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Faire la classe à l'école maternelle: Réflexions sur la construction des inégalités scolaires

Faire la classe à l'école maternelle: Réflexions sur la construction des inégalités scolaires


Faire la classe à l'école maternelle: Réflexions sur la construction des inégalités scolaires

Longueur:
144 pages
3 heures
Éditeur:
Sortie:
17 mars 2017
ISBN:
9782804169145
Format:
Livre

Description

L’école maternelle permet à l’enfant de grandir et de rencontrer l’altérité. Elle participe au développement global de l’enfant, tant sur le plan social, affectif, psychomoteur que cognitif. En outre, cet enseignement participe statistiquement à la réduction de la difficulté scolaire à l’entrée à l’école primaire. Cependant, les enfants qui échouent en début de scolarité primaire restent très nombreux. Ils se recrutent principalement dans les milieux sociaux défavorisés. Ainsi, même si la fréquentation de l’école maternelle est favorable à la réussite en primaire, elle ne permet pas de combler les inégalités inhérentes à l’hétérogénéité des milieux des enfants. Il n’est pourtant pas question d’en rester à ce fatalisme sociologique.

Comment comprendre ce phénomène de maintien des inégalités ? Comment l’école maternelle peut-elle mieux encore contribuer à la réussite de tous les enfants et ainsi parvenir à réduire les inégalités de réussite scolaire ? Il s’agit là d’une problématique majeure qui est largement interrogée dans cet ouvrage.

Comment faire la classe à l’école maternelle ? Quels sont les enjeux de cette école première ?

Comment comprendre que les enfants en difficultés sont nombreux malgré tous les efforts que déploient les enseignants ? Ces questions illustrent bien l’objet de cet ouvrage qui ne se veut en aucun cas prescriptif. Les pratiques enseignantes sont envisagées comme un objet d’étude cherchant à mieux cerner la façon dont se construisent les différences socioscolaires.

Diverses hypothèses sont mises à l’épreuve :
- Dans les activités auxquelles on invite les jeunes élèves, valorise-t-on le simple accomplissement des tâches ? Ou bien s’attache-t-on à les faire réfléchir sur leurs démarches ?
- Quelle place prend le guidage de la part de l’enseignant ?
- Quel rôle jouent les échanges entre celui-ci et les élèves ou entre élèves ?
L’auteure examine les recherches conduites sur le sujet et apporte des éléments nouveaux issus de ses propres investigations.

Son contenu intéressera tant les enseignants et futurs enseignants que les étudiants dans le domaine des Sciences de l’Education.

À PROPOS DE LA COLLECTION LE POINT SUR... PÉDAGOGIE

Destinée aux étudiants en sciences de l'éducation, aux futurs enseignants et aux enseignants du terrain, de la maternelle au supérieur, cette nouvelle collection fait le point sur les recherches et les pratiques en pédagogie.
- Des synthèses précises et ancrées dans les recherches les plus récentes.
- Des thèmes classiques qui constituent des incontournables.
- Des problématiques communes aux pays de la francophonie...
Éditeur:
Sortie:
17 mars 2017
ISBN:
9782804169145
Format:
Livre

À propos de l'auteur


Aperçu du livre

Faire la classe à l'école maternelle - Christine Caffieaux

manuscrit.

Introduction

L’école maternelle s’organise de manière diverse en fonction des systèmes éducatifs. Elle accueille néanmoins le plus souvent les enfants entre trois et six ans, avant le début de la scolarité obligatoire. Meirieu (2009) propose d’appeler cette école « école première » dans la mesure où, chronologiquement, c’est la première des écoles, « mais aussi que c’est premièrement une école et une école essentielle pour la réussite de la scolarité de l’enfant ainsi que pour la construction d’une société démocratique plus juste et plus solidaire » (Meirieu, 2009, p. 49). En effet, cet enseignement préscolaire participe statistiquement à la réduction de la difficulté scolaire à l’entrée à l’école primaire. Autrement dit, plus un enfant fréquente l’école maternelle, plus son parcours a des chances d’être meilleur à l’école primaire.

Quel est le rôle de l’école maternelle ? Elle permet à l’enfant de grandir, de rencontrer l’altérité. Elle participe au développement global de l’enfant, tant sur le plan social, affectif, psychomoteur que cognitif. Une institutrice maternelle, à laquelle nous avons demandé d’expliquer le rôle de l’école maternelle a répondu très justement ceci : « L’école maternelle doit être avant tout un lieu d’éveil qui permet aux enfants de grandir dans tous les sens. Cela signifie que l’enfant est un tout. Il doit se développer physiquement, intellectuellement, affectivement et socialement. L’école maternelle doit veiller à un équilibre général à travers toutes les activités et aux interrelations entre ces différents aspects ».

Il ne faut néanmoins pas oublier une autre réalité : non seulement les enfants qui échouent en début de scolarité primaire sont très nombreux, mais aussi ils se recrutent principalement dans les milieux sociaux défavorisés. Ainsi, même si, comme mentionné plus haut, la fréquentation de l’enseignement préscolaire est favorable à la réussite en primaire, l’école maternelle ne permet pas encore de combler les inégalités inhérentes à l’hétérogénéité des milieux d’origine des enfants. Le taux d’échec dès la première primaire est important et socialement déterminé.

Les parcours scolaires des élèves dépendent de nombreux facteurs. Bruno Suchaut (2009) distingue trois groupes de facteurs. Tout d’abord, ceux directement associés à l’élève à travers ses capacités à apprendre et à s’adapter au monde scolaire. Ensuite, les facteurs touchant à l’environnement proche de l’enfant (ses conditions de vie, l’aide apportée par les parents, etc.). Pour terminer, les parcours scolaires dépendent également de l’école elle-même, par son organisation, les conditions et la qualité de l’enseignement reçu. Ce même auteur évoque des différences importantes dès l’école maternelle entre les élèves sur le plan des performances cognitives et y associe deux facteurs principaux : non seulement la période de l’année civile à laquelle l’enfant est né (les élèves nés en début d’année civile obtiennent de meilleures performances et ont une probabilité plus élevée de suivre une scolarité sans redoubler) mais également l’origine sociale (la profession de la mère discrimine d’ailleurs plus que celle du père).

Il n’est pourtant pas question d’en rester à ce fatalisme sociologique. Comment comprendre ce phénomène de maintien des inégalités ? Comment l’école maternelle peut-elle mieux encore contribuer à la réussite de tous les enfants et ainsi parvenir à réduire les inégalités de réussite scolaire ? Il s’agit là d’une problématique majeure qui sera largement interrogée tout au long de cet ouvrage.

Trop souvent, les études tentant de cerner les difficultés d’apprentissage à l’école envisagent les élèves comme présentant un « handicap ». Soit celui-ci est considéré comme propre à l’enfant. Cette visée « psychologisante » met en cause la maturité de l’enfant, ses capacités intellectuelles, son développement affectif ou social, etc. Soit cet « handicap » est imputé au milieu familial en termes de manque de stimulation (visée sociologisante). Les interventions dès lors imaginées ont le plus souvent un caractère individuel, qu’il s’agisse d’actions de prévention ou de remédiation. Or, à l’heure actuelle, on assiste à une prise de conscience du fait qu’il n’y a, la plupart de temps, pas de handicap « en soi » mais que c’est à l’école et dans les situations qu’elle impose que certains enfants paraissent connaître des difficultés d’adaptation. Un enfant qui apprend n’est pas seul face à un objet de connaissance. L’apprentissage ne consiste pas en la confrontation solitaire d’un enfant avec un objet de connaissance. Pour comprendre les difficultés de certains, il faut prendre en compte l’ensemble des circonstances, des pratiques scolaires dans lesquelles sont mises en œuvre les activités cognitives.

Quelles sont ces circonstances et ces pratiques scolaires ? Nous touchons là, entre autres, à la question des pratiques enseignantes. Comment faire la classe à l’école maternelle ? Mieux encore, comment faire la classe à l’école maternelle afin de réduire les inégalités de réussite scolaire ultérieure ? Cette question résume l’objet de cet ouvrage. Celui-ci ne se veut pas prescriptif même si nous rédigerons bien quelques conseils. Les pratiques enseignantes constituent plutôt un objet d’étude. Il s’agit ainsi d’examiner ce qui se pratique dans les classes de maternelle afin de mieux cerner la façon dont se construisent les différences socioscolaires. Nous nous référons non seulement aux recherches conduites ces dernières années sur le sujet mais également à des éléments nouveaux issus de nos propres investigations. Nous proposons des pistes de réponses aux questions suivantes : au sein des activités quotidiennes en classe, valorise-t-on le simple accomplissement des tâches ? Ou bien s’attache-t-on à faire réfléchir les élèves sur les démarches ? Quelle place prend le guidage de la part de l’enseignant ? Quel rôle jouent les échanges entre celui-ci et chacun des élèves et entre élèves ?

Le premier chapitre interroge, dans une perspective historique, quelques modèles théoriques qui ont posé la question du renforcement des inégalités culturelles de réussite scolaire, parmi lesquels le mouvement de la sociologie du curriculum. Celui-ci nous entraîne à considérer les activités cognitives dans leurs relations aux contextes sociaux à l’intérieur desquels elles sont mises en œuvre et à éviter ainsi d’imputer systématiquement les difficultés d’un élève aux seules caractéristiques de celui-ci ou de son milieu familial.

Le deuxième chapitre examine l’évolution des conceptions pédagogiques à l’œuvre à l’école maternelle au cours de ces dernières décennies. Il met en évidence l’existence de tensions, de différentes logiques au sein de cette institution et nous amènera à examiner l’influence de ces conceptions sur les apprentissages.

Comment ces différentes conceptions de l’école maternelle, de son rôle, du rôle de l’enseignant se traduisent-elles à l’heure actuelle dans les classes ? Cette question est examinée à travers les trois chapitres suivants.

Dans le troisième chapitre, les travaux de divers auteurs portant sur la manière dont les pratiques enseignantes à l’école maternelle en France jouent un rôle sur le renforcement ou la réduction des écarts entre élèves seront examinés. Nous abordons, entre autres, les études de Bautier et de l’équipe ESCOL, ce qui conduira à introduire le concept de secondarisation.

Le quatrième chapitre et le cinquième chapitre s’intéressent aux recherches que nous avons menées en Communauté Française de Belgique. Celles-ci permettent de mieux encore comprendre les phénomènes de renforcement ou de réduction des écarts entre les élèves et de proposer quelques pistes de réflexion concrètes pour guider les pratiques enseignantes.

À travers la conclusion, nous reviendrons à notre question de départ pour mieux la discuter : comment faire la classe à l’école maternelle afin de réduire les inégalités de réussite scolaire ultérieure ?

Chapitre 1

Mécanisme à l’origine du maintien

 des inégalités de réussite scolaire

SOMMAIRE

1 La théorie de la reproduction de Bourdieu et Passeron

2 La critique de Boudon

3 Les travaux de terrain de Bernstein

4 La sociologie du curriculum

Face à la question des mécanismes à l’origine du maintien, et parfois même du renforcement, des inégalités de réussite scolaire, ce premier chapitre interroge, dans une perspective historique, quelques modèles théoriques qui ont posé la question du renforcement des inégalités culturelles.

1 La théorie de la reproduction de Bourdieu et Passeron

Un premier modèle théorique largement diffusé mais incontournable quand est posée la question du renforcement des inégalités culturelles de réussite scolaire est la théorie de la « reproduction » de Bourdieu et Passeron.

On a longtemps pensé que l’éducation scolaire devait permettre aux enfants d’accéder à une culture universelle et, par là même, à une autonomie personnelle. Cette institution était alors considérée comme neutre, régie par des lois indépendantes des formes de domination sociale. Elle était censée permettre aux plus doués et persévérants d’accéder à des compétences de haut niveau, ceci indépendamment de leurs origines sociales. Il s’agit du principe méritocratique : un système dans lequel la réussite scolaire dépendrait exclusivement du mérite de chacun, celui-ci étant mesurée de façon soi-disant objective par des instances et des acteurs incontestables que seraient l’école et les enseignants.

Dans les années 60, la théorie de Bourdieu et Passeron remettra en cause les fondements de cette idéologie éducative : la société fonctionnerait plutôt comme un espace de domination. Dans chaque société, il y a une autorité pédagogique dominante qui sert les intérêts des classes dominantes. Cette action pédagogique impose une culture arbitraire et non pas, comme l’école le laisse entendre, une culture à caractère universelle ou allant de soi : le contenu des messages sert les intérêts de la classe dominante. Le pouvoir et le contenu arbitraire vont contraindre chacun à rester à sa place. L’école, au nom d’une fonction culturelle, contribue à la reproduction sociale et à la reproduction des rapports de force.

Si les enfants, en fonction de leur origine sociale, n’ont pas la même facilité d’accès à cette culture, c’est parce que leur socialisation dans leur milieu

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