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Bitcoin et protocoles à blockchain: Comprendre l'avènement de la seconde ère numérique

Bitcoin et protocoles à blockchain: Comprendre l'avènement de la seconde ère numérique

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Bitcoin et protocoles à blockchain: Comprendre l'avènement de la seconde ère numérique

Longueur:
326 pages
7 heures
Éditeur:
Sortie:
27 juin 2019
ISBN:
9782804707736
Format:
Livre

Description

Une nouvelle ère numérique s'ouvre avec l'usage des protocoles à blockchain.

Partant du Bitcoin qu’il ne saurait être question d’escamoter comme on l’a fait trop souvent derrière le processus d’enregistrement des opérations dans une blockchain, ce livre entend donner une vision d’ensemble sur une nouvelle ère numérique, venant après celle ouverte par les protocoles qui régissent Internet. Dans le foisonnement d’idées que l’on peut avancer sur l’ère qu’ouvrent les protocoles à blockchain, il est en effet utile de distinguer ce qui est important de ce qui ne l’est pas : les séquelles des origines et les rapports complexes entre la technologie d’ensemble et l’usage monétaire de la cryptomonnaie, la nature de celle-ci et ce que permet vraiment (ou non) un protocole d’échanges décentralisé.
Limitant les explications techniques au minimum nécessaire, cet ouvrage détaille ce qui se passe réellement sur une blockchain (transactions, certifications, horodatage, automatisation des contrats), ce qui fait consensus et ce qui fait débat (le mode même de consensus, la gouvernance, la difficile conciliation des enjeux de sécurité, de programmabilité ou de mise à l’échelle), et les nouvelles « règles du jeu » partagées dans un monde qui, au moins pour une part, se déroule sans l’État et sans banque, où la nature de certaines propriétés (les communs) et de certaines procédures (les appels au marché par voie d’ICO) introduisent de profonds changements.

À quoi la révolution des échanges centralisés et des protocoles à blockchain peut servir ? Cet ouvrage de référence décrypte de manière claire les nouvelles "règles du jeu" qui découlent de l'apparition de ces nouvelles technologies.

EXTRAIT

Dire « la blockchain » sans préciser si c’est celle du protocole Bitcoin, Ethereum, Monero ou quelque autre, écrit dans tel ou tel langage, assorti de telle ou telle forme de consensus… n’a pas plus de sens que de dire « la bouteille » pour désigner indistinctement une bouteille de champagne, de Saint-Émilion ou d’eau de Javel. Dire que « la technologie blockchain » est à la base de Bitcoin, c’est oublier que dans l’assemblage technologique réalisé par Nakamoto, on trouve aussi des concepts (le pair-à-pair, l’horizontalité) et des éléments de science (l’algorithme de hachage SHA-256 pour générer des arbres de Merkle, la cryptographie asymétrique avec les courbes dites elliptiques c’est-à-dire de type y2= x3 + ax + b, pour générer les paires de clés avec lesquelles les utilisateurs signeront leurs transactions).
Sa blockchain, quant à elle, sert à structurer les données de Bitcoin ; elle permet la mise par écrit de toutes les opérations effectuées sur le réseau. Une de ses particularités est d’être linéaire et unidirectionnelle dans le temps, car il ne peut y avoir qu’une accumulation de blocs et non une soustraction, sous réserve, pour être précis, de possibles technologies de pruning pour alléger la chaîne. Elle s’étend donc à l’infini en ajoutant des blocs un à un, à un intervalle à peu près régulier de dix minutes.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Par leur connaissance approfondie du sujet et leurs talents de vulgarisation, déjà éprouvés dans de précédents ouvrages, mais aussi par le rôle qu’ils jouent dans la communauté francophone des « cryptos », Jacques Favier, Jean-Samuel Lécrivain et Adli Takkal-Bataille, fondateurs d’un cabinet de conseil spécialisé en intelligence stratégique, offrent un ouvrage de référence qui permettra de comprendre enfin à quoi la révolution des échanges centralisés et des protocoles à blockchain peut servir.
Éditeur:
Sortie:
27 juin 2019
ISBN:
9782804707736
Format:
Livre

À propos de l'auteur


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Aperçu du livre

Bitcoin et protocoles à blockchain - Jacques Favier

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Bitcoin & protocoles à blockchain

Jacques Favier, Jean-Samuel Lécrivain et Adli Takkal-Bataille

Bitcoin & protocoles à blockchain

Comprendre l’avènement de la seconde ère numérique

Préface

Voici un livre qui a tout l’attrait de la nouveauté. Pourtant, il peut nous sembler que tout avait été dit et écrit au sujet des blockchains. Comme nous le savons depuis longtemps, une nouvelle idée met souvent beaucoup de temps à émerger et à mûrir pour, finalement, devenir un outil commun. Et le premier essai n’est pas toujours un coup de maître. C’est la même chose pour l’écriture au sujet d’une nouvelle idée. On approche de plus en plus du traité pratique définitif pour l’usage des blockchains et de Bitcoin.

L’idée de monnaie électronique date du début des années 80, si on oublie les romans de science-fiction dont le plus connu dans ce domaine est celui écrit par René Barjavel et on pourrait donc dire que cette idée existe depuis la nuit des temps.

David Chaum publie en 1981, dans la même revue scientifique que celle qui a vu naître la version complète de l’algorithme cryptographique RSA, le papier fondamental Untraceable Electronic Mail, Return Addresses, and Digital Pseudonyms. Celui-ci est à la base de la réflexion et des résultats sur l’anonymat digital, celui du web et du courrier électronique ; son aboutissement sera, d’une part, le logiciel Tor bien connu de celles et ceux qui veulent naviguer anonymement sur le web et, d’autre part, du vote électronique. C’est donc bien la cryptographie à clé publique qui a permis dès 1976 d’imaginer nombre d’applications dans la société civile, que ce soit le chiffrement, la signature numérique, le poker mental, etc., pour aboutir très vite au concept de blockchain et de monnaie digitale, à tel point que le mot crypto évoque pour chacun de nous aujourd’hui une cryptomonnaie alors que la conférence internationale sur les recherches cryptographiques (« la science du secret »), CRYPTO, se déroule chaque année à Santa Barbara, en Californie, depuis 1981. La communauté des chercheurs en cryptographie, dont je suis, se sent ainsi légitimement dépossédée de son nom de ralliement. Mais n’est-ce pas en fait un honneur de rattacher ce mot à l’une de ses meilleures illustrations ?

En parallèle, Ralph Merkle imagine les usages d’une fonction cryptographique bien spéciale puisqu’il n’y a pas de secret, usages qui comprennent les fonctions de hachages qui permettront très vite d’imaginer de signer de très longs messages et bien d’autres applications, plus tard, comme les blockchains et Bitcoin.

David Chaum se rend très vite compte qu’une monnaie électronique (e-cash) ne pourra se répandre que si les utilisateurs ont fort confiance. Il réalise également que le problème principal sera la double dépense d’un billet électronique. Il se déplace alors à Amsterdam, vers 1985, dans un pays encore très sensible aux listes utilisées durant la Seconde Guerre mondiale pour arrêter les juifs. Le ministère de l’Intérieur demande de nouvelles idées pour protéger l’anonymat pour les dépenses d’usage. De tout ceci résultent de nouvelles conceptions utilisant la cryptographie (si vous payez deux fois avec le même jeton électronique, alors vous donnez aussi votre clé secrète et vous n’avez plus aucune sécurité) et des circuits cryptographiques bien protégés qui jouent le rôle de notaire, de banque, de tierce partie de confiance. Ce sera le projet européen CAFE autour de 1990 : j’ai eu le plaisir de concevoir ce circuit chez Philips et il sera utilisé pour un grand nombre de cartes à puce. Il est toujours en activité dans nombre de vos poches.

Les recherches se développent et, vers la fin des années 80, on commence à vouloir incorporer le temps de façon sécurisée. Très vite, on se rend compte que c’est un problème difficile et la recherche se concentre sur l’ordre des opérations plus que sur leur temps authentique, bien difficile à sécuriser. L’ordre temporel des opérations sera discuté une première fois, en Belgique, par… l’Ordre des Notaires (sic) et par moi-même, et cela conduit à un premier projet qu’on pourrait nommer chaîne. Ce sont Haber et Stornetta qui établissent la bonne version, sans utiliser le web mais le bon vieux papier journal. Il y a eu alors un problème, car il n’y avait pas à l’époque de fonction de hachage sûre et répandue et il a fallu attendre les fonctions MD5, SHA, etc. pour permettre les signatures pratiques RSA et EDCSA et les standards ISO et IETF qui vont avec celles-ci. Ces deux inventeurs publient et brevettent presque toutes les notions de base des blockchains, y compris l’arbre de Merkle, mais, au lieu du consensus, ils utilisent soit un système centralisé, soit un générateur aléatoire cryptographique de confiance.

Un projet belge, TIMESEC, avec l’aide de Haber, se concentre sur une réalisation robuste des protocoles des deux inventeurs : utilisation de plusieurs serveurs distants (une première) et, surtout, publication des hashs sur le web. L’application prévue est bien l’estampillage, le « time-stamping », comme on disait déjà en ces temps-là. Une autre application des blockchains voit aussi le jour en 1991 grâce à Josh Benaloh (Microsoft).

Enfin, en 2001, un chercheur japonais, Une, avec l’aide de son promoteur Matsumoto, un chercheur en cryptographie bien connu, publie à la demande de la Banque du Japon un rapport sur les systèmes de time-stamping et propose comme challenge de réaliser un système de monnaie électronique basé sur les blockchains (notez que le mot n’est pas encore utilisé). Entretemps, la notion de smart contracts est publiée et discutée, aussi fort en avance sur son temps.

Il manque finalement le concept pratique de système distribué mis en œuvre à grande échelle (la théorie en est bien connue depuis près de 50 ans). Napster (1999) fut sans aucun doute le système qui montra qu’un système distribué en pair-à-pair de fichiers partagés pouvait fonctionner sur le web sans maître (ni loi, d’ailleurs).

Manquent l’élément déclencheur et l’étincelle de génie. Le premier fut sans doute la crise financière de 2008 et l’étincelle naquit dans les co-cerveaux de Satoshi Nakamoto.

L’arrivée des blockchains a aussi permis une nouvelle réflexion et un nouvel élan sur le concept de confiance (« trust »). Si on ne peut faire confiance à une personne, à une organisation ou à un gouvernement même, est-il imaginable de les remplacer par un ensemble très grand de personnes, chacune disposant des mêmes informations et respectant un certain nombre de règles communes ? Dans une certaine mesure, la réponse est oui et ce sont les blockchains.

La cryptographie est la science, mathématique et informatique, qui permet de réaliser pratiquement des idées théoriques impossibles et elle n’a pas fini de nous étonner. Longue vie sans aucun doute aux blockchains, longue vie aux concepts qui ont permis aux bitcoins de vivre. Il y a encore plein d’évolutions à venir, c’est un domaine en ébullition qui connaît toujours une grande phase de croissance et des recherches étonnantes.

Voilà, le décor est planté. Je vous lève le rideau de la première page et le plaisir est à vous de lire attentivement les suivantes de ce livre…

Jean-Jacques Quisquater

Note de l’éditeur

Voici un ouvrage un peu particulier : non seulement parce qu’il est écrit à plusieurs mains, mais aussi parce que ses auteurs ont l’habitude de travailler ensemble, tant de manière professionnelle que dans la vie associative.

Fin 2015, Adli Takkal-Bataille et Jacques Favier comptaient parmi les sept membres fondateurs de l’Association francophone « Le Cercle du Coin¹ ». Le mot Coin est un clin d’œil à Bitcoin, qui laisse la porte ouverte à ceux qui travaillent sur d’autres blockchains. Parmi les fondateurs, il y avait un représentant de l’écosystème suisse, et un autre de l’écosystème belge. Depuis près d’un an, Jacques et Adli animaient déjà des « Repas du Coin », mensuels. Aujourd’hui, plus de 500 convives différents ont déjà participé à l’un des 45 repas qui se sont tenus dans 15 villes et 4 pays ; quant à l’Association, qu’Adli préside et dont Jacques est le secrétaire, avec près de 150 membres, elle est présente dans plus d’une dizaine de pays.

Jacques et Adli ont écrit en 2017 un premier livre, Bitcoin, la monnaie acéphale (CNRS Éditions) vite considéré comme un ouvrage de référence. Leurs formations, leurs curiosités et leurs expériences différentes n’ont pas été un obstacle mais un enrichissement. Historien de formation, Jacques a commencé une carrière bancaire en 1984, puis travaillé 25 ans comme investisseur avant de découvrir Bitcoin en 2013. Adli est un humaniste 3.0 féru de linguistique et de numérique tout à la fois.

Sollicités souvent ensemble comme conférenciers puis comme conseils, ils ont décidé fin 2017 de créer Catenae², une société de conseil spécialisée en intelligence stratégique des protocoles à blockchain. Pour cela, ils se sont associés avec Jean-Samuel Lécrivain, diplômé de l’ESSEC et de Sciences Po Paris.

L’année 2018 fut aussi celle d’un second ouvrage : le premier explorait les racines et le fonctionnement de Bitcoin, le second, intitulé Bitcoin, Métamorphoses (Dunod éditeur) présente son évolution pour marquer le dixième anniversaire du white paper fondateur. Pour cet ouvrage, ils se sont associés à Benoît Huguet, administrateur du Cercle du Coin et fondateur du cabinet BitConseil.

Les Éditions Mardaga souhaitaient présenter un ouvrage destiné principalement à des professionnels de la gestion, de la finance et de l’entreprise, et qui traite le sujet de la rencontre entre l’économie et la finance classiques d’une part et la nouvelle cryptosphère d’autre part. Les trois associés de Catenae, à la fois auteurs et acteurs, ont tenté de relever ce défi.


1. Le site http://lecercleducoin.fr présente en détail les activités, les mem­bres et les rapports de cette Association aujourd’hui présente dans une dizaine de pays.

2. Le site https://catenae.fr présente cette société.

Introduction

La première idée que risque de rencontrer quiconque souhaite se faire en quelques heures une opinion sur ce qui se trame autour du bitcoin et de la blockchain, c’est que le premier est un gadget, sans grand avenir et sans autre présent qu’un usage spéculatif ou criminel, mais que la seconde, « la technologie qui fait fonctionner Bitcoin » voire « la technologie dont Bitcoin n’est que la première implémentation », serait une révolution de nature à tout « disrupter ».

Il ne s’agit pas ici de renverser cette idée pour la remettre dans le bon sens, comme lorsque l’on explique qu’en réalité le soleil ne se lève pas à l’est bien qu’il en donne toute l’apparence. À tout prendre, et s’il fallait user d’une comparaison scientifique, mieux vaudrait appréhender Bitcoin et blockchains en pensant aux deux façons de se représenter la lumière, comme un flux de particules et comme une onde dans un espace donné. Les blockchains seraient cet espace, le jeton serait ce mystère. Mais ce ne sont là que des images…

De toute façon, le présent livre va limiter les explications techniques au minimum vraiment nécessaire à celui qui doit comprendre à quoi la révolution des échanges décentralisés et des protocoles à blockchain peut lui servir concrètement. Dissiper les erreurs grossières reste indispensable. Car s’il n’est pas besoin de comprendre les finesses du moteur à explosion pour se servir correctement d’une automobile, il vaut quand même mieux ne pas imaginer qu’il y a, caché sous le capot, un petit cheval, quelques rameurs ou un génie.

Nous souhaitons proposer à notre lecteur un instrument pour l’aider à répertorier les choix possibles. Nous sommes tous trois associés au sein d’un cabinet de conseil, auquel nous avons donné le nom de Catenae. Un mot latin, parce que nous inscrivons notre démarche dans une compréhension large, enracinée dans une tradition humaniste et philosophique, de ces changements techniques, qui sont toujours aussi, finalement, des changements sociétaux voire anthropologiques. Ce mot latin désigne, au pluriel, les chaînes. Notre cabinet propose en effet une intelligence stratégique des protocoles à blockchains, au pluriel.

Un bon caviste ne vend pas de « la bouteille » : il conseille ses clients parmi un large choix de bouteilles aux qualités différentes, appropriées aux mets, aux occasions, et aux budgets. Dire que l’on va « mettre sur la blockchain » telle ou telle activité ancienne ou nouvelle, ou tel ou tel objet matériel, qu’il s’agisse de diamants ou de poulets, sans dire selon quel protocole et avec quel type de jeton ladite blockchain fonctionnera, est une tare encore bien trop répandue.

Quand on a atteint le stade de la « validation de principe » (Proof-of-Concept), les soucis de sécurité, de mise à l’échelle ou en conformité par exemple, n’ont pas forcément été examinés avec les exigences parfois angoissantes qui s’imposent dès lors qu’on fait quelque chose en grand et « pour de vrai ». C’est une chose d’échanger sur une petite blockchain, comme l’a fait la Banque de France³, des références bancaires ou, comme l’a fait BNP-Paribas AM⁴, des titres financiers confidentiels dont on pourrait enregistrer les transactions sur un calepin… C’en serait une autre d’enregistrer sur une blockchain la billetterie des JO 2024, comme un rapport administratif officiel⁵ en avait avancé l’ambitieuse idée. On va donc regarder de près en 2019 l’initiative Voltron, une plateforme rassemblant huit banques, dont HSBC, ING et BNP Paribas, et qui vise « à faciliter le financement du commerce international », c’est-à-dire à faire circuler des lettres de crédit sur un registre distribué de type Corda, lequel n’est quand même pas tout à fait une blockchain quoi qu’on en dise⁶.

On a vu depuis 2017 une multiplication d’émissions de nouveaux « tokens » dans le cadre des « Initial Coin Offerings ». Quand nous reviendrons sur ce concept, il nous faudra dire qu’il s’agissait dans la plupart des cas d’appels publics à l’épargne marqués par trop de flou, trop de contournement des règles légales, trop d’approximation dans les business models pour que les cours ne s’en ressentent pas, et parfois trop d’insécurité informatique pour que des catastrophes ne surviennent pas à l’occasion.

Après des premiers retours d’expérience plutôt négatifs, il reste nécessaire que l’écosystème gagne en maturité, d’un point de vue réglementaire, économique mais aussi en termes techniques. Autrement dit, au-delà de l’avancée significative que constitue ce phénomène pour la désintermédiation financière, l’attention doit se porter enfin sur les fondamentaux : les protocoles développés, choisis et mis en œuvre, et leurs cohérences aux objectifs du business model choisi.

Ce n’est que sur ces bases que l’on pourra dépasser les discours creux selon lesquels « la blockchain va uberiser Uber » dans une sorte de révolution qui donne le tournis mais sans assigner de buts précis.

Quelles perspectives ouvre l’existence d’objets numériques (monnaies, droits de propriété, etc.) non copiables mais programmables ? De programmes auto-exécutables intelligibles par les machines et non révocables par les humains ? De plateformes d’échanges décentralisées ignorant les frontières politiques ? D’identités partielles ou révocables, distinctes des identités légales jusqu’ici attribuées par les autorités souveraines nationales⁷ ?

Ceci va-t-il vraiment changer le monde ? C’est la promesse de Steve Wozniak, cofondateur d’Apple et aujourd’hui professeur associé à l’université technologique de Sydney, avec son fonds d’investissement spécialisé EQUI global, conçu comme une plateforme décentralisée basée sur la blockchain Ethereum, avec des tokens que le fonds va progressivement vendre aux investisseurs institutionnels qui pourront les investir dans des projets sélectionnés par EQUI global et fonctionnant eux-mêmes avec des tokens. Un projet qui ressemble un peu trop à la (vite) défunte TheDAO de juillet 2016, mais qui est loin d’être le seul.

Citons en vrac, et d’abord, ce qui vient de ceux qui ont conçu la première ère numérique, celle de l’internet : Amazon Web Service qui a créé un partenariat avec le projet de blockchain publique QTUM, la Fondation Gates qui utilise Ripple pour ses paiements, IBM qui veut utiliser les Lumens de Stellar pour les siens. Citons aussi en vrac les « visionnaires » d’hier qui s’intéressent au monde des échanges cryptographiques : les frères Winklevoss (Facebook), George Soros, Richard Branson ou encore Alexis Ohanian (Reddit).

Les règles du jeu risquent d’être assez nouvelles. On entend beaucoup parler de « réguler la blockchain ». Pour reprendre la comparaison déjà avancée, on ne risque pas de réguler le champ électromagnétique, ni la force gravitationnelle, dont un chercheur français a montré qu’elle donnait une bonne comparaison pour les mouvements du bitcoin⁸. Les lois et les politiques publiques vont, comme les entrepreneurs et les entreprises, devoir s’adapter à cette seconde ère numérique, celle où le numérique ne sert plus à prendre des commandes et transmettre de l’information « dans la vraie vie » mais devient cause et fin de lui-même, matière première des objets et de la monnaie et espace où ils se meuvent.


3. Sa blockchain MADRE a été saluée avec enthousiasme par le monde finan­cier, présentée comme un « projet pionnier » par l’AGEFI et couronnée par un prix de l’innovation par la Revue Banque. Mais elle a aussi été l’objet de sérieuses critiques techniques par plusieurs auteurs de la cryptosphère (ainsi Lola Rigaut-Luczak : https://medium.com/@Lola_Dam/madre-le-projet-blockchain-de-la-banque-de-france-b588a5bc78d2).

4. Sur l’exploit tel qu’il fut présenté en début 2018, consistant à démontrer l’interopérabilité de deux blockchains indépendantes, lire https://www.lemonde.fr/argent/article/2018/01/11/bnp-paribas-experimente-la-technologie-blockchain_5240576_1657007.html

5. Les cryptomonnaies, Rapport au ministre de l’Économie et des Finances, Jean-Pierre Landau avec la collaboration d’Alban Genais, juillet 2018, document accessible ici : https://www.mindfintech.fr/files/documents/Etudes/Landau_rapport_cryptomonnaies_2018.pdf page 40.

6. Sur Corda : https://www.lemagit.fr/conseil/Corda-R3-ne-lappelez-surtout-pas-Blockchain

7. Le débat concernant « l’anonymat » sur Internet, relancé en France avec la crise des « gilets jaunes » permet un approfondissement de la réflexion à ce sujet. Lire la défense dudit anonymat par Romain Pigenel (ex-conseiller numérique de François Hollande) ici : https://www.linkedin.com/pulse/pourquoi-il-faut-défendre-lanonymat-sur-internet-romain-pigenel/

8. Laurent Salat a exposé cette féconde comparaison sur son blog (https://medium.com/@laurentmt/gravity-10e1a25d2ab2) ; on en trouvera un exposé plus savant dans les diapositives de son intervention du 18 octobre 2018 au Paris Cryptofinance Seminar (https://webusers.imj-prg.fr/~ricardo.perez-marco/blockchain/bitcoin_pow_metrics.pdf)

Chapitre 1

Ce qui est important et ce qui ne l’est pas

1. Pourquoi dit-on du bitcoin qu’il est une monnaie anonyme favorisant le crime ?Pourquoi a-t-on inventé que ce qui est important, ce serait la « technologie blockchain » qui est derrière ?

Un ouvrage destiné à la « cryptosphère » elle-même n’aborderait pas forcément ces questions frontalement et dès les premières lignes. Intentionnellement, elles ne furent traitées dans Bitcoin, la monnaie acéphale qu’à partir du chapitre 7, parce que ce livre était destiné à ceux que le sujet intéressait depuis un certain temps, qu’ils soient enthousiastes ou curieux.

Nous faisons le pari que ce livre-ci, avec sa visée plus pratique, sera proposé à des managers et à des étudiants en gestion, parmi lesquels on trouvera des lecteurs a priori étonnés ou réticents. Si, comme on le leur dit depuis des années, Bitcoin est un système opaque, dangereux et criminel, pourquoi s’y intéresser, même de très loin ? Si ce qui est important c’est seulement une partie de son mode de fonctionnement, pourquoi s’infliger un détour qui s’annonce sordide ?

Nous pensons que notre livre lèvera progressivement les réticences et, comme tous ceux qui ont déjà été écrits par nous ou par d’autres, fera comprendre que Bitcoin, cryptomonnaies et blockchains, quand on parle sérieusement, ne peuvent être des sujets séparés ou opposables. Mais puisque le lecteur peut légitimement penser qu’il n’y a ni fumée sans feu ni mauvaise réputation sans solide raison, nous devons voir ce qui a donné à Bitcoin et à ses descendants les fameux relents « sulfureux » que l’on continue de leur attribuer.

1.1. Aux origines du scandale : une approche historique de la mauvaise réputation de Bitcoin, première des cryptomonnaies

1.1.1. Un projet libéral à l’ombre des institutions

Bitcoin est né de la convergence de plusieurs recherches. Certaines purement techniques : en se demandant comment obtenir sur Internet des transactions fluides et relativement rapides, on en venait forcément à la recherche d’une réduction du nombre des intermédiaires. Y compris de cet intermédiaire, le banquier, qui fait le lien avec une monnaie d’État, qui ne circule jamais en réalité (sauf pour les billets de banque) que d’intermédiaire à intermédiaire. Mais d’autres recherches étaient clairement idéologiques : il s’agissait alors de défier la société de surveillance, de refuser toute forme de contrôle policier ou social et d’échapper à la politique monétaire.

Il est dès lors loisible de comprendre pourquoi et d’imaginer dans quelle mesure les premières réactions de ces institutions ne furent pas marquées par la bienveillance.

Il faut bien admettre, cependant, que Bitcoin, première monnaie du genre, ne fut pas dénoncé de prime abord comme fausse ou mauvaise monnaie, mais comme monnaie de criminels, ce qui peut s’expliquer par certaines considérations historiques.

1.1.2. Silk Road : un crime originel dont il faut relativiser l’importance

Dès juin 2011, deux sénateurs américains réclamèrent la fermeture du site en ligne Silk Road⁹ qui proposait, en favorisant l’anonymat des parties et des transactions, toutes sortes de drogues. Silk Road fonctionnait sur le modèle des places de marché, tout en gérant une activité de séquestre temporaire des fonds lui permettant d’arbitrer d’éventuels litiges. Les transactions et les séquestres étaient exclusivement en bitcoins, ou plus exactement sous forme de « comptes en bitcoins » sur le site, qui de ce fait gérait une forme de

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