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La Corée du Nord à bicyclette: Un diplomate à Pyongyang

La Corée du Nord à bicyclette: Un diplomate à Pyongyang

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La Corée du Nord à bicyclette: Un diplomate à Pyongyang

Longueur:
455 pages
6 heures
Éditeur:
Sortie:
26 juil. 2019
ISBN:
9782367270760
Format:
Livre

Description

Découvrez la face cachée de la Corée du Nord !

Ne vous fiez pas au titre. Ce livre nous permet de comprendre les raisons pour lesquelles toutes les stratégies internationales contre la Corée du Nord ont échoué jusqu’ici. John Everard a bénéficié d’une position privilégiée : diplomate britannique en poste à Pyongyang il a été un observateur placé au cœur du système politique nord-coréen en fréquentant les cercles étroits de la capitale.
Mais John Everard ne s’est pas laissé emprisonner dans les réseaux du pouvoir. Jour après jour, il a enfourché sa bicyclette et sillonné, autant qu’il le pouvait, les environs de la capitale. Il a fréquenté les marchés populaires et surtout, chose rare, il a rencontré régulièrement des Nord-Coréens. Il a noté, il a échangé, il a photographié pour mieux comprendre ce pays mystérieux, propice à toutes les peurs et à tous les fantasmes.
Il en résulte un savant maillage d’analyses politiques très documentées et de portraits à hauteur d’homme. Mais, s’il est sans concession à l’égard de l’élite dirigeante nord-coréenne, il ne cache pas sa sympathie pour le peuple.
Un ouvrage d’analyse politique rempli d’humanité.

L'essai humain et politique d'un ancien diplomate britannique en poste à Pyongyang, qui est allé à la rencontre des Coréens à l'aide de sa bicyclette !

EXTRAIT

Il est courant de voir des gens jouer aux échecs coréens dans les parcs. Alors que les échecs peuvent être considérés en Occident comme une activité calme et plutôt cérébrale, c’est en Corée une affaire de groupe. En Corée du Nord, il suffit que deux personnes s’asseyent pour faire une partie d’échecs dans un lieu public pour qu’immédiatement ils se retrouvent entourés d’une foule d’observateurs qui leur prodigueront bruyamment leurs conseils, qu’ils soient ou non sollicités. Curieusement, les échecs semblaient être un passe-temps exclusivement masculin – je n’ai jamais vu une femme jouer ou simplement regarder une partie d’échecs.
Les loisirs relèvent presque toujours d’une activité collective. L’habitude occidentale de voyager seul, ou de passer volontairement du temps sans être accompagné, paraît étrange aux Coréens. S’ils vont se promener, ce sera la plupart du temps avec un ami. Un jour, j’ai demandé à un groupe de jeunes coréennes ce qu’elles faisaient de leur temps libre. Le rouge aux joues et pouffant de rire, elles m’ont montré une chorégraphie qu’elles avaient mise au point ensemble, et qui de fait était tout à fait présentable. Pour ceux qui avaient de l’argent (une minorité), il y avait aussi des restaurants et des bars, autant de lieux de socialisation. Je les décris plus loin.

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE

Ce livre s'adresse à tous ceux qui veulent en savoir plus sur la Corée du nord sans se limiter à ce qu'on nous offre dans les médias. C'est le pays vu de l'intérieur. Il est également agrémenté de photos. On apprend plein de choses sans que ce soit indigeste pour qui n'a pas l'habitude de lire des ouvrages documentaires. C'est très très intéressant, je recommande chaudement ! - djelisaweta, Babelio

John Everard m'a fait découvrir la face cachée de la Corée du Nord et les origines de la situation dans laquelle elle se trouve actuellement. En poste à Pyongyang, observateur attentif et discret, il s'exprime simplement, avec humour et clarté. - littleone, Babelio

Un livre passionnant. Ce livre est à la fois pointu et très abordable. Point de pédanterie ni de dogme dans ce livre, mais de l'érudition associée à de l'humilité. - Ourcq, Babelio

À PROPOS DE L'AUTEUR

John Everard est né en 1956. Ancien diplomate britannique, il passe par la Biélorussie et l’Uruguay avant d’entrer en fonction à Pyongyang de 2006 à 2008, expérience marquante dont il tirera un livre. Il a également été coordinateur auprès de l’ONU autour des questions sur la Corée du Nord.
Éditeur:
Sortie:
26 juil. 2019
ISBN:
9782367270760
Format:
Livre

À propos de l'auteur


Aperçu du livre

La Corée du Nord à bicyclette - John Everard

GILLANT

LA CORÉE DU NORD À BICYCLETTE

Un diplomate à Pyongyang

John EVERARD

LA CORÉE DU NORD À BICYCLETTE

Un diplomate à Pyongyang

Essai

Traduit de l’anglais par

Philippe

CHE

Au peuple de Corée du Nord, qui mérite mieux

Sommaire

Remerciements  13

Liste des photos  15

Préface  17

Notes sur le texte  29

Abréviations  31

Glossaire des termes coréens  32

Première partie La vie en rpdc  35

Chapitre 1 • La société nord-coréenne  36

La vie quotidienne en RPDC 36 – Les rapports familiaux, les rencontres, le mariage 42 – Le lieu de travail 53 – Les loisirs 58 – Les repas 63 – Vacances et jours de fête 64 – L’art de sauver les apparences 65 – Le système éducatif 67 – La musique 70 – L’art 72 – La santé 73 – La vie à la ferme 76 – Les voyages 80 – La religion 82 – L’environnement 85 – Les handicapés 87

Chapitre 2 • Le régime et le peuple  89

Le contrôle politique et ses différentes formes 89 – Les réunions politiques 104 – Les rituels politiques 107 – Des déplacements sous contrôle 111 – Le service militaire (et autres services) 114 – Crime et châtiment 117 – Attitudes à l’égard du régime119 – La Bureaucratie 122 – La Gérontocratie et son attitude face au changement 123 – Les cicatrices de la Guerre de Corée 127

Chapitre 3 • L’économie de la RPDC  130

Pénuries 130 – Le système de distribution publique 132 – Marchés officiels et non officiels 134 – Commerce et foires commerciales 143 – Les services 145 – Les magasins 145 – Restaurants, bars et cafés 148 – L’industrie 151 – Réformes économiques : à quoi peut-on s’attendre ? 152

Chapitre 4 • Les deux Corées  155

Attitude vis-à-vis de la Corée du Sud 155 – La zone industrielle de Kaesong 156 – Kumgangsan 158 – Panmunjom 159

Deuxième partie Les étrangers en rpdc  161

Chapitre 5 • La RPDC et les étrangers  162

Les autorités de la RPDC et les résidents étrangers 163 – Permis et interdictions 169 – Les voyages 174 – Les rapports humains 179 – Attitude du régime à l’égard des agences internationales et des ONG 180 – Attitude des étrangers vis-à-vis de la RPDC 182 – La vie des étrangers à Pyongyang 184 – Étrangers et Nord-Coréens du peuple 204

Troisième partie   La nature du régime  209

Introduction  210

Chapitre 6 • La naissance du régime  213

La tutelle de l’armée soviétique et le choix de Kim Il Sung 214 – La personnalité de Kim Il Sung 216 – L’héritage historique 220 – L’héritage stalinien 223 – Naissance du culte de la personnalité 224

Chapitre 7 • De la Guerre de Corée à la famine  226

Les cicatrices politiques laissées par la Guerre de Corée 227 – Développement du culte de la personnalité 230 – Le culte du nationalisme 232 – La voie de l’indépendance 234 – Les effets politiques de l’aide internationale 235 – Le défi du Sud 238 – La montée du militarisme 239

Chapitre 8 • La famine et ses conséquences  240

La mort de Kim Il Sung et l’arrivée au pouvoir de Kim Jong Il 240 – Le traumatisme de la famine 243 – Songun : la consécration du militarisme 246 – Missiles et programmes nucléaires 246

Chapitre 9 • Le régime en 2008 et après  248

Une propagande nationaliste plus que marxiste-léniniste 248 – Autres aspects de la nature du régime 250 – Les mesures économiques de 2009 252 – La question de la succession 253 – Conclusion 253

Quatriéme partie   Nos rapports avec la rpdc  257

Chapitre 10 • Comment le monde s’y est pris avec la RPDC…  258

Les objectifs 260 – Les acteurs 262 – Les moyens 267

Chapitre 11 • … Et comment il a échoué  273

Qu’est-ce qui a été accompli, et qu’est-ce qui ne l’a pas été ? 273 – Problèmes avec les approches précédentes 276 – Pourquoi ces approches ont-elles échoué ? 282 – Pourquoi le régime de la RPDC ne peut pas donner à la communauté internationale ce qu’elle réclame 287 – Qu’est-ce qui pourrait marcher à l’avenir ? 291 – Conclusions 295

Postface  297

Bibliographie  301

Index  305

Remerciements

Je me tiens tant bien que mal sur les épaules des géants. Bien que j’aie rédigé de nombreux passages de ce livre à partir de mes propres observations, je suis grandement redevable, pour certains d’entre eux, aux nombreux chercheurs dont j’ai consulté les ouvrages. J’ai essayé de m’acquitter de cette dette dans les notes de ce livre et (de façon moins exhaustive) dans ma bibliographie. Toute omission est involontaire.

J’ai une dette de reconnaissance particulière vis-à-vis de mes collègues du Shorenstein Asia-Pacific Research Center de l’Université de Stanford, et spécialement vis-à-vis de David Straub, Dan Sneider, Gi-Wook Shin, et George Krompacky, pour leur aide et leurs conseils précieux durant la rédaction et la publication de ce livre, et pour leur amitié et leur soutien durant le temps que j’ai passé avec eux.

Je suis également reconnaissant aux collègues et amis, aussi bien coréens qu’étrangers, que j’ai fréquentés au cours de mon séjour à Pyongyang. J’ai grandement profité de leurs connaissances et j’ai pu largement compter sur leur amitié et leur soutien.

Enfin, je voudrais dire ma reconnaissance à Heather, mon épouse, qui a supporté avec patience mes longues absences, à la fois physiques et mentales, durant la rédaction de ce livre.

Photos

1. Pyongyang, centre ville.

2. Le centre de Pyongyang.

3. Immeubles délabrés, typiques de Pyongyang.

4. Zoom sur des habitats pauvres.

5. Queue à un arrêt de bus à Pyongyang.

6. Jeunes amoureux dans un parc à Pyongyang.

7. Statue de Kim Il Sung flanquée de drapeaux. 

8. Baigneurs à la plage de Nampo.

9. Accessoires de photographe à l’occasion du 16 février.

10. Écoliers déposant des fleurs devant une image de Kim Il Sung. 

11. Enfants maquillés chantant pour des visiteurs étrangers.

12. Chorale de village.

13. Le char à bœufs demeure un élément essentiel de la vie paysanne. 

14. Repiquage du riz à l’aide d’un tracteur.

15. Défenses anti-char.

16. Cultures à flanc de colline.

17. Les lumières de Dandong et l’obscurité de Sinuiju.

18. Mangyongdae, village natal de Kim Il Sung.

19. Alignement de cibles anti-américaines.

20. Exposition de Kimilsungia.

21. Danse de masse sur la place Kim Il Sung.

22. Concert pour les électeurs.

23. Balayettes à l’usage des fidèles.

24. Stands à la foire de printemps de Pyongyang.

25. Réparateurs de vélo près du stade du 1er mai.

26. Usine textile dans la zone de Rajin-Sonbong.

27. Une usine dans la zone industrielle de Kaesong.   

28. Panmunjom vu du côté Sud.

29. Panmunjom vu du côté Nord.

30. Traffic girl.

31. Jeune fille dans un orphelinat. 

32. Le Random Access Club (RAC), Pyongyang.

Préface

J’ai été ambassadeur en République Populaire Démocratique de Corée (RPDC, souvent appelée Corée du Nord) de février 2006 à juillet 2008. J’ai donc eu le privilège de vivre dans ce pays extraordinaire et de l’observer directement durant presque deux années et demie. Après mon départ de Pyongyang, j’ai de plus en plus ressenti le besoin de partager ce que j’avais vu avec un public élargi, espérant ainsi aider les gens à comprendre ce pays peu visité. Cela a été rendu possible par la générosité du Programme d’Études Coréennes du Shorenstein Asia-Pacific Research Center de l’Université de Stanford, qui dans un moment d’égarement m’a offert un séjour en tant que Professeur invité du programme Pantech. Ce livre n’aurait probablement pas vu le jour sans cette invitation qui m’a permis de m’y consacrer entièrement durant plusieurs mois, et la promesse d’un soleil californien généreux qui allait avec.

J’ai divisé ce livre en quatre parties.

La première partie est essentiellement une description de la RPDC telle que je l’ai découverte, accompagnée de quelques commentaires. C’est un témoignage sur ce pays, vu de l’intérieur, tel qu’il se présentait après la famine des années 90 et ses répercussions sur le système politique et social, et juste avant les mesures monétaires problématiques de 2009, les tensions croissantes de 2010 sur le plan international (elles étaient en réalité bien présentes dès 2008), et la mort de Kim Jong Il en 2011. J’y décris essentiellement ce que j’ai observé autour de moi et la vie des Coréens que je connaissais.

Il s’agit là de la partie centrale de ce récit, et en même temps la plus longue. C’est à partir de là que j’ai développé les autres chapitres. Je l’ai écrite essentiellement parce que de nombreuses personnes me demandaient à quoi ressemblait la RPDC. Mais je l’ai aussi écrite parce que la Corée du Nord est en train de changer (lentement), et j’ai voulu témoigner de ce que j’y ai vu et entendu, avant que tout cela ne disparaisse. La Corée du Nord est une société asiatique conservatrice qui, du fait d’une série d’événements improbables, a beaucoup moins évolué que les autres sociétés asiatiques qui l’entourent. Elle attire l’attention pour de nombreuses raisons (souvent mauvaises) mais elle est entre autres choses un exemple de société « vitrifiée » tout à fait fascinant.

Je n’avais l’intention, dans un premier temps, que d’écrire un ouvrage sur la vie et la société de la RPDC, mais plusieurs personnes m’ayant demandé ce qu’avait été pour moi la vie à Pyongyang, j’ai décidé de tenter également une description de la vie des étrangers dans ce pays. C’est le thème de la seconde partie de ce livre. Beaucoup imaginent que la vie à Pyongyang doit être quelque chose d’indicible, de terrible. Elle est sans aucun doute pleine de problèmes, mais d’une façon ou d’une autre, nous nous en sortions tous. (De la même façon que mes semblables occidentaux s’inquiètent parfois du bien-être des diplomates à Pyongyang, les Coréens s’inquiètent des séjours que l’on peut faire dans ce repère du mal que sont les États-Unis. Un jour, peu avant un voyage d’affaires que je devais effectuer à Washington, deux de mes employés coréens m’ont demandé avec beaucoup de sollicitude d’être très prudent et de m’assurer de revenir sain et sauf. « N’avez-vous pas peur de vous rendre dans un tel endroit ? » m’avaient-ils demandé.)

J’ai essayé dans la troisième partie d’expliquer comment la RPDC est devenue ce pays presque unique qu’il est aujourd’hui. Sa création presque par accident, son héritage pratiquement intact des traditions politiques et sociales très dix-neuvième siècle d’un des pays les plus conservateurs d’Asie, sa version extrême d’un culte de la personnalité stalinien d’un genre qui a quasiment disparu depuis l’arrivée au pouvoir de Khrouchtchev, tous ces éléments combinés en ont fait un lieu très étrange. L’attitude du régime (à l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières), de même que sa compréhension du monde dans lequel il se trouve, sont dans une large mesure déterminées par le moule dans lequel il a été coulé, et je m’appuie sur cette analyse pour examiner les interactions (ou l’absence d’interaction) de la RPDC avec le monde extérieur, ainsi que les limites du régime dans sa compréhension des autres nations.

Je traite dans la quatrième partie de la façon dont la communauté internationale devrait se comporter vis-à-vis de la RPDC. Ce sujet a fait couler beaucoup d’encre. Beaucoup d’individus et de gouvernements s’inquiètent des entorses aux droits de l’homme commises en RPDC, de son programme nucléaire, de ses provocations armées vis-à-vis de la Corée du Sud, beaucoup s’inquiètent également du fait qu’elle puisse vendre des armes de destruction massive à d’autres pays. Il y a un débat auquel participent depuis de nombreuses années chercheurs et hommes politiques, et qui continue depuis la mort de Kim Jong Il, sur le fait de savoir s’il vaut mieux affronter ces problèmes en isolant la RPDC, ou bien tenter de la faire changer d’attitude en l’impliquant. J’ai essayé de montrer qu’aucune de ces approches ne marche.

J’ai en général essayé, dans les deux premières parties de ce livre, de ne pas prendre position, de ne pas proposer d’interprétations de ce que j’ai vu ou entendu (j’espère que mes lecteurs tireront de mes descriptions leurs propres conclusions), mais il y a néanmoins un message que je voudrais faire passer de façon très claire. Trop souvent, la Corée du Nord n’est perçue qu’à travers ses essais nucléaires, ou ses défilés militaires parfois retransmis par les média occidentaux. Le culte de la personnalité qui entoure ses dirigeants est traité sur le mode de la dérision par certains commentateurs, tandis que d’autres décrivent la Corée du Nord comme une immense prison à cause de ses camps de travail. Je n’ai jamais fermé les yeux sur aucun de ces problèmes – j’ai en fait passé plusieurs années de ma vie à les combattre. Mais au-delà de tous ces aspects, la RPDC est un pays réel, où vivent des personnes réelles, dont les vies ne tournent pas autour de la politique nucléaire de leur pays mais autour de leurs familles, de leurs collègues de travail, et des mille soucis quotidiens qui font la vie de tout un chacun partout dans le monde. J’ai essayé de montrer qu’il y a un aspect humain en Corée du Nord qui, je l’espère, sera pris en compte par les décideurs politiques lorsqu’ils délibèreront de l’avenir de ce pays. Avant mon séjour en Corée du Nord, j’ai lu de nombreux articles qui m’ont donné l’impression que j’allais pénétrer un monde fait d’automates enrégimentés, pensant tous de la même façon et régurgitant tous la même propagande. Les Nord-Coréens ne correspondent pas du tout à cette image. Ce sont des individus au sens strict du terme, que j’ai trouvé pour la plupart amicaux, hospitaliers, et doués d’un bon sens de l’humour.

Ce livre est en très grande partie basé sur les conversations que j’ai pu avoir avec des Nord-Coréens. Certaines avaient lieu dans un contexte officiel, mais j’ai aussi eu de nombreuses conversations à caractère privé. Je ne veux pas exagérer l’importance de ces dernières. Il était (et probablement aujourd’hui encore) impossible pour un diplomate occidental à Pyongyang d’entretenir avec la population des rapports considérés comme normaux dans une société moins contraignante, mais j’ai eu la possibilité de parler au moins avec quelques Nord-Coréens. J’ai eu avec un petit nombre d’entre eux des relations proches de l’amitié – à tout le moins des relations telles qu’ils s’autorisaient à me parler de leur vie.

L’une de mes principales préoccupations dans la rédaction de ce livre a été d’éviter de mettre en danger les personnes qui ont pris des risques en parlant avec moi. C’est pourquoi j’ai pris le soin de déguiser les identités ; par ailleurs, j’ai souvent décrit en termes généraux ce qui m’était rapporté par plusieurs individus au lieu de retranscrire des conversations personnelles. Enfin, excepté là où le sexe de la personne est important pour le contexte, je fais systématiquement usage du pronom féminin – « elle » peut en fait signifier « il ». Je n’aborderai pas les questions concernant l’identité de ces personnes, la façon dont je les ai rencontrées, ni celle dont ces entretiens se sont passés.

La plupart des personnes avec qui j’ai parlé, de façon officielle ou non, étaient des membres de l’élite externe de Pyongyang. J’entends par là des individus qui n’étaient ni membres de l’élite interne du régime, extrêmement privilégiée, et dont le mode de vie a été décrit par plusieurs transfuges ainsi que par l’ancien « maître sushi » de Kim Jong Il, ni des travailleurs pauvres (employés ou autres) ou des paysans, ces deux catégories constituant une grande majorité de la population nord-coréenne. Ils avaient pour la plupart un emploi stable sinon de haut niveau et étaient issus de familles en bon termes avec le régime. Ils ne mangeaient pas particulièrement bien mais souffraient rarement de la faim. Le groupe social auquel ils appartenaient n’a pas vraiment son mot à dire dans la conduite des affaires de la RPDC, mais exécute les ordres de ses supérieurs – sa loyauté est de ce fait vitale dans l’administration du régime. Je n’ai pas d’idée précise concernant l’importance démographique de ce groupe. Mais étant donné qu’il est essentiellement concentré dans la capitale, où il représente probablement un peu moins de la moitié de la population, laquelle est estimée à un peu plus de deux millions d’individus, je pense que cette élite externe doit représenter un million de personnes environ.

Je n’avais que des contacts limités avec les autres couches de la société. Je rencontrais de temps à autre des ouvriers (des villes comme des campagnes) et, en de rares occasions, des membres de cette élite interne hautement privilégiée, mais j’ai rarement pu m’entretenir avec des personnes de ces deux groupes. Ce que je décris dans les lignes qui suivent est donc la vie telle qu’elle est perçue par une minorité privilégiée, mais pas la plus privilégiée de Pyongyang. J’espère que cet ouvrage complètera d’autres récits de la vie en RPDC basés sur des interviews de transfuges, dont beaucoup viennent des régions sinistrées du nord-est du pays, et souvent de classes sociales inférieures.¹ Mes rencontres se sont faites pour la plupart avec des Nord-Coréens appartenant à des échelons plus élevés de la société.

La façon dont les choses se passent en Corée du Nord fait que je ne peux pas savoir qui, des personnes auxquelles j’ai parlé, travaillait en réalité pour les services de sécurité nord-coréens, si tant est qu’il y en ait eu. Il est possible qu’elles l’aient toutes été, et qu’elles étaient utilisées par le régime pour faire passer ses messages à un ambassadeur impérialiste. Mais je ne le pense pas. Je pense que certaines d’entre elles, à certains moments, et peut-être toutes, à tous les instants, étaient sincères. Un jour, j’ai demandé à l’une de ces personnes si elle faisait des rapports sur nos conversations. Elle s’est mise à rire et m’a demandé à qui elle aurait bien pu faire un rapport. Faire un rapport au inminban (comité de quartier) n’aurait causé que des ennuis – personne ne voulait apprendre qu’un tel crime avait été commis dans son secteur. Elle n’avait aucun contact avec les services de sécurité – pourquoi se serait-elle mise en danger en allant les voir ?

Réponse attendue me direz-vous ? Ce fut en tous cas sa réponse.

Au bout du compte, je devais simplement faire confiance aux gens – et ils devaient me faire confiance. Il leur était impossible de savoir si je n’allais pas faire un rapport sur eux, ou simplement mentionner nos conversations à quelqu’un qui pouvait les dénoncer. Après tout, si je ne courais aucun risque, eux en couraient un réel.

Certains en avaient conscience. Je n’oublierai jamais cette conversation avec une personne qui m’a regardé droit dans les yeux et m’a gentiment demandé d’être prudent. « S’ils l’apprennent, ils me tueront » m’avait-elle dit. D’autres ne partageaient pas ces craintes. L’élite externe de Pyongyang vit et grandit dans un environnement ultra protégé, et j’étais souvent stupéfait de leur manque de prudence presque enfantin. Il me fallait parfois expliquer pourquoi ce n’était pas une bonne idée de parler dans des lieux qui auraient pu recéler des micros. La plupart de mes interlocuteurs avouaient qu’ils n’y avaient tout simplement pas pensé (l’un d’eux, peut-être plus avisé que les autres, s’était mis à rire et me confia qu’il ne croyait pas qu’il pût y avoir de micros, et que de toutes façons nous étions en Corée du Nord, et que de tels dispositifs, s’ils avaient été installés, auraient cessé de fonctionner depuis belle lurette.)

Il m’arrivait de temps en temps d’entrer en conversation avec des inconnus. Mais cela était difficile, non seulement à cause de la peur de la sanction (il n’y a pas si longtemps, les Nord-Coréens changeaient encore de trottoir quand ils voyaient un étranger approcher, conscients des conséquences que pouvait avoir le simple fait d’être vu près d’un étranger), mais par simple réticence et du fait du choc ressenti par la plupart des Nord-Coréens lorsqu’ils rencontrent un étranger. Il n’est pas dans la nature des Coréens d’avoir une conversation avec un inconnu, à moins d’être passé au préalable par un échange de banalités suffisant qui la rendra possible. En général, même si je me trouvais avec une personne prête à engager la conversation, lorsque les questions rituelles avaient été posées – de quel pays je venais, est-ce que j’avais des enfants, est-ce que je savais me servir de baguettes – nous n’avions plus assez de temps pour parler de choses sérieuses. Par ailleurs, pour la plupart des Coréens, se retrouver face à un étranger est comparable en terme de choc au fait, pour un occidental, de se retrouver face à un extraterrestre. Les femmes restaient en général figées et prises d’une crise de rires nerveux, et les hommes nous regardaient bouche bée.

Je n’avais eu aucun contact avec la péninsule coréenne avant ma prise de poste à Pyongyang, sauf en trois occasions très brèves. La première fut en 1978, alors que j’étudiais à l’université de Pékin. Un beau jour, je me suis retrouvé dans une classe avec une demi-douzaine d’étudiants nord-coréens, tous des garçons, tous vêtus des mêmes chemises blanches et vestes sombres, et tous arborant un badge à l’effigie de Kim Il Sung à leur revers. Je pense qu’ils devaient être aussi surpris de me rencontrer que je l’étais moi-même, et mes tentatives pour entrer en conversation avec eux furent des échecs. Cependant, une camarade qui était parvenue à leur parler en était revenue quelque peu intriguée. « Ils sont tout blanc à l’intérieur » avait-elle dit (je pense qu’elle voulait dire que leur esprit était vide.) La deuxième occasion fut en 1998 si je ne me trompe pas, lorsque, conseiller politique à l’ambassade britannique à Pékin, j’ai assisté à une réunion animée par un membre des Nations Unies en poste à Pyongyang sur la famine qui avait ravagé le pays. Je n’avais aucune idée de l’étendue du désastre, et je l’ai écouté horrifié parler de taux de mortalité effrayant, de survivants squelettiques, et des difficultés de la communauté internationale à réagir. La troisième fut en 2000, lorsque j’ai été chargé d’informer les Nord-Coréens que le Royaume-Uni avait décidé d’établir des relations diplomatiques avec eux. Je me souviens m’être assis dans l’immense salle de réception de l’ambassade de la RPDC à Pékin, sous les portraits de Kim Il Sung (le « Grand Dirigeant », qui fut à la tête de la Corée du Nord jusqu’à sa mort en 1994) et de Kim Jong Il (le « Cher Dirigeant », son fils et successeur, qui l’a dirigée jusqu’à sa mort en décembre 2011.) Après avoir transmis mon message selon les instructions que j’avais reçues, l’officiel nord-coréen à qui je m’étais adressé sourit et dit que c’était une bonne chose que nous devenions amis. Après tout, avait-il ajouté, l’Angleterre et la France avaient été en guerre durant cent ans, mais étaient à présent des nations amies.

Je n’imaginais pas alors que six ans plus tard, par une froide matinée de février, je sortirais d’un avion nord-coréen peu flambant à l’aéroport de Pyongyang pour être salué par mon adjoint coiffé d’une immense toque en fourrure, gravirais la rampe couverte de neige jusqu’au terminal et rencontrerais mes nouveaux collègues diplomates, qui attendaient en demi-cercle, debout et grelottant dans un bâtiment sans chauffage pour me serrer la main et se présenter avant de regagner la chaleur de leurs voitures et de rentrer chez eux.

J’ai étudié le coréen à Séoul avant de me rendre à Pyongyang. Mes professeurs ont héroïquement tenté de m’aider à apprendre autant que je pouvais, mais le coréen n’est pas une langue facile, et après sept mois d’efforts, je ne la maniais pas encore avec une très grande aisance. Je me suis rendu compte en arrivant à Pyongyang que les gens ne me comprenaient pas – en partie à cause de mon mauvais accent, et aussi du fait que les Nord-Coréens utilisent beaucoup de mots différents de ceux qu’utilisent les Sud-Coréens, et lorsqu’ils utilisent le même mot, ils le prononcent souvent différemment². J’ai pratiqué mon coréen aussi souvent que j’ai pu, j’ai pris des cours à Pyongyang, et avec le temps, mon coréen, même s’il n’a jamais été courant, s’est amélioré jusqu’à me permettre de tenir des conversations sur toutes sortes de sujets avec n’importe quel Nord-Coréen prêt à parler avec moi (à mon grand regret, mes compétences langagières se sont affaiblies depuis cette époque.)

Je parle dans ce livre de ce que l’on m’a dit, mais aussi de ce que j’ai vu, à Pyongyang comme au cours de mes voyages à travers le pays. J’avais la possibilité de me déplacer autour de Pyongyang plus ou moins librement. En théorie, les résidents étrangers sont autorisés à se déplacer dans un rayon de trente-cinq kilomètres à partir du centre de Pyongyang (quelle qu’en soit la définition), mais en pratique, la limite autorisée était la première ceinture de postes de contrôle militaires qui entouraient la capitale. Je me promenais à l’intérieur de cette zone autorisée aussi souvent que je pouvais, parfois en voiture mais le plus souvent sur ma chère bicyclette. Je ne cherchais pas à cacher le fait que j’étais étranger lorsque j’étais à vélo. Je portais une tenue cycliste jaune vif et roulais sur un vélo de randonnée à vitesses d’un modèle inconnu de la plupart des Nord-Coréens. Parfois, les jeunes soldats des postes de contrôle me faisaient juste signe de passer – ce qui induisait le problème inverse de devoir expliquer à mon retour comment j’avais fait pour sortir de la zone autorisée (il était imprudent d’imaginer que j’allais tomber sur le même soldat au retour.) Un jour, alors que je m’approchais d’un poste de contrôle, un jeune militaire m’a fait signe de descendre de vélo, et m’a dit un peu hésitant que je n’étais pas autorisé à le franchir. Puis, submergé par la honte d’avoir arrêté un hôte étranger et désireux de montrer qu’il ne nourrissait aucune hostilité à mon égard, il m’a invité à prendre le thé à l’intérieur de son poste et m’a tendu sa vieille tasse en métal. Une autre fois, on m’a fait signe de m’arrêter à un poste de contrôle près d’un pont où on m’a dit que j’étais déjà en dehors de la zone dans laquelle j’étais censé me trouver – je m’étais retrouvé involontairement en dehors du périmètre de sécurité et j’essayais d’y retourner. L’officier responsable avait l’air gêné plus que tout autre chose de me demander de m’asseoir dans son bureau spartiate pendant qu’il téléphonait à ses supérieurs, qui devaient appeler leurs supérieurs, qui donnèrent finalement l’ordre (après plus d’une heure) de m’autoriser à passer. Durant ce temps, nous avions échangé des banalités et il m’avait offert des cigarettes de luxe. (J’en profitai pour observer les soldats qui allaient et venaient, et rangeaient leurs armes dans un local sécurisé au fond de son bureau. Aucun ne portait de chaussettes.)

J’avais de temps en temps la possibilité de voyager en dehors de la capitale, même si les demandes pour les permis nécessaires prenaient toujours du temps et n’étaient pas toujours accordées. Il y avait aussi une zone grise. En théorie, il fallait un permis pour se rendre à la plage proche du port ouest de Nampo, ou dans les montagnes pittoresques de Myohyangsan au nord de Pyongyang, mais en pratique, les étrangers pouvaient passer les postes de contrôle sans encombre dans les deux sens. Là encore, les comportements inhabituels avaient leurs conséquences. J’ai fait par trois fois l’aller-retour à Nampo à bicyclette (plutôt qu’en voiture, moyen de locomotion plus normal pour un étranger.) La troisième fois, j’ai commis l’erreur de m’asseoir près des grilles d’un marché, aux abords de la ville, et d’acheter à un des marchands qui se trouvaient là un namsaebbang, pain traditionnel cuit à la vapeur et fourré aux légumes. J’ai remarqué un jeune homme qui m’observait ainsi que mon vélo durant un moment, et qui a ensuite disparu. Sur le chemin du retour, j’ai vu des hommes apparaître sur les ponts et me dire de prendre la route principale pour rentrer à Pyongyang, et non l’ancienne route, que je préférais (moins empruntée et beaucoup plus pittoresque.) J’ai appris plus tard que mon voyage avait fait l’objet d’un rapport à Pyongyang, et avait suscité un déluge d’échanges entre le ministère des Affaires Étrangères (MAE) et les services de sécurité.

Il me semble que ce que j’ai écrit suscite plus de questions que de réponses, et je pense que de nombreux lecteurs souffriront des lacunes de ce livre. J’en souffre moi-même. J’ai beaucoup écrit sur ce que je sais (j’ai volontairement omis certaines informations afin de protéger les personnes concernées), mais il reste de nombreux sujets, y compris les plus quotidiens, sur lesquels je n’ai pas pu enquêter. Il arrivait à mes contacts de se montrer réticents sur certaines questions, autant par pudeur personnelle que par pudeur politique, et souvent parce que leur très grande fierté toute coréenne leur interdisait de parler à un étranger des côtés négatifs de leur pays. Parfois les discussions devaient être interrompues au moment où elles devenaient intéressantes. Parfois c’était mon coréen qui me faisait défaut, tantôt dans la formulation des questions, tantôt dans la compréhension des réponses. Parfois, maintenant que j’en suis venu à écrire ce que j’ai vécu, je réalise qu’il y a des questions que j’aurais dû poser mais qui ne me sont tout simplement pas venues à l’esprit à ce moment-là. Et bien que j’aie passé près de deux ans et demi en RPDC, je n’avais pas la possibilité de consacrer tout mon temps à poursuivre des conversations avec des Coréens. J’ai passé beaucoup de temps en conversations officielles avec le gouvernement de la RPDC – j’avais été envoyé là-bas pour ça. J’ai passé encore plus de temps dans des réunions avec d’autres membres de la communauté étrangère, en particulier dans ces réunions formatées du corps diplomatique, activité incontournable dans la vie d’un ambassadeur à Pyongyang. Par ailleurs, j’étais dans la journée enchaîné à mon bureau durant de longues heures, à diriger mon ambassade, à écrire des rapports ou à tenter de résoudre les crises qui constituent le quotidien d’une vie en RPDC. (Cela pouvait aller d’un problème consulaire délicat à essayer de trouver pourquoi il n’y avait pas d’eau au robinet.)

J’ai passé beaucoup plus de temps en Corée du Nord que la plupart des étrangers, et j’aimerais pouvoir dire que je connais bien ce pays. Ce n’est pas le cas. J’ai lu tout ce que pouvais sur la RPDC avant de venir à Pyongyang, et j’avais l’impression d’avoir acquis des bases solides sur lesquelles je pouvais continuer à construire. Au cours de ma première semaine, un diplomate nord-coréen m’a demandé d’apprendre autant que je pouvais sur son pays, et je lui ai promis d’essayer. Après quelques mois, j’ai commencé à me considérer comme une sorte d’expert. Après une année, j’ai réalisé qu’il y avait encore beaucoup de choses que je ne savais pas. Après deux ans, j’ai fini par comprendre que le temps que je passerais à Pyongyang serait largement insuffisant pour tout connaître de ce pays fascinant, et le reste de mon séjour m’a appris, mois après mois, qu’il y avait des pans entiers de la vie en Corée du Nord dont je ne savais rien, et dont je n’avais même pas soupçonné l’existence. Plus le temps passait et plus je prenais conscience de mon ignorance, et j’ai quitté Pyongyang en réalisant que je n’avais guère fait plus que gratter la surface de la société qui m’avait entouré durant deux années et demie. J’ai aussi appris que ce que je croyais connaître de ce pays était inexact, et je suis convaincu que si j’avais pu rester plus longtemps à Pyongyang, j’aurais continué à rectifier mes impressions. Je ne prétends donc pas être un expert de la RPDC – loin de là. En effet, ma seule certitude concernant ce livre est que certains passages sont erronés, et que lorsque nous finirons par savoir ce qui s’est passé en Corée du Nord durant toutes ces années, ce que j’ai écrit pourra être considéré comme un monument de notre ignorance plus que tout autre chose.

Par ailleurs, bien que le rythme des changements qui s’opèrent en Corée du Nord soit extrêmement lent par rapport aux autres pays d’Asie, le pays est bien en train de changer, et a déjà changé depuis l’époque où j’y vivais. La Corée du Nord que je décris est très différente, en bien des aspects, de celle décrite par des personnes qui y ont vécu quelques années plus tôt³. Déjà, le contrôle strict de la vie politique et sociale si caractéristiques de la RPDC battait de l’aile, et les habitants commençaient à ressentir sinon un souffle de liberté, du moins les prémisses d’une vie un peu moins contrainte. Toutefois, le pays n’avait pas encore eu à souffrir de la réforme monétaire désastreuse de la fin de l’année 2009, et je suis parti longtemps avant la mort de Kim Jong Il le 17 décembre 2011 et l’accession de son fils Kim Jong Un au rôle de dirigeant suprême.

J’ai réalisé en écrivant ce livre qu’il y avait une véritable industrie d’observateurs de la RPDC, dont beaucoup n’ont jamais mis les pieds dans le pays, et qui gagnent leur vie en allant de colloque en conférence pour échanger les mêmes idées avec les mêmes personnes. Il me semble parfois que la passion avec laquelle certains d’entre eux défendent leurs positions est inversement proportionnelle à leur connaissance de la RPDC. Dans ce livre, je ne fais aucun secret de mon affection pour le peuple nord-coréen – ce qui contrariera certains observateurs de la RPDC déterminés à le présenter comme une armée d’automates décérébrés – ni de ma reconnaissance des horreurs du régime et de la menace qu’il représente pour la communauté internationale, ce qui contrariera le lobby pro-engagement. Cela signifie que la plupart des experts se montreront, à un degré ou un autre, en désaccord avec moi. C’est la vie.

J’espère que ce livre encouragera d’autres personnes ayant vécu et travaillé en RPDC à écrire ce qu’ils y ont vu et entendu. Nous ne sommes pas très nombreux à avoir partagé cette expérience, mais avec le temps, nous devons être quelques milliers maintenant. Je sais que de nombreuses personnes ayant une expérience plus récente que la mienne sont réticentes à parler de ce qu’elles savent en public, de peur de ne pouvoir retourner dans le pays. Mais je sais par expérience qu’il est possible d’écrire beaucoup plus, et beaucoup plus librement sur la RPDC que ce que l’on imagine généralement, sans que le régime vous claque la porte au nez. Je suis intimement persuadé que si un plus grand nombre de personnes ayant travaillé en RPDC

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Ce que les gens pensent de La Corée du Nord à bicyclette

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