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NUMISMATIQUE

ANGÉRIS

Les potins turons
à la “tête diabolique”.
ritoire (civitas), est en quête de reconnaissance sociale et se met à battre monnaie, privilège antérieur de la noblesse. Le meilleur exemple en est le monnayage de bronze qui se multiplie dans la seconde moitié du 1er siècle av. J.-C. • Potin à la tête chimérique. (CGB VSO 31, 0804). 1

Le coin du Celtillon

E
n

dents de coulée, mais bien d’une réelle volonté de variation iconographique, même ponctuelle. Cet ensemble de potins semble débuter dès l’aube du Ier siècle ap. J.-C., et il ne fait aucun doute qu’il s’inscrit dans le prolongement direct de celui dits Voici le dernier opus qui vient clore “à la grosse tête”, initié le recensement du monnayage de dès le deuxième tiers du potin des Turons. Dans ce dernier second siècle av. J.-C (cf. volet, je n’ai d’autre choix que de vous DP n° 80). Ce monprésenter pêle-mêle toutes les variétés nayage perdure pendant que l’on recense sous l’appellation tout le Ier siècle av. J.-C. “têtes diaboliques”, Appellation et il n’est pas rare de d’Origine Contrôlée s’il était besoin de les retrouver en circulation, tout au moins le souligner ! dans les campagnes, jusqu’au règne des Antonins. On observe le effet, la rareté des découmême phénomène de perduration vertes en stratigraphie, ou pour le monnayage de bronze(1). la rétention d’informations Il existe une infinité de varianpar les “autorités compétes de transition, les unes présententes”, ne permet pas de tant telle caractéristique de telle dresser de typo-chronologie fiable classe à l’avers, avec telle ou telle et encore moins d’établir une quelcaractéristique de telle autre classe conque répartition spatiale. sur le revers. Il semble que la mixiVous devrez donc vous fier, dans té de style ait été de règle et que la mesure du raisonnable, à l’intuiles pouvoirs émetteurs se soient tion et à l’expérience de collectioninfluencés les uns les autres sur une neurs et de prospecteurs avertis. relative courte période, un demi sièMieux vaut une mauvaise théorie cle tout au plus. sans cesse remaniée que pas de Face à tant de variantes, il semthéorie du tout : ceci évite l’enkysble incontestable que l’on ait affaitement chronique. Je vous présenre à un monnayage de pagi au cours te donc toutes ces variantes, dans du Ier siècle av. J.-C. Sans entrer ce qui me semble être le meilleur davantage dans les causes de cette ordre chronologique, avec à chaque diversité, il est certain que la conquêfois une tentative de localisation géote romaine en soit un puissant catagraphique ou de rapprochement stylyseur, en accélérant ainsi une révolistique, voir d’évolution. lution sociale déjà engagée au début Mais attention, tout ceci est relade ce premier siècle av. J.-C. Elle tif et n’est basé que sur des statispermit l’émergence d’une bourgeoitiques de ressenti par les prospecsie marchande se substituant à la teurs du département. Ah, j’oubliais, classe nobiliaire, décimée par la toutes ces variantes sont attestés guerre ou simplement désavouée en plusieurs exemplaires, mais respar un peuple manipulé par le noutent tout de même relativement veau maître des lieux. Cette nouvelle rares pour certaines, ce qui tend à bourgeoisie, qui s’accompagne par prouver qu’il ne s’agit pas d’acciune nouvelle réorganisation du ter-

Avers : Tête chimérique à gauche, bouche ouverte largement échancrée enserrant deux globules. La lèvre supérieure se confond avec le nez et la lèvre inférieure avec le menton. L’œil en creux est bien marqué et se situe au sommet du crâne tandis que l’arrière de ce dernier forme une bosse proéminente. Revers : Taureau chargeant à gauche, queue en esse au dessus. Les pattes avant, repliées sous le corps, sont bouletées, tandis que les pattes arrière, bifides et bouletées, sont démesurées et orientées à l’oblique. Monnaie en main, on distingue très nettement les soies sur le cou de l’animal représentées par trois entailles successives (cf. fig. 2). L’oreille se confond avec la corne de l’animal ce qui rend encore plus délicat l’interprétation de ce dernier, cheval ou taureau. Cette ambiguïté sera de règle pour un certain nombre de potins ou de bronzes Turons (cf. la série TVRONOS / TRICCOS au taureau immobile que l’on retrouve par exemple sur le quinaire ATEVLA / VLATOS). Le module est d’environ 16 mm avec un poids moyen de 3,3 g. Présent au centre sud du territoire des Turons, ce type semble être le descendant naturel et immédiat de la série des potins “à la 2 grosse tête”, le style de l’avers et du revers étant fortement corrélés.

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RESPECTONS L’ARTICLE L 542-1 DU CODE DU PATRIMOINE
Art. L 542-1 : Nul ne peut utiliser du matériel permettant la détection d’objets métalliques, à l’effet de recherches de monuments et d’objets pouvant intéresser la préhistoire, l’histoire, l’art ou l’archéologie, sans avoir au préalable obtenu une autorisation administrative délivrée en fonction de la qualification du demandeur, ainsi que de la nature et des modalités de recherches. Les contrevenants sont passibles d’amendes de la classe 5. Cette réglementation a pour but la protection des sites archéologiques. Les autorisations de recherches archéologiques effectuées à l’aide de détecteurs de métaux sont à demander au préfet de la région concernée.

Le module est d’environ 15 mm avec RESPECTONS L’ARTICLE L 542-1 DU CODE DU PATRIMOINE Art.5 g. sont orientées à l’oblique.2 g. sans avoir au préalable obtenu une autorisation administrative délivrée en fonction de la qualification du demandeur. Avers : Tête diabolique à gauche. 4). sont 9 bis orientées à l’oblique. 5). Les pattes avant. bifides. • Potins aux (Schiesser classe 9)(3). sont démesurées et orientées à l’oblique. tandis que les pattes arrière. 5) et les potins “au grand nez” (fig. et le potin à la tête diabolique. queue en esse au dessus. Multiplicité des centres émetteurs. L’œil en creux est bien marqué et se situe au sommet du crâne. queue en esse au dessus. La lèvre supérieure se confond avec le nez et la lèvre inférieure avec le menton pour former une sorte de bec crochu. sont orientées à l’oblique Le module est d’environ 16 mm avec un poids moyen de 3. On ne saurait dire si c’est une oreille ou une corne qui est représentée sur le crâne de l’animal. Derrière la tête. 10). 3) et le potin à la tête diabolique (fig. queue en esse au dessus. cette série de globules derrière la tête. commerce. Dispersion . Revers : Taureau chargeant à gauche. L’œil démesuré est bien marqué et se situe au centre du crâne. ce type semble être un excellent référent de mixité entre le potin à la tête chimérique Avers : Petite tête diabolique à gauche située au sommet du flanc. 4 Avers : Tête diabolique à gauche. Le module est d’environ 17 mm avec un poids moyen de 2. Les pattes avant repliées sous le corps. bifides également. on retrouve l’ambiguïté cheval . à l’effet de recherches de monuments et d’objets pouvant intéresser la préhistoire. bifides. La lèvre supérieure se confond avec le nez. La lèvre supérieure se confond avec le nez et la lèvre inférieure avec le menton.Dispersion du monnayage de potins Turons selon F. (DT 3509 . bouche ouverte enserrant un globule. bifides. queue en esse au dessus. L’œil démesuré est bien marqué et se situe au centre du crâne. L’œil en creux est bien marqué et se situe au sommet du crâne. tandis que l’arrière de ce dernier forme une bosse proéminente. bouche ouverte largement échancrée. 3 Avers : Tête chimérique à gauche. Les pattes avant sont repliées sous le corps. bifides. La lèvre supérieure se confond avec le nez et la lèvre inférieure avec le menton pour former une sorte de bec crochu.Barthélémy classe II)(2). Revers : Petit taureau d’aspect globulaire chargeant à gauche. 29 . Présent au centre du territoire. bien malin celui qui saura en démêler l’écheveau. l’art ou l’archéologie. on retrouve ce type partout et parfois en quantité importante (Fig. • Potin au long cou.Gallia n°52). • Potin à la grosse joue. cette variante semble être une transition entre les potins “à la tête diabolique” (fig. bouche ouverte largement échancrée enserrant deux globules. Présent au centre du territoire des Turons.9 g. Une autre variante de revers présente sans conteste ce qui semble être un cheval galopant à gauche (fig. L’œil en creux est bien marqué et se situe au sommet du crâne surplombant une grosse joue arrondie dans laquelle se confond la mâchoire inférieure. Les cornes du taureau sont dans le prolongement du dos de ce dernier pour former une horizontale. 6). ce type semble être un excellent référent de transition entre le potin à la tête chimérique (fig. La lèvre supérieure se confond avec le nez et la lèvre inférieure avec le menton. queue en esse parfois bifide au dessus. l’histoire. sont orientées à l’oblique Le module est d’environ 16 mm avec un poids moyen de 2. cinq globules consécutifs disposés en arc de cercle. très long. 1) et le potin à la tête diabolique de transition (fig. tandis que les pattes arrière. sont orientées à l’oblique Le module est d’environ 16 mm avec un poids moyen de 3 g. L’œil démesuré est bien marqué et se situe au centre du crâne. Les autorisations de recherches archéologiques effectuées à l’aide de détecteurs de métaux sont à demander au préfet de la région concernée. tandis que les pattes arrière. ce qui n’est pas sans poser de réels problèmes d’interprétation. globules. La lèvre supérieure se confond avec le nez et la lèvre inférieure avec le menton. Les pattes avant sont repliées sous le corps. Le cou. C’est le type le plus répandu en Gaule . rayonnement d’un modèle plébiscité. 9 7 • Potin à la tête diabolique. queue en esse au dessus. Présent sur un axe est-ouest du territoire des Turons. Présent au sud du territoire des Turons.• Potin à la tête chimérique de transition. bifides. Le module est d’environ 16 mm avec un poids moyen de 3 g. 8 6 Avers : Tête diabolique à gauche. Revers : Taureau chargeant à gauche. de Lattara à Samarobriva. Monnaie en main. Les contrevenants sont passibles d’amendes de la classe 5. 2 et 6). Les pattes avant sont repliées sous le corps. • Potin à la tête diabolique de transition. est dans le prolongement du penon de coulée ce qui renforce cette impression de long cou. Revers : Petit taureau dégénéré et massif chargeant à gauche. Revers : Petit taureau dégénéré et massif chargeant à gauche. jusqu’au sud de Brittania. L 542-1 : Nul ne peut utiliser du matériel permettant la détection d’objets métalliques. Revers : Petit taureau d’aspect globulaire chargeant à gauche.taureau (cf. Les pattes avant sont repliées sous le corps. bouche ouverte largement échancrée. ce type semble être un excellent référent de transition entre le potin à la tête chimérique de transition (fig. et la lèvre inférieure avec le menton. Barthélémy . sont repliées sous le corps. ainsi que de la nature et des modalités de recherches. bouche échancrée. tandis que les pattes arrière. on distingue très nettement les soies sur le cou de l’animal représentées par trois entailles successives. Seule innovation majeure. Cette réglementation a pour but la protection des sites archéologiques. 5 Avers : Tête diabolique à gauche. bouche ouverte largement échancrée. tandis que les pattes arrière. pour former une sorte de bec crochu. fig. bifides. Encore une fois. tandis que les pattes arrière.

Les récentes fouilles de sanctuaires permettent d’affirmer que cette diffusion est fulgurante et ne procède donc pas d’une évolution de proche en proche qui aurait été plus longue (fig. sont orientées à l’oblique. Est-il encore besoin de démontrer à nos détracteurs que la prospection est aussi une affaire de cœur que la raison ne connaît pas ! 1. Sur les variantes dégénérées (fig. bouche échancrée en bec de canard enserrant parfois un globule. n’hésite pas à embrasser très affectueusement les potins qu’il sort de terre. divinité-animal. 2000) : “on les retrouve encore couramment dans des contextes archéologiques gallo-romains du IIIe siècle après J. Ch. rien n’est figé . “Les bronzes coulés imités de Marseille dans la région parisienne”. Avers : Tête diabolique à gauche. à l’effet de recherches de monuments et d’objets pouvant intéresser la préhistoire. bifides aussi. mais que ce sont bien les marchands gaulois. Présente au nord du territoire. aux habitudes totalement différente. vêtements. 10 nez. et pourrait en être une caractéristique. 11). octroi). tandis que les pattes arrière. “une nouvelle classe de potins à la tête diabolique. Cet ensemble. la question est de savoir par qui ils ont été faits. 141. En tout état de cause. la démocratisation de la monnaie et son instauration en tant que valeur fiduciaire au sein de la cité. cheval. Les contrevenants sont passibles d’amendes de la classe 5. Cahiers Numismatiques.21). J. Le module est d’environ 14 mm avec un poids moyen de 1. 1999). et basée essentiellement sur le commerce et l’argent (auberge. la tête s’atrophie en perdant la mâchoire inférieure au profit du nez qui s’allonge encore. Cette dualité. mais en en partie seulement. sans avoir au préalable obtenu une autorisation administrative délivrée en fonction de la qualification du demandeur. Quand au symbolisme du monnayage de potins en général. le totem est présenté comme le fondement des institutions. . Grande-Bretagne. DISCUSSION Le monnayage des potins Turons s’inscrit dans un vaste ensemble initié dès le milieu du IIe s. bifides. on le respecte. L’œil tend à disparaître. Les pattes avant. pp. DP n° 80). cette variante diffère peu de la série à la tête diabolique si ce n’est le poids et le diamètre. 10 bis Revers : Petit taureau d’aspect globulaire chargeant à gauche.”. Cahiers numismatiques de la SENA (148 . Si totémisme il y a. D’après V. “au grand nez” et “à la tête humaine”.7 g. DELESTRÉE. Mon hypothèse est que ce monnayage n’est pas remonté le long de la vallée du Rhône par des négociants massaliotes en quête de nouveaux débouchés. l’histoire. A. est sacré. DP n° 77). ours). incarnation de la divinité sur terre. On remarquera la grande similitude des revers des séries “à la grosse joue”. Si l’origine semble être l’imitation des bronzes au taureau de Marseille(4). véritable passionné de ce monnayage. Ceci peut expliquer la relative diversité de styles contemporains et cette fulgurante progression. qui en sont à l’origine. On ne le consomme pas.7 g. sept. -P. 2. sanglier. GÄUMANN. 10 bis). sont repliées sous le corps. on remarque qu’il est presque systématiquement organisé autour d’une figure humaine sur l’avers et d’un animal sur le revers (taureau. un modèle de comportement. • Potin au grand (Barthélémy classe III2).-C. qui après toutes ces années d’inlassable quête. Florence BARTHÉLÉMY. avec un prolongement au nord-ouest aboutissant au sud de la 3. L’idée couramment admise que ces imitations remontent la vallée du Rhône pour gagner très rapidement le nord de la Gaule est à mon sens valable. L’œil en creux est bien marqué et se situe au sommet du crâne. réminiscence du “potin à la grosse tête dégénéré” (cf. “au long cou”. et tout particulièrement à Jacques VUF. le meilleur représentant dans la cosmogonie celte en est peut être Cernunnos. ces derniers ont dû avoir besoin de petit numéraire pour faire face aux dépenses quotidiennes qu’impose la vie dans une ville étrangère. Les autorisations de recherches archéologiques effectuées à l’aide de détecteurs de métaux sont à demander au préfet de la région concernée. je n’ai simplement fait que poser quelques repères ou jalons éphémères pour essayer de mieux comprendre ce fantastique patchwork ! Encore un grand merci aux prospecteurs. L.27-36. LAROZAS. “Potinmünzen” (Berne 2000). queue en esse au dessus. L 542-1 : Nul ne peut utiliser du matériel permettant la détection d’objets métalliques. compact et homogène. s’inscrivent dans la série des petits potins de faible diamètre et de poids léger comme celle “au long cou” ou “à la tête humaine” (cf. nourriture. KRUTA (Les Celtes. le dieu cornu. Gallia n° 52. alors cet animal.un poids moyen de 1. on le craint . La lèvre supérieure se confond avec le nez et la lèvre inférieure avec le menton. cette variante. Sur place. On remarque toutefois que ce monnayage semble se calquer assez bien sur l’aire d’influence des peuples belges.-C. souvent représenté associé à un bestiaire fantastique. et pourquoi. 11 30 RESPECTONS L’ARTICLE L 542-1 DU CODE DU PATRIMOINE Art. l’art ou l’archéologie. Histoire et dictionnaire. venus de leurs provinces respectives pour vendre leurs marchandises. 1995. Et c’est en rentrant chez eux pour préparer leurs futures expéditions méridionales qu’ils ont instauré cette transformation majeure de la société. ainsi que celle “au long cou”. avec les séries de potins dits “au taureau à droite” qui s’étendent des Bouches-du-Rhône au sud de la Belgique. ainsi que de la nature et des modalités de recherches. av. loup. 4. Présente dans un axe nord-sud du territoire. “les potins du sud-est de la Gaule”. Cette réglementation a pour but la protection des sites archéologiques. perdure pendant deux siècles sous différentes formes. (Paris 2000). aigle. une exigence d’organisation. n’est pas sans évoquer le totémisme très présent dans les sociétés tribales . Philippe SCHIESSER.

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