelle le PPNA (Pre-Pottery Neolithic A). Ce moment culturel caractérise tout le Levant, du nord du Sinaï au sud-est de la Turquie, et voit apparaître les prémices de l’agriculture, laquelle ne sera véritablement développée qu’à la période suivante, le PPNB. À l’inverse d’autres régions du monde, la poterie n’y a pas été inventée avec l’agriculture ou précédemment : elle n’apparaîtra qu’au cours du VIIe millénaire.

Cette première période d’occupation du site voit l’érection de grandes constructions circulaires d’une vingtaine de mètres de diamètre. Grâce à des prospections géophysiques de surface, une vingtaine d’entre elles ont été reconnues, dont quatre principales ont été en grande partie fouillées. Le sol de ces constructions est en terrazzo, agglomération de petites pierres et de mortier. Les parois sont en pierres sèches sans mortier, d’environ un mètre d’épaisseur. Parfois doublées, voire triplées, elles forment ainsi des cercles concentriques irréguliers. Le long de ces murs sont insérées perpendiculairement des stèles, piliers plats en calcaire d’environ trois mètres de hauteur, de vingt à trente centimètres d’épaisseur en moyenne, en forme de T. Plus de la moitié d’entre elles comportent des représentations, en léger bas-relief, d’animaux sauvages, de sexe presque toujours mâle quand il peut être identifié. On reconnaît des lions, des sangliers, des renards, des ours, des onagres, des taureaux, des vautours, mais aussi des scorpions, des serpents (l’animal le plus fréquent), des varans, des grues, des cigognes, des ibis, des canards, soit une grande partie de la faune qui peuplait la région à l’époque.

Illustration. Göbekli Tepe, au sud-est de la Turquie. Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, ce site de Göbekli Tepe se caractérise par ses imposantes constructions de forme circulaire bordées de stèles et au centre desquelles deux stèles de taille plus importante se font face. Cet ensemble monumental, dont les plus anciennes parties datent du Xe millénaire avant notre ère, avait une fonction essentiellement cérémonielle. (Jean-Paul Demoule)

Göbekli Tepe, au sud-est de la Turquie. Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, ce site de Göbekli Tepe se caractérise par ses imposantes constructions de forme circulaire bordées de stèles et au centre desquelles deux stèles de taille plus importante se font face. Cet ensemble monumental, dont les plus anciennes parties datent du Xe millénaire avant notre ère, avait une fonction essentiellement cérémonielle. (Jean-Paul Demoule)

Au centre de chaque construction se dressaient deux stèles face à face, également en forme de T et mesurant environ cinq mètres de hauteur, donc plus hautes que les autres. Des bras humains y sont figurés, toujours en léger bas-relief, sur les longs côtés de chaque stèle et se terminent en mains presque jointes sur l’un des petits côtés, au-dessus d’une ceinture également figurée. Il s’agit donc de représentations anthropomorphes. Mais aucun visage ni aucun autre élément du corps ou du costume n’étant indiqué, il est difficile d’aller plus loin dans l’interprétation et de préciser leur nature ou fonction (ancêtres, chefs, êtres surnaturels ou autres personnages). Le fait que ces stèles fonctionnent en couple et se trouvent au centre est à retenir.

Une autre question porte sur l’éventuelle couverture de ces constructions, pour laquelle il n’existe aucun vestige interprétable, si ce n’est, sur l’un des piliers muraux, la possible représentation d’un bâtiment avec une toiture en arceaux. Dans ce cas, les stèles centrales auraient tenu debout grâce à celle-ci. En effet, elles n’étaient pas profondément plantées dans le sol des constructions, mais seulement posées dans une légère fente. De fait, elles ont été retrouvées couchées lors de la fouille. Et, si elles sont actuellement présentées verticalement, ce n’est que grâce à de disgracieux étais en bois, qui ne devaient certainement pas se trouver sous cette forme à l’époque.

Un bestiaire de chasseurs

Les constructions circulaires ou légèrement ovales qui ont déjà été fouillées sont désignées par des lettres (cf. figure). La construction A comprend six piliers déjà dégagés, la construction B neuf, la C dix-huit et, enfin, la D treize. Il est à noter que la faune sauvage consommée, dont des ossements ont été retrouvés sur le site – gazelles, bovidés et onagres –, n’est que très rarement représentée sur les bas-reliefs contrairement aux animaux traditionnellement peu consommés – carnivores, reptiles – ou dont le capital en viande ne constitue pas le principal attrait. On peut donc considérer que la faune des bas-reliefs privilégie des représentations mythologiques, beaucoup plus que celles d’animaux liés à l’alimentation. Outre les bas-reliefs, il existe aussi quelques sculptures en ronde-bosse, représentant les mêmes espèces animales.

Plan du site de Göbekli Tepe. Ce site se caractérise par ses grandes constructions circulaires mégalithiques, dont quatre ont fait l’objet de fouilles. Le long des murs, on trouve des stèles qui, pour plus de la moitié d’entre elles, portent des représentations d’animaux sauvages (d’après K. Schmidt, Sie bauten die ersten Tempel. Das rätselhafte Heiligtum der Steinzeitjäger, Deutscher Taschenbuch Verlag, Munich, 2008).

Plan du site de Göbekli Tepe. Ce site se caractérise par ses grandes constructions circulaires mégalithiques, dont quatre ont fait l’objet de fouilles. Le long des murs, on trouve des stèles qui, pour plus de la moitié d’entre elles, portent des représentations d’animaux sauvages (d’après K. Schmidt, Sie bauten die ersten Tempel. Das rätselhafte Heiligtum der Steinzeitjäger, Deutscher Taschenbuch Verlag, Munich, 2008).

Cette situation nous rappelle celle des grottes ornées du Paléolithique supérieur de l’Europe occidentale quelques millénaires plus tôt – Lascaux, Niaux ou Altamira –, où les grands herbivores (chevaux, bisons, aurochs, mammouths) dominent dans les représentations alors que les fouilles archéologiques montrent que ces populations du Magdalénien consommaient pour l’essentiel des rennes, presque jamais figurés. Il en va de même pour la thématique, plus ancienne encore, de la grotte Chauvet (vers – 35000), où dominent cette fois les animaux « dangereux » (lions, rhinocéros ou ours), qui ne faisaient pas plus partie de la diète des chasseurs-cueilleurs de l’Aurignacien.

En parallèle avec les figurations de l’Europe occidentale, on remarque aussi qu’à Göbekli Tepe les représentations humaines sont exceptionnelles. On peut mentionner, à la base d’une stèle (numérotée 43) de la construction D, voisinant avec un scorpion, un vautour, un serpent et un carnivore, une petite représentation d’un homme ithyphallique sans tête. Ainsi, en Europe comme à Göbekli Tepe, ces sociétés de chasseurs-cueilleurs se pensent essentiellement au travers des animaux : les humains ne se considèrent à cette époque que comme une espèce parmi d’autres, et plutôt fragile par rapport à certaines comme les grands carnivores, encore très présents en Asie occidentale, ou encore l’auroch, qui fut le plus grand animal de ces régions. On sait aussi que, dans les sociétés traditionnelles observées par les ethnologues, les clans ou groupes familiaux font remonter leur origine à un ancêtre mythique, souvent un animal – ce qu’on appelle le totémisme.

Illustration. Stèle ornée, Göbekli Tepe. Plus de la moitié des stèles présentes sur le site de Göbekli Tepe ont une riche iconographie en bas-relief où prédomine le thème des animaux sauvages – vautours, scorpions, comme ici, mais aussi lions, onagres, aurochs. On y trouve aussi, mais beaucoup plus rarement, des représentations humaines. (Vincent Musi/ National Geographic Creative/ Bridgeman Images)

Stèle ornée, Göbekli Tepe. Plus de la moitié des stèles présentes sur le site de Göbekli Tepe ont une riche iconographie en bas-relief où prédomine le thème des animaux sauvages – vautours, scorpions, comme ici, mais aussi lions, onagres, aurochs. On y trouve aussi, mais beaucoup plus rarement, des représentations humaines. (Vincent Musi/ National Geographic Creative/ Bridgeman Images)

Ces thèmes iconographiques ne sont pas propres à Göbekli Tepe. On les retrouve sur des sites légèrement plus récents du PPNB, comme à Nevali Çori (Turquie) ou, un peu plus loin, à Jerf el Ahmar (Syrie). Le taureau, le serpent et le vautour y sont privilégiés. À Çatal Hüyük, en Anatolie centrale – où les aurochs sont omniprésents, peints sur des fresques ou sous forme de bucranes réels munis de mufles d’argile peints –, on connaît une célèbre scène peinte au VIIe millénaire représentant des vautours attaquant des hommes sans tête. On a souvent associé la présence des vautours et des défunts avec la coutume ultérieure (époques historiques) de ces régions qui consistait à exposer ces derniers en plein air, parfois dans des « tours du silence », afin qu’ils soient dévorés, et

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