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Investir sur le marché de l'or: Comprendre pour agir
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Livre électronique443 pages4 heures

Investir sur le marché de l'or: Comprendre pour agir

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À propos de ce livre électronique

Une prise de position sur l'or est-elle pertinente ? Comment acheter de l'or face à la multiplicité de l'offre ?

Cet ouvrage a été organisé de manière à répondre à deux grandes questions : une prise de position sur l’or, qui est alternativement présenté comme la valeur refuge ultime et comme la plus dangereuse des bulles actuelles, est-elle pertinente ? Et, le cas échéant, comment acheter en pratique de l’or face à la multiplicité de l’offre ? Le lecteur est guidé dans l’élaboration d’une stratégie d’investissement personnalisée. Les critères à prendre en compte pour choisir les meilleurs produits aurifères en fonction de ses objectifs patrimoniaux (placement, investissement, spéculation) et des contraintes d’ordre fiscal et politique sont exposés en détail.

Un ouvrage technique et documenté qui guidera le lecteur dans ses projets d'investissements.

EXTRAIT

Comme le rappellent Faugère & Van Erlach, « la valeur fondamentale de l’or reste largement un mystère en finance ». Les facteurs qui meuvent le cours du métal jaune ne se soumettent pas à la modélisation et le prix de l’or est loin de résulter de la simple confrontation de l’offre et de la demande. À défaut d’une approche explicative systémique, la littérature a permis d’identifier des motifs récurrents explicatifs des fluctuations du cours de l’once. L’identification des facteurs déterminants du cours de l’or (et plus généralement de tout actif) relève de l’analyse dite fondamentale. En associant analyse financière et analyse économique, cette approche consiste à déterminer la valeur intrinsèque d’un titre car il est considéré que « tôt ou tard, le prix finira par converger vers la valeur » (Vernimmen. net). Maintenant que nous y voyons plus clair concernant la nature de l’or et que nous avons cerné quelles sont ses vertus financières, il est temps de soulever le capot de la locomotive du train de l’or pour déterminer ce qui a pu le mener si loin.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Nicolas Perrin,  auteur de Investir sur le marché de l’or, est conseiller de gestion de patrimoine indépendant. Diplômé de l’IEP de Strasbourg, du Collège d’Europe et de l’Université d’Aix-Marseille, il intervient pour les Publications Agora en tant qu’éditorialiste.
LangueFrançais
ÉditeurPrimento
Date de sortie8 nov. 2018
ISBN9782896034260
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    Aperçu du livre

    Investir sur le marché de l'or - Nicolas Perrin

    ouvrage.

    LISTE DES ABRÉVIATIONS

    AFE ‒ Anglo Far-East company

    AMF ‒ Autorité des marchés financiers

    B ‒ Beau

    BAD ‒ Base autonome durable

    BCE ‒ Banque centrale européenne

    BGS ‒ British Geological Survey (Institut d’études géologiques du Royaume-Uni)

    BOFIP ‒ Bulletin officiel des finances publiques-impôts

    BOI ‒ Bulletin officiel des impôts

    BRICS ‒ Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud

    CBGA ‒ Central Bank Gold Sales Agreement (Accords de Washington sur les ventes d’or des banques centrales)

    CFTC ‒ Commodity futures trading commission

    CGEDD ‒ Conseil général de l’Environnement et du Développement durable

    CGPC ‒ Association Française des Conseils en Gestion de Patrimoine Certifiés

    CGPI ‒ Conseiller en gestion de patrimoine indépendant

    CME ‒ Chicago mercantile exchange

    COMEX ‒ New York commodity exchange

    CSNOBO ‒ Chambre Syndicale des Négociants d’Or et du Bijou d’Occasion

    DJIA ‒ Dow Jones Industrial Average

    EDRAM ‒ Edmond de Rothschild asset management

    ETF ‒ Exchange-traded fund

    FCP ‒ Fonds communs de placement

    FDC ‒ Fleur de coin

    Fed ‒ Réserve fédérale des États-Unis

    FFSA ‒ Fédération française des sociétés d’assurances

    FGAP ‒ Fonds de garantie des assurés contre la défaillance de sociétés d’assurance de personnes

    FGD ‒ Fond de garantie des dépôts

    FMI ‒ Fonds monétaire international

    FOMC ‒ Federal open market committee from the Federal Reserve Board

    GATA ‒ Gold anti-trust committee

    GBS ‒ GETF Lyxor gold bullion securities

    GETF ‒ Gold exchange-traded fund

    GLD ‒ GETF SPDR gold trust

    ISF ‒ Impôt sur la fortune

    JOUE ‒ Journal Officiel de l’Union Européenne

    LBMA ‒ London bullion market association

    LME ‒ London metal exchange

    LPPM ‒ London Platinum & Palladium Market

    MBS ‒ Mortgage-backed security

    NYMEX ‒ New York mercantile exchange

    OMC ‒ Organisation mondiale du commerce

    PAGE ‒ Pan Asian gold exchange

    PEA ‒ Plan d’épargne en actions

    ppm ‒ parties par million

    RPC ‒ République populaire de Chine

    SICAV ‒ Société d’investissement à capital variable

    SMI ‒ Système monétaire international

    SPL ‒ Splendide

    SUP ‒ Superbe

    TB ‒ Très beau

    TTB ‒ Très très beau

    TVA ‒ Taxe sur la valeur ajoutée

    UC ‒ Unité de compte

    UE ‒ Union européenne

    UNASUR ‒ Union des nations sud-américaines

    USGS ‒ United States geological survey (Institut d’études géologiques des États-Unis)

    WGC ‒ World gold council (Conseil mondial de l’or)

    INTRODUCTION

    Plus de quarante ans après que le président américain Richard Nixon a mis fin à la convertibilité du dollar en or, le métal jaune brille de son plus bel éclat. L’or a enregistré au 31 décembre 2012 sa douzième année de hausse consécutive en dollars, reléguant au nombre des mauvais souvenirs la période de stagnation des années 1980 et 1990. Les spécialistes sont à nouveau sollicités par les media grand public pour exposer leurs vues divergentes à propos de ce métal qui n’avait pas occupé le devant de la scène depuis l’éclatement de la bulle aurifère en 1980.

    La dernière décennie a constitué une période très particulière du point de vue des épargnants. La succession à un rythme inhabituellement élevé de crises soudaines et violentes porte une lourde responsabilité dans la hausse continue du cours de l’or. L’acmé de ces bouleversements a sans doute été atteinte le 5 août 2011, lorsque l’agence de notation Standard & Poor’s a privé les États-Unis de leur « triple A », en raison de l’ampleur de leur déficit budgétaire. Cette dégradation de la dette américaine a constitué un événement de premier plan. Au centre du système financier, les obligations américaines¹ sont depuis longtemps considérées comme le produit d’investissement « le plus sûr au monde ».

    Malgré le retour fracassant du métal jaune, l’or représente toujours moins de 1 % des actifs financiers détenus au niveau mondial. Douze années de hausse ininterrompue ne sont pas parvenues à convaincre les opérateurs de marché et les épargnants de se tourner vers ce métal dans des proportions plus significatives.

    Cet ouvrage a été organisé de manière à répondre à deux grandes questions :

    •Une prise de position sur cet actif, qui est alternativement présenté au public comme la valeur refuge ultime ou comme la plus dangereuse des bulles actuelles, est-elle encore pertinente ?

    •Le cas échéant, comment acheter de l’or en pratique face à la multiplicité de l’offre et compte tenu des contraintes d’ordre notamment fiscal et politique ?

    L’analyse qui vous sera présentée se fonde notamment sur des études menées dans les pays anglo-saxons, car c’est sur ceux-ci que portent le plus grand nombre de travaux de recherche. Toutefois, des analyses récentes et encore assez méconnues permettent de tirer des enseignements spécifiques aux épargnants français, public privilégié de cet ouvrage.


    1. C’est par rapport à ces dernières que se définit traditionnellement le couple rendement/risque des autres actifs financiers de par le monde. Le chroniqueur François Leclerc rappelle que les bons du Trésor américains sont « à la fois référence et collatéral incontestés, points d’appui et refuge ».

    1. NATURE DE L’OR

    « Un vieux dicton chinois affirme que la sagesse commence en appelant les choses par leur nom. Cette réflexion s’applique parfaitement à l’or. Si vous avez une mauvaise définition de l’or, vous commencez la route par le mauvais chemin, ce qui est un sérieux handicap. Mal nommer l’or pourrait facilement vous empêcher de comprendre pourquoi vous devriez en posséder et comment en déterminer la valeur ».

    James Turk

    Les métaphores employées pour désigner l’or sont souvent divines et sont légion². Force est de constater que ce métal fait l’objet d’acceptions tout aussi nombreuses. Entité protéiforme, l’or renvoie à de multiples définitions qui ne sont pas sans avoir un lien avec la fonction qui lui est attribuée. Il est possible de procéder à une distinction basique en trois « camps »³.

    •En Occident, l’or est avant tout appréhendé en tant que matière première pour la bijouterie. Européens et Américains ont en général une relation affective neutre vis-à-vis de ce métal qu’ils considèrent rarement comme une forme d’épargne.

    •En Orient, c’est sous son aspect réserve de valeur que l’or est la plupart du temps envisagé, c’est-à-dire dans une optique de thésaurisation. En Inde, il occupe une place particulière au sein de la société où il est très acheté lors des célébrations annuelles ainsi qu’à l’occasion des mariages. Pour les épargnants qui n’ont pas accès au système bancaire (soit deux tiers de la population indienne), les bijoux font office de placement et ils sont transmis aux héritiers au décès de leur propriétaire. La distinction entre bijouterie et investissement est ainsi moins étanche au sein des sociétés orientales qu’elle ne l’est en Occident.

    •Enfin, l’ensemble des banques centrales envisagent l’or comme une monnaie qu’elles détiennent au sein de leurs réserves⁴. Une école d’Économie va même jusqu’à affirmer que l’or est la seule monnaie digne de ce nom (cf. page 23).

    Matière première, monnaie, moyen de thésauriser de la valeur, placement, investissement, valeur refuge ou au contraire actif spéculatif en bulle… la nature du métal jaune est particulièrement difficile à appréhender du point de vue de l’épargnant ! Il est pourtant crucial de se forger sa propre opinion pour ne pas se laisser abuser par les différents acteurs ayant un intérêt sur ce marché.

    1.1 L’OR EN TANT QUE MATIÈRE PREMIÈRE

    1.1.1 UN MÉTAL RARE ET PRÉCIEUX À FORTE VALEUR INTRINSÈQUE

    L’or, en tant que métal, est une matière première. Cela ne fait aucun doute. C’est d’ailleurs la seule facette du métal jaune qui n’est pas sujette à débat.

    Son utilisation dans différents secteurs industriels est due à ses propriétés chimiques et techniques qui sont présentées dans l’encadré ci-dessous. Du fait de son inactivité chimique, l’or est insensible aux éléments (air, eau, variations de température⁵) et au temps (il est donc inaltérable et éternel⁶), d’où son indestructibilité⁷ et par conséquent le fait qu’il soit un symbole de l’éternité⁸.

    FIGURE 1 : CARACTÉRISTIQUES CHIMIQUES ET TECHNIQUES DE L’OR MÉTAL

    Caractéristiques chimiques et techniques

    ‒ Densité : 19,5

    ‒ Masse atomique : 196,967

    ‒ Point de fusion : 1 064 degrés

    ‒ Point d’ébullition : 2 960 degrés

    ‒ 1 électron sur l’enveloppe extérieure

    ‒ 79 protons pour le noyau de l’atome d’or

    ‒ Limite d’élasticité : 4 kilos par millimètre carré

    ‒ Charge de rupture : 13 kilos par millimètre carré

    Poids

    ‒ 1 once Troy = 31,10348 grammes

    ‒ 1 kilogramme = 32,15 onces

    ‒ 1 tonne = 32 150 onces

    ‒ 1 tael (Chine) = 37,82 grammes

    ‒ 1 tola (Moyen-Orient) = 11,6638 grammes

    ‒ 1 baht (Thaïlande) = 14,60 grammes

    Pureté

    ‒ 24 carats = 99,99 % d’or (999,99/1000)

    ‒ 22 carats = 99,5 % d’or (995/1000)

    ‒ 18 carats = 75 % d’or (soit 18/24)

    Bijouterie de la majeure partie de l’Europe

    ‒ 9 carats = 37,5 % d’or (9/24)

    Bijouterie de la majeure partie du Royaume-Uni

    ‒ 8 carats = 33,33 % (8/24)

    ‒ Minimum accepté pour la bijouterie

    Qualificatifs

    ‒ Or vert : alliage d’or et d’argent

    ‒ Or blanc : alliage d’or (75 %) et de palladium (25 %) ou de nickel (15 %) et de cuivre (10 %)

    ‒ Or rouge : alliage d’or (75 %) et de cuivre (25 %)

    ‒ Or violet : alliage d’or et d’aluminium

    ‒ Or gris : alliage d’or et de fer

    ‒ Or jaune : alliage d’or (3/5), d’argent (1/5) et de cuivre (1/5)

    ‒ Or rosé : alliage d’or, d’argent, et de cuivre (davantage de cuivre que précédemment)

    Source : Hoang, page 16.

    Du point de vue industriel, ce métal présente l’inconvénient d’être très rare sur terre. Le cuivre (50 parties par million ‒ ppm), et dans une moindre mesure l’argent (0,07 ppm), sont présents en quantités beaucoup plus importantes que le métal jaune qui n’affiche que 0,005 ppm. Sa concentration s’avère néanmoins supérieure à ce qu’elle devrait être au regard des caractéristiques géologiques terriennes. Lorsque la Terre n’était encore qu’un magma à l’état de fusion, le fer aurait plongé vers le noyau terrestre. Les métaux précieux, intensément attirés par le fer à l’état liquide, auraient suivi ce dernier pour se concentrer au niveau du manteau terrestre, désertant quasiment l’écorce terrestre. Situé à plus de 3 000 km de profondeur, il est peu probable que cet or soit jamais extrait. Une hypothèse scientifique récente (Université de Bristol, 2011) attribue la relative abondance de la croûte terrestre en or, en platine et en autres métaux précieux à un bombardement de météorites (corps proportionnellement beaucoup plus riches en métaux que l’écorce terrestre) survenu il y a environ 4 milliards d’années, alors que la surface de la Terre s’était solidifiée. Si cette hypothèse d’un or « tombé du ciel » reste à confirmer, la start-up Planetary Resources, Inc. déclarait en avril 2012 qu’elle travaillait à l’exploitation de l’or spatial contenu dans certains astéroïdes. Que l’épargnant se rassure, on imagine mal que ce projet, quoique soutenu par des pontes de l’industrie des nouvelles technologies (notamment le réalisateur de cinéma James Cameron et le cofondateur de Google Larry Page), soit à même de rendre légale, techniquement possible et financièrement rentable l’exploitation de l’or spatial du jour au lendemain.

    La multiplicité des qualités intrinsèques au métal jaune débouche au Moyen Âge sur la recherche de la pierre philosophale⁹ par les alchimistes notamment arabes et européens. La quête de cette médecine universelle renvoie au thème de l’or symbole d’immortalité¹⁰. Alors que toutes les tentatives visant à transmuter des métaux vils en métal précieux ont échoué, deux avancées scientifiques très récentes en matière de production artificielle d’or prouvent que ce type de travaux doit être surveillé de près :

    •L’équipe dirigée par le professeur A. J. Shaka de l’Université Irvine de Californie est parvenue en 2011 à reproduire en conditions de laboratoire ce qui se passe à l’échelle de l’explosion d’une étoile (supernova). En bombardant pendant 23 heures des isotopes de mercure dans un réacteur nucléaire pour en déloger un neutron, on parvient à obtenir de l’or pur. Ce processus nécessite cependant une décharge électrique phénoménale que seule l’énergie nucléaire permet de produire. L’opération est aujourd’hui loin d’être rentable sur le plan financier.

    •Des chercheurs de l’Université du Michigan ont réalisé en 2012 une avancée majeure dans la discipline qu’ils ont nommée « l’Alchimie microbienne » en découvrant que la bactérie cupriavidus metallidurans est capable d’excréter des micro-pépites d’or 24 carats après ingestion de chlorure d’or. Cette méthode de production artificielle a elle aussi lieu à perte.

    En définitive, l’aspect fondamental du point de vue de l’épargnant est que l’or possède une valeur intrinsèque. Parce qu’il est universellement reconnu pour sa valeur, très rare, coûteux à produire (coûts gigantesques de prospection, d’extraction et d’affinage du minerai) et particulièrement prisé¹¹, l’or est un métal précieux. Cette caractéristique ne peut pas être altérée par les banques centrales, car à la différence des billets de banque, l’or ne s’imprime pas. L’état de la science ne permet pas (encore ?) de reproduire artificiellement ce métal à profit. Comme sa valeur intrinsèque ne peut pas être dépréciée, l’or bénéficie d’une valeur plancher en deçà de laquelle son cours ne peut pas descendre.

    1.1.2 UTILISATIONS

    Souvent associé à l’idée de perfection (cf. le nombre d’or, 1,618), le métal jaune constitue un matériau dont les hommes aiment se parer depuis l’Antiquité, d’où l’utilisation massive de ce matériau dans la bijouterie et la joaillerie. La grande ductilité de l’or le rend également extrêmement pratique pour les opérations de dorure à la feuille dans le domaine de l’art. Sur la période 2002-2012, la demande d’or provenant du secteur de la bijouterie s’est élevée à 62 % du total de la demande mondiale en moyenne annuelle, soit la part du lion (2 293 tonnes).

    Pour autant, l’or est-il un matériau « inutile » ? Comme l’explique James Turk, « l’or est une matière première spéciale et unique car c’est la seule matière première produite en vue d’être accumulée ». Il est vrai que sa ductilité, qui lui profite dans le domaine de la bijouterie, fait obstacle à son utilisation en tant que matériau pour des outils ayant vocation à être robustes. Toujours sur la période 2002-2012, seuls 12 % de la demande mondiale provenaient de l’industrie, soit une part relativement minime (433 tonnes)¹². Les propriétés chimiques et techniques de l’or sont appréciées en particulier dans les domaines traditionnels de l’électronique, de la santé et des biotechnologies. Le métal dont Saint Éloi est le patron fait également l’objet d’un lobbying intensif de la part du Conseil mondial de l’or¹³ en faveur de son utilisation dans le cadre des technologies émergentes comme les nanotechnologies.

    Enfin, le recours à l’or reste au goût du jour sous certaines formes marginales qui traduisent tant le statut social des consommateurs que l’air du temps. Des confitures de champagne aux paillettes d’or à l’iPhone 5 plaqué or 24 carats (en passant par les armes plaqué or chères aux Mobutu Sese Seko et autres Saddam Hussein), ce type de produits s’adresse à des individus très aisés qui souhaitent vivre leurs années folles à la sauce bling-bling.

    Non seulement l’or est très peu utilisé dans l’industrie, mais son caractère indestructible implique que pratiquement tout le métal jaune jamais extrait est encore existant (cf. page 87). L’or se distingue en cela des autres matières premières qui, pour beaucoup d’entre elles, sont définitivement consommées simultanément à leur utilisation industrielle.

    1.2 L’OR EN TANT QUE MÉTAL POLITIQUE

    « L’or est la monnaie des rois ; l’argent celle des marchands et la dette la monnaie des esclaves ».

    Ty Andros

    « Le système financier, c’est l’ensemble des institutions dont la matière première est la DETTE. La finance, elle émet de la dette, elle fait circuler de la dette, elle place de la dette, elle négocie de la dette ».

    Jean Peyrelevade

    « L’or symbolise au plus haut point les combats de l’homme contre la rareté, contre la finitude, contre la domination des tyrans. L’or est instrument de lutte contre les mensonges, les fausses promesses, les demain on rase gratis, les free lunchs ».

    Bruno Bertez

    La relation qu’entretient l’or avec la notion de monnaie est complexe. La littérature traitant des systèmes monétaires désigne l’or selon des métaphores diverses et aux sens variés. Tour à tour « monnaie des rois » (l’or en tant que moyen d’échange), « relique barbare » (statut de l’or en tant qu’étalon monétaire dans le cadre du système monétaire international ‒ SMI ‒ dans la conception de John Maynard Keynes¹⁴ ¹⁵) ou encore « ultime forme de paiement » (selon la formule d’Alan Greenspan¹⁶), l’or a occupé une place centrale au sein des différents systèmes monétaires qui se sont succédé depuis le XIXe siècle (cf. page 28). Ce lien qui unissait le métal jaune au SMI a été rompu le 15 août 1971, lorsque le président américain Richard Nixon promulgua l’Executive Order 11 615. Selon la formule de l’économiste Detlev Schlicter, depuis lors, et pour la première fois de l’histoire humaine, l’économie repose sur « un système mondial de devises papier sans entrave sous plein contrôle de l’État ».

    Aujourd’hui, deux « camps » s’opposent plus que jamais à propos de la conception de la relation qu’entretiennent l’or et la monnaie. Les défenseurs de ceux pour qui l’or est la monnaie (Gold is money) mènent un combat de plus en plus intense face aux partisans de la monnaie papier (fiat money). L’été 2011 aura notamment marqué les esprits pour la vive passe d’armes qui eut lieu à l’occasion de la présentation par Ben Bernanke du rapport de politique monétaire de la Fed devant le Congrès. Lorsque le libertarien Ron Paul, qui présidait depuis peu le sous-comité chargé de la « surveillance » de la Fed, a demandé à Bernanke si l’or était une monnaie, ce dernier a répondu que « non » et qu’il s’agissait d’un « métal précieux ». Il s’est par la suite ravisé pour considérer qu’il s’agissait en réalité d’un « actif » avant de conclure que l’or est « une forme de réserve » que les banques centrales possèdent « par tradition ». Ron Paul lui rétorquant avec le sourire qu’» un certain nombre de gens pensent encore que c’est une monnaie ». Cette altercation entre deux personnalités occupant des responsabilités au plus haut niveau est particulièrement illustrative du fait que l’or est un métal hautement politique.

    1.2.1 OR ET THÉORIE DE LA MONNAIE

    « L’or remplit mieux que tout autre type de devise la fonction pour laquelle une devise est utilisée ».

    Lord William Rees-Mogg

    Le terme « monnaie » recouvre plusieurs acceptions… :

    « Originellement : pièce de métal servant d’instrument de règlement des échanges ; puis instrument de règlement en général.

    Corollairement : unité servant de mesure des valeurs d’échange. Par extension : ensemble des moyens de paiement.

    La monnaie, en tant qu’instrument de règlement, présente trois caractères : la liquidité […] ; la fongibilité ; l’universalité […].

    Les trois fonctions de la monnaie : instrument d’échange ; instrument de mesure des valeurs ; instrument de réserve »¹⁷.

    … mais doit dans tous les cas réunir 3 caractéristiques (liquidité, fongibilité et universalité) et a 3 fonctions (instrument d’échange, instrument de mesure des valeurs et instrument de réserve).

    1.2.1.1 L’or réunit les trois caractéristiques intrinsèques de la monnaie

    L’or est un actif liquide. Une pièce d’or ou un lingot peuvent être convertis en monnaie légale dans n’importe quel bureau de change. L’or papier peut être acheté et vendu 24h/24 via les quatre pôles mondiaux que sont Hong Kong, Zurich, Londres et New York.

    L’or est fongible car les produits aurifères répondent à des spécifications uniformes : à l’exclusion des pièces de collection, ils peuvent être substitués les uns aux autres.

    L’or est universellement reconnu en tant que moyen d’échange. Selon la formule d’Alan Greenspan, « L’or représente toujours l’ultime forme de paiement dans le monde » : il est accepté partout. Durant la seconde guerre mondiale, le kit de survie des pilotes d’avion alliés incluait une pièce d’or de type Souverain britannique. C’était également le cas des pilotes américains lors de l’invasion de l’Irak en 2003. C’est d’ailleurs parce qu’il est universellement apprécié pour ses qualités intrinsèques que Karl Marx voyait en lui « la valeur d’échange objectivée ».

    1.2.1.2 L’or remplit au moins deux des trois fonctions de la monnaie

    L’or est un instrument d’échange. Son utilisation a permis aux sociétés y ayant recours d’être débarrassées des inconvénients induits par le troc. L’or constitue un instrument d’échange dans le cadre des transactions commerciales depuis le statère, mis en circulation sous le règne de Crésus, roi de Lydie vers 550 avant J.-C. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, l’or a progressivement été démonétisé par les gouvernements. Hormis quelques États qui font de la résistance (cf. page 37), bien rares sont les pays où il est reconnu comme moyen de paiement légal. Cependant, à l’échelle de l’Histoire, l’or a invariablement été reconnu comme un instrument d’échange.

    Non seulement l’or est un instrument de mesure des valeurs, mais pour les économistes qui se revendiquent de l’école autrichienne, dans un contexte de création monétaire tous azimuts, c’est le seul.

    Le point de départ de leur raisonnement est le fait que la définition de l’inflation qui prévaut officiellement est erronée¹⁸. Pour l’économiste Ludwig von Mises, « L’inflation […] signifie l’augmentation de la quantité de monnaie et des billets de banque en circulation ainsi que l’augmentation des dépôts bancaires garantis par des chèques. Mais de nos jours, on parle d’inflation en renvoyant au phénomène qui est la conséquence inévitable de l’inflation : à savoir, la tendance à l’augmentation de tous les prix et de tous les taux de salaire. Le résultat de cette confusion déplorable est qu’il ne reste aucun terme disponible pour désigner la cause de cette augmentation des prix et des salaires. Il n’existe plus de mot susceptible de désigner le phénomène que nous appelions jusqu’à maintenant inflation. La conséquence de tout cela c’est que plus personne ne se préoccupe de l’inflation au sens traditionnel du terme ». Plus près de nous dans le temps, la journaliste Simone Wapler envisage l’or comme l’anti-devise jouant le rôle de « flic des monnaies » dans un contexte d’inflation-création monétaire.

    L’école autrichienne d’Économie considère que la monnaie est avant tout un moyen d’échange. « Toute augmentation ou diminution de la quantité de monnaie en circulation modifie la valeur d’échange par rapport aux autres biens et services », écrit Thorsten Polleit. Dans la conception autrichienne, ce n’est pas le prix de l’or qui augmente ou qui diminue par rapport aux devises, mais les devises qui s’apprécient ou qui se déprécient par rapport à lui, en fonction du niveau de création monétaire. Les économistes autrichiens envisagent l’or comme un élément stable, comme la monnaie, en cela que l’or constitue une anti-devise. Par conséquent, l’or est perçu comme l’étalon monétaire qui permet d’évaluer ce que valent les devises, les biens et les services, et donc l’inflation (au sens officiel du terme)¹⁹.

    L’or est-il un instrument de réserve ? Cela revient à poser la question de savoir si l’or permet de transporter de la valeur dans le temps, c’est-à-dire s’il permet à son propriétaire de conserver son pouvoir d’achat face à l’augmentation des prix des biens et services au fil des années et des décennies. Pour de nombreux partisans de l’or, c’est l’élément crucial de distinction entre la monnaie et les devises, ces dernières cumulant les caractéristiques et les fonctions de la monnaie, à cela près qu’elles ne préservent pas leur valeur dans le temps.

    Après avoir passé en revue la littérature relative aux propriétés de l’or en tant qu’outil de couverture contre l’inflation-augmentation des prix (c’est-à-dire l’inflation au sens de l’INSEE), Thi Hong Van Hoang conclut dans sa thèse de doctorat que « la plupart des études affirment la relation positive entre le prix de l’or physique et l’inflation. Ainsi, l’or serait un moyen efficace pour les investisseurs de se protéger contre l’inflation. Toutefois, cette relation n’est pas stable dans le temps »²⁰. Cependant, la grande majorité des études

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