Profitez de millions de livres numériques, de livres audio, de magazines et plus encore avec un essai gratuit

Seulement $11.99/mois après l'essai. Annulez à tout moment.

Un roman dont vous êtes la victime - L'Océan a le goût du sang
Un roman dont vous êtes la victime - L'Océan a le goût du sang
Un roman dont vous êtes la victime - L'Océan a le goût du sang
Livre électronique244 pages3 heures

Un roman dont vous êtes la victime - L'Océan a le goût du sang

Évaluation : 0 sur 5 étoiles

()

À propos de ce livre électronique

Vous comprendrez bien vite qu’il y a parfois des conséquences pires que la mort.

C’est pour quitter le quotidien monotone que Louis met le pied sur le Rimbaldien, ce voilier de soixante pieds, en direction des Caraïbes.

Les huit membres de l’équipage n’ont toutefois pas le temps d’apprivoiser les rudiments de la navigation qu’une catastrophe se produit.

Ce n’est alors plus qu’une question temps: le navire sombrera dans les eaux noires, glacées et brumeuses du Golfe.

Alors qu’ils luttent pour leur vie, les naufragés sont loin de se douter que tout près, quelqu’un attendait patiemment ce moment depuis des années…
LangueFrançais
Date de sortie19 mars 2021
ISBN9782898190537
Un roman dont vous êtes la victime - L'Océan a le goût du sang
Lire l'aperçu

Lié à Un roman dont vous êtes la victime - L'Océan a le goût du sang

Livres associé

Articles associés

Catégories liées

Avis sur Un roman dont vous êtes la victime - L'Océan a le goût du sang

Évaluation : 0 sur 5 étoiles
0 évaluation

0 notation0 avis

Qu'avez-vous pensé ?

Appuyer pour évaluer

    Aperçu du livre

    Un roman dont vous êtes la victime - L'Océan a le goût du sang - LP Sicard

    C843/.6—dc23

    Chapitre 1

    Partir au loin.

    Effacer l’horizon, pour n’en laisser plus que des couleurs pastel qui s’entremêlent. N’avoir aucun gratte-ciel, aucune cheminée, aucune tour — que l’azur infini.

    Et la mer.

    C’était un rêve d’enfance ; c’est maintenant un projet. Une réalité. Un voyage qui débute à cet instant même. Un périple d’une durée de plus de trois mois à bord d’un impressionnant voilier de soixante pieds. Notre bateau s’appelle le Rimbaldien — apparemment, ne pas baptiser une embarcation est depuis toujours gage de malchance en mer. Nous sommes censés partir dans moins d’une heure. Sur le pont de notre embarcation, le capitaine s’active ici et là, effectue ses ultimes préparatifs et vérifications. Nous rejoindrons le golfe du Saint-Laurent, qui nous mènera vers la mer, puis finalement jusqu’aux Caraïbes, où je compte rester quelque temps à Saint-Martin.

    De retour de la marina, je demeure immobile sur le quai en savourant ces derniers instants de terre ferme sous mes pieds ; bientôt, le roulis et le tangage perpétuels remplaceront cette fixité du sol.

    J’inspire à pleins poumons l’air embaumé des docks, empreint d’algue, de vase, de goudron et de diesel. Des amarres grincent, des défenses couinent, des cordages claquent contre leur mât sous les brises du fleuve…

    Quand j’ai annoncé à mes parents que je quittais pour un tel voyage, sans plan de retour, ils ne m’ont bien sûr pas cru. À vingt-neuf ans, j’occupais un poste me permettant de gagner un salaire bien au-delà de la moyenne, avec de surcroît maintes possibilités de gravir les échelons. Or plus je comptabilisais de factures, plus le rêve semblait s’éloigner. Il est de ces images indistinctes qui me suivent depuis l’enfance, de ces parfums inconnus, de ces panoramas envoûtants, de ces projets indéfinis… Je me suis rendu compte, un matin identique à tous les autres en me rendant au travail, que tous, nous attendons trop souvent un changement de cap sans oser mettre nos deux mains sur le gouvernail ; nous nous projetons sans hésiter à travers le monde en pensées, sans pourtant daigner nous procurer un billet d’avion ou de train.

    Le bonheur n’existe que lorsqu’on ose le provoquer.

    S’il se cache derrière une porte close, il n’en a guère la clé ; nous seuls la possédons. Encore faut-il nous hasarder à chercher la serrure.

    C’est pourquoi je pars aujourd’hui.

    Sans avoir une seule fois mis le pied sur un bateau, hormis peut-être un certain traversier, sans la moindre expérience en navigation, sans une seule hésitation, et surtout sans me retourner, je pars.

    Je n’ai pas eu la chance de faire amplement connaissance avec les sept autres membres de l’équipage avec lesquels je partagerai le voilier pour les mois à venir. Hier, à mon arrivée, il faisait déjà nuit, le mois de septembre ayant eu raison des clartés tardives, et c’est tout juste si le capitaine, Derrick, m’a indiqué la petite cabine où déposer mes affaires et rester jusqu’à l’aube. Ma cabine est située vers l’avant du navire — la proue — et n’est composée que d’un lit simple, d’un espace de rangement et d’une étroite salle de bains — si elle peut ainsi être appelée ; il y a tout juste assez d’espace pour s’y glisser de côté.

    Je suis tiré de mes réflexions lorsque des employés de la marina approchent notre navire afin de veiller à un départ sans accroc.

    — Prêt à partir ?

    Je tourne subitement la tête. À ma droite, un homme dans la trentaine a les yeux fixés sur le haut mât de l’embarcation.

    — Tu es de l’équipage ? deviné-je.

    — Ouais, confirme-t-il en allumant une cigarette.

    Il tire quelques bouffées, puis me tend la main.

    — Sylvain, se présente-t-il.

    — Louis, dis-je en lui serrant la pince.

    — C’est ma toute dernière, indique-t-il en considérant son rouleau de tabac. C’est illégal, à bord.

    Ne sachant que répondre, je me contente d’observer à mon tour l’imposante voilure et les innombrables cordages, taquets et manivelles. De ce que j’ai pu comprendre en lisant un peu sur le sujet, chaque objet a son petit nom : il existe un dictionnaire entier uniquement consacré au langage maritime.

    — Il annonce du beau temps aujourd’hui, m’apprend mon compagnon.

    — Bonne nouvelle.

    — Mais crois-moi, en deux mois, on va assurément frapper quelques orages.

    Je hausse les épaules. Contrairement à moi, Sylvain semble avoir un peu d’expérience en navigation. Sur le pont du Rimbaldien, Derrick nous fait signe.

    — Venez, montez ! lance-t-il d’une voix forte pour contrer les cris des mouettes. On va avoir besoin d’un petit coup de main pour l’appareillage !

    Avec une déception évidente, Sylvain écrase son mégot sur les planches du quai. Quant à moi, je franchis la passerelle et gagne le cockpit sans détour. En plus du capitaine, nous sommes cinq en cet endroit à l’arrière du vaisseau, où se trouvent quelques bancs servant aussi d’espace de rangement, une table ajustable, le gouvernail ainsi qu’un dinghy — petite embarcation gonflable munie d’un moteur — solidement attaché à la poupe. J’échange quelques sourires et hochements de tête avec les membres de l’équipage. D’après le bruit provenant du carré — espace commun à l’intérieur du voilier —, je devine les autres étant sur le point de nous rejoindre.

    — Salut !

    Il me faut quelques secondes avant de comprendre que cette apostrophe m’est adressée. En tournant la tête, je remarque la main tendue d’une adolescente, puis son sourire déterminé.

    — Salut, réponds-je, incertain.

    Sa main, aussi replète que fougueuse, serre la mienne et s’agite pour deux bons coups.

    — Je m’appelle Ashley, dit-elle avec un hochement de tête.

    — Tu peux m’appeler Louis.

    Je hasarde mes yeux à droite comme à gauche dans le cockpit, cherchant les parents de cette fille sans les repérer. Partirait-elle donc seule et de son plein gré à l’aventure ? Ses deux tresses, tombant derrière chacune de ses épaules, de même que ce livre qu’elle tient sous l’aisselle, lui donnent un air juvénile qui détonne on ne peut plus avec le reste de l’équipage. Je me décide à lui poser la question qui me taraude.

    — J’ai réussi à obtenir une entente avec mon école, m’explique-t-elle. Vu que j’avais des bonnes notes les années passées, ils m’ont laissée partir même si je vais rater deux mois, tant que je lis de mon côté.

    Elle empoigne ce que je comprends désormais être un manuel scolaire afin de m’en exposer la couverture : Visions, mathématiques de la 3e année du 2e cycle du secondaire. Non loin de nous, les autres passagers montent l’escalier jusqu’au cockpit.

    — Mes parents ont été vraiment plus durs à convaincre que mes profs ! conclut Ashley en roulant des yeux vers l’azur chatoyant.

    — Écartez-vous, juste un peu ! nous avertit le capitaine.

    Avec l’aide de Sylvain, il déplie les deux bords d’une table au centre du cockpit puis nous encourage à nous assoir. Il pose sur la surface de bois une carte, puis se range près de l’écoutille, préférant rester debout. Je jette des coups d’œil vers les autres membres de l’équipage, qu’il me tarde de connaître. Au total, nous sommes huit.

    — Nous sommes sur le point de partir, nous annonce-t-il en guise de préambule. Ce matin, je suis allé remettre à la garde côtière notre itinéraire. Conformément au contrat de voyage que vous avez tous signé, la nourriture à bord est fournie. Il faudra, ceci dit, rationner les portions, et pour ceux qui l’ignorent, sachez que les capitaines ne font jamais à manger !

    Avec son chapeau de Gilligan aux petits anneaux rouillés et ses vieilles lunettes de soleil, notre capitaine n’a l’air de rien, mais à le voir se déplacer sur le voilier et nouer les amarres, j’ai tout de suite su qu’il était un expert.

    — Avant de parler de notre itinéraire… avez-vous tous bien suivi la liste que je vous ai envoyée par courriel ?

    Les nombreux hochements de tête qui suivent offrent un contraste frappant avec la question de l’homme bedonnant, à ma gauche :

    — Une liste ? Quelle liste ? s’étonne-t-il, faisant tressaillir son deuxième menton.

    Force m’est de remarquer la bière à moitié entamée qui repose dans sa main droite. Les autres passagers échangent de fugaces œillades avec le capitaine.

    — Pierre, je parle de la liste de matériel, entre autres, répond Derrick avec découragement. Vêtements chauds, imperméable…

    Le prénommé Pierre, avec son visage ruisselant de crème solaire mal étendue, fait une grimace que je ne sais comment interpréter.

    — Bah ! beugle-t-il d’un son qui semble avoir eu bien de la difficulté à franchir la graisse oppressant son gosier. J’ai le sang chaud !

    Il cherche l’approbation chez sa voisine de banc d’un coup de coude, mais ne réussit à obtenir de la jeune femme à sa gauche qu’un haussement dédaigneux de sourcils. Quant à lui, Derrick effectue un geste désinvolte de la main, comme pour chasser une mouche invisible, puis déroule une vieille carte sur la table avant de reprendre son discours.

    — Comme vous le savez, nous sommes présentement à la marina du Club nautique de Baie-Comeau, dit-il, l’index pointé sur le papier froissé. Dans quelques minutes, nous partirons vers le nord-est en direction de Sept-Îles ; c’est un voyage d’environ 85 milles marins.

    — C’est quoi, un mille marin ? questionne une femme dans la quarantaine, assise à ma droite.

    — C’est l’unité de mesure utilisée en navigation, résume Derrick. Ça correspond environ à 1,85 kilomètre. C’est aussi pourquoi on mesure la vitesse d’un bateau en nœuds : avancer à 1 nœud signifie avancer à 1,85 kilomètre par heure, donc à 1 mille marin par heure.

    Je suis ravi qu’on daigne vulgariser ces concepts fondamentaux ; en étant à mon tout premier voyage, c’est précisément ce genre d’information qu’il me faut apprendre, bien que je n’aie toujours pas le courage de poser moi-même les questions qui me viennent en tête.

    — Il faudra donc une journée de voile pour nous rendre jusqu’à Sept-Îles, où nous passerons la nuit. Ensuite, nous ferons un voyage de deux jours jusqu’au chenal laurentien. Je vous rappelle que nous devons faire un petit détour par Terre-Neuve pour passer prendre le dernier membre de l’équipage à St. Anthony. Ensuite…

    — Ensuite, c’est les Caraïbes ! complète énergiquement Pierre en levant bien haut sa bière, qu’il cale ensuite comme si nous avions tous payé pour le voir en spectacle.

    — Ensuite, c’est les Caraïbes, confirme le capitaine avec un entrain fort moins manifeste. Prions pour que le temps reste aussi beau qu’aujourd’hui ! Je vais avoir besoin de deux matelots pour m’aider avec les voiles quand nous aurons quitté la marina.

    Je lève aussitôt la main, m’étonnant de voir qu’Ashley, cette adolescente motivée, a eu le même réflexe.

    — Parfait, se réjouit Derrick en rangeant sa carte de navigation. Louis et Ashley, vous vous choisirez chacun un winch parmi les deux, juste là, de chaque côté de l’écoutille.

    À en juger par le regard que m’envoie l’adolescente, je comprends qu’elle n’a comme moi aucune idée de ce qu’on attend de nous. Il faudra apprendre sur le tas !

    Les employés de la marina font signe au capitaine.

    — On y va ? demande l’un d’eux.

    — C’est bon ! acquiesce Derrick en se positionnant à la barre, à l’arrière du cockpit.

    Autour de la table, certains se lèvent, d’autres restent assis. Ashley et moi, de notre côté, quittons notre siège pour nous diriger vers l’un des winchs. C’est Sylvain, qui comme je le croyais possède certaines connaissances en navigation, qui nous apprend qu’il s’agit en fait de ces manivelles grâce auxquelles on peut dérouler et tendre les voiles. Sur le quai, les employés dénouent les amarres, libérant doucement le voilier. Le moteur se met alors en marche : nous en percevons le grondement sous nos pieds, et une odeur plus imposante de diesel monte à nos narines. S’il peut paraître étonnant pour un initié de constater la présence d’un moteur dans un voilier, on comprend assez rapidement que celui-ci est essentiel pour quitter la marina ou y entrer facilement : les eaux balisées sont étroites, sans parler des autres navires, avec lesquels il est facile d’entrer en collision.

    C’est ainsi que nous quittons enfin la marina : notre voilier, complètement libre, effectue quelques virages entre les embarcations stationnées puis gagne le fleuve.

    Un sentiment de liberté me saisit tout à coup en observant l’horizon.

    J’ai cette impression, à la fois effrayante et grisante, que ma vie est sur le point de changer à tout jamais.

    Chapitre 2

    – C’est maintenant le temps de hisser la grand-voile ! nous annonce le capitaine. Sylvain, tiens la barre pendant que je m’occupe de la drisse. Contente-toi de maintenir le cap.

    Que Derrick laisse le gouvernail aussi facilement entre les mains d’un autre n’est pas sans me déconcerter ; heureusement, il s’agit de celui qui a un tant soit peu d’expérience parmi les matelots. Du reste, Sylvain ne semble pas agité le moins du monde : assis, le regard fixé vers l’horizon, il se contente de garder les deux mains sur la barre sans bouger. De son côté, le capitaine délaisse le cockpit pour s’approcher du mât. Il libère la toile d’un sac fixé à la bôme — portion métallique et latérale de la voile — puis effectue quelques manœuvres et nœuds que je ne saurais définir.

    — Louis, prends la drisse et fais deux tours en sens horaire avec elle sur le winch ! me crie le capitaine pour être entendu malgré le bourdonnement du vent.

    Il me faut quelques secondes pour comprendre ce qu’on attend de moi. Avec l’aide d’Ashley, avide d’apprentissages différents des mathématiques, je m’exécute.

    — Sylvain, tu peux aller face au vent ! ordonne-t-il cette fois à celui qui l’a remplacé à la barre.

    Le navire s’oriente de telle sorte à avoir la proue alignée directement vers la provenance du vent. La bôme s’oriente dans le même sens.

    — Louis, assure-toi maintenant de prendre le mou de la drisse !

    J’obtempère après que Sylvain m’a pointé du doigt ce dont il s’agit : à mesure que le capitaine tire sur la corde permettant de hisser la voile, un certain lousse s’accumule à ses pieds. On me demande ensuite d’étarquer la grand-voile à l’aide de la manivelle de winch. Ashley se charge enfin de verrouiller la drisse avec le petit bloqueur, qu’elle rabat. Ainsi, la voile demeurera en position. Le capitaine retourne à son poste, tourne le gouvernail d’un tour, puis laisse le vent du large gonfler le textile finement serré.

    C’est le temps d’éteindre le moteur et de se laisser porter par la seule force du vent !

    Les quelques-uns qui étaient dans le carré empruntent l’écoutille pour sortir, alertés par la soudaine vitesse que prend notre voilier. Nous nous retrouvons ainsi tous les huit dans le cockpit, collés les uns aux autres sur ces bancs à l’ombre d’un auvent. Je m’inquiète alors de l’inclinaison que prend notre embarcation : le vent est si puissant ! Son côté tribord — droit — est bien près de l’onde, alors que celui bâbord — gauche — est considérablement surélevé. Je suis contraint de me retenir à une aspérité du banc pour ne point glisser.

    — Est-ce qu’il est possible de chavirer ? s’inquiète Ashley.

    Je la vois ajuster sa veste de sauvetage par-dessus son manteau, offrant un contraste marquant avec Pierre, qui porte la sienne toute détachée.

    — Aucun danger ! nous rassure Derrick. En dessous du voilier, il y a une quille ; c’est une pièce extrêmement lourde, qui fait contrepoids.

    Nous mordons les vagues avec force, faisant tanguer le navire. La proue, tantôt s’élevant, tantôt retombant, claque en s’écrasant sur la surface agitée du fleuve. Une vague nous éclabousse tout à coup de son eau glaciale, nous faisant tous hurler de surprise. L’étonnement fait ensuite place au rire.

    Comme le capitaine n’a aucune tâche pour nous présentement, j’en profite pour faire connaissance avec ces autres membres de l’équipage avec lesquels je n’ai pas eu l’occasion de discuter jusqu’alors.

    — Raphaëlle ! me répond une femme dans la trentaine en m’offrant sa main glacée.

    — Et moi, c’est Tim ! ajoute son mari.

    En discutant un peu avec eux, j’apprends qu’ils vont tous deux passer leur lune de miel dans les Caraïbes, et qu’au lieu d’un simple voyage en avion, ils ont opté pour une traversée en voilier, ce dont ils rêvaient depuis longtemps.

    Je remarque finalement cette dame, silencieuse et dont le regard semble perdu vers les côtes. Si elle n’a visiblement pas l’air tout à fait à son aise sur ce bateau, elle ne se plaint cependant pas le moins du monde.

    — Bonjour…

    Je m’interromps en la voyant sursauter, comme étonnée qu’on lui adresse la parole. Elle secoue la tête, m’offrant un timide sourire.

    — Désolée ! s’excuse-t-elle maladroitement. C’est que… j’ai la tête ailleurs.

    J’ignore si c’est simplement l’effet du vent, mais ses yeux me semblent embués de larmes.

    — Je m’appelle Eugénie, me dit-elle après un moment, l’œil toujours verrouillé aux côtes embrumées. Si je suis ici, ce n’est pas pour réaliser mon rêve, comme vous tous.

    Vous aimez cet aperçu ?
    Page 1 sur 1