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Berlin 1945: Je suis né dans les ruines du Reich
Berlin 1945: Je suis né dans les ruines du Reich
Berlin 1945: Je suis né dans les ruines du Reich
Livre électronique207 pages2 heures

Berlin 1945: Je suis né dans les ruines du Reich

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À propos de ce livre électronique

Les origines d'un homme né d'une union interdite à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Je suis né le 30 avril 1945 à Berlin, le jour où Hitler s’est suicidé et où les troupes soviétiques ont investi la capitale du IIIe Reich. Mon père, né en France en 1922, avait été envoyé en Allemagne pour le STO. C’est là qu’il a rencontré une jeune étudiante allemande, ma mère. Je suis né de cette relation sinon interdite, tout du moins attentivement surveillée par les nazis. Soixante-dix ans plus tard, c’est au nom de tous les « Enfants de la guerre » que je retrace le parcours de mes parents, leur rencontre, leur relation, leur amour, leur existence sous les bombes dans Berlin encerclée par les troupes soviétiques, la reconstruction de l’Allemagne et les difficultés pour rentrer en France. Comment peut-on se construire, clivé entre deux cultures, deux idéologies, deux langues, alors que le sentiment antiallemand est à son paroxysme et que tout oppose ses parents ?

Découvrez sans plus attendre le récit captivant d'une rencontre dans une époque troublée et suivez pas à pas la reconstruction des origines de l'auteur, né d'un père Français et d'une mère Allemande.

EXTRAIT

Novembre 1942. Robert a 20 ans. Il vit à Lyon avec ses parents et son jeune frère. La famille vit confortablement de la bonneterie que tient le père, et ce, malgré les difficultés de tous ordres que connaissent beaucoup de Français depuis la défaite humiliante de juin 1940. Dans la famille, on considère, comme la grande majorité des Français, que Pétain a sauvé la France pour la deuxième fois. En outre, l’abolition de la République, l’octroi des pleins pouvoirs au vieux Maréchal, les perspectives de la « Révolution nationale » satisfont pleinement nombre de catholiques français qui craignent avant tout une possible révolution bolchévique susceptible de faire suite à la débâcle. Ces gens-là ont assez souffert d’avoir dû subir le Front populaire. Ils sont convaincus qu’un complot judéo-maçonnique a porté « le Juif Blum » au pouvoir et que les malheurs actuels de la France lui sont imputables.

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE

Berlin 1945 – Je suis né dans les ruines du Reich est un ouvrage qui ravira les passionnés de cette période et les lecteurs qui aiment découvrir des récits de vie peu communs. - Loïc Smars - Le suricate

A PROPOS DE L'AUTEUR

Retraité de l’Éducation nationale, Yves Guyet a enseigné l’allemand en lycée à Lyon, Tournus et Chalon-sur-Saône. Il vit aujourd’hui en Bourgogne, tout près de Cormatin, d’où son père est parti pour Berlin en 1943...
LangueFrançais
ÉditeurPrimento
Date de sortie17 déc. 2018
ISBN9782390093206
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    Aperçu du livre

    Berlin 1945 - Yves Guyet

    guerres

    Préface

    Peut-on se faire l’historien-témoin de sa propre naissance ? Déployer assez de recul critique et de savoir historique sur ses propres parents, sur les conditions de leur rencontre, sur les circonstances de sa propre venue au monde ? C’est le défi que relève ici parfaitement l’auteur, né à Berlin le 30 avril 1945, le jour même de la chute apocalyptique de la capitale du Reich, et trois heures et demie environ avant le suicide d’Hitler. Fils de Robert, l’exilé du Service du Travail obligatoire (STO), et de Margot-Jutta, l’étudiante allemande, Yves Guyet nous livre un récit fin et fluide, non dénué d’âpreté ni de distance, sur les êtres et les événements auxquels il doit le jour. Surtout, il l’allie à un authentique travail d’historien : enquête orale et archivistique fouillée, reproduction et analyse de documents écrits et iconographiques, rappel constant du contexte général, consultation d’ouvrages de référence, chiffres précis, formulation d’hypothèses lorsque la documentation ne suffit pas à trancher.

    Comme l’a établi mon regretté collègue Patrice Arnaud, spécialiste de la vie des travailleurs civils en Allemagne, bien des relations entre Allemandes et Français furent passagères ou superficielles, et rompues sans cérémonie lors du rapatriement en France. Elles étaient souvent intéressées (aide matérielle à escompter), voire cyniques (conquérir la femelle allemande pour venger la virilité du mâle français humilié par la défaite puis l’exil forcé). Mais il y eut aussi des amours profonds, débouchant sur des mariages durables. Ce récit en est une assez belle preuve. Dès la semaine de son arrivée à Berlin, fin juin 1943, Robert découvre et attire celle qui va devenir sa femme. En octobre, il confie déjà à ses parents hostiles son projet de l’épouser. Lorsqu’elle reste à Berlin quand lui est déplacé à Cottbus, il ne cesse de revenir la voir en dépit des obstacles. Et malgré le contexte terrible – dans le Reich, la dernière année du conflit est de loin la pire – ils ont assez confiance en l’avenir pour concevoir un enfant.

    Les lettres que Robert envoie à sa famille lyonnaise confirment à l’historien bien des faits établis plus généraux. La livraison de seize mille de leurs jeunes par les très pétainistes Chantiers de la Jeunesse s’est bien faite dans une pagaille indescriptible et autodestructrice. Assez classiquement, les quatre-vingts à cent missives envoyées du Reich s’abstiennent de commentaires politiques et militaires, et relatent surtout les réalités crues d’une vie dominée par les bombardements, les pénuries, l’acheminement incertain et irrégulier des correspondances et des colis, l’ennui du travail – les archives confirment que la cadence allemande, très inférieure à la française – démoralisa les travailleurs involontaires. On reste saisi par le témoignage de Jutta sur la bataille de Berlin et l’arrivée des Soviétiques dans sa maternité. Attendris par leurs nouveau-nés, les Soviétiques ne font aucun mal aux jeunes mamans ; toutes les femmes de la clinique et de la ville n’ont pas cette chance ni son propre père, victime probable des exactions de l’Armée rouge à Poznan, et c’est en vain que sa femme quémande des renseignements sur son sort, par voie d’affichettes pathétiques apposées dans les ruines… Enfin, au contraire d’une légende noire, la plupart des STO rapatriés ont été accueillis correctement voire chaleureusement – en témoigne ici l’émotion de la famille paternelle, qui ne parvient pas à trouver ses mots sur le quai de la gare. Et si certaines épouses allemandes furent mal accueillies par certains parents ou voisins, ou même incarcérées momentanément, il n’y eut pas non plus d’hostilité systématique. En l’occurrence, malgré quelques frictions et déceptions initiales, Jutta trouve finalement sa place assez vite.

    Sans complaisance pour ne pas dire sans concession, l’auteur ne cache rien de ce que d’autres auraient peut-être lissé ou omis. Il dévoile au lecteur la sympathie de Robert pour le pétainisme, et son absence totale d’indignation envers le nazisme, et ce jusqu’à son dernier souffle. De ce fait, il n’a pas cherché à explorer les alternatives au départ forcé. Le vécu des amoureux n’est nullement héroïsé : effectivement, si les liaisons entre Français et Allemandes étaient surveillées et mal vues de la Gestapo, elles n’étaient ni interdites ni spécialement réprimées. Les motivations des protagonistes sont interrogées avec lucidité : sa mère ne voulait-elle pas davantage un enfant qu’un mari, même si elle accepte en 1945 de suivre ce dernier pour un pays inconnu dont elle ne parle pas la langue ? Et en 1945, est-ce par réflexe patriotique et germanophobe que ses grands-parents français ont une première réaction de rejet, ou par opportunisme, vu qu’ils se sont bien accommodés auparavant de la présence allemande ? L’oncle Werner, à Berlin-Est, aurait-il adhéré au communisme après 1945 d’abord pour sauver sa vie après sa capture ?

    Avec originalité, ce récit ne s’arrête pas en 1945. Il éclaire aussi l’historien sur ce que cela signifie, pour une vie entière, d’être enfant de la guerre. D’être né et élevé entre deux cultures et deux nationalités. Accueil initial plus que réservé d’une belle-famille traditionaliste à la bru allemande imprévue. Mélange des pratiques linguistiques ou culinaires, entraînant la constitution d’un sabir propre au narrateur et à sa sœur, ou certains décalages gastronomiques.

    Ponctuellement, des remarques désobligeantes à l’école. Plus durablement, se voir l’« enjeu » d’un « rapport de forces », d’un « conflit » entre ses parents, désireux chacun de le voir éduqué dans sa religion et dans ses mythes nationalistes respectifs : finalement, de même que deux poules se disputant un ver se le font subtiliser par la troisième, l’enfant se forgera en réaction sa propre identité, deviendra antireligieux et adoptera pour héros les insoumis révolutionnaires des deux pays. Enfin, c’est une vie entre deux nationalités : né allemand, naturalisé français par le mariage de ses parents à Lyon, inquiet encore en 1994 de pouvoir être déclaré apatride lors de la réforme Pasqua du code de la nationalité, obtenant en 2017 une restitution de sa nationalité allemande... les circonstances de sa naissance n’avaient jamais réellement fini de compter dans l’existence d’Yves Guyet.

    Elles ont aussi nourri son attachement à la réconciliation européenne et franco-allemande. Y compris à la reconnaissance de l’Allemagne de l’Est communiste, bien que son récit ne laisse aucune illusion sur la morosité, la pénurie, la surveillance pesante, la peur qui régnaient au pays du Mur de Berlin. Sa famille a payé un assez lourd tribut à la guerre hitlérienne puis à la guerre froide : un grand-oncle français mort à Buchenwald, un oncle allemand disparu au front, le grand-père maternel, sans doute victime des vengeances terribles du vainqueur soviétique, la grand-mère morte sans avoir pu revoir son fils vivant juste de l’autre côté du Mur, son fils ne pouvant assister à ses obsèques… Aussi l’ouvrage se conclut par une mise en garde salutaire contre les illusions identitaires et les pulsions nationalistes de retour sur le Vieux Continent.

    Trop longtemps, en dehors de quelques chiffres et de rapports, les historiens n’ont pas su grand-chose sur le devenir de milliers d’enfants nés en Allemagne du STO. Ce témoignage aide à combler une lacune, et il est à souhaiter que bien d’autres témoins se manifestent. Plus globalement, les dernières victimes du STO ont aujourd’hui 95 ans en moyenne. Les enfants et petits-enfants prennent le relais mémoriel, un peu comme les enfants cachés sont appelés à jouer un rôle croissant avec la disparition des derniers déportés juifs survivants. Souhaitons qu’à l’instar d’Yves Guyet, beaucoup se manifestent pour éditer les correspondances et journaux d’exil de leurs parents, pour retracer les raisons qui ne leur permirent pas d’éviter le séjour forcé en Allemagne nazie, relater leur quotidien outre-Rhin ainsi que leur retour. En plus d’être un précieux auxiliaire pour les historiens, leur travail sera le meilleur hommage – fût-il critique – à rendre au vécu de leurs parents.

    Raphaël Spina¹


    1. Ancien élève de l’École Normale Supérieure, agrégé et docteur en Histoire contemporaine, auteur de Histoire du STO, Perrin, 2017. Université d’Aix-en-Provence.

    Un enfant de la guerre raconte…

    Qui s’inquiète des circonstances dans lesquelles ses parents se sont rencontrés ? La question peut paraître saugrenue et d’une si piètre importance qu’elle ne vaut guère d’être posée. Pourtant, il peut arriver que ces circonstances soient intimement liées à un temps et un lieu lourdement chargés d’histoire, à tel point parfois que leur seul énoncé suscite un étonnement inattendu.

    Je me souviens d’un soir, c’était dans les années soixante-dix : je m’étais présenté à la réception d’un hôtel en rase campagne, au-delà du Rhin, à mi-chemin entre Lyon et Berlin où je me rendais pour avancer dans mon enquête. Il était tard et j’éprouvais une certaine gêne à sortir le gérant de sa torpeur, voire de son sommeil. De l’extérieur, on ne voyait aucune lumière ; le village tout entier semblait dormir et je fus surpris que la porte s’ouvre sous la pression de mon bras. Dans le minuscule hall d’entrée, un meuble-bureau. Debout, derrière le bureau, le maître des lieux lève le nez. Seul son livre de compte est éclairé par une lampe de cuivre. Lui et moi sommes dans la pénombre. Il ne daigne pas allumer le hall d’entrée, mais dit que oui, bien sûr, il a une chambre, qu’il n’y fait sans doute pas très chaud, mais que le lit est confortable. Son accent bavarois m’écorche les oreilles.

    Je parviens à ne pas rire. Une pièce d’identité ? Oui, bien sûr. Je lui tends mon passeport qu’il scrute avec une attention inhabituelle. L’homme plante son regard dans le mien, longuement. Il examine à nouveau le document qu’il a sous les yeux, puis se retourne brusquement, ouvre une porte qui donne apparemment dans la cuisine et s’écrie :

    —Elke, viens voir ! Il y a un monsieur, là… Je n’en crois pas mes yeux, il est né à Berlin, devine quand…

    —Comment veux-tu ?

    —En avril 1945 ! Le 30 avril 1945 ! Le jour où… Tu te rends compte ?

    Elke sort de sa cuisine, les yeux écarquillés et la bouche grande ouverte et dit :

    —Si c’est vrai, alors Monsieur est un survivant…

    Elle prend le passeport des mains de son mari et l’examine à son tour, sous tous les angles, comme s’il ne pouvait s’agir que d’un faux. « Ben, dites donc ! C’était sans doute plus facile d’y mourir que d’y naître… »

    —Ça alors ! Et là, vous y retournez ? Vous faites un pèlerinage, en somme ?

    —Une enquête plutôt. J’essaie de reconstituer les circonstances dans lesquelles mes parents se sont rencontrés, comment ils ont vécu les derniers mois de la guerre, l’arrivée des Russes…

    Elle dit :

    —Et vous croyez vraiment qu’Hitler s’est tué ce jour-là ? Beaucoup d’Allemands sont convaincus qu’il avait quitté Berlin avant l’arrivée des Russes. On n’a jamais retrouvé son corps, ce n’est pas une preuve, ça ? Vous avez encore de la famille là-bas ?

    —Oui, mais plus grand monde !

    —À l’Ouest ?

    —Des deux côtés du « Mur ».

    —J’ai encore une question : votre père était français, puisque vous l’êtes vous-même ?

    —Oui, il était français.

    —Et qu’est-ce qu’il faisait à Berlin en 45 ? Il était SS peut-être ?

    —Pas du tout. Il était STO. Déporté du travail, si vous préférez…

    —Ah bon ! Et votre mère ?

    —Allemande. Berlinoise.

    Il dit :

    —Alors ça, c’est marrant…

    —Vous trouvez ?

    J’invoque la fatigue, souhaite une bonne nuit. Il me tend une clé.

    —C’est au premier, sur votre gauche.

    Ils sont déçus. Ils avaient une foule de questions à poser, mais je suis fatigué. Je sens leurs regards dans mon dos. Ils ont cru voir un fantôme et il me plaît de ne pas les détromper.

    Cette scène, je l’ai maintes fois vécue, pendant des années, à quelques variantes près, chaque fois que je quittais Lyon pour aller passer quelques jours à Berlin. Il a fallu deux décennies, peut-être même un peu plus, pour que s’estompe progressivement la stupeur que provoquait chez les Allemands la simple lecture de mon passeport, plus précisément de ces deux mentions, dont j’ai longtemps pensé qu’elles étaient anodines : né le 30 avril 1945 à Berlin. Ce n’est qu’avec le temps que l’on montra moins de surprise et qu’enfin la juxtaposition de ces deux données de lieu et de temps ne suscita plus aucune remarque. Berlin, avril 1945 ? On ne fit plus la relation avec l’arrivée des Soviétiques au cœur de l’Allemagne, ni avec le suicide d’Hitler, ni avec l’effondrement du IIIe Reich… C’est alors et alors seulement que je pus montrer mon

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