COLLECTIF

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FAUSSAIRE
POSTURES ET IMPOSTURES DE PASCAL BONIFACE

L’INTELLECTUEL

Editions du veilleur

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LE FAUSSAIRE, C’EST LUI !

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AVANT-PROPOS Nous avons voulu rendre service. Rendre service à tous ceux – journalistes, étudiants, experts, responsables politiques, lecteurs de quotidiens, téléspectateurs… - qui pensent, sincèrement, que Pascal Boniface est un vrai spécialiste des questions internationales, un excellent vulgarisateur, un fin analyste des complexités de notre monde, et un honnête critique de ses contemporains. Nous n’aurions pas fait l’effort de lui consacrer ces quelques pages sans le succès de son livre Les Intellectuels faussaires. Car ce livre est un extraordinaire condensé de malhonnêteté intellectuelle et de procès d’intention. En d’autres termes, de ce que Pascal Boniface appellerait des « mensonges »… L’une des grandes spécialités de M. Boniface est en effet de retourner, contre ceux qu’il estime être des « adversaires», ses propres turpitudes : défense d’une idéologie derrière le masque de l’analyse politique, simplification à outrance, manichéisme, maccarthysme intellectuel, obsession visà-vis d’Israël, etc. Mais il faut y ajouter d’innombrables bourdes et erreurs factuelles. Sans compter les prévisions hasardeuses… Avec les Intellectuels faussaires, Boniface est allé trop loin. Il est temps qu’il reçoive la monnaie de sa pièce et que sa vraie personnalité intellectuelle apparaisse au grand jour :

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celle d’un imposteur. Ce texte – dont une partie a déjà été publiée sur le site pascalbonifaceintellectuelfaussaire.blogspot.com – a été rédigé par un collectif d’internautes, d’universitaires et de journalistes de sensibilités diverses, troublés par l’imposture médiatique de Pascal Boniface. Toutes les informations qu’il contient sont facilement vérifiables. Nous vous invitons à le faire. Les auteurs

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MAIS QUI EST PASCAL BONIFACE ?

Mais qui est donc Pascal Boniface, ce terne mais médiatique donneur de leçons ? Au nom de la géopolitique ou de ses connaissances en football, on le voit partout distiller ses commentaires insignifiants, souvent inintéressants voire faux et biaisés. Pourtant l’homme se plaint d’être « boycotté médiatiquement ». C’est d’ailleurs sa technique pour être invité partout : culpabiliser les journalistes voire les menacer de les désigner comme vendus à un complot ou à un lobby s’il n’est pas invité. De quel lobby parlons-nous ? L’homme n’est pas bête au point de le nommer. Mais l’esquisse à travers ses sousentendus. Surtout depuis 2001 et une note fort douteuse à l’intention du Parti socialiste, où il suggère à mots couverts de prendre le parti du camp Palestinien, non pas parce que la cause est juste, mais parce qu’il y a plus de Musulmans que de Juifs en France et que ce serait donc plus rentable… électoralement. Des statistiques ethniques à la Brice Hortefeux avant l’heure. Nous sommes en avril 2001. Choqués, plusieurs responsables du Parti socialiste demandent sa démission. Mais l’homme a de la ressource. Un vrai homme d’affaires. Il va se spécialiser dans certains sujets porteurs. Ancien conseiller de Charles Hernu (ancien ministre de la Défense), il écrit un livre plaidant pour la dissuasion nucléaire (Intitulé Vive la bombe !) et fait sa thèse, tardive, sur le droit de la 5

maîtrise des armements. Ce qui ne donne pas encore lieu à un poste à l’université… D’autant que la thèse ne figure pas dans le Fichier central des thèses. Sans titre ni chaire, mais fort de son statut de martyr du « lobby », il réussit à monter un institut privé, spécialisé dans les « relations internationales » qui prétend concurrencer l’IFRI : l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques). Grâce à la caution de quelques militaires et de certains élus, qui composent son conseil scientifique, à ses contacts avec le renseignement et un certain talent pour démarcher les politiques, il vend pour une fortune des formations ou des notes à des gouvernements et des entreprises. Comme la Turquie ou le gouvernement français. Plus d’un million d’euros de subventions lui seraient versés par le ministère de la Défense et le Quai d’Orsay. Mais ce ne serait pas l’essentiel de ses ressources, d’origine privée, dont il dit simplement qu’elles reflètent la « diversité » (entendez des gouvernements très éloignés de la position française ?) Cela expliquerait les analyses souvent très douces à propos de certaines dictatures que Pascal Boniface distille dans les médias. Toujours est-il qu’il touche aussi de l’argent public pour des formations et des notes « stratégiques » dont les spécialistes s’accordent à dire qu’elles n’ont aucun intérêt. En parallèle voire en lien avec ses affaires, Pascal Boniface a un hobby : écrire des pamphlets contre les intellectuels qu’il envie, jalouse ou qui gênent son imposture et les intérêts de ses alliés. Ceux qu’il appelle les « intellectuels faussaires ». Une vraie liste de règlements de comptes personnels sous couvert d’un propos général. En réalité, Boniface met dans le même sac, comme faisant 6

partie d’un grand complot BHLien (très bon filon pour vendre des livres) voire néoconservateur, des gens qui n’ont pas particulièrement de lien avec BHL et surtout pas du tout les mêmes positions concernant la guerre en Irak, le conflit israélo-palestinien ou l’affaire DSK… Leur seul point commun est d’avoir dénoncé l’intégrisme musulman façon Tariq Ramadan, dont Pascal Boniface se fait volontiers le défenseur et même le porte-parole. Comme Tariq Ramadan, la vérité importe peu à Pascal Boniface, qui ne prend d’ailleurs jamais la peine d’étayer, d’argumenter ou de prouver ce qu’il avance. Il préfère utiliser une méthode de propagande classique : l’amalgame et le procès d’intention. Sans parler de l’astuce de la citation tronquée et truquée, qu’il reproche aux autres, mais dont il est un vrai spécialiste ! L’auteur des Intellectuels faussaires est d’ailleurs un habitué des tribunaux. Il a derrière lui une longue carrière de plagiat, de contrefaçon, d’auto-plagiat. Des « coquilles » à faire rougir BHL et son Botul. Quand il ne pompe pas allègrement ses collègues (des pages entières), il publie plusieurs fois le même livre chez des éditeurs différents, écrit que le Hezbollah est « un parti athée », que Levinas est « un physicien », qu’il n’y aura plus jamais d’attentat de masse (une semaine avant le 11 septembre)… Un visionnaire donc. Et comme on a le public que l’on mérite, Pascal Boniface est très en vogue sur les sites « complotistes », antisémites, islamistes ou d’extrême droite. On peut le voir intervenir aussi bien aux côtés d’Hani Ramadan à l’UOIF (organisation intégriste) comme dans les réseaux pro-iranien d’anciens conseillers du FN. L’arc des soutiens allant des amis de Tariq Ramadan à ceux d’Alain Soral en passant par Bruno Gollnisch et Marine Le Pen. Tous l’utili7

sent comme référence dans leur lutte contre des « intellectuels » non pas faussaires mais simplement… antifascistes. Autant dire dérangeants pour les amis de Pascal Boniface. Comme tous les propagandistes ont besoin d’un faussaire, quoi de mieux qu’un escroc pour accuser les intellectuels vigilants envers l’intégrisme d’être des « faussaires » ? L’homme que l’on présente partout, sur tous les plateaux, comme un expert en géopolitique est à la fois capable de faire un contresens complet sur la guerre des chemises rouge et jaune en Thaïlande, de minimiser le caractère autoritaire des régimes chinois et russe, de raconter n’importe quoi sur la crise iranienne ou sur le Proche-Orient, de relativiser les liens entre la Syrie et l’Iran et même de qualifier pudiquement le génocide arménien d’ « événements » (en se trompant sur la date)… On conseillerait bien à Pascal Boniface de se recycler plutôt sur son autre spécialité : le foot. Hélas, des journalistes sportifs se sont penchés sur son cas et sont formels : l’homme est dramatique, même dans ce domaine. Un imposteur complet, donc, qui ne mérite sans doute pas d’avoir vendu 45 000 exemplaires de son dernier livre, comme il le prétend. Heureusement, nous avons vérifié (grâce à Edistat, la base de données des ventes de livres) et c’est un mensonge de plus.

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LE ROI DU PLAGIAT Condamné pour «contre-façon» ! En 1994 paraît un ouvrage collectif intitulé Lexique des relations internationales, aux éditions Ellipses. Placé sous la direction de Pascal Boniface, le livre affiche les auteurs suivants : Clara Bacchetta, Vincent Barrailler, Thomas Bonnel, Camille Grand, Thierry Tardy. En 2000, réédition de l’ouvrage, à l’identique, sauf quelques ajouts marginaux. Mais, surprise, le nom des contributeurs a disparu. Seul celui de Pascal Boniface subsiste. Comme s’il était le seul auteur de ces articles. Colère — bien légitime — des co-auteurs et procès. Pascal Boniface est lourdement condamné en première instance pour «contrefaçon in solidum avec l’éditeur». Décidément sans gène, il fait appel en portant plainte pour procédure abusive et atteinte à sa réputation. Il est non seulement débouté de cette plainte, mais sa condamnation est confirmée par le Tribunal. Il est condamné, conjointement avec son second éditeur, à verser 4000 euros de dommages et intérêts à ses co-auteurs « oubliés » + leurs frais d’avocats. Ci dessous la copie d’un chèque de 7000 euros fait par Pascal Boniface, pour payer une partie de sa condamnation Source : Arrêt du 25 février 2004, Cour d’appel de Paris.

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Déjà, en 1984, une première affaire de plagiat La tendance maladive de Pascal Boniface à effacer le nom de ses coauteurs à son seul profit a commencé bien avant sa lourde condamnation pour contrefaçon. En 1984, Pascal Boniface est un des conseillers qui virevoltent autour de Charles Hernu. Il est alors embauché comme simple contributeur à la revue de l’INSED (Institut National Supérieur sur les Etudes de Défense). Charge à lui de préparer un numéro de la revue. Et l’apprenti faussaire a déjà son idée. Il s’arrange pour « oublier » Hugo Saada et Nadine Guez, pourtant coauteurs au même titre que lui. L’INSED renonce in extremis - par indulgence liée à ses problèmes de santé - à porter plainte. En revanche, Pascal Boniface est bien entendu remercié par le géopolitologue Jaques Soppelsa, alors responsable de l’institut. On retrouvera cette odieuse pratique de prédation plus tard à l’IRIS avec de jeunes chercheurs de grand talent tels que Camille Grand (qui quittera, excédé, l’IRIS), Barthélémy Courmont ou encore Olivier Guillard, lesquels ne s’en laisseront pas compter. D’autres, professionnellement ou psychologiquement plus fragiles, finiront hélas par craquer et accepter de se faire exploiter.

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Et même de l’auto-plagiat ! Pascal Boniface est très productif… Et pour cause. Il n’hésite pas à publier plusieurs fois le même livre chez des éditeurs différents, en se contentant de changer le titre et de faire quelques modifications de circonstance. Un exemple parmi d’autres, relevé par Michel Caillat dans un article intitulé : « Pascal Boniface, pseudo intellectuel faussaire ». Il écrit: « Pascal Boniface a en effet publié en 2002 (pour la Coupe du Monde) un livre intitulé : « La Terre est ronde comme un ballon » aux Éditions du Seuil ; quatre ans plus tard, toujours à l’occasion de la Coupe du monde, il sort « Football et Mondialisation » aux Editions Armand Colin. Son transfert du Seuil à Armand Colin permet de présenter comme une nouveauté un ouvrage qui reprend dans un ordre différent des passages entiers (des pages complètes) du précédent et l’actualisation fait parfois sourire. On passe de « Le football n’est-il pas la synthèse heureuse entre libéralisme et socialisme » (p. 18 du premier livre) à « Le football ne représente-t-il pas une synthèse heureuse entre vie collective et respect de l’individu » (p. 17 du second) ou bien encore « Il est plus facile dans une conversation de trancher sur la composition idéale de l’équipe de France que sur le moyen de financer le régime de santé » (p. 19 du premier livre) à « Il est plus facile dans une conversation de trancher sur la composition idéale de l’équipe de France que de préconiser le plus sûr moyen de réduire la dette publique » (p. 18 du second). La dette publique étant dans l’air du temps, il fallait bien en parler !” Source : Michel Caillat, « Pascal Boniface, pseudo intellectuel faussaire », http://lecacs.blogspot.com/2011/05/ pascal-boniface-pseudo-intellectuel.html 11

Quand Pascal Boniface plagie Acrimed Les rédacteurs du site ACRIMED sont tombés de leur chaise en lisant les Intellectuels faussaires. Il faut dire qu’ils y ont retrouvé, non sourcés, des passages entiers pompés sur Le Monde diplomatique et ACRIMED… Bien copiés, mais mal collés : « La rédaction d’Acrimed vient de constater le pillage en bonne et due forme de certains de ses articles par Pascal Boniface. Dans son livre Pascal Boniface ne démontre jamais ce qu’il dit, il accumule les on dit. Parfois il se risque à une citation, souvent tronquée. » ACRIMED remarque que le chapitre attribué à Alexandre Adler reprend la structure d’un article du Monde diplomatique signé de Mathias Reymond en juin 2005. Article non cité. Exemple d’inexactitude relevée par ACRIMED à propos d’Alexandre Adler : « Dans le livre de Pascal Boniface, on peut lire (p. 101) : ‘Dans la même veine, au micro de France Culture, le 11 mai 2005, il compare Hugo Chávez à un “gorille ou un primate“. […]’. Or la référence de Pascal Boniface est inexacte. Le 11 mai 2005, sur France Culture, Adler consacrait sa chronique matinale au « Tournant chinois », et ne faisait pas allusion à Chávez. Dans l’article original, publié par Le Monde diplomatique (juin 2005), on pouvait lire ceci : « M. Hugo Chávez ne serait, lui, qu’un “populiste quasi fasciste” (France Culture, 3 mai 2005) , un “gorille” ou un “primate” (Le Figaro, 11 mai 2005) […] » Entre l’original et la copie, que s’est-il passé ? Pascal Boniface a contracté le passage du Diplo et fusionné les deux sources – (France Culture (3 mai 2005) et Le Figaro (11 mai 2005) – en une seule… De plus, Adler n’écrit pas dans Le 12

Figaro l’expression « gorille ou un primate » (comme chez Boniface) mais « le primate ou le gorille ». Boniface a ainsi transformé les « le » en « un » et a inversé l’ordre des mots. Or l’article du Diplo avait commis la même inversion. » Et ACRIMED d’égrener les emprunts : « Dans un article, publié sur le site d’Acrimed le 19 mai 2006 (« Un « complot » fomenté par Philippe Val et Alexandre Adler ? »), nous écrivions : « France Culture, 2 mai 2006. Alexandre Adler commente une décision d’Evo Morales, nouveau président de Bolivie : “Le nouveau président bolivien, le trafiquant de coca Evo Morales, vient d’annoncer la nationalisation totale des hydrocarbures en Bolivie [...].” » Dans le livre de Pascal Boniface, on peut lire (p. 102) : « Sur France Culture, le 2 mai 2006, commentant une décision d’Evo Morales, nouveau président bolivien, il lançait : “Le trafiquant de drogue Morales vient d’annoncer la nationalisation totale des hydrocarbures en Bolivie.” » La similitude des formulations est troublante. Mais quel est l’auteur de cette transcription curieusement… « trafiquée », puisque le « trafiquant de coca » est transformé en « trafiquant de drogue » ? Selon Pascal Boniface, c’est l’éditeur – ou le correcteur – qui aurait procédé à cette modification. » Autres mesquineries dénichées par ACRIMED : Pascal Boniface a cité dans son livre des enregistrements originaux qu’un journaliste du Monde diplomatique écrivant sur ACRIMED est le seul à posséder et a dévoilé. Pascal Boniface les sort de son chapeau, en laissant entendre qu’il l’a trouvé, sans jamais citer le journaliste ni ACRIMED. Dès qu’il a appris qu’il allait être épinglé par ACRIMED, Pascal Boniface a tout fait pour que l’article ne paraisse pas. Une méthode qu’il affectionne. ACRIMED rapporte l’ire 13

de Pascal Boniface : « rédiger un tel article va réjouir les personnes mises en cause dans mon livre.” De fait, il faut avouer, qu’ils auraient tort de ne pas se gondoler… Source : Alain Thorens, Mathias Reymond, « Pascal Boniface, un copiste solitaire contre les ‘intellectuels faussaires’ », http://www.acrimed.org/article3628.html Dans l’édition des Intellectuels faussaires en édition de poche, Boniface « répond » à ACRIMED, sans nier les emprunts qu’il a fait sans vergogne à leur travail. ACRIMED, en retour, dans un billet par ailleurs plein d’humour, caractérise sa critique envers leur travail comme « cumulant psychologie de bazar et ragots invérifiables ». Source : Henri Maler & Julien Salingue, « A Pascal Boniface, avec tous nos remerciements », ACRIMED, 29 décembre 2011

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Pascal Boniface écrit-il ses livres ? ACRIMED lui a posé la question, Pascal Boniface a répondu par l’affirmative. Pourtant, à raison de plusieurs livres par an (même souvent copiés/collés), la question se pose. Pour y arriver, Pascal Boniface utilise trois méthodes : le plagiat, l’autoplagiat, l’appropriation d’articles écrits par d’autres, mais aussi l’usage intempestif de « petites mains »… Qu’il remercie, grand seigneur, à la fin des Intellectuels faussaires. Sacia Guermit et Magali Bernard sont remerciées pour avoir « mis en forme avec pertinence » SON livre. Loïc Poulain pour avoir « efficacement recherch(é) les documents et textes utiles ». Alexandre Tuaillon et Didier Billion pour avoir donné de « précieux conseils ». Quant à Gilles Bouley-Franchiti, il est félicité d’avoir « su enrichir ce texte par son travail éditorial ». Les mauvaises langues oseront en conclure que Pascal n’a pas fait grand-chose dans cette affaire… Sauf peut-être encaisser les droits d’auteurs.

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SERIAL MENTEUR Le champion des citations truquées Pascal Boniface ne manque pas d’air… Il accuse des intellectuels de tronquer des citations et de mentir en tronquant leurs citations et en mentant ! Le chapitre des Intellectuels faussaires sur Caroline Fourest n’est qu’une compilation grossière des attaques lues sur Internet à propos de son livre critique sur Tariq Ramadan : Frère Tariq ou le double discours (2004). La plupart des expressions utilisées par Pascal Boniface, qui n’a visiblement pas lu l’ouvrage, sont en fait inspirées de Tariq Ramadan et sa campagne pour tenter de discréditer ce livre (on le comprend vu le mal qu’il lui a fait). Mais pas seulement. La plupart des arguments utilisés sont également pompés sur des sites proches de Tariq Ramadan ou du Réseau Voltaire de Thierry Meyssan. Comme ceux qui accusent Caroline Fourest d’avoir un « double discours » sur la base d’une tribune parue dans le Wall Street Journal sur les émeutes. Pascal Boniface — qui n’a visiblement pas lu la tribune et se contente de reprendre les mensonges des sites islamistes — la résume ainsi : « dans le Wall Street Journal du 2 février 2005, elle s’alarmait ainsi de l’incapacité des immigrants arabes à s’intégrer. Pour elle, il y avait là une menace pour les démocraties occidentales car, non intégrées, les immigrés pouvaient être tentés de rejoindre des cellules islamistes. (p. 121) » 17

Pascal Boniface ne sait-il pas lire l’anglais ou ment-il de façon tout à fait consciente ? La question se pose sachant que Caroline Fourest a déjà répondu, très clairement, à cette présentation tout à fait malhonnête de sa tribune, dont elle n’a pas choisi le titre (il est toujours ajouté par le responsable des pages). Loin d’être à l’opposé de ce qu’elle dit en France, cette tribune reprend très exactement sa thèse développée dans Le choc des préjugés : l’impasse des postures sécuritaires et victimaires (Calmann-Lévy, 2006). À savoir que les anglo-saxons ont tort de voir dans ces révoltes un danger islamiste ! Sa tribune commence très exactement par ces mots : « Les émeutes auxquelles nous avons assisté en France ces dernières semaines ne sont ni ethniques ni religieuses. Mais le symptôme d’un malaise social, économique et identitaire. » Dans la suite, elle explique qu’en revanche le creusement des inégalités, le manque de travailleurs sociaux et le recule d’État-providence peuvent, eux, faciliter le basculement de certains enfants d’immigrés dans l’alternative islamiste ! On est très loin des raccourcis de Pascal Boniface. À propos de Thérèse Delpech : une audition tronquée Autre exemple de manipulation. A propos de l’audition de Thérèse Delpech à l’Assemblée nationale comme Commissaire pour les affaires irakiennes à la Commission de contrôle, de vérification et d’inspection des Nations unies (CCVINU). Pascal Boniface fait un raccourci pour le moins malhonnête en citant cette phrase de son audition : « Les experts ont par ailleurs constaté l’existence d’un véritable système de dissimulation active de la part de l’Irak. » Puis en enchaînant, la phrase d’après, sur cette déduction : « En clair elle suggère assez fortement, au nom du principe de 18

précaution, d’appuyer le projet de Bush de lancer la guerre contre l’Irak ». On notera le raccourci facilité par le très commode « en clair ». En réalité, nulle trace de cette position dans cette audition, dont Pascal Boniface « omet » de citer la conclusion. Il suffisait pourtant de se rendre sur le site de l’Assemblée nationale. La voici : « Mme Thérèse Delpech a finalement à nouveau insisté sur le constat d’incertitude relatif à l’état de l’armement irakien. Ces incertitudes ne doivent pas être interprétées comme des détentions avérées mais comme des points à éclaircir, c’est pourquoi le rapport de Hans Blix et de son équipe est intitulé « questions de désarmement non résolues ». En d’autres termes, loin de prôner l’emballement à la Georges Bush, Thérèse Delpech insiste au contraire, comme l’ONU, pour ne pas confondre la tentative d’obstruction du régime irakien avec la preuve d’une présence d’armes de destruction massive « avérée »… Par esprit de rigueur. Une rigueur qui manque décidément cruellement à Pascal Boniface. Source : Assemblée nationale, Compte-rendu des débats, http://www.assemblee-nationale.fr/12/cr-cdef/02-03/ c0203030.asp#TopOfPage

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Non seulement Pascal Boniface se plante sur la longévité du régime , mais encore il révèle son fanatisme pro-iranien en affirmant que l’Iran a pris ses distances aves Assad. Tous les observateurs honnêtes savent qu’il n’en est rien, et que les pasdaran aident leurs collègues de Damas à réprimer férocemment les manifestations. Pascal Boniface nous donne-là, une belle illustration croisée de son incompétence et de sa complaisance.

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ROI DE LA « COQUILLE » Dans Les Intellectuels faussaires, Pascal Boniface fait la leçon et croit avoir déniché la preuve de l’imposture de ceux qu’il poursuit de sa morve en pointant du doigt qu’ils font des « coquilles »… Parce qu’ils se trompent sur une date ou en note de bas de page. La belle affaire. Pascal Boniface se pense à l’abri de ce risque… Puisqu’il fait très peu de notes de bas de page (ce qui permettrait au lecteur de connaître ses sources et de vérifier par lui-même), sauf pour se citer. Et pourtant, il n’a pas de leçons à donner en termes de « coquilles ». D’autant qu’il ne s’agit pas, dans son cas, de simples erreurs (ce qui arrive à tous les auteurs) mais de grossières boulettes. Quelques exemples comiques, à faire pâlir d’envie le fameux Botul… Le Hezbollah, un «mouvement athée» ! « Le Hezbollah, un mouvement athée ». « Une coquille » selon Pascal Boniface, qui n’a pas vraiment expliqué comment un spécialiste des relations internationales et du Proche-Orient — censé connaître deux mots d’arabe — peut ripper sur son clavier au point d’écrire pareille énormité : Hezbollah, en arabe, voulant dire… « Parti de dieu ». Surprise ! L’expression a disparu de l’édition de poche ! Le site pascalbonifaceintellectuelfaussaire.blogspot.com, dans lequel nous avions dénoncé cette bourde inexcusable pour quelqu’un qui se dit « expert en géopolitique », y est peutêtre pour quelque chose… 21

Surprise ! L’expression a disparu de l’édition de poche ! Le site pascalbonifaceintellectuelfaussaire.blogspot.com, dans lequel nous avions dénoncé cette bourde inexcusable pour quelqu’un qui se dit « expert en géopolitique », y est peut-être pour quelque chose… Théodore ou Franklin, quelle importance ! Au détour d’un passage intitulé « De la malhonnêteté intellectuelle en général », Pascal Boniface étale sa culture historique en citant une phrase prononcée par Roosevelt à l’égard du dictateur nicaraguayen Somoza: « c’est un fils de pute, mais c’est notre fils de pute ». Une phrase qu’il attribue à Théodore Roosevelt. Problème : Théodore Roosevelt, 26e président des Etats-Unis, est mort en 1919… Soit vingt ans avant cette fameuse phrase. C’est un autre Roosevelt, Franklin D. Roosevelt, qui l’a prononcé. Rappelons à nos lecteurs que Pascal Boniface est censé être spécialiste en géopolitique et que ce chapitre est destiné à montrer que des intellectuels sont des « faussaires » parce qu’ils font des erreurs. 22

Re-surprise : la phrase a été corrigée dans l’édition de poche ! Y serions-nous là encore pour quelque chose ? Décidément, Pascal Boniface devrait nous remercier… Vous connaissez la fameuse phrase de Voltaire… Pour critiquer Philippe Val, Pascal Boniface use d’une citation que beaucoup — lui compris — attribue de Voltaire « je ne suis pas d’accord avec vous, mais je me battrais jusqu’au bout pour que vous puissiez exprimer vos idées ». Dommage que notre donneur de leçon préféré n’ait pas pris le temps de se renseigner… Il aurait appris que cette citation est attribuée à tort à Voltaire et qu’elle est en réalité d’Evelyn Beatrice Hall, une auteure anglaise qui résume ainsi la position de Voltaire.

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Lévinas, un physicien bien sûr ! Dans son pamphlet intitulé Est-il permis de critiquer Israël?, Pascal Boniface croit impressionner en citant Emmanuel Levinas. Célèbre philosophe d’origine juive ukrainienne naturalisé français, auteur de plus de trente livres majeurs de la philosophie contemporaine, écrits entre 1930 et 1995 (date de son décès). Mais pourquoi donc le citer à propos d’Israël ? Visiblement, Pascal Boniface a envie de mettre en avant un auteur dont il précise qu’il était « juif » mais aussi... « physicien » ! On peut le lire page 95 de cet ouvrage : « le physicien juif Emmanuel Lévinas ». Oups. Et Botul alors, il était philosophe ou physicien ?

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« EXPERT » EN GEOPOLITIQUE, VRAIMENT ?

Pascal Boniface a la réputation d’être un bon « vulgarisateur » et un vrai « pédagogue ». Voyons ce qu’il en est ! Pascal Boniface ne croyait pas au risque du 11 septembre ! Malgré ses nombreuses erreurs, des déclarations souvent approximatives et indéchiffrables, Pascal Boniface est souvent invité à donner son avis sur le monde dans les médias. Ce qui donne lieu à des prévisions sentencieuses qui se sont révélées… totalement à côté de la plaque. On peut lire en mai 2001 la phrase suivante : « Je ne crois guère au développement d’un terrorisme de masse. (…) Je ne pense donc pas, contrairement à certains, que nous verrons des actes terroristes entraînant des milliers de victimes ». (Pascal Boniface, in Les guerres qui menacent le monde, Béatrice Bouvet et Patrick Dernaud, Kiron – Editions du Félin, 2001). Une déclaration similaire, reprise par Le Canard Enchaîné, aurait dû mettre fin à sa carrière de géopoliticien. Il y juge le terrorisme de masse «hautement improbable» (Canard enchainé 09 mai 200)1. Source : http://jcdurbant.wordpress.com/2011/08/11/plagiat-pascal-boniface-ou-larroseur-arrose-people-who-livein-glass-houses-shouldnt-throw-stones/ 25

Pascal Boniface se vautre sur… la présidentielle de 2007 Le 30 janvier 2007, alors que l’élection présidentielle française se profile et qu’elle va bientôt consacrer Nicolas Sarkozy, un journal suisse pourtant fort rigoureux, Le Temps, prédit : « Le prochain président français sera moins arrogant ». Mais où va-t-il chercher pareille prophétie ? Il s’agit en fait d’un article résumant le dernier livre de Pascal Boniface, Lettre ouverte à notre futur(e) président(e) de la République sur le rôle de la France dans le monde, à partir d’une interview avec son auteur. Bien vu ! Source : « Le prochain président français sera moins arrogant », Le Temps, 30 janvier 2007. … les chemises rouges en Thaïlande Si Pascal Boniface peut commettre des erreurs de jugement grossières concernant son domaine de prédilection, le Proche-Orient, on devine le niveau de son expertise sur d’autres continents comme l’Asie. Invité à livrer son regard « d’expert » sur l’affrontement des « chemises rouges » et « jaunes » en Thaïlande, il commet un contresens montrant qu’il ne connaît tout simplement rien au sujet et se raccroche à la couleur des chemises pour meubler. Rappel des faits : En septembre 2006, le milliardaire et premier ministre Thaksin Shinawatra est chassé du pouvoir par un coup d’état. Depuis quelques semaines, il accumule les accusations de corruption. 1,5 milliards aurait disparu des caisses. Il a notamment fait voter une loi permettant la défiscalisation de la vente de ses avoirs dans une multinationale dont il était propriétaire. Les organisations de défense des droits de l’homme lui reprochent d’avoir fait exécuter près 26

de 2500 personnes sous prétexte de lutter contre le trafic de drogue. L’homme quitte le pays afin d’échapper à la justice. Ses avoirs sont gelés. Ses partisans, les chemises rouges, décident de descendre dans la rue pour protester contre les inculpations dont il est l’objet. Des bâtiments sont incendiés à Bangkok. Les partisans de Thaksin vont même jusqu’à se taillader la peau pour maculer des bâtiments de leur sang. Choqués et lassés par la corruption, des citoyens ordinaires, mais aussi des journalistes autour de Sondhi, propriétaires de plusieurs journaux, rejoints par des intellectuels, s’opposent aux chemises rouges. Ce sont les chemises jaunes. Certes la couleur de la monarchie, mais aussi symbole de l’État de droit. Contre ceux qui veulent conserver l’ordre établi de la corruption. Une vision bien trop complexe et nuancée des enjeux pour Pascal Boniface. Invité à commenter, comme très souvent, à « C dans l’air », il parle des chemises rouges et de leurs actions comme le combat de « progressistes » contre les conservateurs que seraient les chemises jaunes ! Eh oui, Pascal, la géopolitique c’est plus compliqué que le foot… … les révoltes arabes À force de se tromper, Pascal Boniface a compris que l’expression brouillonne était le meilleur moyen de rester prudent. Ses pronostics sont si fumeux et à double sens qu’ils veulent dire tout et son contraire, chacun pouvant y lire ce qu’il veut… Exemple lors de l’entretien accordé à René Raffin pour Le Progrès, le 3 avril 2011. La question est claire : « Alain Juppé juge irrépressible le mouvement de révolte arabe. Partagez-vous cette idée ? » La réponse, moins… Explication embrouillée du directeur de l’IRIS :

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« Je ne crois pas qu’il y aura un effet domino comme cela s’est produit à l’Est de l’Europe à la suite de l’effondrement de l’URSS. En revanche, je crois que tous les pays du monde arabe vont, en effet, être touchés par cette onde de choc. Mais selon des modalités diverses, car ces pays sont tous différents. On constate d’ailleurs que les formes de ces révolutions sont diverses. En Tunisie, il s’agit d’une véritable révolution populaire. En Libye, la révolution s’apparente à une guerre civile. En Egypte, elle tient à la fois de la révolution populaire et de la révolution de palais. Enfin, je voudrais ajouter que ce mouvement ne se limitera pas, à mon avis, au seul monde arabe. L’Afrique noire ne sera pas épargnée. L’Asie non plus. » L’effet domino a bien eu lieu. Mais Pascal Boniface nous dira qu’il y a donc bien eu lieu plusieurs mouvements en même temps… Ce qui n’était, pour le coup, pas très difficile à prévoir. A l’été 2011, Boniface revient d’Egypte. Sa conclusion ? « Les motifs d’optimisme l’emportent. (..) L’Egypte est de nouveau sur ses pieds » (« Retour d’Egypte », Affaires stratégiques, 15 juillet 2011). Transmis aux victimes de la répression des manifestations de rue, aux Coptes écrasés par les chars, aux femmes soumises à la pression des salafistes… …le nucléaire iranien Boniface nous parle souvent de la crise nucléaire iranienne. Mais ses compétences sur le sujet semblent pour le moins limitées. Lorsqu’il évoque le rapport des agences américaines de renseignement publié en 2007, il se plante totalement. Non, ce texte n’a jamais dit que « l’Iran ne poursuivrait pas un programme d’enrichissement du nucléaire pour un usage 28

militaire » (Les intellectuels faussaires, éd. de poche, p. 149). D’abord, la phrase ne veut absolument rien dire : on enrichit de l’uranium, pas du « nucléaire »… Mais surtout, le rapport en question ne disait pas du tout cela : il affirmait seulement que les activités de militarisation avaient sans doute été interrompues en 2003, tout en notant que… le programme d’enrichissement de l’uranium, lui, continuait ! Rebelote dans son dernier livre Le monde selon Sarkozy : évoquant l’accord entre l’Iran, la Turquie et le Brésil (2010), il le décrit comme prévoyant « le transfert de tout l’uranium iranien vers la Turquie en échange d’uranium enrichi (..) et l’arrêt des activités d’enrichissement de l’uranium par les Iraniens » (p. 261). Encore tout faux ! L’accord ne prévoyait que le transfert d’une partie de l’uranium iranien vers la Turquie ; il envisageait, en échange, la livraison de combustible pour le réacteur de Téhéran ; et, surtout, ne demandait nullement l’arrêt des activités d’enrichissement …et Israël, bien sûr ! Dans un entretien avec Bernard de la Villardière (lesinfos. com, 29 juin 2011), Boniface nous apprend que « l’existence d’Israël comme Etat n’est contestée par personne. » Pardon ? Quelqu’un pourrait-il lui lire, par exemple, les dizaines de déclarations officielles iraniennes depuis 1979 sur l’illégitimité de l’Etat d’Israël ? Ou encore la Charte du Hamas ? Ou le nom des 26 états qui ne reconnaissent toujours pas Israël ? Pour Boniface, l’opération israélienne contre le Hamas à Gaza (2008) aurait fait « près de 1400 morts dans la population civile » (Les Intellectuels faussaires, éd. de poche, p. 106). C’est une erreur grave (ou un mensonge ?). Boni29

face prétend ainsi que l’armée israélienne ne s’en prend pas aux combattants. Pire que cela : il établit un parallèle avec les opérations israéliennes et celles des sbires du colonel Kadhafi : « BHL n’avait rien trouvé à redire aux bombardements de populations civiles lors des guerres du Liban et de Gaza alors qu’il s’indigne du même type d’opération en Libye » (Le monde selon Sarkozy, p. 201). Peut-être penset-il que le Hamas, qui ne dirige pas un Etat au sens strict du terme et ne dispose pas d’une armée régulière, doit ainsi être considéré comme une ONG humanitaire pacifique ne dirigeant que des « civils »? Mais allons aux faits. Selon Amnesty International, organisme peu connu pour son alignement sur les positions israéliennes, sur 1400 tués, la proportion était de 50% de combattants et de 50% de civils. On retrouverait donc là la même proportion que dans l’immense majorité des conflits : car les victimes des guerres sont généralement pour environ la moitié des combattants, pour l’autre moitié des civils. Source : Amnesty International, Operation Cast Lead, 22 Days of Death and Destruction, 2009 Quand Pascal Boniface relativise le danger terroriste Pour Pascal Boniface, le terrorisme palestinien a une explication très simple : il s’agit, nous dit-il dans sa note au Parti socialiste de 2001, de « désespérés, qui sont prêts au suicide parce qu’ils n’ont pas d’autres horizons ». Ben voyons. Tous les spécialistes du terrorisme jugeraient cette explication comme étant confondante de naïveté. On renverra notre géopoliticien à leurs ouvrages (ceux de Marc Sageman par exemple). 30

Mais pour Boniface, le terrorisme ce n’est finalement pas grand-chose. « Quand on voit, en termes de nombres de morts, ou en termes de danger réel, je pense que, par exemple le réchauffement climatique est une menace beaucoup plus lourde pour l’avenir de l’humanité que le terrorisme » (Entretien à Oumma.tv, septembre 2008). On peut douter de la pertinence de ce raccourci fulgurant. On peut aussi penser que les populations d’Asie du sud – aujourd’hui les premières victimes du terrorisme, qui y tue bien plus que le changement climatique – ne se retrouveront pas forcément dans ce diagnostic. Mais nous allons simplement mettre l’auteur devant ses propres contradictions. Boniface conteste l’idée, très répandue, selon laquelle la question terroriste est un enjeu géopolitique majeur, au motif qu’il fait assez peu de morts. Soit. Mais pourquoi, dans ce cas, affirmer que le conflit du Proche-Orient est « central, bien qu’il fasse moins de morts que le Darfour, la Tchétchénie ou la Sierra Leone » (Halte aux feux, p. 28)? Serait-ce alors en raison de l’occupation israélienne de Cisjordanie ? Mais elle n’est pourtant pas unique en son genre : que l’on pense par exemple au Cachemire, au Sahara occidental ou à Chypre… Deux poids, deux mesures. Enfin, on aura relevé que cette déclaration est faite … sur un site proche des Frères musulmans, Oumma.com, sans doute très heureux d’apprendre que poser une bombe est quand même moins grave que de bouder les ampoules basse consommation. Source : http://www.dailymotion.com/video/x6sthy_pascal-boniface-50-idees-recues_news

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Toujours sur le terrorisme Boniface évoquait en 2006 « la volonté américaine de le présenter comme une quatrième guerre mondiale » (Halte aux feux, p. 201). Sottise. Les dirigeants américains n’ont jamais repris à leur compte cette expression dramatisante et quelque peu absurde (mais dont Boniface fera un livre entier en 2005, Vers la quatrième guerre mondiale ?). Attribuée à l’expert Eliot Cohen, elle avait été popularisée, dans les cercles néoconservateurs, par Norman Podhoretz. Bonne chance aux étudiants de Pascal Boniface ! On le choisit comme professeur à ses risques et périls intellectuels…

Pascal Boniface intervenant sous la tente du Hezbollah au Liban

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DROLES DE RESEAUX

L’ ami bienveillant des dictatures La guerre idéologique est quelque chose de courant, voir de nécessaire dans une démocratie. Il est sain que le débat existe, encore faut-il que certaines règles soient respectées. On ne peut accuser un tiers de pratiques qu’on n’applique pas à soi-même. Surtout quand on le fait sous couvert de liberté d’expression pour défendre des régimes qui l’accorde à aucuns de ses citoyens, sauf exception (le plus souvent en ce qui concerne l’attaque envers des pays étrangers hostiles) : Beaumarchais en bénéficiait sous Louis XVI, mais seulement afin de fustiger la couronne anglaise. Avec Pascal Boniface, on est un peu dans la même configuration. Sauf que pour cette fois, il défend la politique de régimes dictatoriaux dans son propre pays. En effet, il a une curieuse façon de décrire le régime iranien ou chinois, toujours qualifié par des euphémismes, refusant leurs caractères dictatoriaux. A propos d’Ahmadinejad Il est par exemple le seul expert à oser soutenir que la fraude électorale en Iran n’a pas pu être si grande et qu’Ahmadinejad a sans doute été élu par son peuple, et surtout que seulement « les Occidentaux étaient déçus par les résultats ‘officiels’ des élections ». Un peu dur de café quand on sait le prix qu’a payé les démocrates iraniens emprisonnés dans 33

les geôles de Téhéran. Oui, c’est sûr, la torture et l’exécution peuvent décevoir… Voir : http://www.youtube.com/watch?v=R72tG_ C9oZk&feature=related Toujours sur l’Iran Interrogé sur l’Iran par Le Nouvel Observateur, Pascal Boniface déclare : « A travers les âges, L’Iran a vécu le monde extérieur comme étant percée de menaces. Aujourd’hui lorsqu’on regarde le dispositif militaire autour de l’Iran, on voit que l’Iran a des raisons légitimes de s’inquiéter. » Mais au fait, qui finance l’IRIS ? Il est courant que dans l’histoire d’instituts, de think-tanks ou d’organes de presse spécialisé, il y ait des financements plus ou moins douteux. Serait-il donc légitime de se poser la question de la provenance des financements du laboratoire privé de Monsieur Boniface ? D’ambassades, de gouvernements, d’entreprises ? Lesquels ? Quand on lui pose la question, M. Boniface dit avoir des mécènes reflétant la « diversité » et être en règle car ses comptes ont été validés par un commissaire aux comptes. Ce qui ne veut pas dire grand chose. Les financements, même venant de sources peu recommandables, peuvent être parfaitement légaux. Par contre, cela prouve seulement qu’il reçoit des subventions publiques, notamment du Quai d’Orsay. Vive l’indépendance d’esprit, qu’il prône comme pour se diférencier des « autres » experts…

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! Quel que soit son financement public, il ne suffit pas à expliquer les moyens dont l’IRIS bénéficie pour salarier tant de chercheurs, alors que la recherche publique souffre tant de manque de crédits. Et surtout, il peut très bien recevoir de l’argent de gouvernements étrangers sans qu’un commissaire aux comptes ne trouve rien à y redire. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le directeur de l’IRIS, Pascal Boniface, n’est pas un grand adepte de la transparence. Que ce soit à propos des financements du Quai d’Orsay (nullement mentionnés ci-dessous), ou de ses activités, sobrement présentées comme en liaison avec « les centres de recherches étrangers et avec les milieux économiques, politiques et diplomatiques ».

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De qui parlons-nous ? Pour se faire une idée de ses possibles accointances, il suffit peut-être de l’entendre sur la Russie, la Chine, sur le Qatar, ou sur l’Iran, et comprendre combien ses obsessions rendent ces propos de chercheurs sujets à caution. Une certaine tendresse pour la Russie de Poutine Boniface se risque parfois à évoquer la Russie. Mais toujours avec prudence : « le citoyen russe sous Poutine n’est pas tout à fait autonome et ses droits ne sont pas entièrement établis ». Qu’en termes délicats ces choses-là sont dites ! Les journalistes assassinés, les manifestants battus, les citoyens arbitrairement emprisonnés apprécieront… Qu’ils ne s’inquiètent pas : « Les Russes vont à leur rythme vers une plus grande démocratisation » (« Au-delà des apparences, la Russie change », Affaires stratégiques, 5 décembre 2011). Bon défenseur... de la Chine Quand des militants des droits de l’homme réclament un boycott des Jeux olympiques en Chine pour soutenir le Tibet, il gronde : « Un pays qui boycotterait les JO de Pékin paierait un prix économique et commercial très lourd ». Qu’est-ce que l’honneur des démocraties, quand on lui préfère les jeux du cirque... Le 27 mars 2008 il déclarait dans un entretien au Parisien à 36

propos de celles et ceux qui appelaient au boycott : « Ce sont des gens très isolés. Amnesty International, Human Rights Watch ne proposent pas le boycott. Le dalaïlama non plus. Ceux qui le prônent, et se veulent plus Tibétains que les Tibétains, se limitent à quelques intellectuels. [...] S’ils veulent boycotter, ils n’auront qu’à ne pas allumer la télé. [...] À ceux (NDLR : non sportifs) qui disent boycott, je réponds : ‘Dans quelle discipline concourrez-vous ?’ Les partisans du boycott parlent et décident pour les Tibétains, pour les opposants chinois, pour les sportifs, qui ne leur ont rien demandé ». (Cf Jacques Segal). Pascal Boniface n’hésitera pas à participer, du 28 mars au 1er avril, au séminaire franco-chinois organisé par Mme Fu Ying, vice-ministre des Affaires étrangères, destiné à préparer la visite en Chine du président Sarkozy à la fin du mois. La rencontre avait été organisée par les autorités de Pékin, soucieuses de mieux faire passer leur message auprès d’une opinion publique française qu’elles jugent parfois antichinoise. Visiteur VIP sous Ben Ali Pascal Boniface n’a pas non plus hésité à se rendre au moins une fois par an en Tunisie aux frais du régime dictatorial de BenAli. En 2009, il était même présent au symposium international du parti de Ben Ali, le RCD, à Tunis. Une présence impliquant un soutien financier. Les auteurs de Tunis connection écrivent que « «certains universitaires» comme Pascal Boniface «ont participé à des colloques en Tunisie, sans tellement prendre garde à l’effet politique induit par leur présence». Suite à une intense pression sur le site Mediapart, Pascal Boniface obtiendra un 37

droit de réponse et une forme de blanc seing. Une aubaine pour celui qui aura participé tous les ans à la com du régime dont ne bénéfiront pas d’autres personnalité épinglés par Tunis Connection pourtant bien moins impliqués que Pascal Boniface, mais qui auront eu l’honneteté de reconnaître le financement par la dictature.

Ah, ce cher Qatar ! Certains journalistes trouvent que les Emirats et le Qatar utilisent leur argent de manière indélicate pour acheter des clubs, obtenir que des tournois aient lieu sur son sol (Ipad et voyages offerts aux jurés). Qu’ils n’aient crainte, Pascal Boniface veille au grain. Ce qui est normal, au fond sa spécialité, c’est le sport. Il décrypte ainsi la charge anti-Qatar par : « Une grande partie des réactions négatives au choix du Qatar vient d’une difficulté, pour une grande partie des élites occidentales, à saisir les conséquences réelles de la mondialisation. » Entendez que lui n’a pas la même réaction ni les mêmes pudeurs... Ici, on peut voir qu’Alain Cayzac (ex-PDG du PSG) a récemment été invité à son institut pour faire la promotion de son dernier livre :

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Et là, on peut voir comment Cayzac a joliment fait la promotion d’un fond d’investissement qataris pour la vente du PSG :

Pas étonnant que Boniface puisse défendre à ce point le Qatar, grande démocratie reconnue dans le monde à coups de pétrodollars. On peut aussi maintenant deviner qui sont ces « centres de recherches étrangers et avec les milieux économiques, politiques et diplomatiques »… A partir de 2004, un homme fait son entrée dans le Conseil d’administration de l’IRIS. Il s’agit de Luc Debieuvre, directeur général de la succursale parisienne de la Qatar national bank...

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LA REFERENCE DES ISLAMISTES ET DES FRONTISTES Faut-il s’étonner qu’avec de tels réseaux et de tels propos, Pascal Boniface puisse avoir réussi l’exploit de devenir à la fois la référence de certains islamistes et de certains frontistes, et soit invité dans les cercles partageant les mêmes adversaires... Laïques ou tout simplement juifs ? L’allié constant des islamistes Pascal Boniface reprend à son compte les mêmes amalgames que les intégristes musulmans, qu’il fréquente volontiers. Dans ses livres et textes, la défense de la laïcité ou la critique de l’intégrisme musulman est très vite qualifiée d’« islamophobe ». Le seul fait d’enquêter sur Al Qaïda ou Tariq Ramadan est jugé douteux. Même quand ces enquêtes viennent de journalistes antiracistes comme Caroline Fourest ou Mohamed Sifaoui, qui ont toujours distingué l’islam de l’islamisme. Peut être parce que Boniface, lui, ne fait pas bien la distinction… Logique quand ses procès d’intentions et ces accusations ressemblent à des copiés-collés du fameux Tariq Ramadan. Boniface intervient d’ailleurs Si bien qu’il intervient régulièrement dans le site Oumma.com, lieu « d’information » dédié à la propagande pro-Tariq Ramadan. Ou encore Saphirnews, un autre site pro-voile islamique.

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Encore plus logique quand on sait qu’il intervient volontiers auprès des cercles des Frères Musulmans, pour qui il a une vraie sympathie. Pour preuve, Pascal Boniface était présent au dernier congrès de ses représentants en France, l’UOIF (Union des Organisations Islamiques de France). Aux côtés d’Hani Ramadan, l’homme qui justifie le Sida comme une « punition divine » et justifie les châtiments corporels comme la lapidation comme un acte de « purification » (voir Le Monde du 10 septembre 2002).

Il y était également en 2010 et en 2012… Pascal Boniface et le très controversé Centre Zayed Du 22 au 25 janvier 2002, Pascal Boniface est invité au Centre Zayed. Quelques semaines avant Thierry Meyssan (8 avril 2002, l’auteur de L’Effroyable Imposture). Une invitation généralement synonyme de dotations financières importantes. Le Centre Zayed est un think-tank créé en 1997 sous l’impulsion de l’émir d’Abu Dhabi Cheikh Zayed Ben Sultan Al Nehyane, président des Émirats Arabes Unis. L’essentiel de la production du Centre 42

se compose de textes anti-israéliens et même antisémites décrivant pour la plupart les juifs comme des « ennemis des nations » ou de « tricheurs dont l’avarice dépasse toutes les frontières ». En mars 2003, par exemple, le Centre a invité Michael Collins Piper, un américain dont la conférence a eu pour but de démontrer que les juifs contrôlaient le gouvernement américain et que l’assassinat du président Kennedy était en réalité l’œuvre du Mossad. Il explique aussi que les Protocoles n’étaient pas un faux mais bien un programme tout à fait d’actualité : Israël étant en train de fabriquer une bombe ethnique destinée à « éliminer la race arabe ». Autre intervenant, Jurgen Mollemann, n’a pas hésité pas à comparer Israël à l’Allemagne nazie. Pour lui, les Juifs portent dangereusement atteinte à l’image que les Allemands ont d’eux-mêmes en perpétuant la mémoire de l’Holocauste. Ces propos ne sont pas des conférences isolées mais bien des interventions rencontrant les préoccupations du Centre. Il suffit de lire la lettre envoyée par la direction du Centre à Mollemann pour s’en rendre compte. Dans cette lettre, écrite par Muhammad Khalifa pour inviter Mollemann à intervenir le 6 juillet 2002, le Centre loue ses « prises de position courageuses au sujet des accusations juives d’antisémitisme (…) C’est pourquoi nous avons le plaisir de vous inviter à donner une conférence au Centre Zayed sur un sujet lié au thème du sémitisme ». D’ailleurs, le think-tank est connu pour avoir reçu et soutenu les négationnistes David Irving et Roger Garaudy. Pascal Boniface s’est donc retrouvé en très bonne compagnie lorsqu’il a été reçu au Zayed Center for Coordination and Follow-Up le 22 février 2003. Inutile de préciser que le Centre Zayed (désormais fermé) savait se montrer très généreux avec ses intervenants. On parle de subvention/cachets pouvant aller jusqu’à 1 million de dollars. Sources : • MEMRI : http://www.memri.org/report/en/0/0/0/0/0/0/867.htm • Fiammetta Venner, L’Effroyable Imposteur (Grasset) 43

Marine Le Pen et Bruno Gollnisch en raffolent ! Visiblement, Pascal Boniface ne sait plus où donner de la tête. Après avoir été l’idole des islamistes, il est aujourd’hui adoré par l’extrême droite. Il est vrai que les deux courants ont souvent les mêmes ennemis… Son livre sur Les intellectuels faussaires a été salué comme « un modèle de courage face à l’establishment » par Bruno Gollnisch.

Source : http://www.gollnisch.com/mot-cle/pascal-boniface/ On notera aussi l’assiduité de Pascal Boniface au colloque annuel de géopolitique de l’ESC Grenoble, organisé par l’ancien Néo-nazi des FANE (années 70), Pascal Gauchon. 44

Il y croise notamment Aymeric Chauprade, Yvan Blot ou encore Alain Soral. Marine Le Pen a fait du livre de Pascal Boniface sa bible contre Caroline Fourest, allant jusqu’à la traiter de « menteuse » en citant Pascal Bonniface sur le plateau de l’émission de David Pujadas (Des paroles et des actes) où elles s’affrontaient… Caroline Fourest venait de mettre en difficulté Marine Le Pen en citant un extrait du site du FN

clairement raciste et douteux sur les musulmans, Marine Le Pen lui répondra en la traitant de « menteuse »... et en se référant à Pascal Boniface, qui l’a traite de menteuse pour avoir critiqué l’islamisme et Tariq Ramadan. Les grands esprits se rencontrent.

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Après ce coup de pouce et de pub fait par Marine Le Pen, le livre de Pascal Boniface a été recommandé par toute la galaxie FN. Encore un effort, et il finira par déboulonner Faurisson et Garaudy dans le cœur des nationaux-radicaux antisémites...

Pascal Boniface, Alain Soral et le Centre Zahra Les liens de Pascal Boniface avec l’extrême droite ne sont pas seulement théoriques. Pascal Boniface a volontiers accepté d’intervenir aux côtés d’Alain Soral, ancien conseiller de Jean-Marie Le Pen et responsable FN. L’invitation venait de Robert Ménard et de son « média », perfusé par le Qatar. La rencontre a eu lieu le 7 avril 2009 à la Maison de la photographie. Voir : http://www.youtube.com/watch?v=tUc1EXvJWGE

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Les images sont diffusées par le Centre Zahra, officine destinée à diffuser la propagande pro-mollahs et du régime iranien. Le Centre Zahra n’est pas la puissance invitante de cette soirée mais ses troupes étaient très présentes ce soir-là. Et pour cause, ces partisans du Hezbollah peuvent se reconnaitre dans l’antisémitisme forcené d’Alain Soral, avec qui elles militent au sein de Egalité et réconciliation, et apprécier les analyses de Pascal Boniface... Lors de la conférence, en présence de Boniface, Alain Soral dira : « Plus le temps passe et plus on peut aller vers la réconciliation, et passer, ce que j’appellerais de la mémoire à l’histoire, c’est à dire, aller vers le sérieux, or, il se passe strictement l’inverse. Plus la guerre s’éloigne, plus la version officielle sur la guerre est devenue délirante ... ce n’est plus qu’un combat du bien contre le mal, le bien étant incarné d’ailleurs par les juifs, et le mal par tous les autres qui n’adhèreraient pas à cette version et on est aujourd’hui face à ce que j’appellerais une espèce d’hérésie siono-shoatique qui a pris la place du christianisme, du catholicisme ... et même qui a pris la place du judaïsme ... La Shoah devient la nouvelle religion ... » Même s’il n’est certainement pas lui-même négationniste, Pascal Boniface n’a pas jugé bon de se lever et de partir. En restant, il a cautionné les propos d’Alain Soral. Il a même ajouté : « Pour ma part, j’ai toujours accepté ce type de débats et n’ai jamais refusé de participer à un colloque, une émission pour cause de désaccord avec l’un des participants. » Et si la dialogue peut rester courtois, c’est que les désaccords entre ces deux participants sont peut-être moins im47

portants que leurs points d’accord...

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OBSEDE PAR ISRAËL… ET PAS SEULEMENT

Une note très limite sur les juifs (et les musulmans) En avril 2001, Pascal Boniface rédige note interne pour le PS. Publiée dans Le Monde, elle provoque une immense indignation. Il y développe l’idée, antirépublicaine et communautariste, que les musulmans en France étant bien plus nombreux que les Juifs, le PS devrait critiquer davantage Israël... Non pas parce la cause est juste mais faute de quoi les élections à venir risquent d’être compromises ! Ce qui choque n’est pas le fond : souhaiter que le PS critique plus vigoureusement la politique israélienne (il aurait pu le faire en invoquant les droits de l’homme ou le refus de la colonisation…). La polémique vient du fait qu’il essentialise les juifs et les musulmans de France, et surtout qu’il incite à choisir un camp par calcul. Façon détestable d’importer le conflit et de pratiquer une sorte de chantage électoraliste. Nombre de ténors du PS décident alors qu’il n’a plus sa place au parti. Ce qu’il interprète, bien sûr, comme le fait qu’il a dérangé le « lobby » et signe le début de sa grande paranoïa à ce sujet. Boniface s’est défendu, par la suite, de raisonner de manière électoraliste. Mais comment cette dénégation pourrait-elle être crédible, dès lors que sa note évoquait la perspective de « perdre les élections » faute de ne pas changer de voie ?

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La note comprenait d’autres passages peu ragoûtants. « Peut-on diaboliser [Jörg] Haider et traiter normalement Sharon (..) ? » s’interrogeait Boniface. Difficile de ne pas voir apparaître derrière cette interrogation, qui se voulait peut-être ingénue, le parallèle, souvent fait dans certains milieux d’extrême gauche, « Israéliens = Nazis ». Une étrange fixation « Je ne suis en rien obsédé par le conflit israélo-palestinien » (Les Intellectuels faussaires, éd. de poche, p. 217). Prenons acte du fait que Boniface se défend d’être seulement antisioniste et a toujours reconnu publiquement le droit d’Israël à « exister ». (C’est gentil de sa part.) Mais constatons que notre « expert », qui ne manque jamais une occasion – à juste titre – de se préciser qu’il ne se décrit pas comme un spécialiste du Proche-Orient, n’en entretient pas moins une étrange obsession vis-à-vis de ce pays. A la suite de la controverse sur la note de 2001, Boniface avait publié un ouvrage intitulé Est-il permis de critiquer Israël ? (On ne savait pas que la question pouvait se poser.) Notre homme s’installait dans une posture victimaire dont il ne sortira plus. Pour lui, la lutte contre l’antisémitisme s’est mue « en un nouveau néo-maccarthysme, en chasse aux sorcières » (Halte aux feux, p. 129). Rien de moins. Et ce qualificatif de maccarthysme n’a pas été lancé à la légère, puisqu’il apparaît également dans les Intellectuels faussaires (éd. de poche, p. 34). On ne savait pas qu’en France, il existait une commission parlementaire chargée de traquer la critique d’Israël, de stigmatiser ceux qui s’y prêtaient, et de les mettre sous les verrous. En revanche, Boniface ne se prive pas de reprocher à un ex50

pert d’avoir « plus souvent défendu les points de vue américains que français » (Les intellectuels faussaires, éd. de poche, p. 142). Cette accusation correspond parfaitement à la définition d’une forme de « maccarthysme intellectuel ». Et elle est assez mal venue de la part de quelqu’un qui écrit dans son dernier livre, Le Monde selon Sarkozy, « je ne suis pas un soutien inconditionnel de la France » (p. 277) ou « j’aime la France, mais sous conditions » (p. 279). C’est son droit. Mais qu’il ne vienne pas reprocher aux autres de ne pas défendre « les points de vue français »… Et d’ailleurs, quels points de vue défend-il lui-même? Pour Boniface, Israël aurait mérité, en 2002, d’être inscrit dans « l’axe du Mal » de George Bush au même titre que l’Irak, l’Iran ou la Corée du nord (Halte aux feux, p. 85). La brutalité de la comparaison laisse pantois. (Que cela ait pu être une mauvaise plaisanterie ne change rien à l’affaire ; Dieudonné aussi fait de mauvaises plaisanteries, et sur le même sujet.) Mais pour quelles raisons ? D’abord parce que « l’armée et ses généraux [y] occupent une place prépondérante sur la scène politique depuis un demi-siècle ». « Prépondérante » ? C’est bien mal connaître la vie politique israélienne et l’histoire du pays. Israël n’a jamais connu de tentative de coup d’Etat militaire depuis 1947 alors qu’il y en a eu deux en France, en 1958 et 1961… C’est vrai, Rabin et Sharon étaient d’anciens hauts responsables militaires ; tout comme le général de Gaulle… Dans un pays en état de belligérance quasi-constante depuis 1947, il n’y a pas vraiment lieu de s’étonner que les chefs militaires puissent ensuite faire de la politique. Seuls 3 premiers ministres israéliens furent des généraux.

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Deuxième argument donné par Boniface : Israël « développe des armes bactériologiques et chimiques ». Ah tiens. Pourtant, d’après les meilleures sources telles que Nuclear Threat Initiative ou le Carnegie Endowment for International Peace, Israël a sans doute possédé des moyens chimiques par le passé (comme la France, bis repetita), mais c’est tout… Autrement dit, Boniface parle d’Israël exactement comme George Bush parlait de l’Irak ! Pour Boniface, « depuis longtemps, Israël jouit d’un soutien exorbitant de la France » (Le monde selon Sarkozy, p. 167). Ce n’est pas exactement ce que pensent les Israéliens, mais passons. Ce serait notamment parce que ce pays « réprim[e] les aspirations de ses citoyens ». Il a du confondre avec la Russie de M. Poutine, vis-à-vis de laquelle il est beaucoup plus indulgent… Pascal Boniface prétend pourfend tout «communautarisme» quand il est juif, mais a dirigé des années durant une chronique sur Radio Orient ! Et quand il s’en est fait écarter pour avoir été trop gourmand en matière de rémunération il a contacté... Radio Chrétienne en France ! Faute de crédibilité suffisante, il a été éconduit par ce réseau. Un communautarisme à géométrie variable ! C’est un complot ! Dans Est-il permis de critiquer Israël ?, Pascal Boniface fait la liste de tous ceux qu’il accuse d’être des zélotes absolus de la politique israélienne. Une journaliste est désignée comme une « figure de proue du camp des ultras pro-israéliens ». Un autre comme « un des plus zélés défenseurs d’Israël ». Une démographe est appelée «l’ultra pro-israélienne». Un spécialiste de géopolitique « fait de la défense d’Israël une ligne de conduite absolue». Quand à l’ambassadeur des droits de l’homme, il se « range volontiers dé52

sormais à l’avis du grand rabbin Sitruk ». Les écrits d’un journaliste du Monde sont décrits comme « toujours plus marqués par la volonté de défendre Israël et ses amis que par un souci d’information objective ». Le problème n’est pas que Pascal Boniface critique ceux qui soutiennent la politique israélienne, mais qu’il porte des accusations aussi graves et porte atteinte à leur réputation sans démontrer ce qu’il avance ! En 1986, Pascal Boniface est initié à la loge maçonnique La Lyre de Salomon. Son rejet d’Israël y apparaît aux Frères si violent qu’il est prié de se tempérer. Pascal Boniface refuse et réplique en quittant avec fracas la loge. Son obsession malsaine d’Israël, du sionisme et des Juifs se retrouvera à maintes occasions, notamment vis à vis d’Alexandra Laignel Lavastine (qui quittera l’IRIS pour cette raison) ou encore du géopolitologue François Thual. « Charlie hebdo » ou « Actualité juive » ? Quand l’avocat de Pascal Boniface assigne Philippe Val, alors directeur de Charlie Hebdo, en diffamation (pour un édito où Val se contentait de répondre aux attaques de Boniface contre lui), l’assignation trahit cette obsession. En effet, elle a été rédigée à l’intention de Philippe Val… comme étant rédacteur en chef d’Actualités juives. Décidément, ils sont partout ! Goldnadel et Zemmour : Les bons juifs de Boniface N’allez pas dire que Pascal Boniface est antisémite… Il a des amis juifs. En tout cas des juifs qu’il respecte. Non pas les juifs antiracistes, parfois critiques envers la politique d’Israël, qu’il attaque comme s’ils étaient partisans de Netanyahu et traitent de « faussaires ». Non. Plutôt des ultras-

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droitiers. Sa description d’Eric Zemmour vaut le détour : « Je ne parlerai pas non plus d’Éric Zemmour, qui doit sa fortune médiatique à ses propos, dont certains, sur les Noirs et les Arabes, ont été condamnés en justice. Ses affirmations me paraissent répréhensibles, ses idées malsaines, et lui qui se dit attaché à la France renvoie plutôt à une France moisie et rabougrie. Mais il est sincère, y compris dans ses excès. » (p. 92) Quant à Gilles-William Goldnanel, non content d’avoir avoir écrit un livre avec cet avocat ultra-sioniste et extrémiste, il dit de lui : « Avec lui, les choses sont claires, ce qui n’est pas le cas de nombreuses autres personnes qui prennent des postures comparables aux siennes mais n’arrivent pas à assumer leurs positions coincées entre (faux) universalisme affiché et communautarisme mal assumé. » Source : http://www.iris-france.org/informez-vous/blog_ pascal_boniface_article.php?numero=23 A croire que Pascal Boniface raffole de la politique de la terre brûlée appliquée au débat d’idées. Entre lui et les extrémistes pro-israéliens, avec qui il adore parler, aucun intellectuel ni parole nuancée ne doit exister.

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PEUT-ON CRITIQUER PASCAL BONIFACE ?

Pascal Boniface a bâti une partie de sa carrière sur le fait qu’on l’empêcherait de parler sur les sujets qui fâchent. C’est le sens de son livre intitulé Peut-on critiquer Israël ? Visiblement oui puisqu’il est médiatisé… En revanche, luimême ne supporte pas la critique et la liberté d’expression des autres. Il est à l’origine d’un nombre impressionnant de plaintes et de procès contre le moindre de ses contradicteurs. Encore un procès… En octobre 2006, Pascal Bruckner publie La tyrannie de la pénitence. Il évoque la note envoyée par Pascal Boniface au PS. En expliquant que beaucoup, en France à cette époque pratiquent « un antisémitisme par abstention au nom d’un souci louable d’équité et de tranquillité ». Un peu plus loin, Pascal Bruckner rappelle que Pascal Boniface avait critiqué la déclaration de Lionel Jospin à Bir Zeit qualifiant le Hezbollah de « mouvement terroriste ». Et de commenter « le théorème Boniface est devenu en politologie une appellation pour qualifier les pratiques clientélistes ». Pascal Boniface s’insurge et porte plainte pour diffamation. Il exige 10000 euros de dommages et intérêts, 5000 euros au titre de l’article 700 (frais d’avocat), ainsi que la publication de jugement dans Le Figaro, Le Monde et Libération. Le 27 septembre 2007, le Tribunal de Grande instance de 55

Paris déboute Pascal Boniface. Mais surtout le condamne aux dépens, à 2000 euros, au titre de « plainte abusive ». Une image très contrôlée sur le web Nous sommes plusieurs internautes à avoir remarqué que tout billet ou commentaire critique concernant Monsieur Boniface (même constructif et argumenté), était systématiquement « nettoyé » et censuré. Notamment sur sa fiche Wikipédia. Ou les articles publiés par Le Post. Celui qui se présente comme un intellectuel « boycotté » est omniprésent dans les médias mais très peu ouvert à la contradiction. Connu pour être très procédurier, il veille comme un chien de garde à ce que l’on ne contredise pas ses fables, même sur la Toile.

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UN MARTYR ULTRA MEDIATIQUE…

Pascal Boniface prétend que 14 éditeurs ont refusé son livre Pascal Boniface prétend que son livre a été refusé par 14 éditeurs. Mais il ne donne ni leurs noms, ni les raisons du refus. Il préfère l’attribuer à l’existence d’un complot pour l’empêcher de critiquer l’ « establishment ». L’un des éditeurs ayant refusé de publier ce livre, lassé d’entendre cette version victimaire et mensongère, a choisi de répondre sur Twitter. Arash Derambarsh, éditeur au Cherche-Midi, explique qu’il a refusé ce texte tout simplement parce qu’il l’a trouvé mauvais : « Pascal Boniface est un menteur. J’ai refusé son projet car son livre est un règlement de compte qui n’élève pas le débat ».

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Si boycotté qu’il est partout ! Pascal Boniface clame partout qu’il est boycotté. Surtout sur Radio France, où il est passé cinq fois pour parler de son livre.

Ce n’est pas l’impression que donne son plan média, surtout pour un livre (Les Intellectuels faussaires) aussi mal intentionné que bâclé :
Politis, 23/5/11 France Bleue, 26/05/11 France Culture, 30/05/11, Hubert Huertas RMC, Grandes Gueules, 30/05/11. (NB : des extraits sonores de cette émission seront utilisés à plusieurs reprises par la radio, notamment par Eric Brunet). Beur FM, 9/6/11 Radio Orient, 10/06/11, Loic Barrière France Info, 10/06/11, Olivier Delagarde Itélé, 13/06/11, Robert Ménard Toutes les France, France O, 16/06/11, Ahmed El Keiy Le Mouv, 16/06/11, Yassine Belattar Le Nouvel Observateur, 16/06/11, Jean-Marcel Bougereau On est pas couché, France 2, Eric Zémour, Eric Naulleau, Laurent Ruquier TV5 Monde, 23/06/11 Valeurs Actuelles, 30/06/11, Frédéric Pons L’Humanité dimanche, 20/06/11 avec Marc de Miramon Télérama, 9/7/11, Erwan Desplanques Le Monde, 09/07/11, Alain Beuve Mery. La Croix, 18/07/11, Marianne Gomez Algérie Focus, 18/07/11 Aujourd’hui en France, 24/7/11 L’Humanité, 26/7/11, Francis Wurtz Rue 89, 31/07/11 Le Soir, 1/8/11 Le Temps, 6/08/11, Xavier Pellegrini Soir 3, 20/08/11 France Info, Philippe Vandel, 30/08/11

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Sud Ouest, 31/8/11, Jean-Bernard Gilles Lire, 1/9/11

Pendant cette période, Pascal Boniface est aussi passé sur France 24, I-télé, LCI, sans parler de « C dans l’air » ou il a été invité huit fois depuis la parution de son livre. Précision : à aucun moment, les journalistes qui l’ont reçu n’ont cherché à le mettre devant les contradictions que nous soulevons dans ce site. Seuls deux journalistes ont osé une remarque désobligeante, tout en glorifiant le travail « salutaire » de Pascal Boniface. La paranoïa de Boniface est impressionnante : si un journal ne parle pas de son livre, ce n’est pas parce qu’il l’a trouvé inintéressant : c’est parce qu’un « embargo », rien de moins, a été décidé contre lui (Les Intellectuels faussaires, éd. de poche, p. 214). Dans la postface à l’édition de poche de son livre, il s’interroge gravement : « Suis-je paranoïaque ? » (p. 216). Eclair de lucidité ? Non, hélas, car c’est ensuite pour évoquer les « ennemis » qu’il aurait au journal Le Monde... Où il y signe régulièrement des tribunes. La dernière en date ayant été publiée le 12 janvier 2012. L’art de faire pression sur France Culture

Pascal Boniface est régulièrement invité, y compris pour son livre Les Intellectuels Faussaires, sur France Culture… Il a même pu en faire la publicité dans la matinale qui avait à l’époque pour chroni59

queurs Alexandre Adler et Caroline Fourest. Preuve que la censure qu’il dénonce est un pur fantasme. En revanche, il omet de dire les moyens dont il use pour s’inviter si souvent dans des médias comme France Culture, où il passe bien plus souvent des experts de qualité, auteurs d’ouvrages sérieux et non de pamphlets haineux et mensongers. En septembre 2005, Pascal Boniface a entrepris une campagne d’intimidation contre la station préférée des intellos. À l’entendre, la radio l’a mis sur une liste noire. Pour dénoncer cette terrible censure, il n’hésite pas à l’écrire sur le site islamiste Oumma.com. Dans un article intitulé « Les choix politiques monocolores de France Culture », il explique : « Alors que je suis régulièrement invité sur les différentes stations du service public, France Culture semble être un territoire interdit pour moi. Je ne suis pas en manque d’exposition médiatique, mais je trouve ce boycott pour le moins curieux et anormal. Jamais aucune invitation dans une émission ou dans un journal. »

Pascal Boniface dit même avoir cerné la raison de ce boycott : « la raison du veto qui m’a été opposé était liée à une prétendue hostilité à l’égard d’Israël ». Ce qui revient, clairement, à accuser les journalistes de France culture de s’autocensurer pour ne pas déplaire au gouvernement is-

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raélien… Sur quoi s’appuie pareil procès d’intention ? On ne le saura jamais. Les journaux de France culture, ou les émissions consacrées aux « enjeux internationaux », parlent d’elles-mêmes et ne vont pas du tout dans le sens décrit par Pascal Boniface. Mais peu importent les faits. D’ailleurs, monsieur Boniface n’est pas là pour critiquer une ligne éditoriale, il est là pour exercer un chantage et se faire inviter.... A toutes fins utiles, le directeur de l’IRIS précise : « J’entretiens par ailleurs des relations de travail cordiales avec l’ambassade d’Israël à Paris. On se montre donc à France Culture plus royaliste que le roi. » Il dit donc espérer que la nouvelle direction soit plus ouverte à ses thèses : « Le nouveau directeur de France Culture arrive avec une réputation d’honnêteté intellectuelle. Espérons qu’à l’avenir, l’antenne respecte non seulement la diversité des sensibilités, mais également la rigueur de l’information. » Cette tentative d’intimidation/séduction a visiblement marché. Depuis, Pascal Boniface est régulièrement été invité sur France Culture, surtout quand il n’a rien à dire... Source : http://www.franceculture.com/personne-pascalboniface.html Et si France-Culture ne lui a pas proposé de reprendre la chronique géopolitique d’Alexandre Adler, ce n’est sûrement pas parce que la direction de l’antenne estimait qu’il n’avait pas grand-chose d’intéressant à dire : c’est évidemment parce que la publication des Intellectuels faussaires avait conduit à une véritable fatwa contre lui (« Il est plus facile de critiquer Sarkozy que les intellectuels faussaires », Affaires stratégiques, 15 décembre 2011). 61

Quand Pascal Boniface harcèle pour passer en télé ! Boniface n’hésite pas à solliciter certains journalistes pour qu’ils lui fassent l’honneur d’une invitation ou d’une recension. Et si ceux-ci n’obtempèrent pas, c’est sans doute, pense-t-il, parce qu’ils sont lâches ou jaloux de son succès… (voir Les Intellectuels faussaires, éd. de poche, p. 220). Contrairement à ses ennemis jurés, très demandés et qui refusent très souvent d’aller dans des émissions, Pascal Boniface est parfois invité par défaut. Non pas parce qu’il a du talent (au moins à l’oral) ou quelque chose à dire… Mais parce qu’il harcèle les rédactions de coups de téléphone pour qu’on l’invite. C’est ce qu’explique Christophe Bourseiller, longtemps rédacteur en chef à « Ce soir ou jamais » sur France 3 : « Boniface m’a appelé plusieurs dizaines de fois, y compris le week-end, afin d’être invité sur le plateau de Taddeï. A priori, je n’avais rien contre, mais Frédéric le considérait comme médiocre et ne voyait pas l’intérêt de l’inviter sur les thèmes qu’on avait choisis, voilà tout ». Boniface va-t-il traiter Frédéric Taddeï d’agent du Mossad parce qu’il le trouve trop terne pour l’inviter ? Ce serait comique connaissant l’animateur. En tout cas, on comprend mieux pourquoi Pascal Boniface jalouse à ce point d’autres intellectuels, qui n’ont pas besoin de harceler mais sont harcelés pour passer dans les médias. L’expert récidiviste de « C dans l’air » Bien que souvent confus ou totalement incompétent sur les sujets dont il vient parler (voir l’exemple de la Thaïlande), Pascal Boniface est l’un des experts omniprésents des pla62

teaux de « C dans l’air ». Une émission souvent pointée du doigt pour son manque de présence féminine… Il y a un homme qui ne fera pas exploser le quota masculin du plateau : Frédéric Encel. Ennemi juré de Pascal Boniface, il n’est plus jamais invité. Même lorsque les sujets concernent sa spécialité. Un journaliste lui aurait confié, en confidence, qu’il était devenu persona non grata aux yeux du programmateur (et non de l’animateur). Idem pour François Heisbourg, Nicole Bacharan, Mohamed Sifaoui et Caroline Fourest... Que l’on ne voit plus à C dans l’air depuis des années. Dans le même temps, au cours des quatres dernières années, Pascal Boniface y a été invité plus de soixante fois !

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Supporter plus qu’assidu des match de foot et d’internet, quand don Pascal Boniface trouve-t’il le temps d’écrire (ou de faire écrire) ses pamphlets ?

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SOI-DISANT « FAUSSAIRES » ET VRAIS PROCES D’INTENTION Recenser les procès d’intention faits, dans Les Intellectuels faussaires, à des auteurs tels qu’Alexandre Adler, Thérèse Delpech ou François Heisbourg prend un temps fou. On est ici au cœur d’un des problèmes posés par ce livre : Pascal Boniface leur reproche de mentir alors qu’ils ne font que donner une opinion. Qu’elle s’avère juste ou erronée n’a, ici, qu’une importance secondaire. Car ce à quoi Boniface s’attaque, ce sont les prétendus mensonges de ceux qu’il appelle les faussaires. Il insiste lourdement sur ce point : il s’agit de dénoncer le « recours au mensonge » et « l’utilisation régulière d’arguments falsifiés ». Les soi-disant faussaires, selon lui, « recourent à des arguments auxquels ils ne croient pas eux-mêmes » (Les Intellectuels faussaires, éd. de poche, p. 8, p. 77). Son livre est ainsi une véritable somme de procès d’intention. Cette technique rhétorique ne fait pas honneur à quelqu’un qui se prévaut de sa dignité d’expert. Ces procès d’intention ne sont pas limités à des individus. Par exemple, Boniface dénonce l’ONG UN-WATCH comme « un organisme pro-israélien », mais… se garde bien de présenter le Jerusalem Media and Communication Center, qu’il cite également dans son livre, est un organisme propalestinien (Les Intellectuels faussaires, éd. originale, p. 102). Deux poids, deux mesures. (L’histoire ne s’arrête pas là : ce passage a disparu de l’édition de poche du livre! Que s’est-il passé ? Nul ne le sait. Mais Boniface aurait pu avoir 65

l’honnêteté de reconnaître qu’il avait modifié son texte, ce qu’il ne fait pas dans la longue postface inédite qui clôt l’édition de poche…) Ils sont parfois sans adresse, par l’utilisation de la technique rhétorique bien connue du « On nous dit… ». En voici un exemple : « On nous présentait les Arabes comme génétiquement violents » (Les Intellectuels faussaires, éd. de poche, p. 71). Mais quel intellectuel, quel homme politique aurait prononcé ou écrit ces mots terribles? Nous cherchons encore… Et ils sont parfois douteux. Reprochant à Caroline Fourest d’avoir « envie de savoir qui finance le laboratoire de recherche privé de Pascal Boniface », il cherche à retourner l’argument, mais en répondant à une interrogation par une affirmation implicite : « pour ce qui est des financements équivoques, elle devrait plus utilement regarder vers certains de ses collègues faussaires » (Les Intellectuels faussaires, éd. de poche, p. 227). Il jette aussi la pierre à ses collègues : « l’IRIS, contrairement à d’autres centres de recherche, ne conditionne pas l’expression de ses chercheurs à ses contrats en cours » (« Les financements louches de l’IRIS », Affaires stratégiques, 14 septembre 2011). Des noms, Pascal, des noms ! La dernière cible de Pascal Boniface, c’est la (défunte) revue Le Meilleur des mondes, «dont les sources de financement auraient constitué un intéressant sujet d’enquête » (Le monde selon Sarkozy, p. 85). Sic. On peut multiplier les exemples. Jetons un coup d’œil à sa page publique Facebook, et lisons ce qu’il y écrit ces derniers mois. Le 29 décembre 2011 à 01h22: « L’Express fait une couverture élogieuse sur les Arabes. Christophe Barbier doit être 66

en vacances ». Ce commentaire d’un goût parfait signifie-til que Christophe Barbier est, aux yeux de Pascal Boniface, anti-arabe ? Que n’aurait pas dit notre «expert» si quelqu’un avait écrit « La Revue internationale et stratégique fait une couverture élogieuse sur les Juifs. Pascal Boniface doit être en vacances » ! Le 11 février 2012 à 08h11 : « Bruno Tertrais dénonce le passéisme des Gaullo-Mitterrandismes. Ce néo con est souvent en avance. Il avait préconisé en 2007 des frappes sur l’Iran qui selon lui aurait sinon l’arme nucléaire d’ici quelques mois ». Et encore une erreur (ou un mensonge ?). Contacté par nos soins, Tertrais, qui, « laisse la responsabilité à Pascal Boniface de [le] qualifier de ‘néo-con’, appellation dans laquelle [il] ne se reconnaît pas (et qui est d’ailleurs sans doute sous sa plume une insulte intellectuelle) », dit n’avoir « jamais ‘préconisé des frappes sur l’Iran’ », et signale qu’il n’avait pas non plus « ‘prédit en 2007 que l’Iran aurait l’arme nucléaire d’ici quelques mois’, mais affirmé que ce pays avait désormais la capacité de produire, s’il le souhaitait, assez de matière fissile pour une arme en quelques mois ». Ce que nous avons effectivement pu vérifier dans son ouvrage Iran, la prochaine guerre (2007).

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Le 15 février 2012 à 07h23 : « Bruno Tertrais [NDA : Encore ! Cet expert serait-il la prochaine cible de Boniface ?] dans le Figaro réclame qu’on puisse faire une intervention militaire sans autorisation de l’ONU bloquée par le droit de veto russe et chinois. Ce que réclament les néo-cons depuis longtemps. C’est à la fois rendre la guerre de nouveau légale, affaiblir le Conseil de sécurité dont la France est membre permanent. Et bien sûr pas un mot sur l’usage du veto par les USA ». Lecture faite, le papier de Tertrais ne parlait pas explicitement d’une intervention militaire : il souhaitait que la communauté internationale puisse agir vis-à-vis de la Syrie sans être soumise aux diktats de Moscou et Pékin. Et surtout, contrairement à ce que dit Boniface, il y avait dans l’article une phrase entière qui regrettait l’usage immodéré par Washington du droit de veto au Proche-Orient !… Pascal Boniface traite de « faussaires » ceux qui le gênent La liste des « intellectuels faussaires » dressées par Pascal Boniface surprend par son manque de cohérence. Contrairement à ce qu’il prétend, il ne s’agit ni d’intellectuels tous néoconservateurs ou favorables à la guerre en Irak, ni même de gens tous favorables à la politique d’Israël. En revanche, ils ont tous un regard critique sur l’intégrisme musulman, sans pour autant aller jusqu’à parler « d’islamofascisme » comme le fait Pascal Boniface. A l’exception de BHL, qui parle effectivement de fascisme à « visage islamiste », c’est un terme que nous n’avons pas trouvé dans les livres et articles des intellectuels en question… Même s’ils ont effectivement en commun de venir d’une culture antitotalitaire, antifasciste, et de vouloir insister sur le caractère totalitaire et politique de l’intégrisme. A rebours d’une lecture essentialiste ou civilisationnelle de l’Islam. 68

C’est justement parce qu’elle n’est pas raciste mais précise et honnête que cette lecture séduit certains médias. C’est aussi pour cela qu’elle dérange tant les islamistes, bien plus à l’aise face à une Oriana Fallacci ou à un Eric Zemmour. Il faut donc les disqualifier. Mais pas directement, ce serait trop visible.... Sous la forme d’un livre signé Pascal Boniface, l’allié, paravent intellectuel idéal pour mener la contre-offensive. Islamophobes… ou laïques et antiracistes ? Caroline Fourest, Mohamed Sifaoui, BHL et Philippe Val, classés par Pascal Boniface dans la catégorie de ceux qui incitent à la rage contre l’Islam, ont toujours distingué l’islam de l’islamisme. Fourest et Sifaoui font même partie des premiers à avoir tirer la sonnette d’alarme contre la dérive d’un groupe comme Riposte laïque, dont la défense de la laïcité ne sert qu’à dissimuler l’islamophobie. Au point que nos deux auteurs sont devenus les ennemis jurés de Riposte laïque, qui les accuse d’islamophilie, autant que Pascal Boniface les soupçonne d’islamophobie. Décidément, il faut savoir. En tout cas, visiblement, la nuance ne plait pas aux extrêmes. Voir au sujet de Riposte laïque : - Mise en garde de Caroline Fourest contre Riposte laïque : « Laïcité : la clarification est un combat » (octobre 2007) - Mohamed Sifaoui contre Riposte laïque - La chronique de Caroline Fourest contre l’Apéro Saucisson - La chronique de Caroline Fourest sur les Assises contre l’islamisation (20 décembre 2010) - Bernard-Henri Lévy sur Riposte laïque Caroline Fourest est aussi très critique envers cette « fausse 69

laïcité » et le racisme anti-musulman dans son livre d’enquête sur Marine Le Pen. Elle a d’ailleurs joué un rôle central dans la lutte contre ce racisme anti-musulmans en mettant Marine Le Pen au pied du mur lors de l’émission « Des paroles et des actes » de France 2. Devant 4 millions de téléspectateurs, elle a sommé Marine Le Pen de s’expliquer sur un passage du site du FN expliquant que le recrutement dans l’armée était de moins bonne qualité car « désormais 20% des recrues viennent du monde musulman ». Marine Le Pen, très embarrassée, lui a répondu en la traitant de menteuse. En citant qui ? Pascal Boniface ! Il y a donc une forme d’ironie assez savoureuse à voir Pascal Boniface traiter Caroline Fourest de passionaria antimusulmans et même de « poisson pilote du FN »… Où ça ? Chez Robert Ménard ! L’auteur de Vive Le Pen ! On rêve. Voir notamment : http://www.dailymotion.com/video/xjjfby_ marine-le-pen-ment-aux-citoyens_news Suppôts d’Israël, vraiment ? La motivation implicite que traque Pascal Boniface chez tous ses adversaires est toujours la même : sous-entendre qu’il existe une élite vendue à la politique israélienne pour venger l’opprobre dont il a souffert après sa note douteuse sur les Juifs et les musulmans de France. Même lorsque les intellectuels en question n’ont joué aucun rôle dans cette affaire. Et qu’ils ne peuvent absolument pas être caricaturés en supporters d’Israël. Alexandre Adler, Caroline Fourest et Frédéric Encel ont par exemple pris position pour la reconnaissance de l’Etat palestinien à l’ONU. Alors que le gouvernement israélien est farouchement contre. Caroline Fourest a même violemment 70

été attaquée par des ultra-sionistes pour avoir dénoncé le processus de colonisation, estimant que le jusqu’auboutisme israélien était responsable du blocage du processus de Paix. Elle est accusée de faire partie du grand complot « Eurabia » par un dénommé Paul Landau, co-fondateur de la Ligue de défense juive en France, qui lui reproche de faire partie de la Fondation Anna Lindh. Une fondation européenne (née du processus de Barcelone) pour le dialogue entre les cultures qu’Anders Behring Breivik, le tueur de Norvège, classe parmi les officines à abattre ! Voir notamment : - Caroline Fourest, « Une mise au point sur « Eurabia » - Caroline Fourest, « Israël contre Obama » Quant à Frédéric Encel, soupçonné d’être un quasi agent du Mossad, il défend Mahmoud Abbas et le droit des Palestiniens à disposer d’un Etat souverain aux côtés d’Israël. Pourtant le seul fait d’être critique envers un mouvement aussi extrême et islamiste que le Hamas suffit à Pascal Boniface pour en faire un agent d’influence au service d’Israël ! Néo-conservateurs, vraiment ? A bout d’arguments, quand on lui demande s’il n’est pas un peu obsédé par Israël, Boniface change de registre et explique combien il est difficile de critiquer ceux qui ont pris position pour la guerre en Irak… comme chez Laurent Ruquier, où il est venu faire la publicité de son livre (décidément, quel boycott médiatique !) pour la plus grande joie de Naulleau et Zemmour. Les photos des intellectuels alignés par Boniface défilant derrière lui, on en déduit que les intellectuels en question étaient POUR la guerre en Irak ! Or c’est FAUX pour la plupart d’entre eux. Frédéric Encel, Francois Heisbourg, Caroline Fourest, Mohamed Sifaoui 71

ont publié des chroniques et déclaré publiquement qu’ils étaient contre cette guerre. Caroline Fourest, la plus citée, a même manifesté CONTRE la guerre en Irak. Par ailleurs, elle a écrit de très nombreux articles contre la droite américaine et George Bush. BHL, leur mentor ? La véritable obsession de Pascal Boniface, celle qui lui a permis de vendre ses livre, est de faire croire à un grand complot BHLien. Il met beaucoup d’énergie à sous-entendre que toute cette liste d’intellectuels ne sont en fait que des pions du grand Satan à la chemise blanche… Bien que certains d’entre eux ne l’ait jamais croisés et que d’autres aient des positions très différentes de BHL sur bien des sujets. Là aussi, l’exemple le plus cité est celui de Caroline Fourest. Présentée comme une protégée de BHL… qui l’aurait fait entrer à Grasset. La preuve, selon Boniface : Caroline Fourest aurait signé un contrat avec Grasset après son premier face à face contre Tariq Ramadan à la télévision, en 2003. Or BHL, lui non plus n’aime pas Tariq Ramadan... Un peu court. D’après Caroline Fourest, l’histoire ne s’est pas vraiment passée ainsi : « Je connaissais mon éditeur chez Grasset, Christophe Bataille, bien avant ce face-à-face avec Ramadan puisqu’il était en train d’éditer un livre avec Fiammetta Venner. » Un an plus tôt, Caroline Fourest et Fiammetta Venner ont écrit un livre retentissant, Tirs Croisés, qui relève les convergences entre les intégrismes juif, chrétien et musulman et s’insurge contre le fait d’attribuer à l’islam le monopole du fanatisme… Un projet envoyé par la poste à plusieurs éditeurs, qui a retenu l’attention de Calmann72

Lévy et qui les a fait connaître ensuite auprès de Christophe Bataille. « J’ai croisé BHL, pour la première fois de ma vie, après la sortie de mon livre sur Ramadan. Il passait chez Grasset lorsque que je signais les exemplaires de Frère Tariq chez Grasset. Nous nous sommes dit bonjour et je lui ai donné un exemplaire. Par la suite, nous sommes retrouvés sur certaines initiatives, comme le fait de soutenir Ayaan Hirsi Ali contre les menaces de mort. Je sais qu’il suscite beaucoup de jalousies et même une haine délirante mais il faut bien reconnaître que c’est un formidable militant. Quand il se met au service d’une cause, vous savez qu’elle va avancer. Nous avons certainement des points communs, comme la défense du l’idéal universaliste et l’antifascisme, mais nous avons aussi des divergences et je ne vois pas ce qui autorise Pascal Boniface à en faire une sorte de « mentor ». A moins bien sûr de considérer comme « mentor » tout intellectuel homme dont que je croise la route… Ceux qui me connaissent savent que je n’ai pas de mentor, dans aucun domaine, ce n’est pas tout simplement dans mon tempérament ». Voilà qui est dit. Il suffit de regarder l’actualité récente pour voir que les positions de Caroline Fourest, féministe, ne rejoignent pas toujours (loin de là) celle de BHL. Notamment à propos de la reconnaissance de l’Etat palestinien par l’ONU ou l’affaire DSK. Cela n’a pas empêché Pascal Boniface de publier une tribune particulièrement perverse dans Le Nouvel observateur où il accuse les « faussaires », sans les nommer mais en désignant Fourest entre les lignes, de prendre aveuglement le parti de DSK…. Alors qu’elle a été l’une des premières, dès le lendemain de l’arrestation de DSK, à prendre plutôt le parti de Tristane Banon !

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Voir : Chronique de Caroline Fourest sur DSK, 16 mai 2011 Au final, la liste de soit disant « faussaires » donne surtout le sentiment de cacher une série de réglements de comptes personnels, avec des intellectuels qu’il jalouse, ou qu’il voudrait discréditer pour pouvoir parler à leur place. Comme BHL, Caroline Fourest et Frédéric Encel, qu’il voudrait bien remplacer sur les plateaux et dans les journaux. Ou Thérèse Delpech et François Heisbourg, qu’il aimerait bien remplacer dans les missions d’expertise sur la défense. Ou Mohamed Sifaoui (victime, lui, d’une campagne qui l’a presque tué médiatiquement) mais à qui il en veut d’avoir gagné un procès… qu’il lui a intenté ! Voir : Monsieur Jo, « Est-il permis de critiquer Pascal Boniface? » http://monsieurjo.wordpress.com/2010/07/05/est-il-permis-de-critiquer-pascal-boniface/ Pascal Boniface porte plainte contre Mohamed Sifaoui… et perd A l’automne 2008, Mohamed Sifaoui note que Pascal Boniface est accueilli par la dictature algérienne, avec les honneurs, au Salon du livre d’Alger. Il fait une conférence-débat organisée à Alger par El-Khabar le plus grand quotidien algérien en audience et en diffusion. Le 5 novembre 2008, le journal faisait un compte rendu. Pascal Boniface s’est d’abord attaqué à Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut et Philippe Val en affirmant que ces derniers, avec d’autres, commanditaient, en France, des « campagnes médiatiques hostiles à l’islam ». Dixit Pascal Boniface : « Ces campagnes hostiles à l’islam sont commanditées par des intellectuels et des journalistes connus dans la sphère française, comme Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut et Philippe 74

Val ». On pouvait aussi y lire qu’il y « regrettait » que des « musulmans comme Mohamed Sifaoui contribuent à cette campagne antimusulmane ». Une telle phrase est un appel au meurtre. Mohamed Sifaoui vit sous protection en France. Il n’a pas le droit de rentrer en Algérie et Pascal Boniface le désigne comme apostat. Un traitre qui, selon Boniface, « bénéficie de l’appui des médias ». Mohamed Sifaoui s’est renseigné auprès d’autres confrères pour s’assurer que Pascal Boniface avait effectivement prononcé ses mots. Tous ont confirmé. Il rédige alors un article qui dénonce les propos de Pascal Boniface. Se moquant au passage de Pascal Boniface qui essaie de coacher les Algériens, leur recommandant de mener des « campagnes hostiles aux juifs ». Furieux, Pascal Boniface crie au mensonge et stipende (c’est la première fois que nous l’avons noté) les « intellectuels faussaires ». A aucun moment, Pascal Boniface ne demande un droit de réponse au journal algérien. Pascal Boniface porte alors plainte contre Mohamed Sifaoui. A la barre, il ne cherchera pas à nier ses propos. Il dira même « c’est dans l’esprit de ce que j’ai dit ». Plus drôle, alors que c’est Pascal Boniface qui porte plainte, il osera déclarer : « On m’empêche de m’exprimer; on empiète sur ma liberté d’expression » Pascal Boniface est représenté par un avocat de la Ligue des Droits de l’Homme, proche de Tariq Ramadan, Michel Tubiana. Il tentera de déstabiliser les témoins de Mohamed Sifaoui, notamment Caroline Fourest en déclarant « Boniface est un chercheur, et Caroline Fourest a une haine viscérale de la connaissance scientifique, par sa sélection arbitraire de sources ! » Une simple consultation des ouvrages de Caroline Fourest 75

et de Pascal Boniface montre que l’un ne cite jamais ses sources et ignore la notion de notes de bas de pages quand l’autre en fait entre 400 et 800 par livre. À la barre, Caroline Fourest expliquera que « sous prétexte d’une lutte anti-impérialiste, Pascal Boniface soutient le pire, même les actes terroristes (…) Il est l’un des référents des islamo-gauchistes, et quand il se permet de citer Sifaoui comme traitre devant un auditoire algérien, c’est honteux et même dangereux ». Pour Richard Prasquier, Président du CRIF, « je ne me souviens pas que M. Boniface ait condamné d’attentats, par contre je me souviens de tribunes communes avec des hauts cadres du Hezbollah ». Quant à Domique Sopo (Président de SOS Racisme), il s’étonne que l’on qualifie Sifaoui de traitre : « c’est pourtant lui nous a signalé l’affiche du FN lors des régionales de 2010 ». Pascal Boniface « dénonce soi-disant le communautarisme, alors qu’il en est l’une des cautions intellectuelles » dira Raphaël Haddad, ex-Président de l’UEJF. Patrick Klugman, élu PS, finira en disant « Boniface n’est pas antisémite, il est plutôt l’idiot utile de certains antisionistes, glissant vers l’antisémitisme ». Christophe Bigot, avocat de Mohamed Sifaoui concluera sa plaidoirie par ses mots : « Que Boniface ramène Sifaoui à sa condition de musulman, et non d’intellectuel, est totalement pernicieux. Ainsi, un musulman doit être du côté des islamistes, sinon il est un traitre. C’est une ignominie! Et pourtant, encore une fois, c’est vous qui l’attaquez en diffamation (…) Vous saviez pourtant que le journal Al Khabar vous avait fait tenir ses propos, et vous vous en êtes défendu. L’avez-vous poursuivi en justice? Non. » Le 23 septembre 2010, et a rejeté la plainte de Pascal Boniface, confirmant ainsi la demande de relaxe de la procu76

reure, et rejetant les charges de diffamations à l’encontre de Mohamed Sifaoui. Verbatim des propos de Boniface : « Les Arabes et les Musulmans ne disposent pas d’un lobby en Occident, capable de corriger l’image erronée de l’Islam, alors que des célébrités médiatiques s’emploient à ternir leur image (…) ces campagnes hostiles à l’islam sont commanditées par des intellectuels et des journalistes connus dans la sphère française, comme Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut et Philippe Val. Ce qui rend plus facile d’injurier et d’insulter les musulmans. Ceci résulte aussi de l’absence d’un lobby musulman ou arabe en Occident, capable de défendre cette image à l’instar du lobby juif » « Ces gens disent qu’ils ne sont pas contre les musulmans, mais ils s’en prennent à l’islam ! Ils entretiennent un discours contradictoire et diffusent la confusion et l’amalgame. D’ailleurs, ils ouvrent les portes à tous les musulmans qui regagnent leur rang et se trahissent comme Mohamed Sifaoui.» Sources complémentaires : - Mohamed Sifaoui, Mais à quel lobby appartient Pascal Boniface ? L’article sur le blog de Mohamed Sifaoui - Jonathan Halimi, Est-il permis de critiquer Pascal Boniface? sur le blog de Jonathan Halimi - Le lobby juif, voila l’ennemi, causeur.fr - Règlement de comptes entre intellectuels Français en Algérie, mediarabe.info En novembre 2010, Pascal Boniface retournera au Salon du livre d’Alger. Un salon toujours interdit aux auteurs démocrates algériens…

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Coups tordus et diffamation envers Frédéric Encel Pascal Boniface ne recule devant aucun coup bas pour tenter de disqualifier un concurrent et prendre sa place sur les plateaux de télés… Alors qu’il n’a lui-même aucun bagage spécifique et commet des erreurs troublantes sur le Proche-Orient, dont il est censé être spécialiste, il se permet de tacler un universitaire comme Frédéric Encel en mettant en cause ses diplômes et en disant de lui : « il se présente comme docteur ». Mine de rien, Frédéric Encel est soupçonné de ne pas avoir les qualifications pour être considéré comme docteur… Vérification faite auprès de l’Université Paris VIII, Frédéric Encel a bien obtenu et de façon régulière son titre de docteur en géopolitique avec félicitations du jury pour une thèse consacrée à Jérusalem (1997), et son habilitation à diriger des recherches (2007) portant sur les religieux en Israël. Idem pour son titre de Chevalier dans l’ordre national du Mérite, obtenu régulièrement pour la qualité de ses recherches et de son enseignement depuis quinze ans (2009). Comme si cela ne suffisait pas, Pascal Boniface sous entend également que Frédéric Encel est sur la ligne de Benjamin Netanyahu. Alors que dans toutes ses interventions dans les médias permettent de vérifier qu’il n’en est rien. S’il critique le Hamas islamiste, Encel défend aussi Mahmoud Abbas et le droit des Palestiniens à disposer d’un Etat souverain aux côtés d’Israël, dont il critique l’action gouvernementale. Un chapitre construit sur ces deux contre-vérités lui permet pourtant d’affirmer doctement que Frédéric Encel est « un agent d’influence déguisé en professeur » (p. 163). Mais de quelle influence Pascal Boniface se fait-il l’agent en manipulant ainsi la réalité des faits ?

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Le roi du sexisme et du mépris Pascal Boniface n’est pas uniquement méprisant avec ses collègues hommes. Il utilise un vocabulaire particulièrement dégradant quand il s’agit de tourner en dérision les intellectuelles femmes, comme Caroline Fourest comparée à une sportive dopée ou Thérèse Delpech, appelée « madame Tapedur ». Ce qui n’est pas sans faire penser à l’inverse de « tapette ». Un mot destiné à moquer ceux qui agissent en désaccord avec leur nature que les « vrais hommes » prêtent au genre masculine ou féminin… Pour lui, le débat c’est une chasse gardée. Et la chasse c’est un truc de mec. Le « think tank» de Pascal Boniface, celui qui lui a permis d’avoir sinon une notoriété du moins quelques commandes du Ministère de le défense et « du privé », ne compte que deux femmes sur 11 « directeurs de recherche ». Sur les plateaux de télévision Pascal Boniface, le privilégié, attaque violemment Caroline Fourest. Pour lui, Caroline Fourest devrait sa carrière à Bernard-Henri Lévy. Une journaliste femme, et jeune, qui travaille depuis 15 ans sur les extrémistes ne peut quand même pas devoir sa « fortune médiatique » à son talent ou à ses travaux. Heureusement qu’elle s’est déclarée homosexuelle : l’embourgeoisé aurait pu l’accuser d’avoir bénéficié de promotion canapé… Comme l’écrit Yves Delahaie : « Dès 1998, à seulement 23 ans, elle co-écrit avec Fiammetta Venner, sa partenaire de plume et de vie, Le Guide des sponsors du Front national et de ses amis, avant de signer l’année suivante, toujours en duo un très remarqué Les Anti-pacs ou la dernière croisade homophobe qui retraça la campagne antipacs animant les rues de Paris et l’Assemblée à coups de bible dans l’hémicycle, avant une enquête en 2001, qu’elle écrivit seule cette fois, Foi contre choix : La Droite religieuse et le mouvement Pro-life aux États-Unis. Ces trois premiers opus signèrent la marque de fabrique de Caroline Fourest, 79

son combat sans merci contre quatre fléaux de la société : l’extrême droite, l’homophobie, le fanatisme et l’intégrisme religieux et par ricochet les ligues anti-avortement. Le décor est planté. La vérité est super simple, Monsieur Boniface : elle écrit des livres passionnants, elle passe bien à la télévision car elle a toujours quelque chose d’intelligent à dire. Par contre, on ne peut pas dire que le « Bonifarceur » bénéficie des mêmes talents : il est confus, ennuyeux, et son dernier bouquin montre une certaine paranoïa. Perso, je ne comprends pas une telle omniprésence d’un personnage si inintéressant. Cet expert en géopolitique n’a pas su prévoir le printemps arabe. Embêtant quand on se dit « spécialiste »… Source: http://lesnouveauxdemocrates.over-blog.fr/article-caroline-fourest-mais-pourquoi-tant-de-haine-76692175.html Ajoutons que Caroline Fourest, elle, est l’une des premières éditorialistes (sur France culture) à avoir prédit, dès les premières émeutes en Tunisie, qu’il ne s’agissait pas seulement d’une révolte sociale (comme le disaient alors tous ses confrères) mais aussi une révolte «politique». Décidément, on comprend pourquoi elle agace tant Pascal Boniface ! Et s’il s’agissait juste d’un plan de carrière On l’a vu, Pascal Boniface n’hésite jamais à accumuler les approximations et les contre-vérités. Son livre sur les «faussaires» est surtout destiné à disqualifier les personnes qui pourraient le gêner, le mettre devant ses contradictions, ou démonter sa vision simpliste du monde. Quelques mois après la sortie de son livre, Pascal Boniface parvient à se faire passer pour un «intellectuel» à la marge. Refusant tout compromis. Boycotté par le système. Un système qui controllerait les médias, les éditeurs et bien sûr la politique. Pascal Boniface 80

serait un résistant au système du Sarkozysme.Lui, affirment ses supporters ne «collabore» pas. Pourtant, c’est bien Pascal Boniface qui squatte la conférence des ambassadeurs en 2012.

C’est toujours Pascal Boniface qui se fait remettre le prix Vauban en 2012. C’est encore Pascal Boniface qui organisait en 2003 une conférence sous l’égide de l’Otan et d’EADS.

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C’est de nouveau Pascal Boniface qui se fait décorer de la Légion d’honneur. L’homme qui refusait le système, remettra d’ailleurs les insignes de chevallier de l’ordre national de la légion d’honneur à Esther Benbassa le 11 novembre 2011.

C’est enfin Pascal Boniface qui organisait en compagnie d’Alain Juppé, alors ministre des affaires étrangère, une conférence sur l’eau. (9 décembre 2011). Bref, un marginal !

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ALORS PASCAL, BON EN FOOT ?

Aussi difficile que cela puisse paraître, les analyses footbalistiques de Pascal Boniface sont presque aussi hasardeuses que ses analyses géo-stratégiques... A la veille du coup de boule de Zidane qui fera perdre la France, Pascal Boniface n’avait pas de mots assez forts pour vanter son sens du respect : « Zidane est d’ores et déjà le vainqueur de cette compétition. Au Panthéon sportif, il occupe une place réellement à part. Ce ne sont pas seulement ses talents de footballeur qui expliquent cela mais aussi ses qualités d’homme, sa gentillesse et sa modestie. Il incarne le respect du travail, des valeurs familiales et surtout le respect des autres. Au moment où il y a une coupure entre l’élite et le peuple, il montre que l’on peut être une star mondiale, sans mépriser son prochain. Un exemple dont certains responsables politiques, chefs d’entreprises, ou encore vedettes médiatiques, feraient bien de s’inspirer. » (La Montagne, 9 juillet 2006. Publié dans la Lettre de l’IRIS du 12 juillet 2006) Décidément, en foot comme en géopolitique, Boniface a le nez creux. Il récidivera dans la naïveté en soutenant la main de Thierry Henry et le fait de ne pas avoir révélé la triche. Dans un tout petit livre intiulé Pourquoi tant de haine ?, ou plus exactement dans ce polycopié, Pascal Boniface n’hésite pas à glorifier ce geste et en profite pour marteler ses éternelles obsessions : les intellos français. « Ce geste, 83

écrit-il, a été condamné par des personnalités dont pourtant chaque instant de la vie n’est pas exemplaire, qui ne sont pas toujours à la pointe de l’arbitrage des élégances, dont la pureté morale comporte des zones d’ombre ». (p.11) Boniface ne détaille pas ce que signifie la pureté morale ». Ceux qui critiquent Thierry Henry seraient en fait pris de « fureur épuratrice » (p. 21). Un fureur due aux des préjugés des intellos français : « les élites fonctionnent en réseau, en renvoi d’ascenseur permanent, de complicité équivoque ». Mais que viennent donc faire les élites dans cette histoire de main sur un ballon de foot ? Jean-François Borne se le demande dans un article halluciné par le ton de Boniface : « Très sérieusement, convoquant pour la peine René Girard (le philosophe, pas l’entraîneur), Pascal Boniface nous explique que Thierry Henry aura été le bouc émissaire chargé de jouer le rôle d’exutoire pour ‘faire tomber l’appétit de violence dont chacun était possédé’ (p. 97). Et, si l’on n’avait pas compris, Pascal Boniface nous invite à relire le chapitre XVI du Lévitique de la Bible qui décrit le rite expiatoire du bouc émissaire chez les Hébreux. » Décidément, toujours eux… Sources : - http://www.congoone.net/one/index.php?option=com_ content&view=article&id=126:la-controverse-du-stadede-france-selon-pascal-boniface&catid=30:culture&Itemi d=57 - Jérôme Segal, « Boniface, un géopolitologue derrière la baballe. Au service des barbus et de l’olympisme totalitaire », http://jerome-segal.de/Segal_Boniface.pdf. 84

EN GUISE DE CONCLUSION… Enfin, pour terminer, nous voulions laisser Pascal Boniface s’exprimer. Dans les postures qu’il affectionne et publie sur Internet.

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Ils en ont parlé
Quelques bloggeurs ont décrypté la propagande de Pascal Boniface http://www.mohamed-sifaoui.com/article-25132569.html

http://jcdurbant.wordpress.com/2011/08/11/plagiat-pascal-boniface-ou-larroseur-arrose-people-who-live-in-glass-housesshouldnt-throw-stones/ http://ycreange.blogspot.com/ http://monsieurjo.com/2010/07/05/est-il-permis-de-critiquer-pascal-boniface/ http://www.lepost.fr/article/2011/09/01/2580159_pascaleboniface-ami-bienveillant-des-dictatures_1_0_1.html http://lesnouveauxdemocrates.over-blog.fr/article-carolinefourest-mais-pourquoi-tant-de-haine-76692175.html http://manipulateurs.canalblog.com/ http://www.acrimed.org/article3628.html

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/188743;droit-dereponse-a-pascal-boniface-desinvolture-et-vanite.html http://lecacs.blogspot.com/2011/05/pascal-boniface-pseudointellectuel.html Boniface : un géopolitologue derrière la babille. Au service des barbus et de l’olympisme totalitaire.

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TABLE DES MATIERES 3 5 9 17 21 25 33 41 49 55 57 65 81 83 AVANT-PROPOS MAIS QUI EST PASCAL BONIFACE ? LE ROI DU PLAGIAT SERIAL MENTEUR ROI DE LA « COQUILLE » UN « EXPERT » EN GEOPOLITIQUE, VRAIMENT ? DRÔLES DE RESEAUX ! LA REFERENCE DES ISLAMISTES ET DES FRONTISTES OBSEDE PAR ISRAËL… ET PAS SEULEMENT PEUT-ON CRITIQUER PASCAL BONIFACE ? UN MARTYR ULTRA MEDIATIQUE… SOI-DISANT « FAUSSAIRES » ET VRAIS PROCES D’INTENTION ALORS, PASCAL, BON EN FOOT ? EN GUISE DE CONCLUSION… 89

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