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L’Ordre des moines-guerriers Ahkena - Sokar
L’Ordre des moines-guerriers Ahkena - Sokar
L’Ordre des moines-guerriers Ahkena - Sokar
Livre électronique354 pages5 heures

L’Ordre des moines-guerriers Ahkena - Sokar

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À propos de ce livre électronique

Sokar est un fermier de seize ans qui habite à Bohmstad avec ses parents adoptifs. Il rêve d’avoir une vie d’aventures et d’intrigues, tout en sachant que ce rêve lui est inaccessible. Jusqu’à ce qu’il croise Viggen, un maître de l’Ordre des moines-guerriers Ahkena, doué de facultés magiques. Suite à la mort des parents de Sokar, Viggen décide d’emmener Sokar avec lui car il découvre que le garçon posséde également des facultés magiques, un prérequis essentiel pour être admis dans l’un des monastères. Pour Sokar débute alors une nouvelle vie en tant qu’apprenti au Monastère forestier, où il y apprend à maîtriser ses nouveaux pouvoirs. Au fil des missions avec son maître, Sokar découvre qu’une sombre menace plane sur l’Ordre.
LangueFrançais
Date de sortie19 mars 2021
ISBN9782898082344
L’Ordre des moines-guerriers Ahkena - Sokar
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Auteur

Christian Boivin

Christian Boivin est un auteur québécois connu pour avoir rédigé le roman sans censure «Les 3 p’tits cochons» de la série des «contes interdits» publié aux éditions AdA en 2017. C’est sans compter sa quadrilogie «L’Ordre des moines-guerriers Ahkena» qui fut publié à partir de 2013 chez AdA, puis réédité avec une filiale du même éditeur (Les éditions Pochette), toujours en vente sur leur site web et dans toutes les bonnes librairies. Cette série de fantasy raconte l’histoire d’un garçon de 16 ans, fermier de naissance, qui se découvre des facultés magiques et qui deviendra apprenti-sorcier sous l’Ordre des moines-guerriers Ahkena. Qui dit sorcier ou guerrier, dit également menaces à vaincre ! Christian Boivin est «un gars du Lac» qui habite maintenant à Québec et qui vit de sa passion pour l’informatique.

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    Aperçu du livre

    L’Ordre des moines-guerriers Ahkena - Sokar - Christian Boivin

    CHAPITRE

    1

    Journal de Sokar

    122e jour de la 12e année du règne du roi Loka

    Je suis présentement dans ma chambre au Monastère portuaire. J’y suis arrivé hier, accompagné de Maya. Aujourd’hui, je n’ai pas encore commencé mes leçons. Comme je n’ai pas écrit dans mon journal intime depuis longtemps, je pense que c’est le bon moment pour rattraper mon retard. Nous avons vécu tellement d’aventures ces derniers jours Maya et moi, je n’ai pas vraiment eu le temps d’y penser. Et de toute façon, la dernière page de mon journal était déjà bien remplie ; je n’aurais pas pu y ajouter un mot de plus.

    Ce matin, pour mettre sur papier mes aventures et mes sentiments, j’écris dans un tout nouveau journal intime : celui-là même que Maya m’a offert hier. Sa couverture en cuir est de bien meilleure qualité. Et puis, sa reliure est rouge. Rouge comme les cheveux de Maya…

    Je me demande si elle a délibérément choisi cette couleur pour que je pense à elle encore plus souvent…

    CHAPITRE

    2

    91 jours plus tôt

    Journal de Sokar

    31e jour de la 12e année du règne du roi Loka

    Aujourd’hui, c’était ma première journée de congé depuis des lunes, alors j’ai décidé de la passer à Bohmstad, la ville située tout près de notre ferme. Mon père m’a permis de m’y rendre avec la carriole, à la condition que je fasse quelques courses pour lui, entre autres celle de payer nos taxes au Seigneur Tuul, le gouverneur de Bohmstad.

    Nous habitons une ferme à quelques lieues au nord-est de Bohmstad, tandis que mes copains habitent des fermes immédiatement à la sortie nord de la ville ; elles jouxtent les champs municipaux. À pied, ils peuvent s’y rendre rapidement, les chanceux !

    Je suis arrivé à Bohmstad un peu avant le dîner et je me suis arrêté à la fontaine de la place centrale pour me désaltérer. C’est là que j’ai rencontré mon copain Gros-Jean, dont le père est pâtissier. Mon ami s’est donné pour mission de tester la fraîcheur et la qualité du travail de son père. Bref, il goûte à toutes les pâtisseries qui sortent de ses fourneaux. Et comme Gros-Jean ne travaille pas aux champs comme moi, il n’a pas l’occasion de dépenser toute cette énergie, et on en voit les conséquences sur sa silhouette.

    À la fontaine, Gros-Jean faisait les gros bras pour tenter d’impressionner une fille aux cheveux couleur de blé et avec des yeux bleus comme la mer. Elle semblait plus amusée qu’impressionnée par les biceps gras et mous de mon ami.

    Je me suis approché d’eux et la fille s’est retournée, ignorant Gros-Jean, pour me faire les yeux doux, les pommettes rougies par la timidité. J’étais un peu mal à l’aise car j’avais oublié son nom. Il semble qu’elle est amoureuse de moi ; un de mes copains a surpris une discussion entre ses copines et elle l’autre jour à mon sujet. Malheureusement pour elle, je ne partage pas ses sentiments. Elle est fort jolie et je suis sûr qu’elle se laisserait embrasser si j’en prenais l’initiative. D’ailleurs, à mon arrivée à la fontaine, elle semblait n’attendre que ça. Toutefois, je sais que ce baiser signifierait plus pour elle qu’un simple baiser et qu’elle voudrait alors devenir ma petite amie. Mais ça ne m’intéresse pas, car je la trouve très sotte. Je n’ai pas l’habitude de fréquenter ce genre de filles. Si elle était aussi intelligente que Magda la laide, elle serait la petite amie parfaite. Au fait, je me demande encore pourquoi on appelle Magda ainsi. Si elle n’avait pas cette verrue sur sa joue gauche, elle serait presque aussi mignonne que les autres filles de la ville.

    Pour ne pas paraître impoli, j’ai quand même salué la blonde. Gros-Jean m’a parlé d’une nouvelle recette de beignets chauds que son père venait de créer le matin même, et il m’a invité à venir y goûter avec lui. J’ai décliné son offre en lui expliquant que j’avais des courses à faire pour mon père et que je devais y aller sans tarder.

    Je me suis dirigé vers la résidence du Seigneur Tuul pour y payer les taxes, car je voulais me débarrasser de cette corvée le plus vite possible. Aujourd’hui, il y avait beaucoup de paysans qui avaient affaire au Seigneur Tuul. Il y avait trois couples qui demandaient l’autorisation de se marier, deux hommes qui se querellaient pour une histoire de clôture, et plusieurs fermiers qui se plaignaient qu’une meute de loups attaquait leur bétail la nuit. Et il y avait aussi des tas de gens qui venaient payer leurs taxes, comme moi.

    Lorsque j’en suis finalement ressorti, mon ventre criait famine, car l’heure du repas était déjà passée depuis longtemps. Je me suis remémoré l’offre de Gros-Jean et je me suis dit que finalement, je pourrais bien essayer les nouveaux beignets chauds de son père. Mon ami n’était pas à la pâtisserie, il devait être encore à la fontaine avec la blonde. Je me suis quand même acheté un beignet chaud, en espérant que ce serait suffisant pour me soutenir jusqu’au souper.

    En sortant de la pâtisserie, j’ai croisé une fille rousse que j’avais déjà rencontrée. Elle m’a fait un beau sourire en me saluant. Je lui ai rendu son sourire, mais je ne me souvenais plus de son nom à elle non plus. Elle m’avait l’air d’une fille affectueuse et cajoleuse, mais mes copains m’avaient bien mis en garde contre elle : selon eux, elle cherchait seulement à se faire engrosser pour prendre époux, pour fonder une famille avec une dizaine d’enfants et pour posséder une ferme. Pas vraiment mon genre, merci !

    Ce n’est pas le fait de prendre épouse et de fonder une famille qui m’effraie, mais plutôt la vie à la campagne et d’avoir à m’occuper d’une ferme. Ironique, n’est-ce pas, que c’est justement là la vie que je mène depuis seize ans ! Je ne me suis jamais senti à l’aise dans le rôle de fermier, mais étant donné que j’habite encore à la ferme de mes parents adoptifs, je dois participer aux tâches quotidiennes de la ferme.

    Je n’ai jamais connu mes parents biologiques. Ils m’ont abandonné à la naissance, ils m’ont laissé dans un panier à la porte de la ferme d’un couple qui allait devenir mes parents adoptifs. Eux non plus n’ont jamais su qui étaient mes parents biologiques. Ils m’ont élevé comme leur propre fils et ils ne m’ont jamais caché le fait que j’avais été abandonné à leur porte. C’est peut-être pour ça que je ressens un certain détachement par rapport à la ferme et la vie à la campagne. J’aime mes parents adoptifs de tout mon cœur, mais je ne veux pas suivre leurs traces. N’importe quoi sauf ça !

    Je ne sais pas vraiment ce que je veux faire quand je serai adulte, mais je sais que je veux quitter la ferme. M’engager dans l’armée royale ? Peut-être. J’ai toujours rêvé d’une vie d’aventures. Et les soldats royaux sont forts bien rémunérés, à ce qu’il paraît, mais la discipline militaire me répugne.

    Ou bien pourrais-je joindre une caravane de marchands itinérants et voyager à travers tout le royaume ? Je ne sais pas. Je ne me sens pas l’âme d’un commerçant, n’étant pas naturellement doué pour le marchandage. Je risquerais d’y perdre ma chemise dès la première semaine !

    Bref, je me sens coincé : je ne veux pas devenir fermier comme mon père mais je ne vois pas d’autres options intéressantes. En attendant, j’aide mes parents à la ferme comme un fils modèle : il faut labourer, semer, récolter, s’occuper des animaux, moudre le blé au moulin de la ville, faire les courses à Bohmstad, et j’en passe.

    Je suis allé à la forge pour acheter des fers neufs pour nos chevaux, et en en ressortant, j’ai remarqué que le libraire avait exposé de nouveaux livres dans sa vitrine. Je me suis approché pour voir s’il avait reçu la nouvelle encyclopédie des monstres et créatures de la forêt Interdite. L’ouvrage n’y était pas, alors je suis entré afin de vérifier à l’intérieur. Après que j’ai exploré quelques minutes à travers les rayons de livres, le vendeur m’a jeté à la porte, en pestant contre les gamins qui passent leur temps à froisser les pages des livres, mais qui n’en achètent jamais. J’ai eu beau essayer de le convaincre que ce n’était pas mon cas, que moi j’étais respectueux des livres, il a fait la sourde oreille. Quel malotru !

    Je me suis dépêché de finir les courses pour mon père, puis j’ai décidé de quitter la ville pour me diriger vers les monts Interdits. J’adore vraiment cet endroit, j’y grimpe souvent car la vue est magnifique. Quand je regarde au sud vers l’océan, je distingue au loin le rivage de quelques îles des Îles volcaniques. Je me suis toujours demandé à quoi ressemble le paysage sur ces îles, et si des monstres y vivent vraiment, comme on raconte dans les fables pour enfants. Si un jour je deviens explorateur, je crois que les Îles volcaniques seront le premier endroit où je poserai les pieds.

    Ma mère m’a toujours défendu d’aller dans les monts Interdits, en m’expliquant qu’ils ne se nomment pas ainsi pour rien. Pourtant, je n’y ai jamais découvert quoi que ce soit de dangereux, alors je continue à y aller quand même.

    Comme je l’ai fait aujourd’hui.

    En m’avançant vers les monts Interdits, j’ai aperçu un attroupement au loin. En m’approchant de plus près, j’ai vu que c’étaient des Cannibales gris. En fait, je ne connais pas leur véritable nom, alors je les appelle comme ça. Ce sont des hommes des cavernes à la peau grise qui vivent en tribus dans les monts Interdits. On dit « hommes » des cavernes, mais ces créatures sont si peu évoluées qu’à mon avis, elles sont plus près du singe que de l’homme ! Ces hommes n’ont aucune pilosité : aucun cheveu, aucun poil. Ils ne portent qu’un pagne. Ils chassent en groupe, mais je ne les crois pas aussi dangereux qu’on le prétend car même si on dit qu’ils sont cannibales, on dit aussi qu’ils n’attaquent que les enfants, les vieux et les gens blessés. Je ne suis plus un enfant, je ne suis pas encore un vieillard et je suis en pleine forme, alors je suis convaincu que les Cannibales gris ne présentent pas une menace pour moi !

    Je me demandais ce que les Cannibales gris trafiquaient là, au pied des monts Interdits. Ils s’aventurent rarement aussi loin du reste de leur tribu. J’ai continué à avancer vers eux pour le découvrir, pensant que mon apparition pourrait les effrayer. Deux membres de leur groupe se sont rendu compte de mon arrivée ; de mon côté, j’arrêtais ma carriole à une bonne distance d’eux. Les deux Cannibales gris se sont approchés de moi, en tenant chacun un lourd gourdin dans leurs mains et en grognant contre moi. Ils semblaient agressifs, mais ils paraissaient effrayés en même temps. Pourtant, ils n’avaient pas l’air de vouloir se sauver, au contraire, mais j’avais l’impression qu’ils voulaient m’empêcher de m’approcher de leur attroupement.

    C’est à ce moment que j’ai vu qu’un homme gisait par terre, inconscient. C’était clairement la raison de leur présence. J’en ai déduit qu’ils voulaient l’emmener dans leur tribu. L’homme avait l’air gravement blessé, il y avait plein de sang sur sa tunique. Je me suis emparé d’une fourche qui traînait dans la carriole et j’ai sauté par terre en poussant des hurlements. J’espérais être assez effrayant pour qu’ils déguerpissent et qu’ils laissent l’homme tranquille. J’ai atteint une partie de mon but : ils avaient peur, ils semblaient même terrifiés, pourtant ils ne se sauvaient toujours pas.

    Mon sang n’a fait qu’un tour. J’ai senti monter mon adrénaline, mon pouls battait dans mes tempes. Tout en tenant la fourche fermement dans mes mains, je me suis mis à courir vers les deux Cannibales gris, tout en poussant un cri de guerre. Alors que j’arrivais à leur hauteur, le Cannibale gris de gauche s’est mis à détaler, ce qui a eu pour effet de distraire momentanément celui de droite. J’ai profité de son moment d’inattention pour le frapper de toutes mes forces avec ma fourche, en visant le côté de sa tête. Il s’est immédiatement écroulé par terre, inconscient. Du sang s’est mis à gicler de son oreille droite, près de l’endroit où j’avais frappé.

    J’ai continué à courir vers l’attroupement, en tenant ma fourche au-dessus de ma tête à deux mains, comme une épée. Le Cannibale gris qui s’était sauvé avait déjà rejoint les autres et il poussait des grognements de panique en me pointant du doigt. Ses comparses posèrent les yeux sur moi. Évidemment, ils savaient que j’étais là, mais ils n’avaient pas pensé que je les attaquerais. Ils se sont tous enfuis, abandonnant l’homme qui gisait encore par terre, inconscient.

    Essoufflé et grisé par l’attaque, je me suis penché vers lui, pour vérifier s’il était toujours en vie. Il respirait encore. Il avait perdu beaucoup de sang, surtout à la hauteur de sa poitrine. J’ai rapproché la carriole afin de l’y embarquer. Le Cannibale gris que j’avais frappé gisait toujours par terre.

    J’ai tenté de soulever le blessé. Seigneur, qu’il était lourd ! Il devait bien peser une tonne ! J’avais beau être devenu fort à force de trimer dur à la ferme, il a vraiment fallu que je mette toute mon énergie pour réussir à le soulever et à l’allonger à l’arrière de la carriole.

    J’ai lancé les chevaux à vive allure afin de retourner à la ferme aussi vite que possible pour le faire soigner par ma mère. Pendant le trajet, je jetais des coups d’œil rapides à l’arrière, pour mieux observer mon passager. Il avait l’air d’un géant ; il devait me dépasser d’au moins une tête. À mon avis, il devait avoir la mi-trentaine. Ses épaules étaient larges et son corps était tout en muscles. Il avait de longs cheveux blonds et lisses, et sa mâchoire était carrée. Sa tunique de couleur ocre était tachée de boue et de sang. Malgré la saleté et la boue sur sa cape, je pouvais clairement distinguer qu’elle était verte, marbrée de brun. Je n’avais jamais vu de cape avec ce genre de motifs.

    Lorsque je suis arrivé à la ferme, mon père était encore dans les champs et ma mère était à l’intérieur en train de préparer le souper. Je lui ai expliqué la situation. Elle m’a demandé à quel endroit j’avais découvert l’homme et, dans mon empressement, je lui ai révélé malgré moi que c’était au pied des monts Interdits. Elle m’a lancé un regard sévère, en me répétant bien qu’elle m’avait formellement interdit d’y retourner. Encore heureux que je ne lui aie pas mentionné la présence des Cannibales gris ! Sa colère n’a duré qu’un bref instant et elle m’a vite demandé d’emmener l’homme blessé sur mon lit.

    Pendant qu’elle s’occupait de lui, je suis allé chercher mon père aux champs, pour lui dire que le souper serait bientôt prêt. À mon retour, ma mère m’a informé que les blessures de l’homme n’étaient pas mortelles, mais qu’il était encore inconscient. Elle lui avait enlevé sa tunique pour lui poser des bandages. Elle a ajouté que son torse et son dos étaient striés de vieilles cicatrices. Ma mère m’a dit :

    — Tu as bien fait de l’emmener, c’est un maître Ahkena.

    — Un quoi ? lui ai-je demandé.

    — C’est un moine-guerrier, je l’ai reconnu grâce à sa cape. Ça explique ses blessures et les cicatrices.

    Je n’avais jamais entendu parler des moines-guerriers Ahkena avant ce jour.

    CHAPITRE

    3

    Loin de là, sur un autre continent, Guérak était assis sur son trône et il dégustait une cuisse de poulet. Le roi des barbares régnait sur Arkahz, son continent, d’une poigne de fer. Ce redoutable guerrier imposait le respect : il était immense, son crâne rasé arborait des tatouages de flammes, et son corps bronzé était fait de muscles noueux et recouvert de tatouages tribaux aux motifs agressifs.

    Un messager entra dans la salle du trône.

    — Guérak, ô mon roi, les Griztalts sont de retour de leur mission.

    — Parfait, répondit-il avec une lueur de malice dans les yeux. Fais-les entrer.

    Le roi lança par terre de façon négligée ce qui restait de sa cuisse de poulet. Quatre créatures humanoïdes à la peau grise et au front proéminent entrèrent dans la salle. Sans pilosité apparente, ils portaient seulement un pagne.

    Les quatre Griztalts s’arrêtèrent devant Guérak. Le chef griztalt s’avança d’un pas et s’adressa au roi d’une voix caverneuse :

    — Contrairement aux informations de votre sorcier, ô roi Guérak, Viggen n’était plus sur les Îles volcaniques à notre arrivée. Il était déjà reparti vers Kadjyll, son continent. Nous avons été contraints de le prendre en chasse sur les côtes de Kadjyll, dans une barque, et nous l’avons abattu de justesse.

    — Nous allons vérifier cela, répliqua Guérak. Faites venir Mercurus !

    Un des gardes de la salle du trône s’empressa de sortir, pour revenir quelques minutes plus tard avec un homme grand et mince, presque maigre, dont la peau blême contrastait avec ses longs cheveux noirs et graisseux. La robe noire qu’il portait ne laissait aucun doute quant à son identité : c’était un sorcier.

    — Mercurus ! Le chef griztalt affirme qu’ils ont finalement eu la peau de Viggen. Qu’en penses-tu ?

    — Je vais vérifier à l’aide du miroir magique, répondit le sorcier.

    Mercurus s’approcha d’un grand miroir sur le mur et prononça des incantations magiques. Le reflet du sorcier dans le miroir s’embrouilla. Il continua à réciter son sortilège, puis la surface s’éclaircit pour afficher un paysage campagnard.

    Guérak se leva de son trône et s’approcha du miroir magique. Le miroir projeta ensuite l’image d’une ferme dans un champ, à l’orée d’une forêt. Mercurus, tout en continuant ses incantations, se concentra sur les images produites par le miroir.

    — Viggen est toujours en vie, annonça le sorcier. Il est blessé, mais vivant. Des fermiers du sud du royaume de Kadjyll sont en train de le soigner.

    Le chef griztalt s’approcha à son tour et scruta attentivement le miroir, puis Mercurus prononça d’autres incantations. L’image dans le miroir changea, pour afficher une vue aérienne du continent, comme sur une carte de navigateur. Le sorcier posa son index sur le miroir, à un point bien précis.

    — La ferme se situe ici.

    — Vous avez échoué ! ragea Guérak à l’intention des Griztalts. Viggen est encore en vie ! Combien de fois vous ai-je répété que Viggen est un des moines-guerriers les plus puissants et les plus dangereux ? Je dois absolument m’en débarrasser. Allez sur Kadjyll. Assassinez Viggen. Détruisez la ferme et supprimez ses occupants, s’il le faut. Mais surtout soyez discrets. Personne ne doit savoir que vous avez posé le pied sur le continent.

    Les Griztalts sortirent de la salle et Mercurus se tourna vers son roi, le fixant de ses yeux noirs.

    — Êtes-vous certain que les Griztalts soient les meilleurs candidats pour cette mission ? Ils ont l’air d’y laisser tout leur temps.

    — Le temps ne compte pas, répondit le roi d’un air sérieux. Les Griztalts sont fidèles à la royauté d’Arkahz depuis des siècles. Ils sont trop bêtes pour nous trahir, et de toute façon, ils ont trop besoin de notre sorcellerie. N’aie crainte, ils vont finir par réussir leur mission, j’en suis convaincu. Le plus important est leur discrétion. Je dois compter sur l’effet de surprise.

    CHAPITRE

    4

    Lorsque Viggen reprit conscience, il était dans un tel état de confusion qu’il croyait se trouver dans sa chambre au Monastère forestier. Il se sentait extrêmement faible et il avait une migraine effroyable. Tranquillement, ses souvenirs lui revinrent : sa mission sur les Îles volcaniques, l’attaque sur l’océan lors de son retour, sa barque qui prenait feu…

    Il se rendit alors compte qu’il n’était pas au monastère, mais dans la chambre à coucher d’une habitation de campagne, comme il y en avait partout au royaume. La chambre était petite, minuscule même, comportant seulement le lit sur lequel il était étendu, ainsi qu’une chaise et une commode. Viggen tenta de se lever mais une douleur aiguë aux côtes l’en empêcha. Il se dit qu’il devrait rester allongé. Puis, il remarqua qu’il ne portait plus sa tunique et que son torse était recouvert de bandages.

    — Seigneur ! Qu’est-ce qui a bien pu m’arriver ? On dirait que ma présence sur les Îles volcaniques dérangeait quelqu’un. Mais qui ?

    Viggen se souvenait que sur l’océan, à son retour, alors qu’il s’approchait des côtes de Kadjyll, il avait été bombardé de flèches et de boules de feu. Il n’avait pas pu identifier ses agresseurs, parce qu’il était trop occupé à se protéger de l’attaque et à tenter de maîtriser sa barque à travers les flots déchaînés de l’océan. Celle-ci s’était finalement enflammée et il avait continué à la nage, toujours sous une pluie de flèches.

    Sokar arriva à ce moment dans la chambre et vit que leur invité venait enfin de se réveiller. Malgré les bandages, Sokar trouvait que le guerrier continuait à imposer le respect par sa prestance et sa forte carrure. Il put enfin voir la couleur de ses yeux et ne fut pas surpris de constater qu’ils étaient bleus, s’agençant parfaitement bien avec ses longs cheveux blonds.

    — Maître Ahkena, je suis heureux de vous voir enfin réveillé. Vous dormiez depuis maintenant deux jours. Ma mère, qui s’est occupée de vos blessures et de changer vos bandages, se faisait beaucoup de souci pour vous. Elle trouvait inquiétant que vous ne soyez pas encore sorti de votre sommeil. Il faut dire que vous étiez dans un mauvais état lorsque je vous ai découvert au pied des monts Interdits.

    — Est-ce toi qui m’as amené ici, jeune homme ? Comment te nommes-tu ?

    — Sokar, maître Ahkena. Oui, c’est bien moi qui vous ai transporté avec la carriole jusqu’à notre ferme, et nous vous avons installé dans ma chambre.

    — Eh bien, Sokar, je te remercie. Je pense que je te dois la vie. Je me nomme Viggen. Je suis un maître Ahkena, un moine-guerrier assigné au Monastère forestier.

    — Je suis heureux de vous connaître, maître Viggen. Ma mère savait que vous étiez un moine-guerrier Ahkena, elle a reconnu votre cape. Elle dit que vous êtes loin de chez vous.

    — Oui, en effet. J’étais parti en mission sur les Îles volcaniques. À mon retour, j’ai été attaqué sur l’océan par je ne sais trop qui. Ma barque a pris feu et la dernière chose dont je me souviens, c’est de m’être échoué sur la plage, complètement épuisé. J’ai dû perdre connaissance, mais je suis incapable de m’expliquer comment j’ai pu aboutir au pied des monts Interdits.

    — C’était probablement les Cannibales gris.

    Viggen regarda le garçon d’un air intrigué. Celui-ci comprit alors que Viggen ne savait pas qui étaient les Cannibales gris.

    — Les hommes que je surnomme les Cannibales gris sont des hommes des cavernes à la peau grise, expliqua-t-il. Ils n’ont ni cheveux ni poils et habitent dans les monts Interdits. Pour une raison que j’ignore, ils étaient très loin de leur tribu. Ils s’étaient attroupés autour de vous lorsque je suis arrivé. C’est probablement eux qui vous ont transporté jusque là, à partir de la plage. À mon avis, ils voulaient vous apporter à leur tribu pour vous faire cuire. J’ai dû les chasser à coups de fourche pour qu’ils vous laissent tranquille.

    — Tu les as chassés à coups de fourche, dis-tu ? C’est très impressionnant. Pour un fermier, tu ferais un bon guerrier. En parlant de guerre, est-ce que mon épée était avec moi lorsque tu m’as découvert ?

    — Non, vous aviez juste votre dague, accrochée à votre ceinture. Ma mère l’a laissée sur cette chaise avec votre tunique, qu’elle a nettoyée et raccommodée. Elle était toute trouée et pleine de sang. Ma mère dit que vos entailles étaient profondes, mais qu’elles se sont cicatrisées rapidement, en deux jours.

    — Oui, c’est grâce à la discipline de Régénérescence. C’est la raison pour laquelle j’étais dans un sommeil profond. C’est une discipline spéciale qu’apprennent les maîtres Ahkena pour accélérer le processus de guérison, lors d’un sommeil profond ou par la méditation. Le processus est commencé, mais il est loin d’être terminé ; j’ai une migraine atroce !

    Sokar alla en informer sa mère à la cuisine, et cette dernière revint avec un remède.

    — Mâchez ces feuilles, maître Ahkena. Elles devraient aider à atténuer votre migraine. Elles agiront rapidement, mais elles vous feront replonger dans le sommeil, expliqua-t-elle.

    — Merci madame, répondit-il, reconnaissant. Merci pour votre hospitalité et pour vos soins. Davantage de sommeil, c’est exactement ce qu’il me faut pour me refaire des forces.

    CHAPITRE

    5

    Journal de Sokar

    37e jour de la 12e année du règne du roi Loka

    Voilà maintenant sept jours que Viggen est à la ferme. Il affirme qu’il va beaucoup mieux et qu’il pourra nous quitter dans un jour ou deux. Je suis heureux de voir qu’il s’est bien remis de ses blessures, mais en même temps je suis triste qu’il doive partir aussi vite.

    Je sais qu’il doit retourner à son monastère, mais c’était vraiment fascinant quand il me racontait ses aventures. Il m’a donné plein de détails sur la vie des moines-guerriers Ahkena, et j’aimerais tant en savoir plus ! Ils semblent mener une existence passionnante : ils voyagent dans tout le pays, et même sur les autres continents, ils rencontrent souvent le roi, parfois ils se battent contre des monstres ou des créatures magiques… Si je n’avais pas eu mes corvées à la ferme, j’aurais pu l’écouter toute la journée !

    Viggen passe également beaucoup de temps à méditer, pendant le jour, pour entrer en contact avec Ahkena-Suprême. Je crois que c’est leur genre de dieu. Il m’a expliqué que la méditation l’aide à régénérer son Dohm. C’est une énergie qui circule dans tout le corps et qui donne leurs facultés magiques aux moines-guerriers Ahkena. Au monastère, les moines-guerriers apprennent à maîtriser leur Dohm grâce aux disciplines Ahkena.

    Quand je lui ai demandé plus de détails sur ces fameuses disciplines, il m’a dit qu’il pouvait me montrer le genre de choses qu’un moine-guerrier Ahkena apprenait à faire au monastère. Je l’ai accompagné jusqu’au jardin, puis une fois sur place, il a fermé les yeux et il a tendu les bras devant lui. Tout à coup, des légumes se sont mis à pousser à une vitesse accélérée ! C’était incroyable ! En dix secondes, tous les légumes étaient mûrs et prêts pour la cueillette.

    Ce don est vraiment prodigieux. Si j’avais les mêmes pouvoirs, on ne manquerait jamais de fruits ni de légumes à la ferme, on mangerait toujours à notre faim. Et on pourrait revendre les surplus à la ville. Avec les pièces d’or reçues, on pourrait s’acheter plus de bêtes pour nous aider dans les labours.

    Encore stupéfait, j’ai demandé à Viggen comment il avait accompli ce miracle. Il m’a répondu que c’était grâce à la discipline de Maîtrise de la terre, et que c’est justement une spécialité du Monastère forestier. On y apprend également d’autres disciplines, comme la guérison, l’art du combat et la communication animale. D’autres monastères, dispersés dans tout

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