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L'apprentissage en profondeur: S'ouvrir au monde, changer le monde
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L'apprentissage en profondeur: S'ouvrir au monde, changer le monde
Livre électronique394 pages4 heures

L'apprentissage en profondeur: S'ouvrir au monde, changer le monde

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À propos de ce livre électronique

L’apprentissage en profondeur attire l’attention d’éducateurs et de décideurs du monde entier. Au-delà de la définition de ce concept, cet ouvrage aborde la question de la mobilisation d’un changement complexe et systémique afin de transformer l’apprentissage au bénéfice de tous les élèves.

L’apprentissage en profondeur est un partenariat mondial qui vise à transformer le rôle des enseignants pour en faire des activateurs qui seront amenés à concevoir des expériences propres à consolider les compétences globales des étudiants par la résolution de problèmes du monde réel. Cette méthode complète soutient la transformation de la pratique en éducation et les moyens authentiques de mesurer l’apprentissage à l’échelle de l’école, du conseil scolaire et du système. Elle présente des outils pratiques et des processus qui engagent les élèves, leurs familles et les enseignants dans de nouvelles collaborations. L’ouvrage comprend, entre autres:

la présentation du Cadre de l’apprentissage en profondeur;
des exemples et des études de cas tirés de classes de la maternelle à la 12e année dans 1200 écoles réparties dans sept pays;
des conseils pour rejoindre les élèves de milieux défavorisés ou ayant des aptitudes différenciées;
des exemples de protocoles et de grilles d’évaluation;
des ressources illustrant la conception de l’apprentissage en profondeur et la pratique d’un leadership innovant.
Les partenariats et les environnements d’apprentissage, les nouvelles pratiques pédagogiques et l’exploitation des aptitudes numériques permettent à l’apprentissage en profondeur de rejoindre les élèves comme jamais auparavant et les préparent à construire leur avenir d’une manière active et engagée.
LangueFrançais
Date de sortie19 sept. 2018
ISBN9782760549661
L'apprentissage en profondeur: S'ouvrir au monde, changer le monde
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Auteur

Michael Fullan

Michael Fullan est officier de l’Ordre du Canada, ancien doyen de l’Institut d’études pédagogiques de l’Ontario et professeur émérite à l’Université de Toronto. Il est coresponsable de l’initiative New Pedagogies for Deep Learning (npdl.global). Reconnu comme une sommité mondiale en matière de réforme pédagogique, il offre ses conseils aux décideurs et aux leaders locaux pour les aider à concrétiser l’objectif moral d’assurer l’apprentissage à tous les enfants.

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    L'apprentissage en profondeur - Michael Fullan

    INTRODUCTION

    Le rôle moteur de l’apprentissage en profondeur

    Par sa nature et sa portée, l’apprentissage en profondeur diffère de toute autre innovation pédagogique jamais mise à l’essai. Il transforme les résultats, soit, dans notre cas, les «six C» des compétences globales: le caractère, la citoyenneté, la collaboration, la communication, la créativité, la pensée critique; et il transforme l’apprentissage en mettant l’accent sur les questions signifiantes pour la personne et la collectivité, et en réinventant totalement, par une exploration approfondie, les rôles de l’élève, de l’enseignant et de la famille, pour ne citer que ceux-là.

    Surtout, il agit sur tout le système; son action touche non seulement quelques individus ou un petit nombre d’écoles ou de conseils, mais bien tous les membres du système, les enfants comme les adultes. Si on n’aspirait à rien de moins que l’équité et l’excellence pour tout le système, comment donc pourrait-on concrétiser cet idéal? Voilà de quoi traite notre livre. Sans aller jusqu’à affirmer avoir résolu ce problème, nous pouvons déclarer que nous avons contribué à libérer un torrent d’énergie nouvelle; dans les chapitres qui suivent, nous avons tenté de recueillir les idées qui en ont jailli. Avec nos partenaires du système scolaire, nous avons fait d’énormes progrès sur la voie de la transformation de l’éducation. Nous savons aussi qu’une personne crédule ou en quête d’une solution inespérée risque de se laisser leurrer par tout ce qui paraît nouveau et prometteur. Nous sommes donc amenés à nous demander si l’apprentissage en profondeur n’aura pas le même effet que le chant des sirènes dans la mythologie grecque, qui attire les marins vers une issue défavorable. Bien sûr, nous croyons au potentiel libérateur des changements que nous prônons, mais nous avons conscience qu’ils sont exigeants et qu’ils vont à contre-courant de la culture dominante.

    Selon nous, l’apprentissage est le moteur fondamental et la technologie peut être un formidable accélérateur.

    Du côté des forces d’attraction, l’explosion actuelle des développements technologiques liés à l’apprentissage ne peut connaître qu’une croissance exponentielle. Selon nous, l’apprentissage est le moteur fondamental et la technologie peut être un formidable accélérateur. Les gens frustrés par le système éducatif actuel, notamment ceux qui luttent pour une meilleure équité, ont hâte d’obtenir de nouveaux résultats. Cela se comprend, mais cette impatience peut les amener à en demander trop.

    Sur la couverture du magazine The Economist du 21 juillet 2017, une image du cerveau est accompagnée du titre: «L’avenir de l’apprentissage: comment la technologie transforme l’éducation» (traduction libre). L’article repose principalement sur une étude menée par la Fondation Gates et réalisée par la société Rand, dont le rapport s’intitule Informing Progress: Insights on Personalized Learning Implementation and Effects [Compte rendu des progrès: la mise en œuvre et les effets de l’apprentissage personnalisé] (Pane et al., 2017). Cette étude porte sur 40 écoles du programme Breakthrough School Models [Modèles scolaires innovateurs] de Next Generation Learning Challenges (NGLC), une communauté d’enseignants américains. Les trois quarts de ces établissements sont des écoles à charte de taille modeste (230 élèves en moyenne au primaire et 250 au secondaire). Elles pratiquent toutes un apprentissage personnalisé qui, par définition, «priorise une compréhension claire des besoins et objectifs de chaque élève et la personnalisation de l’enseignement en fonction de ces besoins et objectifs» (Pane et al., 2017, p. 2, traduction libre). Les auteurs comparent ces écoles à un échantillon national qui, écrivent-ils, représente «une pratique plus caractéristique» des «écoles de conseil conventionnelles» (Pane et al., 2017, p. 3, traduction libre). Selon certains indicateurs, l’apprentissage personnalisé semble une démarche prometteuse, mais globalement, les résultats ne font ressortir aucun écart significatif entre les deux échantillons.

    Compte tenu du fait que l’apprentissage personnalisé n’est qu’un élément mineur de notre modèle d’apprentissage en profondeur et que la comparaison porte sur un groupe d’établissements privilégiés au «modèle innovateur», les résultats n’ont vraiment rien d’impressionnant. Les écoles de l’échantillon NGLC

    mettent en œuvre des pratiques particulières d’apprentissage personnalisé à divers degrés, et aucun de ces établissements ne semble aussi radicalement différent des écoles conventionnelles que la théorie pourrait le prédire (Pane et al., 2017, p. 3, traduction libre; nous soulignons).

    Par ailleurs,

    les aspects les plus difficiles à mettre en œuvre, comme la discussion entre élèves et enseignants sur les progrès et les objectifs, la documentation constante des forces, faiblesses et objectifs de l’élève et le choix des sujets et du matériel par l’élève, ne semblent pas différer des pratiques de l’échantillon national (Pane et al., 2017, texte de présentation, traduction libre).

    Sans blague! La recherche de Rand est bien faite. C’est la rédaction de The Economist qui souhaite tellement un changement dans l’école publique qu’elle est prête à croire que ce changement existe. Certes, quelques-unes de ses prémisses sont exactes: «Ensemble, la technologie et le personnel enseignant peuvent revamper l’école [et] veiller à ce que la technologie pédagogique atténue les inégalités au lieu de les creuser» (The Economist, 2017, traduction libre). Mais l’article ne propose ni stratégie ni théorie de l’action en ce sens. Nous avons vu, dans la recherche de Rand, que même les écoles privilégiées qui en ont la possibilité n’approfondissent guère les changements de pratique. Notre démarche est différente. Notre livre repose sur un modèle complet de l’apprentissage en profondeur et sur les progrès réels accomplis dans un grand nombre d’écoles publiques de sept pays. C’est un fait qu’une bonne technologie peut accélérer un bon apprentissage. Dans les pays en développement, de nouveaux logiciels adaptés et peu coûteux montrent une capacité remarquable à rejoindre de grands nombres d’apprenants défavorisés, comme nous le verrons dans notre étude de cas sur l’Uruguay.

    La transformation systémique est le principal objet de nos travaux depuis 2003. Notre modus operandi consiste à nous associer à de larges pans d’un système pour aider à causer un changement ensemble, à en tirer des leçons, à mieux effectuer le suivant, à en tirer d’autres leçons et ainsi de suite. C’est ce qu’on appelle une pratique éclairée poursuivant la théorie en vue d’une amélioration mutuelle. Nous avons appris que les meilleures idées viennent souvent des praticiens de pointe plutôt que des chercheurs.

    L’actuelle série de crises contraint l’humanité à réexaminer les relations entre ses individus, ainsi qu’avec la planète et l’univers; nous nous devons de changer le monde d’une façon proactive, par l’apprentissage.

    Il y a une convergence entre la nécessité du changement et l’occasion de passer à l’action. L’ancien système ne fonctionne que pour une minorité, et les élèves qui réussissent, ceux qui ont les meilleures notes, par exemple, n’arrivent pas tous à bien vivre à notre époque de plus en plus complexe. Ce qui est intéressant, c’est que l’actuelle série de crises contraint l’humanité à réexaminer les relations entre ses individus, ainsi qu’avec la planète et l’univers. À cause de la configuration particulière des défis qui caractérisent la présente conjoncture, nous nous devons de changer le monde d’une façon proactive, par l’apprentissage. Autrement dit, ce que l’enseignant et philosophe critique brésilien Paulo Freire observait chez les paysans des années 1960 et estimait essentiel au mieux-être général se concrétise aujourd’hui à l’échelle mondiale. L’hypothèse fondamentale de Freire (1974) est que l’humanité a pour «vocation» d’être un sujet «qui agit sur le monde et le transforme et, ce faisant, chemine vers des possibilités toujours nouvelles d’une vie plus pleine et plus riche, individuellement et collectivement» (Shaull, 2000, p. 32, traduction libre). Freire observe également que dans une période de transition (et il va sans dire que nous en vivons une actuellement), les êtres humains ont plus besoin que jamais de se rapprocher du «mystère des changements» qui se produisent.

    L’apprentissage en profondeur consiste donc à trouver notre place dans un monde complexe et même terrifiant. Il s’agit de transformer notre réalité par l’apprentissage, individuellement et avec les autres. L’aspect le plus significatif du «mouvement pour l’apprentissage en profondeur» est que son impulsion ne vient pas d’«en haut» (des politiques ou de l’État). Sa force lui vient du «milieu» (à l’échelle du conseil ou de la municipalité) et de la «base» (les élèves, les enseignants). Les décideurs avisés sauront tirer parti des développements prometteurs de l’apprentissage en profondeur et en stimuler de nouveaux, car ils voient qu’il est nécessaire et souhaitable que nos citoyens soient versés dans les compétences globales.

    Notre livre découle de travaux concrets que nous réalisons en partenariat avec des systèmes scolaires sur plusieurs continents. Nous démontrons que le statu quo est fondamentalement en perte de vitesse, que nous sommes la solution de remplacement, que nous pouvons préciser cette solution et que les percées que nous documentons captent l’attention et suscitent l’immersion des élèves, des familles et des enseignants dans un véritable mouvement social volontaire. Ce mouvement porte en soi le potentiel de transformer les systèmes scolaires contemporains. Cela dit, la fragilité du mouvement pour l’apprentissage en profondeur nous inquiète, tout comme le risque qu’il se fasse domestiquer par les forces puissantes du statu quo ou qu’il s’affaiblisse parce que le travail à faire deviendrait trop complexe et trop difficile. Il faut donc se rappeler que le résultat pourrait être positif ou négatif: soit un apprentissage stimulant qui ferait partie intégrante de la transformation des apprenants et du monde qu’ils habitent, soit un autre chapitre sans histoire de la vie des enseignants et de leurs élèves. Plus ça change, plus c’est pareil... à moins que, comme nous le croyons, le monde d’aujourd’hui soit différent. Ce livre montre donc comment le monde de l’apprentissage pourrait devenir foncièrement meilleur qu’il l’est actuellement.

    Notre façon d’implanter un changement fondamental consiste à collaborer avec les acteurs du système. Ainsi, notre travail se fait à tous les échelons: dans les écoles et les communautés locales, au niveau intermédiaire (celui des conseils, des municipalités et des réseaux) et à l’échelon supérieur (celui des pouvoirs publics). On pourrait dire que notre activité consiste à «refaçonner la culture» de systèmes dans un laboratoire vivant de l’apprentissage. Plus précisément, nous collaborons avec environ 1 200 écoles de 7 pays, dans le cadre du partenariat New Pedagogies for Deep Learning (Nouvelles pédagogies pour l’apprentissage en profondeur, NPDL), qui englobe l’Australie, le Canada, les États-Unis, la Finlande, la Nouvelle-Zélande, les Pays-Bas et l’Uruguay (une brève description des activités menées dans chaque pays est donnée en annexe). C’est à dessein que nous parlons de «refaçonner la culture». Edgar Schein (1985, p. 6, cité dans Taskin et Dietrich, 2016, p. 184), pionnier de l’étude de la culture organisationnelle, en donne la définition suivante: «[L]a structure (pattern) des valeurs de base partagées par un groupe qui les a inventées, découvertes ou développées, en apprenant à surmonter ses problèmes d’adaptation externe ou d’intégration interne.» L’apprentissage en profondeur représente un changement de culture; ce n’est pas un changement de programme. Contrairement à la culture, les programmes ne changent pas d’échelle (Scott, 2017).

    Contrairement à la culture, les programmes ne changent pas d’échelle.

    On ne peut pas dire que l’apprentissage en profondeur ait suscité une transformation systémique à grande échelle dans ces cas, mais il se forme une masse critique très engagée dans cet effort, et nous entrevoyons distinctement et avec confiance la possibilité d’une transformation globale du système. En outre, à l’échelle mondiale, on relève beaucoup d’autres exemples isolés d’écoles qui pratiquent l’apprentissage en profondeur et qui pourraient s’ajouter à cette masse critique productrice de changement, ce qui est une bonne nouvelle.

    Nous serions les premiers à admettre que les obstacles sont énormes: les politiques désastreuses, les régimes de tests déficients, les inégalités que les puissants s’efforcent de maintenir sinon d’accroître, l’inadéquation et l’inégalité des investissements dans l’enseignement public, sans parler de la difficulté de prouver que le nouvel apprentissage en profondeur est sur la bonne voie et qu’il produira des résultats dans un délai raisonnablement court.

    Nous savons à quel point l’appropriation de l’apprentissage en profondeur par les élèves, les enseignants, les familles et d’autres peut être impressionnante et même magnifique, tel qu’elle est dépeinte et documentée ici. Ce que nous ignorons, c’est où elle va nous mener. Nous pouvons affirmer avec confiance que le système éducatif actuel ne fonctionne pas et que, d’une façon ou d’une autre, il est appelé à se transformer ou à disparaître d’ici vingt ans. De plus en plus d’élèves vont refuser de tolérer une scolarisation ennuyante ou aliénante. En outre, la dynamique d’un monde globalisé et tissé par le numérique va forcer des changements radicaux, que cela nous plaise ou non.

    Dans ce livre, notre démarche consiste à décrire ce qui se passe dans les sept pays où nous mettons de l’avant le plan d’action de l’apprentissage en profondeur. Il est important de comprendre ce qui se passe déjà, car à plus d’un titre, cette activité émane des gens de l’intérieur du système existant. Nous mettons en lumière des pratiques qui orientent la transformation dans les établissements, les conseils et les systèmes scolaires. Nous vous invitons à consulter le site npdl.global [en anglais] pour savoir qui nous sommes, ce que nous faisons et pourquoi nous le faisons. En plus de notre vaste site Web, vous y trouverez une page de ressources consacrées à ce livre, y compris les vidéos citées au fil des chapitres. Pour accéder aux ressources en ligne, cliquez sur la couverture du livre Deep Learning sur la page d’accueil de NPDL. Consultez www.npdl.global chaque fois que l’icône «Ressources en ligne» apparaît dans les marges de ce livre.

    Notre livre se compose de trois parties:

    Dans la partie 1, «S’ouvrir au monde, changer le monde», nous plantons le décor d’une puissante transformation systémique de l’apprentissage en justifiant la démarche de l’apprentissage en profondeur, en décrivant ce qui lui donne sa profondeur et en expliquant son importance. Nous présentons ensuite un modèle destiné à guider la transformation de l’apprentissage dans les établissements, les conseils et les systèmes scolaires.

    Dans la partie 2, «Le laboratoire vivant», nous examinons un extraordinaire mouvement social qui touche des milliers d’élèves, d’enseignants et de familles de partout dans le monde. Notre partenariat NPDL nous sert à: donner une définition au concept de l’apprentissage en profondeur; relever les éléments qui favorisent la conception de l’apprentissage en profondeur; explorer un processus de recherche collaborative qui donne de rapides coups de barre dans la pratique de l’apprentissage et de l’enseignement; étudier des cas concrets illustrant les conditions et le leadership qui mobilisent l’apprentissage en profondeur et favorisent son épanouissement à l’échelle locale ou intermédiaire comme à celle du système, de la province et du pays; examiner les nouvelles mesures nécessaires pour évaluer et communiquer les progrès accomplis dans l’apprentissage en profondeur.

    Dans la partie 3, «Un avenir précaire», nous présentons les nouvelles découvertes que nous faisons au fil de notre cheminement dans l’apprentissage en profondeur, nous relevons les résultats porteurs de cohérence et nous abordons la question de savoir si une transformation est possible et, dans l’affirmative, comment elle pourrait s’effectuer.

    L’apprentissage en profondeur est un apprentissage valable qui colle. Suivant Freire (1974) – et c’est là que notre livre innove le plus –, il situe l’apprenant comme une personne qui agit sur le monde (généralement avec les autres), ce qui l’amène à se transformer elle-même et à transformer le monde lui-même. S’ouvrir au monde, changer le monde: il s’agit fondamentalement d’une proposition d’apprentissage. Cette proposition stimule les élèves, les enseignants et les parents; c’est la voie de l’avenir. C’est notre livre.

    La société ne peut survivre qu’en s’extirpant du bourbier de l’équité et de l’excellence. L’apprentissage en profondeur a la capacité de réunir l’excellence et l’équité pour tous et de renverser la tendance létale qui creuse les inégalités partout dans le monde. Au-delà de l’aspect moral, c’est une question de survie et, mieux encore, de prospérité.

    Dans un document préparatoire à ce livre, nous abordons la question de «la transformation de l’apprentissage pour tous les élèves», dans le cadre d’une quête de «l’excellence et l’équité». Au cours de ces travaux, nous avons découvert ce que nous appelons maintenant «l’hypothèse de l’équité» (Fullan et Gallagher, 2017, traduction libre), à savoir que l’apprentissage en profondeur est bon pour tout le monde, mais qu’il est particulièrement puissant pour les jeunes laissés pour compte par le système scolaire conventionnel. La société ne peut survivre qu’en s’extirpant du bourbier de l’équité et de l’excellence, et l’apprentissage en profondeur a un rôle de premier plan à jouer dans cette survie. L’apprentissage en profondeur, comme nous le dépeignons, a la capacité de réunir l’excellence et l’équité pour tous et de renverser la tendance létale qui creuse les inégalités partout dans le monde. Au-delà de l’aspect moral, c’est une question de survie et, mieux encore, de prospérité.

    «Rien de ce qui est digne d’être connu ne peut s’enseigner.»

    – Oscar Wilde

    CHAPITRE 1

    La nécessité et l’attraction de l’apprentissage en profondeur

    La pertinence introuvable

    Un changement majeur est toujours fonction d’une force d’attraction qui l’emporte sur une force de répulsion. Dans l’enseignement conventionnel, le principal facteur de répulsion est sans doute le manque, sinon l’absence totale d’engagement. Comme bien d’autres chercheurs, Lee Jenkins (2013) a évalué la proportion d’élèves qui ont une attitude engagée en classe, de la maternelle à la 12e année. Comme d’autres aussi, il a constaté qu’environ 95 % des élèves de la maternelle et des premières années du primaire sont engagés, puis que cette proportion décline graduellement jusqu’à 39 % en 11e année. D’autres études menées du point de vue de l’élève ou de l’enseignant constatent un déclin similaire. On a aussi découvert que beaucoup des élèves qui participent en classe le font pour avoir une bonne note et non par intérêt. Les auteurs d’un sondage Gallup (2016) observent qu’au moins un tiers des élèves sont «vivement désengagés» (traduction libre) et que les élèves de 11e année, par exemple, sont nettement moins branchés sur l’apprentissage que ceux de 5e année. Tout cela n’est pas tant une critique qu’une confirmation du fait que la scolarisation telle qu’elle a été conçue il y a 150 ans n’est plus adaptée à notre époque.

    Rien n’incite la majorité des élèves à prendre au sérieux la scolarisation conventionnelle.

    Un autre facteur de répulsion qui compromet la pertinence de la scolarisation est que l’avenir du marché de l’emploi, outre son imprévisibilité, décline à mesure que les robots se multiplient, ce qui réduit le nombre d’emplois disponibles. Comparativement à beaucoup d’entre nous, qui sommes allés à l’école pour assurer notre avenir (ce qui, sans être une source intrinsèque de motivation, pouvait en tenir lieu), la génération actuelle a du mal à imaginer un cheminement qui débouche sur un avenir souhaitable. Ce problème est encore plus criant pour les élèves issus d’un milieu défavorisé ou d’un groupe minoritaire, pour qui le désespoir tend à remplacer le sentiment d’appartenance dans un établissement où le manque de pertinence se conjugue à l’indifférence.

    On peut en tirer une conclusion brutale: rien n’incite la majorité des élèves à prendre au sérieux la scolarisation conventionnelle. D’autres attraits et diversions leur paraissent bien aussi tentants: la drogue, le monde numérique, l’inactivité. La voie la plus facile est celle qui offre la moindre résistance et un soulagement instantané, sinon une gratification. Un de nos concepts préférés en matière de changement est la dichotomie entre libération et liberté (Fullan, 2015). L’être humain travaille d’arrachepied pour se libérer de ce qui l’opprime, qu’il s’agisse de contraintes ou d’ennui. Mais il est moins apte à décider de ce qu’il va faire de sa nouvelle liberté. Les faits démontrent que l’être humain est susceptible de s’engager dans une entreprise ou un groupe qui ne lui convient pas. Le célèbre psychologue social et psychanalyste Erich Fromm (2010, p. 10) avance que la liberté affecte les humains d’un sentiment d’insécurité et de solitude et que «[l]a seule alternative pour se délivrer de ce fardeau qu’est la liberté est alors soit de plonger dans une nouvelle servitude, soit d’activer le développement total de sa personnalité». Comme il semble difficile d’activer le développement de leur personnalité, les humains ont tendance, en vase clos, soit à rester isolés et à dépérir, soit à faire le mauvais choix de groupe. Dans ces conditions, il faut une attraction particulièrement puissante pour les orienter vers des entreprises qui en valent la peine. Nous démontrerons bientôt que l’apprentissage en profondeur exerce cette force d’attraction.

    Mais il y a d’autres sources d’inquiétude, et elles ne font qu’empirer. Notre monde est marqué par les conflits. Certes, d’autres époques en ont connu bien autant, mais dans notre univers connecté, les conflits sont visibles instantanément, et les réactions sont plus létales et terrifiantes que jamais auparavant. Nous parlons d’une fusion entre le tableau d’ensemble («où s’en va le monde?») et le détail («où est ma place?»). Ils sont désormais sur la même page. Même chez les enfants de 8 ans et moins, l’anxiété est

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