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L' AMÉRIQUE LATINE: LABORATOIRE DU POLITIQUE AUTREMENT
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Livre électronique509 pages5 heures

L' AMÉRIQUE LATINE: LABORATOIRE DU POLITIQUE AUTREMENT

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À propos de ce livre électronique

Comment les acteurs de la mobilisation sociale en Amérique latine réagissent-ils au virage à gauche des pouvoirs politiques et à la libéralisation rapide, pour ne pas dire exacerbée, des économies? Leur volonté de refonder le politique sur le continent, et les efforts consentis pour y arriver, sont étudiés dans cet ouvrage qui expose les initiatives d’une panoplie de mouvements (autochtones, paysans, syndicaux, de femmes, des droits de l’homme) dans une douzaine de pays latino-américains. Fruit des travaux d’un groupe interdisciplinaire de spécialistes québécois de l’Amérique latine, l’ouvrage esquisse un portrait complexe et cohérent de cette phase actuelle de transformation sociale, dans un esprit de profond remaniement sur les plans analytique et conceptuel. Une tendance émerge ainsi des analyses empiriques à la fois riches et originales sur lesquelles s’appuient les auteurs : la vision du politique et les rapports à celui-ci se fondent sur une nouvelle articulation entre les espaces publics et les espaces de vie, qui ouvre d’autres voies au déploiement de la citoyenneté.
LangueFrançais
Date de sortie19 nov. 2014
ISBN9782760541368
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    Aperçu du livre

    L' AMÉRIQUE LATINE - Nancy Thede

    1

    La lutte pour l’espace politique

    Les organisations totonaques de la Sierra Norte de Puebla au Mexique (1960-2013)

    Pierre Beaucage et Ignacio Rivadeneyra Pasquel

    Le mouvement continental autochtone de résistance est en train de déterrer ses dieux. Il sort l’utopie de la terre, de la clandestinité où elle avait été reléguée par des siècles d’oppression.

    Stefano

    Varese,

    1994

    Nous nous interrogeons dans ce chapitre sur la dynamique et les avatars d’un mouvement politique récent parmi les Totonaques, un peuple amérindien qui habite la Sierra Norte de Puebla, au Mexique. Nous examinons plus particulièrement les conditions de l’émergence, de la croissance et des difficultés de trois organisations interreliées qui se sont formées dans la région depuis 25 ans. De l’une à l’autre, le nombre de groupes participants s’est accru, en même temps que les objectifs et les stratégies se transformaient. Comment comprendre ces mutations par rapport aux caractéristiques socioculturelles de ce groupe autochtone ? Quels acteurs sociaux s’y sont impliqués et quelle a été leur dynamique interne ? Quelle incidence a eu la conjoncture nationale et internationale sur le mouvement ?

    Pour répondre à ces questions, nous avons mené, depuis 2009, une série d’entrevues semi-structurées auprès des acteurs et témoins privilégiés du mouvement. En outre, nous avons analysé les publications qui proviennent autant de chercheurs que des participants.

    1. La problématique des mouvements autochtones contemporains

    Les mouvements autochtones que l’on peut observer dans les Amériques ne sauraient être interprétés comme une simple réponse à une crise économique et sociale. La naissance et la trajectoire de ces mouvements dépendent plutôt de la manière dont les acteurs perçoivent la situation (cadrage) et leurs possibilités d’action à l’intérieur de contraintes imposées par la structure sociale et la conjoncture économique et politique. Nous donnerons une grande importance à leur point de vue, tel qu’il s’est exprimé dans les entrevues et dans les documents qu’ils ont produits.

    Rappelons d’abord que les identités ethniques coexistent avec d’autres codes identitaires, de classe et de genre. Ainsi, les Totonaques sont très conscients de leur spécificité linguistique et culturelle par rapport à la majorité métisse et hispanophone du pays. En même temps, ils possèdent une identité de classe tout à fait nette : ils sont des paysans et des artisans et s’opposent aux « riches » et aux « caciques ». La problématique de genre se manifeste également, mais elle n’est pas encore aussi présente chez les Totonaques que chez d’autres peuples autochtones du Mexique. Nous verrons que les acteurs sociaux utilisent tour à tour – ou à la fois – ces divers marqueurs identitaires et que leurs organisations modulent, selon le contexte, les références qu’elles y font.

    On a souvent divisé les mouvements autochtones en mouvements socioreligieux et sociopolitiques (ou séculiers) en fonction du langage qu’ils empruntent et des objectifs qu’ils se donnent (Barabas, 1986, p. 503). Les mouvements sociopolitiques, qui prédominent à partir du xxe siècle, se donnent comme objectifs la lutte pour la terre, la démocratisation de la société, la reconnaissance de droits individuels ou collectifs. Ils élaborent aussi des stratégies d’alliance avec d’autres forces sociales en fonction de la conjoncture.

    La distinction analytique entre les deux types de mouvements ne doit pas cacher que « dans les deux coexistent des facettes religieuses et séculières d’approximation à la réalité sociale » (Barabas, 1986, p. 520). En outre, les deux coïncident dans la production d’utopies, soit des ensembles de représentations concernant un futur désirable et vu comme possible. Nous retrouvons dans le mouvement social totonaque cette étroite articulation entre les discours politique et religieux, teintée de millénarisme.

    Pour sa part, Burguete Cal y Mayor (2011, p. 12) propose de distinguer trois types de mouvements autochtones contemporains au Mexique, en fonction de leur origine : ceux qui naissent comme un produit direct ou collatéral de l’action gouvernementale, ceux qui sont inspirés ou protégés par des courants de l’Église catholique (liés à la théologie de la libération ou à la théologie indienne), et enfin, les « organisations dites indépendantes » rattachées à des mouvements ou à des partis de gauche ou mobilisées avec d’autres secteurs de la société civile. Selon cette typologie, le mouvement totonaque apparaît hybride, puisque, à ses débuts, l’influence de l’Église a été déterminante, tandis que ses liens avec le Partido de la Revolución democrática (Parti de la révolution démocratique, PRD), de centre gauche, se sont renforcés peu à peu, pour céder aujourd’hui la place à des alliances horizontales. Dans quelle mesure les rapports avec l’État, l’Église et des partis de gauche impliquent-ils une subordination du mouvement autochtone ? La question de ces alliances et de leurs conséquences pour le mouvement autochtone est complexe et elle a été encore relativement peu étudiée à ce jour (Martínez Novo, 2009, p. 9). Par exemple, nous verrons comment le changement d’orientation de l’Église, de la théologie de la libération à la théologie indienne a eu et a encore des conséquences importantes sur les organisations totonaques.

    La dynamique des mouvements autochtones est aussi intéressante, car ceux-ci se transforment à travers le temps. Plusieurs ont tenté de les périodiser. Pour Le Bot, qui adopte une perspective continentale, la première phase, dans les années 1960 et 1970, est celle des « programmes de développement et des mobilisations dans le cadre des luttes paysannes ». Après viendrait celle des « demandes culturelles et des affirmations identitaires » et, finalement, à partir de 1990, celle de la « projection sur la scène politique » (Le Bot, 2009, p. 48). Pour sa part, Burguete Cal y Mayor (2011, p. 13) caractérise plutôt la première phase de chaque mouvement comme celle de la protestation, avec une « intensification des conflits et la confrontation », alors que l’action collective englobe même les secteurs moins politisés et que le groupe cherche des alliés. Quand cette phase expansive est instituante, elle donne naissance à des organisations, qui, si elles survivent et conservent leur autonomie, permettent de préserver les acquis de la lutte. C’est ce que Burguete appelle la « sédimentation » et Le Bot, la « consolidation ­organisationnelle » (Le Bot, 2009, p.

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