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L’Ordre des moines-guerriers Ahkena - Arkahz
L’Ordre des moines-guerriers Ahkena - Arkahz
L’Ordre des moines-guerriers Ahkena - Arkahz
Livre électronique652 pages10 heures

L’Ordre des moines-guerriers Ahkena - Arkahz

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À propos de ce livre électronique

Malgré la promesse qu’il a faite à Maya, Sokar est plus que jamais déterminé à se rendre sur Arkahz afin d’aller délivrer Mendoza, son précédent maître, des griffes du sorcier diabolique Mercurus, sans oublier de rapporter l’oeil-qui-voit-tout.

Il doit d’abord trouver une façon de traverser l’océan le plus rapidement possible, tout en gardant sa mission secrète. Il finit par dénicher un moyen de transport plutôt efficace.

Dès qu’il pose le pied dans le royaume du roi Guérak, les ennuis lui tombent dessus. Sokar savait ce territoire hostile, néanmoins ce qu’il affronte dépasse tout ce à quoi il s’était attendu.

Au cours de son périple, Sokar frôle la mort. Il est secouru par une vieille dame qui se met en tête de l’aider avec le peu de moyens qu’elle possède. Ce qu’elle lui enseigne vient ébranler les convictions du garçon. Qui sont les bons? Qui sont les méchants? Sokar découvre que tout n’est qu’une question de point de vue...
LangueFrançais
Date de sortie1 avr. 2021
ISBN9782898082436
L’Ordre des moines-guerriers Ahkena - Arkahz
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Auteur

Christian Boivin

Christian Boivin est un auteur québécois connu pour avoir rédigé le roman sans censure «Les 3 p’tits cochons» de la série des «contes interdits» publié aux éditions AdA en 2017. C’est sans compter sa quadrilogie «L’Ordre des moines-guerriers Ahkena» qui fut publié à partir de 2013 chez AdA, puis réédité avec une filiale du même éditeur (Les éditions Pochette), toujours en vente sur leur site web et dans toutes les bonnes librairies. Cette série de fantasy raconte l’histoire d’un garçon de 16 ans, fermier de naissance, qui se découvre des facultés magiques et qui deviendra apprenti-sorcier sous l’Ordre des moines-guerriers Ahkena. Qui dit sorcier ou guerrier, dit également menaces à vaincre ! Christian Boivin est «un gars du Lac» qui habite maintenant à Québec et qui vit de sa passion pour l’informatique.

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    Aperçu du livre

    L’Ordre des moines-guerriers Ahkena - Arkahz - Christian Boivin

    PARTIE

    MISSION SUR ARKAHZ

    CHAPITRE

    1

    Sokar se trouvait dans le bureau du Grand Maître du Monastère volcanique, assis sur une banale chaise de bois. Le dirigeant, qui se tenait de l’autre côté de la table qui le séparait de l’apprenti, le regardait avec insistance. Il examinait Sokar comme s’il attendait quelque chose de lui. Désorienté, le garçon ne comprenait vraiment pas ce qu’il faisait là ni pour quelle raison le Grand Maître le scrutait ainsi. Avait-il encore fait quelque chose de mal ? D’ailleurs, il ne parvenait pas à se souvenir comment il était arrivé dans le bureau du Grand Maître ni ce qu’il avait fait depuis son réveil cette journée-là. Une situation quelque peu étrange qui n’avait rien pour rassurer l’apprenti.

    D’un geste lent, le Grand Maître attira l’attention de Sokar vers les trois petits bocaux en terre cuite qui se trouvaient sur la table, tout en demeurant silencieux. Ce n’est qu’à ce moment que le garçon les remarqua, comme s’ils n’y étaient pas auparavant. Si les bocaux étaient identiques, c’était tout le contraire de leur contenu. Le premier renfermait un liquide clair, le deuxième, une potion rougeâtre, et le troisième contenait une curieuse mixture brune. Après avoir observé les bocaux, l’apprenti reporta son attention vers le Grand Maître. Celui-ci avait encore ce regard interrogateur, et il attendait une réaction de la part de l’adolescent. Ce fut à ce moment qu’il comprit ; le Grand Maître lui avait posé une question concernant ces bocaux, et il attendait tout simplement une réponse. Alors, pourquoi Sokar ne se souvenait-il pas de la question ?

    — Allez, mon garçon, dit enfin le Grand Maître. Tu dois faire ton choix. Lequel veux-tu boire ?

    Sokar, encore perplexe, fronça les sourcils. Il avait de la difficulté à réfléchir de manière cohérente. « Il y a quelque chose qui cloche », pensa-t-il en tournant la tête dans tous les sens. Il avait l’impression que tout était faux, comme s’il se trouvait dans un décor de pièce de théâtre. Pourtant, il était bel et bien là, au Monastère volcanique.

    — Tu dois faire ton choix maintenant ! le pressa le Grand Maître. Allez ! Nous n’avons pas toute la journée.

    Sokar allongea le bras par automatisme, sans réfléchir, et il s’empara du premier bocal. Il avala le liquide clair d’un trait, puis déposa le contenant vide sur la table. Le visage du Grand Maître se décomposa, tellement sa déception était vive.

    — Je m’attendais à mieux de ta part, cher apprenti…

    Dès qu’il prononça ces mots, le dirigeant commença à disparaître. Au même moment, Sokar ressentit une boule qui se formait au creux de son ventre, une masse compacte qui lui brûlait les entrailles et lui lacérait les chairs. Le Grand Maître devint graduellement translucide, puis il disparut complètement. La douleur de Sokar s’intensifia. Il avait la chair de poule et sa peau était recouverte d’une fine sueur glacée. Il devina alors qu’il avait choisi la mauvaise potion et qu’il venait d’avaler du poison. Son sentiment de panique augmenta d’un cran. S’il avait fait le mauvais choix, pourquoi le Grand Maître n’avait-il pas arrêté son geste avant qu’il n’avale la potion ? Pourquoi n’était-il pas resté pour le soigner ? Et depuis quand le Grand Maître pouvait-il devenir invisible sans rabattre son capuchon, comme l’exigeait la discipline d’Invisibilité ?

    Meurtri de douleur, Sokar se plia en deux et tomba de sa chaise, qui se renversa. Il frappa le sol froid et se tint en position fœtale, paralysé par la douleur. Ce n’était pas possible ! Allait-il mourir bêtement dans le bureau du Grand Maître, alors qu’il avait failli perdre la vie à plusieurs reprises, dans des circonstances plus périlleuses ?

    Soudain, Sokar se réveilla en sursaut, haletant, le cœur battant la chamade. Tout ça avait été irréel, sauf pour la sueur glacée qui recouvrait chaque pouce de sa peau. Ouf ! Après que les battements de son cœur reprirent un rythme plus normal, il se souvint. La veille, avant de se mettre au lit, il avait invoqué la discipline de Prémonition. Le cauchemar qu’il venait de faire ne pouvait être qu’un rêve prémonitoire, lui évoquant que l’épreuve finale comporterait donc des potions, dont l’une d’elles serait empoisonnée. Petit à petit, les derniers relents de sommeil disparurent, et l’humeur de l’apprenti changea du tout au tout. Il se leva d’un bond, avec un enthousiasme et une énergie qu’il n’avait pas ressentis depuis des lunes. La fin était proche. Bientôt, il ne serait plus apprenti. Il serait moine. Mais avant, il devait se laver. Il fila donc vers les bains publics.

    Journal de Sokar

    122e jour de la 13e année du règne du roi Loka

    Le bain de ce matin m’a fait le plus grand bien, surtout après ce rêve étrange. Lors des épreuves d’hier, le Grand Maître ne m’a pas testé pour la discipline de Prémonition. C’était une bonne idée de l’invoquer hier soir, avant de me coucher. Je viens de découvrir que la dernière épreuve de ce soir portera sur des potions, et que le liquide clair est un poison. Bon. Mais que contenaient les deux autres bocaux ? J’ai une chance sur deux de me tromper. Peut-être que la dernière épreuve permet l’utilisation d’autres disciplines ? Je pourrais le demander à Maya, puisqu’elle a déjà passé avec succès toutes les épreuves. Toutefois, je me doute bien qu’elle refusera de répondre. Elle considérerait ça comme de la tricherie. D’ailleurs, nous avons eu peu d’occasions de discuter depuis notre retour au Monastère volcanique. Quand j’aurai la chance de l’aborder, je vais avoir bien d’autres sujets à discuter avec elle avant de lui demander des renseignements concernant l’épreuve finale.

    Hum… je viens de me rendre compte que je n’ai pas écrit dans mon journal depuis plusieurs jours. J’ai du rattrapage à faire. Bon… Voyons… Je commence par quoi ? Par mon départ du Monastère spirituel, tiens. C’était le cent seizième jour de la treizième année du règne du roi Loka. C’était le lendemain de mon affrontement avec Mercurus. Mercurus ! Je l’avais complètement oublié, celui-là ! J’ai tellement été occupé, ces temps-ci, avec l’entraînement, puis les épreuves… Voyons ! Je m’égare encore. Sois cohérent, Sokar. Raconte un jour après l’autre.

    Donc, le lendemain de ma bataille contre Mercurus, je me suis réveillé seul dans mon lit. Pourtant, la veille, je m’y étais allongé avec Maya. Quand je me suis levé et que j’ai allumé une chandelle pour me faire un peu de lumière, j’ai trouvé une note de sa part. Elle avait écrit à la hâte que sa maîtresse Aurora était arrivée tôt au Monastère spirituel pour venir la chercher afin de la ramener au Monastère volcanique, car elle savait sa formation achevée. Heureusement, Aurora n’était pas descendue dans les dortoirs, elle avait plutôt attendu Maya dans la salle de prière. Elle aurait piqué une telle colère, si elle avait vu son apprentie allongée dans mon lit et blottie dans mes bras ! Je me l’imagine très bien. Nous nous serions fait passer un de ces savons… Heureusement, ça ne s’est pas produit. Aurora a communiqué avec Maya par télépathie pour la réveiller, et pour l’avertir qu’elles avaient une mission à terminer à Narcitta. Maya s’est donc levée, elle a pris le temps de m’écrire cette note, elle a filé dans sa chambre pour y ramasser ses affaires, et elle est montée rejoindre sa maîtresse. Je ne connais pas la suite. Quand je m’étais enfin couché à ses côtés, la veille, Maya dormait déjà. Elle était sérieusement épuisée, mais j’imagine que c’est tout à fait normal, quand on revient du royaume des morts. J’ai vraiment passé à un cheveu de la perdre. Je dois tout faire pour que ça ne se reproduise plus jamais.

    Bon, où en étais-je ? Ah, oui. Donc, je me suis levé seul et j’ai décidé de partir aussi. Plus rien ne me retenait, de toute façon. J’ai ramassé mes affaires et je suis monté dans les cuisines pour y prendre mon repas. Ensuite, j’ai laissé une brève note à maître Kobalt pour lui expliquer la situation et je suis allé préparer mon cheval. J’ai galopé jusqu’au Monastère volcanique, où Gwen m’attendait. La veille, Kobalt avait avisé le Grand Maître du Monastère volcanique que notre formation était terminée, et celui-ci avait passé le message à nos mentors respectifs. Gwen s’attendait donc à un retour de ma part. Et elle était prête ! Elle avait déjà prévu une série de questions afin de réviser la plupart des notions théoriques que les moines doivent savoir, ainsi que de nombreux exercices pour assurer ma bonne maîtrise des disciplines de l’Ordre. Chaque soir après le repas, je me dépêchais d’avaler ma potion régénératrice de Dohm, car je tombais de fatigue et je ne désirais qu’une seule chose : dormir. L’objectif de Gwen n’était pas de m’épuiser, mais plutôt de me préparer pour les épreuves finales, les tests que le Grand Maître fait subir aux apprentis afin de déterminer s’ils sont dignes de devenir des moines à part entière.

    Le Grand Maître a commencé par Maya il y a trois jours, et une journée complète n’a pas suffi. Le lendemain, il a continué à lui faire subir les épreuves réglementaires, et ce n’est qu’au coucher du soleil que nous avons vu la fumée verte émerger de la cheminée du monastère. C’était là le signal qu’un apprenti venait de terminer la dernière épreuve, et qu’il avait réussi tous les tests. Cette fumée verte indique que l’Ordre possède dorénavant un apprenti de moins, et qu’il vient de s’enrichir d’un moine de plus. Comme cet événement est de plus en plus rarissime, c’est également le signal qu’il y aura bientôt une fête au monastère. Évidemment, le Grand Maître attendait la fin de mes épreuves avant d’annoncer officiellement la tenue de l’événement. Il voulait savoir si un seul moine allait être nommé, ou plutôt deux.

    Moi, je sais qu’il y en aura deux. Je suis confiant. La journée d’hier, ma première journée d’épreuves, s’est très bien déroulée. J’ai donné la réponse exacte à toutes les questions dans tous les domaines, et j’ai relevé tous les défis qui nécessitaient l’utilisation de disciplines. Les exercices préparatoires que Gwen m’a fait subir étaient beaucoup plus ardus que les épreuves du Grand Maître. Parfois, je me demande si elle n’est pas un peu sadique, sur les bords…

    À mon regret, j’ai été obligé de me séparer du parchemin que maître Kobalt m’avait remis la veille de mon départ du Monastère spirituel. Ce bout de papier avait une grande valeur sentimentale à mes yeux, car il représentait la fin d’une étape importante de ma vie et de ma formation d’apprenti. Quand le Grand Maître m’a demandé de lui remettre le parchemin avant le début des épreuves, j’avais la gorge serrée par l’émotion. Je lui ai demandé pour quelle raison il le voulait, et il m’a répondu que c’était simplement pour les registres officiels de l’Ordre. J’ai hésité avant de le lui remettre, mais j’ai finalement décidé d’obtempérer. Je me suis dit qu’il risquerait peut-être de refuser de me faire subir les épreuves, si je ne m’en séparais pas.

    Hier, pendant le repas du soir, j’ai fait le décompte et j’ai découvert que le Grand Maître m’avait testé sur toutes les disciplines, sauf la discipline de Prémonition. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de l’invoquer avant d’aller au lit. Et mon intuition m’a bien guidé. J’ai hâte de voir de quoi il en retourne, avec cette histoire de potion.

    Sokar venait de terminer depuis peu d’écrire dans son journal lorsqu’il reçut l’appel télépathique du dirigeant du monastère, le convoquant dans son bureau pour l’épreuve finale. Le cœur de l’apprenti fit un bond dans sa poitrine. Le moment tant attendu était enfin arrivé. Il prit une profonde inspiration et il sortit aussitôt de sa chambre pour aller rejoindre le Grand Maître. Il vit alors que la porte du bureau était ouverte. Sokar entra, puis referma la porte derrière lui.

    — Bonjour, mon garçon. Comment te sens-tu, aujourd’hui ? demanda le Grand Maître d’une voix calme tout en affichant un sourire paternel.

    — Je vais bien, merci.

    — Es-tu un peu nerveux ?

    — Pas vraiment. En fait, je suis plutôt fébrile. J’ai le sentiment d’avoir atteint un jalon important de mon parcours au sein de l’Ordre. Il n’y a pas si longtemps, j’étais convaincu qu’il me faudrait attendre encore des lunes avant de vivre cet événement. Et maintenant que ce moment est arrivé, j’ai l’impression d’avoir été nommé apprenti depuis peu.

    Le débit de Sokar était rapide, et ses paumes étaient moites. De toute évidence, il était plus nerveux qu’il ne l’aurait cru. Il essuya subtilement ses mains sur son pantalon et il s’efforça de se calmer.

    — En effet, ton parcours au sein de l’Ordre est assez singulier. Tu es l’un des seuls apprentis à atteindre cette étape aussi rapidement. Tu es également l’un des seuls à avoir reçu le plus de réprimandes.

    — Parce que vous gardez le décompte ? s’inquiéta Sokar en réagissant plus vivement qu’il aurait voulu.

    — Ne te mets pas dans tous tes états. Nous suivons de près le parcours de tous nos apprentis.

    — Et qu’avez-vous noté à mon sujet ? demanda Sokar, visiblement nerveux et inquiet.

    Le Grand Maître était-il au courant de sa relation avec Maya ? Savait-il à propos de Sinistre, qu’il avait laissée sous son lit depuis son retour au Monastère volcanique ? Avait-il su à propos de la discipline du Passe-muraille ? L’apprenti parvenait difficilement à contenir son malaise.

    — J’en sais suffisamment, répondit le Grand Maître, pour prédire quel genre de moine tu feras. En fait, je sais que tu ne seras pas moine très longtemps. Tu aspires à devenir maître, c’est évident. Et tu en as le potentiel, mon jeune ami. J’en ai eu une nette démonstration lors des épreuves d’hier.

    La nervosité de l’apprenti diminua subitement d’un cran. Il devina que le Grand Maître n’était pas nécessairement au courant de tous les faits et gestes de ses apprentis, mais plutôt du potentiel de chacun en fonction de la vigueur de leur Dohm.

    — Alors, es-tu prêt pour l’épreuve finale ?

    Sokar acquiesça, et le Grand Maître l’invita à prendre place sur la chaise devant lui. À ce moment, l’apprenti eut une étrange impression de déjà-vu. Le Grand Maître se leva, puis se dirigea vers une petite armoire au fond de la pièce. Puisqu’il tournait le dos à Sokar, celui-ci ne put déterminer ce qu’il y faisait. Le dirigeant revint s’asseoir devant l’apprenti, et il déposa trois bocaux sur la table.

    — Voici ta dernière épreuve. Tu dois boire. Et rester en vie, bien sûr.

    Après ces propos énigmatiques, le Grand Maître croisa les bras et il observa avec intérêt la réaction de son apprenti, tout en conservant un visage impassible. Aussitôt, Sokar se remémora son rêve. Il avait bu un liquide clair et il s’était écroulé de douleur sur le sol. Il ne voulait absolument pas répéter cette expérience dans le monde réel.

    Il prit le premier bocal et en retira le bouchon de liège. Il ne remarqua aucune odeur particulière qui pouvait s’en dégager. Cependant, la potion était translucide. Il comprit instantanément que ce premier bocal contenait la potion empoisonnée, comme dans son rêve. Il invoqua la discipline du Pouvoir de la terre afin de l’analyser. Son Dohm ne lui révéla rien d’utile. Si c’était une substance toxique que le bocal contenait, elle n’avait pas été fabriquée à partir de champignons comme la plupart des poisons. Même si le liquide semblait inoffensif et qu’il n’avait rien trouvé de louche à l’aide de ses pouvoirs, Sokar décida de ne pas goûter à cette potion-là. Il préférait se fier à son rêve prémonitoire. Il reposa le bocal sur la table, puis leva le regard vers le Grand Maître. Celui-ci n’avait pas bronché et il affichait toujours cet air impassible.

    Sokar ôta le bouchon du deuxième bocal. Aussitôt, une odeur familière lui chatouilla les narines. L’effluve était subtil, mais Sokar l’avait senti assez souvent pour le déceler facilement. La couleur rougeâtre du liquide lui donna un indice supplémentaire, toutefois ce fut son Dohm qui confirma son hypothèse. La potion était saturée de golgomote, ce champignon soporifique largement employé par les herboristes et différents alchimistes du royaume. Sokar reposa également ce bocal sans y tremper ses lèvres. Il ne vit toujours aucune réaction de la part du Grand Maître.

    Il s’attaqua finalement au dernier bocal. Le liquide qu’il contenait était brunâtre et il n’avait aucune odeur distincte. Comme la discipline du Pouvoir de la terre ne lui révéla rien d’utile, il invoqua plutôt la discipline du Pouvoir de l’eau. Cette fois-ci, ses pouvoirs lui permirent de découvrir que le liquide contenait une énorme quantité de cuivre et de soufre. Les minéraux étaient dilués dans la potion, et la quantité était assez importante pour rendre malade quiconque la boirait. Perplexe, Sokar déposa le bocal.

    Il était vraiment indécis. Avant d’analyser la potion du troisième bocal, il était convaincu qu’il choisirait celle-là puisque les deux premières étaient empoisonnées. Mais son analyse lui avait révélé que la dernière potion n’était pas plus potable que les deux premières.

    — Je suis obligé de boire l’une de ces potions ? demanda-t-il au Grand Maître tout en connaissant déjà la réponse.

    Le Grand Maître demeura stoïque, à la surprise de l’apprenti. Ce dernier s’était plutôt attendu à obtenir une réaction identique à celle dans son rêve. Sokar commença à douter de lui. Avait-il vraiment fait un rêve prémonitoire ? Peut-être que la première potion était celle qu’il devait choisir, après tout ? Il arrivait difficilement à croire que ce pouvait être aussi facile. Il y avait sans doute un piège.

    Il se remémora alors son rêve, pour le comparer à ce qu’il était en train de vivre. Certains éléments étaient semblables, d’autres étaient carrément différents. Tout au fond de lui, il savait que son rêve était prémonitoire. Il décida donc de se fier à son instinct ; il ignora le premier bocal au contenu translucide.

    Il reporta ensuite son attention aux deux autres bocaux et il les analysa rigoureusement avec son Dohm. Devait-il réchauffer la potion de golgomote avec la discipline du Pouvoir du feu ? Il en déduisit que non puisque seule l’eau de la potion s’évaporerait, ce qui rendrait le mélange encore plus concentré qu’il ne l’était déjà. Et il se produirait la même chose avec la potion brunâtre.

    Cette dernière épreuve était une vraie énigme ! L’anxiété de l’apprenti monta d’un cran. Il n’allait tout de même pas échouer si près du but ! Le Grand Maître allait-il vraiment refuser de le nommer moine même s’il ne ratait qu’une seule petite épreuve ? S’il fallait qu’il échoue à ce dernier test, Maya le tournerait en ridicule, Sokar en était convaincu. Au monastère, tous les apprentis le pointeraient du doigt en clamant : « Regardez ! C’est Sokar. C’est l’apprenti qui n’est pas foutu de réussir l’épreuve finale et qui va rester apprenti toute sa vie. »

    Sokar chassa promptement ces pensées défaitistes et ridicules, et tenta de reprendre contact avec la réalité dans un soupir de frustration. S’apitoyer sur son sort ne l’aiderait en rien. Il essayait de se concentrer, mais ses idées n’arrêtaient pas de se mélanger dans son esprit.

    « Mélanger…, pensa-t-il soudainement. Mais oui ! C’est ça, la solution. Le Grand Maître a dit que je devais boire, cependant il n’a pas spécifié que je devais me restreindre à un seul bocal. »

    L’apprenti fouilla dans sa mémoire, à la recherche de certaines propriétés du golgomote. Il avait un vague souvenir à propos d’une substance qui réduisait les effets toxiques de ce champignon. En posant son regard sur le troisième bocal, il se souvint que certains métaux tels que le cuivre et le soufre agissaient comme un antifongique sur le golgomote, annulant ainsi ses propriétés soporifiques. Sokar s’empara donc du bocal avec la potion brune, et il en versa quelques gouttes dans le liquide rouge qui contenait le golgomote. Il surveilla la réaction du Grand Maître, pour voir si celui-ci allait refuser sa manœuvre, toutefois le dirigeant demeurait immobile. Sokar remit le bouchon, puis brassa le mélange pour en lier les deux composantes. Au bout de quelques minutes, il retira le bouchon et il analysa la potion avec ses pouvoirs. La boisson était devenue inoffensive. L’apprenti jeta un dernier coup d’œil au Grand Maître avant de boire la potion. Toujours aucune réaction. Il se lança donc. Il prit une grosse gorgée… et il dut se faire violence pour ne pas recracher le tout au visage du dirigeant. La potion était infecte ! Il avait été confiant à propos de la toxicité du mélange, mais jamais il n’aurait pensé qu’elle aurait si mauvais goût. Il avala sa gorgée et il en eut les larmes aux yeux. Une vilaine nausée l’envahit. Il s’empressa d’invoquer la discipline de Guérison afin d’atténuer ses symptômes. En un instant, il commença à se sentir mieux et les battements de son cœur reprirent un rythme normal. Au même moment, l’expression du Grand Maître changea. Son visage affichait alors une fierté non feinte.

    — Bravo, mon garçon ! Tu as réussi la dernière épreuve ! s’exclama-t-il.

    Il fallut un bref instant pour que les paroles du Grand Maître fassent leur chemin jusqu’au cerveau de Sokar. C’était terminé ? Il avait vraiment réussi ? Une explosion de joie l’envahit. Le moment tant attendu était enfin arrivé. Ses jours d’apprenti étaient dorénavant comptés. Il ne lui restait qu’à attendre la cérémonie officielle, ce qui n’était qu’une formalité. Sokar avait un air radieux et il ne faisait aucun effort pour le cacher.

    — Prends le premier bocal et suis-moi, enchaîna le dirigeant.

    Le Grand Maître se leva et il marcha vers la sortie. Sokar obéit, intrigué. Il jubilait trop pour essayer de comprendre quelles étaient ses intentions. Ils descendirent ensemble jusqu’à la salle commune et se dirigèrent vers le foyer.

    — Verse la potion sur les tisons, ordonna le Grand Maître.

    Sokar s’exécuta. Il aperçut alors une étrange fumée verte se former dans l’âtre. La fumée chuinta et prit du volume, puis elle se propagea en remontant le long de la cheminée. Sokar comprit alors que la potion empoisonnée, qui aurait pu causer sa mort, servait en fait à indiquer qu’il avait réussi toutes les épreuves. Quelle ironie !

    — Mes frères et sœurs de l’Ordre, appela le Grand Maître par télépathie, demain nous célébrerons la nomination de deux nouveaux moines. Ce sera jour de fête !

    Les quelques moines et apprentis présents à l’intérieur se précipitèrent sur Sokar pour le féliciter, et aussi pour lui serrer la main ou lui donner une claque amicale dans le dos. Ils semblaient tous ravis d’apprendre cette nouvelle. Au début, Sokar était figé de surprise, mais quand il vit que leur joie était sincère, il se secoua et les remercia tous. Il avait souvent cru qu’il était le petit mouton noir de l’Ordre, que les autres le fuyaient comme la peste. Sokar commençait à se rendre compte qu’il avait mal jugé les résidents du monastère. La plupart étaient compatissants et empathiques.

    Quand le calme revint dans la pièce, le Grand Maître s’adressa à Sokar.

    — La cérémonie qui fera de Maya et toi officiellement des moines se déroulera demain après le souper. Tâche de rester en vie d’ici là, conclut-il en lui faisant un clin d’œil sympathique.

    — Ô, grand Orrotaresh, Seigneur tout-puissant, révèle-moi où se cache ton fils, afin que s’accomplisse la prophétie divine qui glorifiera ton peuple.

    Mercurus était concentré sur l’œil-qui-voit-tout, qui avait remplacé sa boule de cristal habituelle sur le socle en pierre recouvert d’un coussin cousu de fil d’or. Depuis son retour sur Arkahz, le sorcier avait passé la majorité de son temps à refaire ses forces, tant physiques que magiques. Contre toute attente, son aventure sur Kadjyll avait mis sa sorcellerie à rude épreuve, bien au-delà de ce à quoi il s’était attendu. Son arrogance le faisait souvent sous-estimer les capacités de ce peuple qu’il jugeait plus primitif que la grande nation arkahzienne. De plus, il n’avait pas imaginé un seul instant qu’il tomberait nez à nez avec un moine alors qu’il s’emparait de l’artefact sacré d’Arkahz, et encore moins sur l’apprenti de Mendoza. D’ailleurs, le maître était toujours retenu prisonnier dans la geôle à quelques pieds de lui.

    Le sorcier scrutait la surface du globe magique, en fronçant les sourcils, dans l’espoir d’y apercevoir des images ou d’y ressentir des vibrations. Cependant, l’artefact refusait de coopérer pour le moment. Pourtant, lorsqu’il s’en était emparé au sous-sol du monastère, il avait réussi à s’en servir aisément. Bien sûr, les requêtes qu’il avait adressées à l’objet magique avaient été simples, et les « réponses » de la boule de cristal l’avaient été tout autant. Obtenir les pensées d’un interlocuteur était une tâche simple pour l’œil-qui-voit-tout, de même que révéler les prochaines actions d’un adversaire. Depuis le début de cette journée, Mercurus avait utilisé ses pouvoirs pour stimuler la boule de cristal afin qu’elle révèle l’information que son roi Guérak et lui voulaient obtenir à tout prix, c’est-à-dire l’endroit où se cache le fils d’Orrotaresh.

    Le sorcier savait fort bien que ce n’était pas ses pouvoirs qui lui faisaient défaut. C’était réellement la boule de cristal qui refusait obstinément de révéler l’information, comme si elle avait sa propre conscience. Mercurus commençait sérieusement à perdre patience. Il ne comprenait pas pourquoi il était devenu si difficile d’utiliser l’objet magique. Pourtant, Orrotaresh avait bien spécifié que Mercurus devait retrouver cet artefact arkahzien afin qu’il leur révèle où son fils était caché. Le sorcier avait-il mal compris les instructions de son dieu ? Ou bien était-ce là un nouveau défi envoyé par le Seigneur des ténèbres afin de tester la foi de ses sujets ?

    Mercurus se concentra avec plus d’intensité afin de projeter son énergie magique directement sur le globe. Aussitôt, une forme à travers la surface lisse et translucide apparut. Ça ressemblait à un minuscule nuage blanc qui se formait au centre de la boule de cristal. Le nuage vibrait et grossissait lentement, cherchant à prendre de l’expansion dans cet espace restreint, puis il se transforma en une étrange fumée grisâtre opaque qui occupait le moindre interstice disponible. C’était comme s’il y avait un feu minuscule qui brûlait à l’intérieur de la boule de cristal, mais dont on ne discernait que la fumée.

    À ce moment, le sorcier crut voir une image à travers la fumée. La vision était floue. Mercurus déploya alors son énergie magique pour obliger le globe à afficher une meilleure image. La fumée se dissipa peu à peu, et l’image devint assez nette pour pouvoir l’identifier. Mercurus sentit son sang bouillir dans ses veines quand il reconnut la vision que l’œil-qui-voit-tout venait de lui afficher. Il fut envahi d’une immense rage et il dut se retenir pour ne pas projeter la boule de cristal contre le mur. Il poussa un hurlement de colère afin d’évacuer sa frustration, puis il sortit en trombe de son laboratoire pour se diriger directement vers les cachots.

    — Qu’avez-vous fait à l’œil-qui-voit-tout ? demanda-t-il à Mendoza en criant, alors qu’il arrivait devant sa cellule.

    Le maître Ahkena, qui était allongé directement sur le sol, ouvrit seulement un œil. Il était en train de méditer afin de conserver les maigres forces qui lui restaient quand il avait entendu le sorcier. Il avait choisi d’ignorer l’arrivée de son tortionnaire, toutefois la question l’avait assez intrigué pour l’inciter à ouvrir au moins un œil.

    — Hum ? fit le prisonnier d’un air détaché.

    — Toi et ta bande de moines, vous avez corrompu les pouvoirs de l’artefact sacré. Que lui avez-vous fait ? Quelle sorte de magie avez-vous utilisée sur la boule de cristal pour qu’elle refuse de fonctionner correctement ?

    Mercurus était hors de lui, ce qui intriguait le prisonnier autant que cela l’amusait. Mendoza se redressa et il prit le temps de s’asseoir confortablement à même le sol froid de sa cellule, puisqu’il n’avait aucun banc à sa disposition.

    — Tu as des problèmes avec tes jouets, Mercurus ? lança-t-il calmement sur un ton sarcastique. Comme c’est dommage. Toi qui as trimé si dur pour aller le chercher sur Kadjyll.

    — Tu peux te moquer de moi autant que tu le souhaites, je trouverai bien le moyen de te faire cracher la vérité. Tu finiras par me révéler pourquoi l’œil-qui-voit-tout m’affiche une image de ton stupide apprenti, alors que je lui demande de m’indiquer l’emplacement du fils d’Orrotaresh.

    Mendoza fut frappé de stupeur. Les paroles de Mercurus n’avaient aucun sens. Toutefois, le moine ne doutait pas de cette révélation puisque le sorcier était dans tous ses états. Il savait Mercurus machiavélique, mais pas au point de simuler un mauvais fonctionnement de sa boule de cristal et de proférer de tels mensonges.

    Mercurus mit sa main sur un barreau de la cellule et un déclic se fit entendre ; il venait de déverrouiller la grille avec ses pouvoirs. Il ouvrit la porte et rejoignit le prisonnier. Les yeux du sorcier exprimaient toute la haine et la colère qu’il ressentait à cet instant-là. Ses paumes s’illuminèrent et des ondes électriques apparurent, qui se mirent à tourbillonner autour de ses doigts. Mercurus venait d’invoquer un sortilège d’électrisation afin de mettre sa menace à exécution.

    CHAPITRE

    2

    La salle commune du monastère se remplissait rapidement. L’ambiance était festive et tous étaient impatients de voir la cérémonie commencer. Le Grand Maître était assis à sa place habituelle. Sokar s’était installé à la droite du dirigeant avec Gwendollyn, tandis que Maya et Aurora avaient pris place de l’autre côté. Les deux apprentis étaient assis complètement à l’opposé l’un de l’autre. Avec ces trois personnes entre eux, Sokar devait constamment se pencher vers l’avant ou vers l’arrière pour jeter un coup d’œil vers son amie. Il constata que celle-ci paraissait aussi fébrile que lui.

    Gwen, quant à elle, avait le nez constamment dans sa coupe de vin. Elle papotait parfois avec Sokar, et visiblement elle ressentait une immense fierté. Toutefois, Sokar sentait que quelque chose troublait sa maîtresse. Elle faisait semblant que tout allait bien, mais Sokar avait senti son malaise à l’aide de la discipline d’Empathie. Quand il entendit Aurora prendre la parole, et qu’il vit Gwen rouler des yeux et pousser un soupir d’exaspération, il comprit que c’était simplement la proximité d’Aurora qui mettait Gwen dans cet état. De toute évidence, les choses ne s’étaient pas arrangées entre les deux maîtresses, mais heureusement elles étaient séparées par le Grand Maître. Il n’aurait pas fallu qu’une autre de leur altercation vienne gâcher ce moment festif. Le Grand Maître se leva enfin, et aussitôt le silence s’imposa dans la pièce.

    — Mes frères et sœurs, vous savez déjà ce qui nous réunit ce soir, commença-t-il. La fin de la période d’apprentissage est un événement marquant, autant pour l’Ordre que pour l’apprenti. Pour ma part, je m’en souviens comme si c’était hier. Le titre de moine en est un qui se mérite. L’apprenti qui réussit les épreuves finales ne prouve pas seulement qu’il maîtrise bien son Dohm, mais également qu’il est capable de poursuivre seul sa formation. Il sait appliquer, dans son quotidien, les préceptes légués par Ahkena.

    À cet instant, Sokar cessa d’écouter le Grand Maître puisqu’il savait que le discours serait long et ennuyeux. Son imagination s’emballa malgré lui et ses pensées l’amenèrent aux quatre coins du royaume. Il repensa aux journaux intimes d’Ahkena qu’il avait trouvés à la bibliothèque secrète du Monastère spirituel, puis aux pièces du labyrinthe qu’il avait explorées avec Maya. Il eut également une pensée pour la princesse, puisqu’il n’avait pas encore répondu à sa lettre. Il avait déjà trop retardé à lui écrire, et s’il ne le faisait pas bientôt, celle-ci risquait de lui en tenir rigueur. Il se souvint alors des paroles de Gwen, qui lui avait conseillé de tisser de bonnes relations avec des personnages influents, parce que cela risquait de lui servir un jour. Gwen faisait alors référence à l’Ordre des moines-guerriers, mais Sokar n’avait pu s’empêcher de penser plutôt à Gaëlle.

    Il fut tiré de ses rêveries par Gwen, qui se levait d’un pas chancelant. La soirée ne faisait que commencer, mais elle semblait déjà ivre. Sokar jeta un coup d’œil vers Maya, et il poussa un soupir de soulagement quand il vit qu’elle demeurait assise et qu’Aurora se levait tout comme Gwen. Pendant un bref instant, il avait cru ne pas avoir entendu un ordre donné aux apprentis par le Grand Maître.

    — Maya, dit Aurora d’un ton solennel, lève-toi.

    L’apprentie se mit debout.

    — À partir de maintenant, continua-t-elle, tu n’es plus une apprentie. Tu es une moniale. Tu es mon égale, tu es ma sœur. Retire ta cape d’apprentie.

    Maya s’exécuta, puis elle remit sa cape brune à Aurora. Maya rayonnait, son visage exprimait alors toute la fierté et le bonheur qu’elle ressentait à ce moment. Un moine apporta une cape verte à Aurora, qui la passa sur les épaules de celle qui avait été son apprentie.

    — Que cette cape t’enveloppe de la protection divine d’Ahkena-Suprême, enchaîna la maîtresse.

    Un autre moine apporta une épée dans son fourreau. Aurora la prit et la présenta à l’horizontale à Maya.

    — Maya, prends maintenant cette épée. Puisses-tu ne jamais devoir t’en servir.

    L’Ordre privilégiait habituellement une approche pacifique aux conflits. En revanche, si un moine devait défendre sa vie ou celle d’un habitant du royaume, il se devait d’être bien armé. Maya s’empara de l’arme et l’attacha à sa ceinture.

    — Maya, dit le Grand Maître, tu es devenue officiellement moniale. Mes félicitations !

    Tous les occupants de la salle se mirent à applaudir, et les joues de Maya devinrent légèrement écarlates, ce qui se remarqua à peine étant donné la teinte particulière de sa chevelure. Aurora versa une petite larme de bonheur, qu’elle essuya aussitôt. Gwen pouffa en silence pour se moquer d’elle. Personne ne sembla le remarquer, sauf Sokar. Aurora ne put s’empêcher de serrer Maya dans ses bras, tellement elle était fière d’elle. Quand les applaudissements cessèrent, le Grand Maître se tourna vers Gwen. Elle comprit alors que c’était à son tour.

    — Sokar, dit Gwen d’un ton moins solennel qu’Aurora, mais tout aussi sérieux, lève-toi.

    L’apprenti se leva rapidement puisqu’il était prêt.

    — À partir de maintenant, tu n’es plus un apprenti. Tu es un moine. Tu es mon égal, tu es mon frère. Retire ta cape d’apprenti.

    Sokar s’exécuta, pendant qu’un moine apportait à Gwen une cape verte. La maîtresse la passa sur les épaules du garçon.

    — Que cette cape t’enveloppe de la protection divine d’Ahkena-Suprême.

    Un autre moine apporta une épée pour Sokar. Gwen la prit et elle la présenta à Sokar de la même façon qu’Aurora.

    — Sokar, prends maintenant cette épée. Puisses-tu ne jamais devoir t’en servir, termina-t-elle en lui adressant un clin d’œil discret.

    Sokar s’exécuta. Il remarqua que le pommeau était légèrement différent de l’épée de Maya et de celle de Gwen. Il avait craint que toutes les épées soient semblables. Puisque les armes ne se ressemblaient pas, il pourrait facilement faire l’échange avec Sinistre plus tard dans sa chambre.

    — Sokar, dit le Grand Maître, tu es devenu officiellement moine. Mes félicitations !

    Une salve d’applaudissements se fit entendre pour Sokar également. Gwen, qui affichait un large sourire, se mit à cligner rapidement des yeux.

    — Mais voyons ! Vous n’allez pas vous mettre à pleurer et me prendre dans vos bras, ou quelque chose du genre ? demanda Sokar, mal à l’aise et à la fois amusé par la réaction émotive de la maîtresse.

    — Pfff ! Tu te moques de moi, ou quoi ? rétorqua-t-elle en lui assénant un coup de poing amical sur l’épaule. Mais non, je dois avoir une poussière dans l’œil.

    Quand le calme revint, le Grand Maître reprit la parole.

    — Aujourd’hui, c’est le moment pour vous de choisir votre place au sein de l’Ordre. Vous pouvez rester moine et vous trouver une occupation, ainsi que choisir le monastère dans lequel vous vivrez. Ou bien vous pouvez continuer votre formation afin de devenir maître. Vous devez faire votre choix dès maintenant. J’imagine que vous y avez déjà réfléchi.

    — En effet, Grand Maître, répondit aussitôt Maya. Je vise à devenir une maîtresse courageuse, tout comme l’est mon ancienne mentore, Aurora.

    — Très bien. C’est un bon choix. Et toi, Sokar ?

    Pour Sokar aussi, c’était déjà tout réfléchi. Néanmoins, il hésitait à répondre. Il souhaitait toujours se rendre sur Arkahz, pour libérer Mendoza. Il pesait toutefois le pour et le contre de cette mission secrète. Son regard croisa soudainement celui de Maya, qui semblait se demander pourquoi il prenait autant de temps pour répondre.

    — Moi aussi, répondit-il enfin, poussé par une soudaine inspiration. Je veux devenir un puissant maître. Ou plutôt, je veux devenir le meilleur. Meilleur que Gwen, meilleur que Viggen, et… meilleur que Mendoza.

    Un murmure de surprise parcourut la salle, causé par cette étrange réponse. Mais Sokar n’était plus à une controverse près. Toutefois, il ne remarqua pas l’air outré qu’affichait Aurora. La maîtresse avait pris cette réponse comme un affront, comme un défi qu’il lui lançait.

    — Euh… bien, fit le Grand Maître tout en cherchant à se donner une contenance. Je n’en attendais pas moins de votre part à tous les deux. Pendant votre formation pour devenir maîtres, vous serez libres de votre temps. Vous n’aurez plus de mentor. Vous pourrez apprendre à votre rythme et effectuer vos pèlerinages à votre convenance. En revanche, cette liberté comporte une condition : Maya, Sokar, vous devrez tenir informés vos mentors respectifs de vos progrès, et les aviser lorsque vous serez prêts à passer les épreuves pour devenir maîtres. Acceptez-vous cette formalité ?

    Les deux adolescents acquiescèrent.

    — Parfait ! Et pour terminer, j’ai une annonce à vous faire, enchaîna-t-il en s’adressant à toute la salle. Maître Kobalt, que vous connaissez tous pour avoir résidé ici pendant plusieurs années, a été élu au poste de Grand Maître du Monastère spirituel. Malheureusement, il n’est pas avec nous ce soir, mais je suis certain que vous vous joignez à moi pour lui transmettre toutes nos félicitations.

    La foule applaudit avec vigueur. Kobalt était un maître connu et très apprécié au sein de ce monastère. Tous les moines semblaient ravis pour lui. Tous, sauf Aurora, qui était devenue livide en entendant la nouvelle.

    Le Grand Maître donna ensuite le signal pour la suite des célébrations. Quelques laïcs apportèrent des plats et des boissons supplémentaires, puis les convives purent enfin commencer leur repas. La nourriture était la même qui était habituellement servie au souper, mais c’était l’occasion soulignée qui rendait cette soirée si particulière. Sokar avait l’impression de flotter sur un nuage. Enfin, il n’était plus apprenti ! Tous étaient joyeux ; les invités discutaient, riaient, mangeaient avec appétit, et buvaient sans modération. Sokar se laissa même tenter par une coupe de vin, tout comme Maya. Il se laissait rarement tenter par des boissons alcoolisées, sauf lors d’événements spéciaux.

    Après le repas, quelques moines allèrent chercher leur instrument de musique et l’orchestre s’installa près de la cheminée. Même si les tables avaient été débarrassées de leur contenu, la plupart des moines restaient attablés afin de poursuivre leurs discussions, ou jouer aux dés. Quelques moines avaient plutôt choisi de se lever et de s’éloigner des musiciens en formant de petits groupes, afin de ne pas être incommodés par la musique trop forte. Sokar faisait partie d’un de ces attroupements, et il discutait calmement avec des apprentis. Il trouvait étrange de se faire dorénavant vouvoyer par eux, alors qu’ils se tutoyaient encore pas plus tard que la veille. Cependant, Sokar écoutait d’une oreille distraite. Il avait remarqué que le Grand Maître était en pleine conversation avec Aurora, et que celle-ci semblait agitée. Puisque Sokar était assez près d’eux pour entendre ce qu’ils se disaient, il se concentra davantage pour comprendre leurs propos.

    — J’ai cru comprendre que Kobalt avait été nommé par acclamation, dit Aurora, qui paraissait furieuse.

    — En effet, tu es bien informée, confirma le Grand Maître d’un ton agacé.

    — Mais comment est-ce possible ? Vous avez rejeté ma candidature ? Est-ce également le cas de tous les Grands Maîtres ?

    — C’est exact.

    — Pourquoi ? Je croyais que j’avais toutes les compétences requises ? J’ai pourtant suivi à la lettre le protocole de mise en candidature !

    — La raison est plutôt évidente, non ?

    Aurora fut étonnée par cette réponse évasive. Elle se torturait les méninges pour comprendre, puis elle remarqua le regard que le Grand Maître posait sur elle.

    —Parce que je suis une femme ?

    Le Grand Maître acquiesça.

    — Ça alors, c’est vraiment le comble ! Vous n’acceptez pas les femmes dans votre petit club sélectif de machos ? Vous voyez les femmes comme une menace ?

    Aurora était vraiment furieuse, et elle ne mâchait pas ses mots avec le dirigeant. Le Grand Maître, quant à lui, parlait calmement, ce qui rendait la maîtresse encore plus furibonde.

    — Justement. Les femmes, en raison de leur nature trop émotive, ne sont pas aptes à occuper un poste aussi important, qui demande un savoir-faire qui est généralement l’apanage des hommes.

    — Mais il n’y a pas si longtemps, vous avez dit, et je vous cite : « Il est grand temps que l’Ordre sorte un peu du conservatisme dans lequel il se vautre à outrance. » Et pourtant, vous perpétuez cette vieille tradition misogyne.

    — L’Ordre peut se permettre d’être moins rétrograde sur certains règlements. Cependant, nous demeurons fermes quant à l’application de la règle qui stipule que les dirigeants des monastères doivent être de sexe masculin. Bonne soirée !

    Le Grand Maître prit congé d’Aurora sans même s’assurer que la discussion était réellement terminée.

    Celle-ci voyait rouge et elle était sans voix, tellement les propos du dirigeant l’avaient choquée. Elle sortit du monastère à toute vitesse pour éviter de faire une scène devant tout le monde, déjà qu’elle estimait que plusieurs moines devaient avoir entendu une partie de leur échange.

    — Hé ! Le voilà, mon moine préféré, cria soudainement Gwen, avec une élocution pâteuse, qui rejoignit le groupe avec lequel Sokar se tenait.

    Elle prit alors appui sur Sokar en passant un bras au-dessus de ses épaules, comme si elle avait de la difficulté à se tenir debout par ses propres moyens. Gwen avait continué à boire et sa posture titubante prouvait que l’alcool affectait déjà considérablement ses facultés. Mal à l’aise par l’arrivée de la maîtresse, les apprentis décidèrent d’aller rejoindre d’autres confrères.

    — En tout cas, Sokar, tu as vraiment été mon apprenti préféré.

    — C’est peut-être parce que j’ai été le seul.

    — Ouais, peut-être bien. Mais tu sais, même si tu n’es plus mon apprenti, tu peux continuer de m’accompagner dans mes missions, si tu veux. On formait une sacrée bonne équipe, toi et moi.

    Même si Gwen semblait pompette, Sokar savait que sa proposition était honnête. Il l’avait souvent vu sous l’effet de l’alcool, et il savait qu’elle se souviendrait de tout le lendemain. Sokar eut alors une idée folle : s’il demandait à Gwen de l’accompagner sur Arkahz pour libérer Mendoza ? Mais il se souvint aussi qu’il avait déjà eu cette discussion avec son ancienne mentore. Elle avait dit alors que si elle était téméraire, elle n’était pas encore suicidaire. Il abandonna cette idée aussi vite qu’il l’avait eue.

    — Non, je vous remercie pour la proposition, mais une mission ne ferait que me ralentir. Je souhaite devenir maître au plus vite. À partir de maintenant, je veux employer tout mon temps libre à atteindre ce but.

    — Bon… tant pis… Mais si jamais tu changes d’idée, tu me fais signe, hein ?

    — D’accord.

    — Ah ! Je voulais également te demander une petite chose. As-tu encore le cube de Kazimir avec toi ?

    — Euh… oups…

    Sokar prit un air navré et Gwen anticipa aussitôt le pire.

    — Quoi, oups ? Qu’est-ce que ça veut dire, oups ?

    — Je l’ai oublié dans ma chambre, au Monastère spirituel. Je suis désolé, ça m’a sorti de la tête. Mais, croyez-moi, il est bien caché, hein. Personne ne risquera de le trouver. Écoutez, je vous promets d’aller le récupérer dès demain…

    Le débit de Sokar était rapide. Il avait fait une gaffe et il cherchait une façon de se racheter.

    — Non, ça va. Tu n’es pas obligé de te confondre en excuses. En fait, c’est même une excellente cachette. Laisse-le à cet endroit. Le cube ne pourrait pas être caché à une meilleure place.

    Sokar poussa un soupir de soulagement. Comment avait-il pu oublier le cube ? Pourtant, quand il avait fait ses bagages, il n’avait pas oublié de prendre tous les livres qu’il avait rapportés de la bibliothèque secrète. Perdu dans ses pensées, il soupira de nouveau, quand, soudain, il aperçut l’énorme cruche que Gwen transportait, et qu’il soupçonnait être remplie de vin.

    — Dites, vous n’avez pas l’intention de boire tout ça ?

    — Ça ? Oh, non ! répondit-elle. C’est pour Redji. J’ai promis de lui apporter un peu de vin.

    — Seulement un peu ? Cette cruche est énorme. Dans votre état, vous ne serez jamais capable de vous y rendre sans la fracasser sur le sol.

    — Hé ! Reste poli ! Je ne suis pas si amochée que ça. En tout cas, pas encore.

    — Maîtresse Gwen ? J’aimerais m’entretenir avec toi un instant, si tu permets.

    Gwendollyn se retourna en entendant la voix du Grand Maître l’appeler, et elle soupira de contrariété.

    — Bien, Grand Maître, répondit-elle en faisant un énorme sourire forcé.

    Puis, en posant son regard sur Sokar, elle lui demanda :

    — Voudrais-tu me rendre un service ? Veux-tu apporter ça à Redji ?

    Sans même attendre la réponse, Gwen déposa la cruche dans les bras de Sokar. Celui-ci s’en empara aussitôt pour éviter qu’elle ne tombe sur le sol et qu’elle n’éclate en mille morceaux.

    — Merci, mon chou.

    Puis, elle partit rejoindre le dirigeant d’un pas chancelant, laissant Sokar pantois. Le garçon connaissait bien Redji les-mains-rouges, le cyclope qui travaillait à la forge du monastère. Celui-ci était sympathique, mais il avait tendance à s’énerver quand il n’avait pas sa dose habituelle d’alcool. Sokar jugea préférable de rendre ce service à Gwen. Il se rendit vers l’escalier qui menait à l’antre de Redji, s’empara d’une torche, puis entreprit sa descente dans les profondeurs du monastère.

    Rendu à mi-chemin de l’interminable escalier en pierre, il s’arrêta net et il se retourna. Il avait l’étrange impression d’être suivi. La lumière de la torche ne lui permettait pas de voir bien loin vers le haut. Il aurait pu utiliser son Dohm pour s’en assurer, mais pourquoi s’inquiéter ? Il était au monastère, il ne risquait pas de se faire attaquer, n’est-ce pas ? Et puis, il ne faisait rien d’illégal, il n’était plus apprenti. Il était libre de ses actes, même s’il devait respecter encore une série de règlements imposés aux moines par l’Ordre. Il estima qu’il se faisait des idées et poursuivit sa descente.

    Il atteignit la dernière marche sans encombre, puis il s’enfonça dans les tunnels qui menaient à la forge. Puisque Redji quittait rarement sa forge, il était généralement aisé de le retrouver. Par contre, le plus difficile consistait à trouver le chemin le plus rapide pour s’y rendre. Il y avait des dizaines de tunnels, de salles et de galeries qui s’enchevêtraient, et Sokar prenait constamment un chemin différent malgré lui avant d’arriver à destination.

    Il s’apprêtait à prendre un embranchement, quand…

    — Bouh !

    Sokar sursauta. Son cœur s’arrêta de battre pendant un instant, puis se remit à battre, mais à un rythme effréné. Il avait presque failli laisser tomber la cruche pour Redji.

    — Maya ! Tu es folle ! Tu m’as donné une de ces frousses !

    L’adolescente riait tellement qu’elle n’arrivait pas à placer un mot. Elle avait même de la difficulté à reprendre son souffle. Sokar venait de comprendre pourquoi il s’était senti épié quand il avait descendu les marches. Maya avait utilisé la discipline du Camouflage pour le suivre, ce qui était la raison pour laquelle il n’avait vu personne. Il aurait dû s’en douter. Quand le cœur de Sokar reprit une vitesse normale, il se mit à rire à son tour. Maya réussit à reprendre ses moyens, et elle essuya ses yeux hilares.

    — Désolée, Sokar. C’était trop tentant. Quand je t’ai vu descendre avec cette cruche, j’ai tout de suite deviné ce que tu allais faire. J’ai sauté sur l’occasion.

    — Tiens, dit-il avec le sourire, tout en lui mettant la cruche dans les bras. Rends-toi donc utile, tant qu’à être ici.

    Maya accepta la cruche, puis ils continuèrent leur chemin ensemble jusqu’à la forge. Parfois, Maya avait les épaules qui sautillaient, comme si elle allait se remettre à s’esclaffer de nouveau, mais elle réussit à se retenir tout au long du parcours. Étrangement, ils demeurèrent silencieux pendant tout le trajet. Pourtant, ils avaient tant de choses à se dire. Sokar ne savait pas par où commencer, et Maya préférait attendre après leur départ de la forge. Ils atteignirent finalement le lieu de travail du cyclope.

    — Ah, enfin, grogna Redji. C’est que j’ai soif, moi !

    — Cesse donc de geindre un peu, le taquina Maya. Tu ne risquais quand même pas de mourir de soif.

    — Salut, Maya. Salut, Sokar. Mes félicitations à tous les deux. On m’a transmis la bonne nouvelle, concernant la fin de votre apprentissage. Vous devez être fiers. Je savais que ce n’était qu’une question de temps avant qu’on vous nomme moine. Vous êtes tous les deux très talentueux.

    — Merci, Redji, répondit Sokar. Gwen voulait t’apporter ça, mais elle a été retenue.

    — Vous allez boire avec moi ? On trinque à votre succès !

    Redji s’empressa d’aller chercher deux gobelets sur une étagère tout près, puis il versa un peu de boisson dans chacun. Sokar se demandait pour quelle raison il n’utilisait que deux gobelets, quand il vit le cyclope boire directement au goulot de la cruche. À son tour, Sokar prit une bonne lampée. Il ressentit alors une immense chaleur qui envahissait sa gorge et qui descendait jusque dans son ventre. Il en eut le souffle momentanément coupé, puis quand il put recommencer à respirer, il eut l’impression de cracher du feu. Il en avait les larmes aux yeux.

    — Pouah ! Ce n’est pas du vin, ça ! Mais qu’est-ce que c’est ?

    Maya, plus prudente, avait simplement trempé ses lèvres quand elle avait senti la forte odeur d’alcool. Malgré la faible quantité de boisson qu’elle avait laissée couler dans sa bouche, elle ressentit aussi la chaleur qu’elle produisait.

    — C’est juste de l’eau-de-vie, répondit calmement le cyclope après avoir aussi avalé une grosse gorgée.

    — Tu veux rire ? dit Sokar en cherchant encore son air. C’est un vrai tord-boyaux ! Je n’ai jamais rien bu d’aussi fort.

    — Mouais, je sais, mais je trouve que le vin est trop fade. À mon âge, il me faut quelque chose d’un peu plus corsé.

    — Corsé n’est pas le qualificatif que j’aurais employé pour cette boisson, ajouta Maya. Moi, j’aurais plutôt dit antiseptique.

    — Tu n’as pas tort, dit Redji. Je sais que le moine-guérisseur l’utilise parfois pour nettoyer certaines vilaines plaies.

    Maya et Sokar échangèrent un regard de dégoût et, d’un commun accord silencieux, ils déposèrent leur gobelet.

    — Je… crois qu’on devrait y aller, n’est-ce pas, Sokar ? Après tout, la fête qui se déroule là-haut est en notre honneur, non ?

    — Oui ! Tout à fait ! Désolé, Redji, on doit aller rejoindre les autres.

    — Bah, pas de soucis. Allez-y. Comme ça, il va en rester plus pour moi, précisa-t-il avec le sourire en levant la cruche. Vous repassez me voir quand vous voulez.

    Les deux moines firent demi-tour et ils s’engouffrèrent dans les tunnels pour rejoindre l’accès qui les mènerait à l’étage supérieur. Instinctivement, ils avançaient tous deux d’un pas lent, cherchant à prolonger ce moment. Ils se savaient enfin seuls, loin des oreilles indiscrètes et des regards curieux.

    — Alors ? dit enfin Maya pour briser la glace. As-tu trouvé difficile la dernière épreuve du Grand Maître ?

    — Non, pas vraiment. Juste un peu. Mais je suis content d’avoir pensé à

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